Darse cuenta
Está sentado sobre una tabla que, calcula, ha de tener unos treinta cen- tímetros de ancho. Hacia derecha e izquierda, este camino de madera que lo sostiene parece no tener fin. Sus pies cuelgan sobre un abismo insondable. No corre viento y ni siquiera la presencia familiar del sol le acompaña; sin embargo, el cielo, sereno, diáfano, tiene ese color turquesa que sólo re- cuerda haber disfrutado alguna tarde bienaventurada de verano. La precariedad tortuosa de la situación no le asusta: soledad y altura, e incluso esa inmovilidad en la que se mantiene para no correr el riesgo de caer al vacío, son desdichas que, por concretas, su mente puede procesar. Lo que le aterra es el cielo: no le cree esta máscara de belleza bajo la cual ha elegido mostrarse. Intuye que está pronto a quebrarse como un espejo, abrirse en bestias primigenias o descubrir las ruinas aún humeantes de un mundo devastado, o bien dar paso a una lluvia de suicidas. Espantos que, aun toscos y previsibles, así inventados, sugeridos, logran infundirle pánico. —La belleza sólo existe como amenaza —dice en voz alta, dándole a las palabras el tono brusco de quien encuentra lo que no busca. Alguien, algo, escucha.
Traduction temporaire :
Se rendre compte
Il est assis sur une planche qui, d'après ses calculs, doit mesurer environ trente centimètres de large. À droite et à gauche, ce chemin en bois qui le soutient semble être sans fin. Ses pieds pendent au-dessus d'un abîme insondable. Il n'y a pas de vent, pas même la présence familière du soleil pour l'accompagner ; cependant, le ciel, serein, diaphane a cette couleur turquoise dont il se rappelle n'avoir profité que par une heureuse après-midi d'été. La tortueuse précarité de la situation ne l'effraie pas : solitude et hauteur, et même l'immobilité dans laquelle il se tient pour ne pas risquer de tomber dans le vide, sont des malheurs que son esprit peut traiter parce qu'ils sont concrets. Ce qui le terrifie, c'est le ciel : il ne croit pas à ce masque de beauté sous lequel il a choisi de se montrer. Il a l'intuition qu'il est sur le point de se briser comme un miroir, de s'ouvrir en bêtes primitives, ou de découvrir les ruines encore fumantes d'un monde dévasté, ou bien d'ouvrir la voie à une pluie de suicides. Des frayeurs qui, même grossières et prévisibles, inventées de la sorte, suggérées arrivent à lui inspirer de la panique. — La beauté n'existe que comme une menace, dit-il à voix haute, donnant à ses mots le ton brusque de celui qui trouve ce qu'il ne cherche pas. Quelqu'un, quelque chose, écoute.
Se rendre compte
Il est assis sur une planche qui, d'après ses calculs, doit mesurer environ trente centimètres de large. À droite et à gauche, ce chemin en bois qui le soutient semble être sans fin. Ses pieds pendent au-dessus d'un abîme insondable. Il n'y a pas de vent, pas même la présence familière du soleil pour l'accompagner ; cependant, le ciel, serein, diaphane a cette couleur turquoise dont il se rappelle n'avoir profité que par une heureuse après-midi d'été. La tortueuse précarité de la situation ne l'effraie pas : solitude et hauteur, et même l'immobilité dans laquelle il se tient pour ne pas risquer de tomber dans le vide, sont des malheurs que son esprit peut traiter parce qu'ils sont concrets. Ce qui le terrifie, c'est le ciel : il ne croit pas à ce masque de beauté sous lequel il a choisi de se montrer. Il a l'intuition qu'il est sur le point de se briser comme un miroir, de s'ouvrir en bêtes primitives, ou de découvrir les ruines encore fumantes d'un monde dévasté, ou bien d'ouvrir la voie à une pluie de suicides. Des frayeurs qui, même grossières et prévisibles, inventées de la sorte, suggérées arrivent à lui inspirer de la panique. — La beauté n'existe que comme une menace, dit-il à voix haute, donnant à ses mots le ton brusque de celui qui trouve ce qu'il ne cherche pas. Quelqu'un, quelque chose, écoute.