Bajo control
Una coherencia oculta, silenciosa, discutible, pero coherencia al fin.
Claudio Fantini
Según declaran las autoridades en esta ciudad hay setenta mil unicornios sin dueño, sueltos, en la calle.
Y los vecinos honestos, aguantándonos sus cochinadas porque se les despierta el instinto a toda hora y en cualquier parte. Este ejercicio de tolerancia viene de lejos. Todavía creo estar oyendo a mi suegra, en paz descanse:
—¡Lo hacen hasta en el patio de la escuela!
A partir de ahí, el recuerdo es imagen: por recato ella se callaba y sugería la idea con gestos.
Lamentablemente, la mayoría de los vecinos no se le parecen y por no parecérsele causan este problema. Viven en el desorden comprando unicornios chicos para entretener a los hijos, y después, cuando los hijos han crecido o está grande el unicornio o cuando descubren que darse con la satisfacción de un paseo estimulante sobre un buen lomo representa mucho gasto, lo abandonan. Y eso que sacárselos de encima no es tan fácil porque estas bestias consideran que la familia que les da albergue es su manada: una vez que la han perdido se gastan la vida intentando recuperarla.
Estaba viviendo sus últimos días cuando la santa de mi suegra decidió no hablar más, expresarse sólo a través de ademanes. Le dije a mi mujer:
—Che, a tu vieja tendría que verla un médico.
Me quedé esperando su respuesta.
No es que a mi mujer le falte recato, sucede que sus gustos son poco refinados, poco exigentes, por eso es capaz de toparse de frente con uno de estos espectáculos callejeros y seguir como si nada. No se lo reprocho, igual comportamiento se está observando en las mejores familias. Cuando la gente andaba a caballo nunca surgió esta diferencia de criterio que, a la larga, termina por desunir lo que lazos de amor y sangre habían unido.
Para mí está claro: el cuerno que adorna a los unicornios tiene poderes maléficos. Ojalá que alguien se los serruche porque dan mal ejemplo y de algún modo debería ponérselos bajo control.
Ojalá los castren. Ojalá se mueran.
Setenta mil: si las autoridades lo afirman seguro que son más, y si ella lleva años sin responderme, ha de ser porque no me puede oír.
Traduction temporaire :
Sous contrôle
Une cohérence occulte, silencieuse, discutable, mais finalement une cohérence.
Claudio Fantini
Selon les autorités, cette ville compte soixante-dix mille licornes sans propriétaire, en liberté, dans la rue.
Et nous, les honnêtes voisins, nous supportons leurs cochonneries parce que leur instinct les réveillent à toute heure et n'importe où. Cet exercice de tolérance vient de loin. Je crois entendre encore ma belle-mère, qu'elle repose en paix :
— Elles font leurs besoins jusque dans la cour de l'école !
À partir de là, mon souvenir est image : préservant sa pudeur, elle se taisait et suggérait l'idée par gestes.
Malheureusement, la plupart des voisins ne sont pas comme elle et, n'étant pas comme elle, ils causent les problèmes suivants : ils vivent dans le désordre, achetant de jeunes licornes pour amuser leurs enfants. À ceci près qu'ensuite, quand ils ont grandi, ou que la licorne est devenue adulte, ou lorsqu'ils découvrent que s'offrir le luxe d'une balade stimulante sur un dos confortable est très coûteux, ils l'abandonnent. Mais s'en débarrasser n'est pas si facile que cela ; ces bêtes considèrent en effet que la famille qui les accueille devient leur troupeau : une fois qu'elles l'ont perdue, elles passent leur vie à essayer de la récupérer.
Quand ma sainte belle-mère à décidé de ne plus parler, de ne s'exprimer que par gestes, elle vivait ses derniers jours. J'ai conseillé à ma femme :
— Dis donc, il faudrait que ta mère voie un médecin.
Je suis resté à attendre sa réponse.
Non, ma femme ne manque pas de pudeur, elle a juste des goûts peu raffinés, peu exigeants. Voilà pourquoi elle est capable de tomber sur l'un de ces spectacles de rue et de fermer les yeux. Je ne lui reproche pas, on observe un tel comportement dans les meilleures familles. Quand les gens se déplaçaient à cheval, cette différence de condition qui, à la longue, finit par désunir ce que les liens d'amour et de sang avaient uni, ne s'était jamais manifestée.
Pour moi, c'est acquis : la corne qui orne le front des licornes a des pouvoirs maléfiques. Quelqu'un devrait la leur scier, parce qu'elles donnent le mauvais exemple et parce que, d'une manière ou d'une autre, on devrait pouvoir les contrôler. On devrait les castrer. Elles devraient mourir.
Soixante-dix mille : si les autorités l'affirment, je parie qu'elles sont plus nombreuses, et si elle, elle ne me répond plus depuis des années, c'est sûrement parce qu'elle ne peut pas m'entendre.