vendredi 13 février 2009

Version d'entraînement, 17 (Guillermo Cabrera Infante)

En photo : personaje par otorongo64

Era la primera vez que subía una escalera: en el pueblo había muy pocas casas que tuvieran más de un piso y las que lo tenían eran inaccesibles. Este es mi recuerdo inaugural de La Habana: ir subiendo unas escaleras con escalones de mármol. Hay la memoria intermedia de la estación de ómnibus y el mercado del frente, la plaza del Vapor, arcadas ambas, colmadas de columnas, pero en el pueblo también había portales. Así mi verdadero primer recuerdo habanero es esta escalera lujosa que se hace oscura en el primer piso (tanto que no registro el primer piso, sólo la escalera que tuerce una vez más después del descanso) para abrirse, luego de una voluta barroca, al segundo piso, a una luz diferente, filtrada, casi malva, y a un espectáculo inusitado. Enfrente (para este momento mi familia había desaparecido ante mi asombro) un pasillo largo, un túnel estrecho, un corredor como no había visto nunca antes, al que se abrían muchas puertas, perennemente abiertas, pero no se veían los cuartos, el interior oculto por unas cortinas quedejaban un espacio, largo, arriba y otro tramo, corto, abajo. El aire movía los telones de distintos colores que no dejaban ver las funciones domésticas: aunque era pleno verano, temprano en la mañana había fresco y una corriente venía del interno. El tiempo se detuvo ante aquella visión: con mi acceso a la casa marcada Zulueta 408 había dado un paso trascendental en mi vida: había dejado la niñez para entrar en la adolescencia. Muchas personas hablan de su adolescencia, sueñan con ella, escriben sobre ella, pero pocos pueden señalar el día que comenzó la niñez extendiéndose mientras la adolescencia se contrae -o al revés. Pero yo puedo decir con exactitud que el 25 de julio de 1941 comenzó mi adolescencia. Por supuesto que seguiría siendo un niño mucho tiempo después, pero esencialmente aquel día, aquella mañana, aquel momento en que enfrenté el largo corredor de cortinas, contemplando la vista interior que luego asustaría hasta un veterano de la vida bohemia, el pintor primitivo Cherna Bue, que visitó la casa mucho tiempo después y se negó de plano a quedarse en ella un momento siquiera, espantado por la arquitectura de colmena depravada que tenía el edificio, aquel a cuya formidable entrada había un anuncio arriba que decía: «Se Alquilan Habitaciones - Algunas con Días Gratis - Apúrense mientras quedan», ese día preciso terminó mi niñez. No sólo era mi acceso a esa institución de La Habana pobre, el solar (palabra que oí ahí por primera vez, que aprendería como tendría que aprender tantas otras: la ciudad hablaba otra lengua, la pobreza tenía otro lenguaje y bien podía haber entrado a otro país: tiempo después, cuando llegaron las etimologías, aprendí que solar era una mera degradación de casa solariega, la palabra cortada, el edificio transformado en falansterio) sino que supe que había comenzado lo que sería para mí una educación.

Guillermo Cabrera Infante, La Habana para un infante difunto

***

La traduction « officielle », La Havane pour un infant défunt, réalisée par Anny Amberni, Seuil, 1985, p .11-12 :

C'était la première fois que je montais un escalier. Au village il n'y avait pas beaucoup de maisons de plus d'un étage, et elles demeuraient inaccessibles. Voici donc le souvenir qui inaugure pour moi La Havane : je monte un escalier tout en marbre. J'ai aussi le souvenir intermédiaire de la gare des omnibus et du marché d'en face, sur la place du Vapeur, arcades sur arcades, défilé de colonnes, mais au village aussi nous avions des arcades... Je nous revois passer devant un jardin arrangé et une maison de rocaille qui se révèleraient ensuite être un autre genre de gare égarée, un poste de police que je ne me rappelais que par intermittence à cause de la crainte que j'en éprouvais. Ainsi mon premier véritable souvenir de La Havane, c'est cet escalier luxueux qui va s'obscurcissant vers le premier étage (si bien que de celui-ci, je ne me souviens pas mais seulement de l'escalier qui tourne encore une fois après le palier) pour s'ouvrir au terme d'une spirale baroque sur le second étage, éclairé d'une autre lumière, tamisée, presque mauve, et sur un spectacle insolite. Je me trouve (à mon étonnement, ma famille, en cet instant, avait disparu) devant un long couloir, un tunnel étroit, un corridor comme je n'en avais encore jamais vu, sur lequel donnaient une infinité de portes perpétuellement ouvertes sans qu'on puisse voir l'intérieur des chambres occulté par les rideaux qui découpaient l'espace en laissant un grand vide en haut et un interstice étroit près du sol. Il était encore tôt et, bien qu'on fût en plein été, un courant d'air interne faisait bouger les rideaux de différentes couleurs qui empêchaient de voir les événements domestiques. Le temps se suspendit sur cette vision. En montant les marches de la maison marquée Zulueta 408, je sautais le pas, quittais l'enfance pour entrer dans l'adolescence. Bien des gens parlent de leur adolescence, en rêvent, écrivent à ce propos, mais il en est peu qui soient capables d'indiquer le jour exact où elle a commencé, l'enfance se déployant tandis que l'adolescence se contracte - ou l'inverse. Je peux dire avec exactitude que mon adolescence a commencé le 25 juillet 1941. Certes je devais rester encore longtemps un enfant, mais c'est essentiellement ce jour-là, ce matin-là, en cet instant où, face au long corridor de rideaux, je contemplai ce paysage intérieur dont beaucoup plus tard le peintre primitif Chema Bue, pourtant acquis depuis toujours à la vie de bohème, devait s'effrayer au point qu'il n'y resta pas une minute de plus, épouvanté par l'architecture de ruche pervertie de cet édifice dont le formidable porche s'ornait d'un écriteau disant : "Chambres à louer - Possibilité de journées gratuites", c'est précisément ce jour-là que mon enfance a pris fin. Non seulement j'accédais à cette institution de La Havane pauvre qu'est le solar (un mot que j'entendais pour la première fois, et je devais apprendre, entre mille autres choses, que la ville parlait une autre langue, que la pauvreté avait un langage à elle, différent et c'était comme si j'avais changé de pays : plus tard la science étymologique m'apprit que le mot solar n'était que la dégradation de solariega, maison noble, mot raccourci en même temps que la grande maison se transformait en phalanstère), mais je sus que ce jour marquait le début de toute une éducation.

***

Brigitte nous propose sa traduction (avec une question d'accompagnement : « Je pense qu'ici, il faut laisser les mots "solar" et "casa solariega" en espagnol dans le texte (sinon à mon avis, on dévalorise la suite) et préciser par une NdT "casa solariega : propriété de famille noble", par exemple ? ») :

C’était la première fois que je montais un escalier : au village il y avait très peu de maisons à plus d’un étage et celles qui en avaient un étaient inaccessibles.
C’est mon tout premier souvenir de La Havane : monter des escaliers aux marches de marbre. Il y a le souvenir intermédiaire de la gare d’omnibus et le marché d’en face, la Place del Vapor, toutes deux avec des arcades, pleines de colonnes, mais au village aussi il y a des porches. Ainsi donc, mon véritable premier souvenir de la Havane est cet escalier luxueux qui devient sombre au premier étage (au point que je ne repère pas le premier palier, mais seulement l’escalier qui tourne juste après) pour s’ouvrir, après une volute baroque, sur le deuxième étage, sur une lumière différente, diffuse, presque mauve, et sur un spectacle inhabituel.
En face (à cet instant-là ma famille s’était estompée face à mon étonnement) un long couloir, un étroit tunnel, un corridor comme je n’en avais jamais vu auparavant, sur lequel donnaient de nombreuses portes, continuellement ouvertes, mais on ne voyait pas les chambres, l’intérieur étant occulté derrière des rideaux qui laissaient un espace, long, en haut et un autre morceau, court, en bas.
L’air faisait remuer les rideaux de couleurs différentes qui ne laissaient pas voir les fonctions domestiques : bien que nous étions en plein été, tôt le matin il faisait frais et un courant d’air venait de l’intérieur.
Le temps se figea face à cette vision : en accédant à la maison marquée Zulueta 408 j’avais fait un pas transcendantal dans ma vie : j’avais quitté l’enfance pour entrer dans l’adolescence. Beaucoup de gens parlent de leur adolescence, en rêvent, écrivent à son sujet, mais peu sont capables d’indiquer le jour précis où leur enfance a commencé à s’étendre tandis que leur adolescence recule – ou l’inverse. Mais moi, je peux dire avec exactitude que mon adolescence a débuté le 25 juillet 1941.
Bien sûr, je continuerai à être un enfant longtemps après, mais essentiellement ce jour-là, ce matin-là, en cet instant où je fis face à ce long couloir de rideaux, contemplant la vue intérieure qui par la suite ferait peur même à un vétéran de la vie de bohème : le peintre primitif Cherna Bue qui visita la maison bien plus tard se refusa tout net à y rester ne serait ce qu’un instant, effrayé par l’architecture de ruche dépravée de l’édifice. Son entrée surprenante était surmontée d’un écriteau qui disait : « Chambres à louer »- Jours gratuits pour certaines chambres- Dépêchez-vous tant qu’il en reste »- . C’est en ce jour précis que mon enfance prit fin.
Non seulement parce que c’était mon entrée dans cette véritable institution de La Havane pauvre qu’est le « solar » (Ce mot entendu ici pour la première fois et que j’aurais à apprendre comme beaucoup d’autres car la ville parlait une autre langue, la pauvreté avait un autre langage et j’aurais très bien pu me trouver dans un autre pays : plus tard, quand l’étymologie fit son apparition, j’appris que « solar » était une simple dégradation de « casa solariega », le mot tronqué, l’édifice transformé en phalanstère) mais aussi parce que je sus que venait de commencer ce qui serait pour moi une éducation.

***

Odile nous propose sa traduction :

C'était la première fois que je montais un escalier: dans le village, rares étaient les maisons de plus d'un étage et celles-ci étaient inaccessibles. C'est mon tout premier souvenir de la Havane: monter des escaliers aux marches de marbre. Il y a le souvenir intermédiaire de la gare d'omnibus avec le marché qui lui fait face, la place del Vapor, leurs arches, l'abondance des colonnes, mais au village aussi il y avait des porches. Ainsi donc, mon premier véritable souvenir de la Havane est cet escalier luxueux plongé dans la pénombre au premier étage ( au point que je ne remarque pas ce premier étage, mais seulement l'escalier qui tourne une fois encore après le palier) pour s'ouvrir, après une volute baroque, sur le second étage, vers une lumière différente, tamisée, presque mauve et sur un spectable inhabituel.
Face à moi,( à ce moment-là, mon étonnement était tel que j'en oubliais ma famille) se trouvait un long couloir, un tunnel étroit, un corridor comme jamais je n'en avais vu, sur lequel donnaient de nombreuses portes, toujours ouvertes, mais on ne voyait pas les pièces, l'intérieur en étant occulté par des rideaux qui laissaient un grand espace vide en haut et un autre, plus petit, en bas.
L'air faisait bouger les rideaux de couleurs différentes qui ne laissaient pas deviner les occupations domestiques: nous étions en plein été mais, tôt le matin, on sentait de la fraîcheur et un courant d'air venait de l'intérieur. Le temps se figea devant cette vision: en accédant à la maison marquée Zulueta 408, j'avais franchi un pas transcendental dans ma vie: j'avais quitté l'enfance pour entrer dans l'adolescence. Beaucoup de personnes parlent de leur adolescence, en rêvent, écrivent à son sujet, mais peu d'entre elles sont capables de préciser à quel moment a commencé leur enfance et sa durée tandis qu'arrive l'adolescence – ou inversement.
Mais moi, je peux dire avec exactitude que le début de mon adolescence date du 25 juillet 1941.
Bien entendu, longtemps encore je restai enfant, mais essentiellement ce jour-là, pendant ce matin-là, à ce moment où j' eûs face à moi le long corridor aux rideaux, contemplant la vue intérieure qui, plus tard, ferait peur même à un vétéran de la vie de bohème: le peintre primitif Cherna Bue qui visita la maison bien plus tard et se refusa tout net à y rester ne serait-ce qu'un instant de plus, effrayé par l'architecture de ruche dépravée de l'édifice dont l'immense entrée était surmontée d'un écriteau qui annonçait: «Logements à louer - Jours gratuits sur certains - Profitez-en tant qu'il en reste », eh bien, ce jour-là, précisément mon enfance prit fin.
Non seulement je faisais connaissance de cette institution de la Havane pauvre qu'est le «solar»* (mot que j'entendis ici pour la première fois, et que j'apprendrais comme bien d'autres: la ville parlait une autre langue, la pauvreté avait un autre langage et j'aurais tout aussi bien pu me trouver dans un autre pays: longtemps après, lorsque je découvris les étymologies , j'appris que « solar » était une simple dégradation de «casa solariega»* , un mot tronqué, un édifice transformé en phalanstère), mais je compris alors qu'avait commencé ce qui serait pour moi toute une éducation.

* : « casa solariega » ou « solar » désigne, en Espagne, une maison (famille) noble, et par extension une riche demeure ou propriété. Le DRAE définit aussi un « solar », à Cuba, comme une « casa de vecindad »: « La que contiene muchas viviendas reducidas, por lo común con acceso a patios y corredores. » On reconnaît donc là les belles maisons du riche passé colonial de Cuba....devenues de très modestes logements....

jeudi 12 février 2009

Références culturelles, 35 : le B.A. BA de la corrida

En photo : Corrida en Cuéllar par ¥ Angel Torres ¥

Des explications très claires et précises (merci à l'auteur) :

http://eric.hurtebis.chez-alice.fr/corrida.htm

Version d'entraînement, 16 (Ernesto Guevara)

En photo : El Che de Safari par NAFaz

Vieja María es un poema inédito del Che leído por Hebe de Bonafini, Presidenta de las Madres Plaza de Mayo el 29 de septiembre de 2001 en la clase especial y pública sobre la guerra imperialista, Universidad Popular de las Madres de Plaza de Mayo.

Vieja María, vas a morir.
quiero hablarte en serio:
Tu vida fue un rosario completo de
agonías,
no hubo hombre amado, ni salud, ni
dinero,
apenas el hambre para ser compartida;
quiero hablar de tu esperanza,
de las tres distintas esperanzas
que tu hija fabricó sin saber cómo.
Toma esta mano que parece de niño
en las tuyas pulidas por el jabón amarillo.
Restriega tus callos duros y los nudillos
puros
en la suave vergüenza de mi mano de
médico.
Escucha, abuela proletaria:
cree en el hombre que llega,
cree en el futuro que nunca verás.
Ni reces al dios inclemente
que toda una vida mintió tu esperanza;
ni pidas clemencia a la muerte
para ver crecer a tus caricias pardas;
los cielos son sordos y en ti manda el
oscuro,
sobre todo tendrás una roja venganza
lo juro por la exacta dimensión de mis
ideales.
Muere en paz, vieja luchadora.
Vas a morir, vieja María;
treinta proyectos de mortaja
dirán adiós con la mirada,
el día de estos que te vayas.
Vas a morir, vieja María,
quedarán mudas las paredes de la sala
cuando la muerte se conjugue con el asma
y copulen su amor en tu garganta.
Esas tres caricias construidas de bronce
(la única luz que alivia tu noche)
esos tres nietos vestidos de hambre,
añorarán los nudos de los dedos viejos
donde siempre encontraban alguna
sonrisa.
Eso era todo, vieja María.
Tu vida fue un rosario de flacas agonías
no hubo hombre amado, salud, alegría,
apenas el hambre para ser compartida,
tu vida fue triste, vieja María.
Cuando el anuncio de descanso eterno
enturbia el dolor de tus pupilas,
cuando tus manos de perpetua fregona
absorban la ultima ingenua caricia,
piensas en ellos... y lloras,
pobre vieja María.
¡No, no lo hagas!
No ores al dios indolente
que toda una vida mintió tu esperanza
ni pidas clemencia a la muerte,
tu vida fue horriblemente vestida de
hambre,
acaba vestida de asma.
Pero quiero anunciarte
en voz baja y viril de las esperanzas,
la más roja y viril de las venganzas
quiero jurarlo por la exacta
dimensión de mis ideales.
Toma esta mano de hombre que parece de
niño
entra las tuyas pulidas por el jabón
amarillo
restriega los callos duros y los nudillos
puros
en la suave vergüenza de mis manos de
médico.
Descansa en paz, vieja María,
descansa en paz, vieja luchadora,
tus nietos todos vivirán la aurora,
LO JURO.

mercredi 11 février 2009

Pour information

Je viens de publier la traduction « officielle » du devoir de vacances (Noël) n°24, El harpa y la sombra d'Alejo Carpentier.

À la question…

… qui m'a été posée aujourd'hui par mail, je réponds qu'effectivement, il y a cours demain. Outre la petite initiation de Sophie Léchauguette à la traduction très technique (vous verrez, ce qu'elle a prévu est pointu), nous reprendrons nos activités de traduction collective… et oui, nous consacrerons un peu de temps à parler des problèmes que vous semblez rencontrer pour trouver votre stage. On tentera de faire le point ensemble…
À demain !
Caroline

Un billet de Laure G.

En photo : Niño entre Estados Unidos y México par La costura de América

Les dernières élections américaines ont assez révélé l’importance du vote latino aux Etats-Unis, prouvant dans le domaine politique que la « reconquista silenciosa » dont parlait l’écrivain mexicain Carlos Fuentes est à présent plus que retentissante et reconnue. D’ailleurs, le poids démographique, le pouvoir économique croissant des latinos immigrés et leur influence culturelle participent de cette montée en puissance.
Quel rapport peut-on trouver entre la traduction et cette hispanisation des États-Unis? Un rapport métonymique, semble-t-il : de fait, la traduction est bien un vecteur de l’hispanisation de la société américaine, plus spécifiquement de l’univers du livre, y Dios sabe si éste es un coto vedado…
Jugez plutôt. Voici quelques extraits que j’ai sélectionnés d’un article datant de septembre 2008 (El País). Vous y découvrirez le rôle clé des traducteurs pour qu’une langue soit un véritable vecteur de culture : aux États-Unis, le défi n’était pas gagné d’avance, mais les auteurs hispanophones commencent à se frayer un chemin dans le mondé éditorial, contribuant à donner toute sa dimension à la culture hispanique dans un pays qui ne peut plus nier son rayonnement… C’est écrit… à l’encre latino ! Ultime remarque intéressante en ce qui nous concerne : la traduction en anglais de Manolito Gafotas, dont il est question à la fin de l’article, pose très clairement le problème de l’adaptation en traduction. À vous de découvrir et de questionner la thèse prônée.

« Estados Unidos necesita más que nunca escuchar voces de más allá de sus fronteras. Los escritores son los intermediarios indispensables en este diálogo internacional y artístico representado por cada idioma. No podemos pretender que esta conversación se produzca sólo en inglés ». Hace más de tres años que Salman Rushdie, entonces presidente del PEN American Center, se lamentaba de la escasez de traducciones literarias de un país, Estados Unidos, en el que sólo el 3% de los libros publicados –entre 200 y 300 al año- procede de otras nacionalidades.
Desde entonces, apenas se han producido cambios en el mundo editorial norteamericano. Ni siquiera el español, segunda lengua más hablada con 45 millones de hispanos, ha conseguido hacerse un hueco en esta industria que entre 2000 y 2006 sólo tradujo a 12 autores de ficción españoles (entre ellos Javier Marías, Antonio Muñoz Molina).
Pese a que la producción literaria mundial en español acarba una veintena de países, es muy difícil conseguir que los libros se traduzcan en Estados Unidos. Esther Alle, traductora, entre otros, de Antonio Muñoz Molina, dirigió un amplio estudio el pasado año titulado To be or not to be translated en el que cual señalaba que el inglés se ha convertido en la lengua franca de la globalización: “Estados Unidos ha preferido ser monolingüe y dejar que su mundo aprenda su lengua en vez de hacer el esfuerzo de traducir e impulsar el multilingüismo ».
Sin embargo, fenómenos recientes como el éxito comercial de Los detectives salvajes de Roberto Bolaño, publicado en Estados Unidos una década después de ser celebrado en el mundo hispano, puede que abra el camino a un aumento de traducciones del español. Quizás Elvria Lindo también consiga la hazaña con Manolito Gafotas, que acaba de publicarse por primera vez en inglés. La serie que hizo célebre a la escritora madrileña ha sido traducida a más de 20 idiomas, incluso el chino y el coreano. « El inglés es la espinita que tenía clavada », explica la autora. Sin embargo, la traducción del libro se topó con un problema que no ha tenido en otras lenguas : « En los países anglosajones los libros infantiles están sometidos a un tipo de corrección política que no existe en los países mediterráneos ». Y la autora subraya dos ejemplos : en Estados Unidos no se le puede « dar un cachete » a Manolito Gafotas (en inglés Manolito Cuatro Ojos) como los que le da su madre en el original. « Sería escandaloso », señala la autora. Y el personaje llamado Yihad « tampoco es políticamente correcto tras el 11-S », añade. Así que se le cambió el nombre. Pero pese a la diferencia entre España y Estados Unidos, Manolito Gafotas es un personaje universal con el que es fácil identificarse. La experiencia ha funcionado : el libro va a presentarse al premio nacional de traducción y ya hay un segundo volumen en camino.

La réponse de Jacqueline à Amélie (la visiteuse d'il y a quelques jours et postulante apprentie traductrice)

Bonjour, Amélie, je n’ai pas encore le plaisir de te connaître, mais je trouve ta démarche sympathique et je vais tâcher d’y répondre sincèrement. Dans les posts d’octobre, je crois, tu trouveras ma photo et quelques indications qui te prouveront qu’il n’y a pas d’âge pour faire ce que l’on aime. Autant te le dire tout de suite sans ménager le suspense, cette année est pour moi un complet succès ; entends-moi bien, il ne s’agit pas de porter un jugement sur ce que je fais mais sur ce que je suis devenue, grâce à Tradabordo (pour résumer, j’en fais le symbole de notre master). Ce n’était pas gagné d’avance. J’ai l’habitude et le goût du travail, j’ai préparé les concours mais même l’année de prépa à l’agrégation me semble moins exigeante, pas tant au niveau du travail à fournir qu’au niveau de la complète disponibilité que nous devons avoir. Rien à voir non plus avec le M2 recherche que j’ai fait ; là, nous sommes en recherche constante : je ne peux plus lire un magazine ou sortir (ça m’arrive quand même un peu !) sans avoir le réflexe blog ; Caroline Lepage nous avait bien prévenus que l’apprenti(e) traducteur doit être une éponge ; c’est vrai ; disons que nous sommes des abeilles, que nous faisons notre miel de tout et que tradabordo est une ruche ; tout va très vite ; j’ai essayé de ne pas regarder le blog pendant quarante- huit heures, impossible, on est vite larguée d’une part, et puis il faut le dire, on est en manque. J’adore découvrir les illustrations, les surprises des uns et des autres ; c’est un très bel outil et je suis contente qu’il te plaise. Mais le blog n’est pas tout. Je placerai tout de suite après dans mon panthéon les ateliers, de traduction, d’écriture et puis non, tout est intéressant, les cours de stylistique nous ont emballés, ceux de références culturelles aussi, les intervenants s’impliquent, on forme une équipe. Je n’avais presque jamais connu cela dans mon cursus jusqu’au master. Je me suis souvent dit qu’il était bien dommage que je ne sois plus au CEVU, car je citerais ce master comme un modèle de relations humaines (universitaires). Est-ce à dire que tout est parfait dans le meilleur des mondes ? Non, bien sûr. Nous formons un groupe hétérogène,vois mon parcours, nous ne nous connaissions pas et les débuts ont été un peu difficiles mais avec de la bonne volonté, il y a moyen de vaincre cet obstacle et maintenant ça va, c’est sympa. Je pense que la prochaine promotion n’aura pas les mêmes difficultés, beaucoup de choses seront en place tout de suite, mais elle en connaîtra d’autres, créer, c’est bien mais consolider l’acquis, continuer à innover, c’est un véritable challenge. Au niveau des acquisitions, je pense qu’on ne peut que progresser dans cette formation, on est constamment immergé dans la traduction, toutes sortes de traduction, on passe des essais philosophiques aux guides touristiques, on acquiert une méthode de travail mais on réfléchit également sur la traduction au point que certaines d’entre nous envisagent déjà de poursuivre leurs recherches en traductologie l’an prochain, si tout va bien. Y a-t-il des bémols dans cette belle partition ? Il manque peut-être un instrument : des cours d’explication de textes seraient les bienvenus pour éviter quelques couacs ; un cursus en deux ans –mais ne rêvons pas- permettrait d’alléger les cuivres et de renforcer les bois… Mais quand nous serons dans le monde de l’édition –rien ne nous le garantit, mais nous ferons tout pour cela-, je crois que nous serons bien armés pour faire notre place. Je ne sais pas Amélie si j’ai répondu à tes interrogations ; si tu demeures ferme dans ton projet, prépare-toi, il y aura sans doute de la concurrence. Et si tu as besoin des conseils d’une (très) ancienne, n’hésite pas à me contacter. Amicalement, Jacqueline

La traduction de la version de l'agrégation interne

Comme vous le savez, ce texte est tombé au CAPES externe il y a quelques années. Voici, pour information (seulement !), le corrigé qui avait été donné à l'époque dans le rapport du jury.

– Elle avait une manière d'être bien à elle, pourquoi je dis ça, eh bien écoute, Sole, pour tout, depuis sa façon d'entrer quelque part les yeux dans le vide jusqu'à sa manière de refuser les invitations sans même dire merci, à tel point que personne finalement ne l'a plus invitée nulle part, tu imagines, on le faisait surtout pour Olimpia, qui la portait aux nues, elles se voyaient, ça oui, mais elles n'étaient pas non plus des amies intimes, ce n'était pas son genre de faire des confidences à qui que ce soit, un être supérieur, voilà pour qui elle se prenait, tout ça parce qu'elle parlait plusieurs langues…
– Quatre, ma belle, et tout ça grâce à des bourses et à force de bûcher, mois après mois, dans cette espèce de réduit qui ressemblait à une prison avec ses petites fenêtres à barreaux, pendant que sa mère faisait marcher continuellement la machine à coudre, moi je trouve qu'il faut bien du mérite pour étudier dans ce bruit sans jamais se plaindre.
– Se plaindre ? Au contraire. C'est bien ce que je te dis, elle se donnait des airs de princesse, quelle prétention !…
– Et quelle force de caractère aussi, comme sa mère, est-ce que madame Ramona n'a pas réussi à habiller beaucoup de gens importants et à avoir ses entrées dans les meilleures maisons, alors qu'elle venait d'un village, sans mari et avec sa fille encore petite, et que personne ne les connaissait ?
– toutes les deux pareil, pan et vlan, et en avant, jusqu'à ce qu'elles se soient fait une situation.
– Parce qu'elles étaient très radines et ne s'occupaient que de leur intérêt, que d'économiser pour ficher le camp, et la mère plus froide encore, vive, ça oui, comme l'éclair, elle ne faisait jamais un point pour rien.
– Moi, chez une couturière, si tu veux que je te dise ce que je pense, je trouve ça bien. Les boutiques d'aujourd'hui pourraient en prendre de la graine, parce que toutes les coutures s'effilochent et il n'y a pas un bouton qui tienne deux jours durant. En plus, vous, je ne sais pas, mais moi, la couture, j'en ai assez, je ne suis même pas capable de faire un ourlet ni de poser une fermeture éclair.

Rendez-vous

Dans le cadre de nos échanges entre étudiants de différents niveaux et horizons, nous aurons, le jeudi 12 mars, à 11h30, la visite de Vincent Foucaud, Moniteur dans notre département et actuellement inscrit en thèse de linguistique avec Frédéric Bravo.
Voici la petite présentation qu'il m'envoie de son intervention :

Ma communication portera le titre suivant : "Texte, image et traduction".
"Aussi étonnant que cela puisse paraître, l'image - que nous essaierons de définir plus avant - se situe au cœur du travail de traduction ; en effet, l'image est, notamment dans le cadre du texte édité, omniprésente, aussi bien sous forme mentale que sous forme visuelle : elle devient en quelque sorte inséparable du texte. Nous tenterons ainsi d'une part de mettre en évidence les différentes relations qui unissent le texte et l'image et d'autre part de montrer en quoi ces relations doivent être prises en considération dans le travail de traduction."

Atelier de traduction spécialisée de Marta Lacomba : de la part de Brigitte

Suite au petit mot de Marta, je t'envoie pour le Blog, le travail que j'avais réalisé sur le Parador Rey Fernando II de Benavente. Il vient donc à la suite des propositions de Nathalie et peut-être pourrons-nous ainsi en faire les corrections ou commentaires via le Blog dans l'attente du prochain cours.

PARADOR DE BENAVENTE « REY FERNANDO II » ZAMORA

Ce qu’il faut savoir tél + indicatif
Infos pratiques
Fax
Situation : Château en ville/ Intra muros
Catégorie ****
Prix de la chambre…

Petit déjeuner
Déjeuner/dîner
Nbre de chambres : 30 chambres doubles
Installations : air conditionné dans la salle à manger et les chambres, chauffage, restaurant, bar, garage, jardin, téléphone, salle de réunions
Cartes de crédit acceptées…

Le nom du Parador
Le Parador « Fernando II de León » tient son nom du monarque fondateur de la cité, à laquelle il accorda ses « Fueros » (Privilèges) en 1164. Ce château doit son importance historique à sa situation privilégiée, proche à la fois de la Route de l’Argent, du chemin de Saint Jacques de Compostelle et de la Route du mozarabe.

L’histoire de l’édifice qui abrite le Parador
Autrefois appelé Château de la Mota, c’est dans ce château-palais qu’Alfonso IX, roi de León, fit siéger les « cortes » en 1202. Le château passa ensuite aux mains des Seigneurs de Pimentel. En 1808, pendant la Guerre d’Indépendance, il fut en grande partie dévasté lors de la bataille qui opposa Anglais et Français.
Du magnifique bâtiment du XVIème siècle du comte de Benavente, don Juan Alonso de Pimentel, seuls subsistent les vestiges de son impressionnante muraille ainsi que la Tour del Caracol (Tour de l’Escargot). Cette tour qui abrite aujourd’hui le Parador mêle style gothique et Renaissance et possède un plafond à caissons d’une grande valeur.

L’origine de Benavente
Reconstruite sur le site de l’ancien castrum de Malgrad, et rebaptisée vers 1180, le nom actuel de Benavente proviendrait de « Buenos Vientos » (Bons Vents) ou de « Buena Venta » (Bonne Vente/Bonne Auberge)

● A PIEDS
L’église Santa María del Azogue est le principal monument d’intérêt artistique de la ville. Sa reconstruction est attribuée à Fernando II en 1180. Elle possède cinq belles absides d’influence cistercienne. Ses trois portails sont de véritables œuvres d’art. A l’intérieur, on peut y voir une statue de la Vierge à l’Enfant de style roman et une Annonciation en pierre polychrome (+ tympan sculpté sur le thème de L’Agneau sacré)
L’église San Juan del Mercado offre un style roman encore plus pur que celui de Santa María, et possède également trois portails de toute beauté : la porte sud s’apparente au célèbre Portal de la Gloria de la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle. Le thème central du tympan représente l’Adoration des Rois Mages. Les six statues adossées à ses colonnes forment un ensemble exceptionnel. Cette église du XIIème siècle appartenait aux Templiers (Chevaliers de l’Ordre du Temple) et renferme la première voûte gothique d’Espagne.
A voir également : el Hospital de la Piedad (Ancien Hôpital), la Iglesia San Andrés (église), le convento de Santa Clara (Couvent), l’Ayuntamiento (Hôtel de ville)…

● EN VOITURE
Les impressionnantes ruines du Monasterio de Moreruela (Monastère) autrefois « Moreriola », méritent le détour. Première abbaye cistercienne d’Espagne, détruite par le calife musulman Al Mansour, elle possède un magnifique chevet à trois niveaux dont le niveau inférieur comporte sept absidioles. Ce lieu constitue en outre un point de vue privilégié sur le barrage de Ricobayo, qui retient les eaux de la rivière Esla.
Près du village de Fontanillas de Castro, se dressent également les vestiges d’une des cités les plus importantes de la région de Zamora, Castrotorafe ou « ancienne Zamora », apparentée à l’antique « Vicus Acuarius » des Romains, l’une des « mansio » halte qui jalonnait la Route de l’Argent et qui fut à l’origine un castrum de l’âge du fer.
A proximité, le village de Tábara possède une église romane du XIIème siècle et les vestiges d’une abbaye et d’un castrum antérieur aux Romains.
● Le nom « Azogue » -Santa Maria de Azogue- vient du mot arabe qui signifie « marché », la tradition de foire/marchande de Benavente étant permanente dans son histoire.
● Au mois de mai, au moment du Corpus Christi, les fêtes de tradition populaire du « Toro les plus importantes de Benavente -« La Fleur des Comtés » et « Bonne cité et meilleure gente »- se déroulent avec les fêtes de tradition populaire du « Toro enmaromado »

LE COIN DES GOURMETS /SPECIALITES LOCALES
BACALAO A LA TRANCA = Cabillaud « a la tranca » = cabillaud bouilli en petits morceaux, assaisonné de poivrons rouges d’huile et d’ail / Morue au paprika et à l’ail / Bacalao al ajoarriero
BACALAO A LO TIO = recette similaire au bacalao a la tranca
DOS Y PINGADA = œufs frits poitrine fumée chorizo (con pan frito) / Es el desayuno tipico de Resurrección en Semana Santa – Plat très rustique (de tradition campagnarde)
TRUCHAS DEL TERA = truites du Tera (rivière) (al ajillo)
TERNERA DE SANABRIA = Veau de Sanabria (Veau élevé « sous la mère » dans la Réserve naturelle de Sanabria)
SOPA DE TRUCHA DEL ORBIGO = soupe de truite de l’Orbigo (rivière)
TOSTON A LA ZAMORANA = cochinillo = cochon de lait de Zamora
ASADOS CASTELLANOS = grillades /viandes grillées de Castille
QUESOS = fromages
EMBUTIDOS = charcuterie
TARTA DEL CISTER = Gâteau du Císter (cistercien) Tarta de las monjas de Benavente, hecha con almendras y cubierta de huevo hilado / Pâtisserie de tradition monastique
LOS « FEOS » = pâtisserie à base d’amandes de formes irrégulières « Feos de Villalpando »
TARTA CAPUCHINA = entremets à base de jaunes d’œufs et de sucre, parfois nappé de sirop ou meringué (Tarte du Capucin)
REBOJO ZAMORANO = rebojo = Petits gâteaux individuels à base d’oeuf, farine, sucre et beurre (semblables aux madeleines)
VINO CLARETE = vin rosé de couleur claire / ainsi nommé en Castille / Vin du terroir

Références culturelles, 34 : Lui aussi, il est argentin…

En photo : Dogo Argentino - Luca 05 par JSforza

Lui aussi, il est argentin…
Mais pourquoi ? Comment ?

Autant s'adresser à un spécialiste pour savoir :

http://pagesperso-orange.fr/dogueargentin/fichier%201.htm

Version d'entraînement, 15 (Camilo José Cela)

En photo : camilo jose cela par Luis Bermejo Espin

Una noche poco descansada

« Alrededor de la mesa habría una ocho o diez personas, todas hombres, menos una ; tenían aire de arrieros de alguna posición y comían y bebían abundantemente. Yo me senté en un extremo del banco.
— Que aproveche - les dije.
— Igualmente - me respondieron a coro.
Esperé en silencio a que me trajeran la cecina ; comí y bebí cuando me la sirvieron, y pregunté por la cama cuando concluí.
— Mucha prisa es ésa - me dijo la mujer.
— Sí señora - le repliqué -, que estoy cansado del camino y tengo sueño.
Me mostraron la alcoba, me dijeron cuál era la cama, y en ella me eché para dormir, sino como un bendito - cosa que no conseguí por la cantidad de maldiciones que de mi boca salieron aquella noche -, sí al menos como un hombre hambriento de colchón. El lecho era un camaranchón con tantos años como la historia, alto y desvencijado, con aire no de apacible sepultura - como es ley que las camas han de ser -, sino de flaco y fino galgo corredor, con más ruidos y más ayes que una caja de música o el entierro de un alcalde, y con más bichos que un carnero muerto el día de la Virgen del Carmen y mirado el día de la Asunción. Para compensar estos excesos, tenía su colchón tan poca lana como era escasa la educación de su dueña, y la cama tan desnuda estaba y con tan poca ropa se cubría, que mismo parecía, si no fuera por lo sucio, que acabara de salir del baño. Pasé la noche de mala manera, y los placeres que me prometía tan por ningún lado aparecieron, que momento no faltó, ciertamente, en que echara de menos el abrigo de un matorral o el duro pero tranquilo lecho de una cuneta. Entre las picaduras de los bichos, que me soliviantaban, y el roncar, eructar y gargajear de mis compañeros de hospedaje, que no me permitían vivir al silencio, tales juramentos llegué a echar por mi boca y tales malas ideas llegó a guardar mi cabeza, que no sé si aquella noche habrá llegado a servir, ella sola, para condenar eternamente mi alma. Quizá Dios quiera perdonarme, ya que si juré y malpensé no fue sin motivo ni a cambio de ventaja alguna ; que no fue más que por desahogarme y como para demostrar, al fin, que todavía - aunque malamente - seguía viviendo. »

C. José Cela, Nuevas andanzas y desventuras de Lazarillo.

***

La traduction « officielle », « Nouvelles aventures et mésaventures de Lazarillo de Tormès », par Marie Bethe Lacombe pour les éditions Gallimard, 1989, p. 154-156 :

Huit ou dix personnes, tous des hommes, sauf une femme, étaient assis autour de la table ; ils avaient l’air de muletiers aisés, mangeaient et buvaient abondamment. Je m’assis au bout du banc.
— Bon appétit, dis-je.
— Également, me répondirent-ils tous ensemble.
J’attendis en silence qu’on m’apportât la viande séchée ; quand on me servit, je mangeai et bus et dès que j’eus terminé, je demandai mon lit.
— Vous êtes bien pressé, me dit la femme.
— Oui, Madame, répliquai-je, je suis fatigué d’avoir marché et j’ai sommeil.
On me montra la chambre, on m’indiqua mon lit et je m’y allongeai pour dormir, sinon comme un bienheureux – à cause de la quantité de malédictions qui s’échappèrent de ma bouche cette nuit-là – du moins comme un homme aspirant à un matelas.
Le lit ressemblait à une grande guimbarde et il était aussi vieux que l’histoire, aussi décharné et dénudé qu’un lévrier de course, et loin de ressembler à une paisible sépulture, comme tout lit qui se respecte, il était aussi bruyant qu’une boîte à musique et gémissait tellement qu’il faisait penser à l’enterrement d’un maire de village ; de plus, il était aussi plein de bêtes qu’un mouton qu’on aurait tué le 16 juillet pour Notre-Dame du Mont Carmel et qu’on n’aurait regardé que le 15 août le jour de l’Assomption. Sans doute pour compenser cet excès, son matelas manquait autant de laine que la maîtresse de maison d’éducation ; et le lit tout entier était si nu et si peu couvert qu’il pouvait se comparer – la saleté mise à part – à une personne sortant du bain.
Je passai une si mauvaise nuit et les plaisirs que je m’étais promis d’un repos dans un lit furent si loin d’être réalisés, qu’à de nombreux instants je regrettai de n’être pas étendu à l’abri d’un buisson ou dans le creux, dur mais tranquille, d’un fossé.
Entre les piqûres des punaises qui me faisaient sursauter, les ronflements, les rots, les crachats de mes compagnons de chambre qui ne me permettaient pas un seul instant de silence, de tels jurons sortirent de ma bouche et de si mauvaises pensées tournèrent dans ma tête que je me demande si cette nuit-là n’aurait pas suffi à elle seule à me faire damner. Dieu, peut-être, voudra bien me pardonner car si je jurai et pensai mal ce ne fut pas sans motif ni en échange d’aucun avantage ; ce fut seulement pour me soulager et pour démontrer qu’après tout, et tant bien que mal, je continuais à vivre.

***

La traduction établie avec les apprentis en atelier collectif :

Une nuit bien peu reposante

Autour de la table, il devait y avoir quelque huit à dix personnes, rien que des hommes, sauf une femme ; ils avaient l’air d’être des muletiers d’un certain rang. Ils mangeaient et buvaient copieusement. Moi, je m’assis à un bout de banc.
— Bon appétit – leur lançai-je.
— Pareillement – me répondirent-ils en chœur.
J’attendis en silence qu’on m’apporte ma viande séchée ; je mangeai et je bus à peine servi et je demandai où était mon lit dès que j’eus terminé.
— Eh ben, vous voilà bien pressé – me rabroua la femme.
— Oui, madame – me justifiais-je –, c’est que je suis fatigué du chemin et que j’ai sommeil.
On me montra la chambre, on me désigna mon lit, où je me laissais tomber pour dormir, si ce n’est comme un bienheureux – chose que je n’obtins pas eu égard aux jurons qui sortirent de ma bouche cette nuit-là – du moins, comme un homme affamé de son matelas. La couche était une espèce de paillasse, vieille comme le monde, en hauteur et déglinguée, qui ne ressemblait point à une paisible sépulture – comme la loi es lits l’exige – mais à un lévrier maigre et décharné, faisant plus de bruit qu’une boîte à musique et poussant plus de gémissements que pour les funérailles d’un maire, grouillant de plus de bestioles qu’un mouton mort le jour de la Pentecôte et retrouvé le jour de l’Assomption. Pour compenser de tels excès, son matelas était garni d’aussi peu de laine qu’était mince l’éducation de la propriétaire, et le lit était si nu et couvert de si peu de ligne qu’on aurait tout aussi bien pu dire – n’eût été sa saleté – qu’il venait de sortir du bain. Je passai une bien mauvaise nuit et de tous les plaisirs que je m’étais promis, je n’en vis pas la couleur d’un seul, à tel point que, fatalement, n’a pu manquer d’arriver le moment où j’ai regretté l’abri d’un buisson ou la dure mais tranquille couche d’un fossé. Entre les piqûres des bestioles, qui me rendaient fou, et les ronflements, éructations et raclements de gorge de mes compagnons de chambrée, qui ne me permettaient pas de goûter au silence, j’en vins à proférer de tels jurons et ma tête à abriter de si mauvaises pensées que je ne sais pas si cette nuit-là, à elle seule, n’aura pas suffi à condamner mon âme pour les siècles des siècles. Dieu, daignera peut-être me pardonner, car si j’ai juré et eut de mauvaises pensées, ça n’a pas été sans raison ni en échange de quelque avantage ; ne serait-ce que pour me soulager et comme pour démontrer qu’en fin de compte – et même mal – j’étais encore en vie.

***

Odile nous propose sa traduction :

« Autour de la table il devait y avoir huit ou dix personnes, tous des hommes, moins une femme; ils paraissaient être des muletiers de condition aisée et mangeaient et buvaient en abondance. Moi, je m'assis au bout du banc.
-Bon appétit- leur dis-je.
-Pareillement- me répondirent-ils en choeur.
J'attendis en silence que l'on m'apporte la viande séchée, je mangeai et bus lorsqu'on me la servit et demandai mon lit quand je terminai.
-Vous êtes bien pressé- me dit la femme.
-Oui, madame -lui répliquai-je- c'est que je suis fatigué du chemin et j'ai sommeil. On me montra la chambre, on m'indiqua mon lit, et je m'y allongeais pour dormir, non comme un bienheureux -chose que je ne pus être en raison du nombre de malédictions que je proférai cette-nuit là- mais du moins comme un homme mort de sommeil. La couche était une paillasse, vieille comme le monde, haute et bringuebalante, à l'allure non d'une paisible sépulture- comme il se doit pour un lit digne de ce nom-, mais plutôt d'un long lévrier squelettique, produisant plus de bruits et de gémissements qu'une boîte à musique ou que ceux émis lors de l'enterrement d'un maire, et plus grouillante de bestioles qu'un veau mort le jour de la fête de la Vierge du Carmen qu'on retrouverait le jour de l'Assomption. Pour compenser ces excès, il y avait dans le matelas autant de laine que de bonne éducation chez sa propriétaire, le lit était si nu et si peu couvert de linge qu'il semblait, n'eût été sa saleté, comme sorti du bain. Je passai une nuit fort désagréable et les plaisirs que je m'étais tant promis ne vinrent pas, à tel point que nombreux furent les moments où je regrettais le couvert d'un buisson ou le dur, mais tranquille, lit d'un fossé. Entres les piqûres des bestioles qui me harcelaient, les ronflements, les éructations et les râclements de gorge de mes compagnons de chambrée qui ne me permettaient pas de gôuter le silence, je proférai tant et tant d'injures et de si mauvaises pensées me passèrent par la tête que je me demande si cette nuit-là à elle seule n'aura pas suffi à condamner mon âme pour l'éternité. Peut-être Dieu voudra-t-il me pardonner car si j'ai juré et eu de mauvaises pensées ça ne fut pas sans motifs ni en échange de quoi que ce soit :ça n'a été que pour me soulager et comme pour me prouver, en fin de compte, même mal, que j'étais encore vivant.

mardi 10 février 2009

Éléments de réponse pour Aurélie, de la part de Jacqueline

Jacqueline et Aurélie ont toutes les deux fait la version qui est tombée la semaine dernière au CAPES interne et elles ont entamé une discussion via les commentaires. La réponse de Jacqueline aux observations d'Aurélie étant développée – merci à elle d'avoir pris le temps ! – et particulièrement intéressante, j'en fais l'objet d'un post.

Bonjour, Aurélie.
Merci pour tes remarques ; tout d’abord, contrairement à ce que tu crois, ma version n’a pas été « très travaillée » : Violeta m’a apporté son travail pour que j’y jette un coup d’œil, ce texte m’a plu et je l’ai traduit assez rapidement . Comme il s’agit d’un ressenti plus que d’une lente élaboration, je vais pouvoir assez facilement t’expliquer ce qui m’a poussé à ces choix.
Cette scène, au demeurant assez banale – nous avons toutes à un moment ou à un autre assisté à ce genre d’altercation –,je l’ai donc visualisée. Si on se met en situation, dès la 1ère lecture, on a une sorte de ballet, les uns en avant, les autres en retrait, on risque un pas, on s’avance menaçants, on s’arrête net, tout cela est très spectaculaire. Et nous avons don Julio qui ouvre ses bras d’un geste très théâtral, référence christique : il étend la main comme pour guérir les malades, référence à Moïse qui va partager les eaux et du reste cela se termine par un miracle. Nous sommes donc au théâtre ou à l’opéra : tu entends ces voix -pas toujours harmonieuses-, celle « aflautada » une voix de haute-contre, les filles que « se increpaban » et tu vois le chœur qui s’avance, nous sommes en public ; là, ça me dit quelque chose : pour moi, le mot qui m’accroche, c’est « taurino » d’autant qu’il est suivi de « culminada la faena » , oui, il n’y a pas de doute, nous sommes dans l’arène.
Il se trouve que je m’intéresse à la corrida , je sais qu’un desplante », c’est une passe de muleta, quand le torero veut attirer l’attention du public au mépris du danger ; je vois donc très bien l’autre se retourner, fier de lui après avoir planté la banderille de sa diatribe, olé !, d’où le fait qu’il ramasse sa cape pour reprendre ensuite le combat. Il me semble que « donner un coup final très taurin » ne parle pas trop aux lecteurs que nous sommes.
« rostros muy juntos », elles ne s’apostrophent pas de profil ! « nez à nez » est venu tout naturellement
« Aliento » veut dire souffle, mais aussi courage ; c’est un choix.
« avance » traduit par argument ne me paraît pas rendre la rapidité de la scène : il ne s’agit pas d’un exercice de rhétorique, tout va très vite et se précipite…
« dilatada inanidad » j’ai préféré traduire cela par « vacuité béante » plutôt « qu’inconscience dilatée » : en fait, qu’avons-nous ? un type paralysé par la situation, « fascinado » comme hypnotisé par un serpent, il ne peut plus réfléchir et soudain , la « brise »…
« escorzo » signifie je crois raccourci et je vois bien le chœur qui se fige dans son geste.
Pour le reste, ma traduction est au demeurant assez banale ou classique, comme tu voudras.
Au-delà de cette traduction, tu poses, Aurélie, beaucoup de questions très pertinentes : je te conseillerai deux choses : 1) tu n’as qu’à t’en remettre à ce que te dit Caroline, tu t’en porteras bien ; 2) à temps perdu, revois le blog, c’est une mine de réflexion sur ce qu’est la traduction, les problèmes qu’elle pose etc… Il est clair qu’en traduisant ce texte, je n’étais pas dans une démarche « concours ». Mais si je me souviens bien de ce que j’ai fait quand j’ai passé le capes, la version ne me parlait pas trop, j’ai donc fait tranquillement mon thème, et, calmée, je suis revenue à la version … et cela m’a plutôt bien réussi. Enfin, je suis à ta disposition pour reparler de tout cela quand tu le souhaiteras.
Bonne chance, Jacqueline

À l'attention de Jacqueline et Blandine

Je vous confirme que j'ai réservé la salle H 118 pour votre prochain atelier tutoré avec Jean-Marie Saint-Lu. Elle sera à votre disposition de 14h00 à 17h30.

Pour information, de la part de Brigitte

Une info à noter dans vos agendas...
LE SALON DU LIVRE 2009 aura pour invité d'honneur le MEXIQUE

http://www.salondulivreparis.com/
http://www.actualitte.com/actualite/6333-Salon-livre-Paris-Mexique-2009.htm

Références culturelles, 33 : comprendre le drapeau mexicain

En photo : Bandera mexicana (Lotería: La bandera)

Allez lire le petit article suivant :

http://users.skynet.be/lotus/flag/mexico0-fr.htm

Version d'entraînement, 14 (Paco Ignacio Taibo II)

En photo : Dominoes... par Smite

LOS PERSONAJES JUEGAN DOMINÓ

—Ponga usted la muía de doses, mi estimado poeta: a un hombre de una magnitud espiritual como la suya no le va hacerse pendejo —dice Pioquinto Manterola sonriendo.
El poeta se sume en la silla, luego se quita el sombrero y comienza a rascarse la coronilla con dos dedos, como punteando en el cráneo al ritmo de una canción que sólo él escucha. Con la otra mano voltea la muía de doses y la empuja suavecito por encima del mármol.
—Se la dejaron ir, compañero —comenta el licenciado Verdugo desde el otro lado de la mesa, y como para dejar absolutamente claro que con este juego ya no se puede hacer nada, se bebe de un sentón el tequila que le queda en el vaso, suspira, y tras un inaudible «con permiso», se apura también los restos de la copa del chino.
El chino juega el dos/tres y deja a Manterola con la firme.
Tan firme y sólo a dos vueltas que éste saca un paliacate medio astroso de la bolsa del saco y se suena ruidosamente, rompiendo la concentración de los demás.
Pioquinto Manterola, el periodista, no llega a los cuarenta años, aunque ronda cerca de ellos y a veces simula que los rebasa. Los lentes de arito sobre la nariz ganchuda y violenta, la calva prematura rodeada de una pelambre que se riza oculta para sobresalir bajo una gorra inglesa, y una cicatriz seca y fina, con los bordes levemente rojizos, que sobresale de la parte inferior de la
oreja izquierda para perderse en el cuello, le proporcionan un rostro que invita y provoca la segunda mirada en los observadores, dando a su dueño un aire vivaz y equívocamente respetable.
—Paso —dice el licenciado Verdugo.
—Para siempre, mi estimado —dice Pioquinto y juega el dos/cinco por el otro lado.
Las luces se han ido apagando en el bar del hotel Majestic, cantina lustrosa pero eficiente en el alcohol y el servicio, arrojada por la vida a la calle Madero, número 16, en el centro de la ciudad de México. Los últimos ruidos de las bolas de billar machetean suavemente el aire. Pronto quedará tan sólo el foco solitario cubierto con una pantalla de metal negro, que colgando del techo dejará caer un círculo de luz cada vez más nítido y perfilado sobre la mesa de los cuatro jugadores.
El poeta juega el cinco/uno, el chino Tomás Wong pasa, el licenciado Verdugo escupe la muía de unos suspirando, y Manterola sale con el tres/cuatro.
—A contar, mediocres —dice el periodista Pioquinto Manterola.
Tomás, el chino, se pone de pie y camina hasta la barra del bar. Fija la mirada en una botella de habanero que solitaria le sonríe desde la estantería y espera.

Paco Ignacio Taibo II, Sombra de la sombra

***

Brigitte – que je remercie d'avoir eu l'œil à une grosse coquille [cf commentaires] – nous propose sa traduction (avec ce mail d'accompagnement : « N'étant pas du tout experte en dominos, j'ai eu beau chercher je n'ai pas trouvé l'équivalent de FIRME dans le jargon français du domino d'où sans doute des contresens... ici et là... J'essaierai de le retravailler dès que j'aurai un peu plus de temps ») :

- Mettez donc le double deux, mon cher poète : un homme avec d’une telle grandeur d’âme que la vôtre, ne va pas tout de même pas faire son timoré – dit Pioquinto Manterola en souriant.
Le poète s’affale sur sa chaise, puis il ôte son chapeau et commence à se gratter le sommet du crâne avec deux doigts, comme s’il battait la mesure d’une chanson qu’il est seul à entendre. De l’autre main, il retourne le double deux et le pousse tout doucement sur le marbre.
- Vous vous l’avez laissé filer, mon ami – commente maître Verdugo à l’autre bout de la table, et comme pour dire clairement qu’avec un jeu pareil il n’y a plus rien à faire, il boit d’un trait la tequila qu’il reste dans son verre, soupire et, après un inaudible « vous permettez », finit également le verre du Chinois.
Le Chinois joue le deux/trois et laisse Manterola bloqué avec son dernier domino.
A tel point bloqué et seulement à deux tours, que celui-ci sort un grand mouchoir à moitié sale de la poche de son sac et se mouche bruyamment, perturbant la concentration des autres.
Pioquinto Manterola, le journaliste, n’a pas encore quarante ans, même s’il n’en est pas loin, et parfois il fait semblant d’en avoir plus. Les petites lunettes cerclées sur le nez crochu et violent, la calvitie précoce auréolée de poils frisés qui émergent d’une casquette anglaise, et une cicatrice sèche et fine, dont les bords sont légèrement rougis, qui ressort à la base de son oreille gauche pour se perdre dans son cou, lui donnent un visage qui invite ses observateurs à le regarder par deux fois et donne à son propriétaire un air vif et faussement respectable.
- Je passe, dit maître Verdugo.
- Pour toujours, très cher – dit Pioquinto et il joue pose le deux/cinq à l’autre extrémité du jeu.
Les lumières se sont éteint les unes après les autres au bar de l’Hôtel Majestic, buffet lustré mais efficace sur l’alcool et le service, jeté par la vie dans la rue Madero, numéro 16, au centre de la ville de México. Les derniers bruits de boules de billard fendent doucement l’air. Bientôt il ne restera plus que l’ampoule solitaire protégée d’un abat-jour de métal noir qui, pendant du plafond, laissera tomber un cercle de lumière de plus en plus net et précis sur la table des quatre joueurs.
Le poète joue le cinq/un, le Chinois Tomas Wong passe son tour, maître Verdugo
crache son double un en soupirant, et Manterola sort le trois/quatre.
- Y a plus qu’à compter les points, médiocres – dit le journaliste Pioquinto Manterola.
Tomás, le Chinois, se lève et marche jusqu’au comptoir du bar.
Il fixe du regard une bouteille de Habanero qui, esseulée, lui sourit sur l’étagère et attend.

lundi 9 février 2009

Références culturelles, 32 : tout savoir sur le jambon espagnol

En photo : Pata Negra (or jamon on the hoof) par rowteight

Miam miam / ñam ñam :

http://www.ibergour.fr/fr/jamon/#Tipos_jamon_espana

Version d'entraînement, 13 (Luis Landero)

Pour aujourd'hui, voici la version qui a été donnée la semaine dernière aux candidats au CAPES interne. J'espère qu'une grande partie des étudiants du groupe 2 de CAPES externe se précipitera… !

Había habido un accidente de tráfico. Dos matrimonios otoñales, junto a los automóviles abollados, los hombres un paso adelantados y las mujeres rezagadas pero alargando ferozmente el gañote, se increpaban con los rostros muy juntos. Cada vez que una de las parejas conseguía largar una buena diatriba, aprovechaba la ventaja para etirarse con un desplante muy taurino, como dando por culminada la faena. Pero como los vencidos, viendo ahora el campo despejado, tomasen entonces la iniciativa de los gritos, los otros volvían a la brega con renovado aliento. Así ocurrió tres o cuatro veces, y ya algunos curiosos habían tomado partido y amagaban avances a los adversarios, y en fin, que la trifulca amenazaba con convertirse en altercado público.
Don Julio, que siempre había rehuido los pleitos callejeros, observaba entre aprensivo y fascinado. […] Y fue entonces cuando, de pronto, sin saber por qué, ni de dónde le llegaba aquella brisa de inspiración que sentía levantarse en algún rincón de la dilatada inanidad de su mente, dio unos pasos hacia el centro del corro y desplegó los brazos con una apertura ecuménica de consternacion. Por un instante, se hizo el silencio, pero enseguida las partes salieron de la perplejidad con nuevos gritos, dirigidos esta vez al intruso, y ya avanzaban hacia él cuando don Julio, ganando un paso más, extendió una mano, como si fuese a sanar lisiados o a separar aguas, y dijo con su voz aflautada :
-Señores : aquiescencia.
Y milagrosamente cada cual se quedó inmóvil en su escorzo. Nadie supo nunca, ni siquiera él mismo, lo que acababa de ocurrir.

Luis LANDERO, Caballeros de fortuna, Ed. Tusquets, 1994, p. 90-91.

***

Jacqueline nous propose sa traduction :

Il y avait eu un accident de la circulation. Deux couples d’âge mûr, à côté des voitures cabossées, les hommes un pas en avant et les femmes en retrait mais allongeant le cou avec férocité, s’invectivaient nez à nez. Chaque fois qu’un des couples parvenait à lâcher une bonne diatribe, il profitait de son avantage pour se retourner dans une passe de torero d’opérette, comme si le travail à la muleta était terminé. Mais comme les vaincus, voyant le champ libre, prenaient alors l’initiative des cris, les autres reprenaient la cape de travail avec un courage renouvelé. Cela se reproduisit trois ou quatre fois, et déjà quelques badauds avaient pris parti et menaçaient de s’avancer vers les adversaires et bref, la querelle, de se transformer en altercation publique.
Don Julio, qui avait toujours fui les batailles des rues, observait la scène mi craintif mi fasciné. […] Et ce fut alors que, soudain, sans savoir pourquoi ni d’où lui venait cette brise d’inspiration qu’il sentait se lever dans un coin de la vacuité béante de son esprit, fit quelques pas en direction du centre du cercle et déplia les bras dans un geste d’ouverture oecuménique de consternation. Pendant un instant, le silence se fit, mais aussitôt les parties en présence émergèrent de leur perplexité avec de nouveaux cris, adressés cette fois à l’intrus, et déjà ils s’avançaient vers lui quand don Julio, risquant avec succès un pas de plus, étendit sa main, comme s’il allait guérir les blessés ou séparer les eaux, et il dit d’une voix haut perchée :
—Messieurs : écoutez-moi.
Et miraculeusement chacun s’immobilisa dans son geste ébauché. Personne, pas même lui, ne sut jamais ce qui venait de se passer.

***

Aurélie – étudiante du groupe 2 de CAPES nous propose sa traduction :

Il y avait eu un accident de la circulation. Deux couples automnaux, à côté de leurs voitures englouties, les hommes un pas en avant et leurs femmes un peu en arrière mais allongeant le cou férocement, se criaient dessus, leurs visages très rapprochés. Chaque fois que l’un des couples parvenait à s’étaler dans une longue diatribe, il profitait de l’avantage pour donner un coup final très taurin, comme pour marquer la fin de la tâche. Mais comme les vaincus, voyant alors le champ désert, reprenaient alors l’initiative des cris, les autres revenaient à la charge dans un nouveau souffle. Cela se passa ainsi trois ou quatre fois, et déjà quelques curieux avaient pris parti et donnaient des arguments aux adversaires, et finalement, la dispute menaçait de se transformer en altercation publique.
Don Julio, qui avait toujours fui les conflits de rue, observait, entre l’appréhension et la fascination. […] Et ce fut à ce moment-là que, subitement, sans savoir pourquoi, ni d’où lui venait cette brise d’inspiration qu’il sentait se lever dans un recoin de l’inconscience dilatée de son esprit, il fit quelques pas jusqu’au centre du cercle du chœur et déploya les bras dans une ouverture œcuménique de consternation. Pendant un instant, le silence se fit, mais rapidement les parties sortirent de leur perplexité avec de nouveaux cris, adressés cette fois-ci à l’intrus, et ils s’avançaient déjà vers lui lorsque don Julio, gagnant un pas de plus, tendit une main, comme s’il allait guérir des fous ou séparer les eaux, et il dit de sa voix fluette :
- Messieurs dames : mettez-vous d’accord.
Et miraculeusement chacun resta immobile dans étonnement. Personne ne sut, pas même lui, ce qu’il venait d’arriver.

***

Brigitte nous propose sa traduction :

Un accident de la circulation s’était produit. Deux couples à l’automne de leur vie, auprès de voitures cabossées, les hommes en avant d’un pas et les femmes en retrait mais la gorge férocement déployée, s’insultaient dans un face à face très rapproché.
Chaque fois que l’un des couples parvenait à lâcher une bonne diatribe, il profitait de l’avantage pour adopter la posture très typique du torero qui met le point final à sa passe.
Mais si les vaincus, voyant alors le champ libre, prenaient l’initiative des cris, les autres revenaient à la charge, dans un nouvel élan.
Il en fut ainsi à trois ou quatre reprises, et quelques curieux avaient déjà pris parti et ébauchaient des avancées en direction des adversaires ; finalement, la dispute menaçait de tourner à l’altercation publique.
Don Julio, qui avait toujours fui les conflits de rue, observait, partagé entre appréhension et fascination (…).Et ce fut alors que, soudain, sans savoir pourquoi, ni d’où lui parvenait cette brise d’inspiration qu’il sentait se lever dans quelque recoin de la vacuité béante de son inconscient, il fit quelques pas vers le centre du choeur et ouvrit les bras en une posture oeucuménique de consternation. Pendant un instant, le silence se fit, mais aussitôt les parties adverses sortirent de leur état de perplexité avec de nouveaux cris, adressés cette fois à l’intrus et ils s’avançaient déjà vers lui quand don Julio, faisant un pas de plus, étendit une main, comme s’il allait procéder à la guérison d’infirmes ou au partage des eaux, et il prononça de sa voix stridente :
- Messieurs dames : acquiescement.
Et comme par miracle, chacun resta immobile, figé dans sa posture. Personne, pas même lui, ne sut jamais ce qu’il venait de se produire.

Vanessa – étudiante du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction, malgré une "maladie" passagère mais très handicapante :

Il y avait eu un accident de la circulation. Deux couples d’âge mûr, à côté des automobiles cabossées, les hommes d’un pas en avant et les femmes derrières mais allongeant férocement le gosier, s’insultait face à face. Chaque fois qu’un des couples réussissait à lâcher une bonne diatribe, il profitait de l’avantage pour s’étirer avec une effronterie très taurine, comme donnant pour achevé le travail. Mais comme les vaincus, voyant alors le terrain dégagé, prenaient alors l’initiative des cris, les autres revenaient à la lutte avec un nouveau souffle. Cela se produisit trois ou quatre fois, et déjà, quelques curieux avaient pris partie et permettaient des avancées aux adversaires, et finalement, la dispute menaçait de se transformer en altercation publique.
Don Julio, qui avait toujours fui les disputes de rue, observait entre appréhension et fascination. […] Et c’est alors que, soudainement sans savoir pourquoi, ni d’où lui venait cette brise d’inspiration qu’il sentait naître dans un coin de la vaste inanité de son esprit, il fit quelques pas vers le centre du cercle et ouvrit les bras avec une ouverture œcuménique de consternation. Pendant un instant, le silence régna, mais très rapidement, les parties sortirent de leur perplexité avec de nouveaux cris, dirigés, cette fois-ci, à l’intrus, et elles avançaient déjà vers lui lorsque Julio, gagnant un pas de plus, tendit les mains, comme s’il allait soigner des estropiés ou séparer les eaux, et dit de sa voix aiguë :
_ Mesdames et Messieurs : écoutez-moi.
Et par miracle, tous restèrent immobiles dans leur surprise. Personne ne sut, pas même lui, ce qu’il venait de se passer.

***

Odile nous propose sa traduction :

Il y avait eu un accident de la circulation. Deux couples dans l'automne de leur vie, près des voitures cabossées, les hommes un peu en avant, les femmes en retrait mais allongeant férocement le cou, s'invectivaient nez à nez. Chaque fois que l'un des conjoints lâchait une longue diatribe, il profitait de l'avantage et prenait une posture très taurine, comme s'il avait achevé la faena. Mais si les vaincus voyant alors le champ libre, reprennaient l'initiative des cris, les autres, souffle retrouvé, revenaient à la charge. Cela se reproduisit trois ou quatre fois et quelques badauds avaient pris parti et commençaient à lancer des encouragements aux adversaires, tant et si bien que la dispute menaçait de dégénérer en altercation publique.
Don Julio, qui avait toujours fui les conflits citadins observait la scène, partagé entre appréhension et fascination (...) C'est alors, subitement, sans qu'il sache pourquoi ni d'où lui venait ce souffle d'inspiration qu'il sentait se lever dans un recoin de la vaste vacuité de son esprit, qu' il s'avança vers le centre du groupe, les bras ouverts, dans un geste œucuménique de consternation. Pendant un instant, le silence se fit, mais aussitôt les parties sortirent de leur état de perplexité avec des cris réitérés, cette fois à l'adresse de l'intrus, et déjà ils fonçaient sur lui lorsque don Julio, avançant d' un pas, étendit une main, comme s'il aller guérir des infirmes ou séparer les eaux et dit de sa voix flûtée:
- Mesdames et messieurs: consentement.
Et, comme par miracle, les uns et les autres suspendirent leurs mouvements. Personne ne sut jamais, pas même le propre don Julio, ce qui venait de se passer.

dimanche 8 février 2009

Références culturelles, 31 : Las maras

En photo : las maras par tobar3sg

C'est quoi "las maras" ?

Un article :
http://www.alterinfos.org/spip.php?article862

Sur You tube :
http://www.youtube.com/watch?v=k55NrIu2wbk
http://www.youtube.com/watch?v=T2XTHfawxBI&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=9fbIEeTfcww&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=FCzlPz8PdpI&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=g-bP7J1sQBI&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=whIzBqY3CXQ&feature=related

10 Questions à Nathalie Lavigne, par Jacqueline

L’idée de ces questions m’est venue pour varier les plaisirs de l’interview et finalement nous pourrions toutes nous poser ces questions qui sans en avoir l’air dévoilent un coin du mystère :

Si Tradabordo était :
Les réponses de Nathalie

Un monument : la Tour de Babel
Une personnalité : sa fondatrice, Caroline Lepage
Une figure emblématique : l’artisan (un ciseleur de mots, peut-être)
Un lieu culturel : la place des Trois Cultures, à México
Une saison : entre gris clair et gris foncé
Un plat : la soupe aux cailloux
Une balade : celle des gens heureux (mais je crois que le titre est déjà pris)
Un endroit : SH 118, of course
Un souvenir : un avenir, plutôt
Une devise : sans cesse sur le métier remettre l’ouvrage

***
Avant que Caroline ne m’écrive : « Et toi, qu’en penses-tu ?, je réponds à mon tour aux questions posées à Nathalie :

Si Tradabordo était :
Les réponses de Jacqueline

Un monument : la place des trois horloges, à Alger : on s’y assoit un moment, on échange, chacun porte son écot, on rit, on travaille mine de rien, bref, la vie. Nostalgie.
Une personnalité : JM Saint Lu, notre tuteur à Blandine et à moi, qui nous a prévenues « qu’il ne nous laisserait rien passer ».
Une figure emblématique : Anne d’Acier, bien sûr.
Un lieu culturel : Beaubourg et la B N F à la fois, entre modernité et tradition.
Une saison : le printemps, Tradabordo a toute la vie devant soi.
Un plat : le « Matahambre » de Brigitte. J’aimerais bien le goûter !
Une balade : Arles, qui a changé mon regard.
Un endroit : E 215, ce n’était pas mal non plus mais aussi la MPI et finalement là où on est ensemble, non ?
Un souvenir : le premier : des quiches partagées sur la pelouse après la réunion de rentrée du 29 septembre en me demandant à quelle sauce je vais être mangée moi-même … entre curiosité, inquiétude et espoir.
Une devise : partagée avec Nathalie : « polissez-le sans cesse et le repolissez».

Et maintenant à qui le tour ?

***

Si Tradabordo était :
Les réponses de Caroline

Un monument : L'action enchaînée de Maillol
Une personnalité : celle que nous avons composée ensemble au fil des semaines… et sur laquelle, d'ailleurs, nous pourrions nous interroger. Qui sommes-nous collectivement ? Quelle est notre identité de traducteur collectif ? Nul doute que le groupe de l'année prochaine en aura une autre…
Une figure emblématique : Héra… déesse du mariage (entre l'auteur, le traducteur et le lecteur) et de la maternité (entre l'auteur, le traducteur et le lecteur)
Un lieu culturel : Bordeaux 3, of course… Combien de kilomètres de rayonnages occuperont les livres traduits par les membres de Trababordo ?
Une saison : La saison des plaisirs !
Un plat : un certain gâteau d'une certaine Denise… ils se reconnaîtront tous les deux.
Une balade : un tout petit sentier entre les lignes…
Un endroit : un minuscule recoin au fond d'un dictionnaire
Un souvenir : avec amour et abjection…
Une devise : ton expérience de la langue ne fait pas loi !

Votre thème du week-end, Verne

En photo : 20000_squid_holding_sailor par pitvok

L’année 1866 fut marquée par un événement bizarre, un phénomène inexpliqué et inexplicable que personne n’a sans doute oublié. Sans parler des rumeurs qui agitaient les populations des ports et surexcitaient l’esprit public à l’intérieur des continents les gens de mer furent particulièrement émus.
Les négociants, armateurs, capitaines de navires, skippers et masters de l’Europe et de l’Amérique, officiers des marines militaires de tous pays, et, après eux, les gouvernements des divers États des deux continents, se préoccupèrent de ce fait au plus haut point.
En effet, depuis quelque temps, plusieurs navires s’étaient rencontrés sur mer avec « une chose énorme » un objet long, fusiforme, parfois phosphorescent, infiniment plus vaste et plus rapide qu’une baleine.
Les faits relatifs à cette apparition, consignés aux divers livres de bord, s’accordaient assez exactement sur la structure de l’objet ou de l’être en question, la vitesse inouïe de ses mouvements, la puissance surprenante de sa locomotion, la vie particulière dont il semblait doué. Si c’était un cétacé, il surpassait en volume tous ceux que la science avait classés jusqu’alors. Ni Cuvier, ni Lacépède, ni M. Dumeril, ni M. de Quatrefages n’eussent admis l’existence d’un tel monstre — à moins de l’avoir vu, ce qui s’appelle vu de leurs propres yeux de savants.
A prendre la moyenne des observations faites à diverses reprises — en rejetant les évaluations timides qui assignaient à cet objet une longueur de deux cents pieds et en repoussant les opinions exagérées qui le disaient large d’un mille et long de trois — on pouvait affirmer, cependant, que cet être phénoménal dépassait de beaucoup toutes les dimensions admises jusqu’à ce jour par les ichtyologistes — s’il existait toutefois.
Or, il existait, le fait en lui-même n’était plus niable, et, avec ce penchant qui pousse au merveilleux la cervelle humaine, on comprendra l’émotion produite dans le monde entier par cette surnaturelle apparition. Quant à la rejeter au rang des fables, il fallait y renoncer.

Jules Verne, 20000 lieues sous les mers

***

Brigitte nous propose sa traduction :

El año 1866 fue marcado por un acontecimiento extraño, un fenómeno inexplicado e inexplicable del que seguramente nadie se habrá olvidado.
Sin hablar de los rumores que iban agitando a las poblaciones porteñas y sobrexcitando la imaginación colectiva tierras adentro, se emocionó especialmente el mundo marítimo.
Los negociantes, armadores, capitanes de navíos, timoneles y barqueros de Europa y América, oficiales de las armadas de todos los países, y a continuación, los gobiernos de los diversos estados de ambos continentes, se preocuparon muchísimo por este suceso.
En efecto, desde hacía cierto tiempo, varios barcos se habían cruzado mar adentro con « algo enorme », un artefacto largo, fusiforme, a veces fosforescente, muchísimo más grande y veloz que una ballena.
Los hechos vinculados a esta aparición, anotados en los distintos diarios de a bordo, concordaban de manera bastante exacta en cuanto a la estructura del artefacto o de la ente en cuestión, la velocidad increíble de sus desplazamientos, la potencia asombrosa de su locomoción, la vida particular que parecía animarlo.
Si era un cetáceo, por su volumen debía de sobrepasar todos los que la ciencia había podido registrar hasta entonces.
Ni Cuvier, ni Lacépède, ni M.Dumeril, ni el Señor de Quatrefages hubieran admitido la existencia de tal monstruo – a no ser que lo hayan visto ellos, entiéndase visto con sus propios ojos de científicos.
Teniendo en cuenta el promedio entre las observaciones hechas en diversas ocasiones – alejando las evaluaciones tímidas que asignaban a dicho objeto doscientos pies de largo y rechazando las opiniones exageradas que le atribuían una milla de ancho y tres de largo – se podía afirmar, sin embargo, que este ser extraordinario superaba de mucho todas las dimensiones admitidas hasta hoy por los ictiólogos – si es que existiera.
Pues sí que existía, el hecho en sí ya no se podía negar y, con la inclinación que acarrea lo maravilloso en la mente humana, bien se entenderá la emoción producida en el mundo entero por esta aparición sobrenatural. En cuanto a rechazarlo como una fábula cualquiera, ni hablar.

***

Odile nous propose sa traduction :

El año 1866 fue marcado por un acontecimiento extraño, un fenómeno inexplicado e inexplicable que por cierto, nadie habrá olvidado. Sin hablar de los rumores que alborotaban a las poblaciones porteñas y enardecían la opinión pública tierra adentro, se emocionó muy especialmente la gente perteneciente al mundo marítimo.
Los hombres de negocio, armadores, capitanes de buques, timoneles y barqueros de Europa y de América, oficiales de las armadas militares de todos los países y, a continuación, los gobiernos de los distintos estados de los dos continentes, se preocuparon muchísimo por este suceso.
En efecto, desde hacía algun tiempo, varios navíos habían topado en mar con « una cosa enorme » un objeto largo, fusiforme, a veces fosforescente, muchísimo más grande y veloz que una ballena. 
Los hechos relativos a tal aparición y anotados en los varios diarios de navegación concordaban de manera bastante exacta/semejante en lo que refiere a la estructura del objeto o del ser en cuestión, la velocidad de sus desplazamientos, la potencia asombrosa de su locomoción, la vida particular que parecía poseer. Si era un cetáceo, sobrepasaba en volumen todos los que la ciencia había clasificado hasta entonces. Ni Cuvier, ni Lacépède, ni Dumeril ni el señor de Quatrefages no hubiesen admitido la existencia de semejante monstruo – a no ser de haberlo visto, lo que se dice visto con sus propios ojos de científicos.
Teniendo en cuenta el promedio de observaciones realizadas en varias ocasiones – descartando las evaluaciones tímidas que asignaban a este objeto una longitud de doscientos pies y rechazando las opiniones exageradas que le atribuían una anchura de una milla y tres de longitud, - sin embargo, se podía afirmar que este ser fenomenal superaba con mucho todas las dimensiones admitidas hasta ahora por los ictiólogos – no obstante existiera.
Pués, sí que existía, el hecho en sí ya no se podía negar y, con la inclinación que empuja la mente humana hacia lo maravilloso, se podrá entender la emoción que produjo por el mundo entero esa aparición sobrenatural. En cuanto a recharzarla como si fuese una fábula, era algo imposible.

Un billet du dimanche : Le café bleu, rite ou expérience ?, par Jacqueline

En photo : It's a girl's thing ~! par Cherie™

Pas moins de sept commentaires à propos du compte-rendu de Laetitia ! Ce repas n’est pas un succès mais un triomphe… Il semble désormais acquis que nous allons renouveler ce genre de rencontre, aussi utile qu’agréable. Oui, mais où ? Deux tendances apparaissent et cela me conduit à réfléchir plus généralement aux rites. Le petit Larousse illustré par Karl Lagerfeld, cadeau de Noël, dit qu’un rite, c’est « une manière d’agir propre à quelqu’un ou à un groupe social et revêtant un caractère invariable ». Pas de doute nous sommes un groupe social, assez hétérogène au demeurant ; ma position est que c’est précisément parce que nous n’avons que six mois d’âge que nous devons consolider nos relations — même si l’on peut penser qu’avec le nom que nous nous sommes choisi, nous ne risquons rien. C’est là que le rite intervient. Evidemment, le rite manque de spontanéité, il est réglé, fixé, codifié mais c’est le respect de la règle qui garantit son efficacité. Dans rite, il y a relier, il y a aussi se recueillir, s’unir délibérément à la tradition que le rite consacre. Il nous faut des traditions, c’est rassurant ; dans ce siècle envahi par le zapping, savoir qu’il y a des points d’ancrage, des moments privilégiés où on va poser sa charge, est un gage de bien-être. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais il n’y a rien tant qui m’agace comme ces cadeaux de Noël qui arrivent en février, sous prétexte qu’on peut fêter tous les jours Noël ; moi, j’aime le bruit du papier qu’on froisse le 24 au soir et la surprise qui attend au fond du paquet, je l’attends, comme la fleur du petit prince attend son jardinier (soit dit en passant, ma prochaine attente se situe aux alentours du 7 avril, date de ma venue en ce monde). Le rite est une pluie bienfaisante, il a un caractère sacré qui me paraît bien s’accorder avec ce que nous sommes. Alors Café bleu ou pas ? Là n’est pas l’important, nous avons le droit à l’erreur, mais dépêchons-nous de trouver « notre » coin. Et d’en faire une it cantine aussi sympa que le it bag rouge de Laetitia que nous aimerions toutes avoir. Ce billet est sans supplément.
Jacqueline

samedi 7 février 2009

Atelier tutoré, Jean-Marie Saint-Lu, séance 4

6 février 2009
Compte rendu : Jacqueline

Cette fois nous avions, Blandine et moi, notre tuteur « pour nous toutes seules », mais comme nous sommes volontiers partageuses, je vais vous faire part des conseils qui nous ont été prodigués et des astuces dont nous avons fait notre miel.
D’abord, ce que Jean-Marie Saint-Lu considère comme un postulat :
—On ne traduit pas les noms de famille ni les prénoms mais on traduit les surnoms qui ne sont pas un choix innocent de la part de l’auteur ; en revanche, les surnoms quechua ( en réponse à une de mes questions sur ma traduction longue) ne sont pas à traduire : cela permet de garder au récit la touche étrangère, d’extraénité.
—On transcrit les diminutifs tels quels – ex Clemencita, dans Sin remedio.
—Les noms géographiques ne sont traduits que s’ils sont attestés ; c’est l’usage qui prime.
—Puisqu’il convient, on le sait, d’éviter les notes en bas de page, il peut être nécessaire de rédiger une courte note du traducteur en début de livre pour éclairer le lecteur, si le contexte le justifie. Le principe est le suivant : il faut fournir au lecteur français d’aujourd’hui les informations qu’a le lecteur espagnol (ou péruvien, pour ce qui me concerne) contemporain. Si le lecteur français ignore, ce qui est probable, ce qu’est le mouvement aprista au Pérou (toujours dans le cadre de El Sexto), et que ce manque de connaissance gêne la compréhension du texte, alors il faut lui fournir les indications nécessaires à une lecture fluide.
—Le style n’est pas aux ordres de la syntaxe, la syntaxe est un moyen, c’est le style et le contenu qui comptent ; la traduction n’est pas un calque et on peut parfaitement changer un adjectif en substantif etc… Nous avons travaillé par ex sur la phrase suivante, à propos d’un des personnages de Sin remedio : « eructando su whisky con dulzura tras una larga mano desmayada, veteada de pecas grises… » ; la traduction veinée pour « veteada » n’a pas été retenue, même si elle est correcte littéralement, l’image qu’elle renvoie n’étant pas parlante. On a préféré « tavelée » qui rend exactement celle voulue par l’auteur : une main de vieillard ; le mot d’origine n’a aucune importance stratégique dans le texte et le changement opéré rend service au texte.
—le vocabulaire dont on n’est pas sûr ou qui apparaît incongru dans la traduction doit être vérifié dans de multiples dictionnaires jusqu’à ce que soit trouvée la solution qui semble adéquate.
Nous avons abordé la traduction des dialogues et noté qu’ils devaient avant tout « avoir l’air naturels », il faut donc se mettre dans la situation, puis restituer à la fois l’information et l’atmosphère, ex, dans le cadre d’un échange téléphonique entre le héros Escobar et sa mère qui dit : « Hace un rato te llamé. No contestó nadie. » ; il n’est pas possible de rendre cela par : personne ne m’a répondu mais tout naturellement par : Ça ne répondait pas. Puis nous avons approfondi l’étude des six pages suivantes, le temps de nous familiariser davantage avec les personnages. Je n’ai pas pu m’empêcher de demander alors à Jean- Marie Saint-Lu ce qu’il ressentait lorsqu’il remettait son texte à l’éditeur et qu’il quittait ses personnages. Il a alors parlé de « post-partum mélancolique » et je me suis sentie soulagée car j’avoue que les résultats enthousiastes de notre sondage sur la fin de la traduction m’avaient un peu à peu perturbée. Nous continuerons l’aventure le mardi 10 mars à 14 h.

Nouveau sondage

Plus d'une semaine sans sondage… sans auto-contemplation dans le miroir tradabordien. Quelle horreur !
Et donc, reprenons : ce nouveau sondage est issu du mini-débat qu'avaient amorcé Nathalie et Laure via les commentaires.

P.S. : je précise que je ne vote jamais en premier… pour ne pas risquer d'influencer en quoi que ce soit le vote.

Résultats du sondage : « Pour vous, le traducteur est-il… ? »

Sur 22 votes :

Un tâcheron = 1 voix (4%)
Un artisan = 13 voix (57%)
Un artiste = 8 voix (36%)

J'invite ceux qui ont voté "Un artiste" à nous dire pourquoi… Quelles raisons les ont poussés à considérer qu'ils étaient « davantage » que des artisans.

Merci à Stéphanie Benson

Caroline s'associe aux apprentis traducteurs pour adresser un immense merci à Stéphanie Benson. Je n'ai pas cessé d'avoir des échos de ce qui se faisait dans son atelier d'écriture (que beaucoup, regrettent vivement de voir s'achever) et à ce que j'ai compris, cela aura été pour tous une drôle d'aventure personnelle et collective (Nathalie m'a avoué avoir découvert prendre plus de plaisir à écrire qu'à traduire… Va-t-elle nous quitter pour aller concurrencer J.K. Rowling ?), une belle façon de pénétrer et de mieux comprendre le monde secret des auteurs, la géographie de la fabrique à histoires. Peut-être que désormais les traducteurs regarderont "leurs" auteurs d'un peu moins loin… avec moins de craintes, plus « d'amour et d'abjection », comme diraient Salinger, Padura Fuentes et Laure L.

Brigitte nous raconte une histoire…, 1

En photo : La primera estrella de la noche par fotolocal

À mon grand regret, je n'ai pas pu assister à la "dernière séance" de Stéphanie Benson. Bien que je n'aie soumis le début de ma nouvelle à aucune correction ni critique, je joue le jeu et je vous soumets ma modeste introduction d'"apprentie-auteure"… qui sera, bien sûr, à modifier, reprendre et réécrire… Mais qu'importe ! J'espère simplement avoir bien suivi "le carnet de route" des diverses consignes. Et peut-être aurez-vous envie de lire la suite...

Chose étonnante à cette heure-là, en cette fin d’après-midi et en cette saison, au cœur d’un été comme on n’en avait pas connu depuis bien des années, la nuit était tombée brutalement, comme un rideau de fer. De lourds nuages chargés de pluie avaient obscurci le ciel d’un seul coup. Un vent violent battait les flancs de la chaumière, faisant claquer les volets à chaque nouvelle rafale, comme des gifles cinglantes. Une pluie drue et froide, comme les milliers de lances acérées d’une armée de guerriers, transperçait les tuiles d’ardoise bleutée, les martelant sans relâche dans un vacarme assourdissant qui brisait le silence habituel.
Ce soir, pas le moindre espoir d’un petit croissant de lune pointant le bout de son nez. Pas la moindre étoile dont le scintillement aurait pu égayer cette noirceur inquiétante. Pas la moindre lueur dehors pour accueillir un éventuel visiteur égaré : au-dessus de la porte d’entrée, l’ampoule extérieure, qui avait rendu l’âme depuis bien longtemps, se balançait à l’extrémité de son fil, comme un pantin désarticulé qui faisait peine à voir.
Là-bas, pensa-t-elle, le soleil réchauffe de ses rayons les murs blancs des maisons aux volets inutiles. Là-bas, sous un ciel bleu et limpide, les terres arides se laissent volontiers caresser par la brise tiède et salée. Là-bas, la chaleur des gens suffit à illuminer l’existence d’un simple mot, d’un simple geste, d’un simple sourire. Là-bas, dans la douceur nonchalante d’une après-midi estivale, peu soucieux du temps qui passe, les hommes égrainent avec calme les perles de leur komboloï sur le pas de leur porte.
Heureusement, hier, à l’annonce de la tempête qui allait s’abattre sur la région, elle s’était montrée prévoyante. Le cahier qu’elle s’était procuré au village le plus proche ne suffirait sans doute pas. Il lui en faudrait peut-être un deuxième, un troisième qui sait ? Mais qu’importe ! Ce qui comptait c’est qu’elle ait enfin franchi le pas. L’annonce météo de la veille lui avait fait l’effet d’un détonateur et avait déclenché en elle le besoin impérieux de mettre enfin un terme à ses interrogations. Elle avait tant de fois repoussée cette échéance. Et le temps passait. Bientôt il serait trop tard. A présent, elle était convaincue qu’elle devait le faire, et sans plus attendre. Elle regrettait presque de ne pas avoir pu se décider plus tôt. La négligence ? Peut-être. La peur ? Sans doute. Il lui fallait à tout prix tenter de comprendre ce qui s’était passé, de connaître enfin la vérité, de savoir ce qui se cachait derrière tant de mystères, derrière ces souvenirs enfouis dont elle ignorait tout.

Références culturelles, 30 : Mortedelo y Filemón

En photo : Mortadelo y Filemón par Protopito goes to...

Pour vos longues soirées d'hiver… :

http://www.mortadeloyfilemon.com/index2.asp