dimanche 7 mars 2010

« Explication de dix expressions lexicalisées comportant des noms de personnages historiques », par Laëtitia Sworzil

En photo : Refranes y Dichos, par Giselaw

(le travail de Laëtitia dans le cadre du cours « Références culturelles de l'Espagne »)

L’explication des dix expressions lexicalisées qui va suivre est le fruit d’un travail de recherche mené à partir de dictionnaires encyclopédiques spécialisés recensant une grande variété de « dichos », « frases », « proverbios », « refranes » et autres « sentencias » de la langue espagnole, de l’époque classique jusqu’à nos jours. Cette présentation, qui a consisté en la juxtaposition, superposition, compilation et/ou confrontation des informations recueillies (définition, provenance, usage des proverbes, observations annexes, curiosités...), a été réalisée suivant plusieurs étapes. Il s’est agi, tout d’abord, d’éclairer la signification exacte de chaque expression, illustrée, pour la plupart, par un exemple (traduit par nos soins). Il a ensuite été nécessaire d’en expliquer l’origine, à travers les aspects pertinents de la vie du personnage historique concerné. Sont ensuite développées, selon les cas, diverses anecdotes historiques et/ou littéraires en guise de complément culturel. S’il y a lieu, les différentes variantes du proverbe ont été indiquées à la suite. Enfin, les références bibliographiques précisément consultées viennent clore les exposés.

*Al buen callar llaman Sancho

On emploie cette expression pour vanter les vertus de la personne avertie, avisée, réfléchie, qui sait se taire dans les situations opportunes. Par exemple : Es mejor que me calle y no siga discutiendo : al buen callar llaman Sancho. (Il vaut mieux que je me taise et que je ne discute pas davantage : la parole est d’argent, mais le silence est d’or.)
Il semblerait que ce Sancho, paradigme de sagesse, soit le roi Sanche II de Castille. Les chroniques relatent le fait suivant : lorsque le roi Ferdinand I de Castille (1016-1065), sentant sa fin prochaine, décida de répartir ses territoires entre ses cinq enfants, Alphonse, Sanche, García, Elvire et Urraque, Sanche, qui s’était vu ravir la ville de Zamora au bénéfice d’Urraque, ravalant sa colère et sa vengeance, parvint à maintenir un silence de circonstance devant le lit de mort de son père. Il mourut peu de temps après, des mains de Vellido Dolfos, en tentant d’arracher Zamora à sa sœur. Il est intéressant de noter que c’est d’ailleurs sur ce fait que débute le Cantar de mio Cid.
En outre, il convient de souligner, contrairement à ce que l’on pourrait penser au premier abord, que ce Sancho n’a donc rien à voir avec Sancho Panza, personnage haut en couleur du Quichotte, qui a si souvent alimenté la culture populaire espagnole. D’ailleurs, il est amusant de constater que ce proverbe figure bel et bien dans l’œuvre de Cervantès. On le trouve exactement au chapitre XLIII de la deuxième partie, lorsque le Chevalier à la Triste Figure conseille Sancho sur la façon de gouverner son île, l’archipel de Baratarie. Le passage en question est le suivant :

– Maldito seas de Dios, Sancho – dijo a esta sazón Don Quijote – ; sesenta mil satanases se lleven a ti y a tus refranes [...] Dime, ¿ dónde los hallas, ignorante ? ¿ Cómo los aplicas, mentecato ? [...] – Por Dios, señor nuestro amo – replicó Sancho –, que vuestra merced se queja de bien poca cosa [...] ninguna otra hacienda tengo ni otro caudal alguno, sino refranes ; y ahora se me ocurren cuatro que vendrán aquí que ni pintiparados, o como peras en tabaque, pero no los diré, porque al buen callar llaman Sancho.

Soit, en français, d’après la traduction réalisée par Aline Schulman (Éditions du Seuil, Paris, 1997, pp. 310-311) :

– Maudit sois-tu, Sancho, l’interrompit don Quichotte, et que cent mille diables t’emportent, toi et tes proverbes ! [...] Mais où vas-tu donc les chercher, ignorant, et comment les amènes-tu, imbécile ? [...]
– Par Dieu, monsieur, vous voilà bien grognon pour peu de choses ! [...] je me sers du seul bien que j’aie jamais eu : des proverbes, encore des proverbes. Justement, il m’en arrive quatre, qui viennent à point, comme sur un plateau. Je ne les dirai pas, parce que la parole est d’argent, mais le silence est d’or.

Cependant, les plus éminents lexicologues avancent une autre origine possible pour cette expression. Aussi bien Covarrubias dans son Tesoro de la Lengua Castellana (1611) que Correas dans son Vocabulario de Refranes (1627) notent que Sancho pourrait être une déformation de l’adjectif espagnol santo, ou plutôt de l’adjectif latinisé sancto, du latin sanctus, du fait de la mauvaise interprétation d’un copiste. En ce sens, le proverbe assimilerait la capacité de savoir se taire à propos à une marque de sainteté.
À ce titre, on trouve également attachée à ce proverbe la variante : « Al buen callar llaman Santo ».

Bibliographie :
– BUITRAGO Alberto, Diccionario de dichos y frases hechas, Editorial Espasa Calpe, Madrid, 2003, pp. 54-55.
– CARBONELL BASSET Delfín, Diccionario panhispánico de refranes, Editorial Herder, Barcelona, 2002, p. 430.
– ETXABE DÍAZ Regino, Gran diccionario de refranes, SPES Editorial, Barcelona, 2001, p. 25.
– IRIBARREN José María, El porque de los dichos, Aguilar Ediciones, Madrid, 1974 (cuarta edición), pp. 588-589.
– JUNCEDA Luis, Diccionario de refranes, dichos y proverbios, Editorial Espasa Calpe, Madrid, 2006, p. 43.

* Así se las ponían a Fernando séptimo

En utilisant ce proverbe, on veut signifier à la personne à qui on parle ou dont on parle qu’elle va obtenir quelque chose très facilement, soit parce qu’elle peut compter sur une intervention ou une faveur amie, soit parce que l’entreprise s’avère très simple. Par exemple : Como para no aprobar el inglés... Su madre es escocesa y él ha vivido tres años en Londres. Así se las ponían a Fernando séptimo. (Comment ça, il ne va pas réussir son épreuve d’anglais... Sa mère est écossaise et il a vécu trois ans à Londres. C’est gagné d’avance ! / Il va le faire les doigts dans le nez !)
Cette expression, qui cite explicitement le roi Ferdinand VII (1784-1833), fait allusion à un des loisirs particulièrement affectionné par le monarque : le billard. En effet, celui-ci était un grand amateur de billard et il s’adonnait régulièrement à sa passion avec ses courtisans. Malheureusement, son goût pour ce jeu n’en faisait pas pour autant un praticien doué. Bien au contraire, c’était apparemment un piètre joueur. D’ailleurs, à l’époque, les mauvaises langues murmuraient qu’après chacune de ses parties, il fallait commander un nouveau tapis. Pour le contenter et pour rentrer dans ses bonnes grâces, ses courtisans avaient donc coutume de disposer les boules sur la table de façon à ce qu’il lui soit impossible de rater son coup. Le roi n’avait plus alors qu’à se satisfaire de ses carambolages...

Bibliographie :
– BUITRAGO Alberto, op. cit., p. 80.
– JUNCEDA Luis, op. cit., p. 74.

* ¡ Averígüelo Vargas !
On recourt à cette expression pour souligner l’extrême difficulté qu’il y a à vérifier, connaître, établir l’explication ou les raisons de quelque chose. Par exemple : ¿ Y a mí me preguntas por qué Carlos está siempre de mal humor ? ¡ Averígüelo Vargas ! Ése es uno de los grandes enigmas de la humanidad. (C’est à moi que tu demandes pourquoi Charles est toujours de mauvaise humeur ? Va savoir ! / Qui le saura ? C’est une des grandes énigmes de l’humanité.)
Le licencié Don Francisco de Vargas fut un personnage fort célèbre de la cour des Rois Catholiques. Ce dénommé Vargas, qui avait débuté comme secrétaire et valet de chambre du roi Ferdinand le Catholique, devint par la suite une sorte d’informateur royal, chargé de rendre compte au roi de tout ce qu’il se passait à la cour. Particulièrement sagace et zélé, il rapportait tous les faits et gestes des courtisans : leurs critiques, griefs, doléances, comme leurs ambitions, aspirations, prétentions, ou leurs intrigues, complots et autres manigances.
Cette expression avait d’ailleurs fini par figurer en tant que phrase toute faite dans les décrets royaux. Lorsque l’exécution d’une mission requérait l’éclaircissement de certaines questions complexes ou l’apport d’informations complémentaires, on inscrivait toujours la formule « Averíguëlo Vargas ».
Ce proverbe apparaît, avec une variante, dans le Guzmán de Alfarache de Mateo Alemán (au chapitre 7 du livre I de la deuxième partie) : « ¡ Quién les dijese aquesta verdad y que, si otra cosa piensan, que son tontos ! Dígaselo Vargas. »

Bibliographie :
– BUITRAGO Alberto, op. cit., p. 82.
– IRIBARREN José María, op. cit., pp. 19-21.
– JUNCEDA Luis, op. cit., p. 79.

* El huevo de Colón
On qualifie par cette expression quelque chose qui, au premier abord, semble difficile à faire mais qui, en réalité, ne pose aucun problème et donc qui, en fin de compte, s’avère très facile. Par exemple : No te preocupes, que yo te monto el armario, que ya lo hice otra vez y es el huevo de Colón. (Ne t’inquiète pas, je vais te monter ton armoire, je l’ai déjà fait, c’est simple comme l’œuf de Colomb / c’est simple comme bonjour.)
L’origine de cette expression provient d’un différend qui aurait opposé Christophe Colomb à son intraitable auditoire, lors des célèbres disputes cosmographiques de Salamanque. On raconte que quand les moines Dominicains et les professeurs de l’Université, réunis dans le couvent de San Esteban, assénèrent à Colomb que son projet de chercher un nouveau chemin pour les Indes était impossible à réaliser, celui-ci leur demanda s’il se trouvait parmi eux quelqu’un qui serait capable de faire tenir un œuf dur debout. Comme toute l’assistance répondit par la négative, Colomb prit l’œuf et, après avoir exercé une légère pression à une des extrémités de la coquille, parvint à le faire tenir droit sur la table. La morale de cette histoire pourrait être : pourquoi dire d’une chose qu’elle est impossible avant même d’avoir essayé ?...
Selon d’autres sources, cette démonstration fut faite par Christophe Colomb devant la reine Isabelle la Catholique en personne.
Selon d’autres encore, elle fut produite par Colomb lors d’une querelle dans une taverne avec des convives envieux qui l’apostrophaient au sujet de son exploit. L’un d’entre eux aurait cherché à minimiser l’importance de la découverte du Nouveau Monde en lançant : « Il suffisait d’y penser ». L’explorateur aurait réagi à la provocation en leur proposant, à tous, le défi de l’œuf. Mais personne ne réussit, sauf lui. Alors il s’écria : « Il suffisait d’y penser ! »
Tous les historiens ne s’accordent pas sur une telle paternité. Dans certains cas, l’anecdote est attribuée à l’architecte florentin Filippo Brunelleschi (1377-1446), qui a réalisé, entre autres œuvres notables, la coupole de la cathédrale de Florence. Il est possible que Colomb ait eu vent dans sa ville natale, Gênes, de cette anecdote à propos de l’artiste toscan. Dans d’autres cas, on la prête au célèbre inventeur italien, Juanelo Turriano (1501-1585), établi à Tolède. (Juanelo Turriano est l’inventeur d’un système hydraulique sophistiqué qui a permis, au XVIe siècle, d’approvisionner en eau toute la ville de Tolède, même les points les plus élevés, à partir du Tage). C’est pourquoi, on trouve aussi comme variante de cette expression : « el huevo de Juanelo ». Calderón de la Barca (1600-1681), dans sa célèbre comédie La dama duende (à la scène 3 de l’acte 2), par la bouche d’un de ces personnages, Doña Ángeles, relaie cette attribution :

« ¿ El cuento, mi amiga, sabes de aquel huevo de Juanelo que los ingenios más grandes trabajaron en hacer que en un bufete de jaspe se tuviera en pie, y Juanelo con sólo llegar y darle un golpecito lo tuvo ? Las grandes dificultades hasta saberse lo son ; que sabido, todo es fácil. »

Bibliographie :
– BUITRAGO Alberto, op. cit., p. 263.
– IRIBARREN José María, op. cit., pp. 401-402.
– JUNCEDA Luis, op. cit., p. 294.

*Escribir más que el Tostado

Cette expression est invoquée à propos d’une personne qui écrit beaucoup et sur des sujets très divers.
Alonso Tostado (1404-1455), appelé aussi Alonso de Madrigal, du nom de son village de naissance, Madrigal de las Altas Torres, dans la province d’Ávila, fut professeur de l’Université de Salamanque, avant de devenir conseiller du roi Jean II de Castille et évêque d’Ávila. Ce personnage est passé à la postérité pour sa mémoire prodigieuse, qui lui permettait de réaliser de véritables prouesses. On raconte qu’il était capable de réciter sans se tromper des passages entiers de la Bible ainsi que l’intégralité de la Summa theologica de saint Thomas d’Aquin. Il est très difficile de comptabiliser tout ce qu’il a écrit dans sa vie, bien que, sur sa tombe à la cathédrale d’Ávila, figure l’épitaphe suivante, rédigée en vers par Don Suero del Águila :

« Aquí yace sepultado quien virgen vivió y murió, en ciencias más esmerado, el nuestro obispo Tostado, que nuestra nación honró. Es muy cierto que escribió en cada día tres pliegos de los días que vivió ; su doctrina así alumbró que hace ver a los ciegos. »

Si l’anecdote des trois feuillets quotidiens est vraie, sur cinquante et un ans, on obtient une production de pas moins de 55 845 feuillets. Calculs mis à part, il est attesté qu’il nous a laissé une œuvre considérable : en castillan comme en latin (sous la forme de vingt-quatre tomes in-folio).

Bibliographie :
– BUITRAGO Alberto, op. cit., pp. 298-299.
– IRIBARREN José María, op. cit., pp. 338-339.
– JUNCEDA Luis, op. cit., p. 233.

* Las cuentas del Gran Capitán
On désigne par cette expression des comptes qui font apparaître des sommes exagérées, exorbitantes, ceux qui sont établis de façon arbitraire, peu sérieuse, incohérente, ou bien ceux qui sont présentés sans aucun type de justificatif. Par exemple : A mí no me vale que me cuentes que te has gastado tanto en taxis, tanto en comida y tanto en gastos personales. Esto son las cuentas del Gran Capitán. Necesito las facturas o los tickets. (Ça ne sert à rien de venir me raconter que tu as dépensé telle somme en taxis, telle autre pour tes repas et encore telle autre en frais personnels. Ce sont des comptes d’apothicaire. Moi, j’ai besoin des factures ou des tickets.)
Ce proverbe fait allusion à Don Gonzalo Fernández de Cordoue (1453-1515), le militaire le plus célèbre de l’Espagne des Rois Catholiques. Entre autres faits, il participa à la conquête de Grenade et il expulsa les Français du royaume de Naples, dont il fut le vice-roi. Après la mort de la reine Isabelle en 1504, ses relations avec le roi Ferdinand se détériorèrent considérablement, en particulier après la remise de ses comptes concernant la campagne de Naples. En effet, le roi n’apprécia pas du tout les comptes en question, qui avaient été dressés avec toute la mauvaise foi du monde et qui lui furent soumis pour le moins ironiquement. Voici un extrait de la version apocryphe des notes que Don Gonzalo fit parvenir au roi :

« Cien millones de ducados en picos, palas y azadones para enterrar a los muertos del enemigo. Ciento cincuenta mil ducados (según otras versiones « sólo » dos mil setecientos treinta y seis ducados y nueve reales) en frailes, monjas y pobres, para que rogasen a Dios por las almas de los soldados del rey caídos en combate. Cien mil ducados en guantes perfumados, para preservar a las tropas del hedor de los cadáveres del enemigo. Por reponer y arreglar campanas, destruidas de tanto repicar a victoria, ciento sesenta mil ducados. Finalmente, por la paciencia al haber escuchado estas pequeñeces del rey, que pide cuentas a quien le ha regalado un reino, cien millones de ducados. »

Ces comptes particuliers provoquèrent la rupture définitive entre les deux hommes et le retour, contre sa volonté, du Grand Capitaine en Espagne, où il demeura jusqu’à sa mort.
En espagnol, plusieurs verbes peuvent introduire cette expression. On trouvera habituellement : « ser », « echar », « hacer », « presentar » las cuentas del Gran Capitán.

Bibliographie :
– BUITRAGO Alberto, op. cit., pp. 431-432.
– IRIBARREN José María, op. cit., pp. 400-401.
– JUNCEDA Luis, op. cit., p. 153.

* Pasar más aventuras que Barceló por la mar
Ce proverbe évoque, pour celui ou celle qui le prononce, les nombreux avatars, contretemps et difficultés qu’il ou elle a rencontrés dans une situation précise. Par exemple : Al final hemos llegado sanos y salvos, después de dos vuelos cancelados, un traslado en autobús, un control del ejército en la carretera, un tiroteo a doscientos metros... En fin, que hemos pasado más aventuras que Barceló por la mar. (Nous avons fini par arriver sains et saufs, après deux vols annulés, un trajet en autobus, un contrôle de l’armée sur la route, un échange de coups de feu à deux cents mètres... Enfin, nous avons vécu autant d’aventures que possible.)
Cette expression fait référence aux exploits d’un aventurier majorquin, le commandant Antonio Barceló (1717-1797), un des personnages les plus populaires de l’Espagne du milieu du XVIIIe siècle, à l’époque du règne de Charles III. Barceló combattit, à de multiples reprises, les pirates turcs et barbaresques qui perturbaient le commerce en Méditerranée et qui faisaient régulièrement des incursions sur les côtes espagnoles. Fort de sa devise « A la mar voy ; mis hechos dirán quien soy », Barceló connut une ascension fulgurante. De simple mousse à ses débuts, il fut nommé, en 1762, commandant des chébecs royaux, puis, lors du troisième siège de Gibraltar, en 1779, commandant général de l’escouade, pour finir, comme amiral de l’Armada royale de Charles III. Ses prouesses lors du siège de Gibraltar ont été immortalisées par la muse populaire dans ce couplet : « Si el rey de España tuviera / cuatro como Barceló / Gibraltar fuera de España / que de los ingleses, no. »
On trouve parfois, à la place du verbe « pasar », les verbes « subir » ou « tener », et parfois aussi, la préposition « en » au lieu de la préposition « por ». Il existe, en outre, deux variantes de ce proverbe : « ser más valiente que Barceló por la mar » et « ser más conocido que Barceló por la mar ».

Bibliographie :
– BUITRAGO Alberto, op. cit., pp. 553-554.
– IRIBARREN José María, op. cit., pp. 337-338.

* Saber más que el maestro Ciruelo
Cette expression sert à qualifier l’érudition d’une personne. Par exemple : No tiene estudios, pero sabe más que el maestro Ciruelo. Puede hablarte de arte, de literatura, de historia... Es increíble. (Il n’a pas fait d’études, mais il est très instruit / il est très cultivé / il en sait long. Il peut te parler d’art, de littérature, d’histoire... Il est incroyable.)
Le maître auquel se réfère le proverbe est l’humaniste et mathématicien Pedro Ciruelo, mort en 1580, qui atteignit une grande renommée à son époque. Il semblerait qu’il aurait étudié dans les universités de Alcalá de Henares, Salamanque et Paris, où il reçut le titre de docteur en théologie et où il officia comme professeur de mathématiques. Postérieurement, il fut le précepteur de Philippe II et il occupa une chaire de théologie à Alcalá de Henares et à Salamanque. Il est l’auteur d’une grande quantité de livres, embrassant divers domaines : mathématiques, théologie, anatomie, astrologie, musique... Parmi ses œuvres les plus marquantes, on cite généralement la Reprobación de las supersticiones y hechicerías.
Aujourd’hui, le proverbe peut être employé sur un mode ironique pour désigner, par antiphrase, quelqu’un qui fait montre de peu d’intelligence. Il a sans doute pris ce sens nouveau par contamination avec les expressions « ser como el maestro Ciruela, que no sabía leer y puso escuela » ou sa variante « ser como el maestro Ciruela, que no sabía para sí y puso escuela », qui signifient justement tout le contraire. En tous cas, il est certain que ces deux proverbes n’ont rien avoir l’un avec l’autre. D’ailleurs, il est fort probable que l’orthographe de ce « Ciruela » soit corrompue : ce serait plutôt un certain « Siruela », originaire du village du même nom, dans la province de Burgos, qui aurait motivé les deux formes de la dernière expression.

Bibliographie :
– BUITRAGO Alberto, op. cit., pp. 630-631.
– CARBONELL BASSET Delfín, op. cit., p. 288.
– IRIBARREN José María, op. cit., p. 391.

* Ser más feo que Picio
Cette expression est appliquée à quelqu’un qui est jugé comme extrêmement laid. Par exemple : La verdad es que, con lo guapísima que es ella, nadie entiende que se haya casado con un hombre así : es más feo que Picio. (La vérité c’est que, belle comme elle est, personne ne comprend qu’elle se soit mariée avec un homme pareil : il est laid comme un pou / il est laid à faire peur.)
Ce dénommé Picio fut un savetier grenadin, originaire de la localité de Alhendín, qui vécut dans la première moitié du XIXe siècle. Le malheureux fut condamné à mort, injustement semble-t-il, et, bien qu’il finît par être gracié, il avait éprouvé une telle angoisse que ses cheveux, ses cils, ses sourcils et ses moustaches tombèrent sur le champ et que son visage se couvrit de pustules. C’est ainsi qu’il devint une vive représentation de la laideur. Rejeté pour sa difformité, Picio termina ses jours retiré dans un village de la Sierra Nevada. En Andalousie, on raconte que sa laideur était telle que le curé, à sa mort, ne put pas le toucher pour lui donner l’extrême-onction : « más feo que Picio, a quien, de feo que era, le dieron la unción con caña, por lo asustado que estaba el cura ».
Cependant, ce pauvre Picio n’a pas, dans la verve proverbiale, le monopole de la laideur. D’autres parangons de laideur sont passés à la postérité. On dit également : « más feo que el sargento de Utrera ». Personne ne sait si le sergent dont il est question ici a réellement existé, pas même à Utrera, la localité sévillane dont il serait originaire. On dit enfin : « más feo que Carracuca ». Il n’y a pas plus de précision concernant ce personnage qui est parfois cité, outre sa laideur, pour sa bêtise ou son grand âge. On dit alors : « ser más tonto que Carracuca » ou « ser más viejo que Carracuca ». Certains auteurs pensent qu’il s’agirait d’un mendiant, d’un nain ou d’un bouffon de la cour ayant vécu au XVIIe siècle.

Bibliographie :
– BUITRAGO Alberto, op. cit., p. 465.
– IRIBARREN José María, op. cit., p. 337.
– JUNCEDA Luis, op. cit., p. 551.

*Ser un macías
Cette expression s’applique à un homme qui est passionnément ou obsessionnellement amoureux d’une femme. Il est l’équivalent de nos expressions « être fou amoureux », « être follement amoureux », « être éperdument amoureux », voire, dans certains cas, « être un amoureux transi ».
Il faut reconnaître, dans ce proverbe, le poète galicien connu sous le nom de Macías O Namorado, « el Enamorado », l’énamouré ou l’amoureux, qui vécut entre les XIVe et XVe siècles. Les histoires racontées à son sujet sont assez confuses, mais toutes coïncident sur un point : il a consacré sa vie à son impétueuse passion pour une dame, selon les uns, une servante de don Enrique de Villena, maître de l’Ordre de Calatrava, selon les autres, la propre femme de don Enrique, doña María de Albornoz. C’est cette dernière version qui semble la plus authentique. En effet, le mari trompé ne supporta pas d’être quitté par sa femme qui avait demandé le divorce à cause de son l’impuissance. Macías, d’abord emprisonné, fut finalement exécuté. On raconte que durant le temps de ses amours enflammées, la peine infinie ressentie par Macías ne venait pas tant du fait qu’il fût tombé amoureux d’une femme mariée mais d’une femme riche, lui, qui était extrêmement pauvre.
Ce personnage est à l’origine de plusieurs légendes et œuvres littéraires dont les plus célèbres sont celles de Mariano José de Larra (1809-1837) qui écrivit, en 1834, le drame Macías et le roman historique El doncel de don Enriquete el Doliente. Dans une certaine mesure, Larra trouvait dans la vie tragique de Macías l’écho de ses relations tumultueuses avec Dolores Armijo, qui était elle aussi une femme mariée.
On trouve deux variantes de cette expression : « ser como Macías » et « estar más enamorado que Macías ».

Bibliographie :
– BUITRAGO Alberto, op. cit., pp. 699-700.

Références culturelles, 390 : José Guardiola

http://es.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Guardiola

Exercice de version, 107

En mi casa me dicen que no lo cuente, que qué va a pensar la gente. Yo les digo: anda que no tengo yo cosas en las que pensar para encima ponerme a pensar en lo que piensa el lector de una. Nada, que me han dado un premio y a mí cuando me dan un premio es que lo tengo que soltar. Y no es por vanidad como la que tienen los escritores. Lo suelto: es el segundo año que me dan el premio en el banco por ser la que más ha gastado con la tarjeta en el pasado ejercicio. Pensará la gente, qué gilipollez, pero a mí me hace ilusión. Vamos, ahora mismo me dicen que el año que viene le dan el premio a otra y como que me jode. A mi suegro no se lo puedo contar porque los suegros siempre piensan que las nueras tienden a arruinar la vida de sus hijos. No le falta razón: yo estoy en ello.
El año pasado me regalaron una tele de esas portátiles que no se ve ni un pijo y que a los niños les encantó, la llevaron al jardín, pero como no se querían levantar de la hamaca para apagarla (ellos no entienden la vida sin mandos a distancia) a la tele se le acabaron las pilas, y ahí sigue, en dicho jardín. Después de un año se ha vuelto verde. Pero no nos lamentemos por las pérdidas. El muerto al hoyo y el vivo al bollo: este año el banco me ha regalado una flamante maleta Samsonite. Me pareció un buen presagio. Le dije a mi santo: 'Con esta maleta, haremos mundo'. Pero a mi santo, en cuanto llega el buen tiempo, se le alarga el dedo, como a ET, y señala en dirección a nuestra segunda residencia: 'Mi casa'. Hijo mío, tanto criticar al nacionalismo, tanto que si la gente no viaja, y nosotros no salimos de la Comunidad de Madrid. Él llenó la maleta de mi merecido premio de libracos, portadas con las caras de Lenin, de Mao, de Churchill, cayeron sobre la Samsonite, y me dijo: 'He aquí la perspectiva de un merecido descanso'. No sé por qué pero a mí ese momento me dio bajón. Ya de camino a este campo en el que me secuestra, venía explicando que lo importante es el cambio de escenario, que se lo oyó el otro día a un psicólogo en la radio. No seas falso, le dije, si tú no te has dedicado a otra cosa en la vida que a criticar a los psicólogos. Pero el santo no quería polemizar, estaba en éxtasis de marcharse a su Edén: el hermano manzano, el hermano membrillo y la hermana barbacoa. Tan contento estaba que se me puso el tío a 80 en la carretera de A Coruña.

Elvira Lindo, Tinto de verano

samedi 6 mars 2010

De quoi nourrir le blog…

Comme convenu, je propose à celles qui le veulent de mettre leur travail rendu dans le cadre du cours « références culturelles de l'Espagne » sur le blog.

N'oubliez pas…

… que vous devez envoyer la quatrième de couverture de votre traduction longue d'ici jeudi.

Résultats du sondage 2008-2009 (demandé par Nathalie), 2e version : « À votre avis, le traducteur doit-il se placer en priorité au service…

Sur 21 votants, nous obtenons les résultats suivants :

Du sens = 13 voix (61%)
Des mots = 4 voix (19%)
De l'usage = 3 voix (14%)
De la norme = 1 voix (4%)

Un débat que nous avons régulièrement et que nous continuerons d'avoir… pas à chaque page mais bien plusieurs fois par texte. Que faire, par exemple, avec la sempiternelle question de l'imparfait du subjonctif – qui en tourmente manifestement plus d'une, à commencer par notre chère et talentueuse Laëtitia Sw. ?

Références culturelles, 389 : Miguel Gallardo

http://es.wikipedia.org/wiki/Miguel_Gallardo

Exercice de version, 106

ESTE relato comienza con el amanecer sobre un pequeño puerto del sur, algún tiempo después de terminada nuestra guerra civil. El mar resultaba liso, con un encendido color de cobre, según el sol comenzaba a caldearlo en el horizonte, y allí, en una línea roja, se confundió por unos minutos con el cielo, hasta que la luz lo invadió todo de manera que el agua resultaba de un azul plata, debajo de un firmamento apenas velado por el calor, y en su superficie podían distinguirse algunos barcos pesqueros, inmóviles, y la silueta de un vapor, cada vez más definida, porque se acercaba al puerto, conducido por el práctico. El buque que hacía su entrada era de carga y se dirigía a un puerto de América. Llevaba también en su interior unos pocos pasajeros, sin gran prisa por llegar al otro lado del mundo, o que preferían la compensación de un pasaje relativamente módico y aquella despedida que se hacía de la patria, con escalas en puertos impensados, como aquel hacia el que se dirigían. Desde la cubierta los pasajeros veían claramente la pequeña ciudad, tan bañada de luz, con tal brillo de sol en los cristales de las casas, que parecía bella. Todos deseaban desembarcar; hasta un caballero setentón, muy pulcro, con una barba blanca a la antigua usanza, cuya presencia en el buque parecía extraña. Aquel hombre evocaba en seguida una vida pausada, en una casa protegida del frío por cortinas gruesas, con una vieja sirvienta que llevase zapatos de paño en los pies, y no hiciera ruido al andar para no interrumpir sus meditaciones. También le hacía pensar a uno en grandes comidas de Navidad en las que él presidiera la mesa, como patriarca de muchos hijos y nietos, y en agradables paseos en un coche de caballos, y hasta en obras de caridad razonablemente distribuidas y acompañadas de buenos consejos. Aquel caballero, con sus hermosas y serenas facciones, hacía pensar en un buen burgués del siglo pasado. Algo completamente en desacuerdo con sus ocho o diez compañeros de viaje, gentes todas marcadas con un sello especial de desarraigo y aventura.

Carmen Laforet, La llamada

***

Laëtitia Sw. nous propose sa traduction :

Ce récit commence à l’aube, dans un petit port du sud, peu après la fin de notre guerre civile. La mer était plate et prenait une flamboyante couleur cuivrée, à mesure que le soleil la chauffait à l’horizon ; là, le long d’une ligne rouge, elle se confondit quelques minutes avec le ciel, jusqu’à ce que la lumière eût tout envahi, de sorte que l’eau était d’un bleu argenté, sous un firmament à peine voilé par la chaleur ; à sa surface, on pouvait apercevoir des barques de pêcheurs, immobiles, et la silhouette d’un bateau à vapeur, de plus en plus nette à mesure qu’il s’approchait du port, conduit par le pilote. Le bateau qui faisait son entrée était un cargo en partance pour un port d’Amérique. En outre, il transportait à son bord une poignée de passagers, qui n’étaient pas très pressés d’arriver de l’autre côté du monde, ou qui préféraient le paiement d’un billet relativement modique et cet au revoir adressé à la patrie, avec des escales dans des ports improbables, comme celui vers lequel ils se dirigeaient. Depuis le pont, les passagers voyaient clairement la petite ville, si baignée de lumière, aux reflets du soleil tellement éclatants sur les vitres des maisons, qu’elle paraissait belle. Tous désiraient débarquer ; y compris un monsieur septuagénaire, très soigné, avec une barbe blanche à l’ancienne mode, et dont la présence sur le bateau semblait étrange. Cet homme évoquait sur-le-champ une vie calme, dans une maison protégée du froid par d’épais rideaux, avec une vieille servante qui porterait des chaussons en tissu et ne ferait pas de bruit en marchant, pour ne pas interrompre ses méditations. On l’imaginait également en patriarche de nombreux enfants et petits-enfants, présidant la table familiale, lors de grands repas de Noël, ou faisant d’agréables promenades dans une voiture à chevaux, voire participant à des œuvres de charité raisonnablement partagées et accompagnées de bons conseils. Ce monsieur, qui avait des traits beaux et sereins, faisait penser à un bon bourgeois du siècle passé. Il apparaissait en total décalage avec ses huit ou dix compagnons de voyage, qui étaient tous marqués par le sceau particulier du déracinement et de l’aventure.

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Marie G. nous propose sa traduction :

Ce récit commence avec le lever du jour sur un petit port du Sud, un certain temps après la fin de notre guerre civile. La mer était plate, d'une vive couleur de cuivre, donnée par le soleil qui commençait à la réchauffer à l'horizon, et là-bas, sur une ligne rouge, elle se confondit quelques minutes avec le ciel, jusqu'à ce que la lumière envahisse tout, de sorte que l'eau soit d'un bleu argenté, sous un firmament à peine voilé par la chaleur. A sa surface, on pouvait apercevoir quelques bateaux de pêcheurs, immobiles, et la silhouette d'un bateau à vapeur, de plus en plus distincte, parce qu'il s'approchait du port, conduit par le pilote. Le paquebot qui faisait son entrée, était un navire de marchandises et s'en allait en direction d'un port d'Amérique.Il transportait aussi à l'intérieur quelques passagers, qui n'étaient guère pressés d' arriver à l'autre bout du monde, ou qui préféraient la compensation d'un transport relativement modique et cet adieu qui se faisait à la patrie, avec des escales dans des ports impensables, comme celui vers lequel ils se dirigeaient. Depuis le pont, les passagers voyaient clairement la petite ville, si baignée de lumière, avec un soleil si brillant sur les fenêtres des maisons, qu'elle paraissait belle. Ils désiraient tous débarquer, même un homme d'une soixante-dizaine d'années, très soigné, à la barbe blanche comme à l'ancienne mode, dont la présence sur la navire semblait étrange.Cet homme suggérait tout de suite une vie reposée, dans une maison protégée du froid par d'épais rideaux, avec une vieille domestique qui portait des chaussures de toile aux pieds, et ne faisait pas de bruit en marchant pour ne pas interrompre ses méditations. Il faisait aussi penser à quelqu'un qui, lors dans les grands repas de Noël, présidait la table, tel un patriarche de nombreux enfants et petits-enfants, ainsi que lors d'agréables promenades en voiture attelée, et même dans des oeuvres de charité raisonnablement distribuées et accompagnées de bons conseils. Ce monsieur, aux beaux traits sereins, rappelait un bon bourgeois du siècle passé. Quelque chose en complet désaccord avec ces huit ou dix compagnons de voyage, tous des gens marqués du sceau spécial du déracinement et de l'aventure.

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Pascaline nous propose sa traduction :


Ce récit commence avec le lever du jour sur un petit port du Sud, quelque temps après la fin de notre guerre civile. La mer était calme, illuminée d'une intense couleur cuivre, au fur et à mesure qu’au loin, le soleil commençait à la chauffer. À ce moment-là, dans une ligne rouge, elle se confondit avec le ciel, jusqu’à ce que la lumière ait tout envahi ; l’eau devenait alors d’un bleu argenté, sous un firmament à peine voilé par la chaleur. Sur sa surface, on pouvait apercevoir quelques bateaux de pêche, immobiles, et la silhouette d’un bateau à vapeur, de plus en plus définie, car il s’approchait du port, un pilote aux commandes. Le navire qui faisait son entrée, un cargo, se dirigeait vers un port d’Amérique. A l’intérieur se trouvait également un petit nombre de passagers, guère pressés d’arriver de l’autre côté du monde, ou préférant la compensation d’un billet acheté à un prix relativement modique et cet adieu qu’il faisait à la patrie, avec des escales dans des ports inattendus, comme l’était celui où ils se rendaient. Depuis le pont, les passagers voyaient distinctement la petite ville, si baignée dans la lumière, avec un tel éclat du soleil dans les fenêtres des maisons, qu’elle paraissait belle. Tous souhaitaient débarquer, y compris un homme septuagénaire, très soigné, avec une barbe blanche à l’ancienne mode, dont la présence sur le navire semblait étrange. Cet homme-là faisait tout de suite penser à une vie posée, dans une maison protégée du froid grâce à des rideaux épais, avec une vieille servante qui porterait des chaussures en grosse laine aux pieds, et qui ne ferait aucun bruit en marchant afin de ne pas interrompre sus méditations. Il évoquait aussi de grands repas de Noël dans lesquels il présiderait la table, en tant que patriarche de nombreux enfants et petits enfants, d' agréables promenades en calèche, voir même des œuvres de charité raisonnablement réparties et accompagnées de bon conseils. Cette homme-là, avec ses jolis et sereins traits, faisait penser à un bon bourgeois du siècle passé. Quelque chose en complet désaccord avec ses huit ou dix compagnons de voyage, des gens tous marqués par un sceau spécial de déracinement et d'aventure.

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Morgane nous propose sa traduction :

Ce récit commence au lever du jour sur un petit port du sud, quelques temps après la fin de notre guerre civile. La mer était lisse, avec une couleur de cuivre flambant, selon la direction du soleil qui commençait à la réchauffer à l’horizon, et là-bas, dans une ligne rouge, se confondait en l’espace de quelques minutes avec le ciel, jusqu’à ce que la lumière l’envahisse entièrement de manière à ce que l’eau demeurât d’un bleu tranquille , sous un firmament à peine voilé par la chaleur, et dans sa superficie, on pouvait distinguer quelques bateaux de pêche, immobiles, et la silhouette d’un bateau à vapeur, chaque fois plus distincte, car elle s’approchait du port, conduit par le pilote. Le navire qui faisait son entrée était un cargo et se dirigeait vers un port d’Amérique. Il transportait également à son bord quelques rares passagers, peu pressés d’arriver à l’autre bout du monde, ou qui préféraient en compensation un billet relativement bon marché et cet adieu qui se faisait à la patrie, avec des escales dans des ports inconnus, comme faisait celui vers lequel ils se dirigeaient. Depuis le pont, les passagers percevaient distinctement la petite ville, tellement baignée de lumière, avec une telle réverbération du soleil sur les vitres de la maison, qu’elle semblait belle. Tous désiraient débarquer ; même un gentleman d’une soixantaine d’années, très soigné, portant une barbe blanche à l’ancienne mode, dont la présence sur le navire paraissait étrange. Cet homme évoquait immédiatement une vie pausée, dans une maison protégée du froid par des rideaux épais, avec une vieille servante qui portait des chaussures de toile aux pieds, et ne faisait pas de bruit en marchant pour ne pas interrompre ses méditations. Il faisait également penser à celui qui, durant les grands diners de Noël, préside la table, tel un patriarche ayant beaucoup d’enfants et de petits-enfants, et faisant d’agréables promenades dans une calèche, et même dans des œuvres de charité raisonnablement distribuées et accompagnées de bons conseils. Ce gentleman, avec ses traits beaux et sereins, faisait penser à un bon bourgeois du siècle passé. Quelque chose en total désaccord avec ses huit ou dix compagnons de voyage, des gens tous marqués du sceau/cachet spécial du déracinement et de l’aventure.


vendredi 5 mars 2010

Exercice d'écriture

Aujourd'hui, le sujet était : Caddie

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Laëtitia :

Gluck et Katy étaient rangés côte à côte sous le léger toit en tôle de l’abri à caddies. De gros nuages gris encombraient le ciel. Il pleuvait sans discontinuer depuis l’ouverture du magasin. En somme, une journée peu réjouissante. En outre, la matinée avait été rude, pour l’un comme pour l’autre. Eh oui... il y avait parfois des jours où les humains étaient encore plus insupportables que d’habitude...
– Non mais je te jure ! Tu y crois, toi, à une déveine pareille ! Ce matin, à la première heure, je suis tombée sur un client complètement azimuté ! Déjà, rien qu’en le voyant arriver en trombe avec sa bagnole, se garer n’importe comment et s’agiter en claquant les portières, je me suis dit : hmmm, malheur à celui ou celle qui va se le coltiner ! J’ai d’abord été soulagée de constater qu’il se dirigeait de l’autre côté du parking. Puis, j’ai commencé à baliser, parce qu’il s’est tout à coup ravisé, revenant sur ses pas, vers sa voiture, et donc, par la même occasion, vers ici. J’ai pensé : ma pauvre fille, pas de bol ! Tu es en première ligne aujourd’hui : c’est toi qui vas trinquer !... Bon, je le regarde s’approcher, inquiète. Il commence à chercher fébrilement un jeton, sauf qu’il n’arrive pas à mettre la main dessus, du coup, il s’énerve (je te passe les noms d’oiseaux), il finit par le trouver, il l’insère, mais là, je ne sais pas pourquoi, ma chaîne ne se défait pas. C’est que je commence à être rouillée, tu sais ! Et puis, ça fait un moment que je ne suis pas passée à la révision. J’espère que c’est pour bientôt. On lésine sur notre santé dans cette boîte, c’est honteux ! Enfin... Le type s’est alors mis à tirer comme un malade sur ma chaîne et, comme elle ne cédait toujours pas, il n’a rien trouvé de mieux que de taper sur le boîtier. Ça me résonnait dans toute la tête, un vrai calvaire ! Comment on nous traite ? !
– Ah la la, ma pauvre, je te plains... Je crois qu’on a la poisse aujourd’hui ! Moi, à midi, j’ai eu droit à un petit humain totalement surexcité, une vraie terreur ! Il n’arrêtait pas de sauter sur son siège, de donner de grands coups de pieds dans mes tiges avant, de tambouriner sur ma barre. Et je te raconte même pas ses insupportables cris suraigus ! À un moment, sa mère en a eu marre ; elle l’a descendu, et pendant qu’elle avait le dos tourné, il s’est couché par terre et a essayé de m’arracher une roue. Heureusement qu’il n’avait pas beaucoup de force et surtout, que je suis un vieux caddie solide ! Oh, l’affreux jojo !
– Et encore Gluck, nous, on a de la chance ! Pense aux bébés caddies, si vulnérables ! Tiens, je parlais avec Dizzie l’autre jour. Tu sais, elle a deux enfants, Tommy et Lucas. Eh bien, la semaine dernière, l’aîné est resté au hangar pendant deux jours, parce qu’un petit humain lui avait déchiré son drapeau et plié son antenne. Non mais, franchement, on a du souci à se faire !
– Oui, je suis bien d’accord ! Moi, ce que je supporte de moins en moins, ce sont les clients aux caisses : les entendre se plaindre que ça n’avance pas, qu’il fait trop chaud, qu’ils en ont plein les pattes, que c’est trop cher... Bon, sur ce dernier point, je les comprends, parce que tu sais, en vingt ans de maison, j’ai vu les prix flamber ; alors des fois, je me dis qu’ils ont de bonnes raisons de râler, les humains.
– Oui, c’est sûr, mais ce n’est pas une raison pour nous maltraiter. Nous, on n’y est pour rien !
– Hé hé, vise la petite blonde qui s’avance. Hou hou, ma poupée, je suis là ! Que dirais-tu d’une ballade avec un caddie à la conduite souple, sûre et efficace ?
– Te fatigue pas, Gluck, elle t’entends pas ! Mais dis-moi, tu ne changes pas, toi... toujours en train de faire le joli cœur !
– Eh... il ne faut jamais manquer une occasion de plaisanter, de rendre la vie un peu plus légère. Regarde Bud. J’ai eu tant de peine quand il est parti à la remise des caddies usagés, en attente d’être détruits... C’est la fin du boulot pour lui, ce qui signifie la fin tout court...
– Bah, Gluck, te bile pas avec ça, mon vieux ! Ce n’est pas le moment de penser à ce genre de choses. Tu as encore de belles années devant toi...
Katy essayait de réconforter Gluck du mieux qu’elle pouvait. Cependant, elle aussi était triste de voir ce qui attendait ces malheureux caddies qui, après toute une vie de bons et loyaux services, étaient impitoyablement mis au rebus, sans la moindre considération, par ces humains jamais satisfaits, trop égoïstes et prisonniers de leur consommation effrénée. Prendraient-ils un jour conscience de la vanité de cette fuite en avant qui les absorbait immanquablement ?

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Coralie :

Fêtes de Bayonne. Dimanche matin, 7 h. Les derniers festaïres déambulent dans les rues de la ville, la blancheur de leurs costumes souillée par le calimucho. On cherche un endroit pour continuer de s'amuser quand, au cœur du petit Bayonne, surgit l'animation de ce début de journée. Une dizaine de personnes s'adonne à une course improvisée de caddies. Par équipes de deux, l'un à l'intérieur du bolide, l'autre à sa direction, les concurrents s'apprêtent à dévaler la place jusqu'à la ligne d'arrivée, matérialisée par quelques bouteilles de bière vides. Tous sont au départ et attendent qu'une jeune femme leur donne le signal. « À vos marques... prêts... partez ! » Les équipages s'élancent, essayant tant bien que mal de maintenir le bon cap. Les pilotes courent, aussi vite qu'ils le peuvent, tandis que les copilotes les informent sur le circuit et la progression des adversaires. Les spectateurs encouragent les participants qui prennent des risques inconsidérés. En effet, la course de caddies s'avère être un sport dangereux : ces engins n'obéissent qu'à eux-mêmes et refusent tout contrôle extérieur. Ce qui donne alors lieu à des collisions, des cascades, des chutes, d'autant que le léger état d'ébriété des sportifs ne facilite pas l'épreuve, quoiqu'il les place sur un pied d'égalité... La piste étant en pente, les véhicules, dont la vitesse augmente à chaque seconde, déboulent sur les pavés, mettant ainsi en mauvaise posture le capitaine et son second. L'un parvient à peine à tenir la barre, l'autre est violemment secoué par la descente cahoteuse et tous deux savent que le plus difficile reste à venir. Passée la ligne d'arrivée, il faut freiner pour éviter, emportés par l'élan, de s'écraser sur la vitrine d'un magasin ou la terrasse d'un café. Le conducteur tire alors de toutes ses forces sur le chariot et le passager saute de son poste pour l'aider. C'est certainement là le moment le plus périlleux de la course mais aussi, il faut bien l'avouer, le plus drôle. Il est toujours plus simple de d'installer dans un caddie à l'arrêt que d'en sortir en marche...

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Amélie :

Avec l’arrivée des beaux jours, l’été commence à se faire sentir, et avec lui, les petites jupes, les débardeurs, les après-midi bronzette ou foot-torse-nu sur la plage et les soirées barbecue entre amis.
Oui mais voilà, après l’hiver rigoureux, les raclettes, fondues et autres tartiflettes, et les tablettes de chocolat devant la télé, vous êtes un peu fâchés avec votre balance. Vous avez la flemme de courir 30 kilomètres par jour jusqu’au mois de juin –d’ailleurs, vous n’avez pas le temps– et vous en avez marre d’acheter tous les ans ces magazines qui vantent des recettes miracles pour maigrir, et qui finissent toujours comme cale-pied sous la table de la cuisine – c’est fou cette adéquation entre l’épaisseur d’un magazine et l’espace sous un pied de table !
Surtout pas de panique car j’ai LA solution : pratiquer du sport en faisant vos courses. Prenez votre caddie à deux mains, en prenant soin de garder le dos bien droit. Marchez à une allure normale, courir ne servirait à rien et vous risqueriez de vous cassez une jambe et de rester clouer au lit, sans sport ! Ce qui est très important en revanche, est de ne pas suivre l’ordre des rayons quand vous choisissez vos articles, ainsi, vous circulerez davantage dans les allées. Je vous conseille deux solutions : si vous connaissez la grande surface, faites-en un plan chez vous, et dressez votre liste en conséquence –sachant que plus vous ferez de kilomètres, mieux ce sera. Sinon, changez fréquemment de magasin, comme ça, vous n’aurez pas le temps de vous habituer et vous devrez retourner chercher quelque chose au niveau du pain alors que vous êtes arrivés aux boissons. Quand vous êtes dans les rayons, ne choisissez pas les produits qui vous demandent le moins d’effort ; au contraire, tendez les bras vers le haut ou baissez vous. Vos marques préférées sont toujours sur l’étagère du milieu ? Et ben, vous voulez faire du sport, oui ou non ? Alors faites un effort ! Pour faire travailler les adducteurs et les quadriceps, rien de mieux que de s’accroupir en faisant mine de lire attentivement la composition de la bouteille de sauce tomates prise sur le rayonnage le plus bas : contractez les fesses, maintenez la position environ deux minutes, remontez en expirant, reprenez votre souffle et recommencez plus loin, avec les asperges, les cacahuètes ou la crème antiride, selon vos besoins. Une fois à la caisse, sortez tous vos articles du caddie, même les packs d’eau et de lait, toujours avec le dos droit, car on a vite fait d’attraper un tour de rein. Quand vous êtes arrivés aux produits qui se trouvent tout au fond du caddie, tendez le bras au maximum au lieu de vous pencher : cela allongera vos muscles et tonifiera votre peau. Enfin, dernière étape : le retour au véhicule. Sortez les choses du caddie avec la même attitude que pour les mettre sur le tapis de caisse. Rangez-les méthodiquement dans le coffre (cela ne sert à rien pour notre propos, mais c’est plus facile après pour s’y retrouver), puis ramenez le caddie à son emplacement (sans oublier le jeton), sans relâcher la position.
Une fois rentrés à la maison, pour ne pas perdre tout le bénéfice de l’effort fourni, ne vous jetez pas sur les pains au chocolat et sur le coca. Préparez-vous plutôt une eau citronnée (pour éliminer les toxines) et grignotez un fruit.
Attention cependant à ne pas commencer ces exercices à froid, vous risqueriez une tendinite voire un mal de dos. Le mieux est de trouver une grande surface située à environ deux kilomètres de chez vous, car cela présente un double avantage : petite marche à l’aller (ou course si vous êtes vraiment motivés), et au retour, un ou plusieurs sacs dans chaque main pour se muscler les bras. Avec un peu d’expérience, vous pouvez même vous servir des sacs comme d’haltères, pour plus d’efficacité. Inutile pour autant de les lever au-dessus de votre tête : si le ridicule ne tue pas, il ne fait pas maigrir non plus. Si jamais vous êtes en voiture (voir ci-dessus pour le rangement des courses), faites au moins un tour de la galerie marchande, pour vous échauffer avant d’entrer dans le magasin proprement dit.

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Laëtitia :

Depuis quelques années, le supermarché, ce lieu jadis presque exclusivement fréquenté par des femmes, accueille en masse une population que personne n’attendait : l’homme faisant les courses.
Eh non, l’homme ne fait pas les courses comme la femme, il a une technique bien à lui. La liste, qu’il a minutieusement préparée à la maison, il ne l’oublie pas sur la table de la cuisine. Il la garde dans sa poche avec un stylo, outil indispensable pour rayer chaque article placé dans le caddie.
Ce changement dans les mœurs de l’homme s’explique par la montée du célibat, ce fléau qui touche des millions de personnes en France.
L’homme faisant les courses a donc entraîné un phénomène tout à fait inédit : la coureuse de caddie. Eh oui, la femme en a marre de se tromper. Pour trouver le Bon, elle doit désormais se creuser la cervelle, faire preuve d’ingéniosité, étudier toutes les possibilités, être sur tous les fronts.
Sa méthode est simple : repérer le célibataire parfait en analysant le contenu de son caddie. Il s’agit dans un premier temps de traquer le moindre objet féminin pour juger de la disponibilité de l’homme. Mais gare aux pièges ! De nos jours, certains produits d’hygiène sont devenus ambivalents. Prenons un exemple : le rasoir, vous pensez homme mais c’est peut-être femme et à l’inverse, la crème dépilatoire vous pensez femme et c’est homme, évidemment. La guerre aux poils n’épargne plus personne de nos jours. Il faut donc être vigilant.
Une fois ce point éclairci, passons à une étude plus poussée. Chaque article peut donner un indice crucial sur la personnalité de l’homme. Trop de surgelés, indique que sans femme l’homme ne vit pas, il survit. A éviter, bien sûr, elle ne voudrait pas se retrouver à faire la popote tous les soirs à la maison. Autre indicateur : les lingettes nettoyantes. Cette fois-ci, l’homme vit dans une porcherie et a une position plus que douteuse face aux problèmes de pollution de notre petite planète. Cuisine et ménage, c’est non !
Quelques articles peuvent relever le niveau d’un caddie. Un livre, une revue en disent long sur la personnalité de l’homme. C’est un bon point. L’homme se cultive, l’homme n’est pas égocentrique, il est ouvert au monde... A-t-il des bonbons ? Il est peut-être tonton. Parfait, il aime les enfants, un sujet épineux de moins à aborder, la femme est soulagée.
Néanmoins, si vous voulez vous essayer à ce mode de rencontre, il ne faut pas vous bercer d’illusions, le caddie parfait n’existe pas. La coureuse de caddie en est consciente. Elle sait aussi qu’elle non plus n’est pas parfaite. Alors, qui sait, au rayon fruits et légumes entre les navets et les choux, les bonnes poires et les bananes, elle la trouvera peut-être sa moitié d’orange.

Résultats du sondage : « Quel apport pour le traducteur littéraire représentent les logiciels de traduction assistée ? »

Sur 17 votants, nous obtenons les résultats suivants :

Important = 0 voix
Ponctuel = 3 voix (17%)
Périphérique = 9 voix (52%)
Nul = 5 voix (29%)

Pour le coup, j'ai envie de demander leur avis directement aux apprenties traductrices, initiées depuis le début de l'année à la chose. Qu'en pensez-vous, vous ?

Exercice d'écriture pour le 12 mars

Sujet : Une naissance

Références culturelles, 388 : Danny Daniel

http://es.wikipedia.org/wiki/Danny_Daniel

Exercice de version, 105

La última cena, nunca mejor dicho, que fue, creo, la segunda a la que yo asistí, había transcurrido de manera muy agradable, salvando la intervención ambulatoria. Se sirvió de una manera sobradamente formal para mi gusto. Eran los anfitriones los que nos servían a los tres o cuatro invitados, interrumpiendo por tanto los comentarios y el cachondeo. De otra parte, la mesa del comedor, y el comedor mismo, reducido por aparadores, vitrinas, grandes sillones y una complicada sillería, no daba para semejante despliegue de fuentes, cuberterías, argenterías, bajoplatos y salvamanteles, etc., etc., etc., pero fue, a pesar de todo, muy de agradecer. Salvo las especias, claro.
Luego, tomamos una copa trasladándonos apenas metro y medio. Alrededor de la chimenea, en un tresillo, que, ignoro por qué, habían forrado con unas fundas cuya etiqueta de «No lavar con agua caliente» y el porcentaje de fibra pedí que cortáramos con unas tijeras. Pusieron en la mesa cinco pares, obtenidos de algún cajón de sastre próximo. Ninguna nos sirvió. Alguien arrancó las etiquetas de un tirón bien administrado...
A pesar del calor incondicional, tomábamos nuestras bebidas largas, y las sudamos. Tres comensales fumaron unos porros. Aprovechando los viajes de Richard a la cocina, uno nos ofreció una raya de coca. Ricky fue el primero en aceptarla, y la esnifó con una rapidez y una habilidad insospechables, y mirando hacia el pasillo. Lo que me hizo caer en la cuenta de que la confianza de los dos gordos no era tan absoluta. Se habló de la época gloriosa de los ligues, tan furtivos como perseguidos, en el Madrid del 65 al 70. Ricky debía entonces de estar especializado en cines, porque, en una ausencia de Richard, enunció, por sectores, una larga retahila. Tan larga se me antojó que dudé de su veracidad, ratificada por algún otro asistente.

Antonio Gala, Los invitados al jardín

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Laëtitia Sw. nous propose sa traduction :

Le dernier dîner qui fut, je crois, le deuxième auquel j’assistai, s’était très agréablement déroulé, sauvant l’intervention ambulatoire. Il fut servi d’une manière trop formelle à mon goût. C’étaient les amphitryons eux-mêmes qui s’occupaient des trois ou quatre invités que nous étions ; c’est pourquoi, nous interrompions souvent rires et commentaires. D’autre part, la table de la salle à manger, sans parler de la salle à manger qui était encombrée de buffets, vitrines, grands fauteuils et sièges compliqués, offrait un déploiement de plats, couverts, argenterie, sous-plats et garde-nappes, etc., etc., etc. à nul autre pareil. Malgré tout, ce fut très plaisant. Sauf les épices, bien sûr.
Ensuite, nous nous déplaçâmes d’à peine un mètre et demi pour prendre un verre. Autour de la cheminée, sur un ensemble canapé-fauteuils qu’on avait habillé, j’ignore pourquoi, de housses dont l’étiquette mentionnait « Ne pas laver à l’eau chaude » ainsi que le pourcentage de fibre ; je demandai à ce qu’on la coupât avec des ciseaux. On mit sur la table cinq paires de, tirées d’un fouillis voisin. Aucune ne nous servit. Quelqu’un arracha les étiquettes d’un coup sec...
Malgré la chaleur extrême, nous buvions allègrement nos verres, que nous éliminâmes en suant. Trois convives fumèrent des cigares. À la faveur des allers retours de Richard à la cuisine, quelqu’un nous offrit un rail de coke. Ricky, qui fut le premier à l’accepter, le sniffa avec une rapidité et une habilité insoupçonnables, tout en regardant vers le couloir. Ce qui me fit me rendre compte que la confiance des deux gros n’était pas si inconditionnelle. On parla de l’époque glorieuse de nos flirts, éphémères ou sérieux, dans le Madrid des années 65 à 70. Ricky devait alors être un spécialiste des cinémas, parce que, profitant d’un moment où Richard n’était pas là, il en énonça, secteur par secteur, une kyrielle. La liste me parut si longue que je doutai de sa véracité, qui fut pourtant attestée par un autre invité.

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Morgane nous propose sa traduction :

Le dernier dîner, on ne pouvait pas mieux dire, fut, me semble t-il, le second auquel j’assistai, s’était déroulé de manière fort agréable, à l’exception de l’intervention de l’hôpital de jour. On servit de manière démesurément formelle à mon goût. C’était les commis de service qui nous servaient, nous, les trois ou quatre invités, interrompant par conséquent, commentaires et rigolades. D’autre part, la table du réfectoire, et le réfectoire lui-même, encombré de meubles, vitrines, grands fauteuils et un jeu de chaises compliqué ne donnait pas lieu à un tel déploiement de fontaines, couverts, argenteries, dessous de plats et ronds de serviettes, etc, etc, etc., mais ce fut, malgré tout, fort agréable. Sauf les épices, bien entendu. Ensuite, nous avons pris un verre en nous déplaçant à peine d’un mètre et demi. Autour de la cheminée, dans un salon, lequel, j’en ignore la raison, avait été couvert avec quelques housses dont l’étiquette « Ne pas laver à l’eau chaude » et la quantité de fibre, je demandai qu’on retirât avec une paire de ciseau. On mit sur la table cinq paires, obtenues d’un quelconque fourre-tout proche. Aucune ne nous servit. Quelqu’un arracha les étiquettes d’un trait bien administré… Malgré la chaleur insupportable, nous prenions nos grandes boissons, et transpirions. Trois hôtes fumèrent quelques joints. Profitant des voyages de Richard à la cuisine, l’un d’entre eux nous offrit une ligne de cocaïne. Ricky fut le premier à l’accepter, et la sniffa avec une vélocité et une habileté insoupçonnée, et, regardant vers le couloir. Ce qui me permit de me rendre compte que la confiance des deux gros n’était pas aussi absolue. On parla de l’époque glorieuse des liaisons, si furtives comme prohibées, dans le Madrid des années 65 à 70. Ricky devait alors être spécialiste en ciné, car, en l’absence de Richard, il énonça, par secteur, une longue kyrielle. Elle me sembla si longue que je doutai de sa véracité, ratifiée pour un autre assistant.

jeudi 4 mars 2010

Références culturelles, 387 : Chiquetete

http://es.wikipedia.org/wiki/Chiquetete

Exercice de version, 104

En una cacerola se ponen cinco yemas de huevo, cuatro huevos enteros y el azúcar. Se baten hasta que la masa espesa y se le anexan dos huevos enteros más. Se sigue batiendo y cuando vuelve a espesar se le agregan dos huevos completos, repitiendo este paso hasta que se terminan de incorporar todos los huevos, de dos en dos. Para elaborar el pastel de boda de Pedro con Rosaura, Tita y Nacha hablan tenido que multiplicar por diez las cantidades de esta receta, pues en lugar de un pastel para 18 personas tenían que preparar uno para 180. ¡El resultado da 170 huevos! Y esto significaba que habían tenido que tomar medidas para tener reunida esta cantidad de huevos, de excelente calidad, en un mismo día. Para lograrlo fueron poniendo en conserva desde hacía varias semanas los huevos que ponían las gallinas de mejor calidad. Este método se utilizaba en el rancho desde época inmemorial para proveerse durante el invierno de este nutritivo y necesario alimento. El mejor tiempo para esta operación es por los meses de agosto y septiembre. Los huevos que se destinan a la conservación deben ser muy frescos. Nacha prefería que fueran del mismo día. Se ponen los huevos en una vasija que se llena de cebo de carnero derretido, próximo a enfriarse, hasta cubrirlos por completo. Esto basta para garantizar su buen estado por varios meses. Ahora, que si se desea conservarlos por más de un año, se colocan los huevos en una orza y se cubren con una lechada de un tanto de cal por diez de agua. Después se tapan muy bien para interceptar el aire y se guardan en la bodega. Tita y Nacha habían elegido la primera opción pues no necesitaban conservar los huevos por tantos meses. junto a ellas, bajo la mesa de la cocina, tenían la vasija donde los habían puesto y de ahí los tomaban para elaborar el pastel.

Laura Esquivel, Como agua para chocolate

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Laëtitia nous propose sa traduction :

Dans une casserole, mettre cinq jaunes d’œufs, quatre œufs entiers et le sucre. Remuer jusqu’à épaississement de la pâte et ajouter deux œufs entiers. Continuer de remuer et, une fois la pâte épaissie, ajouter de nouveau deux œufs entiers. Répéter l’opération jusqu’à avoir incorporé tous les œufs, deux par deux. Pour élaborer le gâteau de mariage de Pedro et de Rosaura, Tita et Nacha avaient dû multiplier par dix les proportions de cette recette, car, au lieu d’un gâteau pour 18 personnes, elles devaient en préparer un pour 180 personnes. Le résultat donne 170 œufs ! Ce qui veut dire, en outre, qu’elles avaient dû faire en sorte de réunir cette quantité d’œufs, d’excellente qualité, en un seul jour. Pour y parvenir, elles avaient mis en conserve, pendant plusieurs semaines, les œufs pondus par les meilleures poules. On utilisait cette méthode dans les fermes depuis des temps immémoriaux pour disposer durant tout l’hiver de cet aliment aussi nutritif que nécessaire. La meilleure saison pour réaliser cette opération sont les mois d’août et septembre. Les œufs qui sont destinés à la conservation doivent être très frais. Nacha préférait ceux du jour même. On met les œufs dans un récipient que l’on remplit de graisse de mouton fondue, froide, ou presque, de façon à les recouvrir entièrement. Cela suffit à assurer leur bon état de conservation pour plusieurs mois. Maintenant, si on désire les conserver pendant plus d’un an, on place les œufs dans un pot et on les recouvre d’un liquide composé d’une mesure de chaux pour dix d’eau. Ensuite, on ferme soigneusement le tout pour chasser l’air et on le garde à la cave. Tita et Nacha avaient choisi la première option, car elles n’avaient pas besoin de conserver les œufs autant de mois. Près d’elles, sous la table de la cuisine, elles avaient à disposition le récipient où elles les avaient mis ; c’est de là qu’elles les prenaient pour élaborer le gâteau.

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Amélie nous propose sa traduction :

Dans un saladier, mettez cinq jaunes d’œufs, quatre œufs entiers et le sucre. Fouettez jusqu’à ce que le mélange épaississe, puis ajoutez deux œufs entiers. Continuez de remuer et, une fois la pâte épaissie à nouveau, ajoutez deux autres œufs entiers. Répétez cette étape jusqu’à avoir incorporé tous les œufs, deux par deux. Pour confectionner le gâteau de mariage de Pedro et de Rosaura, Tita et Nacha avaient dû multiplier par dix les quantités de cette recette : elles devaient préparer un gâteau pour 180 personnes au lieu de 18. Soit 170 œufs au total! Ce qui signifie qu’elles avaient dû faire en sorte de réunir un tel nombre d’œufs –qui plus est d’excellente qualité–, en un seul jour. Pour y parvenir, elles avaient mis en conserve les œufs pondus par les meilleures poules, et ce pendant plusieurs semaines. Cette méthode était utilisée dans les fermes depuis la nuit des temps, pour pouvoir disposer durant tout l’hiver de cet aliment aussi nutritif que nécessaire. Les mois d’août et de septembre sont la meilleure période pour réaliser cette opération. Les œufs destinés à la conservation doivent être très frais. Nacha préférait qu’ils soient ramassés le jour même. Mettez les œufs dans un récipient et remplissez-le de graisse de mouton fondue presque froide, de façon à les recouvrir complètement. Cela suffit à garantir leur bon état pendant plusieurs mois. Maintenant, si vous désirez les conserver pendant plus d’un an, placez les œufs dans un bocal puis recouvrez-les de lait de chaux –liquide constitué d’un volume de chaux pour dix d’eau. Ensuite, fermez-le soigneusement pour chasser l’air et gardez-le à la cave. Tita et Nacha avaient choisi la première option, car elles n’avaient pas besoin de conserver les œufs aussi longtemps. Près d’elles, sous la table de la cuisine, se trouvait le récipient où elles les avaient mis ; c’est de là qu’elles les prenaient pour confectionner le gâteau.

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Pascaline nous propose sa traduction :

Dans une casserole, mettez quatre jaunes d'œufs, quatre œufs entiers et le sucre. Battez jusqu'à ce que la pâte épaississe ; ajoutez ensuite deux œufs entiers. Continuez à battre, et quand la pâte épaissit de nouveau, rajoutez deux œufs entiers. Répétez cette étape jusqu'à ce que tous les œufs aient été incorporés, deux par deux. Pour confectionner le gâteau de mariage de Pedro et de Rosaura, Tita et Nacha avaient dû multiplier par dix les quantités de cette recette, car au lieu d'un gâteau pour 18 personnes, elles devaient en préparer un pour 180. La somme finale donne 170 œufs ! Et cela signifiait qu'elles avaient été obligés de prendre des mesures si elles voulaient réunir cette quantité d'œufs (d'excellente qualité qui plus est), pour un seul et même jour. Pour y parvenir, elles mirent en conserve – et ce, pendant plusieurs semaines – les œufs pondus par les poules de meilleure de qualité. On utilisait cette méthode dans le ranch depuis la nuit des temps afin de ne pas manquer de ce nutritif et nécessaire aliment pendant l'hiver. Les mois d'août et de septembre sont le meilleur moment pour cette opération. Les œufs qui se destinent à la conservation doivent être très frais. Nacha préférait qu'ils soient du jour même. Mettez les œufs dans un pot que vous emplissez de graisse de mouton fondu, presque froide, jusqu'à les couvrir complètement. Cela suffit à garantir leur bon état durant plusieurs mois. Maintenant, si vous souhaitez les conserver plus d'un an, mettez les œufs dans une jarre et couvrez-les avec une mesure de lait de chaux pour dix d'eau. Ensuite, fermez bien, pour éviter à l'air d'entrer ; conservez cela dans la cave. Tita et Nacha, elles, avaient choisi la première option, car elles n'avaient pas besoin de conserver les œufs tant de mois. À côté d'elles, sous la table de la cuisine, se trouvait le pot dans lequel elles les avaient mis et d'où elles sortaient les œufs destinés à l'élaboration du gâteau.

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Marie G. nous propose sa traduction :

Dans une casserole on verse cinq jaunes d'oeufs, quatre oeufs entiers et le sucre. On bat jusqu'à se que la pâte épaississe et on y ajoute les deux oeufs entiers. On continue de mélanger et quand elle devient encore plus épaisse, on rajoute deux oeufs complets, en répétant ce geste jusqu'à ce qu'on finisse par y incorporer tous les oeufs, deux par deux. Pour préparer le gâteau de mariage de Pedro et Rosaura, Tita et Nacha avaient dû multiplier par dix les quantités de cette recette, car au lieu de faire un gâteau pour 18 personnes, elles devaient en préparer un pour 180!Ce qui donne un total de 170 oeufs!Et cela signifiait qu'elles avaient dû prendre les mesures nécessaires afin de pouvoir réunir cette quantité d'oeufs, d'une excellente qualité, en un seul jour. Pour l'obtenir, elles mirent en conserves depuis plusieurs semaines les oeufs de très bonne qualité, pondus par les poules. Cette méthode s'utilisait à la ferme depuis un temps qui n'a pas de nom, pour s'approvisionner pendant l'hiver de cet aliment nutritif et nécessaire. C'est pendant les mois d'août et de septembre que l'époque convient le mieux pour cette opération. Les oeufs qui se destinent à la conservation doivent être très frais. Nacha préférait qu'ils soient du jour même. On mettait les oeufs dans une bassine qu'on remplissait de graisse de mouton fondue, prête à refroidir, jusqu'à ce qu'ils soient entièrement recouverts. Cela suffisait pour garantir leur bon état pendant plusieurs mois. À présent, si on souhaite les conserver plus d'un an, on place les oeufs dans un pot et on les recouvre d'un lait de chaux, d'une mesure de chaux pour dix d'eau. Après on les recouvre bien pour intercepter l'air et on les conserve à la cave. Tita et Nacha avaient choisi la première option car elles n'avaient pas besoin de garder les oeufs autant de mois. À côté d'elles, sous la table de la cuisine, elles avaient la bassine dans laquelle elles les avaient mis et elles les sortaient de là pour préparer le gâteau.

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Morgane nous propose sa traduction :

Dans une casserole, mettez cinq blancs d’œufs, quatre œufs entiers et du sucre. Battez le tout, mélangez la pâte épaisse et rajoutez deux œufs entiers. Battez jusqu’à épaississement de la pâte et rajoutez deux œufs complets, en recommençant l’opération jusqu’à ce que vous finissiez d’incorporer tous les œufs, deux par deux. Pour élaborer le gâteau de mariage de Pedro et Rosaura, Tita et Nacha durent multiplier par dix les quantités de cette recette, donc, au lieu d’un gâteau pour 18 personnes, elles devaient en préparer un pour 180. Résultat : 170 œufs ! Et cela signifiait qu’elles durent calculer les mesures afin de réunir le jour même cette quantité d’œufs, d’excellentes qualités. Pour y parvenir, elles avaient mis en conserve depuis plusieurs semaines les œufs pondus par les poules de meilleure qualité. Cette méthode était utilisée dans les villages depuis des époques immémoriales/ ancestrales en vue de s’alimenter, l’hiver venu, de cet aliment nutritif et nécessaire. La meilleure époque pour ce type d’opération correspond aux mois d’aout et de septembre. Les œufs destinés à la conservation doivent être très frais. Nacha préférait qu’ils soient du jour même. Mettez les œufs dans un pot et remplissez-le de pâtée de viande en morceaux, sur le point de se refroidir, jusqu’à les recouvrir complètement. C’est suffisant pour garantir un état de conservation correct pour de nombreux mois. Maintenant, si vous souhaitez les conserver plus d’un an, mettez les œufs dans une jarre et couvrez d’une pâte avec une quantité de chaux pour dix d’eau. Après, refermez entièrement pour intercepter l’air et gardez dans l’arrière-cuisine. Tita et Nacha avaient choisi la première option, et n’avaient donc pas conservé les œufs pour autant de mois. Près d’elles, sous la table de la cuisine, elles avaient le pot où elles les avaient mis et de là, elles le prirent pour élaborer le gâteau.

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Coralie nous propose sa traduction :

Dans une casserole, on met cinq blancs d'œufs, quatre œufs entiers et le sucre. On bat jusqu'à ce que la pâte épaississe et on ajoute deux œufs entiers de plus. On continue de battre et quand le mélange ré-épaissit, on rajoute deux œufs entiers, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on finisse d'incorporer tous les œufs, deux à deux. Pour élaborer le gâteau de mariage de Pedro avec Rosaura, Tita et Nacha avaient dû multiplier par dix les quantités de cette recette, puisqu'au lieu d'un gâteau pour 18 personnes elles devaient en préparer un pour 180. Le résultat donne 170 œufs ! Et cela signifiait qu'elles avaient dû prendre des mesures pour réunir cette quantité d'œufs, d'excellente qualité, en une même journée. Pour y arriver, elles mirent peu à peu en conserve depuis plusieurs semaines les œufs que pondaient les meilleures poules. Cette méthode était utilisée à la ferme depuis des temps immémoriaux pour s'approvisionner durant l'hiver de cet aliment nutritif et nécessaire. La meilleure époque pour cette opération se situe aux mois d'août et septembre. Les œufs destinés à la conservation doivent être très frais. Nacha préférait qu'ils soient du jour même. On met les œufs dans un pot que l'on remplit de graisse de mouton fondue, presque refroidie, jusqu'à les couvrir entièrement. Cela suffit à garantir leur bonne garde pour plusieurs mois. Maintenant, si l'on veut les conserver plus d'un an, on place les œufs dans un récipient et on les couvre d'un lait d'un tant de chaux pour dix d'eau. Ensuite on ferme bien pour empêcher l'air d'entrer et on les réserve à la cave. Tita et Nacha avaient choisi la première option puisqu'elles n'avaient pas besoin de conserver les œufs autant de mois. Le pot dans lequel elles les avaient mis se trouvait à leurs côtés et elles les y prenaient pour élaborer le gâteau.

mercredi 3 mars 2010

Résultats du sondage 2008-2009, 2e version : « Quel apport représente la traductologie pour le traducteur ? »

Sur 16 votants, nous obtenons les résultats suivants :

Une simple culture générale = 3 voix (16%)
Une aide très directe = 6 voix (37%)
Un élément parmi d'autres = 5 voix (31%)
Aucune utilité = 2 voix (12%)

El Premio Tiflos, une présentation de Laëtitia

Nous connaissons tous l’organisation espagnole à but non lucratif, la ONCE (Organización Nacional de Ciegos Españoles), dont la mission est d’aider les personnes non-voyantes à s’insérer dans la société et à devenir aussi autonomes que possible. Mais l’action de la ONCE ne se réduit pas au seul territoire espagnol. Elle travaille également en collaboration avec d’autres organisations à l’étranger et en particulier en Amérique latine comme en Argentine avec la Fundación Tiflos, une organisation qui œuvre dans le même esprit.
Au-delà de l’action sociale, la ONCE promeut l’intégration des personnes non-voyantes à travers l’art, la culture et la communication. C’est dans cette optique que la ONCE et la Fundación Tiflos ont créé les Premios Tiflos roman, poésie, nouvelle et journalisme.
Le but des Premios Tiflos de littérature est de promouvoir la création littéraire en langue espagnole et de favoriser l’écriture chez les personnes non-voyantes pour lesquelles des prix spéciaux sont d’ailleurs mis en place. Le concours est ouvert aux écrivains de toutes nationalités, majeurs, qui écrivent en espagnol. Les gains s’élèvent à 21 000 euros pour le lauréat de la catégorie roman, 12 000 pour ceux des catégories nouvelle et poésie. En outre, le gagnant voit son ouvrage publié par Editorial Visor pour la poésie et par Castalia pour la nouvelle et le roman. Chaque année, trois prix de littérature Tiflos sont ainsi décernés. Néanmoins, le jury réuni par la ONCE, se réserve le droit de ne remettre le prix à aucun manuscrit si ses attentes n’ont pas été comblées.
Le Premio Tiflos de journalisme comprend, quant à lui, quatre catégories : radio, télévision, presse écrite, presse internet. Les travaux soumis au jury doivent faire état du combat des personnes non-voyantes au quotidien. Il s’agit de mettre en avant le courage dont elles font preuve pour surmonter les difficultés et de dénoncer les inégalités et la discrimination qu’elles subissent. Le lauréat de chaque catégorie reçoit 9 000 euros.
Voici donc un prix qui récompense tous les domaines de l’écriture en alliant création et solidarité. Et si vous ne savez pas quel livre vous mettre sous la dent en ce moment, peut-être qu’un Premio Tiflos peut motiver votre achat :
Poésie :
Jaime Siles, Desnudos y Acuarelas, Visor libros, 2009
Basilio Sánchez, Las Estaciones lentas, Visor libros, 2008
Roman :
Juán Gracia Armendariz, La línea Plimsoll, Castalia, 2008
Sergio Rodríguez, Canto Rodado, Castalia, 2007
Nouvelle :
Juán Carlos Márquez, Oficios, Castalia, 2008
Marcos Eymar, Objetos encontrados, Castalia, 2007
Félix J. Palma, Las interioridades, Castalia, 2001

http://www.eldigoras.com/premios/premios1106.html#basesconv
http://www.once.es
http://www.tiflos.org.ar/
http://www.casadellibro.com/

Références culturelles, 386 : Juan Camacho

http://es.wikipedia.org/wiki/Juan_Camacho

Exercice de version, 103

Hablo de un tiempo distante y ya cinerario, cuando éramos varios y vivíamos lo que digo aquí, un poco para los demás y casi todo para mis días feriados que relleno infatigable con palabras. La naranja se abre en gajos translúcidos que alzo al sol de una lámpara para ver entre la linfa del glóbulo sombrío de las semillas. De uno de los gajos salen los Vigil, ahora estoy con ellos y los otros en la casa de Villa del Parque donde jugábamos a vivir.
Jorge cultivaba la introspección, decía poemas automáticos con infaltable belleza. Aplastado contra la mesa de dibujo, el pelo entre papeles canson y carbonilla, murmuraba para sí las melopeas preliminares que lo ponían en trance.
–Está aceitando la bicicleta –me dijo Marta que escogía entonces la imagen violenta–. Vení a ver esta hermosura.
Me acerqué al ventanal que daba al oeste. El paisaje agronómico quedaba detrás de un toldo a rayas naranja y azul, pero alguien había cubierto un agujero rectangular por donde entraba el sol de las cuatro mezclado con pedazos de figuras y de nubes.
–Mirá desde aquí, es un Poussin fabuloso.
No era en absoluto un Poussin, más bien un Rousseau, pero la óptica de la tarde, el calor, algo en ese trozo de exterior calando por el toldo, le daba un relieve del que no podía uno escaparse. Inclinándome en el ángulo que me exigía Marta vi la razón de su maravilla. En un campo a tres cuadras, al borde mismo de la facultad de agronomía, un montón de vacas pastaba a pleno sol, blancas y negras con infalible simetría. Tenían algo de mosaico y cuadro vivo, un ballet idiota de figuras lentísimas y obstinadas; la distancia impedía apreciar sus movimientos, pero fijándose con atención se veía cambiar poco a poco la forma del conjunto, la constelación vacuna.
–Lo fantástico es cómo caben dieciséis vacas en este agujerito –dijo Marta–. Ya sé lo de la distancia, etc. También con un dedo se tapa el sol, blah blah. Pero si te fiás solamente de tus ojos, por un momento solamente de tus ojos, y ves esa calcomanía purísima ahí lejos, todo perfecto el campo verde las vacas negras y blancas, dos juntas, otra más allá, tres en hilera y recortadas, lo estupendo es la irrealidad de esas figuras tarjeta postal.

Julio Cortázar, Divertimento

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Laëtitia Sw. nous propose sa traduction :

Je parle d’une époque lointaine et déjà cinéraire, quand nous étions plusieurs et vivions ce que j’évoque ici, un peu pour les autres et presque entièrement pour mes jours de fête que je remplis infatigablement de mots. L’orange s’ouvre en quartiers translucides que je porte à la lumière d’une lampe pour voir entre la lymphe du globule sombre des pépins. De l’un des quartiers, sortent les Vigil, je suis maintenant avec eux et les autres dans la maison de Villa del Parque où nous jouions à vivre.
Jorge cultivait l’introspection, il récitait des poèmes automatiques d’une immanquable beauté. Écrasé contre la table de dessin, les cheveux au milieu des feuilles canson et des fusains, il murmurait pour lui les mélopées préliminaires qui le mettaient en transe.
– Il est en train de peindre la bicyclette – me dit Marta qui choisissait alors l’image violente –. Je suis venue voir cette beauté.
Je m’approchai de la baie vitrée qui donnait à l’ouest. Le paysage rural restait en deçà d’un store rayé d’orange et de bleu, mais quelqu’un avait couvert un trou rectangulaire par où entrait le soleil de quatre heures, mêlé de bouts de personnages et de nuages.
– Regarde depuis ici, c’est un fabuleux Poussin.
Ce n’était pas du tout un Poussin, plutôt un Rousseau, mais la vue de l’après-midi, la chaleur, quelque chose dans ce bout d’extérieur traversant le store, lui donnait un relief dont on ne pouvait pas s’échapper. En me penchant de l’angle que m’indiquait Marta, je découvris la raison de son émerveillement. Dans un champ à trois rues de là, tout près de la faculté d’agronomie, un troupeau de vaches paissait en plein soleil, blanches et noires, d’une symétrie infaillible. Elles avaient quelque chose de la mosaïque et du tableau vivant, un ballet idiot de figures très lentes et obstinées ; la distance empêchait d’apprécier leurs mouvements, mais en regardant attentivement, on voyait changer peu à peu la forme de l’ensemble, la constellation bovine.
– Ce qui est fantastique, c’est de voir comment seize vaches peuvent contenir dans ce petit trou – dit Marta –. Je connais bien les histoires de distance, etc. Et puis, on cache le soleil avec un doigt, bla bla. Mais si tu te fies seulement à tes yeux, pendant un moment, seulement à tes yeux, tu vois cette décalcomanie très pure là, au loin ; tout est parfait, la campagne verte, les vaches noires et blanches, deux côte à côte, une autre plus loin, trois qui se découpent, les unes derrières les autres ; ce qui est extraordinaire, c’est l’irréalité de ces figures de carte postale.

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Morgane nous propose sa traduction :

Je parle d’un temps lointain et déjà en cendre, lorsque nous étions nombreux et que nous vivions ce que je dis ici, un peu pour les autres et presque tout pour mes jours fériés que je remplis infatigablement avec des mots. L’orange s’ouvre en quartiers translucides que j’élève à la lumière d’une lampe pour voir entre la lymphe du sombre globule des graines. De l’un des quartiers sortent les Vigil, à présent je suis avec eux et les autres dans la maison de Villa del Parque où nous jouions à vivre. Jorge cultivait l’introspection, disait des poèmes automatiques d’une beauté sans pareil. Écrasé contre la table à dessin, le cheveu entre papiers canson et poussier, il murmurait en lui-même les mélopées préliminaires qui le mettaient en transe/ qui le faisaient rentrer en transe.
— Le vélo est huilé – me dit Marta qui choisissait alors l’image violente. Viens voir cette merveille.
Je m’approchai de la baie vitrée donnant à l’ouest. Le paysage agraire restait derrière un store à rayures oranges et bleues, mais quelqu’un avait recouvert un trou rectangulaire où entrait le soleil de quatre heures mêlé aux morceaux d’images et de nuages.
— Regarde depuis ici, c’est un Poussin fabuleux.
Ce n’était absolument pas un Poussin, mais bien plutôt un Rousseau, mais l’optique de l’après-midi, la chaleur, quelque chose dans cette tranche d’extérieur ajourer par la bâche, lui donnait un relief dont nul ne pouvait échapper. M’inclinant dans l’angle exigé par Marta, je vis la raison de son émerveillement. Dans un champ à trois rues de là, adjacent à la faculté d’agronomie, un troupeau de vaches paissait en plein soleil, blanches et noires avec une indéfectible symétrie. Elles étaient comme des mosaïques et de tableaux vivants, un ballet idiot de figures lentes et obstinées ; la distance demandait d’ apprécier leurs mouvements, mais en fixant son attention, on voyait changer peu à peu la forme de la totalité, la constellation bovine.
— Ce qui est fantastique est que la manière dont tiennent dix-sept vaches dans ce petit trou – dit Marta. Je sais , c’est la distance, etc. On peut aussi dissimuler le soleil à l’aide de son doigt, bla, bla. Mais si tu te fies seulement en tes yeux, un moment seulement en tes yeux, et que tu vois cette pure décalcomanie là-bas au loin, tout est parfait, du champ vert au vaches noires et blanches, les deux ensembles, une autre là-bas, trois dans une rangée et réduites, ce qui est surprenant est l’irréalité de ces figures de carte postale.

mardi 2 mars 2010

Exercice de version, 102

La hora de la libertad estaba prevista a las siete de la mañana, pero el director de la prisión se retrasó. Jaime contó uno a uno los minutos que pasó en la brigada con la maleta hecha pensando en Pepita.
Eran casi las ocho cuando un funcionario pronunció su nombre:
—Jaime Alcántara, que salga con todo.
Y Jaime caminó hacia el despacho del director acelerando sus pasos y los del funcionario. Pepita le esperaba. Con un pañuelo de bolsillo en la mano, sonándose la nariz a cada instante, el director de la Prisión Central de Burgos firmó el Certificado de Liberación Condicional a nombre de Jaime Alcántara y el V.° B.° en el reverso, estampado con cinco sellos y otras tantas firmas, donde se detallaban las instrucciones que debía seguir el recluso liberado. Pocos minutos después de que dieran las ocho de la mañana, Jaime recibió el documento pensando en Pepita, angustiado porque sabía que habría llegado a buscarle mucho antes de la hora acordada. Lo guardó en su bolsillo. Un pliego de papel, un simple pliego de papel. Estrechó la mano que le tendía el director. Escuchó sus recomendaciones y sus buenos deseos, inquieto. Pepita le esperaba.
Sí, Pepita camina en el exterior de la prisión mirando hacia la puerta. Pasos cortos y lentos que vuelven sobre sí mismos al recorrer una distancia de apenas tres metros. Le espera. Y mira a cada instante su reloj. Se lo acerca al oído. Quizá olvidó darle cuerda esta mañana.
No.
No olvidó darle cuerda.
Las manecillas del reloj obedecen al tiempo, y se mueven lentamente. Un leve tictac escucha Pepita mientras pasea sin perder de vista la puerta. Hace más de hora y media que pasea. Hace más de hora y media que sus tacones repiten el sonido de la espera.
Desde las garitas de guardia, los soldados la observan, se han cansado ya de lanzarle piropos; han abandonado ya los silbidos, las lisonjas y las sonrisas. Pepita no les mira siquiera. Ella sólo enreda el azul de sus ojos en la puerta, y en el reloj de su muñeca.
Las ocho y diez.

Dulce Chacón, La voz dormida

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Laëtitia Sw. nous propose sa traduction :

L’heure de sa libération était prévue à sept heures du matin, mais le directeur de la prison s’était retardé. Jaime compta une à une les minutes qu’il passa dans la brigade, sa valise faite, en pensant à Pepita.
Il était presque huit heures quand un fonctionnaire prononça son nom :
— Jaime Alcántara, sortez avec toutes vos affaires.
Alors, Jaime se dirigea vers le bureau du directeur, en pressant le pas, le sien et celui du fonctionnaire. Pepita l’attendait. Un mouchoir à la main, se mouchant sans cesse le nez, le directeur de la Prison Centrale de Burgos signa le Certificat de Liberation Conditionnelle au nom de Jaime Alcántara ; il apposa, en cinq coups de tampons et autant de signatures, son visa au verso, où étaient détaillées les instructions que devait suivre le détenu libéré. Peu après huit heures du matin, Jaime reçut le document en pensant à Pepita, angoissé à l’idée de savoir qu’elle était venue le chercher bien avant l’heure convenue. Il le garda dans sa poche. Une feuille de papier, une simple feuille de papier. Il serra la main que lui tendait le directeur. Il écouta ses recommandations et ses encouragements, inquiet. Pepita l’attendait.
Oui, Pepita marche à l’extérieur de la prison en regardant vers la porte. Des pas courts et lents qui reviennent sur eux-mêmes après avoir parcouru une distance d’à peine trois mètres. Elle l’attend. Et, à chaque instant, elle regarde sa montre. Elle l’approche de son oreille. Elle a peut-être oublié de la remonter ce matin.
Non.
Elle n’a pas oublié de la remonter.
Les aiguilles de la montre obéissent au temps, et bougent lentement. Pepita écoute le léger tictac pendant qu’elle déambule sans perdre de vue la porte. Ça fait plus d’une heure et demie qu’elle va et vient. Ça fait plus d’une heure et demie que ses talons martèlent le bruit de l’attente.
Depuis les guérites de garde, les soldats l’observent, ils se sont lassés de lui lancer des compliments ; ils ont maintenant arrêté sifflements, propos flatteurs et sourires. Pepita ne les regarde même pas. Elle fixe seulement, du bleu de ses yeux, la porte et la montre à son poignet.
Huit heures dix.

***

Amélie nous propose sa traduction :

L’heure de sa libération était prévue à sept heures du matin, mais le directeur de la prison avait pris du retard. Tout en pensant à Pepita, Jaime compta une à une les minutes qu’il passa dans la brigade avec sa valise faite.
Il était presque huit heures quand un fonctionnaire prononça son nom :
— Jaime Alcántara, prenez toutes vos affaires et sortez.
Jaime se dirigea alors d’un pas rapide vers le bureau du directeur, obligeant le fonctionnaire à accélérer. Pepita l’attendait. Un mouchoir à la main, le directeur de la Prison Centrale de Burgos signa le Certificat de Libération Conditionnelle au nom de Jaime Alcántara sans cesser de se moucher, puis, en cinq coups de tampons et autant de signatures, il apposa son visa au verso, où étaient détaillées les instructions que devait suivre le détenu libéré. Jaime reçut le document peu après huit heures du matin, en pensant toujours à Pepita, anxieux à l’idée qu’elle était venue le chercher bien avant l’heure convenue. Il le rangea dans sa poche. Une feuille de papier, une simple feuille de papier. Il serra la main que lui tendait le directeur. Il écouta ses recommandations et ses encouragements, inquiet. Pepita l’attendait.
Effectivement, Pepita marche à l’extérieur de la prison, les yeux braqués sur la porte. Des pas courts et lents, qui reviennent sur eux-mêmes après avoir parcouru une distance d’à peine trois mètres. Elle l’attend. Et elle regarde sa montre à chaque instant. Elle la colle à son oreille. Elle a peut-être oublié de la remonter ce matin.
Non.
Elle n’a pas oublié de la remonter.
Les aiguilles de sa montre obéissent au temps et tournent lentement. Pepita écoute le léger tictac pendant qu’elle déambule, sans perdre la porte de vue. Il y a plus d’une heure et demie qu’elle déambule. Il y a plus d’une heure et demie que ses talons martèlent le bruit de l’attente.
Du haut des guérites de garde, les soldats l’observent ; à présent, ils se sont lassés de lui lancer des compliments ; à présent, ils ont arrêté les sifflements, les propos flatteurs et les sourires. Pepita ne leur accorde pas même un regard. Elle concentre seulement ses yeux bleus sur la porte et sur la montre à son poignet.
Huit heures dix.

***

Marie G. nous propose sa traduction :

L'heure de la remise en liberté était prévue à sept heures du matin, mais le directeur de la prison avait du retard. Jaime compta une à une les minutes qu'il passa dans la brigade, la valise préparée tout en pensant à Pepita.
Il était presque huit heures quand un fonctionnaire prononça son nom:
— Jaime Alcántara, sortez avec toutes vos affaires.
Et Jaime avança vers le bureau du directeur accélérant le pas et celui du fonctionnaire. Pepita l'attendait. Un mouchoir de poche dans la main, se mouchant à tout instant, le directeur de la Prison Centrale de Burgos signa le Certificat de Liberté Conditionnelle au nom de Jaime Alcántara et écrivit le V°.B°. sur le verso, marqué de cinq sceaux et de nombreuses autres signatures, sur lequel étaient détaillées les instructions que le prisonnier libéré devait suivre. Peu de temps après que huit heures sonnèrent, Jaime reçut le document pensant à Pepita, angoissé parce qu'il savait qu'elle serait venue le chercher bien avant l'heure convenue. Il le rangea dans sa poche. Une feuille de papier, une simple feuille de papier. Il serra la main que lui tendait le directeur. Préoccupé, il écouta ses recommandations et ses encouragements. Pepita l'attendait.
Oui, Pepita marchait vers l'extérieur de la prison en regardant vers la porte. Des pas courts et lents qui allaient et venaient en parcourant une distance d'à peine trois mètres. Elle l'attend. Et elle regarde à chaque minute sa montre. Elle l'approche à son oreille. Peut-être a-t-elle oublié de la remonter ce matin.
Non.
Elle n'a pas oublié de la remonter.
Les aiguilles de la montre obéissent au temps et bougent lentement. Pepita entend un léger tic-tac tandis qu'elle déambule sans perdre de vue la porte. Cela fait plus d'une heure et demie qu'elle marche. Cela fait plus d'une heure et demie que ses talons répètent le son de l'attente.
Depuis les tours de garde, les soldats l'observent, ils se sont déjà lassés de lui faire des compliments; ils ont déjà abandonné de la siffler, de la complimenter et de lui sourire. Pepita ne les regarde même pas. Elle ne fait que fixer avec le bleu de ses yeux la porte, et la montre autour de son poignet.
Huit heures dix.

***
Morgane nous propose sa traduction :

L’heure de la libération était prévue à sept heures du matin, mais le directeur de la prison prit du retard. Jaime compta une à une les minutes qu’il passa en prison, la valise prête en pensant à Pepita. Il était presque huit heures lorsqu’un fonctionnaire prononça son nom :
— Jaime Alcántara, sortez avec tout.
— Et Jaime marcha vers le bureau du directeur en accélérant le pas et ceux du fonctionnaire. Pepita l’attendait. Avec un mouchoir de poche à la main, se mouchant à chaque instant, le directeur de la Prison Centrale de Burgos signa le Certificat de Libération Conditionnelle au nom de Jaime Alcántara et les initiales V.B. au verso, apposé de cinq tampons et de tant d’autres signatures, où on détaillait les instructions que devait suivre le prisonnier libéré. Quelques minutes après huit du matin, Jaime reçut le document en pensant à Pepita, angoissé car il savait qu’on serait venu le chercher bien avant l’heure convenue. Il le garda dans sa poche. Une feuille de papier, une simple feuille de papier. Il serra la main que lui tendait le directeur. Il écouta les recommandations et ses bons vœux, inquiet. Pepita l’attendait. Oui, Pepita marche hors de la prison en regardant vers la porte. Des pas courts et lents qui raisonnent en parcourant une distance d’à peine trois mètres. Elle l’attend. Et elle regarde à chaque instant sa montre. Au bruit, elle l’entend s’approcher. Peut-être a-t-il oublié de remonter sa montre ce matin. Non. Il n’a pas oublié de la remonter.
Les aiguilles de la montre obéissent au temps, et avancent lentement. Pépita écoute un léger tic tac pendant qu’elle piétine/ fait les quatre cent pas sans perdre de vue la porte. Cela fait plus d’une heure et demie qu’elle fait les quatre-cent pas. Cela fait plus d’une heure et demie que ses talons répètent le son de l’attente. Depuis les guérites/tours de garde, les soldats l’observent, ils se sont lassés de lui lancer des compliments ; ils ont déjà abandonné les sifflements, les flatteries et les sourires. Pepita ne les regarde même pas. Elle mêle seulement le bleu de ses yeux à la porte, et à la montre de son poignet. Huit heure dix.

Références culturelles, 385 : Ramon Calduch

http://es.wikipedia.org/wiki/Ramon_Calduch

lundi 1 mars 2010

Deux ou trois petites choses à propos de Claire Malroux

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/05/claire_malroux.html

Rencontre du 24 mars avec Claire Malroux

La rencontre aura lieu de 15h00 à 17h00 en salle H 113.

Exercice de version, 101

El mar empezaba a verdecer entre los promontorios todavía en sombras, cuando la caracola del vigía anunció las cincuenta naves negras que nos enviaba el Rey Agamemnón. Al oír la señal, los que esperaban desde hacía tantos días sobre las boñigas de las eras, empezaron a bajar el trigo hacia la playa donde ya preparábamos los rodillos que servirían para subir las embarcaciones hasta las murallas de la fortaleza. Cuando las quillas tocaron la arena, hubo algunas riñas con los timoneles, pues tanto se había dicho a los micenianos que carecíamos de toda inteligencia para las faenas marítimas, que trataron de alejarnos con sus pértigas. Además, la playa se había llenado de niños que se metían entre las piernas de los soldados, entorpecían las maniobras, y se trepaban a las bordas para robar nueces de bajo los banquillos de los remeros. Las olas claras del alba se rompían entre gritos, insultos y agarradas a puñetazos, sin que los notables pudieran pronunciar sus palabras de bienvenida, en medio de la baraúnda. Como yo había esperado algo más solemne, más festivo, de nuestro encuentro con los que venían a buscarnos para la guerra, me retiré, algo decepcionado, hacia la higuera en cuya rama gruesa gustaba de montarme, apretando un poco las rodillas sobre la madera, porque tenía un no sé qué de flancos de mujer.

Alejo Carpentier, Semejante a la noche

***

Laëtitia Sw. nous propose sa traduction :

La mer commençait à verdir entre les promontoires toujours plongés dans l’ombre, lorsque la vigie annonça de sa conque l’arrivée des cinquante vaisseaux noirs que nous envoyait le Roi Agamemnon. En entendant le signal, ceux qui attendaient depuis tant de jours dans le purin des airées, entreprirent de descendre le blé vers la plage où nous préparions déjà les rouleaux qui serviraient à remonter les embarcations jusqu’aux murailles de la forteresse. Quand les quilles touchèrent le sable, il y eut de la bagarre avec les timoniers, car on avait tant répété aux Mycéniens que nous manquions totalement d’intelligence en matière de travaux maritimes qu’ils essayèrent de nous éloigner avec leurs perches. En outre, la plage s’était remplie d’enfants qui se mettaient en travers des jambes des soldats, gênaient les manœuvres, et grimpaient à bord pour voler des noix sous les bancs des rameurs. Les vagues claires de l’aube se brisaient dans les cris, les insultes et les coups de poing, sans que les notables pussent prononcer leurs paroles de bienvenue, au milieu de ce vacarme. Comme j’avais espéré quelque chose de plus solennel, de plus festif, de la rencontre avec ceux qui venaient nous chercher pour la guerre, je me retirai, un peu déçu, en direction du figuier, sur la grosse branche duquel j’aimais me hisser, en serrant un peu les genoux sur le bois, parce qu’il avait un je ne sais quoi qui me rappelait la croupe d’une femme.

***

Amélie nous propose sa traduction :

La mer commençait à verdir entre les promontoires encore dans l’ombre, lorsque la conque de la vigie annonça l’arrivée des cinquante vaisseaux noirs que nous envoyait le Roi Agamemnon. En entendant le signal, ceux qui attendaient depuis tant de jours dans le purin des aires se mirent à descendre le blé vers la plage, où nous préparions déjà les rouleaux qui serviraient à remonter les embarcations jusqu’aux murailles de la forteresse. Quand les quilles touchèrent le sable, il y eut des disputes avec les timoniers, car on avait tant répété aux Mycéniens que nous n’avions aucune jugeote en matière de travaux maritimes qu’ils essayèrent de nous éloigner avec leurs perches. En outre, la plage avait été envahie par des enfants qui se faufilaient entre les jambes des soldats, gênaient les manœuvres, et grimpaient à bord pour voler des noix sous les bancs des rameurs. Les vagues claires de l’aube se brisaient parmi les cris, les insultes et les bagarres réglées à coups de poing, sans que les notables pussent prononcer leur discours de bienvenue, au milieu de tout ce brouhaha. Comme j’avais espéré quelque chose de plus solennel et de plus festif de notre rencontre avec ceux qui venaient nous chercher pour partir à la guerre, je me retirai, un peu déçu, en direction du figuier, sur la grosse branche duquel j’aimais me hisser, en serrant un peu les genoux sur le bois, parce qu’il avait un je ne sais quoi qui me rappelait les hanches d’une femme.

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Marie G. nous propose sa traduction :

La mer commençait à devenir verte entre les promontoires encore sombres, quand la corne de la tour de guet annonça les cinquante navires noirs envoyés par le Roi Agamemnon. À l'écoute du signal, ceux qui attendaient depuis plusieurs jours sur les bouses des terrains, commencèrent à descendre le blé jusqu'à la plage où nous préparions déjà les rouleaux qui serviraient à monter les cargaisons jusqu'aux remparts de la forteresse. Quand les quilles touchèrent le sable, il y eut quelques bagarres entre les timoniers, car on avait tant répété aux mycéniens que nous manquions d'intelligence pour les travaux maritimes, qu'ils tentèrent de nous éloigner avec leurs perches. De plus, la plage s'était remplie d'enfants qui venaient se mettre dans les jambes des soldats, gênaient les manoeuvres, et grimpaient à bord pour voler des noix en dessous des bancs des rameurs. Les claires vagues de l'aube éclataient entre les cris, les insultes et étaient saisies à coups de poing, sans que les notables ne puissent prononcer leurs discours de bienvenue, au milieu de ce vacarme. Comme j'avais espéré quelque chose de plus solennel, de plus festif, de notre rencontre avec ceux qui venaient nous chercher pour partir en guerre, je me retirai, un peu déçu, vers le figuier dans lequel j'aimais monter sur une grosse branche, en gardant les genoux un peu serrés sur le bois, parce que j'avais, semble-t-il, des hanches de femme.

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Morgane nous propose sa traduction :

La mer commençait à verdir entre les promontoires toujours dans l’obscurité, lorsque la tour de guet en forme de spirale annonça les cinquante vaisseaux noirs que nous envoyait le Roi Agamemnon. À l’écoute du signal, ceux qui attendaient depuis tant de jours sur les bouses du fumier, commencèrent à descendre le blé vers la plage où nous préparions déjà les rouleaux qui serviraient à remorquer les embarcations jusqu’aux murailles de la forteresse. Lorsque les quilles touchèrent terre, il y eu quelques rixes avec les timoniers, on avait tant dit aux Micéniens qu’ils étaient dépourvus de toute forme d’intelligence pour les travaux maritimes, qu’ils tentèrent de nous éloigner à l’aide de leurs perches. De plus, la plage s’était rempli d’enfants qui se mettaient dans les jambes des soldats, entravaient les manœuvres, et grimpaient à bord afin de dérober quelques noix sous les petits bancs des rameurs. Les vagues cristallines de l’aube se brisaient à grand renfort de cris, d’insultes, et de coups de poing, sans que les notables puissent prononcer leurs discours de bienvenu, au beau milieu du tohu-bohu. Comme j’avais espéré quelque chose de plus de plus solennel, de plus festif, de notre rencontre avec ceux qui venaient nous chercher en vue de guerroyer, je me retirai, un brin désillusionné, vers le figuier dont j’aimai à escalader la volumineuse branche, resserrant quelque peu les genoux sur le bois, car il possédait un je-ne-sais-quoi de flancs de femme.

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Alexandra nous propose sa traduction :

La mer commençait à devenir verte parmi les promontoires encore dans l'obscurité, lorsque le vigile, depuis le haut du mât, anonça les cinquante navires noirs que nous avait envoyé le roi Agamemnon. Au même moment où nous entendions le signal, ceux qui attendaient depuis plusieurs jours sur les bouses des aires, commencèrent à décharger le blé vers la plage où nous avions déjà préparé les rouleaux qui serviraient à faire grimper les embarcations jusqu'au murailles de la forteresse. Lorsque les quilles touchèrent le sable, il y eut des disputes avec les timoniers, puisque l'on avait répété aux Mycéens que nous manquions de savoir-faire en ce qui concerne les tâches maritimes, si bien qu'ils essayèrent de nous éloigner avec leurs perches. Par ailleurs, la plage s'était remplie d'enfants qui se glissaient entre les jambes des soldats, gênaient les manoeuvres, et se glissaient à bord pour voler des noix de dessous les bancs des rameurs. Les vagues limpides de l'aube se brisaient sur la plage parmi les cris, insultes et disputes avec des coups de poings
sans que les notables ne puissent prononcer leurs discours de bienvenu, au milieu de ce vacarme. Moi qui avais espéré quelque chose de plus solennel, plus festif, de notre rencontre avec ceux qui venaient nous chercher pour faire la guerre, je me retirai, quelque peu déçu, vers le figuier où j'aimais grimper sur une branche épaisse, serrant un peu les genoux contre le bois, parce que j'avais quelque chose comme des cuisses de femme.

Références culturelles, 384 : Juan Bau

http://es.wikipedia.org/wiki/Juan_Bau