mercredi 28 janvier 2009

Un déjeuner au Café bleu…










































Aujourd'hui, nous avions prévu un déjeuner. Le rendez-vous était donné à 12h00, au Café Bleu de Talence. Oui, goûter en même temps que nous travaillons ne nous suffisait plus ; à présent il nous fallait un repas complet, avec entrée, plat, dessert (sur ce chapitre, il y a eu des choses très impressionnantes… en particulier une crêpe antillaise) et quelques suppléments ;)))))
Étaient présentes : odile, Jacqueline, Laure L., Nathalie, Blandine, Laëtitia, Dominique Breton (qui a fait connaissance avec notre petit groupe il y a quelques jours et est déjà des nôtres) et moi, Caroline.
Il a été question, entre autres, de séries télé, du Roi Lion, des cœurs tendres qui pleurent devant Pocahontas, de chats, de chiens, de lire trop Libé, des botanistes, des andouilles, du it-bag, de la it-girl, de linguistique, de traductologie… et de traduction, traduction, traduction.
Je m'en tiens là… car nous attendons le compte rendu de Laëtitia.

***

Le compte rendu de Laëtitia
Tempestad en los Landes

Un mercredi habituel, je vais me perdre au milieu des Landes, à Cudos City pour retrouver mes élèves. Le site immense et boisé a tous les airs des maisons de redressement de début 20ème. Air pur et espace : l’idéal pour gambader et se défouler. Mais ce mercredi n’est pas un mercredi habituel. La tempête ayant fait de gros dégâts à Cudos City, le collège est fermé. Je me réjouie donc à l’idée de pouvoir assister au repas du master pro que je déplorais de manquer.

Le rendez-vous est pris au Café bleu, petite crêperie sympa choisie par Jacqueline. Une déco homogène certes et très bleue, comme promis, mais sacrément chargée. Des filets de pêche, des bateaux, de vrais poissons dans de vrais aquariums, des insectes grandeur XXL, ainsi que, en spectatrice, Marylin. Je n’ai pas très bien compris comment cette pauvre Marylin était venue se perdre sur Belle-Ile (c’est là où je me crois), mais admettons. En tout cas, au café bleu, on y mange bien et pas cher mais gare aux suppléments ! [Ceci n’est pas une critique du guide Michelin.]

En special guest : Dominique Breton partie en campagne pour le master recherche de traductologie. Avec un plaidoyer bien menée, les dubitatifs sont convaincus, les réfractaires méditent la question. Dans un autre style, sont également de la partie, Freddy Krueger, Dragon Ball Z et Dexter, que du beau monde en somme.

Finalement, au café bleu, on est un peu comme à la maison, dans notre salle H118, sauf qu’ici, si on veut un coca à la place du cidre, on doit payer un supplément. Et la photo de groupe, c’est en supplément aussi ? Eh bien ça dépend du résultat, là c’est gratos. Les absents ont donc eu tort (ou pas le choix). N’ayez crainte on remettra ça. Et ne croyez pas que le champ des invités se limite strictement aux occupants de la chambre H118 ; nous, on aime bien les special guests.




Relooking extrême, test 1

À la demande de Jacqueline et Nathalie, je fais un test pour vous proposer les nouvelles couleurs de notre blog (qui va d'ailleurs bientôt fêter ses six mois). À vous de me dire, via les commentaires, ce que vous en pensez.
On adopte ou on n'adopte pas ?
Pour l'instant, moi, je me sens un peu en terre étrangère… Pour une traductrice, ça n'est pas plus mal, finalement.

Cours de références culturelles d'Amérique latine de Cecilia Scavino, séance 1

En photo : Museu da Cultura latinoamericana par Luciano Garcia

Compte rendu : Laure G.

Adapter ou ne pas adapter ?

Le support du cours est le texte Nochebuena, tiré de Ecue Yamba-O, roman de jeunesse du cubain Alejo Carpentier, dans lequel il expérimente deux facettes de son écriture : l’innovation formelle et avant-gardiste ainsi que le réalisme local, le « costumbrismo cubano ». La traduction publiée que nous avons confrontée à nos traductions d’apprentis est celle de René Durant, Ekoué Yamba O.
L’enjeu du cours est double : d’une part, définir ce qu’on entend par « référence culturelle » dans un texte source donné qu’on aurait à traduire ; d’autre part, savoir comment rendre compte de cette référence culturelle dans notre traduction.
Une référence culturelle peut être de diverses natures : un substantif qui fait référence à une particularité de la culture d’origine (« el chino de la charada », « la marimbula », « el jipi », « jugar a la lunita »), un nom propre (« Maceo »), une dimension implicite (la religiosité cubaine présente un peu partout dans le texte, mélange de catholicisme, de spiritualisme hérité des religions des descendants d’esclaves africains, des sociétés secrètes d’entre-aide).
Plusieurs cas de figure de traduction se présentent :
-soit on traduit en français sans note lorsque la référence est évidente pour le lecteur français :
ex : el Crucificado : Le Crucifié (on comprend qu’il s’agit de Jésus Christ)
-soit on opte pour laisser le terme en espagnol, en italique ou non, mais chaque terme sera éclairé dans un glossaire final ; la démarche même de Carpentier nous y invite puisque déjà dans l’original, Carpentier avait élaboré un glossaire pour expliquer certains aspects ou termes, que nous pouvons donc également étoffer, en prenant soin de signaler les extraits du glossaire d’origine de Carpentier. La lecture n’est pas entravée mais si le lecteur veut mieux comprendre, il pourra trouver les éclairages nécessaires à la fin du livre :
ex : la gente del solar : les gens du solar* (cf glossaire : le solar est le type d’habitation populaire commune à plusieurs familles, héritée des grandes maisons bourgeoises abandonnées et investies par les petites gens, avec souvent une cour intérieure) ; l’Enellegüelle : l’Enellegüelle* (cf glossaire : nom d’une société secrète d’entre-aide où l’on pratique la sorcellerie, type de « religion » pratiquée à Cuba)
-soit on traduit mais on renvoie aussi au glossaire pour éclairer la référence : el chino de la charada : le chinois de la charade* (glossaire : à Cuba, l’immigration chinoise était très présente. Une sorte de jeu de loterie consistant à déchiffrer des textes était souvent tenu par les chinois)
-soit on adapte (l’adaptation est une vraie question de traduction, qu’il faut savoir utiliser à bon escient et de façon heureuse, tâche assez rude), c’est-à-dire qu’on choisit d’avoir recours à un tout autre mot, qui nous fait perdre de vue la culture d’origine mais qui est censé faciliter la compréhension du lecteur (l’enjeu de l’adaptation renvoie donc à la question fondamentale de la traduction faite en pensant au lecteur ou à l’auteur et la culture d’origine). Dans le texte traduit par René Durant, les deux cas de figure se présentent : « Maceo » a été traduit par Lincoln (!!! Cela vous semble-t-il heureux... ? Nous n’étions pas forcément d’accord avec ce choix de traduction en cours ! Lincoln nous donne effectivement l’image du libertaire, mais Maceo aurait permis au lecteur de connaître un personnage fort de l’indépendance cubaine...pourquoi ne pas laisser Maceo et, à la limite, mettre une note en bas de page ou éclairer ce terme dans le glossaire... ?) ; « jugar a la lunita » a été traduit par « faire la ronde » (plus heureux ! car l’idée de la lune n’apporte rien au sens espagnol ni français, et comme le jeu consiste à faire une espèce de ronde, la traduction française « faire la ronde » s’impose).
Conclusion : adapter ou ne pas adapter ? Comme toujours en traduction, il faut choisir après mûre réflexion. De fait, dans une même page de traduction, nous avons eu recours à toutes ces solutions, donc priorité à l’adaptation à bon escient, et non à un souci trop réducteur d’homogénéisation.

Références culturelles, 20 : Sant Jordi

En photo : 23 de abril: Sant Jordi..., una rosa para ella, un libro para él...| A book for him..., a rose for her. par ::Miguel Vila::

Un peu de Catalogne…
D'accord, je vous envoie sur le site du Guide du routard, mais l'article est assez bien fait :


http://www.routard.com/mag_evenement/284/sant_jordi_en_catalogne_la_fete_des_amoureux_du_livre.htm

Version d'entraînement, 3 (Adolfo Bioy Casares)

En photo : Bioy Casares par Fotos a Pila

Hoy, en esta isla, ha ocurrido un milagro. El verano se adelantó. Puse la cama cerca de la pileta de natación y estuve bañándome, hasta muy tarde. Era imposible dormir. Dos o tres minutos afuera bastaban para convertir en sudor el agua que debía protegerme de la espantosa calma. A la madrugada me despertó un fonógrafo. No pude volver al museo, a buscar las cosas. Huí por las barrancas. Estoy en los bajos del sur, entre plantas acuáticas, indignado por los mosquitos, con el mar o sucios arroyos hasta la cintura, viendo que anticipé absurdamente mi huida. Creo que esa gente no vino a buscarme; tal vez no me hayan visto. Pero sigo mi destino; estoy desprovisto de todo, confinado al lugar más escaso, menos habitable de la isla; a pantanos que el mar suprime una vez por semana.
Escribo esto para dejar testimonio del adverso milagro. Si en pocos días no muero ahogado, o luchando por mi libertad, espero escribir la Defensa ante sobrevivientes y un Elogio de Malthus. Atacaré, en esas páginas, a los agotadores de las selvas y de los desiertos; demostraré que el mundo, con el perfeccionamiento de las policías, de los documentos, del periodismo, de la radiotelefonía, de las aduanas, hace irreparable cualquier error de la justicia, es un infierno unánime para los perseguidos. Hasta ahora no he podido escribir sino esta hoja que ayer no preveía. ¡Cómo hay de ocupaciones en la isla solitaria! ¡Qué insuperable es la dureza de la madera! ¡Cuánto más grande es el espacio que el pájaro movedizo!
Un italiano, que vendía alfombras en Calcuta, me dio la idea de venirme; dijo (en su lengua):
-Para un perseguido, para usted, sólo hay un lugar en el mundo, pero en ese lugar no se vive. Es una isla. Gente blanca estuvo construyendo, en 1924 más o menos, un museo, una capilla, una pileta de natación. Las obras están concluidas y abandonadas.
Lo interrumpí; quería su ayuda para el viaje. El mercader siguió:
-Ni los piratas chinos, ni el barco pintado de blanco del Instituto Rockefeller la tocan. Es el foco de una enfermedad, aún misteriosa, que mata de afuera para adentro. Caen las uñas, el pelo, se mueren la piel y las córneas de los ojos, y el cuerpo vive ocho, quince días. Los tripulantes de un vapor que había fondeado en la isla estaban despellejados, calvos, sin uñas -todos muertos-, cuando los encontró el crucero japonés Namura. El vapor fue hundido a cañonazos.
Pero tan horrible era mi vida que resolví partir... El italiano quiso disuadirme; logré que me ayudara.
Anoche, por centésima vez, me dormí en esta isla vacía... Viendo los edificios pensaba lo que habría costado traer esas piedras, lo fácil que hubiera sido levantar un horno de ladrillos. Me dormí tarde y la música y los gritos me despertaron a la madrugada. La vida de fugitivo me aligeró el sueño: estoy seguro de que no ha llegado ningún barco, ningún aeroplano, ningún dirigible. Sin embargo, de un momento a otro, en esta pesada noche de verano, los pajonales de la colina se han cubierto de gente que baila, que pasea y que se baña en la pileta, como veraneantes instalados desde hace tiempo en Los Teques o en Marienbad.

Aldolfo Bioy Casares, La invención de Morel

***

La traduction « officielle », L’invention de Morel, réalisée par Armand Pierhal, pour les éditions Robert Laffont, 10/18, 1973, p. 11-13 :

Aujourd’hui, dans cette île, s’est produit un miracle. L’été a été précoce. J’ai disposé mon lit près de la piscine et je me suis baigné jusque très tard. Impossible de dormir. Deux à trois minutes à l’air suffisaient à convertir en sueur l’eau qui devait me protéger de l’effroyable touffeur. A l’aube, un phonographe m’a réveillé. Je n’ai pas eu le temps de retourner chercher mes affaires au musée. J’ai fui par les ravins. Je suis dans les basses terres du sud, parmi les plantes aquatiques, exaspéré par les moustiques, avec la mer ou des ruisseaux boueux jusqu’à la ceinture, me rendant compte que j’ai précipité absurdement ma fuite. Je crois que ces gens ne sont pas venus me chercher ; il se peut, même, qu’ils ne m’aient pas vu. Mais je subis mon destin : démuni de tout, je me trouve confiné dans l’endroit le plus étroit, le moins habitable de l’île, dans des marécages que la mer recouvre une fois par semaine.
J’écris ces lignes pour laisser un témoignage de l’hostile miracle. Si d’ici quelques jours je ne meurs pas noyé, ou luttant pour ma liberté, j’espère écrire la Défense devant les Survivants et un Eloge de Malthus. J’attaquerai, dans ces pages, les ennemis des forêts et des déserts ; je démontrerai que le monde, avec le perfectionnement de l’appareil policier, des fiches, du journalisme, de la radiotéléphonie, des douanes, rend irréparable toute erreur de la justice, qu’il est un enfer sans issue pour les persécutés. Jusqu’à présent je n’ai rien pu écrire, sinon cette feuille, qu’hier encore je ne prévoyais pas. Que d’occupation dans une île déserte ! Que la dureté du bois est implacable ! Combien plus vaste l’espace que le vol de l’oiseau !
Un Italien, qui vendait des tapis à Calcutta, m’a donné l’idée de venir ici ; il m’a dit (dans sa langue) :
- Pour un persécuté, pour vous, il n’y a qu’un endroit au monde, mais on n’y vit pas. C’est une île. Des Blancs y ont construit, vers 1924, un musée, une chapelle, une piscine. Les bâtiments sont terminés, abandonnés.
Je l’interrompis, sollicitant son aide pour le voyage ; le marchand reprit :
- Ni les pirates chinois ni le navire peint en blanc de l’Institut Rockfeller ne la touchent. Elle est le foyer d’une maladie, encore mystérieuse, qui tue la surface vers le dedans. Les ongles, les cheveux tombent, la peau et la cornée meurent, puis le corps, au bout de huit à quinze jours. Les membres de l’équipage d’un vapeur qui avait mouillé devant l’île étaient écorchés, chauves, sans ongles – tous morts – quand le croiseur japonais Namura les trouva. Le vapeur fut coulé à coups de canon.
Pourtant, si horrible était ma vie que je résolus de partir… L’Italien voulut me dissuader ; j’obtins qu’il m’aide.
La nuit dernière, pour la centième fois, je me suis endormi dans cette île déserte… Considérant les bâtiments, je songeais à ce qu’il en avait coûté d’amener cette pierre de taille, combien il eût été plus facile de construire un four à briques. Je ne trouvai le sommeil que fort tard et la musique et les cris m’ont réveillé à l’aube. La vie de fugitif m’a rendu le sommeil léger : je suis sûr de n’avoir entendu arriver aucun bateau, aucun avion, aucun dirigeable. Et pourtant, en un instant, dans cette lourde nuit d’été, les flancs broussailleux de la colline se sont couverts de gens qui dansent, se promènent et se baignent dans la piscine, comme des estivants installés depuis longtemps à Los Teques ou à Marienbad.

***

Odile nous propose sa traduction :

Aujourd'hui, dans cette île, un miracle s'est produit. L' été a été précoce. J'ai disposé le lit près de la piscine et je me suis baigné, jusque très tard. Impossible de trouver le sommeil. Deux ou trois minutes à l'air suffisaient pour transformer en sueur l'eau qui devait me protéger de l'effroyable moiteur. À l'aube, un phonographe m'a réveillé. Je n'ai pas eu le temps de retourner au musée pour prendre mes affaires. J'ai fui par les ravins. Je suis dans les basses terres du sud, parmi les plantes aquatiques, harcelé par les moustiques, enfoncé jusqu'à la taille dans la mer ou des ruisseaux sales
Je crois que ces gens ne sont pas venus à ma recherche ; peut-être même ne m'ont-ils pas vu. Mais je suis mon destin ; je me trouve dépourvu de tout, confiné dans l'endroit le plus étroit, le moins habitable de l'île, dans des retenues d'eau que la mer submerge une fois par semaine. J'écris pour laisser un témoignage du miracle ennemi. Si d'ici quelques jours je ne meurs pas noyé, ou luttant pour garder ma liberté, j'espère écrire la Défense devant les survivants et un Éloge de Malthus. J'attaquerai, dans ces pages, les pilleurs des forêt et de déserts; je démontrerai que le monde, avec le perfectionnement de la machine policière, des fiches, du journalisme, de la radiotéléphonie, des douanes, rend irréparable toute erreur judiciaire, et qu'il est un véritable enfer pour les persécutés. Jusqu'à maintenant, je n'ai pu écrire que cette page qu' hier encore je ne prévoyais pas. Que d'occupations sur l'ile déserte! Que la durété du bois est impitoyable! Que l'espace est plus ample que le vol de l'oiseau!
Un Italien, qui vendait des tapis à Calcutta, m'avait donné donné l'idée de venir ici ; il m'avait dit (dans sa langue) :
- Pour un persécuté, pour vous, il n'y a qu'un seul endroit au monde, mais on n'y vit pas. C'est une île. Des blancs y ont construit, vers1924, un musée, une chapelle et une piscine. Les bâtiments sont terminés et abandonnés.
Je l'avais interrompu ; je voulais son aide pour le voyage. Le marchand avait poursuivi :
- Ni les pirates chinois, ni le bateau peint en blanc de L'Institut Rockfeller n'y accostent. Elle est le foyer d'une maladie, encore mystérieuse, qui tue de l'extérieur vers l'intérieur. Les ongles, les cheveux tombent, la peau et la cornée des yeux meurent, puis le corps au bout de huit à quinze jours. Les membres de l'équipage d'un grand vapeur qui avait mouillé devant l'île étaient écorchés, chauves, sans ongles – tous morts – quand le croiseur japonais Namura les trouva. Le vapeur fut coulé à coups de canon.
Mais ma vie était si horrible que j' étais résolu à partir....L'Italien avait voulu m'en dissuader ; j'avais réussi à obtenir son aide.
Hier soir, pour la centième fois, j'ai dormi dans cette île déserte...En considérant les bâtiments, je pensais à ce qu'il en avait coûté d'amener ces pierres ici et combien il eût été plus facile de construire un four à briques. Je ne m'endormis que très tard et la musique et les cris m'ont réveillé à l'aube. La vie de fugitif m'a rendu le sommeil léger ; je suis sûr de n'avoir entendu arriver aucun bateau, aucun avion, aucun dirigeable. Pourtant, en un instant, dans cette lourde nuit d'été, les flancs herbeux de la colline se sont couverts de gens qui dansent, se promènent et se baignent dans la piscine, pareils à des estivants installés depuis longtemps à Los Teques ou à Marienbad.

***

Aurélie – étudiante du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction :

Aujourd’hui, sur cette île, un miracle a eu lieu. L’été est arrivé en avance. J’ai disposé le lit à côté du bassin de natation et j’ai été me baigner jusque tard dans la nuit. Il m’était impossible de dormir. Deux ou trois minutes dehors suffisaient à transformer en sueur l’eau qui était censée me protéger du calme effrayant. Au petit matin, j’ai été réveillé par un phonographe. Je n’ai pas pu retourner au musée, pour aller chercher mes affaires. J’ai fui vers les ravins. Je suis à présent dans les terres basses du Sud, entre les plantes aquatiques, indigné par les moustiques, dans la mer ou les ruisseaux sales jusqu’à la ceinture, me rendant compte que j’ai anticipé absurdement ma fuite. Je ne crois pas que ces gens soient venus me chercher ; peut-être ne m’ont-ils pas vu. Mais je suis mon destin ; je suis dépourvu de tout, confiné dans lieu le plus minable, le moins habitable de l’île ; dans des retenues d’eau que la mer supprime une fois par semaine.
J’écris cela pour laisser un témoignage du miracle défavorable. Si dans peu de jours je ne meurs pas noyé, ou en luttant pour ma liberté, j’espère écrire la Défense face aux survivants et un Éloge de Malthus. J’attaquerai, dans ces pages-là, ceux qui épuisent les jungles et les déserts ; je démontrerai que, avec le perfectionnement des policiers, des documents, du journalisme, de la radiotéléphonie, des douanes, le monde rend irréparable toute erreur de la justice, c’est un enfer unanime pour les poursuivis. Jusqu’à présent, je n’ai pu écrire que cette page qu’hier je ne prévoyais pas. Qu’est-ce qu’il y en a, des occupations, sur l’île solitaire ! Qu’est-ce qu’elle est insurmontable la dureté du bois ! Plus l’espace est grand, plus l’oiseau virevolte !
C’est un Italien qui vendait des tapis à Calcutta qui m’a donné l’idée de venir ici ; il m’a dit (dans sa langue) :
- Pour un poursuivi, pour vous, il n’y a qu’un endroit au monde, mais on ne vit pas dans cet endroit-là. C’est une île. Des blancs y ont construit, vers 1924, un musée, une chapelle, un bassin de natation. Les bâtiments sont terminés et abandonnés.
Je l’ai interrompu ; j’avais besoin de son aide pour mon voyage. Le marchand a continué :
- Ni les pirates chinois, ni le bateau peint en blanc de l’Institut Rockefeller ne la touche. C’est le foyer d’une maladie, jusque-là mystérieuse, qui tue de l’extérieur jusqu’à l’intérieur. Les ongles tombent, puis les cheveux, la peau meurt puis la cornée les yeux, et le corps vit huit, quinze jours. L’équipage d’un bateau à vapeur qui avait mouillé dans l’île était sans peau, chauve, sans ongles –tous morts-, lorsque le croiseur japonais Namura les a retrouvés. On a coulé le bateau à vapeur à coups de canons.
Mais ma vie était si horrible que j’étais résolu à partir… L’Italien a voulu m’en dissuader ; j’ai réussi à obtenir son aide.
Hier soir, pour la centième fois, j’ai dormi sur cette île vide… En contemplant les édifices, je pensais à combien cela avait dû coûter de faire venir ces pierres, comme cela devrait être facile de construire un four en briques. Je me suis endormi tard et la musique et les cris m’ont réveillé à l’aube. La vie de fugitif a rendu mon sommeil plus léger : je suis certain qu’aucun bateau n’est arrivé, ni aucun avion, ni aucun dirigeable. Cependant, en un instant, pendant cette pesante nuit d’été, les terres de chaumes des collines se sont couvertes de gens qui dansent, qui se promènent et qui se baignent dans le bassin, pareils à des estivants installés depuis longtemps à Los Teques ou à Marienbad.

***

Vanessa – étudiante du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction :

Aujourd’hui, sur cette île, un miracle s’est produit. L’été arriva en avance. Je mis le lit près de la piscine et je me suis baigné, jusqu’à très tard. Il était impossible de dormir. Deux ou trois minutes dehors suffisaient à transformer en sueur l’eau qui devait me protéger du calme effrayant. Au petit matin, un phonographe me réveilla. Je ne pus retourner au musée, chercher mes affaires. Je fui par les fossés. Je suis dans les basses terres du sud, entre des plantes aquatiques, indigné par les moustiques, avec l’eau de la mer ou de sales ruisseaux jusqu’à la taille, voyant que j’avais absurdement anticipé ma fuite. Je pense que ces gens ne vinrent pas me chercher ; peut-être ne m’ont-ils pas vu. Mais, je suis mon destin ; je suis dépourvu de tout, confiné dans l’endroit le plus démuni, le moins habitable de l’île ; dans des bassins d’eau que la mer élimine une fois par semaine.
J’écris ceci pour laisser un témoignage de l’adverse miracle. Si dans quelques jours je ne meurs pas noyé, ou luttant pour ma liberté, j’espère écrire la Défense face aux survivants et un Eloge de Malthus. J’attaquerai dans ces pages-là, ceux qui détruisent les forêts et les déserts, je démontrerai que le monde, avec le perfectionnement des polices, des documents, du journalisme, de la radiotéléphonie, des douanes fait que toutes les erreurs de la justice sont irréparables, c’est un enfer pour les poursuivis. Jusqu’à maintenant, je n’ai pu écrire que cette page-ci, qu’hier encore, je ne prévoyais pas.
Qu’est-ce qu’il y en a des occupations sur l’île solitaire ! Que la dureté du bois est insurmontable ! Plus l’espace est grand, plus l’oiseau virevolte !
Un Italien qui vendait des tapis à Calcutta, me donna l’idée de venir ici ; il dit (dans sa langue) :
- Pour un condamné, pour vous, il n’y a un qu’un seul endroit dans le monde, mais dans cet endroit, on n’y vit pas. C’est une île. Des personnes blanches y construisirent, en 1924 plus ou moins, un musée, une chapelle, une piscine. Les travaux sont finis et abandonnés.
Je l’interrompis, je voulais son aide pour le voyage. Le marchand continua :
- Ni les pirates chinois, ni le bateau peint en blanc de l’Institut Rockfeller n’y touche. C’est le foyer d’une maladie encore mystérieuse, qui tue de l’extérieur l’intérieur. Les ongles tombent, ensuite les cheveux, meurent la peau et les cornées des yeux, et le corps vit huit, quinze jours. L’équipage d’un bateau à vapeur qui avait amarré sur l’île n’avait plus de peau, était chauve, sans ongles- tous morts- quand le bateau de croisière japonais Namura les trouva. Le bateau à vapeur fut coulé à coups de canon.
Mais si horrible était ma vie que je décidai de partir… L’Italien voulu m’en dissuader, je parvins à ce qu’il m’aide.
Cette nuit, pour la centième fois, je m’endormis sur cette île vide… En voyant les bâtiments, je pensais à ce qu’avait dû coûter d’importer ces pierres, comme cela devait être facile de construire un four en briques. Je m’endormis tard et la musique et les cris me réveillèrent au petit matin. La vie de fugitif avait adouci mon sommeil : je suis sûr qu’aucun bateau n’est arrivé, aucun planeur, aucune montgolfière. Cependant, en un éclair, dans cette épaisse nuit d’été, les flancs de la colline se sont couverts de personnes qui dansent, qui se promènent et se baignent dans la piscine, tels des estivants installés depuis longtemps à Los Teques ou à Marienbad.

mardi 27 janvier 2009

Références culturelles, 19 : Las Fallas de Valencia ou Fallas de San José

En photo : Fallas de Valencia par raulcigil

Par Brigitte

Les « Fallas » se déroulent tous les ans à Valence et dans sa région, du 15 au 19 Mars. En réalité c’est tout au long de l’année que les Valenciens vivent au rythme de ces fêtes populaires.
Fêtes valenciennes par excellence, leur origine est un mélange de tradition religieuse et populaire.
Le mot « Falla » viendrait des feux qu’on allumait jusqu’au XVIIIe siècle sur les tours dominant la ville et qui servaient de repères aux bateaux arrivant au port. Mais les historiens retiennent plutôt une autre origine : celle des charpentiers qui s’éclairaient grâce à des « parots », constructions de bois qu’ils prirent l’habitude d’habiller de vieux chiffons tels des épouvantails et qu’ils brûlaient à la fin de l’hiver, faisant coïncider cette tradition avec le 19 mars, jour de la Saint Joseph – San José –, patron de la corporation des charpentiers.
Petit à petit, la tradition se généralisa à toute la population qui prit l’habitude de vider les greniers, en confectionnant des personnages humoristiques faits de vieux objets et chiffons inutiles et de les brûler en organisant fêtes, danses, repas autour de ces feux.
Sous le terme de « Falla » ou « Casa Fallera », on désigne également, les Associations de quartiers qui travaillent toute l’année à l’organisation de ces fêtes. Chaque Falla a son nom, son président, ses « Falleros » et « Falleras » qui défileront en costume traditionnel tout au long des fêtes et notamment lors de l’impressionnante cérémonie de l’Offrande des Fleurs à la Virgen del Carmen -patronne de la ville- au cours de laquelle des milliers de bouquets d’œillets sont déposés pour former une composition florale géante.
La « falla » c’est aussi et surtout cette sorte de monument unique, œuvre d’art originale et éphémère d’un « artista fallero » qui y travaillera toute l’année dans son atelier : un support fixe de plusieurs mètres carrés, avec un thème dominant - souvent lié à l’actualité politique ou à la vie quotidienne - sur lequel est construit un décor et des personnages souvent caricaturaux – les Ninots – le tout fait de bois, de carton et de matériaux inflammables, peints de couleurs généralement vives. L’ensemble de la Falla atteint plusieurs mètres de hauteur. Chaque Falla est installée dans son quartier : c’est « la Plantá », installation que la population attend, impatiente de découvrir les nouvelles œuvres des artistes, tenues en principe secrètes jusqu’à ce jour - et autour d’elles vont s’organiser parfois danses, chants, repas, paëllas géantes…
Ces Fallas petites ou Grandes font l’objet d’un concours et sont primées. Chaque année, un Ninot est grâcié par un vote populaire : c’est le « Ninot Indultat » qui aura le privilège de finir ses jours au Musée Fallero de la ville et d’échapper ainsi au destin de toutes les Fallas et Ninots : « La Cremá ».
Car en effet, nulle Falla, nul Ninot ne sera épargné le 19 Mars : c’est « la Nit de Foc », La Nuit de Feu. Aux alentours de minuit, toutes les Fallas qui ont été exposées dans la ville (parfois plus de 700) pendant environ un mois, seront mises à feu, gigantesques brasiers au milieu de la nuit.
Une reine des Fallas est élue chaque année « Fallera Mayor ». En Février, elle reçoit symboliquement les clefs de la ville lors d’une cérémonie et acclame « son peuple », du haut des Torres des Serranos, une des anciennes tours et porte d’accès de la ville, cérémonie clôturée par l’incontournable hymne régional chanté à l’unisson par des milliers de Valenciens présents : « Per a ofrenar noves gloriès a Espanya, tots a una veu germans vingau… »
Les Fallas de l’année se termineront dans un mélange de joie et de nostalgie, au milieu des nombreux tirs de pétards (Mascletás) et de feux d’artifices. L’odeur de cendres imprégnera la ville pendant plusieurs jours.
Mais dès le lendemain, les Valenciens penseront déjà aux Fallas de l’année prochaine. Après le feu et les cendres, tel le Phénix, la renaissance… et le cycle se poursuivra…

Las fallas de valencia en images :

http://www.youtube.com/watch?v=DXoE9-ZGt3Q

Version d'entraînement, 2 (Alejo Carpentier)

En photo : Alejo Carpentier par lhxx

Había reventado, pues, la nube en lluvia, cuando andaba yo detrás de la gran sala de conciertos, en aquella acera larga que no ofrecía el menor resguardo al transeúnte. Recordé que cierta escalera de hierro conducía a la entrada de los músicos, y como algunos de los que ahora pasaban me eran conocidos, no me fue difícil llegar al escenario, donde los miembros de una coral famosa se estaban agrupando por voces para pasar a las gradas. Un timbalero interrogaba con las falanges sus parches subidos de tono por el calor. Sosteniendo el violín con la barbilla, el concertino hacía sonar el la de un piano, mientras las trompas, los fagotes, los clarinetes, seguían envueltos en el confuso hervor de escalas, trinos y afinaciones, anteriores a la ordenación de las notas.
Siempre que yo veía colocarse los instrumentos de una orquesta sinfónica tras de sus atriles, sentía una aguda expectación del instante en que el tiempo dejara de acarrear sonidos incoherentes para verse encuadrado, organizado, sometido a una previa voluntad humana, que hablaba por los gestos del Medidor de su Transcurso. Este último obedecía, a menudo, a disposiciones tomadas un siglo, dos siglos antes.
Pero bajo las carátulas de las particellas se estampaban en signos los mandatos de hombres que aun muertos, yacentes bajo mausoleos pomposos o de huesos perdidos en el sórdido desorden de la fosa común, conservaban derechos de propiedad sobre el tiempo, imponiendo lapsos de atención o de fervor a los hombres del futuro. Ocurría a veces —pensaba yo— que esos póstumos poderes sufrieran alguna merma o, por el contrario, se acrecieran en virtud de la mayor demanda de una generación. Así, quien hiciera un balance de ejecuciones, podría llegar a la evidencia de que, este u otro año, el máximo usufructuario del tiempo hubiese sido Bach o Wagner, junto al magro haber de Telemann o Cherubini.
Hacía tres años, por lo menos, que yo no asistía a un concierto sinfónico; cuando salía de los estudios estaba tan saturado de mala música o de buena música usada con fines detestables, que me resultaba absurda la idea de sumirme en un tiempo hecho casi objeto por el sometimiento a encuadres de fuga, o de forma sonata. Por lo mismo, hallaba el placer de lo inhabitual al verme traído, casi por sorpresa, al rincón oscuro de las cajas de los contrabajos, desde donde podía observar lo que en el escenario ocurría en esta tarde de lluvia cuyos truenos, aplacados, parecían rodar sobre los charcos de la calle cercana. Y tras del silencio roto por un gesto, fue una leve quinta de trompas, aleteada en tresillos por los segundos violines y violoncellos, sobre la cual pintáronse dos notas en descenso, como caídas de los arcos primeros y de las violas, con un desgano que pronto se hizo angustia, apremio de huida, ante la tremenda acometida de una fuerza de súbito desatada...

***

Odile nous propose sa traduction :

Le nuage avait donc éclaté en pluie pendant que j'étais à la recherche de la grande salle de concerts, sur cette large avenue qui n'offrait pas le moindre abri au passant. Je me souvins qu'un escalier métallique conduisait à l'entrée des musiciens et, comme je connaissais certains de ceux qui passaient alors, il me fut facile d'arriver à la scène sur laquelle les membres d'une célèbre chorale se regroupaient par timbre de voix avant de se placer sur les gradins. Un timbalier interrogeait de ses doigts ses tambours montés d'un ton par la chaleur. Le premier violon, tenant son instrument par le menton, faisait résonner le la d' un piano, tandis que les cors, les bassons, les clarinettes se mêlaient dans la confuse ébullition de gammes, de trilles et d' instruments accordés qui précédent l'agencement des notes.
Chaque fois que je voyais se mettre en place derrière leur pupitre les instruments d'un orchestre symphonique, je ressentais vivement l'attente de l'instant où le temps ne produirait plus de sons incohérents pour se voir enfin encadré, organisé, soumis à une préalable volonté humaine qui s 'exprimait à travers les gestes du Mesureur du Cours du Temps. Ce dernier obéissait souvent à des dispositions prises un ou deux siècles auparavant.
Mais sous les couvertures des partitions étaient imprimées, sous forme de signes, les directives d'hommes, qui même morts, gisant sous de pompeux mausolées ou dont les os s'étaient perdus dans le sordide désordre de la fosse commune, conservaient des droits de propriété sur le temps, imposant des moments d'attention ou de ferveur à des hommes du futur. Parfois il arrivait, pensai-je, que ces pouvoirs posthumes décroissent ou, au contraire, s'accroissent en vertu de la plus grande demande d'une génération. Ainsi, celui qui ferait un bilan de toutes les exécutions pourrait arriver à l'évidence que, telle ou telle année, le plus usufruitier du temps aurait été Bach ou Wagner, en comparaison avec le maigre avoir de Telemann ou de Cherubini.
Depuis trois ans, pour le moins, je n'avais pas assisté à un concert symphonique; lorsque je quittais les studios, j'étais si saturé de mauvaise musique, ou de bonne musique utilisée à des fins détestables, que l'idée de m'immerger dans un temps devenu presque objet par la soumission aux normes de la fugue ou à la forme de la sonate me paraissait absurde. Pour la même raison, je trouvai un plaisir singulier à me voir porté, presque par surprise, vers le coin obscur des caisses des contrebasses d' où je pouvais observer ce qui se passait sur la scène pendant cette après-midi de pluie dont les grondements de tonnerre, assourdis, semblaient rouler sur les flaques de la rue toute proche. Après le silence rompu par un geste, vint une légere quinte de cors, survolée de triolets par les seconds violons et les violoncelles, sur lequels se détachèrent deux notes en descente, comme tombées des premiers violons et des altos, provoquant une sensation de malaise qui bientôt se fit angoisse, urgence de fuite, devant la soudaine arrivée d'une force tout à coup libérée.

lundi 26 janvier 2009

Pour information

Je viens de publier ma proposition de traduction pour le devoir de vacances n°18, Emilia Pardo Bazán, La madre naturaleza.

Petite annonce

Voici le mail que Véronique Beghain et moi venons de recevoir (j'enverrai à ceux qui sont intéressés les documents qui étaient joints) :

Mesdames Beghain et Lepage,
Je vous contacte aujourd'hui pour proposer à certains de vos étudiants d'effectuer au sein de notre société, "Baguette Translations", leur stage de fin d'études en tant que traducteur-relecteur.
 Nous aimerions en effet leur offrir une première expérience concrète, enrichissante, dans un domaine en pleine expansion, et qui viendra parfaitement compléter les connaissances accumulées au cours de leur cursus dans votre établissement.

 Créée en 2006, "Baguette Translations" se distingue dans tous les travaux de traduction, de relecture, mais également de PAO, QA et dans le cadre de missions de conseil. En outre, nous sommes spécialisés dans la traduction de documents d'entreprise (notices techniques, manuels d'utilisateurs, lettres d'information, brochures marketing...), dans la localisation de sites Web et de logiciels (internationalisation, interface utilisateurs...).
 Si vous souhaitez plus d'information sur notre société ou nos activités, n'hésitez pas à consulter la brochure transférée en pièce jointe. Vous pouvez également vous rendre sur notre site internet: http://www.baguette-trans.com/, ou me contacter directement.
 J'espère que nous réussirons à mener à bien une collaboration fructueuse et de long terme, entre vos étudiants et "Baguette Translations".

 Dans l'attente d'une réponse de votre part, veuillez agréer, Mesdames, mes salutations distinguées.

Johanna El-Baz

Références culturelles, 18 : les chapulines

Si le merengue ne se mangeait pas… les chapulines si !
Un billet d'une grande amatrice

Les chapulines (et non saltamontes. Américanisme oblige !)
par Blandine

Connaissez-vous « los chapulines » ? Que pourrais-je vous dire de ces petites bestioles dont raffolent les mexicains ? Car oui, il s’agit d’insectes ! Mais je peux vous dire une chose, malgré leur aspect un peu répugnant, c’est incroyablement bon, un délice même. Il est vrai qu’au début, quand on en prend un dans sa main et qu'on l’examine soigneusement, sous toutes les coutures, on ne peut s'empêcher de se poser un tas de questions : « Je le mange ? Je le mange pas… ? » Pendant ce temps, ce pauvre chapulín nous regarde avec ses misérables yeux morts. Finalement, on se dit que c'est trop bête de mourir idiot ; on prend son courage à deux mains et on en glisse un dans sa bouche. « Je croque… ? Ou j’avale tout rond comme les huîtres ? » On croque ! Un petit goût de cacahouète nous envahit le palais… ñam ñam.
Les chapulines sont préparés de la façon suivante : ils sont grillés, puis agrémentés d'un mince filet de citron vert. Régalez-vous !!! C’est un met simple, pas cher du tout, plein de vitamines et qui se déguste sans faim. ☺

Tortilla de chapulines en images

http://www.youtube.com/watch?v=IzTg02gt9bU

Pour information

Je viens de publier ma proposition de traduction pour le devoir de vacances n°14, La isla de los amores infinitos de Daína Chaviano.

Version d'entraînement, 1 (Dulce Chacón)

En photo : Dulce Chacón par rincondeliteratura

Vino de noche. Dijo que regresaba para morir. Traía la muerte en los ojos, ¿sabe usted? Pero no la de esos pobres desgraciados que están en el depósito. No. Traía en los ojos la propia muerte, la suya, la de él. Llamó a mi puerta y me preguntó por su madre. Fui yo quien le dije que había muerto, y a mí me dijo él que venía para morir. Yo no he visto una tristeza más negra. Nunca, no señor. Se pasó la mano por la cara como si quisiera limpiársela. Me miró, volvió a lavarse la cara sin agua, me miró otra vez y me preguntó por su padre. Muerto, hijo, muerto. ¿Murieron bien? Y yo le contesté que sí, que santamente se murieron, uno detrás de otro, y los dos preguntando por él. Llevaba cuarenta años perdido, me dijo como pidiendo perdón por una ausencia tan larga. Pobrecino, si era un zagal cuando se lo llevaron, si lo hubiera visto usted, lástima de criatura; cómo lloraba, las lágrimas se le iban yendo igual que la cera derretida se le cae a las velas.
Sí escribió, claro que escribió, muchas veces, muchas. Mi difunta esposa le leía las cartas a su madre, y ella después se las contaba a su padre. «Queridísimo padre, amadísima madre: Me alegrará que a la llegada de ésta se encuentren bien. Yo quedo bien gracias a Dios.» Las últimas que llegaron las empezó siempre igual. Y termina¬ba de la misma manera: «De éste, su amantísimo hijo que lo es.» Hasta en la letra se le notaba que se había ido del pueblo, de tan fina. La Isidora venía toda contenta corriendo con el sobre en la mano: Es de la capital, me ha dicho el Zacarías que es de la capital. La Isidora era su madre. ¿Usted conoció a la Isidora?
¿No?
Claro, claro. Sí que es usted nuevo por aquí. No la pudo conocer. Y al Modesto, el marido, menos.
Porque la carta la mandaba su hijo, por eso corría toda contenta. El Zacarías es el cartero, ¿sabe usted? Ya no trabaja. Pero hasta hace bien poquito, aún andaba para arriba y para abajo con la saca al hombro. Voceando.
¿Tampoco? Entonces quiere decirse que han pasado ya más de tres meses desde que se retiró, recontra que el tiempo es humo.
Pues era digno de verse. A la Isidora le gritaba ya des¬de el recodo para verla más rato contenta. Ella salía a la puerta en cuanto escuchaba su nombre, con esa estampa que daba gloria, de lozana. Y con la sonrisa a medio poner.

Dulce Chacón, Cielos de barro

***

Jacqueline nous propose sa traduction :

Il est venu de nuit. Il a dit qu’il rentrait pour mourir. Il portait la mort dans ses yeux, vous savez ? Mais non pas celle de ces pauvres malheureux qui sont à la morgue. Non. Il portait dans ses yeux sa propre mort, la sienne, pas celle d’un autre. Il frappa à ma porte et me demanda des nouvelles de sa mère. Je dus lui dire moi-même qu’elle était morte, et quant à lui il me dit qu’il venait pour mourir. Je n’ai jamais vu tristesse plus noire. Jamais, non monsieur. Il se passa la main sur le visage comme s’il voulait le nettoyer. Il me regarda, se remit à se laver sans eau le visage, me regarda à nouveau et me demanda des nouvelles de son père. Il est mort, mon fils, il est mort. Est-ce qu’ils ont eu une bonne mort ? Et alors je lui répondis que oui, qu’ils étaient morts munis des sacrements, l’un puis l’autre, et tous deux demandant de ses nouvelles. Il avait perdu quarante ans, me dit-il comme demandant pardon pour s’être absenté si longtemps. Pauvre petit, il est vrai qu’il était un gamin quand on l’emmena, si vous l’aviez vu, pauvre gosse ; comme il pleurait, les larmes lui coulaient comme la cire fondue tombe des bougies.
Oui il a écrit, bien sûr qu’il a écrit, maintes fois, souvent. Ma défunte épouse lisait ses lettres à sa mère, et elle ensuite les racontait à son père. « Très cher père, mère très aimée : je me réjouirais que cette lettre vous trouve en bonne santé. Quant à moi je vais bien Dieu merci. » Les dernières lettres qui arrivèrent commençaient toutes de la même façon. Et se terminaient de la même manière : « De la part de ce fils bien-aimé qui est le vôtre. » On remarquait jusque dans l’écriture, tant elle était fine, qu’il était parti du village. La Isidora arrivait toute contente en courant, l’enveloppe à la main : ça vient de la capitale, le père Zacharias m’a dit que ça vient de la capitale. La Isidora était sa mère. Vous avez connu la Isidora ?
Non ?
Bon, bon. C’est vrai que vous êtes nouveau ici. Vous n’avez pas pu la connaître. Et encore moins son mari, le Modesto.
C’est que la lettre, c’est son fils qui l’envoyait, c’est pour ça qu’elle courait toute contente. Le Zacharias, c’est le facteur, vous savez ? A présent, il ne travaille plus. Mais encore tout récemment, il allait encore par monts et par vaux le sac sur l’épaule. En hélant les gens.
Ca ne vous dit rien non plus ? Alors ça veut dire que déjà plus de trois mois sont passés depuis qu’il a pris sa retraite, eh ben zut, le temps part en fumée.
Car il fallait voir ça. Il appelait à grands cris la Isidora depuis le tournant pour qu’elle soit contente plus longtemps. Elle, elle sortait à la porte dès qu’elle entendait son nom, d’un pas plein de vivacité qui faisait plaisir. Et avec un petit sourire.

***

Brigitte nous propose sa traduction :

Il est arrivé de nuit. Il a dit qu’il était revenu pour mourir. La mort se lisait dans ses yeux. Vous savez ? Pas celle de ces pauvres malheureux qui sont à la morgue. Non. Il avait dans le regard sa propre mort. La sienne, sa mort à lui. Il a frappé à ma porte et m’a demandé après sa mère. C’est moi qui lui ai dit qu’elle était morte, et lui, il m’a dit qu’il était venu pour mourir. Jamais je n’ai vu tristesse plus noire. Jamais, non monsieur. Il s’est passé la main sur le front comme s’il voulait le laver. Il m’a regardé, s’est encore lavé le visage sans eau, m’a regardé à nouveau et m’a demandé des nouvelles de son père. Mort, mon garçon, mort. Est-ce qu’ils sont morts dignement ? Et moi je lui ai répondu que oui, qu’ils étaient morts dans la paix de Dieu, l’un juste après l’autre, et que tous les deux l’avaient réclamé. Cela faisait quarante ans qu’il était perdu, m’avait-il dit, comme pour s’excuser d’une si longue absence.
Le pauvre petit, c’est qu’il était tout gamin quand on l’avait emmené, si vous l’aviez vu, pauvre misère de gosse; comme il pleurait, les larmes coulaient de ses yeux comme la cire fondue des bougies.
Oui, il a écrit, bien sûr qu’il a écrit, souvent, très souvent. Ma défunte épouse lisait ses lettres à sa mère, et elle, elle les racontait ensuite à son père. « Mon très cher père, ma mère bien aimée : Je serai heureux qu’en recevant cette lettre, vous vous trouviez en bonne santé. Moi, je vais bien Dieu soit loué ». Les dernières lettres qui étaient arrivées, il les commençait toujours de la même manière. Et il finissait toujours de la même manière : « De votre fils chéri, qui vous aime tant ». Jusque dans son écriture on remarquait qu’il était parti du village, tellement il écrivait bien. Isidora arrivait, toute contente, en courant avec l’enveloppe à la main : ça vient de la capitale, Zacarías m’a dit que ça venait de la capitale. Isidora c’était sa mère. Vous l’avez connue, vous, Isidora ? Non ? Bien sûr, bien sûr. C’est que vous êtes nouveau dans le coin. Vous n’avez pas pu la connaître. Et le Modeste, son mari, encore moins.
Parce que la lettre c’était son fils qui lui envoyait, c’est pour ça qu’elle courait toute contente. Zacarías, c’est le facteur, vous savez ? Il ne travaille plus. Mais il y a encore pas si longtemps, il allait et venait, toujours par monts et par vaux, sa sacoche sur l’épaule. En criant.
Non plus ? Alors ça veut dire que ça fait déjà plus de trois mois qu’il a pris sa retraite, comme le temps file.
Et bien, ça valait le coup d’être vu. Dès le tournant déjà il alertait Isidora en criant pour qu’elle soit contente plus longtemps. Elle sortait sur le pas de la porte dès qu’elle entendait son nom, avec cette allure pleine de superbe, de femme saine. Et avec un petit sourire au coin des lèvres.

***

Odile nous propose sa traduction :

Il est venu la nuit. Il a dit qu'il revenait pour mourir. On lisait la mort dans ses yeux, vous voyez? Mais pas celle de ces pauvres maheureux qui sont à la morgue. Non. Il portait dans les yeux la mort elle-même, la sienne, sa propre mort. Il a frappé à ma porte et m'a demandé des nouvelles de sa mère. C'est moi qui lui ai dit qu'elle était morte, et il m'a dit qu'il revenait pour mourir. Je n'ai jamais vu une tristesse aussi noire. Jamais, non Monsieur. Il s'est passé la main sur le visage, comme s'il voulait le laver. Il m'a regardé, a refait son geste, m'a regardé encore et m'a alors demandé pour son père. Il est mort, mon garçon, mort. Ils sont morts en paix? Je lui ai répondu que oui, qu'il étaient morts dans la paix du Seigneur, l'un après l'autre, tous les deux ayant demandé de ses nouvelles. Depuis quarante ans il était perdu, m'a t-il dit, comme voulant se faire pardonner une aussi longue absence. Pauvre petit, il était tout jeune quand on l'a emmené, si vous aviez vu comme il pleurait ce pauvre enfant, ses larmes tombaient comme la cire fondue coule des cierges.
Oui, il a écrit, bien sûr qu'il a écrit, plusieurs fois, plusieurs. Ma défunte épouse lisait les lettres à sa mère et elle, après les racontait à son père. « Très cher père, mère bien-aimée : je serais heureux que la présente vous trouve en bonne santé. Moi je vais bien, Dieu merci. » Les dernières qui sont arrivées commençaient toujours ainsi. Et il les terminait toujours par: « De la part de votre fils qui vous aime tant. « Même à son écriture on voyait qu'il avait quitté son village, tellement elle était élégante. Isidora venait tous les jours ici, en courant, la lettre à la main: Elle vient de la ville, Zacharias m'a dit qu'elle venait de la ville. Isidora était sa mère. Vous avez connu Isidora? Non?
Bien sûr, bien sûr. C'est vrai que vous êtes arrivé il y a peu. Vous n'avez pas pu la connaître. Et Modesto, le mari, moins encore. C'est que la lettre était envoyée par son fils, c'est pour ça qu'elle courait, toute contente. Zacharias, c'est le facteur, vous savez? Maintenant, il ne travaille plus. Mais jusqu'il y a peu, il allait et venait encore, la sacoche à l'épaule. En appelant les gens.
Non plus? Alors ça veut dire que trois mois sont déjà passsés depuis qu'il est à la retraite, c'est bien vrai que le temps file vite.
Eh bien, ça valait le coup d'être vu. Avant d'être arrivé au tournant, il appelait déjà Isidora pour qu'elle soit contente plus longtemps. Elle, elle sortait à la porte dès qu'elle entendait son nom, avec un visage qui faisait plaisir à voir, toute fière.Un petit sourire aux lèvres.

***

Alexandra – du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction :

Il arriva la nuit. Il dit qu'il revenait pour mourir. La mort était inscrite dans ses yeux, vous savez ? Mais rien à voir avec ces pauvres malheureux qui sont à la morgue. Non. Il portait dans ses yeux sa propre mort, la sienne, celle qui lui était propre. Il frappa à ma porte et demanda après sa mère. Ce fut moi qui lui appris qu'elle était morte, et, lui, me répondit qu'il venait pour mourir. Je n'ai jamais vu une tristesse plus noire. Jamais, non monsieur, jamais. Il passa la main sur son visage comme s'il voulait se le nettoyer. Il me regarda, il nettoya encore une fois son visage sans eau, il me regarda à nouveau et demanda après son père. Mort, mon fils, il est mort. Ils moururent sans souffrance ? Et je lui répondis que oui, qu'ils moururent avec sainteté, l'un après l'autre, et les deux demandant de ses nouvelles. Il avait quarante ans à peu près, il me dit combien il était désolé de son absence si prolongée. Le pauvre, s' il était un jeune homme quand on les prit, si vous l'aviez vu, pauvre créature, comme il pleurait, ses larmes coulaient tel la cire fondue qui tombe sur les bougies.
Oui il écrivit, bien sûr qu'il écrivit, de nombreuses fois, nombreuses. Ma défunte épouse lisait les lettres à sa mère, et ensuite, elle les racontait à son père. « Cher papa, chère maman chérie : Ça me ferait plaisir que cette lettre vous trouve en bonne santé. Moi, je vais bien grâce à Dieu. » Les dernières qui arrivèrent, il les commença toujours de la même façon. Et il terminait de la même manière : « De celui, votre fils bien aimé. » Jusque dans l'écriture on pouvait remarquer qu'il avait quitté le village, tant elle était raffinée. Isidora arrivait en courant, toute contente, avec l'enveloppe à la main : elle vient de la capitale, Zacarias me l'a dit qu'elle vient de la capitale. Isidora était sa mère. Vous avez connu Isidora ?
Non ?
Ah, mais oui, bien sûr, bien sûr. Oui, car vous êtes nouveau par ici. Vous n'avez pas pu la connaître. Et Modesto, le mari, encore moins.
Parce que la lettre, son fils la lui envoyait, c'est pour cela qu'elle était toute contente. Zacarias, c'est le facteur, vous savez ? Il ne travaille plus désormais. Mais cela depuis peu, il marchait encore en haut et en bas avec la sacoche à l'épaule. Criant.
Non, vous ne le connaissez pas non plus ? Cela veut donc dire qu'il s'était écoulé plus de trois mois depuis qu'il avait pris sa retraite, constatez que le temps s'évapore.
Et bien, il était digne qu'il se voient. Il criait Isidora déjà depuis l'angle pour la voir un peu plus contente. Elle sortait devant la porte dès qu'elle entendait son nom, avec cette allure qui lui procurait tant de gloire, de vigueur. Et avec un sourire à moitié affiché.

***

Sonia – étudiante du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction :

Il est arrivé de nuit. Il a dit qu’il revenait pour mourir. Il portait la mort dans ses yeux, vous savez? Mais pas celle de ces pauvres malheureux qui sont à la morgue. Non. Il portait dans ses yeux la propre mort, sa propre mort, la sienne. Il a sonné à ma porte et m’a demandé des nouvelles de sa mère. C’est moi qui lui ai dit qu’elle était décédée, et il m’a dit à moi qu’il venait pour mourir. Je n’ai jamais vu une tristesse plus noire. Non, monsieur, jamais. Il a passé la main sur son visage comme s’il voulait l’essuyer. Il m’a regardé, il se relava le visage sans eau, il m’a regardé à nouveau et m’a demandé des nouvelles de son père. Il est décédé, mon fils, décédé. Ils ont eu une mort douce? Et je lui ai répondu oui, qu’ils avaient eu une mort sainte, l’un après l’autre, et tous deux demandant à le voir. Il n’était pas revenu depuis quarante ans, m’a-t-il dit comme pour s’excuser d’une absence si longue. Pauvre petit, c’était tout juste un gosse quand il fut emmené, si vous auriez vous comme il pleurait, ce misérable enfant! Les larmes lui tombaient comme tombe la cire fondue aux bougies.
Oui, il a écrit, bien sur qu’il a écrit, de nombreuses fois, nombreuses. Ma défunte épouse lisait les lettres à votre mère, et, elle, ensuite, les racontait à votre père. « Mon cher papa, ma bien-aimée maman : Cela me réjouirait qu’à réception de cette lettre vous vous trouviez en bonne santé. Moi, je vais bien, grâce à Dieu. » Les dernières lettres qui arrivèrent, il les a toutes commencé de la même façon. Et les finissait de la même manière : « De votre fils aimant, qui vraiment vous aime ». Même dans sa manière d’écrire, on remarquait qu’il avait quitté le village, tellement elle était courtoise. Isidora arrivait en courant, toute contente, l’enveloppe à la main : « ça vient de la capitale, c’est Zacarias qui m’a dit que ça venait de la capitale. » Isidora était sa mère. Vous avez connu Isidora?
Non ?
Mais oui, bien sur, vous êtes nouveau par ici. Vous n’avez pas pu la connaître. Et encore moins Modesto, son mari.
La lettre provenait de son fils c’est pour ça qu’elle courait toute contente. Zacarias est le facteur, vous savez? Il ne travaille plus. Mais jusqu’à il n’y a pas si longtemps, il montait et redescendait le village, le sac à l’épaule. En criant.
Ça, non plus ? Alors, cela veut dire qu’il s’est déjà écoulé plus de trois mois depuis qu’il a pris sa retraite, voyez comme le temps passe vite. Eh bien, c’était un numéro digne à voir. Il appelait déjà Isidora en criant depuis l’angle pour la voir plus vite contente. Elle sortait sur le pas de la porte dès qu’elle entendait son nom, avec cette allure qui donne de la gloire, de la vigueur. Et souriant à moitié.

dimanche 25 janvier 2009

Des versions pour les étudiants de CAPES jusqu'au concours

Après discussion avec Aurélie, l'une des deux déléguées du groupe 2 de CAPES, nous avons décidé en commun que je mettrai pour vous une version par jour sur le blog jusqu'au concours. Ceux qui veulent s'entraîner peuvent donc s'en donner à cœur joie !

Les apprentis traducteurs peuvent évidemment participer aussi…

Résultats du sondage : « Comment finissez-vous votre traduction ? »

Sur 17 votants :
(je rappelle qu'on pouvait choisir plusieurs réponses)

Avec une foule de doutes = 13
Dans la souffrance = 1
Dans l'euphorie = 4
Sans états d'âme = 3

La principale chose que je retiens de ce sondage, c'est le faible score de la réponse « Dans l'euphorie ». 4 votes dont le mien… J'espérais quand même que la traduction vous apporterait davantage de joies que de scrupules et de peine, voire de souffrance. Il est normal et assez sain d'avoir des doutes, mais il ne faut pas se gâcher le contentement de voir son travail enfin aboutir après des mois de labeur… Parfois, on a vraiment l'impression de ne pas en voir le bout tant c'est long et difficile. Mais vous avez fait de votre mieux, non ? Vous y avez pris plaisir, non ? Alors !
D'où je déduis, mes chers apprentis traducteurs, que la prochaine étape de votre formation sera la suivante : La fierté du résultat obtenu !
Répétez après moi : j'ai bien travaillé, j'ai bien travaillé, j'ai bien travaillé…

Modifications pour l'atelier tutoré de Christilla Vasserot

Les prochaines séances :

Lundi 16 février, 13h00 [au lieu de 13h30] - 19h
Vendredi 20 mars, 13h-19h [au lieu de 18h00]
Vendredi 22 mai, 13h - 19h [au lieu de 18h00]

Et Christilla ajoutera par ailleurs une séance en juin…

Jacqueline, la causeuse du dimanche

Un billet du dimanche

À propos de la richesse du travail de traduction

Pascale Sardin, qui nous présente l’histoire de la traduction, nous a invité à faire des exposés ; j’ai choisi d’étudier un des livres qu’elle nous a proposés, celui de la traductrice Claire Cayron « Sésame, pour la traduction » [ed. Le Mascaret, 1987]. Dans sa conclusion, l’auteur explique que s’identifier à un auteur pour le traduire, ne signifie pas « penser pareil ».
Je vous laisse méditer les dernières lignes de l’ouvrage :
« La richesse du travail de traduction est bien là. S’il ne s’agissait que de traduire des histoires ou des idées, et de surcroît forcément semblables aux siennes, quel ennui ! Et quelle absence de Littérature.
Car c’est à elle qu’il faut revenir. Avec la pratique de la traduction, on annexe au territoire pédagogique de la littérature « faite », le territoire créateur de la littérature « à faire », dans le mot à mot s’avançant périlleusement le long du gouffre de l’interligne. Cette conquête est un privilège auprès duquel les incursions critiques elles-mêmes sont anodines. Le privilège d’approcher la création, lorsqu’on n’est pas soi-même créateur. »

Références culturelles, 17 : las uvas de la suerte

En photo : Las 12 uvas de la suerte par Mighty Marta

L'illustration n'est pas extraordinaire, je vous l'accorde, mais vu son auteur, je ne pouvais pas faire autrement…

Las uvas de la suerte
par Nathalie

En Espagne, la nuit de la Saint Sylvestre est marquée par une tradition centenaire : au moment où retentissent les douze coups de minuit, chacun s’empresse d’avaler douze grains de raisin (sans s’étouffer, si possible…). Il faut suivre le rythme de la cloche qui retentit toutes les 3 secondes… Tout un art !
Pour certains, tout a commencé à Elche, en 1909 : les viticulteurs ne sachant pas comment écouler de leur excédent de récolte, ils ont eu l’idée d’instaurer cette pratique censée porter bonheur.
Pour d’autres, la tradition remonte à la fin du XIX° siècle : dans la capitale, les familles aisées avaient l’habitude de marquer le passage à la nouvelle année en mangeant du raisin. Les gens plus modestes ont décidé de tourner cette coutume en dérision en se regroupant le soir du 31 décembre devant l’horloge de la Puerta del Sol pour manger eux aussi du raisin au son des 12 coups de minuit.
Même si la cérémonie des 12 coups est retransmise en direct à la radio et à la télévision espagnoles, nombre de Madrilènes préfèrent braver le froid et se réunir autour de la Puerta del Sol, qui devient, l’espace de quelques secondes, le centre de l’Espagne.
Et lors du réveillon de 1989, un incident est survenu : la commentatrice télé s’est trompée (elle a confondu les 4 quarts avec les premiers coups) et a induit des millions d’Espagnols en erreur… On en parle encore.

Ne manquez pas une petite surprise en images et avec musique :

http://www.youtube.com/watch?v=LK2T8K7ATWE

Conseil de Nathalie pour vous donner un maximum de chances que las uvas de la suerte fassent leur travail pour cette année 2009 : faire le choix de la version longue du clip = 6 minutes 50 de souvenirs. Encore quelques grains sucrés de culture populaire…

Votre thème du week-end

En photo : gran chef, petit pois par daniela nicholson

(d'accord, l'illustration n'est pas adaptée… mais quand je suis tombée dessus, je n'ai pas pu résister)

La princesse au petit pois

Il était une fois un prince qui voulait épouser une princesse, mais une vraie princesse. Il fit le tour de la terre pour en trouver une mais il y avait toujours quelque chose qui clochait ; des princesses, il n'en manquait pas, mais étaient-elles de vraies princesses ? C'était difficile à apprécier, toujours une chose ou l'autre ne lui semblait pas parfaite. Il rentra chez lui tout triste, il aurait tant voulu avoir une véritable princesse.
Un soir, par un temps affreux, éclairs et tonnerre, cascade de pluie que c'en était effrayant, on frappa à la porte de la ville et le vieux roi lui-même alla ouvrir.
C'était une princesse qui était là dehors. Mais grands dieux ! de quoi avait-elle l'air dans cette pluie, par ce temps ! L'eau coulait de ses cheveux et de ses vêtements, entrait par la pointe de ses chaussures et ressortait par le talon ... et elle prétendait être une véritable princesse !
- Nous allons bien voir ça, pensait la vieille reine, mais elle ne dit rien. elle alla dans la chambre à coucher, retira la literie et mit un petit pois au fond du lit ; elle prit ensuite vingt matelas qu'elle empila sur le petit pois et, par-dessus, elle mit encore vingt édredons en plumes d'eider. C'est là-dessus que la princesse devrait coucher cette nuit-là.
Au matin, on lui demanda comment elle avait dormi.
- Affreusement mal, répondit-elle, je 'n'ai presque pas fermé l'oeil de la nuit. Dieu sait ce qu'il y avait dans ce lit. J'étais couchée sur quelque chose de si dur que j'en ai des bleus et des noirs sur tout le corps ! C'est terrible !
Alors, ils reconnurent que c'était une vraie princesse puisque, à travers les vingt matelas et les vingt édredons en plume d'eider, elle avait senti le petit pois. Une peau aussi sensible ne pouvait être que celle d'une authentique princesse.
Le prince la prit donc pour femme, sûr maintenant d'avoir une vraie princesse et le petit pois fut exposé dans le cabinet des trésors d'art, où on peut encore le voir si personne ne l'a emporté.
Et ceci est une vraie histoire.

***

Brigitte nous propose sa traduction :

Érase una vez un príncipe que quería casarse con una princesa, pero con una que fuese princesa de verdad. Dió la vuelta al mundo para encontrar a una pero siempre encontraba algún detalle que no le convenía ; princesas, las había de sobra pero ¿ Eran ellas princesas de verdad ?
Era muy difícil averiguarlo, siempre había una cosa u otra que no le parecía perfecta. Regresó el príncipe a su palacio con el alma en pena, le hubiera gustado tanto tener a una princesa de verdad.
Una noche, estalló una tormenta, con pésimo tiempo, relámpagos y trueno y lluvia a cántaros, una tormenta espantosa. Llamaron a la puerta de la ciudad y el viejo rey en persona acudió para abrir.
Ahí fuera estaba una princesa. Pero ¡ Dios mío ! ¡ Qué mal parecer tenía ella bajo la lluvia, con ese maldito tiempo ! Su pelo y sus vestidos estaban chorreando, el agua entraba por la punta de sus zapatos y salía por los tacones… y ella aseguraba ser una verdadera princesa !
- Pues bien, lo vamos a comprobar, pensaba la vieja reina, pero no dijo nada más. Se fue al cuarto de dormir, quitó el colchón de la cama y puso un guisante en el fondo; luego, cogió veinte colchones que apiló sobre el guisante y por encima puso otros veinte edredones de plumón de eider. La princesa dormiría aquí mismo esta noche.
- A la mañana siguiente, le preguntaron qué tal había pasado ella la noche.
- Muy mal, contestó, casi no he podido pegar ojo en toda la noche.¡ Diós sabe lo que había en esta cama. ¡ He dormido sobre una cosa tan dura que tengo el cuerpo entero lleno de moretones y cardenales ! ¡ Es terrible !
Y así fue cómo reconocieron que ella sí que era una princesa de verdad ya que a través de los veinte colchones y de los veinte edredones de plumón de eider, ella había podido sentir el guisante. Una piel tan delicada sólo podía ser la de una auténtica princesa.
Entoncés, el príncipe la tomó por esposa, ahora convencido de tener a una princesa de verdad. Exhibieron el guisante en el gabinete de tésoros del palacio, donde sigue viéndose hoy, a no ser alguién se lo haya llevado…
Y ésta sí que es una historia de verdad.

***

Eva nous propose – avec quelques complexes – sa traduction :

La princesa de guisantes



Erase una vez un príncipe que quería casarse con una princesa, una princesa de verdad. Dio la vuelta al mundo para encontrar a una pero siempre había algo que fallaba; no faltaban princesas pero ¿eran princesas de verdad? Era difícil apreciarlo, a él siempre había algo o lo otro que no le parecía perfecto. Volvió a casa muy triste, tanto hubiera querido tener a una verdadera princesa. Una noche, por un tiempo horrible, rayos y trueno, lluvia a cántaros a tal punto que se volvía espantoso, llamaron a la puerta de la ciudad y el viejo rey mismo fue para abrir. Allí afuera estaba una princesa. Pero ¡ por todos los santos! ¡vaya aspecto el suyo debajo de esa lluvia, por aquel tiempo! El agua corría desde sus cabellos y sus prendas, entraba por la punta del calzado y salía por el tacón...¡ y pretendía ser auténtica princesa!

- Ya lo comprobaremos, pensaba la vieja reina, pero no dijo nada. Se marchó a la cámara, quitó la ropa de cama y en el fondo colocó un guisante; luego cogió veinte colchones que amontonó sobre el guisante, y encima puso veinte edredones más, de plumas de eider .

Sobre eso tendría que acostarse la princesa aquella noche. Por la mañana, le preguntaron cómo le había ido el sueño.

- Muy mal, contestó, casi no pegué ojo. Dios sabrá lo que había en esa cama. ¡ Estaba acostada sobre algo tan duro que llevo equímosis azuladas y negras en el cuerpo entero! ¡Es terrible!

Entonces, concedieron que sí era una verdadera princesa puesto que, a través de los veinte colchones y los veinte edredones de pluma de eider, había sentido el guisante. Tan sensible piel no podía ser otra que la de una auténtica princesa. El príncipe, pues, la tomó por esposa, ahora seguro de tener a una verdadera princesa y exhibieron el guisante en el gabinete de los tésoros de arte, donde todavía está visible si nadie se lo ha llevado.

Y ésto es una verdadera historia.

***

Odile nous propose sa traduction :

La princesse au petit pois

Érase una vez un príncipe que quería casarse con una princesa, pero que fuese una princesa de verdad. Recorrió el mundo en busca de una, pero siempre había algo que no convenía ; princesas había muchas, ¿ pero eran princesas de veras? Era difícil de averiguarlo, cada vez había algo en ellas que no le parecía perfecto.Regresó a su casa, muy triste porque le hubiera gustado mucho encontrar a una verdadera princesa.
Una noche estalló una terrible tormenta, con rayos y truenos y llovía a cántaros ; era un tiempo espantoso. De repente, llamaron a la puerta de la ciudad y el viejo rey acudió a abrir. Una princesa estaba afuera. Pero, ¡ Díos mío! Qué aspecto presentaba con la lluvia y el mal tiempo! El agua le goteaba del pelo y de las ropas, le corría por la punta de los zapatos y le salía por el tacón....y pretendía que era una princesa auténtica.
« Eso pronto lo sabremos » pensó la vieja reina, y, sin decir palabra, se fue al alcoba, levantó la cama y puso un guisante en el fondo ; después cogió veinte colchones y los amontonó sobre el guisante y por encima colocó veinte edredones.
En esta cama tuvo que dormir la princesa.
A la mañana siguiente, le preguntaron cómo había dormido.
- ¡Oh, muy mal, exclamó, casi no he podido cerrar ojo en toda la noche! ¡Díos sabría lo que había en la cama! ¡ Era algo tan duro que tengo todo el cuerpo lleno de cardenales! ¡Ha sido horrible!
Entonces supieron que era una princesa de verdad, porque había sentido el guisante a pesar de los veinte colchones y de los veinte edredones. Sólo una auténtica princesa podía ser tan sensible.
El príncipe la tomó por esposa, convencido de que se casaba con una princesa hecha y derecha y el guisante pasó a formar parte del tesoro del gabinete de arte, donde todavía se puede ver, si nadie lo ha robado.
Y esto es una verdadera historia.

samedi 24 janvier 2009

Pour information

En réponse à mon appel désespéré à propos du devoir de vacances n°14 (Gringo viejo de Carlos Fuentes), resté orphelin d'un traducteur jusqu'à aujourd'hui, Brigitte, Jacqueline et Alexandra (du groupe 2 de CAPES) m'ont envoyé leur proposition de traduction. Elles sont publiées à la suite du texte en V.O. Nous attendons vos remarques et suggestions pour améliorer leur travail.

Références culturelles, 16 : les telenovelas

En photo : Telenovelas par geener

Un billet de Laure L.

Obama président du monde… Ceux qui connaissent « 24 » ou « The West Wing » ont un petit sourire narquois. Mais le sujet est sérieux. Si les séries anglo-saxonnes ont un impact sociologique certain sur le monde occidental et l’inconscient collectif, elles ne sont pas les seules à tenir le marché ! Les telenovelas latino-américaines ont un poids socio-économique fort non seulement dans les pays qui les produisent, mais aussi à l’étranger. Imaginez des milliards de chinois (jusque-là, je le reconnais, c’est facile…), mais imaginez-les maintenant devant leur stélés made in Taiwan et une retransmission de « Betty la Fea ». « Betty la Fea » c’est un phénomène mondial. Cette telenovela colombienne a été adaptée dans de nombreux pays sous des noms aussi exotiques que Ne Rodis Krasivoy ou Jassi Jaissi Koi Nahin en Russie et en Inde mais encore Yo Soy Bea ou Uggly Betty en Espagne et aux États-Unis. La telenovela est à l’Amérique latine ce que les starlettes sont à la croisette ! Ce phénomène prend sa source au XXème siècle dans les feuilletons de la presse écrite. L’évolution se poursuit à travers les feuilletons radiophoniques cubains des années 1940 pour arriver au format télévisuel découpé en une centaine d’épisodes, dont certain d’entre nous sont friands.
Traducteur visualise une situation de crise : un problème de traduction ! Tu sens une référence culturelle dans ton texte mais tu ne la saisis pas parce que tu n’as pas voulu connaître les joies (les peines, les drames et rebondissements formatés) des telenovelas... et comme tu dois traduire « avec amour et abjection » tu ne peux plus ignorer la téléphagie. La telenovela de 18h, 19h ou 20h qu’elle soit à l’eau de rose ou dramatique est un divertissement qu’il est difficile d’ignorer tant il fait partie de la culture latino-américaine.
Tout comme il est difficile d’ignorer le nom de notre nouveau président du monde… En conclusion, voici donc une nouvelle maxime :
Petit Traducteur
Ne soit pas Bêcheur
Et à la telenovela
Intéresse-toi !

Betty la Fea sur You tube :
http://www.youtube.com/watch?v=tpc_YOSC3JE

Un article dans Courrier international :
http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=81638

vendredi 23 janvier 2009

Encore un entretien avec un traducteur : Vicente Fernández

En photo : Un día de locura (A day of fury) par Rebeca Le Rumeur

D'après ce que nous avons entendu jeudi lors de l'atelier de traduction collective, le traducteur serait une personne vraiment à part, nettement «anormale» et franchement «asociale». Inquiétante description, non ?
Pour continuer à sonder le secret de nos âmes, voici un autre entretien avec un traducteur :

http://miguelgomezediciones.com/blogos/index.php/2005/12/05/entrevista-a-vicente-fernandez-traductor-de-verbos-para-la-rosa/

Votre version de la semaine, Taibo

En photo : Paco Ignacio Taibo II par Thesis - Pordenone

He descubierto al menos seis formas de iniciar la historia del ayuntamiento rojo de Santa Ana, y eso en tan sólo un día de automóvil recorriendo la panamericana hacia el norte con tres compañeros singulares. Una de ellas sería narrar la lucha de la sección 23 del sindicato minero por independizarse del sindicato charro desde mediados de los años setenta; otra sería seguir los hilos de lo que se llamó aquí La voz del pueblo, el periódico semanal que Correa inició hace siete años, y que dio nacimiento a la OP donde se juntaron mineros y estudiantes que volvían a su ciudad después de haber hecho carrera en Guadalajara, Monterrey o el D.F.; otra será la historia personal de Benjamín Correa, su estilo hormiguita, que lo llevó a conocer Santa Ana como nadie, y cuando digo conocer, habría que emplear incluso el sentido bíblico, pues tas bromas en el automóvil le adjudican al menos siete casas chicas siendo oficialmente soltero; otra historia tendría que ver con las labores que por aquí hicieron dos viejos comunistas, un minero llamado Don Andrés, ya jubilado, y un tendero, quienes al fin de cuentas fueron los que empujaron la experiencia por su camino electoral; hay una quinta forma de aproximarse a la historia del ayuntamiento, tiene que ver con el bufete popular que organizó Mercado y que durante tres años dio asesoría legal a campesinos despojados de tierra, locatarios del mercado o maes¬tros de primaria despedidos; la sexta forma es seguir la trayectoria de la génesis del ayuntamiento popular a partir de los abusos del cacicazgo priísta y el hartazgo popular. Para escoger.
Mis compañeros de automóvil, un desvencijado Renault, sugieren la historia de los muertos como séptima opción: El chato Madera, al que tiraron de un montacargas cuando iniciaba la organización de los mineros. La muerte de bala perdida de doña Jerónima, vendedora de pollos en el mer¬cado, que cayó en la manifestación del 20 de abril. La muerte de Quintín Ramírez, campesino de 45 años, ahorcado en la puerta de su jacal por los pistoleros de los terratenientes. La muerte de siete niños en una epidemia a fines de los ochenta. La muerte de Daniel Contreras, atropellado por el hijo borracho de Simpson, el gerente de la Santa Ana Mining Co. La muerte de Lisandro Vera, estudiante de dere¬cho nacido en Santa Ana y primer jefe de policía del ayuntamiento popular, baleado al salir de la cárcel. La muerte de Manuel, obrero de la Cocacola, al que un esquirol pagado por la empresa acuchilló en las guardias de la huelga. La muerte del maestro Elpidio, segundo jefe de la policía del ayuntamiento rojo de Santa Ana, que andaba persiguiendo un camión con mariguana a 15 kilómetros de la ciudad.
Esa sería otra manera de contar esta ciudad que sólo había inventado a partir de fotografías y que siempre pensé como un rancho grande lleno de banderas rojas. Y que ahora comienzo a ver de cerca, como una mezcla de calles asfaltadas y empedradas, supermercados, una plaza municipal, un entramado complejo de poderes y pasiones, una librería (¡!), once cines, once burdeles (conocidos y estables), tres sitios de taxis, 117 crímenes pasionales al semestre, 1,654 bodas al año, 231 mil habitantes, 21 iglesias, 42 escuelas primarias, cuatro secundarias, una prepa, un Gigante, un Blanco, un Oxxo, un director de cine, 16 hoteles, 28% de la producción de estaño del país, un circo cada dos meses, un ayuntamiento rojo que ganó las elecciones por 86 mil votos a 12 mil, un montón de polvo y tierra suelta que molestan la pureza del airecilio de las montañas.

Paco Ignacio Taibo II, La vida misma

***

La traduction « officielle », La vie même, réalisée par Juan Marey pour les éditions Rivages/Noir, 1992, p. 18-20 :

J’ai découvert au moins six manières de commencer l’histoire de la municipalité rouge de Santa Ana, et cela en une seule journée d’automobile, en parcourant la panaméricaine vers le nord, avec trois compagnons singuliers. La première pourrait consister à narrer la lutte de la section n° 23 du Syndicat des mineurs pour se rendre indépendant de la C. T. M. (1), le syndicat officiel, depuis la moitié des années soixante-dix. La seconde, à étudier l’action de ce que l’on a appelé ici La voix du peuple, l’hebdomadaire que Correa a lancé il y a sept ans, et qui a donné naissance à l’O. P., où se sont rassemblés des mineurs et des étudiants qui rentraient dans leur ville après avoir effectué leurs études à Guadalajara, à Monterrey ou dans le D. F. La troisième pourrait être l’histoire personnelle de Benjamin Correa, son style de fourmi, qui lui a permis de connaître Santa Ana comme personne, et quand je dis connaître, il faudrait entendre ce terme jusque dans son sens biblique, car les plaisanteries en voiture lui attribuaient au moins sept foyers secondaires alors que, officiellement, il était célibataire. Une autre histoire devrait être mise en rapport avec le travail qu’ont effectué par ici deux vieux communistes, un mineur appelé Don André, maintenant à la retraite, et un boutiquier ; ce sont eux qui, au bout du compte, ont engagé l’expérience dans la voie électorale. Il y a une cinquième manière d’aborder l’histoire de la municipalité, elle est liée à l’étude populaire montée par l’avocat Mercado et qui, pendant trois ans, a permis de conseiller légalement les paysans dépouillés de leurs terres, les locataires du marché ou les maîtres d’école licenciés. La sixième façon consiste à suivre la genèse de la municipalité populaire à partir des abus du tout-puissant P. R. I. et de l’exaspération des administrés.
On n’a que l’embarras du choix.
Mes compagnons d’automobile, une Renault délabrée, suggèrent l’histoire des morts comme un septième choix possible : Madera-le-Camard, jeté d’un monte-charge alors qu’il commençait à organiser les mineurs ; Doña Jerónima, vendeuse de poulets au marché, tuée par une balle perdue au cours de la manifestation du 20 avril ; Quintín Pérez, un paysan de quarante-cinq ans, pendu à la porte de sa hutte par les tueurs à la solde des grands propriétaires fonciers ; les sept enfants emportés par une épidémie à la fin des années quatre-vingt ; Daniel Contreras, écrasé par un ivrogne, le fils de Simpson, le gérant de la Santa Ana Minig Co. ; Lisandro Vega, un étudiant en droit natif de Santa Ana, le premier chef de la police de la municipalité populaire, abattu d’un coup de feu alors qu’il sortait de la prison ; Manuel, un ouvrier de Coca-Cola, poignardé par un jaune à la solde de l’entreprise, dans un piquet de grève ; Elpidio, l’instituteur, le second chef de la police de la municipalité rouge de Santa Ana, tué en poursuivant un camion chargé de marijuana, à 15 kilomètres de la ville.
Ce serait une autre façon de raconter cette ville, que j’avais inventée uniquement à partir de photographies et que j’avais toujours imaginée comme un grand rancho plein de drapeaux rouges. Et que, maintenant, je commence à voir de près, comme un mélange de rues asphaltées et pavées, des supermarchés, une place municipale, un réseau complexe de pouvoirs et de passions, une librairie ( !), 11 cinémas, 11 bordels (reconnus et stables), 3 stations de taxis, 117 crimes passionnels par semestre, 1654 mariages par an, 231 000 habitants, 21 églises, 42 écoles primaires, 4 écoles secondaires, une école préparatoire, un Géant, un Blanc, un Oxxo, un directeur de cinéma, 16 hôtels, 28 % de la production d’étain du pays, un cirque tous les deux mois, une municipalité rouge qui a gagné les élections par 86 000 voix contre 12 000, un tas de poussière et de terre éparpillée qui troublent la pureté de l’air léger des montagnes.

(1) C. T. M. : Confédération des travailleurs mexicains. Étroitement liée au P. R. I., elle est minée par la corruption et le gangstérisme, selon la vision qu’en donne ce roman.

***

Brigitte nous propose sa traduction :

J’ai découvert six façons au moins de commencer l’histoire de la municipalité rouge de Santa Ana, rien qu’en un jour de voiture, en route vers le nord sur la panaméricaine, avec trois compagnons bien singuliers.
L’une d’elles serait de raconter la lutte des mineurs de la section 23 pour s’émanciper du syndicat charro* depuis le milieu des années soixante-dix ; une autre serait de suivre les entrefilets de ce qu’on appela ici La Voix du Peuple, l’organe hebdomadaire que Correa avait crée il y a sept ans, et qui avait donné naissance à la O.P. où s’étaient regroupés des mineurs et des étudiants de retour dans leur ville après leurs études à Guadalajara, Monterrey ou dans le District Fédéral ; une autre serait l’histoire personnelle de Benjamin Correa, son genre « petite fourmi », qui l’amena à connaître Santa Ana comme personne, et quand je dis connaître, il faudrait utiliser le terme dans son acception biblique, car les plaisanteries faites dans la voiture lui attribuaient au moins sept foyers alors qu’il était officiellement célibataire ; une autre histoire serait plutôt en lien avec le travail réalisé ici par deux vieux communistes, un mineur répondant au nom de Don Andrés, déjà à la retraite, et un épicier, deux hommes qui tout compte fait, avaient poussé cette expérience sur le chemin des urnes ; il y a une cinquième façon d’approcher l’histoire de la municipalité, liée à la consultation juridique populaire qu’avait mis sur pied Mercado et qui, trois années durant, avait permis à des paysans spoliés de leurs terres, à des locataires du marché ou à des maîtres d’écoles primaires renvoyés, de recouvrer leurs droits légitimes ; la sixième façon est de suivre la genèse de la municipalité populaire à partir des abus des caciques du PRI* et de l’exaspération générale du peuple. Au choix.
Mes compagnons de voiture, une Renault brinquebalante, avaient suggéré, comme septième option, l’histoire des morts : Madera el chato, jeté d’un monte-charge alors qu’il essayait d’organiser les mineurs. La mort, de doña Jerónima, marchande de volaille sur le marché, victime d’une balle perdue, tombée lors de la manifestation du 20 avril. La mort de Quintin Ramirez, paysan de 45 ans, pendu à la porte de sa chaumière par les hommes de main des grands propriétaires terriens. La mort de sept enfants au cours d’une épidémie à la fin des années quatre-vingts. La mort de Daniel Contreras, renversé par Simpson, fils du gérant de la Santa Ana Mining Co., alors qu’il conduisait en état d’ébriété. La mort de Lisandro Vera, étudiant en droit né à Santa Ana et premier chef de la police de la municipalité populaire, tué par balle à la sortie de la prison. La mort de Manuel, ouvrier chez Coca Cola, alors qu’il assurait son tour de piquet de grève, poignardé par un jaune, payé par l’entreprise. La mort du maître Elpidio, deuxième chef de la police de la mairie rouge de Santa Ana, au cours de la poursuite d’un camion de marijuana à 15 kilomètres de la ville.
Cette manière-là pourrait être encore une autre façon de raconter cette ville que je ne m’étais inventée qu’à partir de photographies et que j’avais toujours imaginée comme un grand ranch plein de drapeaux rouges. Et que je commence maintenant à voir de près, comme une mosaïque de rues goudronnées et pavées, de supermarchés, une place municipale, une trame complexe de pouvoirs et de passions, une librairie ( !), onze cinémas, onze bordels (recensés et permanents), trois stations de taxis, 117 crimes passionnels par semestre, 1654 mariages par an, 231000 habitants, 21 églises, 42 écoles primaires, quatre collèges, un centre d’examens, un hypermarché Gigante, un magasin Blanco, une boutique Oxxo, un metteur en scène, 16 hôtels, 28% de la production d’étain du pays, un cirque un mois sur deux, une municipalité rouge qui avait remporté les élections par 86 000 voix contre 12 000, beaucoup de poussière et de terre soulevée qui incommode le bon air pur des montagnes.

Charro = mexicain
P.R.I. = Parti Revolutionnaire Institutionnel = parti politique mexicain qui a gouverné le pays pendant plusieurs décades.

***

Odile nous propose sa traduction :

J'ai trouvé au moins six manières de commencer l'histoire de la municipalité rouge de Santa Ana, et ceci au cours d'une seule journée de voiture, en roulant sur la panaméricaine, vers le nord, avec trois compagnons singuliers. L' une d'elles narrerait la lutte de la section 23 du syndicat minier pour s'émanciper du syndicat charro depuis la moitié des années soixante-dix; une autre suivrait les méandres de ce qui s'est appelé ici La voix du peuple, le journal hebdomadaire que Correa lança il y a sept ans, donnant naissance à la OP qui regroupa des mineurs et des étudiants qui revenaient dans leur ville après avoir suivi leurs études à Guadalajara, Monterrey ou au D.F.; une autre serait l'histoire personnelle de Benjamin Correa, son style fourmi laborieuse, qui l'amena à connaître Santa Ana comme personne, et lorsque je dis connaître, il faudrait parler au sens biblique du mot, car nos plaisanteries dans la voiture lui attribuent au moins sept femmes alors qu'il est officiellement célibataire; une autre histoire envisagerait le travail laborieux que réalisèrent ici deux vieux communistes, un mineur, maintenant retraité, nommé Don Andrés, et un commerçant lesquels, en fin de compte, furent ceux qui poussèrent l'expérience sur le chemin électoral; il y a une cinquième façon d'approcher l'histoire de la municipalité et elle à voir avec le cabinet populaire de consultation juridique qu'organisa Mercado et qui, pendant trois ans donna des droits légaux à des paysans dépossédés de terres, à des loueurs du marché ou à des instituteurs du primaire qui avaient été renvoyés ; la sixième manière est de suivre la trajectoire de la genèse de la municipalité populaire à partir des abus du groupe priiste des caciques et du ras-le-bol populaire. Au choix.
Mes compagnons de voiture, une Renault bringuebalante, suggèrent l'histoire des morts comme septième option: Madera le petit, qui fut poussé d'un monte-charge alors qu' il commençait à mettre en place l'organisation des mineurs. La mort, par balle perdue, de doña Jerónima, vendeuse de poulets sur le marché, qui tomba lors de la manifestation du 20 avril. La mort de Quintín Ramirez, paysan de 45 ans, pendu sur le seuil de sa masure par les sbires des grands propriétaires. La mort de sept enfants lors d'une épidémie à la fin des années quatre-vingt. La mort de Daniel Contreras, écrasé par le fils ivre de Simpson, le gérant de la Santa Ana Mining Co. La mort de Lisandro Vera, étudiant en droit, né à Santa Ana et premier chef de la police de la municipalité populaire, abattu quand il sortait de la prison. La mort de Manuel, ouvrier chez Cocacola, qu'un jaune, payé par l'entreprise, poignarda pendant les tours de garde lors de la grève. La mort de l'instituteur Elpidio, second chef de la police de la mairie rouge de Santa Ana, alors qu'il poursuivait un camion de marijuana à 15 kilomètres de la ville.
Ce serait une autre façon de raconter cette ville que j'avais inventée seulement à partir de photographies, et que j'avais toujours imaginée comme un grand domaine rempli de drapeaux rouges. Et que maintenant je commence à voir de près, comme un pêle-mêle de rues goudronnées et empierrées, de supermarchés, de place municipale, un tissu complexe de pouvoirs et de passions, avec une librairie (!), onze cinémas, onze bordels (officiels et permanents), trois stations de taxis, 117 crimes passionnels par semestre, 1654 mariages par an, 231 mille habitants, 21 églises, 42 écoles primaires, quatre secondaires, une école préparatoire, un Gigante, un Blanco, un Oxxo, un réalisateur de cinéma, 16 hôtels, 28 % de la production d'étain du pays, un cirque tous les deux mois, une mairie rouge qui gagna les élections par 86 mille voix sur 12 mille, un tas de poussière et de terre soulevée qui gâchent la pureté du petit vent venu des montagnes.

***

Eva – du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction :

J'ai découvert au moins six façons de commencer l'histoire de la commune rouge de santa Ana, et ce en un seul jour passé à parcourir en voiture la panaméricaine vers le nord avec trois comparses bien singuliers. L'une d'entre elles serait de raconter la lutte de la section 23 du syndicat minier pour s'émanciper du syndicat dominant depuis la moitié des années soixante-dix ; une autre serait de suivre la piste de ce qu'on appela ici La voix du peuple, le périodique hebdomadaire que Correa avait lancé il y a de cela sept ans, et qui donna naissance à la OP où se rassemblèrent mineurs et étudiants revenant dans leur ville après avoir fait carrière à Guadalajara, Monterrey ou encore au D.F.; une autre serait l'histoire personnelle de Benjamin Correa, pareille à celle d'une petite fourmi, qui l’amena à connaître Santa Ana comme personne, et quand je dis connaître, ce serait même au sens biblique du terme, car les plaisanteries lancées en voiture lui attribuent au moins sept petites résidences alors qu’il est officiellement célibataire; une autre histoire serait en rapport avec les travaux que réalisèrent dans le coin deux vieux communistes, un mineur nommé monsieur Andrés, déjà retraité, et un commerçant, qui, en fin de comptes, furent ceux qui menèrent l’expérience sur le chemin électoral ; il y a une cinquième façon d’approcher l’histoire de la commune, et elle est liée au buffet populaire qu’organisa Mercado et qui, pendant des années, prêta une assistance légale à des paysans privés de terre, des exposants du marché ou des maîtres d’école renvoyés ; la sixième manière, c’est de suivre la trajectoire de la genèse de la commune populaire à partir des abus du caciquat du parti priiste et de l’épuisement populaire. C’est au choix. Mes compagnons de voiture, une Renault déglinguée, suggèrent, au titre de septième possibilité, l’histoire des morts: le pauvre Madera, qui fut jeté d’un monte-charge alors qu’il commençait l’organisation des mineurs. La mort par balle perdue de madame Jerónima, vendeuse de poulets sur le marché, tombée lors de la manifestation du 20 avril. La mort de Quintín Ramírez, paysan de 45 ans, pendu à la porte de sa ferme par les sbires des grands propriétaires. La mort de sept enfants suite à une épidémie à la fin des années quatre-vingt. La mort de Daniel Contreras, renversé par le fils, ivre au volant, de Simpson, gérant de la Santa Ana Mining Co. La mort de Lisandro Vera, étudiant en droit né à Santa Ana et premier chef de police de la commune populaire, tué par balle en sortant de la prison. La mort de Manuel, ouvrier chez Cocacola, qu’un voyou payé par l’entreprise poignarda pendant les tours de garde de la grève. La mort du maître Elpidio, second chef de police de la commune rouge de Santa Ana, à la poursuite d’un camion chargé de marijuana à 15 kilomètres de la ville. Ce serait une autre façon de raconter cette ville, que je n’avais inventée qu’à partir de photos et que j’avais toujours imaginée comme un grand ranch plein de drapeaux rouges. Et que je commençais maintenant à voir de près, comme un enchevêtrement de rues asphaltées et pavées, des supermarchés, une place du village, une combinaison complexe de pouvoirs et de passions, une librairie (!), onze cinémas, onze bordels ( connus et fermement établis), trois stations de taxis, 117 crimes passionnels par semestre, 1,654 mariages par an, 231000 habitants, 21 églises, 42 écoles primaires, quatre établissements du secondaire, une prépa, un Géant, un Blanco, un Oxxo, un réalisateur de cinéma, 16 hôtels, 28% de la production d’étain du pays, un cirque tous les deux mois, une commune rouge qui gagna les élections à 86000 voix contre 12000, un tas de poussière et de terre voltigeant qui gâche la pureté du petit souffle d’air venant des montagnes.

***

Aurélie – du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction :

J’ai découvert au moins six façons de donner un début à l’histoire de la municipalité rouge de Santa Ana, et cela en à peine un jour de voiture sur la transaméricaine en direction du nord, avec trois compagnons singuliers. L’une d’entre elles serait de raconter la lutte de la section 23 du syndicat des mineurs pour se libérer de la tutelle du syndicat charro depuis le milieu des années soixante-dix ; une autre serait de suivre le fil de ce qu’on appela ici La voix du peuple, l’hebdomadaire que Correa créa il y a sept ans, et qui donna naissance à l’OP où se réunirent les mineurs et les étudiants qui revenaient dans leur village après avoir fait leurs études à Guadalajara, Monterrey ou Mexico; une autre serait l’histoire personnelle de Benjamín Correa, son style de petite fourmi, qui l’amena à connaître Santa Ana comme personne, et quand je dis connaître, il faudrait même l’employer dans le sens biblique, car les blagues faites dans la voiture lui attribuaient au moins sept maisons, alors qu’il est célibataire ; une autre histoire serait en rapport avec les activités de deux vieux communistes des environs, un mineur du nom de Don Andrés, déjà retraité, et un commerçant, lesquels, en fin de comptes, furent ceux qui mirent l’expérience sur le chemin des élections ; il y a une cinquième façon d’envisager l’histoire de la mairie, c’est en rapport avec le cabinet populaire organisé par Mercado et qui, durant trois ans, mit à disposition un conseiller légal aux paysans dépossédés de leurs terres, aux locataires du marché ou aux instituteurs mis à la porte ; la sixième façon est de suivre la trajectoire de la genèse de la mairie populaire, à partir des abus du caciquisme du PRI et du ras-le-bol populaire. Au choix.
Dans la voiture, une Renault déglinguée, mes compagnons suggèrent l’histoire des morts comme septième option : celle de Madera le plat, qui fut poussé depuis un mont de charges alors qu’il commençait à mettre en place l’organisation des mineurs. La mort par balle perdue de doña Jerónima, vendeuse de poulets au marché, qui mourut dans la manifestation du 20 avril. La mort de Quintín Ramírez, paysan de 45 ans, pendu à la porte de son domicile par les hommes armés des propriétaires fonciers. La mort de sept enfants lors d’une épidémie à la fin des années quatre-vingts. La mort de Daniel Contreras, écrasé par le fils ivre de Simpson, le gérant de la Santa Ana Mining Co. La mort de Lisandro Vera, étudiant en droit né à Santa Ana et premier chef de police de la mairie populaire, tué d’une balle en sortant de la prison. La mort de Manuel, ouvrier chez Coca-Cola, qu’un briseur de grève payé par l’entreprise poignarda pendant les gardes de la grève. La mort de l’instituteur Elpidio, chef en second de la police de la municipalité rouge de Santa Ana, poursuivi par un camion de marijuana à 15 kilomètres de la ville.
Ce serait une autre manière de raconter cette ville que je n’avais inventé qu’à partir de photographies et toujours imaginé comme un grand ranch rempli de drapeaux rouges. Et à présent je commence à la voir de plus près, comme un mélange de rues asphaltées et pavées, des supermarchés, une place municipale, un méli-mélo complexe de pouvoirs et de passions, une librairie ( !), onze cinémas, onze bordels (connus et bien établis), trois arrêts de taxis, 117 crimes passionnels par semestre, 1654 mariages par an, 231 habitants, 21 églises, 42 écoles primaires, quatre écoles secondaires, une prépa, un Gigante, un Blanco, un Oxxo, un réalisateur de cinéma, 16 hôtels, 28% de la production d’étain du pays, un cirque tous les deux mois, une municipalité rouge qui a gagné les élections de 86 mille votes contre 12 mille, un tas de poussière et une terre poudreuse qui encombrent la pureté du bon air de la montagne.

Véronique – du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction :

J‘ai découvert au moins six façons de commencer l’histoire de la mairie rouge de Santa Ana, et cela rien qu’en un jour de voiture, en empruntant la panaméricaine vers le Nord, avec trois compagnons singuliers. L’une d’elles serait de raconter la lutte de la section 23 du syndicat minier s’émancipant du syndicat traditionnel mexicain depuis le milieu des années soixante-dix ; une autre serait de suivre les fils de ce que l’on nomma ici La Voix du peuple, le journal hebdomadaire que Correa lança voilà sept ans, et qui donna naissance à la OP où s’étaient regroupés des mineurs et des étudiants qui rentraient dans leur ville après avoir étudiés à Guadalajara, à Monterrey ou au D.F. ; une autre serait l’histoire personnelle de Benjamín Correa, son style de petite fourmi, qui le poussa à connaître Santa Ana comme personne, et lorsque je dis « connaître », il faudrait même utiliser le terme dans son sens biblique, en effet, un tas de plaisanteries lancées dans la voiture lui attribuaient au moins sept maisons se bonnes alors que, officiellement, il était célibataire ; une autre histoire aurait à voir avec le travail que firent par ici deux vieux communistes, un mineur du nom de Don Andrés, déjà à la retraite, et un commerçant qui, en fin de compte, furent ceux qui poussèrent l’expérience sur le chemin électoral ; il y a une cinquième façon d’approcher l’histoire de la mairie, elle est en rapport avec le bureau d’études populaire qu’organisa Mercado et qui, durant trois ans, ouvrit une rampe d’accès aux droits pour les paysans privés de leur terre, pour les locataires du marché ou pour les maîtres du primaire renvoyés ; la sixième façon est de suivre la trajectoire de la genèse de la mairie populaire à partir des abus du caciquisme priiste et du mal-être général.
Mes compagnons de voiture, une Renault détraquée, émirent l’idée de l’histoire des morts comme septième option : El Chato Madera, qui fut jeté d’un monte-charge lorsqu’il se chargeait de l’organisation des mineurs. La mort, atteinte d’une balle perdue, de doña Jerónima vendeuse de poulets au marché, tombée pendant la manifestation du 20 avril. La mort de Quintín Ramírez, paysan de 45 ans, pendu à la porte de sa chaumière par des bandits engagés par les propriétaires terriens. La morts des sept enfants au cours d’une épidémie à la fin des années quatre-vingt. La mort de Daniel Contreras, renversé par le fils ivre de Simpson, le gérant du groupe Santa Ana Mining Co. La mort de Lisandro Vera, étudiant en droit, né à Santa Ana et premier chef de la police de la mairie populaire, mort par balle à sa sortie de prison. La mort de Manuel, ouvrier chez Coca Cola, poignardé par un briseur de grève, payé par l’entreprise. La mort du maître Elpidio, second chef de police de la mairie rouge de Santa Ana, qui poursuivait un camion chargé en marijuana à 15 kilomètres de la ville.
Cette manière serait une autre façon de raconter cette ville que j’avais inventée uniquement à partir de photographies et que j’avais toujours imaginée comme un grand ranch plein de drapeaux rouges. Et qu’à présent, je commence à voir de près comme un enchevêtrement de rues goudronnées et pavées, de supermarchés, une place municipale, une structure complexe de pouvoirs et de passions, une librairie ( !), onze cinémas, onze bordels (connus et stables), trois stations de taxis, 117 crimes passionnels par semestre, 1654 mariages par an, 231 mille habitants, 21 églises, 42 écoles primaires, quatre secondaires, un lycée, un Gigante, un Blanco, un Oxxo, un directeur de cinéma, 16 hotels, 28% de la production d’étain du pays, un cirque une fois tous les deux mois, une mairie rouge qui gagna les élections par 86 mille voix contre 12 mille, une tonne de poussière et de terre qui vole dérangeant la pureté du peu d’air des montagnes.