samedi 4 avril 2009

Résultats du sondage de Jacqueline…

La question était la suivante :

« Le traducteur doit-il être imperméable à tout sentiment personnel pour mieux se couler dans ceux des personnages dont il a la charge… »

Sur 15 votants :

Oui = 8 voix (53%)
Non = 7 voix (46%)

Je laisse à l'initiatrice du sondage d'en faire le commentaire. À mon avis, comme les résultats sont très serrés, cela mérite peut-être d'affiner un peu la question avec un nouveau sondage pour creuser ce qui constitue manifestement une difficulté… et de taille puisqu'il s'agit rien moins que de la nature de l'implication du traducteur dans l'histoire sur laquelle il travaille. J'attends les consignes de l'amie Jacqueline.

Le commentaire de Jacqueline :

Tout d’abord, replaçons les choses dans leur contexte : tout part en effet d’un message que j’envoie à Caroline à la suite du post du 27 mars (version « Los de mi barrio se quejan » d’Elvira Lindo, Yo y el imbécil.). Le voici in extenso :
« Bonjour Caroline, me permets-tu de te dire que je n'ai pas aimé ton illustration : cet œil qui semble saigner me "terrorise", on dirait celui dans la tombe qui regardait Caïn… il est tellement joli ce texte, si plein d'humour et de tendresse, moi, j'aurais bien vu le grand-père et son petit-fils (je te fais grâce de la prostate!) s'appuyant l'un sur l'autre ». En retour, j’obtiens aussitôt la belle image « et au milieu coule la rivière… » que vous pouvez voir sur le blog, assortie de ce bref commentaire : « Que tu es sentimentale ! » Vous me connaissez, cela m’a inquiétée, dès lors, je n’avais plus qu’une solution : proposer un sondage. Je n’ai pas fait appel en vain à vous, mes sœurs, vous avez toutes répondu. Las, vous n’êtes pas d’accord, et moi, je suis encore plus perplexe.
Prenons donc un exemple : je traduis « El Sexto », ça, on ne peut pas l’ignorer, il y a là un vilain méchant, d’ailleurs, il s’appelle Puñalada, c’est dire ; moi, je n’ai pas été élevée dans le culte des méchants, Puñalada, ce n’est pas ma tasse de thé -mais mon futur éditeur (soyons fous) n’en a cure-, vais-je au détour d’une phrase par le choix d’un mot plutôt que d’un autre (on peut aussi tuer avec des mots) laisser percer le bout de l’oreille ? Personnellement, à la question ainsi posée : «Le traducteur doit-il être imperméable à tout sentiment personnel pour mieux se couler dans ceux des personnages dont il a la charge…», moi, j’ai répondu « oui ». J’ai bien parlé de « charge », donc de responsabilité. Pour celles d’entre nous qui ont eu la chance de partager l’écoute de Claire Cayron, lors du dernier cours de Pascale Sardin, souvenons-nous de ce que dit la traductrice : la traduction est une écriture mais une écriture seconde, elle doit suivre ; soulignant ainsi que c’est le message que veut faire passer l’auteur qui compte et que ses personnages lui appartiennent. Je pense pour ma part que je dois essayer de les comprendre de l’intérieur à travers le regard de celui qui les a créés.

Du nouveau dans la colonne de droite, 2

Encore plus bas, la liste de la boîte à idées 1 « les références culturelles ».

Du nouveau dans la colonne de droite

Tout en bas, tout en bas (eh oui, ça devient vertigineux !), vous trouverez la liste des traductions « officielles » que nous n'avons pas encore. La date placée en regard correspond évidemment au jour où la version a été proposée. Vous voyez qu'il reste encore pas mal de travail… alors merci à tous de nous aider (envoyez-moi cela par mail, sans oublier le nom du traducteur, la date de publication et l'éditeur). J'éliminerai au fur et à mesure…

La Maison des Ecrivains Etrangers et des Traducteurs de Saint-Nazaire, par Nathalie

En photo : www.mairie-saintnazaire.fr/media/Culture/Meet...

(merci à Elisabeth de m’avoir permis de rédiger ce billet)

Depuis plus de vingt ans, la Maison des Ecrivains Etrangers et des Traducteurs – MEET – de Saint-Nazaire accueille des écrivains et des traducteurs du monde entier. Elle invite ainsi chaque année un écrivain ou un traducteur, lui alloue une bourse, et met à sa disposition un appartement.
Quelques écrivains hispano-américains accueillis en résidence : Reinaldo Arenas (Cuba), Ruben Bareiro Saguier (Paraguay), Eduardo Berti (Argentine), Luis Goytisolo (Espagne)…
La MEET organise régulièrement des rencontres, des lectures publiques ainsi que des colloques pour découvrir des littératures nationales : Pays Baltes, Roumanie, Amérique Centrale, Inde… ; explorer le monde de la traduction : « Les poètes européens et leurs traducteurs » (juin 1992), « Le projet littéraire et sa traduction» (novembre 1995) ; ou faire se rencontrer écrivains et plasticiens : « Rencontre entre graveurs polonais et poètes français » (avril 1999).
Et depuis 2003, elle organise, la troisième semaine de novembre, des rencontres littéraires internationales, MEETING, autour d’un thème donné : « Le lecteur idéal » (Alberto Manguel, Leonardo Padura…), « Les bonheurs de Babel » Emmanuel Carrère, Juan José Saer…), « L’invention du livre » (José Manuel Fajardo, Luis Sepúlveda…), « Lectures lointaines » (Clémence Boulouque, Jean Echenoz…), « Avoir vingt ans ».
À cette occasion, elle publie un recueil bilingue de textes inédits sur le sujet débattu au cours de ces rencontres.
Elle publie également, depuis 1997, une revue littéraire internationale, MEET. Chaque numéro est consacré à 2 villes ou à 2 littératures : Trieste/Buenos Aires (n°1), Berlin/Caracas (n°5), Alger/La Havane (n°7), Mexico/Sarajevo (n°10)… et regroupe des textes multilingues ainsi que des dessins, encres, gravures, photographies…
À ces publications périodiques, il faut ajouter la liste des ouvrages bilingues : romans ou pièces de théâtre (une soixantaine de titres au catalogue).
Enfin, chaque année, elle remet 3 prix littéraires :
- depuis 1986, un prix qui récompense la meilleure œuvre de fiction traduite en français dans l’année ; en hommage à Laure Bataillon, lauréate en 1988 et disparue 2 ans plus tard, le prix porte son nom. Le Prix Laure-Bataillon, doté de 15 000 euros, est attribué conjointement à l’auteur et à son traducteur par un jury d’écrivains, de traducteurs et de critiques littéraires (le Prix 2008 a été remis à Vasilli Golovanov, Éloges des voyages insensés, traduit du russe par Hélène Châtelain, Éditions Verdier).
- depuis 2003, le prix Laure-Bataillon classique récompense la traduction récente d’une œuvre non contemporaine (Ovide, Les Écrits érotiques traduit du latin par Danièle Robert, aux Éditions Actes Sud, 2003) ;
- le Prix de la Jeune Littérature latino-américaine, remis tous les 2 ans, depuis 1998, à un jeune écrivain qui n’a pas encore publié (sauf dans des revues). C’est la MEET qui se charge alors de publier son œuvre en édition bilingue et de la distribuer.
Je vois invite à aller sur le site de la MEET : http://www.meet.asso.fr pour mieux faire connaissance avec cette institution méconnue.
Pour finir, un mot sur la prononciation de MEET : l’acronyme renvoie directement au verbe anglais « to meet » [mi :t] qui signifie : rencontrer, fréquenter, se réunir… Tout un programme.

Les photo, 3… (après-midi du 3 avril)






Les photo, 3… (matin du 3 avril)


Une deuxième journée spéciale

En photo : traduction prochaine par decompsandree

Pour les absents, Brigitte, Odile, Laure G., Laëtitia et tous les autres, impatients de savoir comment s'est passée cette deuxième journée spéciale, je commence évidemment par un rapide bulletin météo : aujourd'hui, où nous étions confortablement et chaudement installés dans l'amphi Cirot, le campus était splendidement ensoleillé… Largement de quoi sortir ses lunettes de soleil et son transat pour haranguer les foules. De là à dire que les choses sont mal faites.
Mais peu importe… il y avait au programme largement de quoi nous faire oublier les menues contrariétés du quotidien. Croyez-moi, l'emploi du temps était chargé !
Nous étions sur le pont dès 9h00. Je vous rappelle que nous participions au Forum des langues (financé par l'école doctorale de notre université et organisé par mon binôme du parcours anglais, Véronique Béghain), dont le principal objectif est d'ouvrir aux étudiants d'autres horizons professionnels que l'enseignement. Non pas que la voie soit trop étroite, je tiens à le préciser avec force ici, mais il est vrai que nous n'avons pas tous la vocation pour être professeur et qu'il est bon de diversifier nos débouchés… Bizarrement, nous en arrivons nous-mêmes parfois à oublier que nous savons faire des tas de choses, or là, chacun aura en effet été convaincu que oui, nous avons quantité de cordes à notre arc, nous autres spécialistes des langues. À en croire les orateurs de ce matin, nous serions une espèce de ciment sans lequel tout l'édifice s'écroulerait misérablement. Je ne sais pas ce qu'en diront les apprenties, mais moi, figurez-vous que je l'ai presque cru et que j'ai eu l'impression de jouer un rôle important. Tout cela, nous le savions, plus ou moins… mais peut-être nous arrive-t-il de le perdre de vue, en particulier quand on prête trop souvent l'oreille aux jugements hâtifs de ceux qui ignorent ce que nous apprenons réellement dans nos filières; et cela nous fait du bien de l'entendre clamer haut et fort par d'autres, preuves à l'appui. Voilà ! Nous avons de quoi être fiers et il faut que notre métier de traducteur soit aussi cela : porter haut les couleurs de notre discipline. Qui étaient ces autres ? Une première table ronde était consacrée à la traduction littéraire, avec Lise Chapuis (enseignante de lettres dans le secondaire et traductrice de l'italien), Olivier Mannoni (président de l'ATLF et traducteur de l'allemand) et Jean-Baptiste Bernet, un ancien du parcours d'anglais – promotion 2004 –, aujourd'hui traducteur spécialisé dans la SF. Par-delà le détail de ce que chacun a dit, je remarque qu'il est toujours aussi doux à mon oreille d'entendre les traducteurs vanter les mérites et s'extasier sur les délices de leur profession. Ensuite, notre invitée, Micheline Durand (interprète officielle pour la Présidence de la République, auteure du Larousse Espagnol/Français, du Larousse Espagnol/Anglais, enseignante de traduction à Sciences Politiques Paris et à l'ESIT), a fait une présentation de son métier d'interprète, à la fois très personnelle et générale. Elle nous a en particulier apporté des données très concrètes sur les modalités d'entrée à l'ESIT, « l'école d'interprètes la plus prestigieuse au monde », sur la nature des enseignements dispensés et ensuite sur l'évaluation au terme des deux années de formation. Le tout a été conclu par un petit aveu inattendu : parmi les nombreux personnages qu'elle a rencontrés au cours de sa longue carrière au plus haut niveau, c'est Fidel Castro qui l'a le plus impressionnée. Il semblerait que personne ne ressort d'un entretien avec lui sans avoir le frisson…
Après un rapide buffet à la Maison de l'archéologie, nous avons regagné notre bercail tradabordien-tradabordelais-tradabordin-tradabordelesque (?) et nous avons continué la discussion avec Micheline, (Jacqueline, Nathalie, Laure L. Blandine et Elisabeth) et en présence de Marie-Georges, une étudiante de M1 Parcours traduction et d'un petit groupe d'étudiants de L3 Parcours traduction. Merci à eux ! Les questions ont été plus ciblées que le matin. Faire un dictionnaire en 1968 n'était pas chose aisée… Je crois qu'à travers cette longue discussion à bâtons rompus, nous avons véritablement appris à connaître et à comprendre un autre métier de la traduction -qui, paradoxalement, est assez mal connu à l'université. Oui, il semblerait qu'il existe une autre planète proche de notre planète traduction littéraire. Une planète que nous ignorions à peu près jusque-là et sur laquelle il s'avère que nous avons des cousins pas si différents de nous, finalement. Ils parlent, ils parlent, ils parlent… nous écrivons, nous écrivons, nous écrivons. Ils sont aussi passionnés que nous, se posent à peu près les mêmes questions et ont presque les mêmes états d'âme.
Allez, ne soyons pas avares ! Laissons à ces aimables membres de la famille un peu de notre bien commun : l'espagnol et le français.
Vous voyez, c'était une journée enthousiasmante.

Références culturelles, 88 : voló como Matías Pérez

En photo : Volo como Matias Perez par Lester Cadalso

Une expression cubaine directement dérivée d'une référence culturelle. Pour savoir de quoi il s'agit :

http://sabroson.blogspot.com/2005/02/viernes-cubano-matias-prez.html

vendredi 3 avril 2009

Avec un peu de retard… votre version du vendredi (sujet de l'agrégation externe 2009)

En photo : 020- Los infortunios de un cocodrilo par ayacata7

Debo advertir, antes de expresar lo que toleré y sufrí de trabajos y penalidades en tantos años, el que sólo en el condestable Niepat y en Dick, cuartomaestre del capitán Bel, hallé algunas conmiseración y consuelo en mis continuas fatigas, así socorriéndome sin que sus compañeros lo viesen en casi extremas necesidades, como en buenas palabras con que me exhortaba a la paciencia. Persuádome a que era el condestable cátolico sin duda alguna.
Juntándose a consejo en este paraje y no se trató otra cosa sino qué se haría de mí y de siete compañeros míos que habían quedado.
Votaron unos (y fueron los más) que nos degollasen, y otros, no tan crueles, que nos dejasen en tierra. A unos y a otros se opusieron el condestable Niepat, el cuartomaestre Dick y el capitán Donkin con los de su séquito, afeando acción tan indigna a la generosidad de la iglesia.
— Bástanos – decía éste – haber degenerado de quienes somos, robando lo mejor del Oriente con circunstancias tan impías. ¿ Por ventura no están clamando al cielo tantos inocentes a quienes les llevamos lo que a costa de sudores poseían, a quienes les quitamos la vida ? Qué es lo que hizo este pobre español ahora para que la pierda ? Habernos servido como un esclavo en agradecimiento de lo que con él se ha hecho desde que lo cogimos. Dejarlo en este río, donde juzgo no hay otra cosa que indios bárbaros, es ingratitud. Degollarlo, como otros decís, es más que impiedad ; y, porque no dé voces que oigan por todo el mundo su inocente sangre, yo soy, y los míos, quien los patrocina.
Llegó a tanto la controversia que estando ya para tomar las armas para decirla, se convinieron en que me diesen la fragata que apresaron en el estrecho de Syncapura y con ella la libertad para que dispusiese de mí y de mis compañeros como mejor me estuviese.
Presuponiendo el que a todo ello me hallé presente, póngase en mi lugar quien aquí llegare y discurra de qué tamaño sería el susto y la congoja con que yo estuve.

Carlos de Sigüenza y Góngora, Infortunios de Alonso Ramírez (1690) [ed. de Lucercio Pérez Blanco, Madrid, Historia 16, p. 99]

***

Jacqueline nous propose sa traduction :

Je me dois d’avertir, avant de dépeindre toutes les épreuves et les souffrances que j’ai pu endurer et supporter au cours de si nombreuses années, que c’est seulement chez le connétable Niepat et chez Dick, le quartier-maître du capitaine Bel, que j’ai rencontré quelque commisération et quelque consolation à mes tourments continuels, dès que, dans un état de nécessité aussi extrême, il m’a secouru, loin du regard de ses compagnons, par les bonnes paroles avec lesquelles il m’a exhorté à la patience, me prouvant ainsi sans aucun doute qu’il était bien ce fameux connétable catholique.
Dans cette situation, il prit conseil – et il ne s’agissait pas moins que de savoir ce qu’on allait faire de moi et de mes sept compagnons qui avaient survécu-. Les uns prirent le parti de nous décapiter, d’autres, moins cruels, de nous laisser sur cette terre. Aux uns et aux autres, s’opposèrent le connétable Niepat, le quartier-maître Dick et le capitaine Donkin ainsi que leurs troupes, en blâmant une attitude si peu digne de la générosité de l’église.
— Il nous suffit –disait-il- de nous être déconsidérés, en volant à l’Orient ce qu’il a de meilleur, et de manière aussi impie. N’imploreraient-ils pas maintenant les cieux, tous ces innocents à qui nous avons dérobé les biens qu’ils avaient amassés à la sueur de leur front, à qui nous avons ôté la vie ? Pour l’heure, qu’a donc fait ce pauvre espagnol pour perdre la sienne ? Il nous a servi comme un esclave en remerciement de ce qu’il a subi depuis qu’il a été capturé. L’abandonner dans cet endroit où je pense qu’il n’existe que des indiens sauvages, c’est pure ingratitude. Le décapiter, comme vous l’avez dit, c’est pire qu’acte impie ; et si n’ai pas poussé de cris pour qu’on entende sur toute la terre crier leur sang innocent, c’est moi et les miens qui allons le protéger.
— La controverse en arriva au point qu’ils allaient l’exprimer en prenant les armes ; ils s’accordèrent alors à me laisser la frégate qu’ils avaient arraisonnée dans le détroit de Singapour et avec elle, la liberté d’en user à ma guise, de moi et de mes compagnons.
— Considérant que j’ai assisté à tout cela en personne, que se mette à ma place qui veuille et que celui-ci médite sur l’importance de la frayeur et de l’affliction qui furent miennes.

***

Brigitte nous propose sa traduction :

Il me faut signaler, avant de décrire combien de peines et de tâches j’ai dues supporter et endurer pendant tant d’années, que ce n’est qu’en la personne du connétable Niepat et de Dick, quartier-maître du capitaine Bel, que j’ai pu trouver quelque compassion et quelque réconfort au cours de mes continuelles épreuves, me venant en aide, sans être vu de ses compagnons, alors que je me trouvais dans des circonstances presque désespérées, et en m’exhortant à la patience par ses paroles amènes. Ce qui me persuada, sans l’ombre d’un doute, que le connétable était un bon catholique.
Un conseil se réunit en cette contrée et il ne fut question que de savoir ce qu’on ferait de moi et de sept de mes compagnons restés là. Certains réclamèrent (et ce furent les plus nombreux) qu’on nous tranche la gorge, et d’autres, moins cruels, qu’on nous laisse à terre. Aux uns comme aux autres, le connétable Niepat, le quartier-maître Dick et le capitaine Donkin et sa suite, objectèrent qu’un acte si barbare déshonorerait la générosité de l’église.
- Il nous suffit bien – disait ce dernier – de nous être bassement détournés de ce que nous sommes, en pillant, dans des circonstances aussi sacrilèges, ce qu’il y a de meilleur en Orient. Et ces innombrables innocents, n’implorent-ils pas le ciel, tous ceux à qui nous avons dérobé les biens acquis à la sueur de leur front, à qui nous avons pris la vie ? Et qu’a donc fait ce malheureux espagnol pour à présent perdre la sienne ? Si ce n’est nous servir comme un esclave en reconnaissance de ce que nous avons fait de lui depuis qu’il a été pris. Le laisser sur ce fleuve, où j’estime qu’il n’y a rien d’autre que des indiens barbares, ne serait qu’ingratitude. Lui trancher la gorge, comme vous autres le dîtes, est plus qu’impiété ; et, pour que ne courre point, de par le monde, la rumeur d’un sang innocent répandu, je suis, moi et les miens, leur défenseur.
La controverse fit rage à un tel point que nous étions proches d’en découdre par les armes et ils s’accordèrent finalement à me donner la frégate arraisonnée dans le détroit de Syncapora et avec elle, la liberté, afin que je puisse, moi et mes compagnons, en disposer à ma guise.
Etant entendu que j’assistai en personne à tout ceci, que quiconque vienne en ce lieu et prenne donc ma place, et qu’il veuille bien imaginer dans quel état de peur et de colère je me suis senti alors.

Texte, image et traduction, par Vincent Foucaud

En photo : poesie-visuelle-(14) par moya janus

Les études littéraires ont toujours eu tendance à séparer l'analyse du texte de l'analyse de l'image ; en ce qui concerne les études d'espagnol, le texte est étudié en littérature, en linguistique et en civilisation ; l'image, quant à elle, ne s'étudie que dans le cadre de la civilisation et bien souvent est complètement séparée de l'étude du texte. Dans le reste du domaine des études universitaires, toutes les autres disciplines de littérature et de sciences humaines dissocient nettement l'analyse textuelle de l'analyse iconique, qu'il s'agisse de l'histoire, de l'histoire de l'art, des arts, des lettres modernes, des lettres classiques, etc.
En réalité, il est vrai a priori qu'image et texte recouvrent deux réalités bien distinctes et surtout autonomes. Il suffit pour s'en rendre compte de considérer premièrement leur mode de lecture respectif : la lecture d'un texte obéit à un mouvement précis et codifié (on lit ainsi de gauche à droite et de haut en bas dans la culture occidentale) tandis que la lecture d'une image ne suit pas de sens pré-défini ; d'ailleurs, dans la grande majorité des cas, l'image donne des informations de manière simultanée, d'un seul coup. Il appartient au spectateur de hiérarchiser les données qu'une image lui envoie. Deuxièmement, l'image et le texte sont d'autant plus indépendants l'un de l'autre qu'ils sont de nature différente. Le texte est étymologiquement en effet un « tissage » de mots, c'est-à-dire un tissage de signes appartenant à un code : le langage. Le texte représente plus exactement la fixation de la parole, que ce soit à l'écrit ou à l'oral ; il peut donc être appréhendé mentalement, visuellement et auditivement. Quant à l'image, elle ne peut s'appréhender que mentalement et visuellement ; en aucun cas elle peut être entendue. D'après les diverses définitions que l'on peut en donner, l'image apparaît sous deux formes : elle peut être mentale (en tant que rêve, produit de l'imagination, ou encore produit d'une figure de style en littérature, c'est-à-dire une image littéraire) ou visuelle (appréhendée par les yeux, depuis le reflet d'un miroir jusqu'aux productions des arts visuels). A ces deux points de différence, on pourra ajouter troisièmement celui de leur origine : ainsi, tout texte, d'après l'analyse de Julia Kristeva dans Σημειωτιχή, est issu de textes antérieurs entendus ou lus par le locuteur (c'est le principe d'intertextualité) ; quant à l'image, elle est toujours liée à un élément externe dont elle est la représentation ; elle est liée à un monde fictionnel autonome, parallèle à celui produit par un texte littéraire par exemple. Ainsi, il apparaît à première vue que texte et image recouvrent deux domaines complètement indépendants l'un de l'autre. De cette manière, le traducteur, apparemment, ne devra manipuler dans son travail de traduction que le texte, littéraire dans la plupart des cas. Nous essaierons de montrer que cette idée est fausse. Certes, dans le travail de traduction, le texte est omniprésent, puisqu'il s'agit principalement de le faire passer d'une langue à une autre ; mais, et aussi surprenant que cela puisse paraître, le traducteur sera très souvent voire continuellement en présence de texte et d'image associés : même si ces deux éléments semblent indépendants l'un de l'autre, ils s'articulent constamment. L'objet de notre exposé sera donc de rendre compte des différentes articulations texte-image auxquelles le traducteur sera confronté.
Ainsi, dans un premier temps, nous montrerons que le texte est de manière générale inséparable de l'image. Partant de ce point de vue, nous verrons par conséquent dans un deuxième temps que le travail du traducteur sera d'autant plus complexe. Or, dans un troisième temps, il apparaîtra que cette complexité sera à son apogée dans le cas de la traduction de messages mixtes dont la nature repose essentiellement sur l'association texte-image.

Tout d'abord, et contrairement aux apparences, le texte est de manière générale sans cesse en relation avec l'image.

Il apparaît en premier lieu que le texte a pratiquement toujours été en contact avec l'image. En effet, les toutes premières manifestations de l'écriture se sont faites sous la forme d'images : on pense effectivement aux peintures rupestres pré-historiques qui sont principalement figuratives, à l'apparition des langues idéographiques, des langues pictographiques ou des langues hiéroglyphiques dont la forme associe étroitement dessin et idée ; or, ces systèmes d'écriture sont à l'origine des nôtres. Ensuite, l'association texte-image s'est multipliée tout au long de l'histoire ; afin d'en donner un panorama complet, citons un extrait du livre Littérature et peinture de Daniel Bergez :
C'est d'abord dans l'espace public et collectif que se noue le dialogue effectif entre texte et image, des miniatures du Moyen Age à la bande dessinée contemporaine. La pratique est si ancienne et si diversifiée qu'on ne peut qu'en donner idée, en un raccourci qui suggère l'extraordinaire fortune de ce dialogue.
Dans la société d'Ancien Régime, c'est souvent par cette alliance du mot et de l'image que circulent les informations : affiches, cartes illustrées proposées par les colporteurs, almanachs, forment le soubassement, graphique et visuel, de la culture populaire. L'espace privé de la lecture a lui aussi fait sa place à ce dialogue entre texte et image, notamment dans les romans de la littérature de colportage. Par exemple, dans les volumes de la célèbre « Bibliothèque bleue » de Troyes, l'image est un complément offert à un public pour lequel l'accès à la lecture n'est pas aisé. On sait d'ailleurs que sous l'Ancien Régime les manuels scolaires étaient illustrés. Ce double mode d'information peut porter sur des savoirs spécialisés : cartographie, planches de médecine, de botanique, d'anatomie, ouvrages d'architecture, fonctionnent sur ce double registre. Le fonds théologique alimente bien sûr abondamment ce dialogue, en dehors même des églises et autres lieux de culte : les ouvrages de piété illustrés (dont la Bible) témoignent d'une prodigieuse imagination dans le traitement de la relation texte-image. Lettrines enluminées, chevauchements divers entre le texte et l'illustration forment alors un art d'une extraordinaire variété. La littérature morale cultive les emblèmes et devises. Quant au débat politique, il alimente l'espace public en libelles illustrés, textes pamphlétaires accompagnés de caricatures (par exemple au moment de la Révolution française). Tous ces textes illustrés qui ont traversé et traversent encore l'espace public, faisant circuler les informations, véhiculant et créant aussi à leur manière une doxa, trouvent dans la civilisation moderne une forme d'apothéose dans l'image piblicitaire et la bande dessinée. Comme dans le roman-photo, dont la structure narrative relève le plus souvent d'une logique textuelle (c'est dans le texte que les articulations du récit, comme les effets de sens, sont explicités), l'image y double en permanence le récit, selon une intrication souvent difficile à défaire par l'analyse, tant les deux modes d'expression y paraissent indissociables.

Pour compléter la liste d'exemples proposés par D. Bergez, nous rappellerons que les formes d'association texte-image se multiplient à l'heure actuelle, que ce soit sous la forme de modes d'emploi, des étiquettes de marchandises, des logotypes, des sites internet, des écrans d'ordinateurs et de téléphones portables, etc. Nous pouvons même affirmer que nous nous confrontons quotidiennement à l'association texte-image.
Dans le cas plus précis de la traduction littéraire, cette association se retrouve dans la matérialité du livre. Le texte, d'une certaine manière, se trouve dans ce cas toujours encadré par plusieurs types d'images. En effet, avant de traduire, il convient de lire le texte. Cette lecture commence par le titre présent sur la couverture du livre. Or, celle-ci très souvent associe le titre de l'œuvre à l'image d'une œuvre d'art visuelle, en général un tableau, ou une photographie de sculpture, de pièce de théâtre, d'une affiche, un montage informatique, etc. Sur la tranche du livre figurera également le logotype de la maison d'édition ; à l'intérieur de l'ouvrage, enfin, pourront même figurer dans certaines éditions des illustrations du texte. Lors de la lecture, apparaîtront les images mentales qui surgiront dans l'esprit de tout lecteur : ces images seront liées à son imagination, à sa capacité de s'imaginer le récit qu'il lit. Dans certains cas, l'image sera aussi présente dans des jeux graphiques, comme par exemple dans le recueil De palabra du poète argentin Juan Gelman où le texte, privé de ponctuation, se verra restructuré par le signe /, ce dernier permettant une mise en page originale. Si nous récapitulons ces diverses formes d'images entourant le texte à traduire, nous nous apercevons qu'elles se déclinent sous trois formes : des images mentales, des images visuelles et des images graphiques. Or, si nous considérons ces trois types d'images, nous nous rendons compte qu'elles fonctionnent en système, car elles renvoient à trois modes du texte : son mode sémantique (que représentent les images mentales), son mode référentiel (que représentent les images visuelles) et son mode sémiotique (que représentent les images graphiques). Nous observons ainsi que les images entourant le texte dépassent de très loin leur dimension paratextuelle, puisqu'elles s'associent à ses trois dimensions linguistiques selon le schéma saussurien du signe linguistique. Image et texte ne sont donc pas aussi parallèles qu'il n'y paraît de prime abord.
La deuxième étape dans le travail de traduction consiste, après la lecture, en une brève analyse, un bref commentaire du texte à traduire. Or, on observe facilement que les outils d'analyse du texte et de l'image sont très proches. En effet, dans de nombreux cas, la terminologie critique utilisera les mêmes mots pour qualifier un texte ou une image ; un bref inventaire permet d'ailleurs facilement de s'en rendre compte : on pourra ainsi parler dans les deux cas de portrait, de point de vue ou de focalisation, de paysage, de description cinématographique, de flash-back, de lecture, de structure, de syntaxe, de mouvement... autant de termes que l'appareil critique peut utiliser aussi bien pour analyser un texte qu'une image, fixe ou en mouvement. Or, si de nombreux termes d'analyse sont identiques, cela traduit en réalité un même fonctionnement : en effet, aussi bien le texte que l'image font intervenir l'imagination. Dans le cas de la lecture d'un texte, cela est évident. En revanche, l'intervention de l'imagination est moins évidente pour ce qui est de la perception d'une image. Voici l'explication qu'en propose J. Morizot :

Le trait le plus important est que tout jeu présuppose des règles plus ou moins nettement formalisées, ou même tout simplement improvisées comme lorsqu'un groupe d'enfants métamorphose une vieille souche envahie par la végétation en un ours menaçant. Ils ne confondent évidemment pas une souche et un ours mais ils inventent un scénario commun dans lequel ils s'engagent à « jouer le jeu ». Dans le cas des jouets (poupées, autos miniatures, etc.), le caractère artificiel de l'objet fait qu'il est intentionnellement conçu de manière à atteindre le même résultat. Il devient alors tentant de regarder l'ensemble des oeuvres d'art comme relevant elles aussi d'un genre de prescription comparable : chacune est « a prop », c'est-à-dire un étai, un support, un point d'appui à partir duquel l'imagination est capable de proliférer, tel un arbre qui a d'abord besoin de son tuteur et souvent le dépasse. [...] L'oeuvre ne prend son sens social et artistique qu'à l'articulation d'un artefact et d'un comportement, elle est une incitation à faire un usage contrôlé de l'imagination. [...] Dans la perception d'une image, « l'acte de voir et l'acte d'imaginer sont inséparablement liés ensemble, intégrés dans un tout phénoménologique complexe et unique ». [...] Ce qui sollicite l'acte d'imaginer n'est pas la surface de l'image, c'est l'appréhension visuelle qu'on en prend : imaginer qu'on est en train de voir ce qu'on verrait si l'on était en face de ce que montre l'image [...].

Pourquoi un même fonctionnement apparaît-il dans la lecture d'un texte et dans la perception d'une image ? La réponse tient sûrement au fait que littérature et image ont ceci en commun qu'il s'agit de deux arts fondés sur le principe de mimèsis, autrement dit sur le principe de représentation du réel. Or, si leur fonction est semblable, leurs fonctionnements respectifs ne peuvent qu'avoir des points communs. Image et littérature constituent ainsi deux arts rivaux. J. Morizot souligne par ailleurs l'importance de la fiction dans la constitution de l'image :

[...] Toute image est par définition une fiction. Ce qui caractérise en effet la dépiction n'est pas une correspondance minutieuse entre l'image et ce qu'elle dépeint [...], c'est sa capacité à favoriser « des jeux de faire-semblant perceptuels qui sont riches et vivants » c'est-à-dire qui confèrent aux éléments qui composent l'image un rôle efficace d'objets à imaginer. Walton considère donc que la dépiction est une notion fondamentalement pragmatique et que le contenu sémantique y tient une place marginale.

Nous venons de voir dans cette première partie que, contrairement aux apparences, texte et image sont très liés : leur lien est manifeste aussi bien dans l'histoire que dans la matérialité de leur support ou encore dans leur approche critique. Leur relation est plus complexe qu'il n'y paraît.

Quel rôle auront donc le traducteur et sa traduction dans cette relation texte-image ?

Nous avons rappelé que les deux premières étapes de la traduction étaient la lecture et l'analyse du texte. Avant de se lancer dans la traduction proprement dite, il conviendrait de considérer la relation que les images d'illustration entretiennent avec le texte. Nous pouvons ainsi observer que l'image peut remplir trois rôles : elle peut dans un premier temps constituer la genèse d'un texte dans le sens où elle en inspire la création ; ce sera par exemple le cas de tous les textes de description ou de commentaire d'une image. Elle peut dans un deuxième temps simplement remplir un rôle d'ornementation ou d'ajout : il s'agira la plupart du temps de l'éditeur qui décidera de mettre en comparaison avec le texte des images pré-existantes. Dans un troisième temps enfin elle pourra être considérée comme le produit d'un texte dans le sens où elle aura été produite sous l'influence d'un texte pré-existant. Telles sont les trois situations possibles dans le cadre de l'illustration. Se pose alors la question suivante : comment envisager le rapport entre l'image et le texte ainsi mis en relation ? Plusieurs hypothèses surgissent : l'image peut-elle être considérée comme une redite, comme un pléonasme du texte ? Il semblerait que non : en effet, le fait que l'image possède un signifiant très distinct du signifiant textuel a pour conséquence la production d'un message forcément différent de celui énoncé par le texte. L'association texte-image illustrante peut-elle alors être considérée comme un symbole ? Il semblerait effectivement qu'une relation d'inter-désignation se forme entre le texte et son illustration. Mais cette relation particulière ne peut prendre effet que dans le contexte précis de la co-présence texte-image dans le cas très restreint de l'illustration, alors que le symbole associe une image à un concept selon un code pré-défini et applicable à toute situation. La relation texte-illustration ne peut donc pas être qualifiée de symbolique. Une chose est certaine : l'image n'est image que si elle renvoie à un référent. C'est pourquoi J. Morizot explique :

L'image n'existe pas en tant qu'entité isolée dont on peut décrire les propriétés à l'aide de structures formelles adéquates, elle s'inscrit d'emblée dans un réseau de relations, elle est pas excellence un tissu référentiel.

Dans le cadre de l'illustration, l'image fait donc apparemment référence au texte qu'elle illustre. Cette affirmation n'est pas aussi évidente qu'elle en a l'air. En effet, la référence ne pourra être que limitée, puisqu'un décalage insolvable se fait jour entre le récit et l'image, d'une part parce que ces deux formes d'expression font appel à deux temporalités de lecture différentes (la lecture d'une image est simultanée tandis que la lecture d'un texte est linéaire), d'autre part parce que l'image ne pourra pas représenter exactement ce que représente le texte, notamment dans le cas des non-dits du texte qui ne peuvent pas être transcrits dans l'image : cela explique d'ailleurs la grande diversité d'illustrations possibles pour un même texte. On pensera ainsi aux innombrables illustrations du Quichotte ou à celles des Fables de La Fontaine. Ces considérations montrent à quel point la relation texte-illustration est plus complexe qu'elle n'y paraît. Il conviendrait plutôt de dire que le texte contient potentiellement toutes les illustrations qui lui sont associées, qu'elles soient antérieures, contemporaines ou futures. L'illustration obéirait donc à la loi suivante : plus les images illustrantes sont nombreuses, plus l'extension du texte illustré est importante ; inversement, moins les images illustrantes sont nombreuses, plus la compréhension du texte illustré est grande.
Ces réflexions sur le lien texte-image permettent parallèlement de questionner la relation entre traduction, texte et image. Tout d'abord, comment considérer la traduction par rapport au texte d'origine ? Est-elle une image de ce texte ? On peut en effet considérer la traduction comme la représentation d'un texte dans une autre langue ; mais à ce moment-là, ne serait-il pas plus judicieux de parler justement de représentation d'un texte ou de reflet ? La traduction se situe sans doute à l'intersection de ces trois modes, car elle est à la fois fidélité à un texte et recréation de ce même texte. Mais comment considérer l'image dans la traduction ? Peut-on d'ailleurs traduire une image ? La réponse semble négative, car l'image n'est pas faite de mots. En revanche, les questions de l'adaptation et de la transcription se posent. Le traducteur ainsi que l'éditeur auront deux choix possibles : soit ils opteront pour la transcription d'image, ce qui permet de conserver une partie de la relation iconico-textuelle du texte d'origine et ainsi d'en privilégier la fidélité, soit ils opteront pour l'adaptation qui souligne davantage le fait que la traduction proposée est une recréation du texte. Tel a été par exemple le parti pris d'Aline Schulman dans sa traduction du Quichotte : la modernité de sa traduction transparaît dans le choix de l'illustration ; en effet, les reproductions des dessins d'Antonio Saura sur la couverture et sur le coffret s'opposent complètement aux illustrations de ce même livre aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Le choix des dessins d'un artiste du XXe siècle marque la rupture avec les illustrations précédentes, mais également avec les traductions précédentes ; toutefois, le choix dans le corps de la traduction de symboles végétaux et de lettrines à la mode des manuscrits médiévaux et des livres imprimés des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles rappelle que la fidélité au texte d'origine a été respectée. Nous voyons donc à quel point le rôle de l'image dans la traduction est primordial : il a en effet une valeur signifiante. Plus exactement, nous pourrons considérer que texte, image et traduction se remotivent sans cesse mutuellement. A la lumière de toutes ces réflexions, nous pouvons mettre à jour la quadruple référentialité de la traduction : toute traduction renvoie en effet simultanément au texte d'origine, à sa situation d'énonciation (c'est-à-dire au moment où la traduction a été produite), à un pseudo-référent littéraire et à toutes les images illustrantes du texte d'origine et de la traduction.
Au terme de ces réflexions sur les rapports entre texte, image et traduction, nous pouvons proposer un schéma explicatif et récapitulatif rendant compte de ces relations complexes. Décrivons ce schéma : l'auteur du texte d'origine produit un texte influencé par d'autres textes (c'est le processus d'intertextualité mis à jour par J. Kristeva), ce texte a également été influencé par les images mentales de l'auteur et les images visuelles perçues par ce même auteur. Ce texte renvoie également à un référent, produit à son tour un signifié et peut produire des images graphiques. Des illustrations peuvent lui être adjointes ; ces images réfèrent au texte et à leur représentation ; elles créent par la même occasion un nouveau signifié. Intervient alors le traducteur qui produit un nouveau texte – sa traduction –, sorte d'image, de reflet du texte d'origine ; cette traduction est non seulement influencée par le texte d'origine, mais en tant que recréation elle est aussi influencée par les images visuelles perçues par le traducteur et également par les images mentales de ce même traducteur. A son tour, cette traduction pourra produire des images graphiques, un nouveau signifié et donc de nouvelles images mentales. Si lui sont rajoutées des illustrations, un troisième type de signifié interviendra. Toutes ces images visuelles et mentales influenceront les images mentales du récepteur de la traduction qui à son tour lors de la lecture, sera influencé par ses propres images mentales et images visuelles perçues (dont celles des illustrations des textes). Il va de soit que l'inconscient de l'auteur, du traducteur et du récepteur jouent un rôle très important. Ce schéma permet ainsi de mettre en lumière quatre phénomènes : celui d'inter-iconicité dans le sens où les images visuelles et mentales s'influencent génétiquement ; celui de ce que nous nommons inter-imaginativité, qui consiste dans le fait que des images mentales, visuelles et graphiques peuvent influencer la lecture d'un texte et la composition d'un nouveau lors d'une traduction ; celui d'intertextualité mis en évidence par J. Kristeva ; nous noterons cependant que cette intertextualité doit être complétée par le principe d'inter-imaginativité. Enfin, apparaît dans ce schéma le processus d'actualisation du texte par l'image et par la traduction, de la même manière qu'une mise en scène actualise un texte de théâtre.
Nous voyons donc que les relations texte-image-traduction sont à la fois génétiques et motivantes et que par conséquent la genèse d'un texte ne doit pas s'étudier uniquement du point de vue intertextuel. Sa genèse est semble-t-il en effet d'ordre intersémiotique.

Or, l'intersémioticité est au coeur du travail du traducteur dans les cas des messages mixtes.

Trois types de messages mixtes peuvent être mis en évidence selon une échelle de présence textuelle face à l'image. Tout d'abord, les titres des œuvres d'art visuelles ont la particularité d'être dépendants d'une image visuelle : leur sens, ainsi que le sens de l'image, ne se révèle qu'en co-présence, principalement en situation d'étiquetage selon les termes de B. Bosredon. Il est donc impossible de les traduire sans avoir vu les images auxquelles ils renvoient. Il conviendra d'adapter la traduction en fonction de l'image désignée par le titre.
Ensuite, une autre catégorie de message mixte peut être mentionnée : celle de la transformation du texte en image, comme par exemple la lettrine : issue de la tradition médiévale, elle représente un premier degré de disparition du texte : la lettre, qui continue à signifier normalement, voit son signifiant et son signifié se dédoubler dans une image superposée. Sa composante de graphème sera identifiée en même temps que son rôle pictural et que son rôle liminaire. Dans ce cas, le traducteur aura tout intérêt à conserver ce signe graphique tel quel en prenant garde de conserver la même lettre initiale du mot portant la lettrine. Les textes insérés dans les tableaux ou autres œuvres d'art visuelles doivent pouvoir obtenir la même vigilance de la part du traducteur : en aucun cas ils ne doivent être modifiés, sous peine de changer leur portée picturale. Comme nous l'avions montré dans notre mémoire de Master 2, ces textes à la fois discours et image peuvent être qualifiés de visiogrammes dans le sens où leurs deux composantes signifiantes et figuratives sont simultanées. Le seul moyen de les traduire serait d'utiliser la note du traducteur.
Enfin, les deux formes mixtes les plus extrêmes car intraduisibles sont les rébus et les poèmes visuels. Ces deux formes mixtes sont fondées sur la disparition physique du texte sous une image ; le présence du texte reste cela dit virtuelle, et ne peut donc pas être mise de côté. La traduction semble impossible pour ces formes ; la seule solution étant l'adaptation.
Nous noterons que cette classification des formes mixtes obéit d'une part à une disparition progressive du texte devant l'image et d'autre part à une réflexivité grandissante de ces signifiants.

En guise de conclusion, nous rappellerons brièvement que l'image est omniprésente aux yeux du traducteur : elle est en effet tout d'abord inséparable de tout texte, que ce soit d'un point de vue historique, concret ou critique. Or, l'image s'insère dans un schéma complexe qui unit à la fois le texte, l'image et la traduction. Mais ce schéma devient impossible lorsque l'on examine le fonctionnement réflexif des différentes formes de message mixte.
Toutes ces considérations nous ont permis de constater que le travail de traduction procède d'un subtil équilibre entre image et texte, mais également entre plusieurs inconscients, entre plusieurs lectures, entre plusieurs interprétations et entre plusieurs textes. Le métier de traducteur requiert donc de la finesse, de la réflexion, du sens du compromis et d'un subtil mélange de fidélité à un texte et de recréation : on pourrait dire en ce sens que le métier de traducteur se rapproche de celui de poète.

Bibliographie :
•Ouvrages théoriques :
•BERGEZ Daniel, Littérature et peinture, éd. Armand Colin, Paris, 2004, 224 p.
•BOSREDON Bernard, Les titres de tableaux. Une pragmatique de l'identification, éd. PUF, coll. Linguistique nouvelle, Paris, 1997, 278 p.
•KRISTEVA Julia, Σημειωτιχή – Recherches pour une sémanalyse, éd. Seuil, coll. Tel Quel, Paris, 1969, 384 p.
•LÓPEZ GRADOLÍ Alfonso, Poesía visual española (antología incompleta), éd. Calambur, Madrid, 2007, 375 p.
•MORIZOT Jacques, Qu'est-ce qu'une image ?, éd. Vrin, coll. Chemins Philosophiques, Paris, 2005, 128 p.
•TERRASA Jacques, L'analyse du texte et de l'image en espagnol, éd. Nathan, 1999, éd. Armand Colin, coll. Cursus Langues, 2005, 256 p.
•Notions, ouvrage collectif, éd. Encyclopaedia Universalis, coll. Notionnaires, vol. 1, Paris, 2004, 1104 p.
•Corpus :
•CERVANTES SAAVEDRA Miguel de, El ingenioso hidalgo Don Quijote de la Mancha, éd. Gredos, Madrid, 1987, édition établie par Vicente GAOS.
•CERVANTES SAAVEDRA Miguel de, El ingenioso hidalgo Don Quijote de la Mancha, éd. Castalia, Madrid, 1978, édition établie par Luis Andrés MURILLO, 2 volumes, 616 p. et 604 p.
•CERVANTES SAAVEDRA Miguel de, L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, éd. Seuil, Paris, 1997, traduction d'Aline SCHULMAN et préface de Jean-Claude CHEVALIER, 2 volumes, 528 p. et 551 p.
•GELMAN Juan, De palabra, éd. Visor, coll. Visor de Poesía, Madrid, 1994, 2002, 631 p.
•LA FONTAINE Jean de, Fables, 396 p.
•RUIZ Juan, Libro de buen amor, éd. Castalia, Madrid, 1988, 2003, édition établie par G. B. GYBBON-MONYPENNY, 580 p.
•RUIZ Juan, Livre de Bon Amour, éd. Stock, coll. Moyen Âge, Paris, 1995, 2005, Michel GARCIA dir., 375 p.

Références culturelles, 87 : La Bodeguita del medio

En photo : BQ. La Bodeguita Del Medio par PACO PEPE BIRLANGA

http://habana-tur.blogspot.com/2008/09/la-bodeguita-del-medio.html

jeudi 2 avril 2009

Les photos…





















Une info transmise par Jacqueline

Rencontre d'éditeur

Samedi 23 mai -14h30 Médiathèque Gérard Castagnéra
Rencontre avec les éditions L'Arbre Vengeur, maison bordelaise qui se dit "décidée à venger ces auteurs insolites qui nous amusent, nous excitent et nous ravissent"… qu'ils soient très connus, inconnus ou engloutis.
Rencontre avec Jean-Pierre OHL, libraire, David Vincent et Nicolas Étienne, éditeurs.

Une journée spéciale

Comme annoncé, nous avions aujourd'hui notre matinée portes ouvertes, prévue sur le parvis de l'université. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas Bordeaux 3, je suis en train de préparer un petit album de photos avec tous les clichés pris aujourd'hui – et ce depuis tous les points de vue possibles, y compris avec la Capitaine de bord hissée depuis des hauteurs difficilement atteignables ;-))))) Merci à Nathalie pour son aide dans cette partie délicate des opérations.
Pour bien me préparer à cet agréable moment en plein air, j'avais apporté une belle paire de lunettes de soleil et je m'étais habillée légèrement, au cas où… comme Nathalie et Jacqueline… mais pas comme les prévoyantes Laure L. et Blandine, emmitouflées jusqu'aux yeux dans de grosses doudounes de sports d'hiver. Or devinez quoi ? Après une semaine de temps magnifique à Bordeaux, nous avons découvert les lieux de notre "happening" non seulement battus par les vents, non seulement glacés… mais couverts d'une épaisse couche de brouillard. Pour une pauvre communauté tradabord… (vous remarquerez que je laisse en suspens mon adjectif ; sondages en cours obligent) qui désirait se rendre visible à l'ensemble des étudiants et enseignants, les conditions étaient idéales. Il n'y avait évidemment personne à mille miles à la ronde, nous étions frigorifiées et perdues au milieu d'un néant blanc. Le flop !!!!!! Mais après consultation des troupes, nous avons bravement décidé de rester, fidèles au poste… Ce n'est pas la tempête qui arrêtera le navire. Et c'est ainsi que pendant une bonne heure, nous avons très agréablement discuté avec deux aspirantes apprenties, Chloé et… ah zut, au fait, comment s'appelait cette très sympathique amie dont nous avons fait la connaissance aujourd'hui (à compléter dans les commentaires) ? Il s'agissait de leur vanter les bienfaits de notre formation… chose aisée pour nous, intarissables que nous sommes sur le sujet. Jacqueline s'est montrée particulièrement convaincante, malgré une description apocalyptique : une prison, un enfer, le bagne. Tout cela avec le sourire. Il faut dire que dans sa bouche, ce sont des compliments. Si, si ! Au fil du temps nous avons été rejointes par trois étudiantes-du-groupe-2-de-CAPES, fidèles de Tradabordo, Vanessa, Aurélie et Eva. Un grand merci à elles de nous avoir consacré un peu de leur temps, si précieux en ces temps de révisions des oraux du concours. Puis… tout de même, notre héroïsme a fini par flancher et nous nous sommes réfugiées au Sirtaki (l'une des deux cafétérias du campus), où la conversation a continué… toujours sur la traduction, bien entendu… Sont encore arrivées Sandra, agrégative admissible au concours interne (félicitations à elle !!!!! Et bon courage pour l'oral…) et Camila, ancienne du M1 parcours traduction. Cela a duré jusqu'à l'arrivée de Vincent Foucaud, étudiant en première année de thèse et ATER dans le département. Oui, vous vous souvenez qu'il devait venir nous faire un petit exposé et que la séance avait été repoussée à cause des événements "politiques" actuels. La réflexion portait sur l'apport pour les traducteurs des conclusions tirées du rapport entre texte et image. Notre cher conférencier doit nous envoyer son travail demain ou après-demain. Vous pourrez par conséquent le lire et, le cas échéant, lui poser les questions que vous voulez. Mais j'anticipe en vous disant que c'était vraiment très intéressant en soi et pour nous, traducteurs, porteur de perspectives nouvelles…
Pour l'heure, je laisse la parole à Jacqueline, qui vient de m'envoyer un mail avec un compte-rendu très personnel de l'intervention de Vincent :
« AMOUR, SEXE et POÉSIE
L’amour, c’est celui de la traduction, bien sûr ;
Le sexe, c’est un très plaisant Tras Eros commenté par Vincent dans le cadre des activités pédagogiques confiées aux doctorants ; c’est également un très charmant lapsus de l’impétrant, emporté par sa démonstration.
La poésie, c’est la conclusion -à laquelle je souscris pour ma part : «Le traducteur ne serait-il pas un poète ?»-, de l’exposé de Vincent dont le sujet de thèse en cours est le suivant : « Le Texte, l’image et la traduction ». Il nous en parlera sans doute bientôt dans ces pages, mais je voulais juste le remercier à chaud, dans ce bref commentaire, pour sa brillante et souriante contribution, et lui souhaiter bonne chance pour la suite de ses travaux sur les images-poèmes et/ou poèmes en images… »

Et nous nous sommes quittés, fort contents de notre matinée et, pour ma part, avec l'envie de recommencer -sous le soleil, cette fois.
Nos 5 invitées seront les bienvenues, cela va de soi.

Jacqueline fait des siennes…

En photo : Wonder Woman par gseanb

Oui, mon cap’tain
par Jacqueline

ATTENTION : ce jeu, inspiré par les commentaires au post de Brigitte, a une durée de vie très éphémère. En effet, aucune réponse ne sera acceptée au-delà de minuit, heure locale, après la publication de ce post, ce qui permettra à la fois de vérifier l’assiduité des boogies-bloggers et de souligner tout le respect qu’on doit au chef car ce qui est acceptable un 1er avril ne saurait être toléré ensuite, compris, mon cap’tain. Mais d’ici là, il est permis de laisser libre cours à son imagination.
Donc :

La personne qui nous encadre à Tradabordo est :

1) un manager
2) un chef
3) un capitaine
4) un gourou
5) une qui cherche toujours du bois
6) une meneuse de revue
7) un patron
8) une pédagogue née
9) un despote
10) le grand manitou
11) une animatrice
12) un leader
13) une qui veut toujours faire du feu, on ne sait pas bien pourquoi

Il est possible de valider plusieurs de ces propositions.
Les personnes qui choisiront les propositions 1 et 12 seront disqualifiées, ça prouvera qu’elles n’ont pas compris qu’on est entre hispanistes.
Le jeu consiste à reprendre les termes qui font l’unanimité et à compléter la liste.
Le gagnant (celui qui aura trouvé le plus de qualificatifs) sera dispensé de blog pendant 3h – je sens que tout le monde va vouloir perdre car cette récompense serait en soi une punition, n’est-il pas vrai ? On trouvera donc autre chose.

De la part de Blandine

Juste un petit mot pour dire que je me suis abonnée au blog et que c'est super simple... Donc celles qui ont des doutes sur la marche à suivre, amenez un ordinateur portable demain et on le fera ensemble, si ça vous dit… Pour la photo on peut la changer quand on veut, très facilement aussi.
Bonne fin d'après-midi à tous.
Blandine

Références culturelles, 86 : Machu Picchu

En photo : Machu Picchu par Alexander Yates

Machu Picchu, une cité merveilleuse
par Blandine

Tout le monde a, au moins une fois dans sa vie, entendu parler du Machu Pichhu, la célèbre cité inca péruvienne, dans la province d’Urubamba (nom du fleuve), qui se trouve au sommet d’une montagne, et dont nous pouvons voir de superbes photos qui nous font rêver.
Machu Picchu vient du quechua machu : vieille et picchu : montagne. Elle est ce que l’on appelle une llaqta (cité) inca du XVe siècle, et est perchée sur un promontoire rocheux qui unit les monts Machu Picchu et Huayan Picchu (jeune montagne en quechua) sur le versant oriental des Andes centrales.
Située à 2430 m d’altitude, dans un site montagneux d’une exceptionnelle beauté, au milieu d’une forêt tropicale, Macchu Picchu a probablement été la création urbaine la plus stupéfiante de l’Empire inca à son apogée : murailles, terrasses et rampes gigantesques sculptent les escarpements rocheux dont elles paraissent le prolongement. Le cadre naturel est d’une richesse incomparable tant au niveau de la flore que de la faune.
Nous pourrions nous étendre longuement sur le Machu Picchu tellement il y a de choses à dire, aussi seulement allons-nous parler de certains points.
Il faut savoir que le site a été reconnu par l’UNESCO en 1983. En 2007, il a été désigné comme l’une des sept nouvelles merveilles du monde par la NewOpenWorld Foundation, un organisme non officiel et à caractère commercial. Et pour finir le site fait partie d’un ensemble culturel et écologique connu sous le nom de « Sanctuaire Historique de Machu Picchu », dont le but est de protéger certaines espèces biologiques en voie d’extinction ainsi que des sites incas ; Machu Picchu étant le plus important jusqu’à aujourd’hui.
Un peu d’histoire :
En premier lieu, il faut noter que l’emplacement de la ville ne présente aucune trace de constructions avant le 15e s.
On pense que la ville a été construite sous le règne de l’empereur Pachacutec, vers 1440. Jusqu’à sa mort, la cité était plutôt de type agricole et administrative. Par la suite, les empereurs qui lui succédèrent accordèrent peu d’intérêt à Machu Picchu, tout cela en partie à l’ouverture d’une nouvelle route plus sure et plus large entre Ollantaytambo et Vilcabamba (vallée de Amaybamba). Et c’est à partir de ce moment-là que la cité perdit de son importance.
La guerre civile inca (1531-1532) et l’arrivée des Espagnols à Cusco en 1534, ont favorisé sa décroissance et la baisse de ses activités. Par la suite, Manco Inca, en exil à Vilcabamba, en 1536, appela tous les nobles des régions proches à le rejoindre. Et cela a conduit les nobles à quitter Machu Picchu à cette époque. L’évangélisation n’a pas été en reste non plus. Et les dernières années de résistance inca ont conduit au déclin de la cité. Durant le 17e et 19e s, seule le secteur agricole a été maintenu par la population andine, mais les habitats ont été laissés à l’abandon et envahient rapidement par la végétation.
Découverte du Machu Picchu
A ce propos, nous découvrirons plusieurs versions, alors faisons une petite synthèse.
Les premières références, connues sur le site, indiquent que Augustin Lizarraga, originaire de Cusco, arriva dans la ville le 14 juillet 1902, guidant Gabino Sanchez, Enrique Palma et Justo Ochoa. Les visiteurs laissèrent un graffiti sur les murs du Templo de las Tres Ventanas ; et c’est en 1911, que Hiram Bingham va découvrir le graffiti. Certains affirment que Lizarraga aurait déjà visité Machu Picchu en 1894.
C’est donc Hiram Bingham qui va permettre la redécouverte du site et sa mise en « état », avec l’aide de l’Université de Yale, la National Geografic Society et le gouvernement péruvien.
C’est à partir du milieu du 20e s, que la cité va connaître une renommée mondiale et attirer de nombreux touristes. L’ouverture d’une route qui permet d’aller de la gare aux ruines en a favorisé l’accès.
Il semble que le trajet en train est une pure merveille, il offre aux yeux un spectacle éblouissant.
Nous pourrions terminer avec cette citation de Pablo Neruda, qui a écrit à propos de Machu Picchu dans un ouvrage intitulé Les hauteurs de Machu Picchu :
« Machu Picchu es un viaje a la serenidad del alma, a la eterna fusión con el cosmos, allí sentimos nuestra fragilidad. Es una de las maravillas más grandes de Suramérica. Un reposar de mariposas en el epicentro del gran círculo de la vida. Otro milagro más. »
Et tant qu’on y est, sa traduction française :
« Machu Picchu est un voyage à la sérénité de l’âme, à la fusion éternelle avec le cosmos, là-bas nous sentons notre propre fragilité. C’est une des plus grandes merveilles d’Amérique du Sud. Un havre de papillons à l’épicentre du grand cercle de la vie. Un miracle de plus. »
Pour plus d’information vous pouvez consulter ce site internet :
http://www.mp360.com/fr/360/mp064.html

mercredi 1 avril 2009

Pour information

Je viens de publier la traduction « officielle » de la version d'entraînement n°40, Nada, de Carmen Laforet.
Merci à Nathalie !

Mini-conseil de lecture de Brigitte

En photo : manolito gafotas par misbroches
merci à l'auteur de la photo – vous pouvez aller jeter un œil à son album à l'adresse suivante :
http://www.flickr.com/photos/23275592@N03/

MANOLITO GAFOTAS

Si la version de la semaine passée vous a donné envie de faire plus ample connaissance avec le héros Manolito Gafotas, son petit frère El Imbécil et ses camarades de classe comme El Orejones et Bragas Sucias, je vous conseille le site d’Alfaguarra infantil http://manolitogafotas.es
Il existe également d’autres liens qui décrivent les différents ouvrages d’Elvira Lindo ainsi que les adaptations cinématographiques ou télévisuelles réalisées à partir des aventures de Manolito.

« Les 12 incontournables pour… s'éventer, como Dios manda »

En photo : Abanicos en la plaza de España par hyákinzo

« Les 12 Incontournables sur… EL ABANICO »
par Brigitte

Dans le domaine de l’éventail, spécialité bien espagnole, il semblerait que le vocabulaire soit plus varié et plus riche qu’en français.
Force est de constater que pour certains mots très précis ou techniques, notre dictionnaire français s’est montré bien pauvre, bien vague, peu imaginatif ou carrément muet !

1. El PAÍS ou PAISAJE : papier, tissu ou autre matière qui couvre la partie supérieure d’un éventail → pas de mot spécifique correspondant en français, on trouve → EVENTAIL, nm : peinture ou dessin faite sur un éventail.

2. Una VARILLA = → Chaque baguette qui constitue l’armature d’un éventail→ Un BRIN, Une BRANCHE.

3. El VARILLAJE = Ensemble des brins ou branches qui constitue l’armature de l’éventail → LA MONTURE, nf

4. Un PERICO ou ABANICO PERICO = éventail utilisé pour danser le flamenco (Il existe même des Ateliers de maniement de l’éventail – « Talleres de Abanico Perico » – pour connaître l’art de manier l’éventail en dansant le flamenco !) → GRAND EVENTAIL

5. Una PERICONA = grand éventail qu’utilisaient les femmes. / Un PERICÓN / Un PERICOTE, terme familier qui désigne un grand éventail.→ GRAND EVENTAIL

6. UNA BARAJA ou ABANICO DE BARAJA : éventail sans tissu ou papier composé uniquement de lames rigides plus larges que sur les autres éventails. Sans doute par analogie avec le jeu de cartes que le joueur tient en éventail dans sa main. DRAE : « Abanico sin pais » → pas de traduction

7. Una GUÍA = « Cada una de las dos varillas grandes de un abanico » / Una GUARDA = « cada una de las dos varillas exteriores de un abanico », première et dernière lames de l’éventail visibles lorsque celui-ci est fermé. / Synonyme La CABERA → Pas de traduction

8. El PADRÓN = DRAE : « Protege el abanico y sus varillas cuando el abanico está cerrado » Semble synonyme de GUIA → Pas de traduction

9. Un PAIPÁY ou PAIPÁI (au pluriel, PAPÁIS) = DRAE : « abanico redondo o en forma de pala y con mango, generalmente en palma o tela ».→ Un PAIPAI, nm

10. Un FLABELO, nm = grand éventail à manche long souvent orné de plumes et agité au cours de cérémonies ou de réceptions par des serviteurs, esclaves ou pages, utilisé dans l’Antiquité. → Un FLABELLUM, nm

11. Una ABANIQUERA, nf = Cadre rigide en forme d’éventail servant de présentoir ou d’encadrement pour l’exposition des éventails de collection (pas dans le DRAE OU vendeuse d’éventail /éventailliste = vendeuse d’éventail → Pas de traduction → Un CADRE POUR EVENTAIL

12. Un ABANIQUERO, nm & f. A) Vendeur ou fabricant d’éventails. / B) Artisan qui peint des éventails ou Artiste peintre qui se consacre uniquement à la peinture sur éventail → Un/e EVENTAILLISTE, nm & f.

BONUS !
Je n’ai pas pu m’empêcher d’ajouter celui-ci …
COBANI : à la fin du XIXème siècle et début XXème, en langue lunfarda - argot de Buenos Aires – on appelait ABANICOS les délateurs ou « balances » car, à l’image de un « abanico », à partir duquel le mot « cobani » est formé par inversion des syllabes, « abanicar o ventilar, » signifiaient aussi ébruiter, divulguer des informations secrètes.
Ce mot pourrait aussi provenir de l’argot carcéral et pouvait désigner un « maton » ou gardien de prison chargés d’ouvrir ou fermer les cellules des prisonniers avec leur imposant trousseau de clés « en éventail ».

Sauriez-vous trouver « le mot juste » pour traduire en français ces parties d’un éventail, citées sur un site Latino Américain (Chili) mais dont je n’ai trouvé l’équivalent nulle part, pas même dans le D.R.A.E. ?
LA BOLETA ? EL GUARDAPULGAR ? LA CABRERA ?

Encore un problème de nom…

En photo : Identité perdue / Lost identity par Bakasushi

Une amie qui venait de lire sur le blog l'expression « communauté tradabordienne » me fait remarquer la chose suivante :
« Je ne comprends pas… pourquoi 'tradabordienne' et pas tradabordelaise, puisque vous avez fondé votre nom Trabadordo sur le jeu de mots entre a bordo et Bordeaux ? »
Je suis troublée, déstabilisée, perturbée…
Qu'en pensez-vous, vous ? La question est grave, vous en conviendrez… et mérite donc les grands moyens : une consultation populaire. Allez, en route pour un nouveau sondage !

Un billet du dimanche… avec deux jours de retard

En photo : Course folle par oNico®

Il court, il court, le billet du dimanche
par Jacqueline

Je suis un peu en retard, essoufflée, mais j’arrive !
Pour les besoins d’un support de communication, j’ai été amenée dimanche après-midi à « parcourir » notre blog. Ce n’est pas le mot juste, j’ai bien sûr zappé certaines infos purement informatives mais je me suis attardée sur d’autres. En gros quelques 1200 pages, qu’on peut raisonnablement ramener à 800 pages de billets d’humeur, références culturelles, traductions, jeux de quizz et sondages en tout genre. Je vous le dis tout de suite, si l’aventure vous tente, il faut quelques heures pour faire ce voyage ; je veux dire par là que la matière est abondante et qu’elle éveille la réflexion. « Voyage » est le mot juste. Car il y a des étapes et il est fascinant d’observer à chaque croisement le chemin parcouru et les progrès réalisés. Qu’on ne voie pas là la moindre trace d’autosatisfaction, ce travail est par nature un travail de groupe ; c’est ce qui en fait l’intérêt et la richesse. Un groupe managé avec douceur et fermeté (je laisse « amour et abjection » à Laure pour ses posts à venir) par celle qui faisant du feu même en l’absence de tout bois, nous poussant, nous piquant à l’envi, arrive à extirper de nos cerveaux flapis, la très substantifique moelle propre à nourrir ces échanges. Nous avons résisté, et puis nous y avons pris goût, ce n’est pas là son moindre mérite. Maintenant, nous sommes « addict », la machine s’emballe : nous sondons tous azimuts, nous jouons à la volée, nous quizzons sans répit. Vous suivez, j’en suis fort aise, vous zappez, à votre aise. De toutes façons, vous êtes abonné(e). Non ? Alors, qu’attendez-vous ? Courez-y, courez-y vite, on vous ouvre tout grand nos portes (jeudi 2 avril, dès 10h, dans le hall), vous y trouverez de délicieuses montoises et de Belles infidèles. Alors à bientôt.

Ce serait dommage de manquer cela !

Merci à Jacqueline de penser à nos soirée…

SEMAINE IBÉRIQUE À TALENCE

Du lundi 30 mars au mardi 7 avril 2009

- mercredi 1er avril à 20h30 : projection au ciné Gaumont de L’orphelinat film en VO de Juan Antonio Bayona, 5 €

- jeudi 2 avril : concert de piano gratuit à l’église Notre-Dame de Talence à 20h30 - danses de Granados

- vendredi 3 avril à 20h30 : spectacle flamenco place Alcalá de Henares (à côté de l’arrêt de bus Forum)

- samedi 4 avril à 20h30 : concert gratuit orchestre symphonique Ciudad de Alcalá, église Notre-Dame de Talence

- mardi 7 avril : concert Palabras de tango, Trio Milonga, tarif 10 € ; s’adresse autant aux amoureux de la musique qu’à ceux qui aiment les mots et le théâtre.

Une pensée amicale…

… pour les étudiants bordelais agrégatifs. D'ici 15 minutes ils entreront dans la salle où les attend la fameuse enveloppe avec le thème et la version (je publie tout cela sur le blog dès que je les reçois. Et ensuite, à vous de jouer).
Bonne chance à tous !

Message pour Brigitte

Chère Brigitte,
Pourrais-tu, s'il te plaît, indiquer (par exemple en commentaire à ce post) la marche à suivre pour s'abonner au blog ? Certains ont en effet des difficultés à le faire…
Merci !

Références culturelles, 85 : comptines espagnoles

En photo : Daffy-down-dilly par Heart felt

Elles façonnent l'imaginaire d'un pays, parfois structurent l'histoire que nous raconte un écrivain et lui donne son sens… les comptines sont la bête noire du traducteur. Car, croyez-moi, elles ne sont pas toujours faciles à repérer, mêlées au texte, avec une phrase glissée comme ça, l'air de rien, la mention d'un personnage, d'un lieu, etc. ; et il est désastreux de passer à côté de ce qui est de l'ordre de l'évidence pour n'importe quel Espagnol, Mexicain, Argentin… Cultivez-vous, amis traducteurs, soyez des éponges.
Nathalie nous en envoie une, avec l'adresse d'un site où vous en trouverez autant que vous en voulez :
http://www.mamalisa.com/fr/espagne.html

Canción de cuna caribeña (aunque no se sabe precisamente quién la compuso)

Duerme, duerme negrito,
que tu mama está en el campo, negrito...

Duerme, duerme negrito,
que tu mama está en el campo, negrito...

Te va a traer codornices para ti,
te va a traer rica fruta para ti,
te va a traer carne de cerdo para ti.
te va a traer muchas cosas para ti.
Y si negro no se duerme,
viene diablo blanco
y ¡zas! le come la patita,
¡chacapumba, chacapún…!

Duerme, duerme negrito,
que tu mama está en el campo, negrito...

Trabajando,
trabajando duramente, trabajando sí,
trabajando y no le pagan, trabajando sí,
trabajando y va tosiendo, trabajando sí,
trabajando y va de luto, trabajando sí,
pa'l negrito chiquitito, trabajando sí,
pa'l negrito chiquitito, trabajando sí,
no le pagan sí, va tosiendo sí
va de luto sí, duramente sí.

Duerme, duerme negrito,
que tu mama está en el campo, negrito...