jeudi 8 avril 2010

Exercices autour des traductions longues

Il s'agissait pour les apprenties traductrices de réfléchir à la présence des descriptions dans leur texte… Sont-elles nombreuses ? Ont-elles un système de construction précis ? Sont-elles localisées dans des endroits particuliers du récit ? Sont-elles dites toujours par le narrateur ou arrive-t-il qu'elles viennent en bouche d'un ou plusieurs personnages ? Enfin, quel rôle jouent-elles ?

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Amélie :

Dans mon roman autobiographique, les descriptions –plus ou moins longues– ne sont pas très fréquentes. De là à dire que cela confère une importance particulière à celles qui s’y trouvent… En fait, je pense que l’explication est toute simple : la narratrice-auteur de ma traduction longue cantonne son récit aux limites du village d’Utande, voire à celles des alentours du moulin. Il y a bien une ou deux escapades de temps en temps, mais cela a toujours un lien avec cet environnement. De même, pour les personnages, les seuls que l’on connaisse vraiment sont ceux qui pénètrent ou vivent dans cette zone. Ainsi, une fois que Juana Samper en a fait le tour, au fur et à mesure qu’elle s’installe, elle ne va pas les décrire plusieurs fois.
En ce qui concerne les lieux, les descriptions qu’elle nous propose sont presque toujours extérieures, sauf pour le moulin. Il s’agit d’endroits qui diffèrent totalement de la vie citadine qu’elle connaît, comme pour accentuer encore l’effet « découverte bucolique ». Selon la même idée, une fois décrite, la scène reste figée, sans que l’auteur nous indique les changements liés aux saisons, au temps… Ce qui est normal, car le roman est construit d’après des tranches de vie, ce n’est pas une histoire chronologique suivie. D’ailleurs, il ne me semble pas qu’elle vienne au moulin à un autre moment qu’au printemps et en été. Ces descriptions sont toujours positives, très colorées (logique, étant donné la saison) et témoigne de son émerveillement.
Quant aux personnages, ils n’échappent pas non plus à son regard curieux. Cependant, ils ne sont pas tous logés à la même enseigne. Ceux qui sont inhérents au village bénéficient d’une description physique quand la narratrice les rencontre pour la première fois. Ensuite, les traits de leur caractère, leur métier ou occupations, sont disséminés tout au long du texte. Les personnages qui ne sont que de passage, eux, ne sont pas décrits entièrement, mais l’accent est mis sur une de leur spécificité. L’un est un businessman stressé, l’autre un passionné de papillons…
Ces descriptions semblent répondre au souci d’authenticité constamment présent dans le roman. J’ai l’impression que son métier de journaliste se retrouve dans la manière qu’elle a de raconter les choses, un style un peu informatif. C’est comme si elle voulait que le lecteur se fasse une idée précise des lieux extraordinaires qu’elle découvre et des gens, sans pour autant passer son temps à décrire, car l’élément phare de son récit reste le moulin.
Pour finir, je soulève un élément qui m’a étonnée : elle ne décrit jamais les membres de sa famille, ni elle-même. Elle paraît entièrement tournée vers l’extérieur. Sans doute une facette de sa personnalité.

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Laëtitia Sw. :

Voici le découpage qui peut être fait, à grands traits, quant aux types de description dans le roman « Ojos de agua » de Domingo Villar :
1. Tout d’abord, une série de passages descriptifs, minutieusement orchestrés, surtout en début de roman, concernant le crime : les lieux du crime (la résidence et l’appartement de la victime), mais aussi la scène de crime (la chambre et plus précisément le lit de la victime) et bien sûr le cadavre lui-même (de nombreux détails abondent sur l’état horrifiant de la victime). Il s’agit là, bien entendu, de ce que l’on a coutume d’appeler les « incontournables » du genre policier où le narrateur accommode devant le lecteur tous les ingrédients nécessaires à la bonne prise de sa sauce : surprise, effroi, suspense, tension, quête de la vérité... Tout doit y être savamment mélangé !
2. Ensuite, les portraits physiques et psychologiques des personnages :
a) des portraits plus psychologiques que physiques pour les deux personnages principaux : l’inspecteur Leo Caldas et son assistant aragonais, l’agent Rafael Estévez. Assez nourris et subtils pour l’inspecteur, ils sont beaucoup plus sommaires et caricaturaux pour l’agent.
b) à l’inverse, des portraits plus physiques que psychologiques, et également plus rapides et utilitaires pour les personnages surgissant au fur et à mesure. Cependant, il faut nuancer ce constat dans un certain nombre cas. En effet, les portraits sont tout de même étoffés, non seulement pour les personnages qui, au fil de l’enquête, vont se révéler des suspects potentiels, mais aussi pour les personnages que le lecteur est supposé retrouver dans les prochains romans, tels les collègues, collaborateurs et supérieurs de Leo (dans la police ou à la radio), ses amis et connaissances, son père... Il convient de préciser qu’il s’agit en effet de la première affaire de l’inspecteur Leo Caldas (pas dans l’histoire proprement dite, mais dans le champ extrafictionnel). D’ailleurs, une deuxième affaire n’a pas tardé à suivre : un second roman renouant avec les aventures de l’inspecteur Leo Caldas est paru en 2009.
3. Enfin, un ensemble de tableaux descriptifs concernant la ville de Vigo et ses alentours : le cadre géographique est ici important dans la mesure où l’on perçoit très nettement d’emblée la volonté du narrateur de nous entraîner dans un espace bien déterminé, façonné singulièrement par le temps et l’histoire, donc marqué par le sceau d’une forte identité. Des environnements distincts sont dépeints :
a) un paysage urbain : la sphère professionnelle de Leo (le commissariat et les locaux de l’émission de radio), l’univers pharmaceutique en relation étroite avec la poursuite de l’assassin (les laboratoires, les hôpitaux, les cliniques), le milieu de la nuit (tavernes, bars, discothèques) traversé par des influences diverses (confrontation de différents mondes, différentes époques).
b) un paysage industriel : le port, les chantiers navals.
c) un paysage naturel : l’océan, la côte, les plages, les îles, les pins.
Il est important de souligner que le temps (temps atmosphérique : soleil / pluie, douceur de l’air / froid / humidité) ou le temps chronologique (dichotomie jour / nuit) sert en filigrane l’humeur des personnages et les rebondissements de l’enquête. Il constitue à part entière un des catalyseurs de la tension narrative.
La longueur des descriptions ainsi que leur fréquence voire la répétition de mêmes motifs sont proportionnelles à l’importance des lieux ou des personnages. Dans les premier et second cas (descriptions correspondant aux points 1 et 2), le lecteur doit tenir tous ses sens en alerte pour collecter le maximum d’indices à partir desquels il va échafauder un éventail d’hypothèses en vue de démasquer le coupable. Dans le troisième cas, le narrateur brosse un portrait vivant de la ville à travers les pérégrinations, le plus souvent nocturnes, du personnage principal, l’inspecteur Leo Caldas. C’est le moment d’une certaine pause narrative. Le rythme de la narration ralentit à la faveur de la nuit et des déambulations de l’inspecteur. La fonction de ce type de descriptions est clairement dilatoire : le suspens doit être ménagé afin d’aiguiser l’appétit du lecteur, avide de reprendre rapidement le cours de l’enquête pour lever enfin le voile sur l’identité de l’assassin, le mobile du crime, voire obtenir quelques éclaircissements sur les suites judiciaires et humaines de l’affaire. C’est également le moyen d’installer en détail le décor dans lequel se déroule l’action. Notons, à ce titre, que les descriptions, en particulier, de deux tavernes de Vigo, « Eligio » et « El Grial », mais aussi celle d’un restaurant « El Puerto », sont l’occasion d’ébaucher joliment les contours d’une véritable idiosyncrasie galicienne : de la gastronomie typique basée sur les produits de la mer (les poissons, les crustacés, les coquillages) et le vin, aux mœurs insaisissables d’un peuple mouvant comme les vagues, en passant par une évocation du passé littéraire et artistique de la ville, on respire avec Leo l’air d’une Galice mystérieuse et envoûtante. Outre une fonction dilatoire, ces descriptions servent à « fixer un état des lieux » (1), à « pose[r] un monde qu’elle[s] tend[ent] à valider comme [...] [la] copie d’un univers de référence » (2). Il s’agit d’une fonction dite mimésique : on confère « consistance et épaisseur » (3) à un décor dont on atteste le caractère réaliste. Il convient d’ajouter enfin une dernière fonction dite sémiosique étant donné que ces descriptions jouent aussi un rôle essentiel dans la construction du sens général de l’œuvre. Ce type de descriptions apporte au lecteur des informations, « immédiatement lisibles » (4), mais il sème aussi « des indices, intelligibles ‘après coup’, propres à nourrir le travail d’interprétation » (5). Même si elles peuvent occuper parfois une certaine place dans l’économie narrative, les descriptions sont le plus souvent fondues dans la narration. Par conséquent, on devrait plutôt parler de « tissu descriptif » (6), dont le but est de s’imbriquer dans le récit pour servir toujours au plus près la dynamique de l’action. Ultime précision : les descriptions sont prises en charge par un narrateur omniscient qui pénètre dans la psychologie de ses personnages, emportant dans son sillage un lecteur conquis.

(1) Marie-Annick Gervais-Zaninger, La description, Paris, Hachette, collection Ancrages, 2001, p. 86.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
(4) Ibid., p. 87.
(5) Ibid.
(6) Ibid., p. 73

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Émeline :

Etant donné la structure de mon livre, les descriptions sont vraiment très peu présentes à cause de la réduction de récit. Elles se concentrent donc dans les parties autobiographiques. Ce sont surtout des descriptions de lieu, comme les chambres d’hôtel, ou un appartement. Il y a aussi des portraits, comme « la femme enregistrée ». Et quelques descriptions de situations, comme le cercueil de Roberto Arlt suspendu au-dessus de la rue.
Quant aux parties critiques, on ne peut pas dire qu’il y ait de description, mais plutôt des analyses de comportements littéraires, définissant chaque écrivain étudié.

Références culturelles, 422 : Alfonso López Michelsen

http://www.presidencia.gov.co/prensa_new/historia/18.htm

samedi 3 avril 2010

Exercice d'écriture

Le sujet était : Un petit crime

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Coralie :

Minuit. La maison est calme, endormie. C’est le moment idéal pour Lara : elle sort de son lit et s’apprête à quitter sa chambre sur la pointe des pieds. Sa main fait doucement basculer la poignée de la porte. Pourvu qu’elle ne grince pas. Elle passe sa tête dans l’entrebâillement. Personne. La voie est libre. Elle rase le mur du couloir, ne s’attarde surtout pas devant la chambre de ses parents. Elle tend l’oreille : des ronflements, c’est bon signe. Elle doit rester vigilante, le moindre bruit pourrait tout gâcher. Il suffirait que quelqu’un se réveille pour qu’elle soit découverte… Mais si son plan se déroule comme prévu, qui devinera que c’est elle la coupable ? Il y a cinq enfants sous ce toit ! Maintenant, l’escalier. Ne pas faire craquer l’escalier. Jamais ces marches ne lui ont semblé aussi longues à descendre. Le plus difficile est passé, désormais il faut se méfier du chat. S’il l’entend, il va venir se frotter à elle, peut être risquer de la faire tomber, il va certainement miauler pour qu’elle le caresse et si elle l’ignore il ira crescendo. Maudit chat ! Il dort sur le canapé et elle doit traverser le salon, sans se cogner le tibia sur le coin de la table basse… Elle avance à tâtons. Le chat bouge, ouvre un œil, se met à ronronner et se tourne. Ouf ! Aïe ! Le rebord de la cheminée ! Elle réussit à réprimer un violent cri de douleur puis poursuit son expédition nocturne. Elle est tout près du but et se délecte déjà en pensant à son butin. Elle pénètre enfin dans la cuisine, ouvre lentement un tiroir, se saisit d’une petite cuillère et se glisse jusqu’au réfrigérateur. Il est là, dans sa jolie boite, cet énorme gâteau aux trois chocolats auquel les invités n’ont pas voulu toucher parce qu’ils avaient trop mangé. Lara n’y a donc pas eu droit non plus mais elle a su patienter… Elle enfonce son arme dans la mousse onctueuse et savoure son petit crime…

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Amélie :

30e Salon du Livre de Paris, Porte de Versailles. Matthieu s’y rend pour la première fois, avec deux ou trois amis, les seuls qui ont bien voulu l’accompagner. Finalement, il aurait préféré y aller seul, ça lui aurait évité de perdre deux heures de temps aux stands des mangas et d’entendre constamment que l’un avait mal aux pieds, que l’autre avait envie d’un café –et voulait donc sortir, étant donné le prix rédhibitoire de la restauration dans le pavillon– et que le troisième voulait bien être conciliant mais qu’il fallait pas pousser non plus, dans une heure ils s’en allaient, qu’ils aient fini de faire le tour ou pas. Il n’avait jamais compris pourquoi les hommes –ceux qu’il connaissait en tous les cas– s’intéressaient aussi peu aux livres et se lassaient aussi vite de leur présence. Pour lui, les livres apportaient bien-être et sérénité, permettaient de s’ouvrir au monde et de passer du bon temps, loin des matchs de foot et des émissions débiles de la télévision. Finalement, ils n’avaient qu’un seul défaut, et pas des moindres : leur prix. C’était parfois bien difficile d’attendre neuf mois qu’un livre sorte en format poche, d’autant plus que certains n’étaient jamais publiés sous ce format plus accessibles pour l’étudiant qu’il était.
Actes Sud, Plon, Stand Rhône-Alpes, Points, Les Allusifs, Les éditions du Congo…Seul à présent, Matthieu vagabondait à sa guise dans les nombreuses allées, se frayant un passage parmi la foule pour atteindre les différents stands. Il a du mal à comprendre ce pouvoir d’attraction que possèdent les livres : même celui qui lui semblait le moins intéressant au premier abord le force à s’arrêter, à l’ouvrir et à respirer l’odeur de ses pages.
Des ouvrages culinaires aux polars en passant par les albums jeunesse, Matthieu fait tranquillement le tour du salon. Au détour d’un couloir, il tombe sur un roman qu’il convoitait depuis quelques temps déjà. Plusieurs fois, en librairie, il était passé devant, sans jamais l’acheter. Un peu frustré par toutes les dépenses qu’il s’était déjà refusées dans la journée, il se dit que c’était l’occasion et saisit ledit roman, tout en se dirigeant vers la caisse. Personne. Il y a bien deux ou trois vendeurs qui discutent avec des visiteurs autour des tables, mais la caisse est vide. Une minute, puis deux. Personne ne s’intéresse à lui. Soudain, le jeune homme fait demi-tour et s’éloigne à pas lents, essayant de ne pas laisser transparaître son trouble. De l’autre côté de l’allée, il glisse subrepticement l’objet du crime dans son sac et feint de s’intéresser aux affiches. Il ne comprend pas ce qui lui a pris. Jamais cette idée ne l’avait effleuré, pas même pour quelques bonbons, quand il était gamin. Il a suffi d’une minute d’inattention, de relâchement.
En proie à une émotion particulière, mélange de honte, de culpabilité et de « légitimité » – ben oui, on ne s’était pas occupé de lui, après tout ! –, Matthieu reprit le métro. Ce soir, quand il poserait ce livre aux côtés des autres sur sa bibliothèque, il se demanderait s’il pourrait un jour le lire, sans le goût du vol dans la bouche.

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Laëtitia :

Francis Boraguer était un homme d’une soixantaine d’années. Ses petits yeux bleus devenus vitreux par une vie d’excès, laissaient imaginer les mésaventures auxquelles ils avaient dû assister. C’était le petit matin. Malgré une soirée à rallonge, Francis s’était levé tôt, il aimait savourer le calme et regarder le soleil se lever sur les toitures. Cette ville, qu’il avait si souvent maudite, il la subissait encore aujourd’hui. Seul ce moment privilégié le réconciliait un peu avec elle. Lui-même s’était assujetti à cette vie. Il était en colère mais son âge, maintenant avancé, lui avait apporté la résignation. Que pouvait-il faire à présent qu’il n’avait pu faire auparavant ? Il avait laissé passer sa chance. Chaque jour il avait dit : « Demain... ». Et toute sa vie il avait attendu ce demain qui n’était jamais venu. Le courage lui avait fait défaut, ou peut-être ne s’était-il jamais senti prêt à abandonner l’idée qu’elle reviendrait. Il devait l’attendre, l’attendre encore. Il vivait le souffle coupé depuis son départ. Alors, le matin, quand la ville était encore endormie, il se plaisait à imaginer son retour. Comme toujours, il alla s’asseoir sur le balcon avec son café fumant qui lui réchauffait les mains, et se plongea dans un songe doux amer. Un oiseau vint se poser sur le balcon d’en face et commença à chanter d’un cri strident ce qui ramena Francis à la réalité. Il prit un galet dans le pot de géraniums et voulut effrayer l’oiseau. Il visa et tira d’un coup net. L’oiseau vacilla et tomba sur le bitume. Il n’avait pas voulu le tuer, juste le faire fuir, mais, après tout, il ne pouvait tolérer qu’on interrompît sa rêverie.

Références culturelles, 417 : Ernesto Samper Pizano

http://www.presidencia.gov.co/prensa_new/historia/23.htm

vendredi 2 avril 2010

Séances du 23 avril avec Jean-Marie Saint-Lu

Comme annoncé, nous recevrons Jean-Marie Saint-Lu pour une conférence-débat (le "format" reste à déterminer avec lui) d'une heure environ, de 14h00 à 15h00 (salle H 113), avec les anglicistes… puis, ses apprenties traductrices, le retrouveront seules pour une dernière séance de travail (salle H 118).
Merci de préparer quelques questions pour la conférence-débat.

Un peu de lecture

Traduction adaptation réécriture dans le monde hispanique contemporain
Auteur : Solange HIBBS et Monique MARTINEZ (éds)

http://w3.pum.univ-tlse2.fr/~Traduction-adaptation-reecriture~.html

Grand traducteur, le monde hispanique se fait aujourd’hui intensément traduire. La réflexion de ce livre sur la pratique du traduire et sur la traduction s’enracine dans cet univers hispanique contemporain qui, peut-être plus encore que d’autres cultures européennes, pense la diversité de ses langues comme la condition de son identité. Traducteurs chevronnés, écrivains, chercheurs et enseignants y explorent la traduction sous toutes ses formes (autotraduction, réécriture, adaptation …) et dans tous ses domaines : film, roman, bande dessinée, poésie, théâtre, document ou chronique, sous-titre ou surtitrage. Lieu d’une prise de conscience linguistique et culturelle, la traduction, loin d’être purement utilitaire, se situe au coeur d’un dispositif d’échanges permanents, s’inscrit dans un processus critique et créatif indissociable du champ culturel et social. C’est aussi un enjeu économique, politique et idéologique qui suscite de nombreuses interrogations sur le choix des traductions, le rôle des éditeurs et le statut du traducteur, la représentativité des oeuvres traduites et leur réception.L’activité de traduction traverse, tout en les dérangeant et les fécondant, des espaces et des temps multiples du monde hispanique. Ce livre jette un regard nouveau sur l’acte même de la rencontre, de l’exploration et de l’appropriation entre des univers culturels différents.

Année : 2006

Exercice d'écriture pour le 9 avril

Le sujet : Évacuation

Votre version de la semaine : pour le 9 avril

Cuando Charo se echó a llorar, Carvalho se dio cuen­ta de que habían pasado siete años y probablemente ella no era la misma persona. La Charo de antes hubiera llorado vencida por las lágrimas, la Charo de aho­ra las interpretaba, las sentía pero las interpretaba en el marco de una dramaturgia previamente imaginada. El escenario era el de siempre, el despacho de Carvalho, Biscuter también era el mismo. Carvalho no se había permitido la más mínima automodificación en los últi­mos treinta años. Charo. Charo sí había cambiado. Aun­que cuando se marchó en 1992 ya no era una mucha­cha, lo parecía, pero ahora podía pasar por una señora acomodada que regresa de una larga ausencia en la que cambió de estatus y de silueta. Algo más gruesa. No mucho más. Quizá el óvalo de la cara se había redon­deado, tenía más mejillas que pómulos, menos ojeras, como si hubiera reposado siete años del cansancio de toda una puta vida, en su caso, nunca mejor dicho.
—Qué guapa está.
Declamó Biscuter que sí lloraba, como siempre, por los ojos y por la punta de la nariz. Ahora los dos con­templaban a Carvalho regalándole o demandándole una emocionalidad que no sentía. Necesitaba quedarse asolas con Charo para saber si realmente ansiaba aquel reencuentro. Recuperar un espacio para los dos por si acudían los actos reflejos del pasado y Charo volvía a ser necesaria. Pero le molestaba Biscuter como testigo y a la vez director escénico que le apuntaba el papel. Charo le señaló buscando la complicidad de Biscuter.
—Como si hubiera llegado una prima del pueblo.
—El jefe lo siente, pero es muy suyo.
Por un momento Carvalho pensó decir algo que ayu­dara a crear un clima de efemérides, bienvenida a casa, por ejemplo, pero fue rechazando fórmulas líricas y épi­cas y estuvo a punto de echarse a reír cuando se le ocu­rrió decir: desde estas paredes te contemplan siete años de soledad. Afortunadamente se contuvo y finalmente coordinó sonidos y silencios lo suficiente para decir:
—¿Cuándo regresas a Andorra?
Fue estupor lo que se intercambiaron las miradas de Charo y Biscuter.
—¡Me está echando!

Manuel Vázquez Montalbán, El hombre de mi vida

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Amélie nous propose sa traduction :

Lorsque Charo fondit en larmes, Carvalho se rendit compte que sept années s’étaient écoulées et qu’elle n’était probablement plus la même. L’ancienne Charo aurait pleuré, vaincue par les larmes, tandis que la nouvelle Charo les interprétait ; elle les éprouvait, bien sûr, mais en les interprétant dans le cadre d’une dramaturgie préméditée. Le théâtre était toujours le même, le bureau de Carvalho, Biscuter aussi était resté le même. Ces trente dernières années, Carvalho ne s’était pas permis la moindre automodification. Charo. Charo, elle, avait changé. Même si elle n’était déjà plus une enfant quand elle était partie, en 1992, elle y ressemblait fort, alors qu’aujourd’hui, elle pouvait passer pour une femme cossue, de retour d’une longue absence durant laquelle elle avait changé de statut social et de silhouette. Un peu plus étoffée. Pas grand-chose de plus. Peut-être que l’ovale de son visage s’était arrondi, elle avait plus de joues que de pommettes, moins de cernes, comme si pendant sept ans, elle s’était reposée de la fatigue de toute une chienne de vie –dans son cas, c’était le moins qu’on puisse dire.
—Comme vous êtes belle ! —déclama Biscuter qui pleurait, lui, comme toujours, ça coulait de ses yeux et du bout de son nez.
À présent, tous deux contemplaient Carvalho, en lui offrant ou en lui réclamant une émotion qu’il ne ressentait pas. Il avait besoin de se retrouver en tête à tête avec Charo pour savoir s’il mourait vraiment d’envie de la revoir. De dénicher un endroit pour eux deux, au cas où les actes réflexes du passé reviennent et que Charo redevienne indispensable. Cependant, il était dérangé par Biscuter, qui était à la fois un témoin et un directeur scénique lui indiquant son rôle. Charo le désigna, désireuse d’obtenir la complicité de Biscuter.
—Comme si une cousine était arrivée du village.
—Le chef est désolé, mais il est très spécial.
Pendant un moment, Carvalho pensa dire quelque chose qui aiderait à créer une ambiance propre aux grands évènements, tel que « Bienvenue à la maison », mais il se refusa à toute formule lyrique ou épique et fut sur le point d’éclater de rire quand lui vint l’idée de dire : « Du haut de ces murs, sept années de solitude te contemplent ». Heureusement, il se retint et finit par combiner suffisamment de sons et de silences pour prononcer :
—Quand est-ce que tu retournes en Andorre ?
Charo et Biscuter s’échangèrent un regard emprunt de stupeur.
— Mais c’est qu’il me met à la porte !

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Laëtitia Sw. nous propose sa traduction :

Quand Charo se mit à pleurer, Carvalho se rendit compte que sept années s’était écoulées et que, probablement, elle n’était plus la même personne. La Charo d’avant aurait pleuré, ravagée par les larmes, alors que la Charo de maintenant les interprétait, elle les éprouvait vraiment mais en les interprétant dans le cadre d’une dramaturgie préalablement imaginée. Le décor était celui de toujours, le bureau de Carvalho ; Biscuter, lui aussi, était le même. Carvalho ne s’était pas permis la plus infime automodification au cours des trente dernières années. Charo. Charo, elle, avait changé. Bien qu’à son départ, en 1992, elle ne fût déjà plus une jeune fille, elle le paraissait alors, mais aujourd’hui elle pouvait passer pour une dame aisée revenant après une longue absence pendant laquelle elle avait changé de statut et de silhouette. Un peu plus grosse. Pas beaucoup plus. L’ovale du visage s’était peut-être arrondi, elle avait davantage de joues que de pommettes, moins de cernes, comme si elle s’était reposée pendant sept ans de la fatigue de toute une putain de vie, dans son cas, on ne pouvait pas mieux dire.
— Que tu es belle !
Biscuter déclama que, décidément, elle pleurait toujours de la même façon, par les yeux et le bout du nez. À présent, tous les deux observaient Carvalho comme s’ils lui offraient ou attendaient de lui une capacité d’émotion qu’il ne possédait pas. Il avait besoin de rester seul à seul avec Charo pour savoir si elle désirait réellement avec ardeur cette nouvelle rencontre. Récupérer un espace pour eux deux, au cas où affleureraient les actes reflets du passé et où Charo serait encore nécessaire. Mais il était gêné par la présence de Biscuter, à la fois témoin et directeur scénique lui montrant son rôle. Charo le désigna en cherchant la complicité de Biscuter.
— Comme si une cousine du village venait d’arriver.
— Le chef est désolé, mais il est très préoccupé.
À un moment, Carvalho pensa dire quelque chose qui aiderait à créer un climat d’éphémérides, bienvenue à la maison, par exemple, mais il écarta les formules lyriques et épiques, et il faillit se mettre à rire quand il lui vint à l’idée de répondre : depuis ces murs, sept ans de solitude te contemplent. Il se retint heureusement et il finit par coordonner suffisamment les sons et les silences pour lâcher :
— Quand rentres-tu en Andorre ?
Charo et Biscuter échangèrent des regards pleins de stupeur.
— Tu es en train de me mettre à la porte !

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Coralie nous propose sa traduction :

Quand Charo se mit à pleurer, Carvalho se rendit compte que sept ans étaient passés et qu’elle n’était probablement plus la même personne. La Charo d’avant aurait pleuré submergée par les larmes, la Charo d’aujourd’hui les feignait, elle les ressentait mais elle les feignait dans la trame d’une dramaturgie imaginée au préalable. C’était le théâtre habituel, le bureau de Carvalho, Biscuter lui aussi était le même. Carvalho ne s’était pas permis la moindre auto modification durant ces trente dernières années. Charo. Charo, elle, elle avait changé. Bien que, quand elle était partie en 1992, elle n’eût déjà plus été une jeune fille, elle y ressemblait, mais elle pouvait maintenant passer pour une dame aisée qui revient d’une longue absence au cours de laquelle elle a changé de statut et de silhouette. Un peu plus grosse. Pas beaucoup plus. Peut être que l’ovale de son visage s’était arrondi, qu’elle avait plus de joues que de pommettes, moins d’oreilles, comme si elle s’était reposée pendant sept ans de la fatigue de toute une putain de vie, dans son cas, on ne peut pas mieux dire.
Que vous êtes belle !
Déclama Biscuter qui pleurait, oui, comme toujours, par les yeux et par le bout du nez. A présent, ils contemplaient tous les deux Carvalho, lui offrant ou lui demandant une émotionnalité qu’il ne ressentait pas. Il avait besoin de se retrouver en tête à tête avec Charo pour savoir s’il avait réellement envie de ces retrouvailles. Récupérer un espace pour tous les deux au cas où les actes réflexes du passé reviendraient et Charo serait de nouveau utile. Mais Biscuter, à la fois témoin et metteur en scène qui lui soufflait son texte, le gênait. Charo le fixa en cherchant la complicité de Biscuter.
Comme une cousine revenue du village.
Le chef le ressent, mais à sa façon.
Pendant un moment, Carvalho voulut dire quelque chose qui aiderait à créer un climat d’éphéméride, bienvenue à la maison, par exemple, mais il refusa les formules lyriques et épiques et il faillit rire quand il pensa dire : de ces murs, sept ans de solitude te contemplent. Par chance, il se contint et coordonna finalement les sons et silences suffisants pour lancer :
Tu rentres quand en Andorre ?
Ce fut de la stupeur que les regards de Charo et Biscuter se renvoyèrent.
Tu me mets dehors !

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Laëtitia nous propose sa traduction :

Quand Charo se mit à pleurer, Carvalho se rendit compte que sept ans avaient passé et qu’elle n’était probablement pas la même personne. La Charo d’avant aurait pleuré vaincue par les larmes, la Charo de maintenant les interprétait, les ressentait mais les interprétait dans le cadre d’une dramaturgie imaginée au préalable. La scène était celle de toujours, le bureau de Carvalho, Biscuter lui aussi était le même. Carvalho ne s’était pas permis la moindre automodification ces trente dernières années. Charo. Charo avait changé, elle. Bien qu’elle ne fût déjà plus une jeune fille lors de son départ en 1992, elle en avait pourtant tout l’air, mais maintenant elle pouvait passer pour une femme aisée qui revenait d’une longue absence durant laquelle elle avait changé de statut social et de silhouette. Un peu plus épaisse. Pas beaucoup plus. Peut-être que l’ovale de son visage s’était arrondi, elle avait plus de joues que de pommettes, moins de cernes, comme si elle s’était reposée, sept années durant, de la fatigue de toute une putain de vie, dans son cas, on ne pouvait pas mieux dire.
-Comme elle est belle ! Déclama Biscuter qui pleurait bel et bien, comme toujours, par les yeux et par le bout du nez.
Maintenant tous deux contemplaient Carvalho en lui offrant ou en lui réclamant une émotion qu’il n’éprouvait pas. Il avait besoin de rester seul avec Charo pour savoir s’il désirait ardemment ces retrouvailles. De récupérer un espace pour tous les deux au cas où les réflexes du passé resurgiraient et Charo redeviendrait nécessaire. Mais il était gêné par la présence de Biscuter qui, comme un metteur en scène, lui dictait son rôle. Charo le signala cherchant la complicité de Biscuter.
-Comme si une cousine du village était arrivée.
-Le chef est désolé, mais il est très spécial.
Pendant un moment Carvalho pensa dire quelque chose pour aider à créer une ambiance de fête, bienvenue à la maison, par exemple, mais il rejeta des formules lyriques et épiques et il fut sur le point d’éclater de rire quand il eut l’idée de dire : depuis ces murs sept années de solitude te contemplent. Malheureusement il se contint et finalement il coordonna sons et silences comme il put pour dire :
-Quand rentres-tu en Andorre ?
La stupeur se lut dans les échanges de regards entre Charo et Biscuter.
-C’est qu’il me met dehors !

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Claire nous propose sa traduction :

Quand Charo se mit à pleurer, Carvalho se rendit compte que sept années avaient passé et que, probablement, elle n’était plus la même personne. La Charo d’autrefois n’aurait pleuré que vaincue par les larmes, celle d’aujourd’hui les représentait, elle les ressentait mais les représentait dans le cadre d’une dramaturgie imaginée au préalable. La scène restait la même, le bureau de Carvalho, Biscuter lui aussi était le même. Carvalho ne s’était pas autorisé la moindre automodification au cours des trente dernières années. Charo. Charo, elle, avait changé. Peut-être l’ovale de son visage s’était-il arrondi, elle avait plus de joues, moins de pommettes, moins de cernes, comme si elle s’était reposée pendant sept ans de la fatigue de toute une putain de vie, et dans son cas, on ne pourrait mieux dire.
- Comme vous êtes belle ! », déclama Biscuter qui lui, pleurait, comme toujours, avec ses yeux et le bout de son nez. A présent, tous deux contemplaient Carvalho, en lui offrant ou en lui demandant une émotion qu’il ne ressentait pas. Il avait besoin de rester seul avec Charo pour savoir s’il désirait réellement ces retrouvailles. De retrouver un espace pour eux deux pour voir si les actes reflets du passé revenaient et si Charo redevenait nécessaire. Mais Biscuteur, en tant que témoin mais aussi metteur en scène qui lui attribuait un rôle, le dérangeait. Charo le montra du doigt en cherchant la complicité de Biscuter.
- Comme si c’était une cousine du village qui était arrivée.
- Excusez le chef, mais il a son caractère. »
Pendant un instant, Carvalho pensa dire quelque chose qui puisse aider à créer un climat d’éphéméride, bienvenue à la maison, par exemple, mais il rejeta les formules lyriques et épiques et fut sur le point d’éclater de rire quand il lui vint à l’esprit de dire : depuis ces murs, sept ans de solitude te contemplent. Heureusement, il se contint et finalement coordonna suffisamment sons et silences pour dire :
- Quand rentres-tu en Andorre ?
De la stupeur fut échangée dans les regards de Charo et Biscuter.
- Il me jette dehors !

***

Pascaline nous propose sa traduction :

Quand Charo se mit à pleurer, Carvalho se rendit compte que sept ans s'étaient écoulés et qu'elle n'était probablement plus la même personne. La Charo d'avant aurait pleuré vaincue par les larmes ; la Charo de maintenant les interprétait, les ressentait mais les interprétait dans le cadre d'une dramaturgie imaginée au préalable. La décor était toujours le même : le bureau de Carvalho. Biscuter était aussi le même. Ces trente dernières années, Carvalho ne s'était permis ni la moindre auto-modification. Ah, Charo. Charo, elle, avait changé. Bien que, lorsqu'elle s'en allât en 1992, elle n'était plus une jeune fille, elle semblait l'être encore, mais, désormais, elle pouvait passer pour une dame aisée qui revient d'une longue absence pendant laquelle elle a changé de statut et de silhouette. Un peu plus grosse. Pas beaucoup plus. Peut-être l'ovale du visage s'était-il arrondi, elle avait plus de joues que de pommettes, moins de cernes, comme si elle s'était reposée pendant sept ans de la fatigue de toute une chienne de vie (dans son cas, on ne peut pas dire mieux).
- Comme tu es belle !
Déclama Biscuter qui, lui, pleurait, comme toujours, par les yeux et par le bout du nez. Désormais, tous deux observaient Carvalho, lui offrant ou lui réclamant une part d'émotion qu'il n'éprouvait pas. Il avait besoin de rester seul avec Charo pour savoir s'il avait vraiment envie de cette rencontre. Retrouver un espace pour eux deux dans le cas où les réflexes du passé se manifesteraient et Charo serait de nouveau nécessaire. Mais le fait que Biscuter fût à la fois témoin et metteur en scène qui lui indiquait son rôle le gênait. Charo le désigna en cherchant la complicité de Biscuter.
- Comme si une cousine du village était arrivée.
- Le chef s'en excuse, mais il est assez spécial.
L'espace d'un instant Carvalho pensa dire quelque chose qui aidât à créer une ambiance propre aux grands événements, bienvenue à la maison, par exemple, mais il refusa toutes formules lyriques et épiques et alla se mettre à rire quand il eut l'idée de déclarer : du haut de ces murs sept ans de solitude te contemplent.
Heureusement, il se contint et, finalement, combina sons et silences, assez pour demander :
- Quand rentres-tu en Andorre ?
Charo et Biscuter se regardèrent avec stupeur.
- Mais c'est qu'il me jette dehors !

***

Sonita nous propose sa traduction :

Quand Charo se mit à pleurer, Carvalho se rendit compte que sept ans s’étaient écoulés et que probablement elle n’était plus la même personne. La Charo d’avant aurait pleuré vaincue par les larmes, la Charo d’aujourd’hui les jouait, elle les sentait mais elle les jouait dans le cadre d’une dramaturgie préalablement imaginée. La scène était celle de toujours, le bureau de Carvalho, Biscuter était aussi le même, Carvalho ne s’était permis aucune auto modification au cours de ces trente dernières années. Charo. Charo oui, avait changé. Bien que quand elle partît en 1992 elle n’était plus une jeune fille, bien qu’elle en eût l’air, mais maintenant elle pouvait passer pour une femme aisée qui revient d’une longue absence pendant laquelle elle a changé de statut et de silhouette. Un tantinet plus grosse. Mais pas beaucoup plus. Peut-être que l’ovale de son visage s’était arrondi, elle avait davantage de joues que de pommettes, moins de cernes comme si elle s’était reposée sept années de la fatigue de toute une putain de vie, dans son cas, on ne pourrait jamais mieux le dire.
—Qu’est-ce qu’elle est belle.
Déclamât Biscuter qui lui oui pleurait, comme toujours, par les yeux et par la pointe du nez. Maintenant les deux contemplaient Carvalho en lui offrant ou en lui demandant une émotion qu’il ne ressentait pas.
Il avait besoin de se retrouver en tête à tête avec Charo pour savoir si réellement il désirait ardemment ces retrouvailles.
Récupérer un espace pour eux deux au cas où les actes réflexes du passé accouraient et Charo devenait à nouveau nécessaire. Mais Biscuter le gênait à la fois comme témoin et metteur en scène qui lui indiquait le rôle. Charo le montra en cherchant la complicité de Biscuter.
—Comme si une cousine du village était rentrée.
—Le chef le regrette mais cela ne regarde que lui.
Pendant un instant Carvalho pensa à dire quelque chose qui aidât à créer un climat d’éphémérides, bienvenue à la maison par exemple, mais il dessécha une à une les formules lyriques et épiques et il fut sur le point d’éclater de rire quand il lui vint à l’esprit de dire : sept ans de solitude te contemplent depuis ces murs. Fort heureusement il se retint et finalement il coordinat suffisamment les sons et les silences pour dire :
—Quand est-ce que tu rentres à Andorre ?
C’est de la stupeur ce qu’échangèrent les regards de Charo et Biscuter.
—Il est en train de me mettre dehors.

Résultats du sondage 2008-2009, 2e version : « Quand que je dois renoncer à la rime, cela vaut-il la peine de traduire la poésie ? »

Sur 17 votants, nous obtenons les résultats suivants :

Oui = 12 voix (70%)
Non = 5 voix (29%)

Pour comparaison, les résultats de l'année dernière :
Sur 18 votants, nous obtenions :

Oui = 11 voix (61%)
Non = 7 voix (38%)

Références culturelles, 416 : Carlos Lemos Simonds

http://www.presidencia.gov.co/prensa_new/historia/carlemos.htm

dimanche 28 mars 2010

samedi 27 mars 2010

Le protagoniste de ma traduction longue, par Émeline

Le personnage principal du livre que j’ai entrepris de traduire en est l’auteur. Il s’agit de Ricardo Piglia lui-même, nous livrant quelques pages autobiographiques mais aussi quelques pages de réflexions personnelles sur la littérature. Malgré une apparence fragmentée, le narrateur nous parle de sa vie et de ses pensées, alternant récits, pages de journal, essais critiques, le tout avec pour fil conducteur la littérature. Celle-ci hante la vie de Piglia, elle est l’air indispensable grâce auquel il respire. Il partage cet air avec le lecteur, il le plonge dans son univers et sa pensée, comme offrant un accès à son laboratoire littéraire.

Résultats du sondage…

« L'obtention par un roman d'un "grand" prix littéraire national ou international est-il un critère important pour vous dans l'achat d'un livre ? »

Sur 15 votants, nous obtenons les résultats suivants :

Oui = 2 voix (13%)
Non = 13 voix (86%)

Intéressant ! Et dire qu'on continue à faire des gorges chaudes du Goncourt et compagnie…

Comment les apprenties traductrices travaillent-elles ?














Je me le demande souvent… vous vous le demandez souvent, n'est-ce pas ? Élément de réponse avec cette photo, reçue aujourd'hui – pour, je cite, « te prouver que ça travaille dur, même le week-end ». Convaincant ?

En photo : Chloé et Amélie !

Votre version de la semaine : pour le 2 avril

El rugido de un motor me devolvió a la realidad. Hoy era el primer día de clase, último curso por fin. Estaba preparándome en mi pequeña habitación, inmersa en mis pensamientos, cuando aquel sonido ensordecedor me sobresaltó. Corrí a la ventana de mi cuarto intentando vislumbrar quién había provocado semejante escándalo. Una moto de gran cilindrada, de un rojo intenso como sangre fresca, estaba parada frente a mi casa. Tenía un pie apoyado en el suelo, mientras con una mano sacaba un móvil del interior de su cazadora. El motor de aquella máquina seguía gruñendo, mientras yo lo miraba embobada desde mi ventana. No sabía porque, pero no podía dejar de mirar. La curiosidad me dominaba. Vi como alzaba su rostro hacia arriba, como si percibiera mi mirada. Me escondí tras las cortinas de forma instintiva, sorprendiéndome a mí misma. ¿Qué estaba haciendo? ¿Desde cuándo me dedicaba a fisgar detrás de las cortinas como mi abuela? Me sentía inquieta, ansiosa, volví a asomarme tímidamente a través de los visillos. ¿Quién era él? No conocía a nadie con semejante moto por aquí y eso era raro, porque en un pueblecito como el mío nos conocíamos casi todos. Habíamos pasado por distintas etapas, de la infancia a la adolescencia, en el mismo colegio, dentro del mismo pueblo. No es que las cosas por aquí hubieran cambiado mucho en los últimos tiempos.

Francine L. Zapater, Luna azul

***

Laëtitia Sw. nous propose sa traduction :

Le rugissement d’un moteur me ramena à la réalité. C’était le premier jour de classe aujourd’hui, et le dernier cours de la journée, enfin. Je me préparais dans ma petite chambre, plongée dans mes pensées, lorsque ce bruit assourdissant me fit sursauter. Je courus à la fenêtre de mon appartement pour essayer d’apercevoir la personne qui avait provoqué un tel tapage. Une moto de grosse cylindrée, d’un rouge intense comme le sang frais, stationnait devant chez moi. Il avait un pied posé par terre et, d’une main, il sortait un téléphone portable de l’intérieur de son blouson. Le moteur de ladite moto continuait à gronder, tandis que je le regardais ébahie depuis ma fenêtre. Je ne savais pas pourquoi, mais je ne pouvais pas arrêter de regarder. La curiosité me dominait. Je remarquai la façon qu’il avait de tourner son visage vers le haut, comme s’il percevait mon regard. Je me cachai instinctivement derrière les rideaux, me surprenant moi-même. Qu’est-ce que j’étais en train de faire ? Depuis quand passais-je mon temps à épier derrière les rideaux comme ma grand-mère ? Je me sentais inquiète, anxieuse ; timidement, je regardai de nouveau à travers les rideaux. Qui était-il ? Je ne connaissais personne avec une moto pareille par ici, ce qui était bizarre, parce que dans un petit village comme le mien, nous nous connaissions quasiment tous. Nous étions passés par différentes étapes, de l’enfance à l’adolescence, dans le même collège, au sein du même village. On ne peut pas dire que les choses avaient beaucoup changé par ici ces derniers temps.

***

Laëtitia nous propose sa traduction :

Le rugissement d’un moteur me ramena à la réalité. Aujourd’hui c’était la rentrée des classes, dernière année, enfin. J’étais en train de me préparer dans ma petite chambre, plongée dans mes pensées, quand ce bruit assourdissant me fit sursauter. Je courus à la fenêtre de ma chambre pour essayer de visualiser qui avait provoqué pareil vacarme. Une moto de grosse cylindrée, d’un rouge intense comme du sang frais, était arrêtée en face de chez moi. Il avait un pied appuyé par terre, tandis qu’avec une main il sortait un téléphone portable de la poche intérieure de son blouson. Le moteur de cette machine continuait de gronder, pendant que moi je le regardais ébahie depuis ma fenêtre. Je ne savais pas pourquoi, mais je ne pouvais pas m’empêcher de le regarder. La curiosité me dominait. Je le vis relever son visage vers le haut, comme s’il percevait mon regard. Je me cachai derrière les rideaux de manière instinctive, ce qui m’étonna moi-même. Qu’étais-je en train de faire ? Depuis quand m’adonnais-je à épier derrière les rideaux comme ma grand-mère ? J’étais inquiète, anxieuse, je m’avançai à nouveau timidement à travers les voilages. Qui était-il ? Je ne connaissais personne avec une telle moto par ici et c’était bizarre, parce que dans un petit village comme le mien nous nous connaissions presque tous. Nous étions passés par différentes étapes, de l’enfance à l’adolescence, dans le même collège, dans le même village. Non, les choses n’avaient pas beaucoup changé par ici ces derniers temps.

***

Amélie nous propose sa traduction :

Le rugissement d’un moteur me ramena à la réalité. Aujourd’hui, c’était le premier jour de cours, dernière année, enfin ! Je me préparais dans ma petite chambre, plongée dans mes pensées, lorsque ce bruit assourdissant me fit sursauter. Je me précipitai à la fenêtre de la pièce pour essayer d’apercevoir qui était à l’origine d’un tel scandale. Une moto de grosse cylindrée, d’un rouge vif couleur sang frais, était garée en face de chez moi. Un pied sur le sol, le conducteur sortait un portable de l’intérieur de son blouson. Le moteur de ladite machine continuait de gronder, tandis que je le regardais depuis ma fenêtre, ébahie. Je ne savais pas pourquoi, mais je ne pouvais détourner les yeux. La curiosité me dévorait. Je le vis relever la tête, comme s’il avait perçu mon regard. Je me dissimulai instinctivement derrière les rideaux, me surprenant moi-même : qu’étais-je en train de faire ? Depuis quand passais-je mon temps à épier derrière les rideaux comme ma grand-mère ? J’étais troublée et fébrile ; timidement, je regardai de nouveau à travers les voilages. Qui était-il ? Je ne connaissais personne qui possédait une moto comme ça dans les environs, ce qui était étrange, car dans un petit village comme le mien, nous nous connaissions presque tous. Nous étions passés par différents étapes, de l’enfance à l’adolescence, dans le même collège, au sein du même village. Et on ne peut pas dire que les choses avaient beaucoup évolué ici ces derniers temps.

***

Émeline nous propose sa traduction :

Le rugissement d’un moteur me ramena à la réalité. Aujourd’hui, c’était le premier jour de cours, début de la dernière année, enfin. J’étais en train de me préparer dans ma petite chambre, perdue dans mes pensées, quand ce bruit assourdissant me fit sursauter. Je courus à la fenêtre, essayant d’apercevoir qui avait provoqué un tel tapage. Une moto, une grosse cylindrée, d’un rouge intense comme du sang frais, était arrêtée devant chez moi. Il avait un pied sur le sol, tandis que d’une main il sortait un portable de l’intérieur de sa veste. Le moteur de cette machine continuait de râler, et moi, je le regardais, fascinée, depuis la fenêtre. Je ne savais pas pourquoi, mais je ne pouvais pas arrêter de regarder. La curiosité me possédait. Je le vis lever la tête, comme s’il avait senti mon regard. Je me cachai derrière les rideaux, instinctivement, me surprenant moi-même. Qu’est-ce que je faisais ? Depuis quand j’épiais derrière les rideaux comme le faisait ma grand-mère ? Je me sentais nerveuse, anxieuse. À nouveau, je me penchai timidement à travers les voilages. Qui était-il ? Je ne connaissais personne ici avec une moto pareille et cela me semblait étrange, car, dans un petit village comme le mien, nous nous connaissions presque tous. Nous étions passés par différentes étapes, de l’enfance à l’adolescence, dans la même école, dans le même village. Ce n’est pas comme si les choses avaient beaucoup changé par ici ces derniers temps.

***

Coralie nous propose sa traduction :

Le rugissement d’un moteur me ramena à la réalité. C’était le premier jour de classe, dernière année, enfin. J’étais en train de me préparer dans ma petite chambre, plongée dans mes pensées, quand ce bruit assourdissant me fit sursauter. Je courus jusqu’à la fenêtre pour tenter d’entrevoir ce qui avait provoqué un tel tapage. Une moto de grosse cylindrée, d’un rouge intense, comme du sang frais, était garée en face de chez moi. Il avait un pied posé à terre et d’une main il sortait un portable de l’intérieur de son blouson. Le moteur de cette machine continuait de gronder, alors que je le regardais, ébahie, depuis ma fenêtre. Je ne savais pas pourquoi, mais je ne pouvais pas cesser de regarder. La curiosité me dominait. Je le vis tourner la tête vers le haut, comme s’il percevait mon regard. Je me cachai derrière les rideaux de façon instinctive, me surprenant moi-même. Qu’étais-je en train de faire ? Depuis quand guettais-je derrière les rideaux comme ma grand-mère ? Je me sentais inquiète, anxieuse, je me montrai de nouveau, timidement, à travers les voilages. Qui était-il ? Je ne connaissais personne avec une moto semblable par ici et c’était étrange, parce que dans un petit village comme le mien nous nous connaissions presque tous. Nous étions passés par les différentes étapes, de l’enfance à l’adolescence, dans le même collège, dans le même village. On ne peut pas dire que les choses avaient beaucoup changé ici ces derniers temps.

***

Chloé nous propose sa traduction :

Le rugissement d’un moteur me ramena à la réalité. Aujourd’hui c’était le premier jour de cours, dernière année, enfin ! Je me préparais dans ma petite chambre, plongée dans mes pensées, quand ce bruit assourdissant me fit sursauter. Je me précipitai à la fenêtre de ma chambre pour essayer d’entrevoir qui avait provoqué un tel vacarme. Une moto, une grosse cylindrée, d’un rouge intense comme le sang frais, était garée en face de chez moi. Le conducteur avait un pied au sol, et d’une main, il sortait un portable de l’intérieur de son blouson. Le moteur de cette machine continuait de gronder, tandis que je le regardais, ébahie, depuis ma fenêtre. Je ne savais pas pourquoi, mais je ne pouvais détacher mon regard. La curiosité me dominait. Je le vis relever la tête, comme s’il avait senti mon regard. Je me cachai instinctivement derrière les rideaux, me surprenant moi-même : qu’étais-je en train de faire ? Depuis quand passais-je mon temps à épier derrière les rideaux comme ma grand-mère ? J’étais inquiète, anxieuse, je regardai à nouveau timidement à travers les voilages. Qui c’était ? Je ne connaissais personne du coin qui possédait une moto semblable, ce qui était étrange, car dans un petit village comme le mien, presque tout le monde se connaissait. Nous étions passés par différentes étapes, de l’enfance à l’adolescence, dans le même collège, dans le même village. Ici, les choses étaient loin d’avoir beaucoup changées ces derniers temps.

***

Pascaline nous propose sa traduction :

Le rugissement d’un moteur me fit revenir à la réalité. Aujourd’hui était le premier jour de classe, dernière année, enfin. J’étais en train de me préparer dans ma petite chambre, plongée dans mes pensées, quand ce son assourdissant me fit sursauter. Je me précipitai à la fenêtre de ma chambre pour essayer d’apercevoir qui avait provoqué pareil scandale. Une moto de grosse cylindrée, d’un rouge intense comme du sang frais, était arrêtée devant ma maison. Il avait un pied posé à terre, tandis qu’avec une main il sortait un portable de l’intérieur de son blouson. Le moteur de cette machine continuait à grogner, tandis que je le regardais ébahie depuis ma fenêtre. Je ne savais pas pourquoi, mais je ne pouvais pas cesser de regarder. La curiosité me dominait. Je le vis lever son visage vers le haut, comme s’il avait senti mon regard. Je me cachai derrière les rideaux de façon instinctive, me surprenant moi-même. Qu’étais-je en train de faire ? Depuis quand me consacrais-je à épier derrière les rideaux comme ma grand-mère ? J’étais inquiète, anxieuse ; timidement, je regardai de nouveau à travers les rideaux. Qui était-il ? Je ne connaissais personne dans le coin avec une telle moto et cela était étrange, car dans un petit village comme le mien, nous nous connaissions presque tous. Nous étions passés par différentes étapes, de l’enfance à l’adolescence, dans le même collège, dans le même village. Et on ne peut pas dire que les choses ici eussent beaucoup changé ces derniers temps.

***

Sonita nous propose sa traduction :

Le rugissement d’un moteur me fit revenir à la réalité. Aujourd’hui c’était le premier jour de la rentrée, et enfin la dernière année. J’étais en train de me préparer dans ma petite chambre, submergée dans mes pensées, quand ce bruit assourdissant me fit sursauter. Je courus à la fenêtre de ma chambre en essayant d’entrevoir qui avait provoqué un tel scandale. Une moto grosse cylindrée, d’un rouge intense comme du sang frais, était arrêtée devant chez moi. Il avait un pied posé à terre, tandis qu’avec une main il sortait un portable de l’intérieur de son blouson. Le moteur de cette machine continuait de rugir, tandis que je regardais ébahie depuis ma fenêtre. Je ne savais pas pourquoi, mais je ne pouvais pas arrêter de regarder. La curiosité me dominait. Je vis comment il levait son visage vers le haut, comme s’il sentait mon regard. Je me cachai derrière les rideaux de manière instinctive, me surprenant moi-même. Qu’étais-je en train de faire ? Depuis quand je me consacrais à épier derrière les rideaux comme ma grand-mère ? Je me sentais nerveuse, anxieuse, je regardais à nouveau, timidement, à travers les rideaux. Qui était-il ? Je ne connaissais personne avec une telle moto dans le coin et ça c’était étrange, parce que dans un petit village comme le mien on se connaissait presque tous les uns les autres. Nous étions passés par différentes étapes, de l’enfance à l’adolescence, dans le même collège, dans le même village. Et on ne peut pas dire que les choses avaient beaucoup changé par ici ces derniers temps.

Exercice d'écriture pour le 2 avril

Le sujet : Un petit crime

La protagoniste de ma traduction longue, par Coralie

Violeta Dasinski est une architecte chilienne d’une quarantaine d’année. C’est une femme tourmentée et complexe, à la fois fragile et forte, que la vie n’a pas épargnée. D’abord abandonnée par sa mère puis par son premier mari, elle trouve du réconfort auprès d’Eduardo, écrivain en mal de succès, alcoolique et violent… Violeta s’enferme dans sa bulle, où se mêlent la naïveté, le rêve et la foi en l’humanité. Pour fuir son existence, elle se confie depuis l’enfance à sa meilleure amie Josefa et à ses journaux intimes, ses « trésors », qu’elle remplit notamment en périodes de crise : « Violeta n’a jamais autant écrit que lorsqu’elle vivait avec Eduardo ». Elle survit ainsi jusqu’au jour où, pour se sauver et sauver l’enfant qu’elle porte, elle commet l’irréparable, abandonnant à son tour sa fille adolescente…

Exercice d'écriture

En photo : London Grafitti 1 - June 2006, par ~ Meredith ~

Le sujet était : Graffiti

***

Laëtitia :

Des lignes, droites, courbes, sécantes, dans tous les sens, agressent, s’immiscent dans les yeux, dans le crâne et martèlent, la rébellion, la colère et la crainte, la déception face à ce monde conforme à rien, ces couleurs qui hurlent, qui crachent, qui accusent, condamnent et interpellent, exister un peu, au milieu du bitume, gris, triste, qui fait mal, emprisonne les rêves, annihile les ambitions, inhibe les sentiments, sur le mur, enfin, la rédemption, à portée de bombes, du balai, des mains, des bras, des jambes qui s’affairent, qui s’agitent, en mouvements cadencés au service du génie, il naît, puissant, indissoluble, inaltérable, là.

***

Coralie :

À cette heure, la rue est déserte. Condition idéale pour Yanis. Il jette un œil autour de lui pour s’assurer que la voie est libre. Personne. Ce mur, il l’a repéré depuis longtemps, il sait déjà ce qu’il va en faire. Le mur idéal, parfaitement bien placé, lisse, spacieux, un peu défraîchi… Il n’a donc aucune raison de se sentir coupable, il ne détériore rien, il embellit. Dans son sac à dos, ses bombes : du bleu, du vert, du noir, du rouge, de l’argenté. Avec ces couleurs, c’est sûr, il va réaliser sa plus belle œuvre. De toutes façons, il n’a pas le choix, il s’est déjà trop vanté de ses prouesses pour échouer. Toute la bande doit arriver d’une minute à l’autre. Il faut tous les convaincre, surtout Tony, l’excellent, le génial Tony. S’il y arrive, il intègrera non seulement la bande mais il sortira de l’ombre : il ne sera plus un graffeur clandestin, il pourra enfin être reconnu. Vivre de son art, son rêve. Face à sa toile, bombe noire en main, un premier trait, un contour, puis un autre et encore un autre… La silhouette de quelques immeubles se dessine. Du gris pour les peindre. Du bleu pour l’horizon. Du vert pour le parc. Et du rouge, du rouge pour la violence qui réside dans ces tours. Non, il ne veut pas de beau… Il faut que ça parle, que ça choque, que ça fasse réfléchir. On ne peut pas, on ne doit pas rester passif, sans émotion, devant un graffiti. Lui, ce qu’il veut c’est que les petits bourgeois de ce quartier se rendent compte de la réalité qui est la sienne. Tout près d’ici, dans un autre monde.

***

Amélie :

Grisaille. Les murs, les trottoirs, l’asphalte. Une enceinte, autour, un homme marche, l’autre tapi dans l’ombre, se cache. Plus personne. Il sort de l’ombre : sweat rouge, pantalon noir, large, baskets à trois bandes. Un sac plein à l’épaule. Il s’arrête. Devant lui le mur, triste, froid, uniforme. Coup d’œil à droite, à gauche. D’un geste prompt, il ouvre le sac. En sort trois bombes, les pose à terre, un masque blanc, le met sur son visage. Rouge, bleu, jaune. Il saisit la première, la dirige vers le mur, dessine un arc-de-cercle. La repose. Au tour du bleu. Trois taches çà et là. La rouge à nouveau. Le motif prend forme. Un instant, il s’immobilise, aux aguets. Coup d’œil à droite, à gauche. Toujours rien. Il reprend son ballet chorégraphique, alternant les couleurs, esquissant quatre lettres, sa signature sans doute. Du haut de ma fenêtre, je devine la passion qui l’anime. Ses gestes sont nerveux, précis, réfléchis. Soudain, il s’accroupit, jette les bombes dans son sac, pêle-mêle, retire le masque, reprend ses affaires et s’enfuit en courant. Au loin, je le vois sauter par-dessus un muret, lestement. Puis plus rien. Seule une sirène de police vient troubler le silence. Elle lui aura fait peur. Demain, à la même heure, il reviendra poursuivre son œuvre. Son unique moyen d’expression.

Les protagonistes de la traduction longue, par Laëtitia

S’il est vrai que Las Interioridades est un recueil de nouvelles, et que par conséquent les personnages principaux sont différents, on peut néanmoins observer une unité. Le héros de chaque nouvelle est en proie à un désir de s’intégrer. Il évolue dans une réalité qui n’est pas la sienne. Seul, face à lui-même, il cherche sa place dans ce monde. La description du cheminement de sa pensée donne l’impression au lecteur de pénétrer son esprit et ce, même lorsque la narration est à la troisième personne. C’est d’ailleurs sur ce point que le titre du recueil trouve tout son à-propos. Il est également intéressant de considérer les métiers que ces personnages exercent : un traducteur, un pêcheur, un violoniste. Des métiers plutôt ancrés dans un univers de solitude, propice à l’introspection. Un clin d’œil pour nous, traducteurs en devenir, ou de ce qui nous attend de névroses et d’obsessions. Parfois, le protagoniste doit son intégration à une totale remise en cause de ses convictions, et d’autres fois, c’est au prix de lourds sacrifices qu’il gagne son appartenance à ce monde. Et, s’il échoue dans sa quête, c’est peut-être pour avoir refusé de se rebeller.

Références culturelles, 410 : Brozo

http://es.wikipedia.org/wiki/Brozo

vendredi 26 mars 2010

Découverte amusante et doutes…

Je viens de m'apercevoir qu'en anglais, Manolito Gafotas (le fameux personnage d'Elvira Lindo) s'appelle Manolito Four-Eyes… Je ne suis pas certaine de ce que j'en pense. Et vous ?

La protagoniste de Entre deux eaux, par Chloé

À quarante ans et des poussières, Cornelia Weber-Tejedor est commissaire à la criminelle dans la ville de Francfort et, bien que certains de ses collègues misogynes doutent de ses capacités, elle n’a plus à faire ses preuves. Si au premier abord, on rencontre une femme déterminée, calme et indépendante, on découvre au fil du roman qu’elle n’en est pas moins fragile et un peu névrosée. En effet, son mari l’a abandonnée pour pouvoir « se retrouver » en faisant le tour de l’Australie à moto, elle est obsédée par les maladies en tout genre et sa mère ne cesse de lui téléphoner au mauvais moment, ce qui l’empêche de regarder sa série préférée : Les Simpson.
Dans cette enquête, qui la plonge au cœur de la communauté espagnole et des problèmes liés à l’immigration, elle est finalement plus affectée qu’elle ne veut bien l’admettre, car même si elle ne renie pas ses racines espagnoles, elle leur a tout de même préféré la nationalité allemande. Ce conflit intérieur refait donc surface et l’ambivalence du personnage de Cornelia reflète alors parfaitement le titre du roman : Entre deux eaux.

Références culturelles, 409 : César Bono

http://es.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9sar_Bono

jeudi 25 mars 2010

Exercice pour dans 15 jours

Je vous l'avais annoncé, nous allons continuer à mener l'enquête sur vous traductions longues… Le terrain à défricher cette fois : présence/absence des descriptions. Y en a-t-il beaucoup, sont-elles longues, leur construction répond-elle à une logique interne… et enfin, quel rôle jouent-t-il dans l'élaboration du récit ?

À la conquête de ma traduction longue, par Amélie

Toujours pour leur permettre de mieux comprendre les tenants et les aboutissants du texte qu'elles ont choisi de traduire, j'avais demandé aux apprenties traductrices de réfléchir à la manière dont le protagoniste de leur histoire était construit et le rôle qu'il jouait dans le récit.
Voici le produit des réflexions d'Amélie.

Le roman que je traduis étant une autobiographie, l’auteur est la narratrice ne sont qu’une seule et même personne.
Lorsqu’elle débarque à Utande pour la première fois, Juana Samper Ospina est une adolescente citadine et étrangère plutôt naïve –en apparence du moins–, pas du tout au fait de la vie à la campagne. Totalement fermée, au départ, aux découvertes et à un nouveau style de vie, cette première rencontre avec le moulin la transforme. Tant et si bien que quand elle y revient avec son mari et ses deux enfants, des années plus tard, elle est curieuse de tout apprendre –bien qu’elle méconnaisse toujours autant la nature. Tenace et optimiste, elle fait preuve d’une véritable envie d’avancer dans tout ce qu’elle entreprend : les cultures, l’achat du moulin, sa restauration, son intégration dans le village…Elle est d’ailleurs très observatrice, en témoigne la diversité et la précision des descriptions des personnes qu’elle rencontre. Le roman montre clairement que c’est quelqu’un de très cultivée, ou en tous les cas, de passionnée par sa région, tant elle y sème çà et là des références culturelles, en lien avec l’histoire
Cependant, vous allez me dire que ma narratrice n’a que des qualités. Effectivement, mais je doute qu’il en soit ainsi en vérité. Seulement, en faisant cet exercice, je me suis rendu compte qu’elle s’effaçait constamment derrière les anecdotes qu’elle livre au lecteur et derrière les multiples personnages qui en font partie. Mais alors, qui donne son unité au roman ?
Eh bien finalement, je pense que c’est le moulin. Chaque personnage, chaque épisode raconté dans ce livre est en relation directe avec le moulin. Ils partagent tous un lien avec un meunier, avec la fabrication de l’huile, ou avec quelqu’un qui a habité à cet endroit. C’est un lieu de vie, un lieu d’échange et de rencontre fondamental au sein du village d’Utande. Il a d’abord appartenu à un groupe de meuniers, puis à un couple espagnol, puis à Piero de Benedictis, célèbre chanteur argentin ; il a ensuite été « adopté » par le père de Juana, et enfin racheté par Juana elle-même. Il a traversé les époques et subi maintes transformations, jusqu’à la plus symbolique : la venue de l’électricité. Il semble agir comme un aimant : à la fois répulsif et attractif. Pour moi, le moulin n’est rien d’autre qu’une mise en abyme de ce que l’auteur nous dépeint ici : à l’état brut quand ils l’acquièrent, ils le réparent, le reconstruisent, l’enjolivent pour finir par y installer la plus simple marque de modernité, l’électricité. Il en est de même pour les villageois qui, s’ils paraissent rustres et énigmatiques pour commencer, ils s’avèrent finalement attachants au fil des rencontres et du partage, et finissent par apprendre au contact de la « modernité », tout comme ils enseignent leur mode de vie. Enfin, la transformation du moulin peut aussi s’apparenter à celle qui s’opère chez la narratrice au fil du roman.

Références culturelles, 408 : Rubén Aguirre

http://es.wikipedia.org/wiki/Rub%C3%A9n_Aguirre

mercredi 24 mars 2010

Références culturelles, 407 : Los amarguillos

En photo : Amarguillos, par delavistaalpaladar

http://es.wikipedia.org/wiki/Amarguillo

samedi 20 mars 2010

Exercice d'écriture

Le sujet de la semaine était : un personnage de cinéma que je garde en mémoire

***

Laëtitia Sw. :

Permettez-moi aujourd’hui de tricher un peu... En effet, le texte qui va suivre n’est pas le fruit d’un exercice d’invention et d’écriture personnelle comme d’habitude : il s’agit d’un extrait d’un court roman que j’ai lu d’une traite et pleine d’enthousiasme il y a quelques années. Dès que j’ai vu le sujet de la semaine, je n’ai plus eu qu’une idée en tête : retrouver ledit roman. Du coup, je l’ai cherché fébrilement dans ma bibliothèque (enfin... comme elle n’est pas encore totalement sur pied, plutôt dans le tas de poches et de cartons qui me servent de réserve, c’est dire le temps que ça m’a pris... mais bon, j’ai finalement mis la main dessus, fort satisfaite !). En le feuilletant, j’ai été de nouveau sous le même charme qu’à l’époque, et je me suis dit : oh la la, il cadre parfaitement avec le thème, je ne vais pas pouvoir penser à autre chose ! Donc pour cette fois, je m’effacerai exceptionnellement derrière ce petit roman aussi original que séduisant qu’est Stallone, d’Emmanuèle Bernheim. L’histoire débute dans une salle de cinéma où Lise, la narratrice, est venue assister à la projection du film Rocky III, l’Œil du Tigre de et avec Sylvester Stallone, lesquels (film, personnage et acteur) vont changer sa vie. Aimant moi aussi Stallone et quelques-uns de ses films (oui, pas tous, quand même...) mais me gardant bien de le crier sur tous les toits (difficile de trouver des arguments sérieux pour convaincre !), j’avais pensé après avoir lu le livre : géniale cette auteure (hmmm... j’ai encore du mal avec cette nouvelle orthographe : norme, quand tu nous tiens !), et/ou cette narratrice, qui décrit très bien les émotions qui, un jour, ont habité tous les fans de Rocky Balboa et/ou de Stallone. Alors, voilà, aujourd’hui, pas d’exercice d’écriture, juste un aveu de tocade cinématographique qui date de l’enfance (je vous entends déjà crier : bou, la honte !) et un clin d’œil à un très chouette roman !

« Quatre... Cinq... Six... Sept... Huit... Neuf... Dix...
Clubber Lang reste au sol.
L’arbitre se redresse.
« Clubber Lang est vaincu par knock-out. Le champion du monde des poids lourds est l’Étalon Italien : Rocky Balboa... »
Des spectateurs applaudirent. Pas Lise. Ses mains restèrent agrippées aux accoudoirs, tellement crispées que le velours lui piquait les paumes.
L’image se figea. Michel se leva. Il avait déjà sorti ses cigarettes et son briquet.
– Tu viens ?
... Risin’up, back on the street, did my time, took my chances...
Lise ne répondit pas. Elle écoutait la chanson.
... So many times, it happens too fast, you change your passion for glory...
– Je t’attends dehors.
... It’s the Eye of the Tiger, it’s the thrill of the fight...
Des spectateurs de sa rangée voulurent sortir, Lise ne se leva pas pour les laisser passer, elle ne se poussa même pas. Ils durent l’enjamber.
Elle ne bougeait pas.
C’était tout simple. Devenu champion du monde de boxe, Rocky Balboa se laisse aller et se ramollit. Un jour, Clubber Lang, un boxeur venu de la rue, le défie. Balboa l’affronte et perd son titre. Il reprend alors l’entraînement à la dure, comme à ses débuts, et retrouve la rage de vaincre, l’Œil du Tigre. Il bat Clubber Lang et regagne son titre. Et voilà.
Lise resta immobile jusqu’à la fin du générique. Elle fut la dernière à quitter la salle.
Michel discutait dehors avec un couple d’amis. Elle s’approcha. Ils critiquaient le film, ils préféraient tous Rocky I ou même Rocky II.
– Et toi ?
Elle n’avait vu ni l’un, ni l’autre.
Ils continuèrent à discuter. Lise n’avait pas envie de parler, et elle ne voulait plus les entendre.
– Je suis fatiguée. Je crois que je vais rentrer.
Elle embrassa Michel.
– À demain.
Elle descendit dans le métro. Arrivée au tourniquet, elle hésita. Non. Ce soir, elle avait envie de marcher.
... Don’t lose your grip on the dreams of the past, you must fight just to keep them alive...
Lise se retenait de chanter à tue-tête.
... It’s the Eye of the Tiger, it’s the thrill of the fight, rising up to the challenge of our rival...
Elle marchait de plus en plus vite.
... And the last known surivor stalks his prey in the night...
Elle se mit à courir.
... And he’s watchin’ us all in the Eye of the Tiger...
Elle sentait, à chaque foulée, les muscles de ses cuisses et ceux de ses mollets. Hanches, genoux, chevilles, chacune de ses articulations fonctionnait, et le trottoir, sous la plante de ses pieds, lui semblait presque élastique.
[...]
Désormais, elle irait voir tous les films de Stallone.
Tous. Elle n’en raterait aucun. Elle en faisait aujourd’hui le serment.
Et elle n’attendrait pas qu’ils passent à la télévision. Non. Elle irait les voir en salle, elle paierait sa place.
Elle lui devait bien cela. Car c’était grâce à lui que sa vie allait changer. »

Emmanuèle Bernheim, Stallone (Éditions Gallimard, Paris, 2002)

***

Laëtitia :

Dans mon souvenir, Ma Sorcière Bien Aimée, faisait naître en moi de doux rêves sucrés de désirs exhaussés en remuant mon nez. Qu’en est-il aujourd’hui ? Samantha Stevens, jolie comme un cœur, au sens de l’humour tout en subtilité et son mari au physique ingrat où l’on n’a rien compris au principe des torchons et des serviettes, pourtant si cher à la télévision étasunienne. Non mais franchement, avec un menton d’un kilomètre de long, comment cet énergumène a-t-il réussi à conquérir le cœur de Samantha ?
Eh bien tout simplement comme cela se faisait il n’y a pas si longtemps : en offrant un mode de vie. Samantha ne voulait qu’une chose, allez savoir pourquoi : une vie normale d’être humain normal. Quoi de mieux que de partager celle d’un Américain moyen, dans une maison douillette de banlieue tranquille.
Mais n’est-il pas cher payé, ce rêve ? Se retrouver avec un homme qui est si conscient de sa médiocrité qu’il ne supporte pas la supériorité de sa femme et lui interdit formellement d’utiliser ses pouvoirs ? Bien sûr, il autorise des entorses à ses propres règles lorsqu’il s’agit de lui venir en aide. Car Jean-Pierre, Jean-Pitre ou Jean-Poire pour les intimes, ne se contente pas d’être laid, loin de là, il est également simplet et d’une incroyable incompétence dans son travail. Il doit sans cesse faire appel aux pouvoirs de sa femme mais aussi, le plus souvent, à son intelligence cent fois supérieure à la sienne, pour se tirer de mauvaises situations et sauver son emploi.
Interdire à Samantha d’utiliser ses pouvoirs, revient à lui faire renier son identité. C’est une façon d’augmenter son emprise sur elle. Jean-Poire a l’ascendant. De cette façon, au moins, Samantha ne se rend pas compte que toutes les choses que son mari ne peut pas lui offrir, ne tiennent, en réalité, qu’à un remuement de nez.
Comment peut-on vouloir troquer une vie où l’on peut tout avoir contre celle de bonne à tout faire où il faut savoir rester dans l’ombre de son mari et accepter d’être exhibée en tant que faire-valoir? N’est-il pas là, le message de la télévision américaine de l’époque ? Une femme n’est heureuse que si elle est à « sa place ».
On voudrait crier à Samantha de se rebeller. Rien n’y ferait, aussi convaincue qu’elle est que son bonheur est là : s’occuper de son mari d’abord, de ses enfants ensuite et, peut-être, loin derrière, d’elle même.
Voilà donc comment on façonne l’esprit de millions de petites filles alors si Barbie Femme au Foyer en rajoute une couche, nous sommes perdues !

Références culturelles, 403 : Gomaespuma

vendredi 19 mars 2010

Petit exercice lexical

Trouvez l'autre nom espagnol (plus courant) et la traduction française de ces fleurs : los doncenones…

Résultats du sondage : « Le plus souvent qu'est-ce qui préside au choix d'un livre que vous ne connaissiez pas ? »

Sur 19 votants, nous obtenons les résultats suivants :

Le hasard = 7 voix (36%)
Lecture d'un critique = 5 voix (26%)
Le conseil d'un proche = 7 voix (36%)
Le conseil du libraire = 0 voix

Exercice d'écriture pour le 26 mars

Le sujet : Graffiti !

Votre version de la semaine : le sujet du CAPES externe de cette année (tombé hier, jeudi 18 mars)

Achispada como iba, con todos los sentidos embotados por el acohol y los reflejos considerablemente mermados, conducir a lo largo de la sinuosa y angosta carretera que llevaba a Sant Blai d'Escons fue una auténtica pesadilla. Estaba convencida de que iba a pegarme un tortazo en cualquier curva y que o bien me moriría, tras desangrarme lentamente entre el amasijo de hierros retorcidos y desgañitarme en vano pidiendo socorro durante toda la noche, o bien me quedaría inválida para el resto de mi vida. ¿Cabía mayor sarcasmo que el de morir en un lugar al que había ido huyendo de una contrariedad doméstica que en aquellos momentos la distancia tornaba ridícula? ¿No habría exagerado las molestias que me ocasionaban las obras?
Para acabar de arreglarlo todo, a mitad del camino empezo a caer una llovizna que en algunos momentos parecía aguanieve y hacía la pista muy resbaladiza. El pánico me agarrotaba las manos y, cuando, al salir de una curva, un conejo de monte cruzó de improviso la carretera a dos metros escasos de las ruedas del coche, di un brusco frenazo que me hizo perder el control. El coche resbaló, dio no sé si una o dos vueltas sobre su proprio eje a toda velocidad y, cuando yo ya pensaba que me estrellaba sin remedio contra alguno de los árboles que flanqueaban la carretera, se detuvo milagrosamente indemne, pero en el carril contrario y mirando a Bellvei, como si pretendiera regresar al lugar del que veníamos. Se me ocurrió que quizá se tratase de una señal con la que los hados pretendían advertirme de que algún desastre me aguardaba en Sant Blai o en el camino hacia allí. Y admito que, presa de un oscuro temor supersticioso, durante unos instantes estuve a punto de emprender el regreso a Bellvei e ingeniármelas como pudiera para pasar allí la noche.

Mercedes Abad, El vecino de abajo (2007)

***

Laëtitia nous propose sa traduction :

Ivre comme je l’étais, tous les sens engourdis par l’alcool et les reflexes considérablement diminués, conduire le long de la sinueuse et étroite route qui menait à Sant Blai d’Escons fut un vrai cauchemar. J’étais convaincue que j’allais me prendre une gamelle dans un virage et que, soit j’en mourrais, après m’être lentement vidée de mon sang dans l’amas de taule froissée et m’être égosillée en vain à crier à l’aide toute la nuit, soit j’en sortirais invalide pour le reste de ma vie. Existait-il plus grande ironie que celle de mourir là où j’avais accouru pour fuir une contrariété domestique que la distance faisait paraître dérisoire en ce moment ? N’aurais-je pas exagéré la gêne que m’occasionnaient les travaux ?
Par-dessus le marché, au milieu du trajet, il commença à tomber une bruine qui avait parfois l’air d’être de la neige fondue et qui rendait la chaussée très glissante. La panique me crispait les mains et, quand, en sortant d’un virage, un lapin de garenne traversa la route à l’improviste à deux mètres à peine des roues de la voiture, je freinai d’un coup sec ce qui me fit perdre le contrôle du véhicule. La voiture dérapa, je ne sais si elle fit un tour ou deux sur son propre axe à toute vitesse et, quand je pensais déjà que j’allais à coup sûr m’écraser contre un des arbres qui flanquaient la route, elle s’arrêta miraculeusement indemne, mais sur la voie de circulation inverse et face à Bellevei, comme si elle était décidée à retourner à l’endroit d’où nous venions. Il m’est venu à l’esprit qu’il s’agissait peut-être d’un signe par lequel le destin voulait me prévenir qu’une catastrophe m’attendait à Sant Blai ou sur le chemin dans sa direction. Et j’admets que, en proie à une sombre crainte superstitieuse, pendant quelques instants je fus sur le point d’entreprendre le voyage retour à Bellevei et de m’arranger comme je pourrais pour y passer la nuit.

***

Coralie nous propose sa traduction :

Enivrée comme je l’étais, tous mes sens engourdis par l’alcool et mes réflexes considérablement diminués, conduire sur la route sinueuse et étroite qui menait à Sant Blai d’Escons fut un véritable cauchemar. J’étais convaincue que j’allais me casser la figure dans un virage et que, soit je mourrais, après m’être lentement vidée de mon sang au milieu du ramassis de ferrailles tordues, et vainement égosillée en appelant à l’aide toute la nuit, soit je serais invalide pour le restant de ma vie. Existait-il un plus grand sarcasme que celui de mourir dans un lieu que j’avais peu à peu fuit à cause d’une contrariété domestique que dans ces moments-là la distance rendait ridicule ? N’aurais-je pas exagéré les troubles que m’occasionnaient les travaux ?
Pour couronner le tout, à mi-chemin, une bruine commença à tomber, ressemblant par moments à de la neige fondue et rendant la chaussée très glissante. La panique me crispait les mains et, quand, à la sortie d’un virage, un lapin de garenne traversa à l’improviste la route à deux mètres à peine des roues de la voiture, je donnai un brusque coup de frein qui me fit perdre le contrôle. La voiture glissa, je ne sais si elle fit un ou deux tours sur son propre axe à toute vitesse et, alors que je pensais déjà que j’allais forcément m’écraser contre un des arbres qui bordaient la route, elle s’arrêta comme par miracle, indemne, mais sur la voie inverse et regardant Bellvei, comme si elle prétendait retourner de là où nous venions. Il me vint à l’esprit qu’il s’agissait peut être d’un signe grâce auquel le destin voulait m’avertir qu’un désastre m’attendait à Sant Blai ou sur son chemin. Et j’admis que, prisonnière d’une crainte superstitieuse et obscure, durant quelques instants je fus sur le point d’amorcer le retour à Bellvei et m’arranger comme je pouvais pour passer la nuit là-bas.

***

Chloé nous propose sa traduction :

Eméchée comme je l’étais, tous mes sens engourdis par l’alcool et mes réflexes considérablement amoindris, conduire le long de la route sinueuse et étroite qui menait à Sant Blai d’Escons fut un véritable cauchemar. J’étais convaincue que j’allais me planter à n’importe quel virage et que, soit j’en mourrais, après m’être lentement vidée de mon sang sous l’amas de tôle froissée et m’être époumonée en vain à crier à l’aide toute la nuit, soit j’en resterais invalide à vie. Y avait-il plus ironique que mourir à l’endroit même où j’étais arrivée en fuyant une contrariété domestique rendue à présent dérisoire par la distance? N’aurais-je pas exagéré la gêne que je ressentais à cause des travaux ?
Pour couronner le tout, à mi-chemin, une bruine qui ressemblait parfois à de la neige fondue commença à tomber, ce qui rendait la chaussée glissante. Mes mains étaient crispées par la panique, quand, au détour d’un virage, un lapin de garenne traversa soudainement la route à deux mètres à peine des roues de la voiture : je freinai d’un coup sec, ce qui me fit perdre le contrôle. La voiture dérapa, je ne sais pas si ce fut un ou deux tours qu’elle fit sur elle-même à toute vitesse et, alors que je pensais fatalement m’écraser contre un des arbres qui bordaient la route, elle s’immobilisa miraculeusement, indemne, mais sur la voie opposée, regardant Bellvei, comme si elle tentait de repartir à l’endroit d’où on venait. Je pensai qu’il s’agissait peut-être là d’un signe du destin voulant me prévenir qu’un désastre m’attendait à Sant Blai, ou sur le chemin y menant. Et j’admets que, en proie à une crainte superstitieuse incompréhensible, durant un court instant je fus sur le point d’entreprendre le trajet du retour vers Bellvei et de m’arranger comme je pourrais pour y passer la nuit.

***

Amélie nous propose sa traduction :

Éméchée comme je l’étais, tous mes sens engourdis par l’alcool et mes réflexes considérablement diminués, conduire sur la route étroite et sinueuse qui menait à Sant Blai d’Escons fut un véritable cauchemar. J’étais convaincue que j’allais être victime d’un accident dans un virage et que, soit j’en mourrais, après m’être lentement vidée de mon sang au milieu de l’amas de tôle froissée et m’être égosillée en vain à force d’appeler au secours toute la nuit, soit j’en resterais invalide à vie. Y avait-t-il plus ironique que mourir à l’endroit même où j’étais arrivée en fuyant une contrariété domestique que la distance rendait à présent dérisoire? N’aurais-je pas exagéré la gêne que j’éprouvais à cause des travaux ?
Pour couronner le tout, à mi-chemin, une bruine commença à tomber ; parfois semblable à de la neige fondue, cela rendait la chaussée très glissante. Mes mains étaient crispées par la panique quand, au détour d’un virage, un lapin de garenne traversa la route sans crier gare à deux mètres à peine des roues de ma voiture : je freinai brusquement, ce qui me fit perdre le contrôle. La voiture dérapa, fit un tour ou deux –je ne sais pas– sur elle-même à une vitesse folle et, alors que je me voyais déjà m’écraser à coup sûr contre un des arbres qui bordaient la route, elle s’arrêta miraculeusement, indemne, mais sur la voie opposée, dans la direction de Bellevei, comme si elle essayait de retourner à l’endroit d’où nous venions. Je me dis qu’il s’agissait peut-être d’un signe envoyé par le destin pour tenter de me prévenir qu’une catastrophe m’attendait à Sant Blai ou sur le chemin. Et j’admets que, en proie à une crainte superstitieuse obscure, pendant un court instant je fus sur le point d’entreprendre le trajet du retour vers Bellvei et de me débrouiller comme je pourrais pour y passer la nuit.

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Laëtitia Sw. nous propose sa traduction :

Éméchée comme je l’étais, les sens tous émoussés par l’alcool et les réflexes considérablement amoindris, conduire le long de la route sinueuse et étroite qui menait à Sant Blai d’Escons fut un véritable cauchemar. J’étais convaincue que j’allais partir dans le décor au premier virage et que, soit je mourrais, après m’être lentement vidée de mon sang dans l’amas de tôles froissées et m’être en vain égosillée à appeler au secours pendant toute la nuit, soit je resterais handicapée pour le restant de mes jours. Mourir dans un lieu que j’avais fui pour une contrariété domestique dont je mesurais à ce moment-là la distance ridicule ne relevait-il pas du plus grand sarcasme ? Est-ce que je n’aurais pas exagéré la gêne occasionnée par les travaux ?
Pour couronner le tout, il se mit à tomber, à mi-chemin, une pluie fine qui, à certains moments, semblait être de la neige fondue et rendait la chaussée très glissante. La panique m’engourdissait les mains et quand, à la sortie d’un virage, un lapin de garenne traversa tout à coup la route à deux mètres à peine devant les roues de la voiture, je donnai un brusque coup de frein qui me fit perdre le contrôle du véhicule. La voiture dérapa, fit à toute vitesse un ou deux tête-à-queue, je ne sais pas, et, alors que je pensais déjà que j’allais irrémédiablement m’écraser contre un des arbres bordant la route, elle s’immobilisa, miraculeusement indemne, sauf qu’elle était sur l’autre voie et en sens inverse, regardant vers Bellvei, comme si elle cherchait à retourner à l’endroit d’où nous venions. J’eus l’idée qu’il s’agissait peut-être d’un signe du destin en vue de m’avertir d’un désastre qui m’attendait à Sant Blai ou sur son chemin. Et j’admets que, prisonnière d’une obscure peur superstitieuse, je fus, durant quelques instants, sur le point d’entreprendre le retour à Bellvei et de m’arranger comme je pourrais pour y passer la nuit.

***

Émeline nous propose sa traduction :

Éméchée comme je l’étais, les sens engourdis et les réflexes considérablement diminués par l’alcool, conduire le long de l’étroite et sinueuse route qui menait à Sant Blai d’Escons fut un authentique cauchemar. J’étais convaincue que j’allais me foutre en l’air dans n’importe quel virage et que soit je mourrais, après m’être lentement vidée de mon sang au beau milieu de l’enchevêtrement de tôle froissée et après avoir hurlé au secours en vain pendant toute la nuit, soit je resterais invalide pour le reste de ma vie. Existait-il une ironie plus grande que de mourir dans un endroit où l’on était venu pour échapper à une contrariété domestique que la distance rendait ridicule en des moments pareils ? N’aurais-je pas exagéré la gêne que m’occasionnaient ces travaux ? Pour couronner le tout, à mi-chemin une fine pluie se mit à tomber, qui ressemblait parfois à de la neige fondue et qui rendait la chaussée très glissante. La panique me crispait les mains sur le volant, et, quand, en sortant d’un virage, un lapin de garenne traversa soudain la route à à peine deux mètres des roues de la voiture, je donnai un brusque coup de frein qui me fit perdre le contrôle. La voiture dérapa, tourna une ou deux fois sur elle-même à toute vitesse, et, alors que je pensais que j’allais inévitablement me fracasser contre une des arbres bordant la route, la voiture s’arrêta miraculeusement, indemne, mais sur la voie contraire, regardant vers Bellvei, comme si elle voulait retourner là d’où nous venions. Je crus qu’il s’agissait peut-être d’un signe du destin qui cherchait à me protéger d’un désastre qui m’attendait à Sant Blai ou sur le chemin. Et j’admets que, en proie à une sombre crainte superstitieuse, pendant quelques instants je fus sur le point de repartir à Bellvei et me débrouiller pour passer la nuit là-bas.

***

Sonita nous propose sa traduction :

Éméchée comme j’étais, avec tous les sens engourdis par l’alcool et les réflexes considérablement réduits, conduire le long de la sinueuse et étroite route qui menait à Sant Blai d'Escons fut un véritable cauchemar. J’étais convaincue que j’allais me casser la figure dans un quelconque virage et que, ou bien je mourrais, après m’être lentement vidée de mon sang parmi le ramassis de fers déformés et m’époumoner en vain en train de crier au secours toute la nuit, ou alors je serais sur une chaise roulante le restant de mes jours. Y-avait-il un comble plus grand que celui de mourir là où j’avais fui à cause d’une contrariété domestique qu’à cet instant-là la distance rendait ridicule ? N’avais-je pas exagéré les ennuis que me causaient les travaux ?
Par-dessus le marché, à la moitié du chemin, une bruine commença à tomber et qui à certains moments paraissait de la neige fondue et rendait la route très glissante. La panique me serrait les mains très fort et, quand, en sortant d’un virage, un lapin de montagne traversa à l’improviste la route à seulement deux mètres des roues de la voiture, je freinai si brusquement que j’en perdis le contrôle. La voiture glissa, fit un ou deux tours sur elle-même à toute vitesse, et, quand je pensai que j’allai m’écraser de toute façon contre l’un des arbres qui flanquaient la route, elle s’arrêta net indemne, mais sur la voie en sens contraire en direction de Bellvei, comme si elle avait l’intention de revenir là d’où nous venions. Il me vint à l’esprit que peut-être il s’agissait d’un signe avec lequel le destin prétendaient m’avertir qu’une quelconque catastrophe m’attendait à Sant Blai ou en chemin vers là-bas. Et j’admets que, prise d’une obscure peur superstitieuse, pendant quelques instants je fus sur le point d’entreprendre le retour à Bellvei et trouver une manière d’y passer la nuit.