jeudi 18 juin 2009

Le 1001ème, par Jacqueline


En photo : 1001 Night... par Tera.Tess

Avant de céder la parole à Jacqueline, je commence par un mea culpa. Figurez-vous que non, nous n'en sommes pas au 1001ème post… mais bien plus loin ; on écrit, on écrit, on écrit. Alors pourquoi ne publier ce texte que maintenant ? Je m'explique : j'avais passé commande à Jacqueline il y a déjà fort longtemps (car je savais que le thème lui plairait) et prompte à satisfaire mes désirs de fabrication de nourriture blogaire, elle m'avait envoyé son texte presque sur-le-champ, avant de partir pour ses aventures parisiennes ; je l'avais attentivement mis de côté… en attendant le moment venu pour la publication. Sauf que ce précieux post, je l'ai tellement bien rangé, que je l'ai perdu, qui sait dans quel dossier ? Impossible de remettre la main dessus.
Merci à Jacqueline de me le renvoyer…
Le voici :

Un jour, la grand-mère dit à ses petits : je vais vous raconter une histoire, l’histoire du…

POST-ROI

… et c’est ainsi qu’elle commença :

Dans un lointain pays dont je veux bien me rappeler le nom, tout en « o » et en « a » je crois, et qui invitait au voyage, vivaient une traduction longue et un post-roi. Lui était fou et gai, rien ne le limitait, elle digne et compassée entre ses guillemets, lui mettait le holà ! Il prit les choses en ligne, et du soir au matin autour d’elle virevolta ; il débuta très fort, traçant des volutes de Reja autour de sa belle… elle bailla.
— Fort bien, dit-il. Essayons autre chose. Il offrit un sonnet tout de lys et de rose aux reflets mordorés : la belle le dédaigna. Alors il pensa la séduire en la faisant rire, essaya cent jeux subtils, la couvrit de mots et de billets sans cesser un seul jour… La belle résista :
— Vous bloguez, dit-elle. J’ai cent pages à mon cou, toutes plus belles que vous ;
je dois les bichonner, leur parler, les amadouer, cela me prend du temps, voyez-vous : je n’ai que faire de vos frivolités.
— Il essaya encore, donna l’artillerie, offrit sans trêve les douze incontournables
à ses petits matins et pour les soirées fraîches, il cousit des recettes et les mit en quatrains. En vain. Alors il sonna le clairon : qu’en pensez-vous ? Qu’en pensez-vous ? Oui ? Non ? Les deux à la fois ? Je n’y comprends rien, je ne sais plus, que faire en cette circonstance ?
— Rien, mon cher, amusez-vous tout seul. Moi, j’ai mes rimes à faire et mon titre
à trouver.
Il devint fou et grave, chercha des référents dans les contrées lointaines, par-delà les océans, remua ciel et terre pour la belle enfant. L’histoire dura des mois, sept, je crois. Peine perdue. La belle s’en alla, on ne la revit pas. Le post-roi désolé s’arracha une virgule de chagrin et puis frappa du point. Il fit tant et si bien qu’il éclata … en mille confettis tout d’or et de diamants, mille it-post qui tombèrent en pluie drue .
L’éditeur au long cou dressa si tôt l’oreille, ajusta ses lorgnons, s’approcha du navire et sous les confettis entasc’est alors qu’il vit des trésors en feuillets : une infante en chaussons, l’amour dans la prison, un avion en piqué, des petits plats(a) à
Rio, un aimé (Eme) à Séville, un conseil pour la route : « Es aconsejable no bañarse dos veces en la misma agua… » Plus de doute : il se frotta les mains, emporta son butin. Les post s’envolèrent, un resta bien au chaud sous la couverture lue de sa traduction longue.
Je fus ce post -là, traduction me voilà, car nous ne faisons qu’un, lui et moi, moi et lui, sur l’étagère rose de votre librairie.

Voyez-vous, mes enfants, la morale de cette histoire, si morale il y a, c’est qu’il n’y avait pas un post-roi mais mille post-roi. Chacun avait sa part, chacun son importance : les versions de Brigitte, les jeux de Nathalie, les fiches de Kaki, les billets du dimanche, les thèmes du lundi, les recettes de Blandine, et des jumelles Laure les chants et les danses, Laetitia la plus jeune fermait la marche de son abécédaire. Oui, la troupe était fière et la moisson jolie. C’était en … ne me le demandez pas, je ne veux pas m’en souvenir, c’était hier et c’est aujourd’hui.

Avis aux futures apprenties de la promo 2009-2010

Peut-être ignorez-vous encore le fonctionnement du blog… Dans ce cas, une petite précision s'impose : quand une traduction est publiée – par exemple celle qui vous intéresse dans l'immédiat, à savoir celle du test d'hier – certains des membres de la communauté tradabordienne (apprentis ou non… car nous avons tous la parole, sans hiérarchie) font la traduction et l'envoient. Je la mets évidemment sur le blog, sans la moindre censure ni correction (chacun assumant – ou apprenant progressivement à le faire, car ce n'est pas toujours facile dans un premier temps – ses choix de traduction, ses erreurs et autres fautes… la loi de notre mini-famille étant qu'on apprend à devenir forgeron-traducteur en forgeant-traduisant), pour confrontation directe ou indirecte avec ceux qui le souhaitent. Où est-ce que je la publie ? Immédiatement à la suite du texte en espagnol.
Et donc, pour l'heure, vous trouverez la proposition de traduction du test (volet littérature) de Brigitte… Merci à elle de ce travail.

Test de juin 2009, stylistique française

Vous réécrirez le passage suivant
1) du point de vue de Mme Arnoux
2) du point de vue du mari de Mme Arnoux

[le 15 septembre 1840, Frédéric Moreau, jeune bachelier, rentre de Paris à Nogent, par la Seine, en bateau à roues]

Ce fut comme une apparition :
Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans
l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu'il passait, elle leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda.
Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au vent derrière elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l'ovale de sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l'air bleu.
Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler sa manoeuvre ; puis il se planta tout près de son ombrelle, posée contre le banc, et il affectait d'observer une chaloupe sur la rivière.
Jamais il n'avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. Il considérait son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu'elle avait portées, les gens qu'elle fréquentait ; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n'avait pas de limites.
Une négresse, coiffée d'un foulard, se présenta, en tenant par la main une petite fille, déjà grande.
L'enfant, dont les yeux roulaient des larmes, venait de s'éveiller. Elle la prit sur ses genoux. " Mademoiselle n'était pas sage, quoiqu'elle eût sept ans bientôt ; sa mère ne l'aimerait plus ; on lui pardonnait trop ses caprices. " Et Frédéric se réjouissait d'entendre ces choses, comme s'il eût fait une découverte, une acquisition.
Il la supposait d'origine andalouse, créole peut−être ; elle avait ramené des îles cette négresse avec elle ?
Cependant, un long châle à bandes violettes était placé derrière son dos, sur le bordage de cuivre. Elle avait dû, bien des fois, au milieu de la mer, durant les soirs humides, en envelopper sa taille, s'en couvrir les pieds, dormir dedans ! Mais, entraîné par les franges, il glissait peu à peu, il allait tomber dans l'eau ; Frédéric fit un bond et le rattrapa. Elle lui dit :
−− " Je vous remercie, monsieur. "
Leurs yeux se rencontrèrent.
−− " Ma femme, es−tu prête ? " cria le sieur Arnoux, apparaissant dans le capot de l'escalier.

Test de juin 2009, traduction journalistique

Las mujeres con poder y el poder de las mujeres

La Argentina tiene una fuerte tradición en la participación de las mujeres en el espacio público y en la política institucional; no por nada fue donde consiguieron –por la lucha de muchas y la decisión política de una, Evita Perón– una temprana participación en el sufragio político. Si observamos atentamente a nuestro alrededor, desde la primera magistratura de la Nación, cargos en la Corte Suprema de Justicia, liderazgos opositores hasta un número importante de cargos legislativos, así como ministerios, secretarías y subsecretarías del Estado están a cargo de mujeres. Por eso, el primer interrogante reside en si es registrable alguna distinción en relación con el desempeño de estos cargos cuando lo llevan a cabo mujeres.
En la gran mayoría de los casos en que las mujeres han llegado a ocupar esos cargos, no se vislumbran evidencias de particularidades de género; cuando llegan “al poder” es porque aceptaron desempeñarlo de un modo determinado. Es decir, estos cargos tienen una lógica intrínseca que condiciona fuertemente su desempeño: un hombre o una mujer lo hacen básicamente del mismo modo. Quienes notan la diferencia de género son los recalcitrantes guardianes del dominio patriarcal que de cualquier modo preferirían a los hombres en los cargos de poder y proceden constantemente con referencias “machistas” cuando se refieren a ellas.
Es importe recordar, no obstante, que existe otra conexión entre “mujeres y poder”, que reenvía a otro sentido del término “poder” que no refiere, como el anterior, a un lugar o “cosa” con esta cualidad –“tal persona en el poder o con el poder”–, sino a un atributo inherente a toda relación social. En esta acepción, el poder es un atributo relacional que puede modificar, precisamente, las asimetrías sociales. Las mujeres tienen una larga y difícil tradición para lograr estas nivelaciones en los ámbitos domésticos y, toda vez que pudieron, demostraron esta capacidad en los espacios públicos enfrentándose a todo tipo de poder.
En los últimos tiempos este “poder de las mujeres”, pincelando el espacio público, es de muy fácil constatación tanto en los ámbitos rurales como en los urbanos y en los de las ciudades intermedias. Los denominados movimientos “socioterritoriales” de toda la América latina (o Abya Yala) son los que mejor conocemos y a ellos me referiré aunque, debo aclarar, ocurre no sólo allí. En estos movimientos, el territorio se ha convertido en la clave de la disputa con el poder económico y político. La tierra campesina amenazada, los territorios de las comunidades indígenas o los poblados cordilleranos de todo el continente bajo las garras del capital transnacional minero son disputados por movimientos sociales y las corporaciones económicas. La característica de estas disputas reside en que el movimiento asume la forma de defensa o generación de formas de vida (“política de vida”) que difieren radicalmente de las que ofrecen el capitalismo neoliberal del agronegocio, de las corporaciones mineras, forestales, petroleras y también de las que transmiten los grandes medios de comunicación. A estas situaciones construidas en estos márgenes las denominamos con Boaventura de Sousa Santos “campos de experimentación” y en todos ellos, de norte a sur de América latina, las mujeres juegan significativos lugares y papeles.
En efecto, las mujeres se destacan en estos movimientos y el fenómeno es de fácil comprensión, porque se trata básicamente de generar “otra vida”, de producir “otras subjetividades”; en fin, de generar “convivencialidades” (otras relaciones entre los sujetos, con la naturaleza y con la técnica). Las mujeres, desenvolviendo sus poderes como aquella Pandora desplegaba la esperanza de su caja, demuestran las posibilidades de otras formas de organizar la vida cuestionando estos insoportables e inhumanos mundos del neoliberalismo.
Estas mujeres son tenaces, firmes en sus creencias y desorientan a los miembros de los órdenes del poder. Es muy difícil que una corporación económica con todo su aparato transnacional pueda convencerlas de que abandonen sus propósitos. Aun cuando las empresas buscan la complicidad de las ciencias sociales o comunicacionales complacientes o de las ciencias de la educación (los famosos convenios universitarios) para “convencerlas” de “sus bondades”, las mujeres tienen una decisión tomada y no ceden. Aunque circule dinero en el intento de convencerlas, ellas no ceden. En muchos países, han dejado sus vidas; en México sufren cárceles, vejaciones, exilio, pero ellas no ceden. Hace pocos días en la provincia de La Rioja las golpearon, las hospitalizaron, las encarcelaron (hasta con una niñita de cuatro años), pero ellas no ceden. Entonces, la gente del poder comienza a denominarlas “locas” o “perturbadas”; son las “mujeres perturbadas” de Nuestra América, son las que tenazmente rechazan la “imperturbable” lógica del capitalismo neoliberal y luchan por la construcción de otra vida, de un “mundo otro”.
Por eso, en estas fechas, cuando internacionalmente se rememora la epopeya de las mujeres luchadoras, evocamos y homenajeamos a estas queridas “mujeres perturbadas” de nuestro país y de toda la América latina (Abya Yala). Pero también apelemos a las “mujeres del poder” para que suelten sus amarras institucionales y generen políticas de Estado que acompañen a estas luchadoras que honran la vida y, básicamente, la jerarquizan por sobre la ganancia económica.

Por Norma Giarracca, socióloga, investigadora de la UBA, coordinadora del Ger-Gemsal, Publicado en Página 12, el 4 de marzo de 2009

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Brigitte nous propose sa traduction :



TEST JUIN 2009 -Traduction journalistique

Les femmes de pouvoir et le pouvoir des femmes

La participation des femmes dans la vie publique et dans la politique institutionnelle est une tradition fortement ancrée en Argentine. Ce n’est pas pour rien que les femmes ont acquis très tôt – par la lutte de beaucoup d’entre elles et par la décision politique d’une seule, Evita Perón – leur participation au suffrage politique.
Si nous regardons attentivement autour de nous, depuis le Président du Gouvernement de la Nation, des charges à la Cour Suprême de Justice, des leaderships de l’opposition, y compris un nombre important de postes d’élus, ainsi que de portefeuilles de ministres, de secrétariats d’état et de sous-secrétariats, sont occupés par des femmes. C’est pourquoi la première question est de savoir s’il est possible de faire une distinction entre l’occupation de ces postes quand ce sont des femmes qui les ont en charge.
Dans la plupart des cas où les femmes sont parvenues à occuper ces postes, on ne distingue aucune évidence inhérente au genre/sexe ; lorsque les femmes accèdent au « pouvoir » c’est parce qu’elles ont accepté de façon déterminée d’assumer ce poste. C’est-à-dire que ces charges ont une logique intrinsèque qui conditionne hautement leur exercice : un homme ou une femme le font, à la base, de la même manière. Ceux qui soulignent la différence de genre sont les gardiens récalcitrants d’une domination patriarcale qui de toute façon préfèreraient des hommes aux postes-clefs et qui agissent constamment selon des références « machistes » quand ils parlent d’elles.
Il est important de rappeler, cependant, qu’il existe une autre « connexion » entre « Femmes et pouvoir », qui renvoie à un autre sens du terme « pouvoir » qui ne fait pas référence, comme le précédent, à un lieu ou une « chose » de cette qualité – « telle personne au pouvoir ou avec le pouvoir »-, mais à un attribut inhérent à toute relation sociale. Dans cette acception du terme, le pouvoir est un attribut relationnel qui peut modifier, précisément, les asymétries sociales. Les femmes ont une longue et difficile tradition dans la recherche de cet équilibre dans le domaine familial et, chaque fois qu’elles l’ont pu, elles ont démontré leur compétence dans les domaines publics en se confrontant à tout type de pouvoir.
Ces derniers temps, ce « pouvoir des femmes » redessinant le paysage politique, est très facile à constater, aussi bien dans le milieu rural qu’urbain et dans les villes intermédiaires. Les mouvements dits « socio-territoriaux » de tout l’Amérique latine (ou Abya Yala) représentent ce que nous connaissons de mieux en la matière et c’est à eux que je ferai référence même si, je dois le préciser, cela ne se produit pas seulement ici. Dans ces mouvements, le territoire est devenu la clef du conflit avec le pouvoir économique et politique. La terre des paysans menacée, les territoires des communautés indigènes ou les villages andins de tout le continent entre les griffes du capital transnational minier sont disputés par des mouvements sociaux et les corporations économiques. Ce qui caractérise ces discussions c’est que le mouvement revendique la défense ou la génération d’une forme de vie (« politique de vie ») qui diffèrent radicalement de celles qu’offrent le capitalisme néolibéral du commerce agro alimentaire, des corporations minières, forestières, pétrolières et aussi de celles que véhiculent les medias les plus puissants. Ces situations ainsi élaborées, nous les appelons, avec Booaventura de Sousa Santos, « champs d’expérimentation » et partout, du nord au sud de l’Amérique latine, les femmes ont des postes et des rôles significatifs.
En effet, les femmes se distinguent dans ces mouvements et ce phénomène est aisé à comprendre puisqu’ il s’agit, à la base, de générer « une autre vie », de produire « d’autres individualités » ; enfin, de générer « de nouveaux modes de coexistence » (d’autres relations entre les individus, avec la nature et la technique). Les femmes, en développant leurs pouvoirs comme Pandore faisait surgir l’espoir de sa boîte, démontrent les possibilités d’autres modèles de vie en remettant en cause les mondes insupportables et inhumains du nouveau libéralisme.
Ces femmes sont tenaces, elles ont foi en leurs convictions et déconcertent les membres des ordres au pouvoir. Il est très difficile pour une corporation économique avec tout son appareil transnational de les convaincre d’abandonner leurs objectifs. Même lorsque les entreprises recherchent la complicité des sciences sociales ou de la communication complaisantes ou des sciences de l’éducation (les célèbres conventions universitaires) pour « les convaincre » de leurs « bontés », les femmes ont pris une décision (ferme et définitive) et ne cèdent pas. Même si de l’argent circule pour tenter de les convaincre, elles ne cèdent pas. Dans de nombreux pays, elles y ont perdu la vie ; au Mexique, elles subissent la prison, des vexations, l’exil, mais elles ne cèdent pas. Il y a quelques jours, dans la province de La Rioja, elles ont été frappées, hospitalisées, emprisonnées (même avec une fillette de quatre ans), mais elles ne cèdent pas. Alors, les gens au pouvoir commencent à les appeler « folles » ou « détraquées » ; elles sont les « folles » de Notre Amérique, celles qui rejettent avec acharnement l’ « inébranlable» logique du capitalisme néolibéral et qui luttent pour construire une vie différente, un « monde autre ».
C’est pourquoi, aujourd’hui, lorsque nous nous rappelons, au niveau international, cette épopée des femmes en lutte, nous évoquons ces chères « folles » de notre pays et de toute l’Amérique latine (Abya Yala) et nous leur rendons hommage. Mais aussi nous en appelons aux « femmes du pouvoir » afin qu’elles se libèrent de leurs entraves institutionnelles et qu’elles génèrent des politiques d’Etat/gouvernementales qui accompagnent ces femmes en lutte, qui mettent la vie à l’honneur et qui, à la base, la hiérarchisent et la placent au-dessus du profit économique.

Test de juin 2009, traduction littéraire

Era el último descendiente de una antigua estirpe de terratenientes, cuya laboriosidad, sensatez y tesón habían hecho posible que un apellido noble y una fortuna considerable llegasen hasta él, para extinguirse previsiblemente a su muerte, ya que en las fechas en que se inicia este relato y aunque su edad corría parejas con el siglo, permanecía soltero. El grueso de su fortuna provenía de una finca de casi 300 hectáreas, situada a caballo entre los términos municipales de San Ubaldo más tarde asimilado al de la ciudad de Bassora y de Santa Gertrudis de Colbattó, de donde provenía una de las ramas del tronco familiar; en dicha finca, conocida en todo el contorno por el apelativo de "casa Aixelà", se asentaba la vivienda ancestral de esta ilustre familia; el resto de la finca estaba dedicado a la explotación forestal y a tierras de sembradura donde crecían la avena y la alfalfa, aunque, en los años inmediatamente posteriores a la guerra civil, una parte de aquéllas había sido reconvertida en viñedos, de los cuales se obtenía un vino de muy baja calidad, áspero y cabezón, que se vendía a granel en las bodegas de Bassora para consumo de la clase trabajadora. Una tarde de verano, bajo un sol terrible, por la cuesta que conducía a la finca subía resoplando una monjita. Antes de rematar la cuesta se detuvo unos instantes para recobrar el aliento y para hacer acopio de valor, porque temía ser mal recibida. En lo alto de la loma el camino moría al chocar con el muro de cerca que protegía la finca; a los pies de la loma estaba el pueblo de San Ubaldo, que apenas contaba a la sazón unas mil almas, y más allá, la mole del Hospital, el cauce seco del río y la carretera que, proveniente de Bassora, cruzaba el pueblo y continuaba hacia Colbattó, para enlazar allí con la carretera general de Barcelona. A aquella hora el pueblo parecía abandonado: nadie circulaba por sus calles irregulares, cuyo trazado seguía el cauce de antiguas rieras o los deslindes de fincas desaparecidas. La cancela estaba abierta de par en par cuando la monjita llegó ante ella. Buscó algún modo de anunciar su presencia y al cabo de un rato, no habiendo visto timbre ni campana ni persona alguna a quien dirigirse, franqueó la entrada con paso decidido. Se encontró en el arranque de un sendero ancho y sinuoso, bordeado de altos tilos, mirtos y adelfas; el jardín, espeso y sombrío, ocultaba la casa y los edificios auxiliares que integraban la parte habitada de la finca. Tanto la grava del sendero como las plantas y los árboles del jardín parecían cuidados con esmero, pero no se veía ni oía a nadie; reinaba el silencio opaco de las horas más sofocantes del verano. La monjita se adentró en el sendero; había avanzado unos metros cuando aparecieron por una revuelta, como si hubieran estado al acecho tras los arrayanes, dos perros enormes. Su aspecto era amenazador; la monjita se detuvo, cerró los ojos y musitó: Ave María Purísima. Con los ojos cerrados oía el jadeo de los perros y sentía el contacto de sus hocicos contra el hábito. De pronto sonó una voz que se acercaba gritando: ¡León! ¡Negrita! ¡Estarse quietos! Abrió los ojos y vio una mujer que corría por el sendero repitiendo a voces: ¡León! ¡Negrita! ¡Aquí! Los perros continuaron olisqueando el hábito, gruñendo y mostrando unos dientes espantosos. La mujer llegó junto a ellos, les dio unas palmadas en los lomos sin contemplaciones y dijo: No tenga miedo, hermana, no le harán nada. Era gorda y risueña, de mediana edad; llevaba un delantal blanco salpicado de sangre. La monjita repitió la salutación en voz más alta y la mujer le preguntó en qué podía servirla. La monjita dijo que deseaba ver al señor Aixelà, si éste se encontraba en casa y podía recibirla. Como estar, está, dijo la guardesa, pero no sé si podrá recibirla; lleva desde la mañana encerrado en el despacho con el administrador y ha dejado dicho que no le molestemos. La monjita asintió. Dígale por favor que soy la Superiora de las hermanas de la Caridad, las que se ocupan del Hospital, dijo; luego agregó con una sonrisa forzada: Y si no le importa, llévese de aquí a los perros o lléveme a mí donde yo no los vea.
Entre los tilos crecían algunos cipreses altísimos; en las ramas de un árbol se puso a cantar inopinadamente un jilguero. Los perros seguían a las dos mujeres retozando; habían depuesto su actitud hostil y parecían deseosos de jugar, pero la monjita procuraba no perderlos de vista. La casa era una antigua construcción de piedra, irregular, alargada, con tejado a dos aguas, puerta de arco y ventanas rectangulares, altas y angostas como troneras. Sobre la puerta había un reloj de sol y en el dintel, una fecha grabada que en el curso de los siglos se había vuelto ilegible. En la explanada que dejaba el sendero frente a la casa, una encina proyectaba su sombra sobre un camión desvencijado, pintado de verde. Por el borde de la caja vacía del camión un gato asomaba la cabeza. La mujer explicó a la monjita que el camión y el gato eran del administrador. Luego dijo: Pero el amo no quiere que el gato entre en la casa, porque es travieso y podría romper algún objeto de valor. No tenga miedo de que el gato se baje del camión mientras estén aquí estos dos, añadió señalando a los perros. Se esmeraba por mostrarse cortés con la monja y borrar la mala impresión que debían de haberle causado los perros. No son malos de natural, le había dicho mientras caminaban por el sendero, pero están para guardar la finca y cumplen su trabajo sin hacer distingos. Ya sabe usted lo mal que andan las cosas por esta zona, había añadido en tono confidencial. La monjita no lo sabía, pero se abstuvo de confesarlo; era nueva en la región y en el cargo que desempeñaba. Se esforzaba por que su silencio no pareciera altivo: no quería coaccionar a aquella mujer buena y sencilla. Sin embargo la cancela estaba abierta, había dicho al fin por decir algo. La guardesa había asentido: El amo dice que no son las puertas lo que arredra a los ladrones, sino el temor a lo que hay tras ellas. En ángulo recto con la casa, pero desprendido de ella, había un cobertizo, del que salió un hombre joven, vestido con un mono azul y enarbolando un bieldo de madera clara. De los labios le colgaba una colilla. Al ver a la monja apoyó la herramienta en el suelo, se quitó la boina y se quedó mirándola con expresión estúpida y atemorizada. Los perros se tumbaron al sol, jadeando y babeando; uno de ellos se revolcaba en el polvo. Qué animales más tontos, pensó la monjita mientras cruzaba la puerta de la casa. En contraste con la luminosidad exterior, el zaguán parecía sumido en tinieblas. Espere aquí, hermana, dijo la mujer.

Eduardo Mendoza, El año del diluvio

***

Brigitte nous propose sa traduction :

Il était le dernier descendant d’une vieille souche de propriétaires terriens, dont la ténacité, le bon sens et l’acharnement au travail avaient permis qu’un noble nom et une fortune considérable parviennent jusqu’à lui, pour s’éteindre à sa mort de façon prévisible, puisque à la date où débute ce récit, et bien que son âge frisât le siècle, il était toujours célibataire.
Le gros de sa fortune provenait d’un domaine de presque 300 hectares, situé à cheval sur les municipalités de San Ubaldo, assimilée plus tard à la ville de Bassora, et de Santa Gertrudis de Colbattó d’où venait l’une des branches de l’arbre familial. C’est dans cette propriété, connue dans toute la région sous le nom de « Casa Aixela », que s’élevait la demeure ancestrale de cette illustre famille. Le reste du domaine était consacré à l’exploitation forestière et à des terres de semis où poussaient l’avoine et la luzerne, même si pendant les années qui suivirent immédiatement la guerre civile, une partie d’entre elles avait été convertie en vignobles dont on obtenait un vin de bien piètre qualité, râpeux et capiteux, vendu en vrac dans les caves de Bassora pour la consommation de la classe laborieuse.
Un après-midi d’été, sous un soleil de plomb, sur la côte qui menait à la propriété, grimpait en haletant une petite bonne sœur.
Avant d’arriver au bout de la côte, elle s’arrêta quelques instants pour reprendre son souffle et s’armer de courage, car elle craignait d’être mal accueillie.
Au sommet de la colline, le chemin disparaissait en touchant le mur d’enceinte qui protégeait la propriété ; au pied de la colline, s’étendait le village de San Ubaldo, qui comptait à peine quelques mille âmes à l’époque et, plus loin, la masse de l’Hôpital, le lit de la rivière et la route qui, venant de Bassora, traversait le village puis continuait vers Colbattó, pour rejoindre la route principale de Barcelone.
A cette heure, le village semblait abandonné : personne ne circulait dans les rues tortueuses dont le tracé suivait le lit d’anciens canaux ou les limites de propriétés disparues. La grille était grande ouverte quand la religieuse arriva devant. Elle chercha un moyen d’annoncer sa présence et au bout d’un moment, n’ayant vu ni sonnette, ni cloche, ni personne à qui s’adresser, elle franchit l’entrée d’un pas décidé.
Elle se retrouva au départ d’une allée large et sinueuse, bordée de hauts tilleuls, de myrtes et de lauriers-roses ; le parc, touffu et sombre, cachait la maison et les bâtiments annexes qui constituaient la partie habitée du domaine. Le gravier du chemin autant que les plantes et les arbres du jardin avaient l’air soigneusement entretenus. Mais on ne voyait ni entendait personne. Il régnait le silence pesant des heures les plus suffocantes de l’été. La petite religieuse avança ; elle avait fait quelques mètres lorsqu’ apparurent, à un détour du chemin, comme s’ils étaient restés aux aguets derrière les myrtes, deux énormes molosses. Leur aspect était menaçant ; la religieuse s’arrêta, ferma les yeux et murmura : Sainte Marie Mère de Dieu ! Les yeux fermés, elle entendait le halètement des chiens et sentait le contact de leur mufle contre sa robe. Soudain, une voix retentit qui s’approchait en criant : Lion ! Noiraude ! Couchés ! Elle ouvrit les yeux et vit une femme qui courait sur le sentier en répétant à grands cris : Lion ! Noiraude ! Ici ! Les chiens continuèrent à flairer l’habit, grognant et exhibant des crocs effrayants. La femme arriva près d’eux, leur donna quelques tapes sur les flancs sans ménagement et dit : n’ayez pas peur, ma sœur, ils ne vous feront aucun mal. Elle était grosse et souriante, d’âge moyen ; elle portait un tablier blanc plein d’éclaboussures de sang. La religieuse répéta sa prière d’une voix plus forte et la femme lui demanda en quoi elle pouvait lui être utile. La religieuse dit qu’elle désirait voir monsieur Aixela, s’il se trouvait chez lui, et s’il pouvait la recevoir. Pour être là, il est là, dit la gardienne, mais je ne sais pas s’il pourra vous recevoir ; il est enfermé dans son bureau depuis ce matin avec le régisseur et il a demandé qu’on ne le dérange pas. La petite religieuse acquiesça. Dîtes-lui, s’il vous plaît, que je suis la Supérieure des Sœurs de la Charité, celles qui s’occupent de l’Hôpital, dit-elle ; puis elle ajouta, avec un sourire forcé : Et si ça ne vous dérange pas, emmenez les chiens ou bien conduisez-moi là où je ne les verrai pas.
Entre les tilleuls poussaient de très hauts cyprès ; sur les branches d’un arbre, un rossignol se mit soudain à chanter. Les chiens suivaient les deux femmes en batifolant ; ils avaient abandonné leur attitude hostile et semblaient désireux de jouer, mais la religieuse tâchait de ne pas les perdre de vue. La maison était une ancienne construction de pierre, irrégulière, construite tout en long, avec un toit à double pente, une porte en arche et des fenêtres rectangulaires, hautes et étroites comme des meurtrières. Au-dessus de la porte, il y avait un cadran solaire et, sur le linteau, une date gravée qui, au fil des siècles, était devenue illisible. Sur l’esplanade que formait le chemin devant la maison un chêne vert projetait son ombre sur un camion démantibulé, peint en vert. Par le coffre vide du camion, on pouvait voir la tête d’un chat. La femme expliqua à la religieuse que le camion et le chat appartenaient au régisseur. Puis elle dit : mais le maître ne veut pas que le chat entre dans la maison, parce qu’il est espiègle et qu’il pourrait casser un objet de valeur. Tant qu’ils seront là tous les deux, ajouta-t-elle en montrant les chiens, pas de danger que le chat descende du camion. Elle s’efforçait de se montrer courtoise avec la religieuse pour effacer la mauvaise impression que les chiens avait dû lui causer. Ils ne sont pas d’un naturel méchant, lui avait-elle dit pendant qu’elles marchaient sur le chemin, mais ils sont là pour garder la propriété et ils font leur travail sans distinction. Vous savez comme les choses vont mal dans ce coin, avait-elle ajouté sur un ton de confidence. La religieuse ne le savait pas, mais elle se garda bien de l’avouer ; elle était nouvelle dans la région et à la charge qu’elle occupait. Elle faisait en sorte que son silence ne paraisse pas hautain : elle ne voulait pas contrarier cette femme gentille et simple. Pourtant, le portail était ouvert, avait-elle dit enfin, histoire de dire quelque chose. La gardienne avait acquiescé : le maître dit que ce ne sont pas les portes qui dissuadent les voleurs mais la peur de ce qui est derrière. Perpendiculaire à la maison sans lui être contiguë, il y avait une remise ; un homme jeune en sortit, en un bleu de travail et arborant une fourche en bois clair. Un mégot pendait à ses lèvres. En voyant la religieuse, il posa son outil par terre, ôta son béret et resta à la regarder avec une expression niaise et effrayée. Les chiens s’étendirent au soleil, haletant et bavant ; l’un d’eux se roulait dans la poussière. Quels stupides animaux, pensa la religieuse alors qu’elle franchissait la porte de la maison. La luminosité extérieure était telle que, par contraste, le vestibule semblait plongé dans les ténèbres. Attendez, ici, ma sœur, dit la femme.

Références culturelles, 161 : La guabina colombiana

http://es.wikipedia.org/wiki/Guabina

mercredi 17 juin 2009

Une idée de marrainage, par Nathalie

En photo : Les fées par - Maeva -

Lorsque j'ai lu, la semaine dernière, sur le blog, la liste des candidates admises à passer le test de sélection, je me suis dit que la future promotion allait peut-être avoir besoin de quelques conseils pour aborder en toute sérénité la lourde année de formation qui l'attend... Et qui mieux que les apprenties de la saison 1 pour les aider ? Évidemment, cela va dépendre des disponibilités de chacune... Mais je pense que ce serait une belle façon de rendre à ce Master ce qu'il nous a apporté; et puisque nous faisons toutes parties de la même communauté tradabordienne, pourquoi ne pas créer des liens d'une promotion à l'autre ? Vous connaissez l'histoire des petits ruisseaux et des grands fleuves...

J'attends vos réactions ; ensuite, il nous restera à déterminer les modalités d'application de ce marrainage ou compagnonnage. Une rencontre dès le mois de juillet ? Un échange de coordonnées ? Une aide ponctuelle, sur demande ou un rendez-vous mensuel, pour faire le point ?

J'invite également les apprenties de la promotion à venir à s'exprimer : après tout, vous avez peut-être envie de vivre cette année de formation, seules, sans l'aide de qui que ce soit...

La naissance d'une traductrice ?, par Nathalie

Pour être franche, cet intitulé me gêne un peu : on a l'impression qu'il a suffit de quelques mois de gestation, pour voir surgir, comme par magie, une traductrice en bonne et due forme, telle Athéna jaillissant toute armée de la tête de Zeus. Même si cette année de formation a été déterminante dans la prise de conscience de ce qu'est la traduction (un exercice plus complexe et problématique que la version), je ne peux pas vraiment me présenter comme une traductrice ; je reste une apprentie et ce, pour plusieurs années encore...

Voilà pourquoi, je préfère parler de « naissance à la traduction » ; car c'est bien de cela dont il s'agit : la découverte d'une pratique traductive personnelle qui va de pair avec l'acquisition d'une capacité autoréflexive.

Voici ce que je vous propose pour illustrer cette naissance :

« Le début, évidemment, a été balbutiant ;
puis, au fil des pages, la confiance aidant,
on finit par traduire tout un roman !
Et en grandissant ?
On avance plus vite, certes, mais toujours en tâtonnant ! »

Il est 14h47…

Ce qui signifie que je suis installée dans l'amphi 1 depuis près d'une heure, devant mon ordinateur, en premier plan, avec en deuxième plan des étudiants en train de plancher sur le test, la traduction littéraire, journalistique et l'exercice de stylistique (vous vous souvenez ?). Elles sont 12 pour l'espagnol. Je les regarde de temps en temps… Elles écrivent, elles raturent, elles gomment ; elles réfléchissent, elles se grattent la tête, elles hésitent et hop, elles écrivent, elles raturent, elles gomment. Et même, ça marmonne… Déjà le gueuloir. Mmmmhhhh. Nous allons voir d'ici peu ce que ça donne…
J'imagine que certains d'entre vous – Brigitte ? – attendent avec impatience de savoir ce que Marta et moi leur avons concocté. Attendez encore un peu.

Entrevista con la traductora mexicana Liliana Valenzuela, par Patricio E. Palacios

http://www.baquiana.com/numero_lix_lx/Entrevista_III.htm

« La naissance d'une traductrice », par Laure L.

Je monte les marches quatre à quatre, troisième étage, je passe une salle puis une autre. À droite des rayons de livres rangés par pays et par thèmes. A gauche idem… devant moi les nouveautés, reçues par Madame G. Une couverture blanche, un peu de rouge et de noir… rapide coup d’œil et je tourne les talons. Un bonjour, un bip, un au revoir. Les marches encore et l’air… plus tard en tête à tête avec les mots j’avance au gré des phrases, je doute, je recule et je reprends confiance. J’avance, je doute encore… le temps devient mon ennemi. Quelques réponses s’offrent à mes questions ; elles se contredisent parfois. Des doutes, des questions… un chapitre, un autre et encore un autre… Ma traduction apparaît et je deviens une traductrice.

LA DER DES DER, par Jacqueline

En photo : ALL THE WAYS END.... par GUNDOGAN

Dernier cours de l’année aujourd’hui et dernière séance avec notre tuteur. Nous avons terminé l’année en beauté, Blandine et moi, car nous avons bénéficié d’un très long échange avec Jean-Marie Saint-Lu. D’abord sur nos traductions longues : le premier jet de la mienne, que j’avais remis lors de la séance précédente, a donné lieu à de précieuses remarques et à des encouragements tonifiants. C’était juste le coup de pouce qu’il nous fallait pour nous remettre à l’ouvrage après la longue interruption du stage. Nous avons beaucoup parlé de l’après stage, de l’actualité de l’édition, des grandeurs et servitudes des métiers de traducteur et de correcteur. Jean-Marie Saint-Lu a particulièrement mis l’accent sur le relationnel et la nécessité de constituer des réseaux ou d’intégrer des réseaux existants et nous avons terminé par un échange informel et dirai-je amical en parlant projets, famille, voyages. Jean-Marie Saint-Lu a cette qualité rare de savoir apaiser par son ton calme, ses propos modérés et sa courtoisie sans faille. – toutes raisons pour lesquelles je lui dédie ce post, le centième de mon année. Cette relation fait que si nous avons gagné en qualité de traduction, nous avons également gagné en qualité de vie. Nous l’en remercions et souhaitons longue et heureuse vie à son ouvrage, la traduction d'Antonio Caballero Sin remedio, qui doit sortir le 20 août prochain.

Références culturelles, 160 : Atahualpa

En photo : Historical Portrait Figure of Inca King Atahualpa par mharrsch

Bref, mais clair (évidemment soumis à la haute évaluation de Nathalie, la grande spécialiste en la matière) :
http://losincas.blogspot.com/2005/05/atahualpa.html

mardi 16 juin 2009

Le test d'admission…

En photo : Toit de Bx3 par Alizée VAUQUELIN

Sans doute vous souvenez-vous que demain, à 14h00 (Amphi 1, Bâtiment M), a lieu le test d'admission pour la rentrée universitaire 2009-2010… Voilà, nous y sommes, une page bien remplie est en train de se tourner (riche de notre travail, à toutes, fait avec autant d'amour que d'abjection, n'est-ce pas ?) et une autre est encore à couvrir de trads et de posts… (d'accord, d'accord, je tombe dans le cliché… mais eu égard au contexte, n'ai-je pas le droit à un banal coup de nostalgie ?).
De nouveau, je souhaite bonne chance à l'ensemble des candidates (eh oui, que des filles, encore ! Je ne sais pas si la traduction est sexuée… mais il y a là un constat intéressant), qui nous arrivent d'un peu partout… Avec, tout de même, si vous permettez, une pensée spéciale pour nos bordelaises, Odile, Coralie, Cholé et Marie-Georges. Chères amies, portez haut les couleurs de Michel de Montaigne !
Il va de soi que je mettrai les sujets sur le blog pour satisfaire la curiosité des presque ex-apprenties, et de leurs compagnons d'aventure…, fidèles abonnés et membres de la communauté tradabordienne.

Entretien avec Eric Audinet (éditions Confluences), par Laure Labat

En photo : Eric Audinet
arpel.aquitaine.fr

Comment êtes-vous devenu éditeur ?

Je faisais des études de lettres et j’écrivais des livres ce qui m’a amené à créer en collaboration avec Olivier Cadiot et Pascale Monnier une maison d’édition que nous avons appelé Quffi & Fluk (en référence à Quik & Fluck) et qui publiait de la poésie contemporaine. Nous avions une presse à main et nous éditions comme ça. En parallèle j’écrivais, j’enseignais et je faisais aussi un peu de journalisme. Puis en 1987, un ami m’a appelé pour me proposer de créer une maison d’édition à Bordeaux : l’Horizon Chimérique, qui publie sur l’art et le patrimoine. Nous nous sommes séparés en 1993 et en 1994 sont nées les éditions Confluences.

Comment est né le nom de votre maison d’édition ?

Je porte un intérêt aux rivières et aux rencontres, étant à Bordeaux où la Garonne et la Dordogne se rejoignent pour former l’estuaire de la Gironde, je trouvais que le nom Confluences était encré dans ce lieu. Symboliquement c’est aussi la croisée des chemins ce qui correspond à ce que nous éditons : la littérature contemporaine côtoie une littérature plus ancienne, la nature est aussi présente que l’urbanisme.

Le premier livre que vous avez édité, qu’en pensez-vous aujourd’hui ?

Les deux premiers ouvrages que j’ai édité étaient des livres sur la grosse cloche et le jardin public de Bordeaux qui réunissaient un écrivain et un photographe. Ils n’étaient pas mal du tout mais complètement hors du marché. Au début j’étais très loin des questions d’existence commerciale, de diffusion des livres. C’était secondaire et les livres ont eu un succès d’estime mais insuffisant sur le plan commercial.

Comment voyez-vous aujourd’hui le métier d’éditeur ?

Difficile. Le livre est cher, la concurrence des autres médias est énorme. Malgré tout on n’a jamais autant publié. Chaque livre est une aventure qui peut mal se terminer. Le livre est un prestige dont on n’a pas les moyens. Il est nécessaire pour les petits éditeurs de trouver des niches pour échapper à la concurrence ; mais le plus important c’est de bien faire notre métier afin de pouvoir nous en sortir. En somme, c’est un métier excitant.

Quelles sont les qualités qui font que vous vous intéressiez à un manuscrit plutôt qu’à un autre ?

C’est une question difficile car les critères sont différents selon qu’il s’agit de littérature ou d’histoire par exemple. Rien n’est plus diversifié qu’un livre. Confluences de la littérature, du patrimoine, de l’urbanisme : les qualités requises sont différentes. Dans un livre d’histoire il faut une qualité d’écriture alliée à une rigueur de travail scientifiquement irréprochable.
En ce qui concerne la littérature, je ne publie pas ce qui correspond à mes goûts. Je m’intéresse à une qualité d’écriture, un humour distancié, une littérature précise, intellectuelle et distanciée. C’est le lecteur qui parle. Mais ce n’est pas toujours l’avis du lecteur qui prime. J’aime la poésie mais je n’en publie pas.

Quels sont vos rapports avec vos auteurs ?

Compliqués. Ils doivent être professionnels mais ils sont affectifs car on touche à l’égo des personnes. Les exigences divergent. Ils se rencontrent dans le but : que le livre marche. C’est un lien contractuel, un engagement financier. Les auteurs ne sont jamais satisfaits car on s’occupe d’eux mais jamais assez.
Ce qui me passionne c’est le lien qui se crée entre deux personnes autour d’un manuscrit pour le transformer en livre.

Quel est votre meilleur souvenir ?

J’en ai deux :
— la découverte d’un auteur américain installé à Bordeaux, William Margolis, et qui écrivait en français. Cette rencontre a vraiment été exceptionnelle.
— le jour où nous sommes arrivés à la fin des neufs volumes consacrés à Arnaudin : une histoire qui nous a porté pendant douze ans.

Quel est le pire ?

La première fois qu’un auteur, avec lequel j’étais très lié, a publié chez un autre éditeur. Une expérience désagréable.
Tous les matins, quand je me lève en me disant : « comment va t’on finir le mois ? » ça fait quatorze ans que ça dure et nous sommes toujours là.

Quelles sont selon vous les qualités nécessaires à un bon éditeur ?

D’abord d’être un lecteur, un vrai lecteur, pas seulement de ce qu’il aime mais de ce qui est dans l’air du temps. Ensuite il faut être polyvalent. Etre bon dans le choix des manuscrits, être bon dans la distribution et dans la diffusion. L’éditeur est au centre d’une mécanique : il doit faire les bons choix. Un bon éditeur est celui qui arrive a bien vendre un bon livre. On peut devenir un bon éditeur, c’est l’expérience qui fait la qualité d’un éditeur.

« Naissance d’un traducteur »... au premier degré, Laure G.

En photo : L'accouchement par la grosse mymy

La salle d’accouchement était large et froide. Le blanc et le bleu aseptisés tapissaient les murs et coloraient chaque objet. Seule la mère, allongée sur le lit médicalisé, avait les joues rosées. Elle n’avait pas voulu savoir si l’être qu’elle gardait en elle depuis presque neuf mois était une fille ou un garçon... Peu lui importait, il y avait une chose dont elle était sûre : durant les longs mois de gestation, elle avait senti des battements scandés sur ses parois pansues, des échos avaient retenti dans l’antre de son ventre chaque fois qu’elle s’adressait à « ce » qui s’y trouvait. Il/elle retranscrivait les paroles de celle qui l’enfantait en un langage particulier, fait de gestes et de sons étouffés. Il/elle répétait ce que sa mère lui murmurait pour lui faire écho, ou répondait à ses tendres soupirs pour la rassurer, lui montrer qu’il/elle était bien là, une vie en train d’éclore qui devait être le prolongement de son existence à elle. Ce langage était indicible, il répondait au langage premier de la mère ; le langage primordial était figé, sûr de lui, le langage de l’enfant était tâtonnant, en perpétuelle évolution, mais de lui naissait toujours la compréhension.
Soudain la salle d’accouchement se fit lumière, un jaune éclatant aux reflets verdoyants emplit tout l’espace, mélange de chaleur et d’espoir. L’enfant naquit : il illuminait de mots l’immensité de l’endroit. Il pleurait, mais ses pleurs avaient déjà un sens : ils exprimaient le rapport au monde, ce même message que fait passer tout écrit, toute ébauche de littérature.
La mère sourit : elle savait que son enfant serait traducteur, un médecin qui panse avec des mots les plaies des textes étrangers amputés de leur jambe ou leur bras français, un professeur qui fait sa dictée bilingue devant des élèves ébahis qui écrivent sans commettre aucune faute car les deux langues ne sont qu’une, la langue des mots, innée...
Le traducteur est né : vive le traducteur !

Références culturelles, 159 : El Bable

En photo : El páxaru del papu colorau - Raitana o Petirrojo - PC027782 par BIELE - Asturias en...

http://es.wikipedia.org/wiki/Asturiano

lundi 15 juin 2009

dimanche 14 juin 2009

Le voilà, le voilà !!!!! Le quiz du dimanche…

En photo : Toujours Garder Son Ame d'Enfant... par merveilleusecreamy

Les Schtroumpfs

Aujourd'hui, je vous présente quelques petits gnomes bleus : à vous de me donner leur équivalent en espagnol ou en anglais.


1. le Grand Schtroumpf :
2. le Schtroumpf à Lunettes :
3. le Schtroumpf Maladroit :
4. le Schtroumpf Coquet :
5. le Schtroumpf Grognon :
6. le Schtroumpf Farceur :
7. le Schtroumpf Paresseux :
8. le Schtroumpf Bricoleur :
9. le Schtroumpf Costaud :
10. la Schtroumpfette :

Un petit bonus :

La centième..., par Nathalie

En photo : 100/365 - Does Day 100 Measure Up? par trinaaj

Puisque l'heure est aux bilans, je profite de la publication de mon post n° 100 (déjà ?) pour jeter un regard en arrière... et je m'aperçois que sous la rubrique « Nathalie » on trouve un ensemble de textes plutôt hétéroclites : des traductions, évidemment, quelques compte rendus de cours, des billets d'humeur, comme « le caméléon » ou le très controversé « stylo vs clavier », des fiches culturelles qui vont de La Malinche à Zorro, en passant par le los leperos, la piñata ou la tortilla, 2 ou 3 incontournables, 1 répertoire, des jeux en tous genres : quiz, abécédaire, devinettes, portrait chinois...
S'ils sont bien souvent l'objet d'une commande de la part de Caroline-qui-fait-feu-même-en-l'absence-de-tout-bois – qui n'a jamais été « invité » à rédiger un petit texte après avoir évoqué, devant elle, et en toute innocence, tel ou tel sujet ? Beaucoup savent déjà de quoi je parle, les autres l'apprendront bien assez tôt... – je dois reconnaître que chaque billet a été l'occasion d'une découverte et d'un enrichissement (culturel, intellectuel ou personnel). Maintenant que j'en ai pris conscience, je ne me lamente plus devant mon ordinateur : « mais pourquoi est-ce que j'ai parlé de ceci ou de cela ? ».
Mais la plupart des billets sont nés d'une curiosité, d'une envie, d'un besoin (de savoir, de comprendre, de partager). Et là, je m'en suis donné à cœur joie. J'ai pu exposer sans gêne et sans crainte ma passion pour la culture populaire et la littérature de jeunesse. En ce sens, le blog représente un formidable espace de liberté et d'expression ; il me permet, en outre, de concilier 2 activités que je jugeais antagoniques – ie travail et plaisir.
Avec la préparation de deux ou trois billets hebdomadaires, je me rends compte que cette activité fait désormais partie de mon quotidien ; dès que j'ai envoyé un post, je commence à réfléchir au suivant : c'est devenu automatique. Puisque le quiz du dimanche est prêt, je travaille sur... Chut ! Pour l'instant, c'est confidentiel ! Mais vous saurez très bientôt de quoi il retourne.

Pour information

Je viens de publier la traduction « officielle » du fragment de Bestiario, d'Arreola (cf post du 5/06/09).
Merci à Nathalie !

Un peu d'humour, merci !, par Jacqueline

En photo : Bonne foi et humilité par JaHoVil

Dans un magazine récent, un dessin de Sempé fin et subtil, comme à l'accoutumée, met en scène un couple qui rentre d'une soirée ; la légende dit ceci :

" — Quelle soirée ! (soupire la femme) Tout ce que j'ai mangé était fade. J'étais à côté de Bellerin-Brivot qui nous a parlé de sa revue, son rôle, qu'il définit comme "passeur". L'importance du passeur à une époque où le savoir se désagrège, la mission humble mais noble du passeur. Bref, passeur par-ci, passeur par-là, pendant trois heures. Comme Edwige ne sale pas les repas à cause des divers régimes et que Bellerin-Brivot avait monopolisé les condiments, je n'ai pas osé lui demander de me passer le sel ou le poivre, de peur de déclencher un éclat de rire qu'il ne m'aurait pas pardonné."

Quel rapport avec le rôle du traducteur, me direz-vous ? Mais vous voyez tout de suite où je veux en venir. J'ai eu l'occasion de rencontrer beaucoup d'auteurs (le traducteur est bien un auteur, n’est-ce pas ?) au cours de mon stage ; certaines ont été de belles rencontres ; pour d'autres, heureusement que le ridicule ne tue pas, ç'eût été un carnage ! Que d'ego surdimensionné et de fausse humilité, parfois ! Arrivée presque à la fin de notre année, je crois que de tous les termes que nous avons évoqués à propos du traducteur, celui que je préfère est celui d'artisan : celui qui fait, qui peaufine, qui sait qu'il ne refait pas le monde, mais qui contribue à l'embellir à sa manière. C’est en tout cas de ce sentiment que je suis animée quand je corrige en toute solitude les pages des autres, avec tout le respect que m’inspirent le travail, les efforts, le talent de celui, celle, qui crée ; ainsi, lui, elle, et moi accouchons ensemble d’un texte propre, dégagé, prêt à se lancer dans le monde de l’édition, à vivre sa vie…en bon français. Sempiternellement vôtre, Jacqueline

Une référence de la part de Blandine

En faisant une petite recherche sur Borges, je suis tombée sur un passage du livre Les traducteurs dans l'histoire de Jean Delisle et Judith Woodsworth, Les presses de l’université d’Ottawa, Éditions Unesco.
Je me rends compte qu’en fait, nous pouvons avoir accès à l’ouvrage complet, lecture en ligne. Peut être serait-il intéressant de le joindre à notre bibliothèque.
Si cela vous dit d’en lire une partie je vous joins le lien internet.
Bonne lecture.

http://books.google.com/books?id=b6ujqR43m58C&pg=PA99&lpg=PA99&dq=les+traducteurs+des+mille+et+une+nuits+Borges&source=bl&ots=qDAA-OGM0O&sig=jC4MvH0Eqw7IOpU5enB3_0v1wN8&hl=fr&ei=UhkySprjJMLMjAeNp6SFCg&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=2


Votre thème du week-end, Radiguet

En photo : Raymond Radiguet by Jean Cocteau par italiangerry

Je vais encourir bien des reproches. Mais qu'y puis-je ? Est-ce ma faute si j'eus douze ans quelques mois avant la déclaration de la guerre? Sans doute, les troubles qui me vinrent de cette période extraordinaire furent d'une sorte qu'on n'éprouve jamais à cet âge ; mais comme il n'existe rien d'assez fort pour nous vieillir malgré les apparences, c'est en enfant que je devais me conduire dans une aventure où déjà un homme eût éprouvé de l'embarras. Je ne suis pas
le seul. Et mes camarades garderont de cette époque un souvenir qui n'est pas celui de leurs aînés. Que ceux déjà qui m'en veulent se représentent ce que fut la guerre pour tant de très jeunes garçons : quatre ans de grandes vacances.
Nous habitions à F... au bord de la Marne.
Mes parents condamnaient plutôt la camaraderie mixte. La sensualité, qui naît avec nous et se manifeste encore aveugle, y gagna au lieu d'y perdre.
Je n'ai jamais été un rêveur. Ce qui semble rêve aux autres, plus crédules, me paraissait à moi aussi réel que le fromage au chat, malgré la cloche de verre. Pourtant la cloche existe.
La cloche se cassant, le chat en profite, même si ce sont ses maîtres qui la cassent et s'y coupent les mains.
Jusqu'à douze ans, je ne me vois aucune amourette, sauf pour une petite fille, nommée Carmen, à qui je fis tenir, par un gamin plus jeune que moi, une lettre dans laquelle je lui exprimais mon amour. Je m'autorisais de cet amour pour solliciter un rendez-vous. Ma lettre lui avait été remise le matin avant qu'elle se rendît en classe. J'avais distingué la seule fillette qui me ressemblât, parce qu'elle était propre, et allait à l'école accompagnée d'une petite soeur comme moi de mon petit frère. Afin que ces deux témoins se tussent, j'imaginais de les marier, en quelque sorte. À ma lettre, j'en joignis donc une de la part de mon frère, qui ne savait pas écrire, pour Mlle Fauvette. J'expliquai à mon frère mon entremise, et notre chance de tomber juste sur deux soeurs de nos âges et douées de noms de baptême aussi exceptionnels. J'eus la tristesse de voir que je ne m'étais pas mépris sur le bon genre de Carmen, lorsque après avoir déjeuné, avec mes parents qui me gâtaient et ne me grondaient jamais, je rentrai en classe.
À peine mes camarades à leurs pupitres - moi en haut de la classe, accroupi pour prendre dans un placard, en ma qualité de premier, les volumes de la lecture à haute voix -, le directeur entra. Les élèves se levèrent. Il tenait une lettre à la main. Mes jambes fléchirent, les volumes tombèrent, et je les ramassai, tandis que le directeur s'entretenait avec le maître. Déjà, les élèves des premiers bancs se tournaient vers moi, écarlate, au fond de la classe, car ils entendaient chuchoter mon nom. Enfin le directeur m'appela, et pour me punir finement, tout en n'éveillant, croyait-il, aucune mauvaise idée chez les élèves, me félicita d'avoir écrit une lettre de douze lignes sans aucune faute. Il me demanda si je l'avais bien écrite seul, puis il me pria de le suivre dans son bureau. Nous n'y allâmes point. Il me morigéna dans la cour, sous l'averse. Ce qui troubla fort mes notions de morale, fut qu'il considérait comme aussi grave d'avoir compromis la jeune fille (dont les parents lui avaient communiqué ma déclaration), que d'avoir dérobé une feuille de papier à lettres. Il me menaça d'envoyer cette feuille chez moi. Je le suppliai de n'en rien faire. Il céda, mais me dit qu'il conservait la lettre, et qu'à la première récidive il ne pourrait plus cacher ma mauvaise conduite.

Raymond Radiguet, Le Diable au corps, 1923.

***



THEME RADIGUET,
LE DIABLE AU CORPS

Voy a uncurrir muchos reproches. Pero ¿ Tengo yo la culpa si cumplí doce años unos pocos meses antes de que se declarara la guerra ? Sin duda alguna, las turbaciones que nacieron de este momento extraordinario fueron de una índole que nunca se suele experimentar a esta edad ; pero como no existe nada más fuerte para envejecernos a pesar de las apariencias, tuve que portarme como niño en una aventura, cuando ya un adulto se hubiera sentido molesto. Yo no soy el único. Y mis compañeros conservarán de aquella época un recuerdo que no es el de sus mayores. Que los que ya me tienen rencor se imaginen lo que fue la guerra para tantos muchachos muy jóvenes : cuatro años de vacaciones.
Vivíamos en F…a orillas del río Marne.
Mis padres condenaban las amistades mixtas. La sensualidad, que nace con nosotros y se manifiesta ciega todavía, salió ganadora en ello en vez de perder.
Nunca estuve en la inopia. Lo que parece sueño a los otros, más crédulos, a mí me parecía tan real como el queso para un gato, a pesar de la cubierta de cristal de la quesera. Por lo tanto, sí que existe la cubierta. Si se rompe la cubierta, el gato se aprovecha, aunque la hayan roto sus propios amos y cortándose las manos.
Hasta los doce años, no tuve ningún amorío, excepto por una niña, llamada Carmen, a la que mandé entregar por un chaval más joven que yo, una carta en la cual le confesaba mi amor. En nombre de este amor, me permitía solicitarle una cita. Le habían entregado mi carta por la mañana antes de ir a clase. Había notado a la única niña que se aparentara a mí, porque era limpia e iba al colegio acompañada por una hermana menor igual que yo iba con mi hermano menor. Para que estos dos testigos guardaran silencio, idéé casarlos, de cierto modo. A mi carta le junté pues otra de parte de mi hermano - que no sabía escribir - para la señorita Fauvette. Expliqué a mi hermano mi intervención, y la suerte que teníamos de encontrarnos con dos hermanas de nuestras edades y dotadas además de nombres de pila tan excepcionales. Sentí cierta tristeza al comprobar que no me había equivocado tratándose de la buena educación de Carmen, cuando, después de desayunar con mis padres que me mimaban y nunca me reñían, entré al aula.
Apenas sentados mis compañeros en sus pupitres – yo, de cuclillas en el fondo del aula - siendo el mejor alumno me tocaba sacar de un armario los volúmenes de lectura en voz alta -, cuando entró el director. Los alumnos se levantaron. El tenía una carta en la mano. Mis piernas se volvieron flojas, los libros se me cayeron de las manos y los recogí, mientras el director estaba conversando con el maestro. Ya, los alumnos de los bancos delanteros, se volvían hacia mí, ruborizado, en el fondo del aula, porque oían susurrar mi nombre. Por fin, me llamó el director y, para castigarme con sutileza, sin despertar – eso pensaba él – ningún mal pensamiento entre los alumnos, me felicitó por haber escrito una carta de doce líneas sin ninguna falta. Me preguntó si la había escrito yo solo, después me invitó a seguirle a su despacho. No fuimos. Me amonestó en el patio, bajo el chubasco. Lo que perturbó mucho mis nociones de moral fue que, para él, era tan grave haber comprometido a la chica (cuyos padres le habían comunicado mi declaración) como haber hurtado una hoja de papel de escribir. Me amenazó con mandar dicha hoja a mi casa. Le supliqué que no lo hiciera. Aceptó pero me dijo que conservaría la carta y que si yo reiteraba, ya no podría callar mi mala conducta.

vendredi 12 juin 2009

Entretien avec un traducteur du Quichotte

En tapant « Entrevista con Rifat Atfe, traductor del Quijote » dans Google, vous aurez en format pdf un bel entretien du traducteur du Quichotte en arabe.
Bonne lecture !

Votre version de la semaine, Asturias

En photo : Asturias par goriron1

Ahora que me acuerdo

Los Güegüechos de gracia José y Agustina, conocidos en el pueblo con los diminutivos de Don Chepe y la Niña Tina hacen la cuenta de mis años con granos de maíz, sumando de uno en uno de izquierda a derecha, como los antepasados los puntos que señalan los siglos en las piedras. El cuento de los años es triste. Mi edad les hace entristecer.
—El influjo hechicero del chipilín —habla la Niña Tina— me privó de la conciencia del tiempo, comprendido como sucesión de días y de años. El chipilín, arbolito de párpados con sueño, destruye la acción del tiempo y bajo su virtud se llega al estado en que enterraron a los caciques, los viejos sacerdotes del reino.
—Oí cantar —habla Don Chepe— a un guardabarranca bajo la luna llena, y su trino me goteó de mielita hasta dejarme lindo y transparente. El sol no me vido y los días pasaron sin tocarme. Para prolongar mi vida para toda la vida, alcancé el estado de la transparencia bajo el hechizo del guardabarranca.
—Es verdad —hablé el último—, les dejé una mañana de abril para salir al bosque a caza de venados y palomas, y, ahora que me acuerdo, estaban como están y tenían cien años. Son eternos. Son el alma sin edad de las piedras y la tierra sin vejez de los campos. Salí del pueblo muy temprano, cuando por el camino amanecía sobre las cabalgatas. Aurora de agua y miel. Blanca respiración de los ganados. Entre los liquidámbares cantaban los cenzontles. La flor de las verbenas quería reventar.
Entré al bosque y seguí bajo los árboles como en una procesión de patriarcas. Detrás de los follajes clareaba el horizonte con oro y colores de vitral. Los cardenales parecían las lenguas del Espíritu Santo. Yo iba viendo el cielo. Primitivo, inhumano e infantil, en ese tiempo me llamaban Cuero de Oro, y mi casa era asilo de viejos cazadores. Sus estancias contarían, si hablasen, las historias que oyeron contar. De sus paredes colgaban cueros, cornamentas, armas, y la sala tenía en marcos negros estampas de cazadores rubios y anima les perseguidos por galgos. Cuando yo era niño, encontraba en aquellas estampas que los venados heridos se parecían a San Sebastián.
Dentro de la selva, el bosque va cerrando caminos. Los árboles caen como moscas en la telaraña de las malezas infranqueables. Y a cada paso, las liebres ágiles del eco saltan, corren, vuelan. En la amorosa profundidad de la penumbra: el tuteo de las palomas, el aullido del coyote, la carrera de la danta, el paso del jaguar, el vuelo del milano y mi paso despertaron el eco de las tribus errantes que vinieron del mar. Aquí fue donde comenzó su canto. Aquí fue donde comenzó su vida. Comenzaron la vida con el alma en la mano. Entre el sol, el aire y la tierra bailaron al compás de sus lágrimas cuando iba a salir la luna. Aquí, bajo los árboles de anona. Aquí, sobre la flor de capulí...
Y bailaban cantando:
“¡Salud, oh constructores, oh formadores! Vosotros veis. Vosotros escucháis. ¡Vosotros! No nos abandonéis, no nos dejéis, ¡oh, dioses!, en el cielo, sobre la tierra, Espíritu del cielo, Espíritu de la tierra. Dadnos nuestra descendencia, nuestra posteridad, mientras haya días, mientras haya albas. Que la germinación se haga. Que el alba se haga. Que numerosos sean los verdes caminos, las verdes sendas que vosotros nos dais. Que tranquilas, muy tranquilas estén las tribus. Que perfectas, muy perfectas sean las tribus. Que perfecta sea la vida, la existencia que nos dais. ¡Oh, maestro gigante. Huella del relámpago, Esplendor del relámpago, Huella del Muy Sabio, Esplendor del Muy Sabio, Gavilán, Maestros-magos, Dominadores, Poderosos del cielo, Procreadores, Engendradores, Antiguo secreto, Antigua ocultadora, Abuela del día, Abuela del alba!...
¡Que la germinación se haga, que el alba se haga!”
Y bailaban, cantando...
“¡Salve, Bellezas del Día, Maestros gigantes, Espíritus del Cielo, de la tierra, Dadores del Amarillo, del Verde, Dadores de Hijas, de Hijos! ¡Volveos hacia nosotros, esparcid el verde, el amarillo, dad la vida, la existencia a mis hijos, a mi prole! ¡Que sean engendrados, que nazcan vuestros sostenes, vuestros nutridores, que os invoquen en el camino, en la senda, al borde de los ríos, en los barrancos, bajo los árboles, bajo los bejucos! ¡Dadles hijas, hijos! ¡Que no haya desgracia ni infortunio! ¡Que la mentira no entre detrás de ellos, delante de ellos! ¡Que no caigan, que no se hieran, que no se desgarren, que no se quemen! ¡Que no caigan ni hacia arriba del camino, ni hacia abajo del camino! ¡Que no haya obstáculo, peligro, detrás de ellos, delante de ellos! ¡Dadles verdes caminos, verdes sendas! ¡Que no hagan ni su desgracia ni su infortunio vuestra potencia, vuestra hechicería! ¡Que sea buena la vida de vuestros sostenes, de vuestros nutridores ante vuestras bocas, ante vuestros rostros, oh Espíritus del Cielo, oh Espíritus de la Tierra, oh Fuerza Envuelta, oh Pluvioso, Volcán, en el Cielo, en la Tierra, en los cuatro ángulos, en las cuatro extremidades, en tanto exista el alba, en tanto exista la tribu, oh dioses!”
Y bailaban cantando.

***

Jacqueline nous propose sa traduction :

Maintenant, je me souviens

Les deux goitreux, José et Agustina de leur nom, connus dans le village sous les diminutifs de Don Chepe et de la Niña Tina font le compte de mes années avec des grains de riz, en les additionnant un par un de gauche à droite, comme le faisaient les anciens avec les points qui marquaient les siècles sur les pierres. Triste est le compte des années. Mon âge les rend tristes.
- C’est l’influence de ce maléfique chipilín –dit la Niña Tina- qui m’a ôté toute conscience du temps, si on entend par là la succession des jours et des années. Le chipilín, cet arbuste aux paupières qui dorment, abolit l’action du temps et a cette vertu de vous conduire au temps où ont été enterrés les caciques, les vieux prêtres du royaume.
- J’ai entendu chanter –dit Don Chepe- un guardabarranca alors que c’était pleine lune, et ses trilles m’ont fait perdre goutte à goutte ma moelle au point de me rendre lisse et transparent. Le soleil ne me voyait pas et les jours sont passés sans m’atteindre. Pour prolonger ma vie encore et encore, j’ai atteint l’état de transparence sous les maléfices du guardabarranca.
-C’est vrai –dis-je en dernier-, je vous ai quittés un matin d’avril pour aller chasser dans les bois le gibier et les palombes, et à présent, je me le rappelle, vous étiez tels que vous êtes et vous aviez cent ans. Vous êtes éternels. Vous êtes l’âme sans âge des pierres et la terre sans vieillesse des champs. J’ai quitté le village très tôt, alors que l’aube pointait sur les défilés de cavaliers. L’aurore était d’eau et de miel. Et blanche, la respiration des troupeaux. Parmi les liquidambars, les oiseaux moqueurs chantaient. La fleur de verveine était sur le point d’éclater.
J’ai pénétré dans le bois et j’ai poursuivi mon chemin sous les arbres semblables à un cortège de patriarches. Derrière les feuillages, l’horizon s’éclairait d’or et de couleurs de vitrail. Les cardinaux semblaient être les langues de l’Esprit -Saint. Moi, je regardais le ciel. Primitif, inhumain et enfant, en ce temps-là, on m’appelait Cuero de Oro, et ma maison servait d’abri aux vieux chasseurs. Ses chambres pourraient raconter, si elles pouvaient parler, les histoires qu’elles ont entendu raconter. A leurs murs pendaient des cuirs, des bois, des armes, et il y avait au salon des gravures encadrées de noir qui représentaient des chasseurs blonds et des animaux poursuivis par des lévriers. Quand j’étais enfant, je trouvais que sur ces gravures le gibier blessé ressemblait à Saint Sébastien.
Dans la forêt, les chemins se referment. Les arbres tombent comme des mouches dans la toile des broussailles infranchissables. Et à chaque pas, les lièvres agiles de l’écho sautent, courent, volent. Dans la profondeur amoureuse de la pénombre : le roucoulement des palombes, le cri du coyote, la course de l’élan, le pas du jaguar, le vol du milan et mon propre pas ont réveillé l’écho des tribus errantes qui venaient de la mer. C’est là qu’a commencé leur chant. C’est là qu’a commencé leur vie. Ils ont commencé à vivre avec l’âme dans la main. Entre le soleil, l’air et la terre, ils ont dansé au rythme de leurs larmes quand la lune allait se lever. Là, sous les anones. Ici, sur la fleur du capulí…
Et ils dansaient en chantant ainsi :
« ¡ Salut, ô bâtisseurs, ô formateurs ! Vous voyez. Vous écoutez. Ö, vous, Ne nous abandonnez pas, ne nous laissez pas, ô dieux !, dans le ciel, sur la terre, Esprit du ciel, Esprit de la terre. Donnez-nous une descendance, une postérité, aussi longtemps que le jour viendra, que l’aube viendra. Que la germination se fasse. Que l’aube se fasse. Que nombreux soient les chemins verts, les sentiers verts que vous nous donnez. Que les tribus soient en paix, en grande paix. Que les tribus soient parfaites, parfaites. Que la vie soit parfaite, qu’ainsi soit l’existence que vous nous donnez. Ô, Maître géant. Signe de l’éclair, Splendeur de l’éclair, Trace du Très Sage, Splendeur du Très Sage, Épervier, Maîtres-mages, Dominateurs, Tout- puissants du ciel, Procréateurs, engendreurs, Ancien secret, Ancienne occultatrice, Aïeule cachée, Aïeule du jour, Aïeule de l’aube !… Que la germination se fasse, que l’aube se fasse ! »
Et ils dansaient en chantant…
« Salut, Beautés du jour, Maîtres géants, Esprits du Ciel, de la terre, vous qui donnez le Jaune et le Vert, qui donnez les filles, les fils ! Revenez vers nous, semez le Vert, le Jaune, donnez la vie, l’existence à mes enfants, à ma progéniture ! Que soient engendrés, que naissent vos soutiens, vos nourrisseurs, qu’ils vous invoquent sur le chemin, sur le sentier, au bord des fleuves, dans les ravins, sous les arbres, sous les lianes ! Donnez-leur des filles, des fils ! Qu’il n’y ait ni malheur ni infortune ! Que le mensonge ne parvienne pas derrière eux, devant eux ! Qu’ils ne tombent pas, qu’ils ne se blessent pas, qu’ils ne se déchirent pas, qu’ils ne se brûlent pas ! Qu’ils ne tombent pas, ni en montant ni en descendant le chemin ! Qu’il n’y ait pas d’obstacle, pas de danger, derrière eux, devant eux ! Donnez-leur de verts chemins, de verts sentiers. Que votre pouvoir, que votre sorcellerie ne cause pas leur malheur ni leur infortune ! Que soit bonne la vie de vos soutiens, de vos nourrisseurs devant vos bouches, devant vos visages, ô Esprits du Ciel, ô Esprits de la Terre, ô Force Cachée, ô Pluvieux, Volcan, dans le ciel, sur la Terre, aux quatre coins, aux quatre extrémités, aussi longtemps que l’aube existera, que la tribu existera, ô dieux ! »
Et ils dansaient, en chantant.

***

Brigitte nous propose sa traduction :

VERSION ASTURIAS

A présent, je me souviens.

Les Güegüechos de la grâce, José et Agustina, plus connus dans le village sous les diminutifs de don Chepe et la Niña Tina, font le compte de mes années avec des grains de maïs, les additionnant un par un de gauche à droite, comme nos ancêtres marquaient de points les siècles sur les pierres. Le compte des années est triste. Mon âge les rend tristes.
- L’influence maléfique du chipilín - dit la Niña Tina, - m’a privée de la conscience du temps, comme suite de jours et d’années.
L’Arbre des Dieux, cet arbuste aux paupières ensommeillées, détruit l’action du temps et, sous son influence, on parvient à l’état dans lequel furent enterrés les caciques, les vieux prêtres du royaume.
- Moi, – raconte Don Chepe - j’ai entendu chanter un rossignol sous la pleine lune, et ses trilles ont laissé perler sur moi le miel de son chant jusqu’à ce que je devienne beau et transparent. Le soleil ne m’a pas vu et les jours se sont écoulés sans qu’il m’atteigne. Pour prolonger ma vie jusqu’à la nuit des temps, j’ai acquis l’état de transparence, envoûté par le rossignol.
- C’est vrai – dis-je le dernier - je les ai laissés un matin d’avril pour aller en forêt chasser le gibier et la palombe et, je me souviens à présent, ils étaient tels qu’ils sont et ils avaient cent ans. Ils sont éternels. Ils sont l’âme sans âge des pierres et l’âme sans vieillesse de la terre des champs. J’ai quitté le village très tôt, alors que l’aube pointait sur les chevauchées. Aurore d’eau et de miel. Souffle blanc des bêtes. Parmi les copalmes chantaient les centzontles, ces moqueurs aux quatre cents voix. La fleur de verveine désirait éclater.
J’ai pénétré dans la forêt et j’ai continué mon chemin sous les arbres semblables à un cortège de patriarches. Derrière les feuillages, l’horizon s’illuminait d’or avec des couleurs de vitrail. Les cardinaux rouges semblaient être les voix du Saint-Esprit. Moi, je regardais le ciel. Primitif, inhumain et enfantin, en ce temps-là, on m’appelait Peau d’Or, et ma maison était un refuge pour les vieux chasseurs. Si les murs pouvaient parler, ils raconteraient les histoires qu’ils ont entendues. Des peaux, des bois, des armes y étaient suspendus et, dans la pièce à vivre, à l’intérieur de cadres noirs, étaient accrochées des gravures de chasseurs blonds et d’animaux pourchassés par des lévriers. Quand j’étais enfant, je trouvais que le gibier blessé de ces gravures ressemblait à Saint Sébastien.
Dans la forêt vierge, les troncs coupent des chemins. Les arbres tombent comme des mouches dans la toile des sous-bois impénétrables et, à chaque pas, les lièvres agiles de l’écho bondissent, courent, volent. Dans l’amoureuse profondeur de la pénombre : le tutoiement des palombes, le hurlement du coyote, la course du tapir, le pas du jaguar, le vol du milan et mes propres pas réveillèrent l’écho des tribus nomades venues de la mer. C’est là que commença leur chant. C’est là que commença leur vie. Ils commencèrent la vie avec leur âme posée sur la main. Entre le soleil, l’air et la terre, ils dansèrent au rythme de leurs larmes quand la lune était sur le point de paraître. Ici, sous les anones. Là, sur la fleur du cerisier capulí …Et ils dansaient en chantant :
« Gloire à vous, ô bâtisseurs, ô créateurs ! Vous voyez, vous écoutez. Vous ! Ne nous abandonnez pas, ne nous laissez pas, ô dieux ! Dans le ciel, sur la terre, Esprit du ciel, Esprit de la terre. Donnez-nous notre descendance, notre postérité, tant qu’il y aura des jours, tant qu’il y aura des aurores. Que la germination se produise. Que naisse l’aube. Que nombreux soient les verts chemins, les verts sentiers que vous nous donnez. Que les tribus soient sereines, très sereines. Que les tribus soient parfaites, très parfaites. Que la vie, l’existence que vous nous donnez soit parfaite. Oh, Grand Maître. Empreinte de l’éclair, Splendeur de l’éclair, Trace du Très Sage, Splendeur du Très Sage, Epervier, Maîtres-Sorciers, Dominateurs, Tout-Puissants du ciel, Procréateurs, Engendreurs, Secret ancien, Aïeule du jour, Aïeule de l’aurore !
Que la germination se produise, que naisse l’aurore ! »
Et ils dansaient en chantant :
« Gloire à vous, Beautés du Jour, Grands Maîtres, Esprits du ciel, Donneurs du Jaune, du Vert, Donneurs de filles, de fils ! Tournez-vous vers nous, répandez le vert, le jaune, donnez la vie, l’existence à mes enfants, à ma progéniture ! Qu’ils soient engendrés, que naissent vos soutiens, vos nourrisseurs, qu’ils vous invoquent sur le chemin, sur le sentier, au bord des fleuves, dans les ravins, sous les arbres, sous les lianes ! Donnez-leur des filles, des fils ! Qu’il n’y ait ni malheur ni infortune ! Que le mensonge n’arrive ni devant eux, ni derrière eux ! Qu’ils ne tombent pas, qu’ils ne se blessent pas, qu’ils se ne déchirent pas, qu’ils se brûlent pas ! Qu’ils ne tombent ni en haut, ni en bas du chemin ! Qu’il n’y ait point d’obstacle, de danger, derrière eux, devant eux ! Donnez-leur des chemins verts, des sentiers verts ! Que votre puissance, que votre magie ne provoque ni leur malheur ni leur infortune ! Que la vie de vos soutiens, de vos nourrisseurs soit généreuse devant vos bouches, devant vos visages, ô, Esprits du ciel, ô, Esprit de la terre, ô Force occulte, ô Pluvieux, Volcan, dans le Ciel, sur la Terre, aux quatre angles, aux quatre extrémités, tant qu’existera l’aube, tant qu’existera la tribu, ô Dieux !
Et ils dansaient en chantant.

***

Laure L. nous propose sa traduction :

Maintenant que je me souviens

Les deux innocents José et Agustina, connus dans le village sous les diminutifs de Don Chepe et Niña Tina calculent mon âge avec des grains de maïs, en les ajoutant un par un, de gauche à droite, comme nos ancêtres le faisaient avec les points qui indiquent les siècles sur les pierres. Le compte des années est triste. Mon âge les rend tristes.
— L’influence envoûtante du chipilin, dit Niña Tina, m’a privé de la conscience du temps qui passe jours après jours, années après années. Le chipilin, arbuste de paupières ensommeillées, détruit l’œuvre du temps et sous son empire on arrive à l’état où on a enfouit les caciques, les vieux prêtres de ce royaume.
— J’ai entendu chanter un garde-fou à la pleine lune, dit Don Chepe, et sa mélodie m’a recouvert de miel au point de me rendre beau et transparent. Le soleil ne m’a pas vu et les jours ont passé sans me toucher. Pour prolonger ma vie pour toute la vie, je suis parvenu à l’état de transparence grâce au sortilège du garde-fou.
— C’est vrai, ai-je dit en dernier, je vous ai laissés un matin d’avril pour aller chasser le gibier et les colombes, et maintenant que je me souviens, vous étiez comme vous êtes et vous aviez cent ans. Vous êtes éternels. Vous êtes l’âme sans âge des pierres et la terre sans vieillesse des champs. Je suis sorti très tôt du village, quand en chemin le jour se levait sur les chevauchées. Aurore d’eau et de miel. Blanche respiration des troupeaux. Les cenzontles chantaient au milieu des liquidambars. La fleur des verveines voulait éclore.
Je me suis engouffré dans la forêt et j’ai marché parmi les arbres comme dans une procession de patriarches. Derrière les feuillages l’horizon s’éclaircissait d’or et de couleurs de vitraux. Les cardinaux semblaient être les langues du Saint Esprit. Moi je regardais le ciel. Primitif, inhumain et puéril, à cette époque on m’appelait Cuir d’Or et ma maison était l’asile des vieux chasseurs. Si elles parlaient, les pièces de la maison raconteraient les histoires qu’elles ont entendues conter. Sur les murs pendaient des cuirs, des bois, des armes et la salle étaient ornée d’estampes encadrées de noir, représentations de chasseurs blonds et d’animaux poursuivis par des lévriers. Quand j’étais petit je trouvais que dans ces estampes les gibiers blessés ressemblaient à Saint Sébastien.
Dans la forêt tropicale les bois ferment les chemins. Les arbres tombent comme des mouches dans des toiles d’araignées de broussailles infranchissables. A chaque pas, les lièvres agiles, en entendant l’écho, sautent, courent, volent. Dans la profondeur amoureuse de la pénombre : le tutoiement des colombes, le hurlement du coyote, la course du tapir, le pas du jaguar, le vol du milan et mes pas ont réveillé l’écho des tribus errantes qui sont venues de la mer. C’est là qu’a commencé son chant. C’est là qu’a commencé sa vie. Ils ont commencé la vie avec leur âme dans la main. Au beau milieu de l’air du soleil et de la terre, ils ont dansé au rythme de leurs larmes quand la lune allait poindre. Là, sous les chérimoliers. Là, sur la fleur de cerisier noir…
Ils dansaient en chantant :
« Salut ! Ô constructeurs, ô formateurs ! Vous voyez. Vous écoutez. Vous ! Ne nous abandonnez pas, ne nous laissez pas, ô Dieux, dans le ciel, sur la terre, Esprit du ciel, Esprit de la terre. Donnez-nous notre descendance, notre postérité, pendant qu’il y a des jours, pendant qu’il y a des aubes. Que la germination soit. Que l’aube soit. Que les verts chemins soient nombreux, les vert sentiers que vous nous offrez. Que les tribus soient tranquilles, très tranquilles. Que les tribus soient parfaites, très parfaites. Que la vie soit parfaite, que l’existence que vous nous donnez soit parfaite. Ô maître géant. Empreinte de l’éclair, Splendeur de l’éclair, Empreinte du Très sage, Splendeur du Très sage, Epervier, Maitres-Mages, Dominateurs, Puissances du ciel, Procréateurs, Géniteurs, Ancien Secret, Ancienne dissimulatrice, Grand-mère du jour, Grand-mère de l’aube ! …
Que la germination soit, que l’aube soit ! »
Ils dansaient, tout en chantant…
« Sauvez, Beautés du jour, Maitres géants, Esprits du ciel, de la terre, Porteurs du Jaune, du Vert, Porteur des Filles, des fils ! Tournez-vous vers nous, répandez le vert, le jaune, donnez la vie, l’existence à mes enfants, à ma progéniture ! Qu’ils soient engendrés, que naissent vos soutiens, ceux qui vous nourrissent, qui vous invoquent sur les chemins, sur les sentiers, sur la berge des rivières, dans les ravins, sous les arbres, sous les lianes ! Donnez-leur des filles et des garçons ! Qu’il n’y ait pas de malheur ni d’infortune ! Que le mensonge ne soit ni devant ni derrière eux ! Qu’ils ne tombent pas, qu’ils ne se blessent pas, qu’ils ne se déchirent pas, qu’ils ne se brûlent pas ! Qu’ils ne tombent pas en haut du chemin ni en bas du chemin ! Qu’il n’y ait pas d’obstacle, de danger, derrière eu ou devant eux ! Donnez-leur de vert chemins et de verts sentiers ! Que votre puissance et votre sortilège ne fassent ni leur malheur ni leur infortune ! Que la vie de vos soutiens soit bonne, de ceux qui vous nourrissent, devant votre bouche et devant vos visages, ô Esprit du ciel, ô Esprit de la terre, ô Force Enveloppée, ô Pluvieux, Volcan, dans le Ciel, sur la Terre, aux quatre angles, aux quatre extrémités, pendant que l’aube existe, pendant que la tribu existe, ô dieux ! »
Ils dansaient en chantant.

Références culturelles, 156 : El liquiliqui

En photo : El liqui liqui de mi abuelo par isatereg

http://comoeslacosa.wordpress.com/2009/04/16/liqui-liqui/

http://es.wikipedia.org/wiki/Liquiliqui

jeudi 11 juin 2009

« Los traductores levantan la voz », un article paru le 6 juin dans El país

http://www.elpais.com/articulo/cultura/traductores/levantan/voz/elpepucul/20090606elpepicul_1/Tes

Un débat en marge de l'article :
http://www.seleucid-project.net/index.php/2009/06/08/entrevista-a-tres-traductores/

Prochain rendez-vous…

Je vous rappelle que nous nous retrouverons pour mettre un point final à cette année (avant les évaluations de septembre, évidemment), le jeudi 18 juin à 12h00… pour un pique-nique et un petit bilan.

Si nous reprenions la plume

Sans doute vous souvenez-vous du projet dans lequel nous avait lancées Jacqueline avec son excellente idée d'écrire une nouvelle sur le thème « naissance d'une traduction »… Or à présent que vous arrivez à la toute fin de votre année de formation, je vous propose de renouveler l'expérience avec un autre travail d'écriture, en apparence assez proche, mais finalement différent… ne serait-ce que dans la perspective que vous adopterez aujourd'hui et qui n'est évidemment pas la même, maintenant que vous êtes non plus des apprenties traductrices, mais de jeunes traductrices.
Voici, donc, le sujet que je vous propose : naissance d'un traducteur.
Que ceux et celles que cela inspirent m'envoient leur texte quand il est prêt.

Résultats du sondage : « Le traducteur devient un lecteur moins spontané… Cela veut-il dire qu'il… » ? (plusieurs réponses possibles)

Sur 9 votants :

n'est plus innocent = 2 voix (22%)
n'est plus naïf = 4 voix (44%)
travaille toujours en lisant = 5 voix (55%)
évalue toujours l'écriture = 6 voix (66%)
prend moins de plaisir = 0 voix
prend un plaisir différent = 6 voix (66%)

Logique… nous ne cessons plus de traduire même quand le texte et son auteur ne nous ont rien demandé. Et pour faire quoi ? Évaluer, dites-vous majoritairement ! Je vois d'ici les jolies caricatures que cela pourrait donner. Heureusement, cela ne semble pas contradictoire avec la notion de plaisir. Sauf que là encore, on s'interroge : quel est donc ce plaisir « différent » qu'éprouve le traducteur-lecteur… ?

Résultats du sondage : « Le traducteur devient un lecteur plus libre… Plus libre de… » ? (plusieurs réponses possibles)

Sur 7 votants :

pénétrer la "langue" du texte = 6 voix (85%)
comprendre le sens = 5 voix (71%)
s'approprier le "message" = 2 voix (28%)
de refuser d'être dupe… = 2 voix (28%)

Alors quoi ?
Il faudrait imposer une formation de traducteur à tout lecteur, pour espérer qu'il pénètre correctement la langue du texte et qu'il en comprenne tout aussi correctement le sens… ?
Et pourquoi pas, après tout ?
Qui est volontaire pour cette noble mission ?