samedi 6 février 2010

En guise d'exercices de version 78 et 79

La version des Master 1 – parcours traduction/traductologie tombée il y a quelques jours et, évidemment, choisie par mes soins.

El valle, en rigor, no era tal valle sino una polvorienta cuenca delimitada por unos tesos blancos e inhóspitos. El valle, en rigor no daba sino dos estaciones : invierno y verano y ambas eran extremosas, agrias, casi despiadadas. Al finalizar mayo comenzaba a descender de los cerros de greda un calor denso y enervante, como una lenta invasión de lava, que en pocas semanas absorbía las últimas humedades del invierno. El lecho de la cuenca, entonces, empezaba cuartearse por falta de agua y el río se encogía sobre sí mismo y su caudal pasaba en pocos días de una opacidad lora y espesa a una verdosidad de botella casi transparente. El trigo, fustigado por el sol, espigaba y maduraba apenas granado y a primeros de junio la cuenca únicamente conservaba dos notas verdes: la enmarañada fronda de las riberas del río y el emparrado que sombreaba la mayor de las tres edificaciones que se levantaban próximas a la corriente. El resto de la cuenca asumía una agónica amarillez de desierto. Era el calor y bajo él se hacía la siembra de los melonares, se segaba el trigo, y la codorniz, que había llegado con los últimos fríos de la Baja Extremadura, abandonaba los nidos y buscaba el frescor en las altas pajas de los ribazos. La cuenca parecía emanar un aliento fumoso, hecho de insignificantes partículas de greda y de polvillo de trigo. Y en invierno y verano la casa grande, flanqueada por el emparrado, emitía un «bom‑bom» acompasado, casi siniestro, que era como el latido de un enorme corazón.
El niño jugaba en el camino, junto a la casa blanca, bajo el sol, y sobre los trigales, a su derecha, el cernícalo aleteaba sin avanzar, como si flotase en el aire, cazando insectos. La tarde cubría la cuenca compasivamente y el hombre que venía de la falda de los cerros, con la vieja chaqueta desmayada sobre los hombros, pasó por su lado, sin mirarle, empujó con el pie la puerta de la casa y casi a ciegas se desnudó y se desplomó en el lecho sin abrirlo. Al momento, casi sin transición, empezó a roncar arrítmicamente.
El Senderines, el niño, le siguió con los ojos hasta perderle en el oscuro agujero de la puerta; al cabo reanudó sus juegos.
Hubo un tiempo en que al niño le descorazonaba que sus amigos dijeran de su padre que tenía nombre de mujer; le humillaba que dijeran eso de su padre, tan fornido y poderoso. Años antes, cuando sus relaciones no se habían enfriado del todo, el Senderines le preguntó si Trinidad era, en efecto, nombre de mujer. Su padre había respondido:
— Las cosas son según las tomes. Trinidad son tres, dioses y no tres diosas, ¿comprendes? De todos modos mis amigos me llaman Trino para evitar confusiones.

Miguel Delibes, La mortaja

***

Laëtitia nous propose sa traduction :

En réalité, la vallée n’était pas une vallée quelconque mais une vallée poussiéreuse, délimitée par des crêtes blanches et inhospitalières. En réalité, la vallée ne connaissait que deux saisons : l’hiver et l’été, qui étaient tous deux extrêmes, rudes, presque inhumains. À la fin du mois de mai, une chaleur dense et énervante commençait à descendre des collines de glaise, comme une lente invasion de lave qui, en quelques semaines, absorbait les dernières humidités de l’hiver. Le lit de la vallée commençait alors à se lézarder par manque d’eau et la rivière se rétrécissait, son eau passant en quelques jours d’un brun foncé, opaque et épais, à un vert bouteille presque transparent. Le blé, cinglé par le soleil, montait en épi et mûrissait à peine poussé et, début juin, la vallée ne conservait plus que deux notes vertes : la frondaison emmêlée des berges de la rivière et la treille qui ombrageait la plus grande des trois constructions érigées près du courant. Le reste de la vallée affichait un jaune désertique et agonique. Il faisait chaud et, sous la chaleur, on semait les melons dans les champs, on fauchait le blé et les cailles, qui étaient arrivées avec les derniers froids de la Basse Estrémadure, abandonnaient les nids et cherchaient la fraîcheur dans les hauts chaumes des talus. De la vallée semblait émaner un souffle fumeux, composé d’insignifiantes particules de glaise et de fine poussière de blé. Et l’hiver comme l’été, la grande maison, flanquée de la treille, émettait un « boum boum » rythmé, presque sinistre, qui ressemblait au battement d’un énorme cœur.
L’enfant jouait sur le chemin, près de la maison blanche, sous le soleil, et à sa droite, au-dessus des champs de blé, les buses voletaient sur place, comme si elles flottaient dans l’air, chassant des insectes. L’après-midi recouvrait avec compassion la vallée et l’homme, qui revenait du flanc des collines, sa vieille chemise évanouie sur les épaules, passa à côté de lui, sans un regard, poussa du pied la porte de la maison et, presque à tâtons, se déshabilla et s’écroula sur le lit sans le défaire. Aussitôt, presque sans transition, il se mit à ronfler à contre-cadence.
Le Sentier, l’enfant, le suivit des yeux jusqu’à le perdre dans le trou obscur de la porte ; à la fin, il recommença à jouer.
Il fut un temps où l’enfant avait été déstabilisé par ses amis qui disaient que son père portait un prénom de femme ; leurs propos à son sujet l’humiliaient, lui qui était si robuste et puissant. Des années auparavant, quand leurs relations ne s’étaient pas encore totalement refroidies, Le Sentier lui avait demandé si Trinité était effectivement un prénom de femme. Ce à quoi son père avait répondu :
— Tout dépend de la façon dont tu prends les choses. Par Trinité, on entend trois dieux et non trois déesses, tu piges ? Et puis, de toute façon, mes amis m’appellent Trino pour éviter les confusions.

***

Amélie nous propose sa traduction :

À vrai dire, la vallée n’en était pas vraiment une, c’était un bassin poussiéreux, délimité par des tertres blancs et inhospitaliers. À vrai dire, la vallée n’offrait que deux saisons : l’hiver et l’été, tous deux extrêmes, rudes, quasi impitoyables. À la fin du mois de mai, une chaleur dense et accablante se mettait à descendre des collines de glaise, comme une lente invasion de lave qui, en quelques semaines à peine, absorbait les dernières humidités de l’hiver. Le lit du bassin commençait alors à se craqueler faute d’eau et la rivière rétrécissait, son eau passant d’une opacité bistrée à une transparence vert bouteille en quelques jours. Le blé, maltraité par le soleil, épiait et mûrissait aussitôt après la grenaison et, dès les premiers jours de juin, le bassin ne conservait que deux notes vertes : le feuillage enchevêtré sur les rives du fleuve et la treille qui ombrageait le plus haut des trois bâtiments construits près des flots. Le reste du bassin avait la couleur jaune moribond du désert. Il faisait chaud, et c’est sous cette chaleur que l’on semait les melons, que l’on moissonnait le blé, et que les cailles, arrivées de Basse Estrémadure avec les derniers froids, abandonnaient leurs nids pour aller chercher la fraîcheur dans les herbes hautes des talus. Un souffle odorant semblait émaner du bassin, mélange d’infimes particules de glaise et de poussière de blé. Et en hiver comme en été, la grande maison, flanquée de la treille, émettait un « boum-boum » rythmé, presque sinistre, semblable au battement d’un énorme cœur.
L’enfant jouait dans le chemin, près de la maison blanche, sous le soleil, et à sa droite, au-dessus des champs de blé, la buse battait des ailes sans avancer, comme si elle flottait dans l’air, chassant les insectes. Le soir enveloppait le bassin avec compassion et l’homme qui descendait le flanc de la colline, sa vieille veste décolorée sur les épaules, passa près de lui sans un regard, poussa du pied la porte de la maison, se déshabilla presque à l’aveuglette et s’effondra dans son lit sans le défaire. Aussitôt, sans grande transition, il se mit à ronfler de façon irrégulière.
Le Sentier, l’enfant, le suivit des yeux jusqu’à le perdre dans la béance obscure de la porte puis se remit à jouer.
Il fut un temps où l’enfant était malheureux car ses copains disaient que son père avait un prénom féminin ; cela l’humiliait qu’on parle ainsi de son père, si robuste et si puissant. Des années auparavant, quand leurs relations ne s’étaient pas encore totalement refroidies, le Sentier lui avait demandé si Trinité était effectivement un prénom féminin. Son père lui avait répondu :
« Tout dépend de la façon dont tu prends les choses. La Trinité, ce sont trois dieux, et non trois déesses, tu comprends ? De toutes façons, mes amis m’appellent Trino, pour éviter les confusions ».

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Leslie nous propose sa traduction :

La vallée, plus exactement, n'était pas cette vallée-là mais plutôt un bassin poussiéreux délimité par quelque tertres blancs et inhospitaliers. La vallée, plus exactement, n'offrait que deux saisons : l'hivers et l'été, et toutes deux étaient expressives, aigres, presque impitoyables. A la fin du mois de mai, commençait à descendre des collines d'argile une chaleur dense et affaiblissante, telle une lente invasion de lave, qui, en quelques semaines, absorbait les derniers signes d'humidité de l'hivers. Ainsi donc, le lit du bassin commençait à se dépecer de par le manque d'eau, le fleuve se rétrécissait sur lui-même et son débit passait en peu de jours d'une opacité couleur perroquet et épaisse à une verdeur bouteille presque transparente. Le blé, fustigé par le soleil, poussait et mûrissait jusqu'à peine former des graines, et les premers jours de juin, les bassin conservait deux uniques notes de vert : le feuillage emmêlé des rives du fleuve et la treille faisant de l'ombre sur la plus grande partie des trois constructions qui se dressaient près du courant. Le reste du bassin assumait un agonique ton jaune de désert . C'était la chaleur, et sous celle-là on semait les melonnières, fauchait le blé, et la caille qui était arrivée avec les derniers froids de la Basse-Extrémadure, abandonnait les nids pour trouver la fraîcheur dans les pailles hautes de mottes de terre. Semblait s'émaner un souffle fumeux du bassin, fait d'insignifiantes particules d'argile et d'une petite poussière de blé. Et hivers comme été, la grande maison, flanquée de treille, emettait un "boum-boum" rythmé, presque sinistre, comme un battement de coeur.
L'enfant jouait sur le chemin, près de la maison immaculée, sous le soleil ; et au-dessus des champs de blé, à sa droite, la buse battait des ailes sans avancer, comme si elle flottait dans les airs, à la chasse aux insectes. Le soir couvrait le bassin, compatissant, et l'homme qui revenait du flanc des collines, sa vieille veste pâle sur les épaules, passa à côté de lui sans le regarder, poussa de son pied la porte de la maison, et presque à l'aveuglette se déshabilla et s'effondra sur son lit sans même le défaire. A l'instant, presque sans transition, il commença à ronfler en mesure.
El Senderines, l'enfant, le suivit du regard jusqu'à le perdre depuis le trou obscur de la porte ; au bout d'un moment, il reprit ses jeux.
Il y eut une période pendant laquelle l'enfant se désespérait que ses amis dissent de son père qu'il portait un nom de femme, qu'ils dissent cela de son père, lui, qui était si robuste et si puissant, l'humillait. Des années plus tôt, lorsque leurs relations n'étaient pas devenues totalement froides, el Senderines lui avait demandé si Trinité était, en effet, un nom de femme. Son père lui avait répondu :
-Les choses sont suivant comment tu les prends. Trois forment la Trinité : des dieux, et non des déesses, tu comprends? De toutes façons, mes amis m'appellent Trino afin d'éviter des confusions.

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Morgane nous propose sa traduction :

La vallée, à proprement parler, n’était pas une vallée en tant que telle sinon plutôt un bassin poussiéreux délimité par quelques collines blanches et inhospitalières. La vallée, à proprement parler, n’avait que deux saisons : hiver et été et toutes deux étaient excessives, austères, presque impitoyables. À la fin mai, commençait à descendre des collines de grès une chaleur dense et énervante, telle une lente invasion de lave, qui en peu de semaines absorbait les dernières humidités de l’hiver. Le lit du bassin, alors, commençait à se fendiller par manque d’eau et le fleuve se renfermait sur lui-même et son débit passait en peu de jours d’une opacité brune et épaisse à une couleur vert bouteille presque transparente. Le blé, fouetté par le soleil, croissait et murissait à peine grainé et au premier juin le bassin conservait seulement deux notes vertes : la feuille emmêlée des rives du fleuve et la treille qui ombrageait la plus grande des trois constructions qui se dressaient proche du courant. Le reste du bassin assumait un jaune agonisant de désert. Il faisait chaud et sous cette chaleur on plantait les semences des melonnières, on semait le blé, et la caille, qui était venue avec les derniers froids de la Basse Estrémadure, abandonnait les nids et cherchait la fraîcheur dans la partie supérieur des monticules de paille. Le bassin semblait émaner une haleine fumante, faite d’insignifiantes particules de grès et de petites poussières de blé. En hiver et en été la grande maison, entourée par la treille, émettait un « bom-bom » cadencé, presque sinistre, qui était comme le battement d’un cœur énorme. L’enfant jouait sur le chemin, à côté de la maison blanche, sous le soleil, et dans les champs de blé, à sa droite, la buse battait des ailes sans avancer, comme si elle flottait dans les airs, chassant des insectes. Le soir recouvrait le bassin de manière compatissante et l’homme qui venait du flanc des collines, avec le vieux cardigan jeté sur les épaules, passa de son côté, sans la regarder, poussa du pied la porte de la maison et presque à tâtons se dévêtit et s’affala sur le lit sans l’ouvrir. À ce moment, presque sans transition, il commença à ronfler de manière arithmétique. Le Senderines, l’enfant, le suivit du regard jusqu’à le perdre dans l’obscure trou de la serrure ; enfin il reprit ses jeux. Il fut un temps où l’enfant se décourageait que ses amis disent que son père portait un nom de femme ; cela l’humiliait qu’ils disent cela de son père, si robuste et puissant. Des années auparavant, lorsque leurs relations ne s’étaient pas encore complètement refroidies, le Senderines lui demanda si Trinité était, effectivement, un nom de femme. Son père avait répondu : - Les choses prennent la couleur que tu leur donnes. Trinité sont trois, des dieux et non trois déesses, tu comprends ? De toute façon mes amis m’appellent Trino pour éviter toutes confusions.

vendredi 5 février 2010

Atelier de traduction collective de jeudi…

N'oubliez pas de vous préparer pour votre présentation d'un livre… Nous vous écouterons chacune une dizaine de minutes nous vanter les mérites de ce texte que vous aurez lu et aimé, en démontrant que vous êtes capables d'en parler à un public averti et à un public d'amateurs. Et si vous aviez la mission d'amener à la lecture les gens qui ne lisent jamais et sont même persuadés que les livres « c'est pas pour moi » ?
Vous allez voir, ça n'est pas toujours facile de parler des livres… mais on peut y prendre goût. Il faut l'espérer, en tout cas, car la première personne qu'il faudra convaincre, très bientôt, c'est la plus importante de toutes : L'ÉDITEUR…

Dernier rappel !

J'attends votre petit texte sur la traduction… (si c'est plus simple pour vous, n'hésitez pas à personnaliser) – une mise au point indispensable pour mettre un peu d'ordre dans vos têtes avant de vous plonger dans vos romans, etc.
À me rendre dans la semaine.

Atelier de traduction collective de mercredi…

J'ai réservé notre salle habituelle. Nous nous retrouverons donc en H 118 à partir de 14h00. D'après ce que j'ai compris, il y aura une surprise…

Entrevista con Alan Pauls

En photo : Alan Pauls, par Marta Repupilli

http://www.dailymotion.com/video/x8wylk_alan-pauls_creation

Résultats du sondage : « Pensez-vous qu'un traducteur littéraire ternit sa réputation en faisant et en signant des traductions 'techniques '

Sur 23 votants, nous obtenons les résultats suivants :

Oui = 4 voix (17%)
Non = 19 voix (82%)

Félicitons-nous qu'une majorité d'entre eux pense ainsi… d'une part parce que ça n'est pas très joli de faire ce genre de hiérarchisation, ensuite parce que la traduction littéraire ne nourrissant pas toujours son homme (ou sa femme), il vaut mieux envisager la possibilité d'avoir plusieurs cordes à son arc traductif… et il serait tout de même inconfortable d'avoir une vie de traducteur officiel et une vie cachée de traducteur, honteux de ce qu'il fait.

Exercice d'écriture pour le 19 février

Le sujet : « Feuille de papier »

Atelier tutoré de Jean-Marie Saint-Lu

Comme convenu, vous retrouverez votre tuteur le 12 février, à partir de 11h00, dans notre salle habituelle…

Exercice d'écriture

Au menu aujourd'hui : décrire une fleur

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Amélie :
Là-haut, sur les hauteurs de la montagne dont elles tapissent les flancs, elles se détachent sur le ciel bleu telles les étoiles dans la nuit noire. Nos yeux sont d’abord attirés par la blancheur de leurs pétales, corolle immaculée entourant l’essaim de minuscules boules jaunes. À mieux y regarder, ces pétales sont en réalité de longs poils laineux qui protègent du froid les six capitules, le véritable trésor de la plante. Sous le soleil printanier, l’éclat du lit de fleurs sauvages rappelle aux randonneurs nostalgiques leur dernière saison de ski dans la poudreuse. Quand on s’en approche vraiment et que l’on frôle du doigt l’une d’entre elles, le contact de la tige et des quelques feuilles font penser à la douceur veloutée d’une peau de pêche. Mais difficile de l’observer de plus près, à moins de s’allonger sur le sentier : sa cueillette est interdite –en théorie. Enracinée dans la roche, elle porte bien son nom de « pied-de-lion ». Comment expliquer qu’une fleur aussi petite et délicate que l’edelweiss ait assez de force pour opposer une telle résistance aux conditions extrêmes auxquelles elle est soumise ? Un mystère de la nature, sans aucun doute.

***

Coralie :

Qu'elle était belle cette rose aux allures de reine dans sa robe pourpre ! Ses pétales en corolle libéraient un parfum enivrant qui charmait si bien les papillons que les amoureux. Elle était heureuse dans son jardin, jouissant des doux rayons du soleil matinal, s'épanouissant naturellement au gré du temps...
Qu'elle était belle cette rose dans son soliflore de cristal ! Mais qu'elle était triste ! Bien sûr, elle avait redonné le sourire à cette femme et contribué à ce retour au calme... La tempête passée, elle s'était retrouvée seule, abandonnée, dans cette eau trouble. Plus personne ne lui prêtait attention. Sa robe fanait, ses pétales se flétrissait, avant de tomber, une à une. Elle ne serait bientôt plus qu'une tige sèche et noirâtre baignée d'un liquide stagnant, visqueux et nauséabond. Elle finirait au fond d'une poubelle, entre les épluchures, les mégots, les coquilles d'œufs et les papiers gras. Dramatique destin pour la reine du jardin...
Pauvre rose !

***

Laëtitia :

Elle fait partie de nos vies. On la voit chaque jour, sans la regarder, on n’y prête pas attention. Pourtant, elle est là, dehors, esseulée, dans une brèche du bitume ou à côté d’un tuyau d’évacuation. Elle n’attire pas le regard pourtant, d’un jaune éclatant réfléchissant la lumière, contrastant avec le gris alentour, elle n’aurait rien à envier aux plus belles pièces du fleuriste. Ses pétales sont innombrables si bien que jouer à je t’aime, un peu, beaucoup, avec elle, prendrait une tournure quelque peu masochiste et on aurait tôt fait de tout arracher sur « passionnément ». Mais de toute façon, qui aurait l’idée de la ramasser ? Elle n’intéresse personne, à part les chiens dont elle subit l’humiliation quotidienne. Elle est la reine de la ville, la seule assez tenace pour tout supporter. Ni le froid, ni le vent, ni la pluie n’ont raison d’elle. Elle a l’air si frêle. Mais ses racines enfoncées au plus profond sous nos pieds, lui assure une pérennité amplement méritée.

***

Chloé :

Sur sa tige duveteuse
Il me laisse rêveuse
Fleur sans prétention
Faite de papier crépon
Quatre pétales fragiles
Symbole d’ardeur fébrile
Ces Princes rougeoyants
Envahissent les champs
Beauté trop fière
Cueillie est éphémère
Dévoilant son cœur noir
Coquelicot meurt sans espoir

***

Laëtitia Sw.

Commencez par prendre une tige. Attention, pas n’importe laquelle. Elle doit être lisse, robuste et d’un beau vert, vous savez, de ce vert qui suggère une végétation luxuriante, gorgée de sève. Allongez-la d’un bon mètre, en décrivant un mouvement légèrement convexe. Maintenant, posez à son sommet une délicate corolle à laquelle vous vous efforcerez de donner une blancheur laiteuse. Veloutez-en la surface, évasez-en les bords que vous devrez ensuite élégamment incurver puis, surtout, étirez l’arrière en une fine pointe, et fendez l’avant de façon à obtenir l’esquisse d’un cœur. Terminez par ficher en son centre un pistil charnu d’un jaune flamboyant qui, tel un index dressé, pointera en direction du soleil. Enfin, garnissez le tout de larges feuilles ondulantes d’un vert profond. Répétez à loisir l’opération. Ainsi, vous obtiendrez un magnifique massif d’arums.
Je crois que c’est à cause de ces fleurs que j’affectionne autant les tableaux de Diego Rivera... Les arums y sont partout, enfin presque... En tous cas, ils peuplent nombre de ses toiles. Véritables personnages, ils y occupent une place prépondérante. Souvent, ils accompagnent les figures féminines. Ils rehaussent la beauté de leur corps : ils en évoquent la peau, la douceur de son toucher, son parfum, ils en traduisent la paradoxale force et fragilité, ils en soulignent le galbe... Mais ils témoignent aussi d’une réalité quotidienne laborieuse : la récolte des fleurs dans les champs, les opérations de nettoyage et d’assemblage des bouquets, leur vente sur les marchés. Là encore, les lignes ne sont qu’arrondis, mais elles dessinent cette fois-ci l’arc des dos courbés par l’effort. Quoiqu’il en soit, les arums offrent toujours une explosion de couleurs, de senteurs, de rondeurs, de vie... À contempler sans modération...
















Diego Rivera, Desnudo con alcatraces, 1944














Diego Rivera, Retrato de Natasha Zakólkowa Gelman (1943)



















Diego Rivera, Vendedora de flores (1949)

Les apprenties traductrices marraines d'un mot bizarre…

Toujours dans l'optique d'élagir nos horizons lexicaux, nous partons aujourd'hui dans une direction bien précise : les mots "bizarres". L'objectif était, je vous rappelle les règles du jeu énoncées dans un post précédant, que chacune des apprenties devienne la marraine d'un mot curieux, affreux, amusant… qu'elle serait parvenue à apprivoiser… et, plus encore, (j'ajoute une clause au contrat), qu'elle s'engage à employer au moins une fois par mois, par écrit ou à l'oral.

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Chloé : TOUPILLON
(n.m.) : Petite touffe de poils

En photo : Bague touffe de poils, par pigouiny

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Coralie : AMPHIGOURI
texte ou discours confus manquant de logique et de rigueur

En photo : More Confused (Confusion 2), par Waldo#4

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Laëtitia Sw. : MACHEMOURE

De quoi s'agit-il ? Pour en savoir plus :
http://escales.wordpress.com/2009/07/08/les-mots-insolites-ou-meconnus-machemoure/

En photo : Robert Mange-miette, par Yukacom

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Amélie : ERGASTULE

n.m :
Cachot sordide où étaient enfermés les détenus condamnés à des travaux pénibles.
Pour en savoir plus : http://fr.wiktionary.org/wiki/ergastule

En photo : Hannibal Chicken...#16A, par snitterdog


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Émeline : ÉPECTASE

Pour en savoir plus, jetez donc un œil à : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89pectase

En photo : Mó Hotel Extase, par [LadyAmnesia]


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Laëtitia : CINÉTOGRAPHIE

Larousse en ligne : "Toute écriture du mouvement chorégraphique."
Et sinon :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Notation_Laban

En photo : Paco Dècina, Fresque : répétitions,..., par imagesdedanse

Exercice de version, 77

Biscuter tiene una teoría sobre Escofier. No sólo la tiene sino que la exhibe siempre que puede a un Carvalho de vez en cuando arrepentido de haberle financiado un viaje a París y un curso acelerado sobre sopas en la Academia de Alta Cocina de mister Everglace.
-Escofier representa la Suma Teológica de la gran tradición de la cocina burguesa.
Cuantas veces Carvalho ha tratado de descomponerle la oración y preguntarle, por ejemplo, ¿qué quiere decir Suma Teológica?, Biscuter ha tenido respuesta.
-La releche final.
La parte positiva de la expedición parisiense es que Biscuter, tras demostrarle que era capaz de afrontar los consomés difíciles en su sutileza como el consomé á la brunoise o las sopas más y menos características de la cocina francesa -desde la sopa de cebolla a la manera de Les Halles hasta le potage Thurins Roumanille en la más pura línea escoferiana-, ahora se atreve con los potages «extranjeros», «extranjeros» insiste una y otra vez Biscuter como si hablara desde una postiza identidad francesa.
-¿Sabe usted que Escofier tiene en cuenta la olla podrida española? Aunque el tío no puede disimular lo que le cae mal de la cocina española: los garbanzos y el chorizo. Hoy le voy a hacer una sopa muy extranjera, jefe.
-¿Para qué irse tan lejos?
-Hay que experimentar.
Y experimenta un potage Ouka: caldo de pescado a base de esturión, espinas y aletas de pescados diversos, agua, vino blanco, perejil, celerio, hinojo, champiñones, sal... A Carvalho se le va la cabeza cuando piensa en todo lo que falta para entender el plato y que esté al servicio de una simple sopa, de una blanda sopa. A la vejez, potajes. La solidez profunda de un plato hondo lleno de tropezones agresivos pero domados por el mucho cocer. ¿Lo crudo? ¿Lo cocido? ¡Lo recocido! Pero Biscuter se le escapa. Como la realidad. O la memoria. Desde su viaje a París ha dejado de ser esencialmente dependiente, como si hubiera descubierto la geografía más allá de su universo de ex joven presidiario y ya no tan joven criado para todo de un detective escaso de fortuna y de optimismo. Acaso no desee ya la compañía de Biscuter, ni la de la realidad, ni la de la memoria, en consonancia con la cultura del olvido establecido. Julio de 1993. Hace un año todo estaba dispuesto para el inicio de los Juegos Olímpicos de Barcelona, el mayor espectáculo del mundo y las vivencias han sido engullidas por el sumidero de la crisis de casi todo y casi todos. Los dioses se han marchado al olimpo verdadero, pero ni siquiera, de creer a las autoridades económicas, han tenido la gentileza de dejarnos el pan y el vino. Y cuando recuerda las ensoñaciones de los días de los Juegos Olímpicos siente la necesidad de reforzar sus vínculos naturalistas con lo concreto. Algo habría que hacer. Algo debería hacer. Desde el epílogo de los juegos ha conservado la costumbre de ir al filósofo en vez de, como hacen otros, ir al psiquiatra. Su filósofo de cabecera sigue siendo Xavier Rupert dos Ventos y ante la pregunta sobre la ausencia de dioses, el filósofo le contesta desde la orilla de su teléfono:
-¿Qué hacer? ¿Para qué? Si desea hacer algo es que aún le queda sentido... finalidad... tal vez sólo se trate de instinto de finalidad... reflejo condicionado de finalidad. Es cierto, los dioses se han marchado, lo anunció Hölderlin, pero él creía que habían dejado el pan y el vino. Déjeme interpretarlo como metáfora de la satisfacción material. ¿De verdad no nos quedan satisfacciones materiales? ¿Me ha hecho caso? ¿Ha cambiado de olla a presión? ¿Ha probado el queso de cabra de Corçá? ¿Sigue adicto a los vinos de la Ribera del Duero? ¿Por qué no se pasa al agua mineral con gas? O tal vez no se trate de hacer, sino sólo de decir.

Manuel Vázquez Montalbán, Sabotaje olímpico

***

Amélie nous propose sa traduction :

Biscuter a une théorie au sujet d’Escofier. Non seulement il en a une, mais dès que l’occasion se présente, il en fait part à Carvalho, qui regrette parfois de lui avoir payé un voyage à Paris et un cours accéléré sur les soupes dans l’Académie de Haute Cuisine de mister Everglace.
— Escofier représente la Théologie Suprême de la grande tradition culinaire bourgeoise.
Chaque fois que Carvalho a tenté de le décontenancer en lui demandant, par exemple, que signifie « Théologie Suprême » ?, Biscuter lui a donné la même réponse :
— La cerise sur le gâteau.
Le point positif de cette expédition parisienne est que Biscuter, après lui avoir montré qu’il était capable d’affronter les consommés à la subtilité complexe tels que le consommé à la brunoise ou les soupes plus ou moins caractéristiques de la cuisine française –de la soupe à l’oignon à la façon des Halles, jusqu’au potage Thurins Roumanille, dans la plus pure lignée escoférienne–, ose maintenant confectionner les potages « étrangers », « étrangers » insiste encore une fois Biscuter, comme s’il parlait en prenant une fausse identité française.
— Savez-vous qu’Escofier estime le pot-au-feu espagnol ? Même s’il ne peut pas cacher ce qui ne lui plaît pas dans la cuisine espagnole : les pois-chiches et le chorizo. Aujourd’hui, je vais vous cuisiner une soupe très étrangère, chef.
— Pourquoi partir aussi loin ?
— Il faut bien tenter des expériences.
Et il tenta un potage Ouka : bouillon de poisson à base d’esturgeon, d’arrêtes et de nageoires de poissons variés, d’eau, de vin blanc, de persil, de céleri, de fenouil, de champignons, de sel… Carvalho a la tête qui tourne en pensant à tout ce qu’il manque pour réaliser correctement ce plat, tout ça pour une simple soupe, une pauvre soupe. Ce n’est plus de son âge, le potage. La forte solidité d’un plat plein de morceaux agressifs, bien que domptés par la durée de la cuisson. Cru ? Cuit ? Recuit ? Mais Biscuter lui échappe. Comme la réalité. Ou la mémoire. Depuis son voyage à Paris, il a cessé d’être essentiellement vendeur, comme s’il avait découvert la géographie au-delà de son univers d’ex-jeune prisonnier et de moins jeune homme à tout faire d’un détective en manque de chance et d’optimisme. Peut-être ne désire-t-il plus la compagnie de Biscuter, pas plus que celle de la réalité ou de la mémoire, pour être en accord avec la culture de l’oubli établi.
Juillet 1993. Il y a un an, tout était en place pour le début des Jeux Olympiques de Barcelone, le plus grand spectacle du monde, et ses expériences ont été englouties par l’écoulement de la crise de presque tout et de presque tous. Les dieux sont repartis au vrai Olympe, mais à en croire les autorités économiques, ils n’ont même pas eu la gentillesse de nous laisser le pain et le vin. Et quand il se remémore ses rêves du temps de Jeux Olympiques, il ressent le besoin de renforcer ses liens naturalistes avec le concret. Il faudrait faire quelque chose. Il devrait faire quelque chose. Depuis l’épilogue des Jeux, il a gardé l’habitude d’aller voir un philosophe, quand d’autres vont chez le psychiatre. Son philosophe favori est toujours Xavier Rupert dos Ventos ; à la question de l’absence des dieux, l’homme lui répond derrière le combiné de son téléphone :
— Que faire ? Pour quelle raison ? Si vous voulez faire quelque chose, c’est que cela a encore un sens…une finalité…peut-être ne s’agit-il que d’un instinct de finalité…un réflexe conditionné de réalité. C’est sûr, les dieux sont partis, Hölderlin l’a annoncé ; il croyait cependant qu’ils avaient laissé le pain et le vin. Laissez-moi l’interpréter comme la métaphore de la satisfaction matérielle. En vérité, n’est-ce pas ce qu’il nous reste, des réalités matérielles ? M’avez-vous écouté ? Avez-vous changé de Cocotte-minute ? Avez-vous goûté le fromage de chèvre de Corç a ? Etes-vous toujours accro aux vins Ribera del Duero ? Pourquoi n’essayez-vous pas l’eau minérale gazeuse ? Ou peut-être ne s’agit-il pas d’actions, seulement de paroles en l’air.

***

Julie V. nous propose sa traduction :

Biscuter a une théorie sur Escofier. Non seulement il l’a mais il l’exhibe chaque fois qu’il peut à un Cravalho qui se repent de temps en temps de lui avoir financé un voyage à Paris et un cours accéléré sur des soupes à l’Académie de Haute Cuisine de mister Everglace.
-Escofier représente la Somme Théologique de la grande tradition de la cuisine bourgeoise. Toutes ces fois où Carvalho a essayé de démonter sa proposition et de lui demander, par exemple, que veut dire Somme Théologique?, Biscuter a trouvé réponse.
-Le fin du fin.
Le côté positif de l’expédition parisienne c’est que Biscuter, après lui avoir démontré qu’il était capable d’affronter les consommés difficiles dans leur raffinement tel le consommé à la brunoise ou les soupes plus ou moins caractéristiques de la cuisine française – de la soupe d’oignons à la façon des Halles au potage Thurins Roumanille dans la plus pure ligne escoférienne- à présent il ose les potages « étrangers », « étrangers » insiste Biscuter à plusieurs reprises comme s’il parlait à partir d’une fausse identité française.
-Savez-vous qu’Escofier tient compte du pot-au-feu espagnol? Bien que le type ne peut pas cacher ce qu’il n’apprécie pas de la cuisine espagnole : les haricots blancs et le chorizo. Aujourd’hui je vais lui préparer une soupe très étrangère, chef.
-Pour quelle raisons aller si loin ?
-Il faut faire des expériences.
Et il innove avec un potage Ouka: bouillon de poisson à base d’esturgeon, arrêtes et nageoires de divers poissons, de l’eau, du vin blanc, du persil, du céleri, du fenouil, des champignons, du sel… Carvalho a l’esprit étourdi quand il pense à tout ce qu’il manque pour préparer le plat et qui soit au service d’une simple soupe, d’une vulgaire soupe. Dans sa vieillesse, des potages.
La solidité profonde d’une assiette creuse de morceaux agressifs mais domptés par la longue cuisson. Cru ? Cuit ? Recuit! Mais Biscuter lui échappe. Comme la réalité. Ou la mémoire. Depuis son voyage à Paris il a cessé d’être uniquement vendeur, comme s’il avait découvert la géographie au-delà de son univers d’ex jeune prisonnier et plus si jeune élevé en tout et pout tout par un détective dépourvu de fortune et d’optimisme. Peut-être qu’il ne désire plus la compagnie de Biscuter, ni celle de la réalité, ni celle de la mémoire, en consonance avec la culture de l’oubli établi. Juillet 1993. Il y a un an tout était prêt pour le début des Jeux Olympiques de Barcelone, le plus grand spectacle du monde et les expériences ont été englouties par l’orifice de la crise presque tout et presque tous.
Les dieux s’en sont allés au véritable olympe, mais, si l’on en croit les autorités économiques, ils n’ont même pas eu la courtoisie de nous laisser le pain et le vin. Et il se rappelle les rêveries des jours des Jeux Olympiques il sent le besoin de renforcer ses liens naturalistes avec le concret. Il faudrait faire quelque chose. Il devrait faire quelque chose. Depuis l’épilogue des jeux il a conservé l’habitude d’aller chez le philosophe au lieu de, comme d’autres font, aller chez le psychiatre. Son philosophe de chevet est toujours Xavier Rupert dos Ventos et face à la question de l’absence des dieux, le philosophe lui répond du bord de son téléphone :
-Que faire? Dans quel but? Si vous souhaitez faire quelque chose c’est qu’il vous reste encore de la tête…finalité…peut-être s’agit-il seulement d’un instinct de finalité… reflet conditionné de finalité. C’est vrai, les dieux sont partis, Hölderlin l’a annoncé, mais lui il croyait qu’ils avaient laissé le pain et le vin. Laissez-moi l’interpréter comme métaphore de la satisfaction matérielle. Vraiment ne nous reste-t-il pas de satisfactions matérielles ? M’avez-vous écouté ? Avez-vous changé de cocotte-minute ? Avez-vous gouté le fromage de chèvre de Corçá ? Continuez-vous d’être dépendant des vins de la Ribera del Duero? Pourquoi ne passez-vous pas de l’eau minérale à l’eau gazeuse ? Ou peut-être qu’il ne s’agit pas de faire, mais seulement de dire.

***

Morgane nous propose sa traduction :

Biscuter a une théorie sur Escofier. Non seulement il l’a mais il l’exhibe à chaque fois qu’il le peut à un Carvalho épisodiquement repenti de lui avoir financé un voyage à Paris et un cours accéléré sur les soupes à l’Académie de Haute Cuisine de Monsieur Everglace.
— Escofier représente la Somme Théologique de la grande tradition de la cuisine bourgeoise.
Toutes les fois où Carvalho a tenté de décomposer l’expression et de lui demander, par exemple, la signification de Somme Théologique ? , Biscuter a eu une réponse.
— La (releche) finale.
L’élément positif de l’expédition parisienne est que Biscuter, après lui avoir démontrer qu’il était capable d’affronter les consommés difficiles dans leur subtilité comme le consommé à la brunoise ou les soupes plus ou moins caractéristiques de la cuisine française – de la soupe à l’oignon à la manière des Halles au potage Thurins Roumanille dans la plus pure lignée escoférienne -, ose à présent les potages « étrangers », « étrangers » insiste encore une fois Biscuter comme s’il parlait sous couvert d’une fausse identité française.
— Savez-vous qu’Escofier dénigre la marmite pourrie espagnole ? Bien que l’oncle ne puisse dissimuler ce qu’il digère mal dans la cuisine espagnole : les pois chiche et le chorizo. Aujourd’hui, je vais vous faire une soupe très étrangère, chef.
— Pourquoi allez si loin ?
— Il faut expérimenter.
Et il expérimente un potage Ouka : bouillon de poisson à base d’esturgeon, arrêtes et nageoire de poissons divers, eau, vin blanc, persil, céleri, fenouil, champignons, sel… Carvalho perd la tête quand il pense à tout ce qu’il manque pour comprendre le plat et qu’il soit au service d’une simple soupe, d’une soupe blanche. Ce n’est plus de mon âge, potages. La solidité profonde d’un plat insondable plein de faux pas agressifs mais dompté par la longue cuisson. Cru ? Cuit ? Recuit ? Mais cela échappe à Biscuter. Comme la réalité. Ou la mémoire. Depuis son voyage à Paris il a cessé d’être essentiellement dépendant, comme s’il avait découvert la géographie au-delà de son univers d’ex jeune prisonnier et pas si jeune domestique du tout d’un détective dépourvu de fortune et d’optimisme. Peut-être ne désirez-vous plus la compagnie de Biscuter, ni celle de la réalité, ni celle de la mémoire, en accord avec la culture de l’oubli établi. Juillet 1993. Il y a un an, tout était prêt pour le lancement des Jeux Olympiques de Barcelone, le meilleur spectacle du monde et les expériences on été englouties par le puisard de la crise de presque tout et presque tous. Les dieux sont repartis au véritable olympe, mais n’ont même pas eu la gentillesse de nous laisser le pain et le vin, aux dires des autorités économiques. Et quand il regarde les rêveries des jours des Jeux Olympiques, il ressent le besoin de renforcer ses liens naturels avec ce qui est concret. Il aurait à faire quelque chose. Il devrait faire quelque chose. Depuis l’épilogue des jeux il a conservé l’habitude de consulter le philosophe au lieu de consulter un psychiatre comme font les autres. Son philosophe traitant est toujours Xavier Rupert dos Ventos et face à la question sur l’absence des dieux, le philosophe lui répond au combiné téléphonique :
— Que faire ? Pour quoi ? Si vous voulez faire quelque chose c’est que vous avez encore du sens … finalité… peut-être s’agit-il seulement d’instinct de finalité… reflet conditionné de finalité. Il est vrai, les dieux s’en sont allés, Hölderlin l’a annoncé, mais il croyait qu’ils avaient laissés le pain et le vin. Permettez-moi de l’interpréter comme métaphore de la satisfaction matérielle. Est-il vrai qu’ils ne nous restent point de satisfactions matérielles ? M’avez-vous prêté attention ? Avez-vous changé de cocotte-minute ? Avez-vous gouté le fromage de chèvre de Corçá ? Êtes-vous toujours amateur des vins de la Ribera del Duero ? Pourquoi ne passez-vous pas à l’eau minérale gazeuse ? Ou peut-être ne s’agit-il pas de faire, mais seulement de dire.

Références culturelles, 361 : Eugenia de Montijo

Eugenia de Montijo
une idée d'Odile

http://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A9nie_de_Montijo

jeudi 4 février 2010

Résultats du sondage : « En moyenne, combien de fois relisez-vous vos traductions ? »

Sur 23 votes exprimés, nous obtenons les résultats suivants :

Une fois = 0 voix
Deux fois = 1 voix (4%)
Entre 3 et 6 fois = 14 voix (60%)
Entre 6 et 10 fois = 5 voix (21%)
Plus de 10 fois = 3 voix (13%)

La question annexe serait maintenant de savoir à partir de combien de fois le texte nous "sort par les yeux" – si vous me permettez l'expression ; car vous conviendrez avec moi que quelles que soient les qualités d'une œuvre, après maintes et maintes relectures (à plus forte raison des relectures aussi étroites que celles d'un traducteur), il est difficile de ressentir la passion des premiers instants. D'un autre côté, c'est peut-être précisément quand notre cœur bat moins vite que nous devenons véritablement efficaces pour repérer les scories de nos traductions et donner sa pleine mesure à l'original… Voilà un argument rassurant qui en vaut bien d'autres.

Exercice de version, 76

Una noche de diciembre, mientras que el viento penetrante del invierno, acompañado de una lluvia menuda y glacial, ahuyentaba de las calles a los paseantes; varios amigos del doctor L. tomábamos el té, cómodamente abrigados en una pieza confortable de su linda aunque modesta casa. Cuando nos levantamos de la mesa, el doctor, después de ir a asomarse a una de las ventanas, que se apresuró a cerrar en seguida, vino a decirnos:
- Caballeros, sigue lloviendo, y creo que cae nieve; sería una atrocidad que ustedes salieran con este tiempo endiablado, si es que desean partir. Me parece que harían ustedes mejor en permanecer aquí un rato más; lo pasaremos entretenidos charlando, que para eso son las noches de invierno. Vendrán ustedes a mi gabinete, que es al mismo tiempo mi salón, y verán buenos libros y algunos objetos de arte.
Consentimos de buen grado y seguimos al doctor a su gabinete. Es éste una pieza amplia y elegante, en donde pensábamos encontrarnos uno o dos de esos espantosos esqueletos que forman el más rico adorno del estudio de un médico; pero con sumo placer notamos la ausencia de tan lúgubres huéspedes, no viendo allí más que preciosos estantes de madera de rosa, de una forma moderna y enteramente sencilla, que estaban llenos de libros ricamente encuadernados, y que tapizaban, por decirlo así, las paredes.
Arriba de los estantes, porque apenas tendrían dos varas y media de altura, y en los huecos que dejaban, había colgados grabados bellísimos y raros, así como retratos de familia. Sobre las mesas se veían algunos libros, más exquisitos todavía por su edición y su encuadernación.
El doctor L...., que es un guapo joven de treinta años y soltero, ha servido en el Cuerpo Médico-militar y ha adquirido algún crédito en su profesión; pero sus estudios especiales no le han quitado su apasionada propensión a la bella literatura. Es un literato instruido y amable, un hombre de mundo, algo desencantado de la vida, pero lleno de sentimiento y de nobles y elevadas ideas.

Ignacio Altamirano, Clemencia

***

Laëtitia Sw. nous propose sa traduction :

Une nuit de décembre, tandis que le vent pénétrant de l’hiver, accompagné d’une pluie fine et glaciale, chassait les passants des rues, nous, plusieurs amis du docteur L., prenions le thé, commodément à l’abri dans une pièce confortable de sa jolie quoique modeste maison. Quand nous nous levâmes de table, le docteur, après être allé se pencher à une des fenêtres, qu’il s’empressa aussitôt de fermer, revint nous dire :
– Messieurs, il continue de pleuvoir, et je crois qu’il commence à neiger ; il serait abominable que vous sortiez par ce temps de tous les diables, si tant est que vous désirez partir. Il me semble que vous feriez mieux de rester ici un peu plus longtemps ; nous passerons un moment agréable à discuter : c’est à cela que servent les nuits d’hiver. Vous viendrez à mon cabinet, qui est en même temps mon salon, et vous regarderez de bons livres et quelques objets d’art.
Nous acceptâmes de bonne grâce et nous suivîmes le docteur à son cabinet. Ce dernier consistait en une vaste et élégante pièce, où nous pensions trouver un ou deux de ces effrayants squelettes qui font partie des éléments de décoration les plus en vue de l’étude d’un médecin. Mais nous notâmes avec grand plaisir l’absence d’hôtes aussi lugubres, ne découvrant là rien d’autre que de précieuses étagères en bois de rose, modernes et très simples, pleines de livres richement reliés qui tapissaient littéralement les murs.
Dans le vide laissé au-dessus des étagères – elles faisaient à peine deux aunes et demie de hauteur –, étaient accrochés de très belles et rares gravures ainsi que des portraits de famille. Sur les tables, on voyait quelques livres, à l’édition et à la reliure encore plus ouvragées.
Le docteur L., qui est un beau jeune homme de trente ans, célibataire, a servi dans le Corps médico-militaire et a atteint une certaine renommée dans sa profession. Cependant, ses études spécialisées n’ont pas entamé son inclination passionnée à la belle littérature. C’est un homme de lettres instruit et aimable, un homme du monde, quelque peu désenchanté de la vie, mais pétri de sentiments et d’idées nobles et élevées.

***

Coralie nous propose sa traduction :

Un soir de décembre, tandis que le vent pénétrant de l'hiver, accompagné d'une pluie fine et glaciale, chassait les passants des rues ; nous, plusieurs amis du docteur L., prenions le thé, commodément abrités dans une pièce confortable de sa jolie quoique modeste maison. Quand nous nous levâmes de table, le docteur, après s'être penché à l'une des fenêtres, qu'il s'empressa de suite de fermer, vint nous dire :
- Messieurs, il continue de pleuvoir, et je crois qu'il tombe même de la neige ; ce serait atroce que vous sortiez par ce temps de tous les diables, si vous voulez partir bien sûr. Il me semble que vous feriez mieux de rester ici encore un moment ; nous nous distrairons en bavardant, les soirées d'hiver sont faites pour cela. Vous viendrez dans mon cabinet, qui est en même temps mon salon, et vous verrez de beaux livres et quelques objets d'art.
Nous acceptâmes de bon gré et suivîmes le docteur dans son cabinet. C'est une élégante et grande pièce, où nous pensions trouver un ou deux de ces squelettes effrayants qui constituent l'ornement le plus riche du bureau d'un médecin ; mais avec un plaisir suprême nous notâmes l'absence d'hôtes aussi lugubres, ne voyant là rien de plus que de précieuses étagères en bois de rose, d'une forme moderne et très simple, remplies de livres richement reliés, qui tapissaient, pour ainsi dire, les murs. Au dessus des étagères, car elles atteignaient environ deux mètres de haut, et dans les espaces laissés libres, il y avait, accrochés, de magnifiques et rarissimes gravures, ainsi que des portraits de famille. Sur les tables on voyaient quelques livres, rendus plus exquis encore par leur édition et leur reliure. Le docteur L..., qui est un charmant jeune homme de trente ans et célibataire, a servi dans le Corps Médical -militaire- et a acquis du crédit dans sa profession ; mais ses études particulières lui ont ôté sa propension passionnée à la belle littérature. C'est un écrivain instruit et aimable, un homme du monde, quelque peu déçu par la vie, mais plein de sentiments et d'idées nobles et élevées.

***

Amélie nous propose sa traduction :

Une nuit de décembre, tandis que le vent pénétrant de l’hiver, accompagné par une pluie fine et glaciale, vidait les rues de leurs passants, nous étions plusieurs amis du docteur L. à prendre le thé, commodément abrités dans une pièce confortable de sa jolie quoique modeste maison. Quand nous nous levâmes de table, le docteur, après avoir été se pencher à une des fenêtres qu’il s’était empressé de refermer sur-le-champ, nous annonça :
— Messieurs, il continue à pleuvoir, je crois même qu’il neige ; ce serait abominable que vous sortiez sous ce temps endiablé, si tant est que vous souhaitiez partir. Il me semble que vous feriez mieux de rester un peu plus longtemps ici ; nous passerons un moment agréable à discuter : c’est à cela que servent les nuits hivernales, après tout. Vous viendrez dans mon cabinet, qui fait aussi office de salon, et vous regarderez de bons livres ainsi que des objets d’art.
Nous y consentîmes de bonne grâce et suivîmes le docteur. La pièce en question était grande et élégante, nous pensions y trouver un ou deux épouvantables squelettes, qui constituent les éléments de décoration les plus fastes de l’étude d’un médecin ; mais à notre plus grand plaisir, nous notâmes l’absence d’hôtes aussi lugubres, ne voyant là que de belles étagères de bois de rose, modernes et peu sophistiquées, pleines de livres richement reliés, qui tapissaient littéralement les murs.
Au-dessus des étagères – car elles mesuraient à peine deux aunes et demie de hauteur – et dans les espaces qu’elles laissaient vacants, il avait accroché des gravures sublimes et rares, ainsi que des portraits de famille. Sur les tables on voyait quelques livres, à l’édition et à la reliure toujours plus extraordinaires.
Le docteur L…, un beau jeune homme de trente ans, célibataire, a servi dans le Corps médico-militaire et a acquis du crédit au sein de sa profession ; mais ses études particulières n’ont pas entamé sa propension passionnée à la belle littérature. C’est un littéraire instruit et aimable, un homme du monde, quelque peu déçu par la vie, mais pénétré de sentiments et d’idées nobles et élevées.

***

Marie G. nous propose sa traduction :

Une nuit de décembre, tandis que le vent pénétrant de l'hiver, accompagné d'une pluie fine et glaciale, faisait fuir les passants des rues; nous, plusieurs amis du Docteur L., buvions un thé, confortablement à l'abri dans une agréable pièce de sa jolie maison certes, mais modeste. Quand nous nous levâmes de table, le Docteur, après être allé se pencher à l'une des fenêtres, se dépêchant de la fermer aussitôt, vint nous dire:
— Messieurs, il continue de pleuvoir, et je crois qu'il neige; ce serait de la folie que vous sortiez par ce temps déchaîné, si vraiment vous souhaitez partir. Il me semble que vous feriez mieux de rester ici encore un peu; nous passerons le temps à discuter, car les nuits d'hiver servent bien à cela. Vous irez dans mon cabinet, qui me sert aussi de salon, et vous y trouverez de bons livres et quelques objets d'art.
Nous acceptâmes volontiers et nous suivîmes le Docteur dans son cabinet. C'était une grande pièce élégante, où nous pensions y découvrir un ou deux effroyables squelettes qui font partie de la riche décoration du bureau d'un médecin; mais avec un extrême plaisir, nous remaquâmes l'absence d'hôtes si lugubres, n'y voyant guère que de belles étagères en bois de rose, d'une forme moderne et complètement simple, qui étaient remplies de livres richement reliés, et qui tapissaient, pour le dire de cette manière, les murs.
Au-dessus des étagères, qui ne devaient avoir qu'à peine deux bâtons et demi de hauteur, et dans les creux qu'elles laissaient, il avait accroché de très belles gravures rares, ainsi que des portraits de famille. Sur les tables, on distinguait quelques livres, plus précieux encore de par leur édition et de leur reliure.
Le Docteur L..., qui est un jeune homme célibataire de trente ans, a servi dans le Corps Médical Militaire et a acquis une certaine réputation au sein de sa profession; mais ses études spécifiques ne lui ont pas ôté son penchant passionné pour la belle littérature. C'est un homme de lettres instruit et aimable, un homme du monde, quelque peu déçu de la vie mais plein de bons sentiments et de hautes idées nobles.

***

Pascaline nous propose sa traduction :

Une soirée de décembre, tandis que le vent pénétrant de l'hiver, accompagné d'une pluie fine et glaciale, faisait fuir les passants des rues, nous étions plusieurs amis du docteur L... à prendre le thé, bien abrités dans une pièce confortable de sa jolie – bien que modeste – demeure. Quand nous nous levâmes de table, le docteur, après s'être penché à une des fenêtres (qu'il s'est empressé de fermer immédiatement), vint nous dire :
– Eh bien Messieurs, il continue de pleuvoir, et je crois bien qu'il neige; ce serait une folie de sortir par ce temps de chien, à moins que vous ne souhaitiez partir. Il me semble que vous feriez mieux de rester ici encore un moment; nous nous occuperons en discutant; après tout, les soirées d'hiver sont faites pour cela. Vous viendrez dans mon cabinet, qui me sert également de salon, et vous y verrez de bons livres et quelques objets d'art.
Nous acceptâmes volontiers et suivîmes le docteur dans son cabinet. C'est une pièce spacieuse et élégante, où nous nous attendions à trouver un ou deux de ces horribles squelettes qui constituent le plus riche ornement d'un cabinet de médecin; cependant, pour notre plus grand plaisir, nous avions constaté l'absence d'hôtes si lugubres, ne voyant là rien d'autre que des adorables étagères en bois de rose, à la forme moderne et vraiment simple, couvertes de livres richement reliés, et qui tapissaient, pour ainsi dire, les murs.
En haut des étagères (elles ne dépassaient sans doute pas les deux centimètres de hauteur), et dans les espaces qu'elles laissaient, de magnifiques et étranges gravures étaient accrochés, ainsi que des portraits de famille. Sur les tables, on apercevait quelques livres, plus remarquables encore du fait de leur édition et de leur reliure.
Le docteur L..., un beau jeune homme célibataire de trente ans, a servi dans le corps médico-militaire et a obtenu une certaine crédibilité dans sa profession; mais ses études particulières ne lui ont pas ôté son goût passionné pour la belle littérature. C'est un lettré instruit et affable, un homme du monde, quelque peu déçu par la vie, mais plein de sentiments et de nobles et hautes idées.

***

Morgane nous propose sa traduction :

Une nuit de décembre, pendant que le vent pénétrant de l’hiver, accompagné d’une pluie fine et glaciale, chassaient les piétons des rue ; différents amis du docteur L. prenions le thé, commodément abrités dans une pièce confortable de sa belle mais modeste maison. Lorsque nous nous levâmes de table, le docteur, après s’être penché à une des fenêtres, qu’il s’empressa de fermer immédiatement, vint nous dire :
— Messieurs, il continue de pleuvoir, et je crois qu’il tombe de la neige ; il serait abominable que vous sortiez par ce sale temps, si vous désirez vous en aller. Il me semble que vous feriez mieux de rester ici un peu plus ; nous passerons le temps à nous occuper à bavarder, ce à quoi servent les nuits d’hiver. Vous viendrez à mon cabinet, qui est en même temps mon salon, et vous verrez de bons livres et quelques objets d’art.
Nous consentîmes volontiers et suivîmes le docteur à son cabinet. C’ est une pièce ample et élégante, où nous pensions trouver un ou deux de ces effrayants squelettes qui font partie du plus beau décor du bureau d’un médecin ; mais avec un plaisir extrême nous remarquâmes l’absence de si lugubres hôtes, ne voyant là que de belles étagères de bois rose, d’une forme moderne et extrêmement simple, qui étaient pleines de livres richement reliés, et qui tapissaient, pour ainsi dire, les murs.
En hauts des étagères, car elles auraient à peine deux vares et demie de hauteur, et dans les creux qu’elles laissaient, il y avait, suspendues, des gravures magnifiques et rares, ainsi que des portraits de famille. Sur les tables on voyait quelques livres, plus exquis encore par leur édition et leur reliure.
Le docteur L. …, qui est un beau jeune homme célibataire de trente ans, a servi dans le Corps Médico-Militaire et a acquis une certaine renommée dans sa profession ; mais ses études spéciales ne lui ont pas enlevé sa fervente passion pour la belle littérature. C’est un littéraire instruit et aimable, un homme du monde, un brin désenchanté de la vie, mais plein de sentiment et d’idées nobles et élevées.

Références culturelles, 360 : El canal de Panamá

En photo : Canal de Panamá, par Marc Hors

El canal de Panamá
une idée d'Odile (que je remercie une fois de plus pour son aide)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Canal_de_Panam%C3%A1
http://www.linternaute.com/histoire/motcle/2114/a/1/1/canal_de_panama.shtml
http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/panamadpl1999
http://www.pancanal.com/esp/general/howitworks/como-tour1.html

mercredi 3 février 2010

Résultats du sondage : « Si vous lisez de la BD traduite… est-ce davantage… ? »

Sur 15 votants, nous obtenons les résultats suivants :

De la BD hispanophone = 5 (33%)
De la BD anglophone = 10 (66%)

La question étant de savoir si cela s'explique par le fait que l'on traduit et donc que l'on publie peu la BD espagnole et latino-américaine… N'y aurait-il pas là un créneau pour les amatrices et les amateurs du genre ?

Invitation de la part de Sophie Léchauguette

Sophie Léchauguette (PRAG à Bordeaux I et traductrice professionnelle) intervient cette année dans le parcours anglais du Master 2 et vous propose de vous joindre (dès aujourd'hui) à son cours d'initiation à la traduction pragmatique… (exemple : manuels de vannerie ou de travail du bois, etc.) en tant qu'auditrices libres. Les séances ont lieu le mercredi après-midi, de 14h00 à 16h00, en salle E 215.
Faites-moi savoir rapidement si vous comptez y assister, car, le cas échéant, elle adaptera son enseignement à un public non-hispanophone. Par ailleurs, je vous enverrai les documents de travail qu'elle utilisera dès la semaine prochaine.
Vous pouvez par ailleurs la contacter pour lui demander les renseignements dont vous avez besoin… :
s.lechauguette@omega.u-bordeaux1.fr


Références culturelles, 359 : Roscón de Reyes

En photo : Roscón de Reyes

El roscón de Reyes

http://www.doitinspain.com/Frances/roscon.php

Exercice de version, 75

En el lugar sembrado de incómodos y teantes senderos, con ajetreo humano y pretensión de calles, asoman por doquier árboles con sus raíces descamadas por insistentes raudales, que bajan atorados en la ver tiente como cataratas. Los tambaleantes ranchitos abrumados se despliegan amontonados unos contra otros, y bordeados de precarios pastitos repartidos al azar.
Los zanjones sitiados de piedras y arenas arrastradas de mala gana por los temporales, y asediadas por las aguas del río. Algo extraño y mágico en esas paredes siempre húmedas y mohosas. Algo de íntimo y casero en esos patios en declive presurosos, que irradian frescura y serenidad bajo las parras y crotos. Allí se respira por doquier el implacable olor de la miseria. Frágiles ranchitos que parecen de juguete detenidos en la pendiente, pintoresca agrupación humana, singulares seres de costumbre e idioma propios. Como un clamor de herida abierta, sus barrancos de tierra roja parecen desafiar al sol, la lluvia, al frío en una mueca rugosa de lodo y pedregullo. Modestos alambrados zigzaguean tambaleantes ante el peso del jazmín y el asombrado gyraü. De allí se ven sus lindes, el inquieto camalotal. Saben de congoja sin flaquezas, hostigados por las aguas del antojadizo río, adosados a la ciudad indiferente y hostil.

Margot Ayala de Michelagnoli, Ramona Quebranto

***

Morgane nous propose sa traduction :

Dans le lieu semés d’incommodes et tortueux sentiers, avec une effervescence humaine et des rues arrogantes, apparaissent de toutes parts des arbres dont les racines sont portées par d’insistants torrents, qui descendent nerveux dans la pente comme des chutes d’eau. Les petits ranchs chancelants accablés se déploient entassés les uns contre les autres, et bordés de précaires petits pâturages répartis au hasard.
Les grandes tranchées bordées de pierres et de sable arrachés de mauvaise grâce par les tempêtes , et assiégés par les eaux du fleuve. Quelque chose d’étrange et de magique en ces murs toujours humides et moisie. Quelque chose d’intime et de familier dans ces cours en pentes abruptes, qui irradient fraîcheur et sérénité sous les treilles et les ricins. Là, on respire de toutes parts l’implacable odeur de la misère. Fragiles petits ranchs qui semblent comme des jouets arrêtés dans la pente, pittoresque regroupement humain, singuliers êtres de coutume et langue propres. Telle une clameur de blessure ouverte, ses ravins de terre rouge semblent défier le soleil, la lune, le froid en une grimace rugueuse de boue et de gravier. De modestes fils de fer zigzaguent en titubant devant le poids du jasmin et le stupéfiant arbre tropical. De là, on voit leurs limites, l’inquiétant pontédérie à fleur bleue. Ils connaissent l’angoisse sans la faiblesse, harcelés par les eaux du fleuve capricieux, adossés à la ville indifférente et hostile.

***

Julie D. nous propose sa traduction :

Dans le lieu semé d'inconfortables et tortueux sentiers, avec un affairement humain et une prétension de rues, des arbres apparaissent n'importe où, leurs racines desquamées par d'insistants torrents qui descendent nerveusement sur le versant tels des chutes d'eau. Les petits ranchs chancelants, écrasés, se déplient entassés les uns sur les autres, bordés de modestes petits prés allotis au hasard.
Les précipices sont assiégés de pierres et de poudre traînées de mauvais gré par les tempêtes et harcelées par les eaux du fleuve. Quelque chose d'étrange et de magique sur ces parois toujours humides et moisies. Quelque chose d'intime et de familial dans ces cours terreuses en pente abrupte qui irradient de fraîcheur et de sérénité sous les treilles et les ricins. Là, on respire partout l'implacable odeur de la misère. Des ranchs, petits et fragiles, qui semblent être des jouets retenus sur le versant, pittoresque groupement humain, des êtres singuliers aux coutumes et langage propre. Tel le gémissement d'une plaie ouverte, ses ravins de terre rouge semblent défier le soleil, la pluie, le froid en une grimace ridée de boue et de gravier. De modestes grillages zigzaguent, chancelants sous le poids du jasmin et du gyraü ombragé. De là, on voit ses confins: l'inquiétant pontédéria. Ils savent la douleur sans faiblesse, harcelés par l'eau du fleuve capricieux, adossés à la ville, indifférente et hostile.

mardi 2 février 2010

« Expresiones españolas para Erasmus en apuros », Un blog très chouette !

http://erasmusv.wordpress.com/

Résultats du sondage : « Lisez-vous le nom du traducteur… ? »

Sur 18 votants, nous obtenons les résultats suivants :

Plus pour la langue de travail = 13 voix (72%)
Toujours, sans faire de différence entre les langues = 5 voix (27%)

J'avoue être dans la première catégorie, « Plus pour la langue de travail »… et, un peu honteuse, je propose que désormais, nous nous efforcions de lire le nom du traducteur quelle que soit la langue… Sinon, cela signifie que nous y intéresser n'est pas une manière de rendre hommage à celui qui a fait le travail, mais de contrôler lequel de nos concurrents nous a "volé" un livre que nous aurions aimé faire à sa place… Allez, reconnaissez qu'il y a un peu de ça, gens de la première catégorie !

Références culturelles, 358 : El bacalao al pil pil

En photo : Bacalao al pil pil 04/08/2007, par imr1063

El bacalao al pil pil
une idée de Laëtitia Sw.

http://www.doitinspain.com/Frances/bacalao.php

Exercice de version, 74

El Palacio Imperial de Constantinopla tenía la brutal suntuosidad de una alucinación. Todo en él era rebuscado y desorbitado, con gigantescas salas de mármol, jaspes y cuarzos contrastando con la brillante policromía de los mosaicos de fondo azul y motivos dorados en lucha cromática; matizados por la luz filtrada por el alabastro, que impregnaba todo de un tono ocre mate. Los techos de las salas, recargados, castigados por el peso de los adornos, se desplomaban sobre columnas con bellos capiteles.
Chambelanes y altos dignatarios, embutidos en seda y envueltos en bordados de oro, se arrastraban chispeantes, como gusanos luminosos, por sus salones y pasillos.
Aquella mañana del año de Nuestro Señor de mil trescientos dos, yo, Ramón Llull había atravesado las calles de Constantinopla escoltado por una docena de fieros almogávares, vestidos con pieles de bestias y cargados de armas.
El contraste podía resultar divertido.
Constantinopla era una abigarrada aglomeración, con una saturada y penetrante mezcla de olores; una enorme ciudad retorcida y cenagosa, con viejas y miserables chozas de madera recostadas contra las paredes de impresionantes palacios de mármol. Con una absurda mezcla de refinamiento y suciedad, la brillante seda de los trajes de los cortesanos que detenían su paso para observarnos, estaba salpicada, en sus bajos, de barro y de las heces de los perros vagabundos que nos ladraban lúgubremente.
Un tieso chambelán me esperaba en una de las entradas del Palacio, y me guió, en silencio, a través de aquellos enormes cajones arquitectónicos.
En la desproporción de líneas y de perspectivas, aquel servidor imperial que me precedía, autocomplacido y emperifollado, era sólo una brizna rutilante, una piedrecita del enorme mosaico que me rodeaba.
Descendimos a través de unas escalinatas cada vez más oscuras hasta el último y más profundo socavón lateral del Palacio. Nos vimos rodeados por paredes mohosas, rezumantes de humedad y olor a fiebre. Pregunté al chambelán dónde me conducía; a lo que él respondió simplemente:
—Ya estamos cerca, protosebasto1. El condotiero aguarda...

Juan Miguel Aguilera, La locura de los dioses

***

Laëtitia Sw. nous propose sa traduction :

Le Palais Impérial de Constantinople avait la somptuosité brutale d’une hallucination. Tout en lui était recherché et exagéré : de gigantesques salles de marbre, de jaspe et de quartz contrastaient avec la brillante polychromie des mosaïques au fond bleu et aux motifs dorés en lutte chromatique, que nuançait la lumière filtrée par l’albâtre, qui imprégnait tout d’un ton ocre mat. Les plafonds des salles, surchargés, punis par le poids des ornements, pesaient sur des colonnes aux beaux chapiteaux.
Chambellans et hauts dignitaires, engoncés dans la soie et couverts de broderies d’or, se traînaient, étincelants comme des vers luisants, à travers leurs salons et couloirs.
Ce matin de l’an de grâce mille trois cent deux, moi, Ramón Llull, j’avais traversé les rues de Constantinople, escorté par une douzaine de terribles Almogavares (1), vêtus de peaux de bêtes et chargés d’armes.
Le contraste pouvait être amusant.
Constantinople était une agglomération bigarrée, aux odeurs mêlées, saturées et pénétrantes ; une énorme ville tordue et fangeuse, avec de vieilles et misérables masures en bois, appuyées aux murs d’impressionnants palais de marbre. Dans un absurde mélange de raffinement et de saleté, les costumes de soie brillante des courtisans, qui suspendaient leur pas pour nous observer, apparaissaient maculés, en bas, de boue et des déjections des chiens errants qui aboyaient lugubrement vers nous.
Un chambellan guindé, qui m’attendait à une des entrées du Palais, me guida, en silence, à travers ces immenses caissons architectoniques.
Dans la disproportion des lignes et des perspectives, ce serviteur impérial qui me précédait, aussi prétentieux que pompeusement vêtu, n’était plus qu’un brin rutilant, une petite pierre de l’énorme mosaïque environnante.
Du perron, nous descendîmes le long d’escaliers de plus en plus obscurs jusqu’à la dernière et plus profonde galerie latérale du Palais. Nous nous vîmes entourés par des murs moisis, suintants d’humidité et d’odeur de fièvre. Je demandai au chambellan où il me conduisait, ce à quoi il répondit simplement :
— Nous sommes presque arrivés, Protosebaste (2). Le condottiere attend...

(1) soldats catalans à pieds très redoutés aux XIIIe et XIVe siècles
(2) titre honorifique concédé aux grandes personnalités

***

Laëtitia nous propose sa traduction :

Le Palais Impérial de Constantinople arborait la brutale somptuosité d’une hallucination.
Tout en lui était recherché et exorbitant, avec de gigantesques salles en marbre, des jaspes et des quartz contrastant avec la brillante polychromie des mosaïques au fond bleu et aux motifs dorés en lutte chromatique ; nuancés par la lumière filtrée par l’albâtre, qui imprégnait tout d’un ton ocre mat. Les plafonds des salles, surchargés, accablés par le poids des ornementations, s’effondraient sur des colonnes avec de beaux chapiteaux.
Des chambellans et de hauts dignitaires, ficelés dans de la soie et enveloppés dans des broderies en or, rampaient étincelants, comme des vers luisants, dans ses salons et ses couloirs.
Ce matin-là de l’an de grâce mille-trois-cent-deux, moi, Ramon Llull j’avais traversé les rues de Constantinople escorté par une douzaine de soldats féroces, vêtus de peaux de bêtes et armés jusqu’aux dents.
Le contraste pouvait s’avérer amusant.
Constantinople était une agglomération bigarrée, avec un mélange saturé et pénétrant d’odeurs ; une énorme ville sinueuse et embourbée, avec de vieilles et misérables cabanes en bois adossées aux murs d’impressionnants palais en marbre. Avec un mélange absurde de raffinement et de saleté, la soie brillante des habits des courtisans qui interrompaient leur marche pour nous observer, était parsemée, sur ses ourlets, de boue et des selles des chiens errants qui lugubrement aboyaient après nous.
Un chambellan guindé m’attendait devant une des entrées du Palais, et me guida, en silence, à travers ces énormes caissons architectoniques.
Dans la disproportion de lignes et de perspectives, ce serviteur impérial qui me précédait, outrecuidant et pomponné, n’était qu’une brindille rutilante, une petite pierre de l’énorme mosaïque qui m’entourait.
Nous descendîmes par des escaliers de plus en plus sombres jusqu’à la dernière et la plus profonde des galeries latérales du Palais. Nous nous trouvâmes cernés par des murs moisis, suintants d’humidité et d’odeur de fièvre. Je demandai au chambellan où il me conduisait ; à quoi il répondit simplement :
– Nous ne sommes plus très loin, protosébaste. Le condottiere attend...

***

Coralie nous propose sa traduction :

Le Palais Impérial de Constantinople avait la somptuosité brutale d'une hallucination. Tout en lui était précieux et exorbitant, avec de gigantesques salles de marbre, jaspes et quartz contrastant avec la brillante polychromie des mosaïques au fond bleu et aux motifs dorés en lutte chromatique ; nuancés par la lumière filtrée par l'albâtre, qui imprégnait le tout d'un ton ocre mat. Les plafonds des salles, surchargés, malmenés par le poids des ornements, s'effondraient sur des colonnes aux beaux chapiteaux. Des chambellans et de hauts dignitaires, saucissonnés dans de la soie et enveloppés dans des broderies d'or, rampaient, étincelants, comme des vers luisants, dans leurs salons et couloirs. En cette matinée de l'an mille trois cent deux de Notre Seigneur, moi, Ramón Llull, j'avais traversé les rues de Constantinople escorté par une douzaine de féroces pillards, vêtus de peaux de bêtes et chargés d'armes. Le contraste pouvait paraître amusant. Constantinople était une agglomération bigarrée, au mélange d'odeurs saturé et pénétrant ; une énorme ville alambiquée et bourbeuse, avec de vieilles et misérables huttes en bois appuyées contre les parois d'impressionnants palais de marbre. Avec un absurde mélange de raffinement et de saleté, la soie brillante des costumes des courtisans qui s'attardaient pour nous observer, était éclaboussée, à son bas, de boue et des excréments des chiens errants qui nous aboyaient dessus de façon lugubre. Un chambellan guindé m'attendait à l'une des entrées du Palais, et me guida, en silence, au travers de ces énormes caisses architectoniques.
Au milieu de la disproportion de lignes et de perspectives, ce serviteur impérial qui me précédait, auto suffisant et pomponné, n'était qu'une brindille resplendissante, une petite pierre de la mosaïque démesurée qui m'entourait. Nous descendîmes des perrons chaque fois plus sombres jusqu'à la dernière et à la plus profonde cavité latérale du Palais. Nous nous vîmes entourés de murs moisis, suintants d'humidité et d'odeur de fièvre. Je demandai au chambellan où il me conduisait ; ce à quoi il répondit simplement :
— On y est presque, protosébaste 1. Le condottiere attend...

***

Chloé nous propose sa traduction :

Le Palais Impérial de Constantinople avait la somptuosité brutale d’une hallucination. Tout en lui était recherché et exagéré : de gigantesques salles de marbre, de jaspe et de quartz contrastaient avec la brillante polychromie des mosaïques au fond bleu et aux motifs dorés en lutte chromatique, nuancées par la lumière filtrée par l’albâtre, qui imprégnait tout d’un ton ocre mat. Les plafonds des salles, surchargés, malmenés par le poids des ornements, pesaient sur des colonnes aux beaux chapiteaux.
Chambellans et hauts dignitaires, engoncés dans de la soie et couverts de broderies d’or, se traînaient, étincelants comme des vers luisants, à travers ses salons et couloirs.
Ce matin de l’an mille trois cent deux de Notre Seigneur, moi, Ramón Llull j’avais traversé les rues de Constantinople escorté par une douzaine de féroces pillards, vêtus de peaux de bêtes et armés jusqu’aux dents.
Le contraste pouvait être amusant.
Constantinople était une agglomération bigarrée, avec un mélange d’odeurs saturé et pénétrant ; une énorme ville tortueuse et boueuse, avec de vieilles et misérable huttes en bois appuyées contre les murs d’impressionnants palais de marbre. Dans un mariage absurde de raffinement et de saleté, la soie brillante des costumes des courtisans qui ralentissaient le pas pour nous observer, semblait maculée, au niveau des ourlets, de boue et d’excréments de chiens errants qui aboyaient lugubrement vers nous.
Un chambellan guindé m’attendait devant l’une des entrées du Palais, et me guida, en silence, à travers ces énormes caissons architectoniques.
Dans la disproportion des lignes et des perspectives, ce serviteur impérial qui me précédait, suffisant et pompeusement vêtu, n’était plus qu’un brin rutilant, une petite pierre de l’immense mosaïque qui m’entourait.
Nous descendîmes par des escaliers de plus en plus obscurs, jusqu’à la dernière et plus profonde galerie latérale du Palais. Nous nous vîmes cernés de murs moisis, suintants l’humidité et dégageant une odeur de fièvre. Je demandai au chambellan où il me conduisait, ce à quoi il répondit simplement :
— Nous sommes presque arrivés, protosébaste. Le condottiere attend…

***

Morgane nous propose sa traduction :

Le Palais Impérial de Constantinople possédait l’outrageuse somptuosité d’une hallucination. Tout en lui était recherche et excès, avec de gigantesques salles de marbre, jaspe et quartz contrastant avec la brillante polychromie des mosaïques au fond bleu et aux motifs dorés en variante chromatique ; nuancés par la lumière filtrée par l’albâtre, qui imprégnait tout d’un ton ocre mate. Les toits des salles, surchargés, condamnés par le poids des décors, s’effondraient sur des colonnes recouvertes de beaux chapiteaux.
Chambellans et hauts dignitaires, recouverts de cire et enrobés de broderie d’or, se traînaient luisants, tels des vers lumineux, à travers leurs salons et couloirs.
Ce matin de l’année de Notre Seigneur de mille trois cent deux, moi, Ramón Llull avait traversé les rues de Constantinople escorté d’une douzaine de rudes mercenaires au service de la couronne catalano-aragonaise , vêtus de peaux de bêtes et chargés d’armes. Le contraste pouvait résulter divertissant. Constantinople était une agglomération bigarrée, avec un mélange d’odeur saturée et pénétrante ; une énorme ville déformée et bourbeuse, avec des vieilles et misérables huttes de bois appuyées contre les murs des impressionnants palaces de marbre. Avec un absurde mélange de raffinement et de saleté, la soie brillante des costumes des courtisans qui retenaient leur pas pour observer, était éclaboussé, dans la partie basse, de boue et de selles de chien vagabonds qui nous aboyaient dessus lugubrement.
Un chambellan guindé m’attendait à une des entrées du Palais, et me guida, en silence, à travers quelques énormes couloirs architecturaux. Dans la disproportion des lignes et des perspectives, ce serviteur impérial qui me suivait, satisfait de sa personne et pomponné, n’était qu’un souffle étincelant, une petite pierre de l’énorme mosaïque qui m’entourait. Nous descendîmes à travers des perrons de plus en plus obscures jusqu’au dernier et plus profond effondrement latéral du Palais. Nous nous vîmes entourés de murs moisis, pleine d’humidité et d’odeur de fièvre. Je demandai au chambellan où il me conduisait ; ce à quoi il répondit simplement :
— Nous sommes déjà près, protosebastos. Le condotiero est dans l’attente.

***

Alexandra nous propose sa traduction :

Le Palais Impérial de Constantinople possédait la somptuosité brutale d'une hallucination. Tout ce qui se trouvait à l’intérieur était recherché et exorbitant ; des gigantesques salles en marbre, en jaspes et quartz contrastaient avec la polychromie brillante des mosaïques au fond bleu et des motifs dorés en lutte chromatique, nuancés par la lumière filtrée par l'albâtre, qui imprégnait tout d'un ton ocre mat. Les plafonds des salles, surchargés et accablés par le poids des ornements, s'écroulaient sur les colonnes aux beaux chapiteaux.
Les chambellans et les hauts dignitaires, drapés de soie et enveloppés de broderies en or, se trainaient étincelants, comme des vers lumineux, à travers les salons et les couloirs.
Ce matin-là de l'année de Notre Seigneur, l’an mille trois cent deux, moi, Ramon Llull, j'avais traversé les rues de Constantinople escorté par une douzaine de soldats féroces, vêtus de peaux de bêtes et portant des armes.
Le contraste pouvait être amusant.
Constantinople était une agglomération bigarrée, avec un mélange saturé et pénétrant d'odeurs; une énorme ville alambiquée et bourbeuse, avec de misérables cabanes en bois appuyées contre les murs impressionnants des palais en marbre. Avec un absurde mélange de raffinement et de saleté, la soie brillante des habits des hommes de la cour, lesquels arrêtaient le pas pour nous observer, avait été éclaboussée, en bas, par la boue et par les selles de chiens vagabonds qui nous aboyaient lugubrement.
Un chambellan tendu m'attendait à une des entrées du Palais, et il me guida, en silence, à travers ces énormes blocs architectoniques. Dans la disproportion de lignes et de perspectives, ce serviteur impérial qui me précédait, heureux et pomponné, était seulement un brin brillant, une petite pierre de l'énorme mosaïque qui m'entourait.
Nous descendîmes des escaliers de plus en plus obscures jusqu'au dernier et au plus profond souterrain du Palais. Nous nous retrouvâmes entourés par des murs moisis, suintant l'humidité et qui sentait la fièvre. Je demandai au chambellan où il me conduisit; ce à quoi il me répondit simplement :
- Nous sommes tout près, protosebasto1. Le condottière attend...

lundi 1 février 2010

Résultats du sondage : « L'épaisseur d'un livre est-elle un critère d'achat ? »

Sur 23 votants, nous obtenons les résultats suivants :

Oui = 9 voix (39%)
Non = 14 voix (60%)

Quel que soit notre avis personnel (une majorité estime manifestement qu'un livre est un livre, a fortiori un bon livre, par-delà sa longueur…), il faut certainement tenir compte de ce critère quand vous choisirez un texte à présenter à un éditeur pour votre vraie première traduction pro… car peut-être que lui aussi sera sensible à cet argument.

Références culturelles, 357 : Cocido madrileño

En photo : Cocido Madrileño - Madrilene Stew, par Justin Metz

El cocido madrileño
une idée de Laëtitia Sw.

http://www.doitinspain.com/Frances/cocido.php

Exercice de version, 73

Los mares de cereal desplegaban su áureo manto sobre las tierras monótonas y pobres de la provincia de Ávila. El Seat Toledo de color negro aminoró la marcha al pasar frente al cementerio de un pueblecito castellano, Horcajo de las Torres. Estaba en un terreno algo apartado del pueblo propiamente dicho. Lo circundaba una tapia blanqueada con cal, sólo abierta en una amplia puerta protegida por una verja de hierro.
El automóvil siguió avanzando hasta el pueblo y se detuvo en la plaza de la iglesia. Una vez allí, el conductor, elegantemente ataviado de uniforme, descendió del vehículo y abrió la puerta trasera a sus ocupantes, un grueso obispo y un sacerdote joven. Ambos bajaron del coche con paso quedo. El viaje desde Madrid no superaba la hora y media, pero la salud del obispo estaba muy deteriorada por la edad y la acumulación de grasa. Algo mareado, dio un mal paso al salir del coche, y el chófer tuvo que tenderle la mano para evitar que cayera sobre el empedrado de la plaza.
—Antonio, por favor —dijo el obispo—, ve a un bar y compra unos refrescos. Este calor es insoportable...
El obispo sudaba copiosamente. Se descubrió y se frotó la brillante calva con la palma de la mano. El otro sacerdote, de piel clara y ojos azules, le miró con gesto de leal condescendencia.
Enseguida volvió el conductor trayendo consigo unos botellines fríos. La chica del bar salió a ver qué personaje importante había llegado al pueblo. También se asomaron para curiosear los vejetes que a esa hora de la tarde echaban su partida de dominó. Vieron cómo el obispo y el sacerdote se encaminaban a la iglesia. Ahora comprendieron, pues lo habían oído en la última misa: eran los enviados de la Santa Sede para el proceso de canonización de don Higinio, quien fuera párroco de Horcajo de las Torres hasta su muerte, en los comienzos de la Guerra Civil española. El obispo era, sin duda, el clérigo encargado de hacer las últimas investigaciones para demostrar si la santidad de un hombre o una mujer era merecida.

David Zurdo y Ángel Gutiérrez, 616 Todo es infierno

***

Laëtitia Sw. nous propose sa traduction :

Les mers de céréale déployaient leur manteau d’or sur les terres monotones et pauvres de la province d’Ávila. La Seat Toledo de couleur noire ralentit son allure en passant devant le cimetière d’un petit village castillan, Horcajo de las Torres. Celui-ci était situé sur un terrain quelque peu à l’écart du village proprement dit. Il était entouré par un haut mur blanchi à la chaux, seulement percé d’une large porte protégée par une grille en fer.
La voiture continua sa route jusqu’au village et s’arrêta sur la place de l’église. Une fois là-bas, son conducteur, élégamment vêtu d’un uniforme, descendit du véhicule et ouvrit la portière arrière à ses passagers, un gros évêque et un jeune prêtre. Tous les deux descendirent lentement de la voiture. Le voyage depuis Madrid n’excédait pas une heure et demie, mais l’état de santé de l’évêque se trouvait fort détérioré par l’âge et l’accumulation de graisse. Légèrement nauséeux, il fit un pas de travers en sortant de la voiture, et le chauffeur dut lui tendre la main pour lui éviter de tomber sur les pavés de la place.
— Antonio, s’il te plaît — dit l’évêque —, va dans un bar et achète des rafraîchissements. Cette chaleur est insupportable...
L’évêque transpirait abondamment. Il ôta sa coiffe et frotta son crâne luisant avec la paume de la main. L’autre, le prêtre, qui avait la peau claire et les yeux bleus, le regarda d’un air de franche condescendance.
Le conducteur revint immédiatement avec de petites bouteilles fraîches. La fille du bar sortit pour voir quelle importante personnalité était arrivée au village. Les petits vieux, qui disputaient à cette heure de l’après-midi leur partie de domino, vinrent à leur tour faire les curieux. Ils regardèrent l’évêque et le prêtre se diriger vers l’église. Alors ils comprirent ce dont il était question car ils en avaient entendu parler lors de la dernière messe : c’étaient les émissaires du Saint-Siège pour la procession de canonisation de don Higinio, qui avait été le curé de Horcajo de las Torres jusqu’à sa mort, au début de la Guerre Civile espagnole. L’évêque était, sans doute, le prélat chargé de mener les dernières investigations à même de démontrer si la sainteté d’un homme ou d’une femme était ou non méritée.

***

Laëtitia nous propose sa traduction :

Les mers de céréale déployaient leur manteau doré sur les terres monotones et pauvres de la province d’Avila. La Seat Toledo de couleur noire ralentit son allure en passant devant le cimetière d’un petit village castillan, Horcajo de las Torres. Il se trouvait sur un terrain un peu à l’écart du village à proprement parlé. Il était clôturé par un mur blanchi à la chaud qui n’était ouvert que sur une large porte protégée par une grille en fer.
L’automobile continua d’avancer jusqu’au village et s’arrêta sur la place de l’Eglise. Une fois là-bas, le conducteur, élégamment vêtu d’un uniforme, sortit du véhicule et ouvrit la porte arrière à ses occupants : un évêque bien en chair et un jeune prêtre. Ils descendirent tous deux de la voiture d’un pas silencieux. Le voyage depuis Madrid n’avait pas duré plus d’une heure et demi, mais la santé de l’évêque était très fragilisée du fait de l’âge et de l’accumulation de gras. Pris de légers vertiges, il fit un mauvais pas en sortant de la voiture, et le chauffeur dut lui tendre la main pour éviter qu’il ne tombe sur le pavage de la place.
-Antonio, s’il-te-plaît -dit le prêtre-, va dans un bar et achète-nous quelques rafraîchissements. Cette chaleur est insupportable...
L’évêque suait à grosses gouttes. Il se découvrit la tête et frotta son crâne chauve luisant avec la paume de sa main. L’autre homme d’église, à la peau claire et aux yeux bleus, le regarda d’un air déférent et fidèle. Le conducteur revint aussitôt avec des canettes fraîches. La fille du bar sortit pour voir quel personnage important était arrivé au village. Les vieux qui à cette heure de l’après-midi jouaient leur partie de domino se montrèrent aussi pour jeter un œil. Ils virent l’évêque et le prêtre se diriger vers l’église. Ils comprirent alors, ce qu’ils avaient entendu à la dernière messe : ils étaient les envoyés du Saint-Siège pour le processus de canonisation de don Higinio, qui avait été membre de la paroisse de Horcajo de las Torres jusqu’à sa mort, au début de la Guerre Civile espagnole. L’évêque était, sans doute, le clerc chargé de faire les dernières recherches pour démontrer que la sainteté d’un homme ou d’une femme était ou non méritée.

***

Marie G. nous propose sa traduction :

Les champs de céréales dépliaient leurs manteaux dorés sur les pauvres terres monotones de la province d’Avila. La Seat Toledo de couleur noire se mit à ralentir quand elle passa devant le cimetière d’un petit village castillan, Horcajo de las Torres. Il se trouvait sur un terrain quelque peu éloigné dudit village. Il était entouré d’un mur blanchi à la chaux, dont la seule ouverture était un large portail protégé par une grille en fer.
L’automobile continua d’avancer jusqu’au village et s’arrêta sur la place de l’église ; une fois arrivé, le conducteur, portant de manière élégante un uniforme, descendit de la voiture et ouvrit la portière de derrière à ses occupants, un évêque grassouillet et un jeune curé. Tous les deux sortirent de la voiture tranquillement. Le voyage depuis Madrid ne durait pas plus d’une heure et demie, mais la santé de l’évêque avait empiré à cause de l’âge e de l’accumulation de graisses. Un peu étourdi, il fit un mauvais pas en descendant de la voiture et le chauffeur dut lui tendre la main pour éviter qu’il ne tombe sur les pavés de la place.
— Antonio, s’il te plait –dit l’évêque-, va dans un bar et achète des boissons rafraichissantes. Cette chaleur est insupportable…
L’évêque transpirait énormément. Il se découvrit et frotta son brillant crâne chauve avec la paume de sa main. L’autre curé, à la peau claire et aux yeux bleus, le regarda avec un air de condescendance loyale. Le conducteur revint tout de suite avec des petites bouteilles fraiches. La serveuse du bar sortit voir quel était le personnage important qui venait d'arriver au village. Les petits vieux aussi pointèrent le bout de leur nez car c’est à cette heure-là qu’ils jouaient aux dominos. Ils observèrent comment l’évêque et le curé se dirigeaient vers l’église. Ils comprirent aussitôt, car ils en avaient entendu parler à la dernière messe : c’étaient les envoyés du Saint-Siège pour le processus de canonisation de don Higinio, qui fut prêtre de la paroisse de Horcajo de las Torres jusqu’à sa mort, au début de la Guerre Civile Espagnole. L’évêque était sans doute le clerc chargé de s’occuper des dernières recherches pour démontrer si la sainteté de tel homme ou telle femme était méritée.

***
Julie V. nous propose sa traduction :

Les mers de céréales déployaient leur manteau doré par-dessus les terres monotones et pauvres de la province d’ Ávila. La Seat Toledo noire ralentit l’allure en passant devant le cimetière d’un petit village castillan, Horcajo de las Torres. Il se trouvait sur un terrain un peu éloigné du village proprement dit. Un mur blanchi à la chaux l’entourait, ce mur n’était ouvert que par une large porte protégée par une grille en fer. L’auto continua d’avancer jusqu’au village et s’arrêta sur la place de l’église. Une fois arrivé là, le conducteur, élégamment paré en uniforme, descendit du véhicule et ouvrit la portière arrière à ses occupants, un gros évêque et un jeune prêtre. Tous deux descendirent de la voiture d’un pas tranquille. Le voyage depuis Madrid ne durait pas plus d’une heure et demie, mais la santé de l’évêque était bien détériorée en raison de son âge et de l’accumulation de graisse. Un peu nauséeux, il eut un mauvais mouvement en sortant de la voiture, et le chauffeur dut lui tendre la main pour éviter qu’il ne tombât sur les pavés de la place.
_ Antonio, s’il te plaît –dit l’évêque- va dans un bar et achète des rafraîchissements. Cette chaleur est insupportable… L’évêque suait à grosses gouttes. Il ôta son chapeau et frotta son crâne chauve brillant de la paume de la main. L’autre prêtre, à la peau claire et aux yeux bleus, le regarda d’un air de loyale condescendance.
Aussitôt le conducteur revint rapportant avec lui des petites bouteilles froides. La fille du bar sortit voir quelle personnalité était arrivée au village. Les vieux aussi rappliquèrent pour épier car à cette heure de l’après-midi ils faisaient leur partie de domino. Ils virent de quelle façon l’évêque et le prêtre se dirigeaient vers l’église. Alors ils comprirent, car ils l’avaient entendu lors de la dernière messe : c’étaient les envoyés du Saint-Siège pour la canonisation de don Higinio, qui fut curé de Horcajo de las Torres jusqu’à sa mort, au début de la Guerre Civile espagnole. L’évêque était, sans doute, l’autorité religieuse chargée de faire les dernières recherches pour démontrer si la sainteté d’un homme ou d’une femme était méritée.

***
Morgane nous propose sa traduction :

Les mers de céréales déployaient leur grande cape dorée sur les terres monotones et pauvres de la province d’Avila. La Seat Toledo de couleur noire ralentit la marche en passant face au cimetière d’un hameau castillan du nom de Horcajo de las Torres. Il se trouvait sur un terrain un peu éloigné du hameau proprement dit. Il était entouré d’un mur blanchi à la chaux, ouvert seulement par une large porte protégée par une grille de fer. L’automobile continua en avançant jusqu’au village et s’arrêta sur la place de l’église. Une fois là-bas, le conducteur, élégamment paré d’un uniforme, descendit du véhicule et ouvrit la porte arrière à ses passagers, un corpulent évêque et un jeune prêtre. Tous deux descendirent de la voiture d’un pas posé. Le voyage depuis Madrid ne dépassait pas l’heure et demie, mais la santé de l’évêque était affectée par l’âge et l’accumulation de graisse. Un certain malaise, lorsqu’il fit un faux pas en sortant de la voiture, et le chauffeur dut lui tendre la main pour éviter qu’il ne tombe sur le pavement de la place.
– Antonio, s’il-te-plais – dit l’évêque-, va à un bar et achète quelques rafraichissements. Cette chaleur est insupportable. .. L’évêque suait abondamment. Il se découvrit et frotta sa brillante calvitie de la paume de la main. L’autre prêtre, peau claire et yeux bleus, le regarda avec une mimique de réelle condescendance. Le conducteur revint tout de suite en apportant avec lui quelques bouteilles fraiches. La fille du bar sortit pour voir quel personnage important était arrivé au village. Ils se penchèrent également pour épier les petits vieux qui, à cette heure de l’après-midi, se mettaient à leur partie de domino. Ils virent comment l’évêque et le prêtre se dirigeaient vers l’église. Ils comprenaient à présent, car ils l’avaient entendu à la dernière messe : c’étaient les envoyés du Saint Siège pour le procès en canonisation de monsieur Higinio, qui fut curé de la paroisse de Horcajo de las Torres jusqu’à sa mort, dans les débuts de la Guerre Civile Espagnole. L’évêque était, sans doute, le prêtre chargé d’effectuer les dernières recherches afin de démontrer si la sainteté d’un homme ou d’une femme était méritée.

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Marie G. nous propose sa traduction :

Les champs de céréales dépliaient leurs manteaux dorés sur les pauvres terres monotones de la province d’Avila. La Seat Toledo de couleur noire se mit à ralentir quand elle passa devant le cimetière d’un petit village castillan, Horcajo de las Torres. Il se trouvait sur un terrain quelque peu éloigné dudit village. Il était entouré d’un mur blanchi à la chaux, dont la seule ouverture était un large portail protégé par une grille en fer.
L’automobile continua d’avancer jusqu’au village et s’arrêta sur la place de l’église ; une fois arrivé, le conducteur, portant de manière élégante un uniforme, descendit de la voiture et ouvrit la portière de derrière à ses occupants, un évêque grassouillet et un jeune curé. Tous les deux sortirent de la voiture tranquillement. Le voyage depuis Madrid ne durait pas plus d’une heure et demie, mais la santé de l’évêque avait empiré à cause de l’âge e de l’accumulation de graisses. Un peu étourdi, il fit un mauvais pas en descendant de la voiture et le chauffeur dut lui tendre la main pour éviter qu’il ne tombe sur les pavés de la place.
— Antonio, s’il te plait –dit l’évêque-, va dans un bar et achète des boissons rafraichissantes. Cette chaleur est insupportable…
L’évêque transpirait énormément. Il se découvrit et frotta son brillant crâne chauve avec la paume de sa main. L’autre curé, à la peau claire et aux yeux bleus, le regarda avec un air de condescendance loyale. Le conducteur revint tout de suite avec des petites bouteilles fraiches. La serveuse du bar sortit voir quel était le personnage important qui venait d'arriver au village. Les petits vieux aussi pointèrent le bout de leur nez car c’est à cette heure-là qu’ils jouaient aux dominos. Ils observèrent comment l’évêque et le curé se dirigeaient vers l’église. Ils comprirent aussitôt, car ils en avaient entendu parler à la dernière messe : c’étaient les envoyés du Saint-Siège pour le processus de canonisation de don Higinio, qui fut prêtre de la paroisse de Horcajo de las Torres jusqu’à sa mort, au début de la Guerre Civile Espagnole. L’évêque était sans doute le clerc chargé de s’occuper des dernières recherches pour démontrer si la sainteté de tel homme ou telle femme était méritée.