lundi 21 mai 2012

Exercice d'écriture – le texte de Manon Tressol

Le sujet, je le rappelle, était « Depuis les yeux de mon chat » ; voici ce qu'a imaginé Manon :


Elle se tourne et se retourne. Au bruissement des draps j’ouvre un œil, elle pas encore. Elle lutte contre ce rappel récurrent du jour qui pointe, de la journée qui vient. Elle souffle et marmonne, se meut ; je ronronne. Elle m’embrasse pour se donner du courage ; je ronronne de plus belle.
Je tends une oreille, suis de loin le concert de la vaisselle, qui, une fois achevé, annoncera le commencement de son festin matinal. Je pourrai alors la rejoindre. Les cuivres se calment enfin, laissant place à ce qui réellement m’attire hors de l’édredon : le parfum sucré provenant de la table et parvenant jusqu’à mes moustaches. À pas de velours, je viens me frotter à ses mollets, désirant moi aussi goûter aux délices du petit-déjeuner. Plus elle se hâte, plus elle est maladroite : un jour elle se brûle, l’autre elle se tâche.
C’est alors que commence la course. L’eau coule, de la douche au lavabo, du lavabo à l’évier. Tentative d’association de chaussettes, échec. Une minute encore, le sac se remplit de choses et d’autres, au gré des allers et retours en trombe dans la maison. Moi, je reste tapi sur la carpette et me réjouis de ma condition. Je suis là, immobile, à savourer mon absence de contrainte. Une dernière caresse à mon attention et elle s’élance dans la ville. De la fenêtre, je la chercherai des yeux, elle, devenue forme inconnue parmi tant d’autres. Elles vont et viennent, indistinctes, et pendant qu’elles noircissent les rues, j’étire une patte, une deuxième, accrochant mes griffes aux tissus, me léchant les babines de paresse.
Toujours élégant, je me dandine vers mon écuelle, mais, soudain, une envie me prend : savoir. Savoir enfin à quoi elle s'occupe. Souvent je m'imagine que, comme le garçon de l'immeuble d'en face, chaque jour, elle se saisit d'outils en fer et coupe, colore, boucle, frise, lisse, tresse le poil humain. Puis, je me souviens de sa maladresse et réfute alors cette hypothèse. Que peut-elle faire, alors ? Je veux en avoir le cœur net. Je m'élance. La fenêtre restée entrouverte, je peux partir à sa poursuite. Je la retrouverai au son, à l'odeur, à tout ce que je connais si bien.
Je m'avance sur le rebord. Je n'avais jamais remarqué à quel point c'était haut. Je retomberai sur mes pattes, sûr. Je ferme les yeux et saute. Quatre étages, à peine un fourmillement dans les coussinets, je me sens plus fort.
Je bondis dans la rue, évite une roue, dépasse un talon, contourne un panneau publicitaire. Les bus klaxonnent, les taxis filent, les enfants me courent après. J'esquive et me faufile toujours, quand j'aperçois, se balançant selon le rythme des hanches qui l'avoisinent, le fameux sac. Je m'approche encore, je m'approche toujours, il n'y a plus de doute : c'est son odeur, c'est elle. Je retrouve un rythme tranquille pour la poursuivre de loin, quand elle s'arrête devant une porte vitrée opaque. Elle sonne, la porte s'ouvre, elle entre. Que peut-il y avoir ici ? Je fais le tour pour trouver un point de vue. Enfin, je réussis à grimper sur le balcon du premier étage. De là, je peux voir à l'intérieur. Elle est là. Assise devant des écrans, elle tapote un clavier, décroche le téléphone de temps à autres. Je ne reconnais presque pas sa voix, elle a quelque chose d'étrange, des sons inconnus sortent de sa voix. Je me concentre mieux, saisis petit à petit, et finis par comprendre tout à fait.
Un message arrive à l'écran. Elle tapote, décroche le téléphone, baragouine je ne sais quel dialecte, raccroche. Satisfaite, elle se remet à tapoter ; insatisfaite, elle se ressaisit du combiné deux, trois fois. Puis, l'écran s'emplit de choses et d'autres. Enfin, tout disparaît jusqu'à ce qu'un nouveau message arrive.
Je l'observe ainsi, tentant de comprendre la cause, le but, l'utilité. Je suis fasciné et empli d'interrogations sur ce monde étranger. Tout à coup, un mouvement. Elle se lève, se saisit de son sac. Je me rends compte alors que le soleil a commencé à baisser alors qu'il me semble être installé depuis quelques minutes à peine. Rapidement, je saute de ma place, contourne le bâtiment. Avant qu'elle ne ressorte par la porte vitrée, j'emprunte le chemin découvert ce matin à la hâte. Arrivé au pied de l'immeuble, notre immeuble, je panique : sauter quatre étages est aisé, mais comment les remonter ? Je patiente, avec l'espoir qu'un des habitants va venir ouvrir, mais non. C'est elle qui arrive la première, la mine fatiguée, la coiffure un peu défaite.
Elle me voit, s'affole, me saisit, s'empresse d'entrer, et monte les marches en me demandant pêle-mêle ce que je fais là, comment je suis arrivé ici, depuis combien de temps, si j'ai voulu m'échapper. Elle ne comprendra jamais cette journée, moi non plus, mais je viendrai toujours me frotter à ces mollets au petit-déjeuner. Et peut-être que, parmi ces dialectes, elle parlera aussi, un jour, le langage des chats...

Les Warmicusi – phrase 32

Sus ojos estaban achinados por el sol y su barba le producía tal picazón que no podía dejar de rascarse la cara mientras observaba a las mujeres con rostro de impaciencia.

Traduction temporaire :
Ses yeux étaient plissés à cause du soleil et sa barbe le démangeait tellement qu'il se grattait sans cesse le visage tout en scrutant les femmes avec impatience. 

dimanche 20 mai 2012

Les Hanaq pacha – phrases 5-6

Luego Julián se iba a Bordeaux. « Julián, el señor que conocimos cuando estuvimos en Puno »,  « En la casa de tu tía »,  había dicho ella,  y él aceptó sin pensarlo, sin recordar siquiera bien ese viaje a Puno, hacía ya tantos años.

Traduction temporaire :
Après, Julián allait à Bordeaux. « Julián, l'homme que nous avons rencontré lorsque nous étions à Puno », « chez ta tante », avait-elle dit, et quant à lui, il avait accepté sans réfléchir, sans même vraiment se rappeler ce voyage à Puno - cela faisait tellement longtemps.

Les Big bang – phrase 44

Con la coordinación propia de un movimiento mil veces ensayado, los transpolares de la COD ya habían girado y tomaron al artillero por detrás.

Traduction temporaire :
Avec une coordination digne d'une figure mille fois répétée, les transpolaires avaient déjà fait demi-tour et prirent l'artilleur à revers.

Les Pachacamac – phrase 24

Ellos sin embargo estaban acostumbrados a esos ruidos y hasta dormían con el enjambre de zancudos excitados, sin enterarse de nada.

Traduction temporaire :
Cela dit, ils étaient habitués à ces bruits et pouvaient même dormir à côté de l'essaim de moustiques déchaînés, sans se rendre compte de rien.

Les Étoiles filantes / 2 – phrase 169

Había visto en sueños durante largos años a esos hombres y mujeres tremendamente gordos,  inflados como globos,  sin facciones,  negros y brillosos como la piedra que usaban los indios para hacer flechas.

Traduction temporaire :
De longues années durant, elle avait vu dans ses rêves ces hommes et ces femmes extrêmement gros, gonflés comme des ballons, les traits du visage effacés, noirs et brillants telle la pierre dont les indiens se servaient pour fabriquer leurs flèches.

Un peu d'Amérique latine à Poitiers

journéeAL01

Version à rendre pour le 27 mai

EN EL DESPACHO DEL GOBERNADOR

El GOBERNADOR, vestido a la usanza de los conquis­tadores, conquistador él mismo, pelo y barbas en tur­bión de azafranados hilos, celestes los ojos, blanca la tez, duro el porte hidalgo, ocupa el sillón frente a la mesa, bajo la estrella del ventanuco que recoge la claridad de la alta noche, muy junto al velón, cuya luz de oro viejo le baña el rostro, y no lejos de PEDRALES, su letrado y hombre de confianza a quien dicta una carta. PEDRA­LES ocupa la otra silla del despacho y viste de letrado.
GOBERNADOR (dictando).-... Os escribo reducido a la impotencia de tener que defender con la pluma mojada en tinta de desengaños, tierras y bienes que conquisté con la espada... (Violento.) ¡No pongáis nada de eso.., o ponedlo...! Os escribo... (Indeciso.) O mejor comenzar como habíamos pensado: Ilustre señor, con ésta son dos cartas... (Vuelve a interrumpirse.) ¡Maldita sea...! ¡Guerrear..., guerrear sabía yo...! (No dice más
porque con su exclamación están a, punto de quedar en la oscuridad.)
PEDRALES. -¡Acabaréis, señor, por mellar la llama del velón! (Y esto diciendo se hace pantalla con las ma­nos para evitar que se apague.) ¡Quieta...! ¡Quieta..., lengua de oro! (Habla a la llama.) ¡Pacífica, doméstica, eclesiástica..., mal os avenís al proceloso respirar de los hombres de guerra...! (Estabilizado el velón, retoma el hilo de la carta, la pluma de ave en la mano, presto a escribir.) ... Con ésta son dos cartas... (El GOBERNA­DOR levanta un legajo de la mesa, lo abre y lee sólo para él. Un momento después.) ¿Consultáis el Memorial del Ayuntamiento a Su Majestad? Parad mientes que en ese papel se dice a fojas siete que no se han pregonado ni puesto en vigor las leyes que mandan poner en li­bertad a los indios esclavos...
El GOBERNADOR se queda absorto en su lectura. PE­DRALES calla.

Miguel Ángel Asturias, La audiencia de los confines

samedi 19 mai 2012

Version à rendre pour le 18 mai

¿Qué tenía en común con aquellas gentes que se encaramaban a un podium colectivo para que les pusieran las medallas del olimpismo? Contempló por televisión la llegada de la antorcha olímpica, la fiesta greco-catalana de recepción y lo mejor fue la espléndida muchacha que llevó la antorcha a tierra firme para que iniciara un paseo por toda España, en manos de políticos, deportistas y cualquier otra gloria local, en pos de marcar un territorio épico a la vez que zoológico. Si lo hubieran presentado como una fiesta recaudatoria de fondos para mejorar la ciudad o la especie residual celtibérica o le hubieran preguntado, al menos, si valía la pena mejorarla, Carvalho se hubiera abstenido igual, pero al menos habría aceptado el pringue de las personas, las cosas y los días, dejándose llevar por un verano más verano que los otros:

Siempre se espera un verano
mejor
y propicio para hacer
lo que nunca se hizo.

Había cantado un poeta de adolescencia contemporánea a la de Carvalho, de la que le llegaban poemas rotos que alguna vez había leído o incluso le habían leído:

No hubo fornicación
y la muchacha vive todavía.

¿De quién era? Qué más daba. La sensación de extranjería la llevaba en los huesos, como un frío intransferible, parecida a la que había sentido en los Getsemanís del franquismo, desde un exilio interior al que entonces le empujaba la obscenidad de la dictadura y ahora la inmensa, implícita presión de las multitudes olímpicas le empujaba al arcén de los coches deprimidos que no quieren correr porque han dejado de creer en la carrera. Durante diecisiete días la ciudad estaría ocupada por una amplia minoría de deportistas practicantes y por una inmensa mayoría de deportistas de palabra, pensamiento y omisión. Una ciudad ocupada por gente disfrazada de saludable puede llegar a ser insoportable y más insoportable todavía si, a causa de los Juegos Olímpicos, la ciudad se ha hecho la cirugía estética y de su rostro han desaparecido importantes arrugas de su pasado. Reyes, presidentes de repúblicas probables, la insoportable levedad del ser de todos los miembros del COI, gordos y gordas con las mochilas llenas de filosofía olímpica negados para siempre a distinguir entre los caníbales y sus víctimas y a las puertas de la ciudad acampados, en espera de su oportunidad neologizada, los paralímpicos, eufemismo de otro eufemismo, los disminuidos, para protagonizar a continuación la olimpiada de la piedad peligrosa en el marco de una sociedad que sólo se preocupa de sus disminuidos cuando consiguen meter goles con la nariz. Carvalho decidió recurrir a un sucedáneo de suicidio metafísico que había ensayado en sus tiempos de deprimido histórico, cuando debía convivir con la excelente salud del cadáver del franquismo y el general permanecía como un muñeco embalsamado en vida, sólo capaz de mover el brazo y la pistola, obstinado en permanecer en el escenario del crimen, como convidado de piedra en los escenarios de su propia obsolescencia de bárbaro primum inter pares. Vaciar una habitación, cerrarla a cal y canto, con Carvalho dentro, desnudo, sin otro nexo con el pasado y el futuro que un frigorífico lleno de alimentos populares y fantasiosos perecederos y un jamón, como recurso alimentario vinculable con la eternidad. La cultura metafísica y gastronómica de Carvalho había mejorado mucho desde sus crisis de finales de los sesenta y esta vez decidió encerrarse en su casa de Vallvidrera, puertas y ventanas selladas, incluso ranuras y rendijas, con cinta aislante. El cuerpo todo lo desnudo que exigía el verano y la angustia, pero con el breve slip que reclama el sentido del ridículo a partir de los cincuenta años y tanto en el frigorífico como en la despensa, de Chez Fauchon para arriba, sin descuidar productos gastronómicos españoles que hubieran conseguido superar con dignidad las asechanzas de la posmodernidad, que tantos estragos ha causado en la cultura del mercado del paladar.

Manuel Vázquez Montalbán, Sabotaje olímpico

***

Florian nous propose sa traduction :

Qu'avait-il en commun avec ces gens-là, qui se perchaient sur un podium collectif pour qu'on leur mette une médaille olympique? Il avait regardé à la télévision l'arrivée de la flamme olympique, la fête gréco-catalane pour l'accueillir et, le meilleur de tout, la splendide jeune fille qui avait porté la flamme jusqu'à la terre ferme pour qu'elle entame un périple à travers toute l'Espagne, dans les mains d'hommes politiques, de sportifs et de n'importe quelle autre gloire locale, en vue d'atteindre un territoire épique et zoologique à la fois. S'ils l'avaient présenté comme une cérémonie de récolte de fonds pour améliorer la ville ou l'espèce résiduelle celtibérique, ou s'ils avaient, au moins, demandé si cela valait la peine de l'améliorer, Carvalho se serait tout autant abstenu, cependant là, il aurait toléré la présence crasseuse de ces individus, les choses et les jours, se laissant porter par un été plus estival que les autres:

On espère toujours un été 
meilleur
et propice pour faire
ce qu'on a jamais fait.

Voilà ce que chantait un poète de la même tranche d'âge que Carvalho, à l'époque où lui venaient à l'esprit des poèmes en vrac qu'un beau jour il avait lu, ou plus précisément, qu'il lui avait lu: 

Il n'y a pas eu de fornication
mais la demoiselle est encore vivante.

De qui était-ce? Cela importait peu. La sensation d'extranéité s'imprégnait de lui tel un froid immuable, semblable à celle qu'il avait ressentie durant les Gethsémanis du franquisme, lorsqu'alors, c'était l'obscénité de la dictature qui le conduisait à l'exil intérieur, mais aujourd'hui, c'est l'immense, l'implicite foule olympique qui le conduisait sur le bas-côté des voitures déprimées ne voulant plus rouler parce qu'elles ont cessé de croire en la course. Dix-sept jours durant, la ville allait être occupée par une large minorité de sportifs pratiquants, et par une ample majorité n'ayant de sportif que le nom, l'esprit et l'allure. Une ville assiégée par des gens déguisés en homme de parfaite santé peut devenir insupportable, 
et d'autant plus insupportable encore si, à cause des Jeux Olympiques, la ville s'est offert une chirurgie esthétique faisant disparaître de son visage d'importantes traces du passé. Les rois et reines, les présidents des probables républiques, l'exaspérante inconstance de l'être chez tous les membres du COI, gros et grosses avec leurs sacs remplis de philosophie olympique, sans cesse incapables de distinguer les cannibales de leurs victimes, et, postés aux portes de la ville, dans l'attente de jouir d'une opportunité  créée de toute pièce, les athlètes paralympiques, euphémisme d'un autre euphémisme, les handicapés, afin par la suite, d'être les acteurs des olympiades de la piété néfaste au sein d'une société qui ne se préoccupe de ses handicapés que lorsqu'ils parviennent à mettre des buts avec le nez. Carvalho décida de recourir à un succédané de suicide métaphysique qu'il avait testé lors de sa période de déprimé historique, quand il devait cohabiter avec le cadavre en excellente santé du franquisme où le général demeurait comme un pantin embaumé dans la vie, juste capable de bouger son bras et son pistolet, entêté à perdurer sur le lieu du crime, pétrifié sur les planches de sa propre obsolescence de barbare primum inter pares. Vider une pièce, la fermer à double tour, avec Carvalho à l'intérieur, nu, sans aucune autre attache avec le passé et le futur qu'une chambre froide remplie d'aliments pouvant être liés à l'éternité. La culture métaphysique et gastronomique de Carvalho s'était beaucoup améliorée depuis ses crises de la fin des années soixante, et cette fois, il choisit de s'enfermer dans sa maison de Vallvidrera, portes et fenêtres scellées, y compris les rainures et les fentes, avec une bande isolante. Le corps aussi dénudé que l'exigeait l'été et l'angoisse, mais avec le simple slip que réclame le sens du ridicule à partir des cinquante ans, tant dans la chambre froide que dans le garde-manger, de Chez Fauchon situé plus haut, sans négliger les produits gastronomiques espagnols qui seraient parvenus à éviter avec dignité les embûches de la postmodernité, qui a causé tellement de dégâts dans la culture du marché de la saveur.

***

Justine nous propose sa traduction :

Qu’avait-il en commun avec ceux qui montaient sur un podium collectif  pour recevoir des médailles olympiques ? Il regarda à la télévision l’arrivée de la flamme olympique, la cérémonie d’ouverture gréco-catalane et le mieux fut la splendide jeune femme qui apporta la flamme sur la terre ferme pour qu’elle entame un tour d’Espagne, en passant dans les mains de politiciens, de sportifs, et de n’importe quelle autre gloire locale désireuse de marquer un territoire épique autant que zoologique. Si on avait présenté cette cérémonie comme une fête visant à collecter des fonds pour améliorer la ville ou l’espèce résiduelle celtibère, ou si au moins on lui avait demandé si cela valait la peine de la rénover, Carvalho se serait également abstenu, mais aurait néanmoins accepté la crasse des gens, des choses et des jours, en se laissant gagner par un été plus estival que les autres :

On espère toujours un meilleur été,
propice pour faire
ce que l’on n’a jamais fait.

Voilà ce qu’avait chanté un poète contemporain de Carvalho pendant son adolescence, d’où lui revenaient des bribes de poèmes qu’il avait lu un jour ou même qu’on lui avait lu :

Il n’y a pas eu fornication
et la jeune fille vit toujours.

De qui était-ce ? Peu importait. La sensation d’extranéité il la portait dans sa chair, comme un froid intransférable, semblable à celle qu’il avait ressentie dans les Gethsémanies du franquisme, depuis un exil intérieur auquel le poussait alors l’obscénité de la dictature ; et désormais l’immense pression implicite des foules olympiques, le poussait sur le bas-côté avec les voitures fatiguées : celles qui ne veulent pas courir, parce qu’elles pensent que leur carrière est terminée. Pendant dix-sept jours, la ville serait occupée par une large minorité de sportifs assidus et par une immense majorité de sportifs qui en parlent, y pensent puis oublient. Une ville envahie par des gens, déguisés en personnes saines, peut devenir insupportable et plus insupportable encore, si à cause des Jeux Olympiques, la ville a eu recours à la chirurgie esthétique et que de son visage ont disparu d’importantes rides de son passé. Des rois, de probables présidents de la république, l’insupportable légèreté de tous les membres du COI, des gros et des grosses dont les sacs à dos sont pleins de philosophie olympique, qui se refusent pour toujours à faire une différence entre les cannibales et leurs victimes et qui campent aux portes de la ville, en attendant leur opportunité néologique : les Jeux Paralympiques ; euphémisme d’un autre euphémisme, les diminués, pour prendre part ensuite aux olympiades de la pitié, dangereuses dans le cadre d’une société qui ne se préoccupe de ses citoyens handicapés que quand ils arrivent à marquer des buts avec le nez. Carvalho décida de recourir à un succédané de suicide métaphysique qu’il avait essayé lors de sa période de déprimé historique, lorsqu’il devait cohabiter avec le cadavre du franquisme en excellente santé, et que le général demeurait en vie comme un pantin embaumé, tout juste capable de bouger le bras et son pistolet, obstiné à rester sur la scène du crime, tel un convive de pierre sur les lieux de sa propre désuétude de barbare, le premier entre ses pairs. Vider une pièce, la fermer à double tour, Carvalho à l’intérieur, nu, sans autre lien avec le passé et le futur qu’un réfrigérateur rempli d’aliments populaires et de fameuses denrées périssables et d’un jambon, comme produit consommable à relier à l’éternité. La culture métaphysique et gastronomique de Carvalho, s’était grandement améliorée depuis ses crises à la fin des années soixante-dix et cette fois, il décida de s’enfermer dans sa maison de Vallvidrera, d’en sceller les portes, les fenêtres, même les rainures et les fentes, avec de l’isolant. Le corps aussi nu que l’exigeaient l’été et l’angoisse, mais avec le petit slip que réclamait le sens du ridicule à partir de cinquante ans et un réfrigérateur comme un garde-manger qui déborde de réserves de Chez Fauchon, sans oublier les produits gastronomiques espagnols qui, avaient réussi à surmonter avec dignité les embûches de la postmodernité, qui ont causé tant de dégâts dans la culture du marché du palais.

***

Danièle nous propose sa traduction :

Qu’avait-il de commun avec ces gens qui se hissaient sur un même podium pour qu’on leur remette les médailles olympiques ? Il regarda avec intérêt à la télévision l’arrivée de la flamme olympique, la fête gréco-catalane de la cérémonie d’ouverture. Le mieux, ce fut la splendide jeune fille qui porta la flamme sur la terre ferme afin qu’en plus de délimiter un territoire à la fois épique et zoologique, celle-ci commençât une promenade à travers toute l’Espagne aux mains de politiques, de sportifs et de quelconques  autres gloires locales.  Si on lui avait présenté comme une fête de collecte de fonds afin d’améliorer la ville ou l’espèce celtibérique restante ou si seulement on lui avait demandé de l’améliorer, Carvalho se serait abstenu pareillement, mais au moins il aurait accepté la crasse poisseuse des personnes, des choses et des jours, en se laissant faire par un été plus été que les autres :

On attend toujours un été
meilleur
et propice à faire
ce que l’on ne fit jamais.

Il avait chanté un poète contemporain de l’époque de son adolescence, de celle où on lui apportait des bouts de poèmes  qu’il avait quelquefois lus ou même qu’on lui avait lus :

Il n’y eut pas fornication
et la jeune fille vit toujours.

De qui était-il ? Cela importait peu. Il ressentait ,comme un froid interne jusque dans ses os, la sensation de se sentir un étranger, pareille à celle qu’il avait éprouvée dans le Jardin des Oliviers du franquisme depuis son exil intérieur où l’obscénité de la dictature le retranchait alors, et qui maintenant le poussait  sur le bas-côté des voitures démoralisées qui ne veulent plus courir car elles ont cessé de croire en la course.
 Durant dix-sept jours, la ville serait occupée par une grande minorité de sportifs pratiquants et par une immense majorité de sportifs en paroles, en pensées et par omission. Une ville occupée par des gens  déguisés en sains de corps et d’esprit  peut arriver à être insupportable et plus insupportable encore si à cause des Jeux Olympiques elle s’est fait faire de la chirurgie esthétique et que de son visage ont disparu les rides remarquables de son passé. Des rois, des présidents de républiques reconnus, l’insupportable légèreté de l’être de tous les membres du COI, des gros et des grosses aux sacs à dos remplis de philosophie olympique se refusant pour toujours à distinguer les cannibales des victimes, campés aux portes de la ville, dans l’attente d’une opportunité néologique, les pseudolympiques, euphémisme d’un autre euphémisme, les diminués, pour prôner tout de suite l’olympiade de la pitié dangereuse dans le cadre d’une société qui se préoccupe de ses diminués seulement quand ils réussissent à marquer des buts avec le nez.
Carvalho décida de recourir à un succédané de suicide métaphysique qu’il avait essayé lors de sa période de déprimé historique, quand il devait cohabiter avec l’excellente santé du cadavre du franquisme et que le général subsistait comme un pantin embaumé en vie, capable seulement de remuer le bras et le pistolet, comme un invité de pierre dans les scènes de sa propre péremption de barbare primum inter pares .
Vider une chambre, la fermer à double tour, avec Carvalho à l’intérieur, nu, sans autre lien avec le passé et le futur  qu’un frigidaire rempli d’aliments courants et fantaisistes périssables et avec un jambon comme recours alimentaire lié pour l’éternité. La culture métaphysique et gastronomique de Carvalho s’était beaucoup améliorée depuis ses crises de la fin des années soixante et cette fois, il décida de s’enfermer dans sa maison de Vallvidrera, portes et fenêtres scellées jusqu’aux rainures et aux fentes avec du ruban isolant. Le corps complètement nu qui exigeait l’été et l’angoisse, mais avec un simple slip qu’appelle le sens du ridicule à partir de cinquante ans, et tant dans le frigidaire que dans le garde à manger, de chez Fauchon , pour l’extra, sans oublier des produits gastronomiques espagnols qui eussent réussi à surmonter avec dignité les pièges de la post-modernité qui ont causé tant de ravages dans la culture du marché du goût.

***

Manon nous propose sa traduction :


Qu’avait-il en commun avec ces gens qui grimpaient sur le podium collectif pour se voir remettre les médailles olympiques ? Il contempla à la télévision l’arrivée du flambeau olympique, la cérémonie gréco-catalane, et le meilleur fût lorsque cette fille splendide apporta le flambeau à bon port pour que débute un relais à travers toute l’Espagne, passant par les mains de politiques, de sportifs et de quelque autre représentant de la gloire locale, dans le but de marquer un territoire épique et zoologique à la fois. S’ils lui avaient présenté comme une fête de collecte de fonds pour améliorer la ville ou l’espèce résiduelle celtibérique, ou s’ils lui avaient demandé, au moins, si cela valait la peine de l’améliorer, Carvalho se serait abstenu tout autant, mais il aurait au moins accepté la crasse des gens, des choses et des jours, en se laissant aller à un été plus estival que les autres :


Toujours l’on attend un été
meilleur
et propice pour faire
ce que l’on n’a jamais fait.

Carvalho avait chanté les paroles d’un poète contemporain de son adolescence, d’où lui venaient des poèmes déchirés qu’il avait lus une fois ou même qui, eux, avaient lu en lui :

Il n’y eut aucune fornication,
la fille vit encore.

De qui était-ce ? Peu importait. Une sensation étrange lui parcourait les os, comme un froid intransmissible, pareille à celle qu’il avait ressentie dans les Gethsémanis du franquisme, depuis l’exil intérieur auquel l’avait alors poussé l’obscénité de la dictature. Aujourd’hui, la pression immense et implicite de la foule olympique le poussait sur le bas-côté, celui des voitures déprimées qui ne veulent plus courir parce qu’elles n’ont plus foi en la course. Dix-sept jours durant, la ville serait occupée par une grande majorité de sportifs pratiquants et par une majorité de sportifs de parole, de pensée et d’omission. Une ville occupée par des gens déguisés en personnes salutaires peut devenir insupportable, et plus insupportable encore si, en raison des Jeux Olympiques, cette ville est passé par la chirurgie esthétique et que d’importantes rides de son passé ont disparu de son visage. Rois, présidents de la République potentiels, l’insoutenable légèreté de l’être de tous les membres du CIO, gros et grosses aux sacs remplis de philosophie olympique, incapables de distinguer à jamais les cannibales de leurs victimes et, aux portes de la ville, campés dans l’attente de leur chance néologisée, les paralympiques, euphémisme d’un autre euphémisme, les handicapés, sont là pour continuer à être les acteurs de l’olympiade de la piété, dangereuse dans le cadre d’une société qui se préoccupe de ses handicapés seulement lorsqu’ils réussissent à mettre des buts avec leur nez. Carvalho décida d’avoir recours à un succédané de suicide métaphysique qu’il avait expérimenté pendant ses périodes de déprime historique, lorsqu’il devait vivre avec une excellente santé de cadavre du franquisme et que le général restait comme une poupée embaumée vivante, seulement capable de bouger le bras et le pistolet, obstiné à persister dans le scénario du crime, pétrifié dans les scénarios de sa propre obsolescence de barbare primum inter pares. Vider une pièce, la fermer à double tour, Carvalho à l’intérieur, nu, sans autre lien avec le passé ou le futur qu’un réfrigérateur rempli d’aliments populaires, de prétentieux périssables et d’un jambon comme ressource alimentaire potentiellement liée à l’éternité. La culture métaphysique et gastronomique de Carvalho s’était beaucoup améliorée depuis ses crises de la fin des années soixante, et, cette fois, il décida de s’enfermer dans sa maison de Vallvidrera, portes et fenêtres scellées, fentes et rainures comprises, avec du ruban isolant. Il était le corps aussi nu que l’exigeaient l’été et l’angoisse, avec tout de même un petit slip qui nécessite d’avoir le sens du ridicule à partir des cinquante ans, et dans le réfrigérateur comme dans le garde-manger, au-delà de Chez Fauchon, il ne négligeait pas les produits gastronomiques espagnols qui eussent réussi à dépasser avec dignité les pièges de la postmodernité qui a causé tant de ravages dans la culture du marché du goût.

vendredi 18 mai 2012

Le poème du vendredi

Sor Juana Ines de la Cruz

DE UNA REFLEXIÓN CUERDA CON QUE MITIGA EL DOLOR DE UNA PASIÓN

Con el dolor de la mortal herida,
de un agravio de amor me lamentaba,
y por ver si la muerte se llegaba
procuraba que fuese más crecida.
Toda en el mal el alma divertida,
pena por pena su dolor sumaba,
y en cada circunstancia ponderaba
que sobraban mil muertes a una vida.
Y cuando, al golpe de uno y otro tiro
rendido el corazón, daba penoso
señas de dar el último suspiro,
no sé con qué destino prodigioso
volví a mi acuerdo y dije: ¿qué me admiro?
¿Quién en amor ha sido más dichoso?

Références culturelle : Andrés Bello

De qui s'agit-il ?

mercredi 16 mai 2012

Question de civilisation

Qu'est-ce que le « Traité d'Adams-Onís » ? (Mexique)

mardi 15 mai 2012

La chanson du mardi – choisie par Elena


Orquestas Infantiles y Juveniles de Venezuela :


Plus d'information :



Les Étoiles filantes / 2 – phrase 168

Ella no quería observarlas, porque eran idénticas a las figuras de sus pesadillas.

Traduction temporaire :
Étant identiques aux figures de ses cauchemars, elle refusait de les observer.

Les Hanaq pacha – phrase 4

La madre de M le pidió que lo aloje por unos días en París. 

Traduction temporaire :
La mère de M lui a demandé de l'héberger quelques jours à Paris.

lundi 14 mai 2012

Les Warmicusi – phrases 30-31

¡Nadie podía creerlo!, ¡don Tálamo se había levantado! Estaba con un pantalón hasta las rodillas y un bivirí mojado por el sudor que hacía notar de una manera evidente su gran vientre.

Traduction temporaire :
Personne n'en croyait ses yeux ! Don Tálamo s'était levé ! Il était vêtu d'un pantalon qui s'arrêtait aux genoux et d'un marcel trempé de sueur qui faisait ressortir son ventre bedonnant.

Les Aurores boréales – phrase 7

Meditaba estas cosas cuando cesé de caminar ya frente al ascensor de casa, una vez dentro, para que eche a andar debía colocarme de nuevo el versor de energía e imaginar algo bonito, por ejemplo ensayé con un bodegón de Galup Collazos con fruta del trópico,  cebollas partidas, taja de limón, berenjenas tiernas y compota de acero para canela y clavo de olor; funcionó, eso fue suficiente para que el ascensor despegue y alcance con sobra el octavo piso, pero aún faltaban minutos de viaje para llegar a mi departamento y sucedió que bordeando el piso noventa tuve otra vez este bajón de calidad imaginativa, porque me encontré de pronto empañando la mediocre imagen del mismo bodegón con una columna de langostas coptas que moscardeaban el aire, Dios sabe que neurona rebelde de mis adentros la engendraba y el ascensor, muy sensible, respondió a mis visiones,  desacelerando a niveles extremos y desafiando con entrar en caída libre.

Traduction en cours d'élaboration dans les commentaires :
J’étais en train de méditer sur ces choses-là lorsque je me suis arrêté devant l’ascenseur de l’immeuble. À l'intérieur, pour le mettre en marche, je devais me rééquiper de mon transmetteur d'énergie et imaginer quelque chose de beau : par exemple, j'ai tenté ma chance avec une nature morte de Galup Collazos représentant des fruits exotiques, des oignons émincés, une rondelle de citron, de tendres aubergines et une compote d'azeroles avec de la cannelle et des clous de girofle ; ça a marché. Du moins cela a suffi pour que l'ascenseur se mette en route et atteigne sans encombres le huitième étage. Seulement là, il restait encore plusieurs minutes de voyage pour que j'arrive à mon appartement ; or, aux abords du quatre-vingt dixième étage, j'ai de nouveau été victime d'une perte de qualité de mes facultés d'imagination. En effet, j’ai soudain terni la médiocre image de ladite nature morte avec une rangée de langoustes coptes qui brassaient l’air – Dieu sait quel neurone récalcitrant de mon for intérieur la générait – et l’ascenseur, d'une grande sensibilité, a réagi à mes visions en ralentissant brutalement et en menaçant de tomber en chute libre.

Exercice d'écriture – pour le 21 mai



Ce travail est destiné à celles et ceux qui souhaitent s'entraîner pour le test d'entrée du Master 2 « métiers de la traduction » de Bordeaux 3… et au-delà,  aux Tradabordiens qui ont envie d'écrire et de faire lire leur texte.


Sujet n°4 : Depuis les yeux de mon chat
(il s'agira de raconter l'une de vos journées ordinaires… mais depuis la perspective des yeux de votre chat, réel ou imaginaire)

Exercice d'écriture pour le 13 mai

Sujet n°3 : Vous écrirez la suite de ce texte, en respectant toutes ses particularités – ton, registre de langue… argumentation.

MONSIEUR,

Depuis Bonifacio au cap Corse, depuis Ajaccio à Bastia, ce n'est qu'un chorus d'imprécations contre vous. Vos amis se cachent, vos parents vous désavouent, et le sage même, qui ne se laisse jamais maîtriser par l'opinion populaire, est entraîné cette fois par l'effervescence générale.
Qu'avez-vous donc fait ? Quels sont donc les délits qui puissent justifier une indignation si universelle, un abandon si complet ? C'est, monsieur, ce que je me plais à rechercher, en m'éclairant avec vous.

***
Le texte de Justine :

MONSIEUR,

Depuis Bonifacio au cap Corse, depuis Ajaccio à Bastia, ce n'est qu'un chorus d'imprécations contre vous. Vos amis se cachent, vos parents vous désavouent, et le sage même, qui ne se laisse jamais maîtriser par l'opinion populaire, est entraîné cette fois par l'effervescence générale.
Qu'avez-vous donc fait ? Quels sont donc les délits qui puissent justifier une indignation si universelle, un abandon si complet ? C'est, monsieur, ce que je me plais à rechercher, en m'éclairant avec vous.
En effet, après moultes réflexions, j’ai toujours autant de questions qui me viennent à l’esprit, quels faits aussi condamnables qu’innommables pouvez-vous donc avoir commis ?
Auriez-vous séquestré quelqu’un ? Provoqué un incendie criminel ? Perpétré une série de meurtres ?...
Nous nous connaissons somme toute assez peu, mais j’ai malgré tout du mal à voir en vous un psychopathe, un pyromane, un assassin. Je ne peux d’ailleurs me résoudre à en juger sans avoir connaissance des faits précis et accablants qui vous sont imputés.
En tant qu’avocat, une autre question me taraude :
Si vous êtes innocent, pourquoi laisser le monde entier proférer des ignominies à votre encontre et leur donner raison sans vous défendre ? Pourquoi les laisser entacher votre réputation et vous détruire ?
Si au contraire, vous êtes coupable de graves méfaits, révélez-moi ce dont il s’agit si vous souhaitez que je puisse vous aider dans l’épreuve que vous traversez, car à en juger par toutes ces rumeurs et ces clameurs, vous ne bénéficiez d’aucun soutien puisque tout le monde vous renie. Vous êtes donc seul envers et contre tous. Or, c’est au moment le plus critique que j’aime à intervenir pour tenter de sauver ce qui peut l’être.
Dans l’attente de votre réponse, soyez assuré Monsieur, de mon intervention si vous la sollicitez.
Veuillez agréer l’expression de mes salutations distinguées.

X

vendredi 11 mai 2012

Le poème du vendredi – choisi par Elena

LA VIDA ES SUEÑO - JORNADA III - ESCENA XIX


SEGISMUNDO

Es verdad, pues: reprimamos
esta fiera condición,
esta furia, esta ambición,
por si alguna vez soñamos.
Y sí haremos, pues estamos
en mundo tan singular,
que el vivir sólo es soñar;
y la experiencia me enseña,
que el hombre que vive, sueña
lo que es, hasta despertar.

Sueña el rey que es rey, y vive
con este engaño mandando,
disponiendo y gobernando;
y este aplauso, que recibe
prestado, en el viento escribe
y en cenizas le convierte
la muerte (¡desdicha fuerte!):
¡que hay quien intente reinar
viendo que ha de despertar
en el sueño de la muerte!

Sueña el rico en su riqueza,
que más cuidados le ofrece;
sueña el pobre que padece
su miseria y su pobreza;
sueña el que a medrar empieza,
sueña el que afana y pretende,
sueña el que agravia y ofende,
y en el mundo, en conclusión,
todos sueñan lo que son,
aunque ninguno lo entiende.

Yo sueño que estoy aquí,
destas prisiones cargado;
y soñé que en otro estado
más lisonjero me vi.
¿Qué es la vida? Un frenesí.
¿Qué es la vida? Una ilusión,
una sombra, una ficción,
y el mayor bien es pequeño;
que toda la vida es sueño,
y los sueños, sueños son.


Pedro Calderón de la Barca, 1636-1673

Question de lexique

Que signifie le mot = CONVOLUTÉ ?

mercredi 9 mai 2012

Question de lexique

Qu'est-ce que la = NOUAISON ?

Les Hanaq pacha – phrase 3

Julián está sentado frente a él, con una mochila negra inmensa entre las piernas, en silencio, y una sonrisa detenida en la cara.

Traduction temporaire :
Julián est assis en face de lui, un énorme sac à dos noir entre les jambes, silencieux et un sourire figé sur le visage.

Les Big bang – phrases 42-43

—¡Salimos!
Y los cuatro últimos cruceros que cubrían al cañón defensor despejaron el área, dejando al atacante sólo y abierto en el espacio, al descubierto.

Traduction temporaire :
— C'est parti !
Là, les quatre derniers croiseurs qui protégeaient le canon de défense nettoyèrent le terrain, laissant l’attaquant seul et exposé, suspendu dans les airs.

Les Étoiles filantes / 2 – phrases 166-167

Eran meros vislumbres. Fugaces.

Traduction temporaire :
Ce n'était que de vagues lueurs. Éphémères.

Les Warmicusi – phrase 29

Siguieron paradas por más de veinte minutos y los toques a la puerta, fueron cada vez más fuertes. Hasta que lo vimos aparecer.

Traduction temporaire :
Elles restèrent là pendant vingt bonnes minutes, frappant de plus en plus fort contre la porte. Jusqu'à ce que, finalement, il fasse son apparition.

Les Étoiles filantes / 2 – phrase 165

Es posible que los otros habitantes del tren —sus compañeros muertos—, que estaban con los ojos perdidos en las ventanas, mirasen esas cosas.

Traduction temporaire :
Sans doute les autres occupants du train – ses compagnons morts –, dont le regard était perdu vers les fenêtres, contemplaient-ils ces choses.

Les Pachacamac – phrase 23

Pablo el menor era el más jovial de los dos hermanos,  por tal,  viendo que Rogelio andaba arisco le contaba anécdotas para distraerlo y a éste que le encantaba las “chacotas” de su hermano se reía hasta de los mosquitos que volaban sobre sus cabezas haciendo un remolino de zumbidos que podía exasperar a cualquier humano.

Traduction temporaire :
Pablo, le cadet, était le plus jovial des deux. Aussi, quand il voyait que Rogelio était de mauvaise humeur, il lui rapportait des anecdotes pour le distraire, sachant bien que ses « blagounettes » plaisaient beaucoup à son frère, qui en venait même à rire des moustiques qui volaient au-dessus de leurs têtes dans un tourbillon de bourdonnements qui aurait exaspéré n'importe quel être humain.

Les Voies lactées – phrase 31

Zappi sintió que el mundo se le ponía de cabeza, no estaba preparado para sentir sabor en sus papilas gustativas.

Traduction temporaire :
Zappi en eut la tête à l'envers : il n'était pas prêt à percevoir une saveur sur ses papilles gustatives.

mardi 8 mai 2012

La chanson du mardi – choisie par Elena

Hoy se respira viento sur
ese que nace del frío
horno de barro calienta el sol
de los lugares perdidos.

Vuelve la calma de tu voz
con la corriente del río
manto de cielo sobre el tendal
teje tu nombre y el mío.

Campo de colores se cubre en tu luz
deja la lluvia caer,
riega los suelos del sur
moja la nueva cosecha que vendrá.

Tu cuerpo calma mi dolor
y se dibuja el camino
manto de cielo sobre el tendal
teje tu nombre y el mío.

Les Warmicusi – phrases 27-28

No entendíamos cómo no caían desmayadas por el sol. Sin embargo, seguían paradas imperturbablemente y la niña movía un brazo entre la manta que una de ellas llevaba en la espalda y lo más notorio era su moño rojo. 

Traduction temporaire :
Nous étions étonnés qu'elles ne s'évanouissent pas sous le poids de la touffeur. Et pourtant non, elles ne bougeaient pas, imperturbables. Quant à la petite fille, elle agitait un bras hors de la couverture qu'une des femmes portait dans le dos. On ne voyait guère plus que le rouge du ruban dans ses cheveux.

Les Étoiles filantes / 2 – phrase 164

Por la noche, fuera de las ventanillas y siempre al borde de su visión, se asomaban cosas.

Traduction temporaire :
La nuit, au-delà des fenêtres et toujours au bord de son champ de vision, des images surgissaient.

Question de lexique

Que signifie le mot = CAUTELEUX ?

Les Warmicusi – phrase 26

Pacientemente, seguían paradas fuera. 

Traduction temporaire :
Patientes, elles attendaient toujours, debout dehors.

Les Big bang – phrase 41

En un determinado momento,  uno de los artilleros enemigos se cuadró para un cruce profundo hacia la línea de fondo de la COD; en ese mismo instante,  el DT gritó por el intercomunicador:

Traduction temporaire :
À un moment donné, un des artilleurs ennemis prit son élan en vue d'une percée profonde dans la ligne arrière de la COD ; au même instant, le DT vociféra dans l’interphone :

Les Étoiles filantes / 2 – phrase 163

Todos tenemos nuestras culpas y cuando se acerca el barquero éstas debe ser como puñales que se retuercen.

Traduction temporaire :
Nous avons nos fautes et lorsque le passeur approche, peut-être sont-elles comme des poignards qui torturent. 

Les Étoiles filantes / 2 – phrase 162

Ella prefería no decir infernal.

Traduction temporaire :
Elle préférait ne pas prononcer le mot infernal.

Les Hanaq pacha – phrase 2

El metro avanza lentamente en dirección de La Defense y M todavía no sabe exactamente qué decir,  si no todavía mirar el ticket dando vueltas entre sus dedos,  mirar al frente y a los lados. 

Traduction temporaire :
Le métro avance lentement vers la Défense et M ne sait toujours pas exactement quoi dire et quoi faire, s'il doit continuer à regarder son ticket tourner entre ses doigts ou regarder devant lui et sur les côtés.

Les Warmicusi – phrase 25

No podíamos dejar de mirarlas. 

Traduction temporaire :
Nous ne pouvions les quitter du regard.

Les Pachacamac – phrase 22

Los dos estaban ansiosos y durante los días que duró la preparación de su mercancía apenas podían conciliar el sueño.

Traduction temporaire :
Ils étaient impatients et les jours que dura la préparation des marchandises, ils eurent bien du mal à trouver le sommeil.

lundi 7 mai 2012

Question de lexique

Que signifie le mot = UCHRONIE ?

dimanche 6 mai 2012

Les Warmicusi – phrase 24

Sabíamos que nadie iba a salir, pues muchas veces, don Tálamo ni siquiera se atrevió a levantarse cuando lo que le ofrecían era comida.

Traduction temporaire :
Nous savions que personne n'ouvrirait, car à maintes reprises déjà, don Tálamo n'avait même pas daigné se lever alors qu'on lui apportait de la nourriture.

Les Voies lactées – phrase 30

Al principio temía comerlos pero luego, al leer las instrucciones ilustradas del manual con más detenimiento, se atrevió a darles diente.

Traduction temporaire :
Au début, il avait eu peur de les manger, mais ensuite, après avoir parcouru les instructions illustrées du manuel avec davantage d’attention, il se risqua à les goûter.

Les Étoiles filantes / 2 – phrase 161

Y sólo lo llamaba cuántico porque estaba de moda, ya que el nombre que más rápido surgía de una mente angustiada era “infernal”.

Traduction temporaire :
Si elle l'appelait quantique, c'était uniquement pour employer un terme à la mode, car le qualificatif qui venait tout de suite à son esprit angoissé était « infernal ».

Les Étoiles filantes / 2 – phrase 160

De algún modo había quedado atrapada —ella sola,  porque estaba sola, a pesar de los cuerpos— en un lazo cuántico...

Traduction temporaire :
D'une manière ou d'une autre, elle avait été prise au piège – elle et rien qu'elle, car malgré les autres corps, elle était seule – dans une boucle quantique…

Les Warmicusi – phrase 23

Nosotros vimos cómo se acercaron hasta aquella puerta de madera reseca y la tocaron en repetidas ocasiones. 

Traduction temporaire :
Nous les regardâmes s'avancer jusqu'à cette porte en bois desséché et frapper de nombreuses fois.

Les Big bang – phrase 40

El DT seguía atento los movimientos de los delanteros de la AFAX, buscando el momento justo para gritar sus órdenes mientras, arriba, Vik mantenía entretenido a los cañones defensores, "¡Dios, ese muchacho tiene movimientos temerarios!", pensó.

Traduction temporaire :
Le DT suivait attentivement les actions des avants de l’AFAX, guettant le moment opportun pour hurler ses ordres tandis que Vik, devant, donnait du fil à retordre à leurs canons de défense. « Dieu que les initiatives de ce garçon sont téméraires ! », pensa-t-il.

samedi 5 mai 2012

Les Hanaq pacha – phrase 1

M tiene el ticket pequeño,  de ese color morado casi sucio, del metro de París y lo dobla y lo pasa entre sus dedos.

Traduction temporaire :
M tient à la main le petit ticket, de cette couleur violet un peu sale, du métro de Paris ; il le plie et le fait passer entre ses doigts.

Une nouvelle équipe pour le projet Pérou / C2C

Vanessa Canavesi – promo Claude Bleton du Master 2 « Métiers de la traduction » de Bordeaux 3 – et Cloé Riou – promo Aline Schulman – vont faire équipe (elles ont décidé de baptiser leur tandem Hanaq pacha, « ciel » en quechua) pour traduire la nouvelle « Uro en París » de Miguel Ángel Torres.

En route !

Les Big bang – phrase 39

Pero la línea defensiva de la COD estuvo a la altura de las circunstancias evitando las estocadas del contrincante.

Traduction temporaire :
Mais la ligne défensive de la COD fut à la hauteur des circonstances, évitant les estocades de l'adversaire.