samedi 17 septembre 2011

Version de CAPES, 11 (à rendre pour le 16 septembre)

Llevaba varias horas con él y acababa de darme cuenta de que no sabía su nombre. Me lo había dicho, incluso se había apresurado a darme su tarjeta, antes de que nos sentáramos en los taburetes del falso bar inglés en la zona de tránsitos del aeropuerto de Pittsburgh, pero yo no presté atención, o me olvidé del nombre nada más oírlo, y ahora me encontraba en la circunstancia absurda de estar recibiendo las confesiones sentimentales o sexuales de un desconocido que me llamaba por mi first name y se comportaba como si fuéramos amigos de toda la vida. As a matter of fact, como dicen aquí, nos habíamos visto por primera vez hacia las once a.m., en un puesto de prensa, o más bien él había visto sobresalir del bolsillo de mi gabardina un ejemplar atrasado de El País Internacional, e inmediatamente se había dirigido a mí en español, con la seguridad absoluta, según dijo más tarde, de que éramos compatriotas.
-Tú haz caso de lo que me dice la experiencia, Claudio -yo no me acordaba de su nombre, pero él manejaba ya fluidamente el mío-. Un español reconoce a otro mucho antes de oírlo hablar, nada más que viéndole la pinta. Vas por Nueva York, un ejemplo, por la Quinta Avenida, a la hora de más gentío y más tráfico, ves en un semáforo a una pareja, de espaldas a ti, los dos con camisas y vaqueros, de unos treinta y tantos años, ella con un poco de culo, con zapatillas de deporte muy nuevas, con un jersey fino echado por los hombros, o atado a la
cintura, y no sé por qué pero lo sabes, lo puedes jurar: «Esos dos son españoles».
Qué le vas a hacer, tenemos esa pinta, ese look, como dicen ahora.
Me disgustó que una persona tan vulgar se concediera tales prerrogativas sobre lo que él llamaba mi pinta. Si alguien así, tan cheap, para decirlo con crudeza, me identificaba tan rápidamente como compatriota suyo, era que tal vez yo compartía, sin darme cuenta, una parte de su vulgaridad, de su ruda franqueza española. También debo añadir que con los años me he acostumbrado a lo que al principio me atosigaba tanto, a las formalidades y reservas de la etiqueta académica norteamericana, y que ya me siento incómodo, o más exactamente, embarrassed, ante cualquier despliegue excesivo de simpatía, que casi nunca llega sin su contrapartida de mala educación.
Hay otra consideración que no debo eludir: en los viajes soy del todo incapaz de relacionarme con los otros, apenas salgo de casa hacia el aeropuerto o la estación de ferrocarril, es como si me sumergiera en el agua vestido con un traje de buzo, y cualquier amenaza de conversación me incomoda. Pertenezco a lo que los sociólogos llaman aquí, con una metáfora no infortunada, el tipo cocoon. Aunque no esté en mi casa, bien calefactada y forrada de moquetas, por dondequiera que voy me envuelve mi capullo cálido de confortable privacy. Abro con avaricia cualquiera de los libros o los journals que he escogido para el viaje, o recurro, si tengo mucho trabajo, a algún paper urgente, a mi pequeño ordenador, mi imprescindible lap top, me pongo las gafas de cerca, las que llevan una oportuna cadenita para evitar su pérdida, guardo las otras en su funda y en el bolsillo interior de mi chaqueta, y por lo que a mí respecta, aunque me encuentre en un aeropuerto populoso, igualmente podía estar en mi despacho del departamento, en una de esas tardes de final de semestre en que ya apenas quedan estudiantes y reina en las aulas, en los patios alfombrados de césped y en los corredores, un silencio de verdad claustral.

Antonio Muñoz Molina, Carlota Fainberg

***

Laëitia Sw. nous propose sa traduction :

J’étais en sa compagnie depuis plusieurs heures et je venais de m’apercevoir que je ne connaissais pas son prénom. Il me l’avait pourtant dit, il s’était même hâté de me donner sa carte, avant que nous nous asseyions sur les tabourets du faux bar anglais dans la zone de transit de l’aéroport de Pittsburgh, mais je n’y prêtai pas attention, ou alors j’oubliai son prénom dès que je l’entendis, et je me trouvais maintenant dans la situation absurde de recevoir les confessions sentimentales voire sexuelles d’un inconnu qui m’appelait par mon first name et se comportait comme si nous étions des amis de toute la vie. As a matter of fact, comme on dit ici, nous nous étions vus pour la première fois vers onze heures a.m., devant un kiosque à journaux, ou plutôt c’est lui qui avait vu surgir de la poche de mon imperméable un vieil exemplaire de El País Internacional, et immédiatement il s’était adressé à moi en espagnol, avec la certitude absolue, d’après ce qu’il me raconta plus tard, que nous étions compatriotes.

– Tu ne fais pas cas de ce que l’expérience m’enseigne, Claudio – je ne me souvenais pas de son prénom, lui, en revanche, maniait déjà le mien avec fluidité. Un Espagnol en reconnaît un autre bien avant de l’entendre parler, rien qu’à son air. Tu te promènes dans New York, par exemple, sur la Cinquième Avenue, à l’heure où il y a le plus de monde et le plus de trafic, à un feu, tu vois un couple, de dos, en tee-shirt et jean, la trentaine passée, la fille, légèrement callipyge, avec des chaussures de sport ultra neuves et un pull-over fin jeté sur les épaules ou attaché autour de la taille, et je ne sais pas pourquoi mais tu le sais, tu peux le jurer : « Ces deux-là sont espagnols ».

Qu’est-ce que tu veux, on a cette allure, ce look, comme on dit aujourd’hui.

Le fait qu’une personne aussi triviale concède de telles prérogatives à mon allure supposée me déplut. Si quelqu’un de semblable, de si cheap, pour le dire brutalement, m’identifiait aussi rapidement comme l’un de ses compatriotes, c’était que je partageais peut-être, sans m’en rendre compte, une part de sa trivialité, de sa rude franchise espagnole. Je dois également ajouter qu’avec les années, je me suis habitué à ce qui, au début, m’agaçait tant, à savoir les formalités et les réserves de l’étiquette académique nord-américaine, et que, désormais, je me sens incommodé, ou plus exactement, embarrassed, devant tout déploiement excessif de sympathie, qui s’accompagne presque toujours de son corollaire de mauvaise éducation.

Il y a une autre considération que je ne dois pas éluder : lorsque je voyage, je suis dans l’incapacité totale d’entretenir la moindre relation avec les autres, c’est à peine si je sors de chez moi pour aller à l’aéroport ou à la gare, comme si je m’immergeais dans l’eau, vêtu d’une combinaison de plongée, et toute menace de conversation me gêne. J’appartiens à ce que les sociologues nomment ici, par le biais d’une métaphore assez heureuse, le type cocoon. Même quand je ne suis pas chez moi, dans mon intérieur bien chauffé et moquetté, mon cocon douillet de confortable privacy m’enveloppe, où que j’aille. J’ouvre avec avidité un des livres ou des journals que j’ai choisi pour le voyage, ou je recours, si j’ai beaucoup de travail, à quelque paper urgent, à mon petit ordinateur, mon indispensable lap top, je chausse mes lunettes pour voir de près, celles avec une chaînette pratique pour qu’on évite de les perdre, je garde les autres dans leur étui et dans la poche intérieure de ma veste, et, même si je me trouve dans un aéroport bondé, je pourrais aussi bien être, en ce qui me concerne, dans mon bureau de l’université, durant l’une de ces après-midi de fin de semestre où il ne reste plus que quelques étudiants et où règne dans les salles, sur les pelouses des cours et dans les couloirs, un silence de vérité claustrale.


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Hélène nous propose sa traduction :

J’étais avec lui depuis plusieurs heures et je venais tout juste de me rendre compte que je ne connaissais pas son nom. Il me l’avait dit, il s’était même empressé de me donner sa carte, avant que nous nous asseyions sur les tabourets du faux bar anglais dans la zone de transit de l’aéroport de Pittsburg, mais je ne prêtai guère attention, ou bien j’oubliai le nom aussitôt après l’avoir entendu, et maintenant je me retrouvais dans une situation absurde à écouter les confessions sentimentales ou sexuelles d’un inconnu que m’appelait par mon first name et se conduisait comme si nous étions des amis de toujours. As a matter of fact, comme on dit ici, nous nous étions rencontrer vers onze heures, dans un kiosque à journaux, ou plutôt il avait vu dépasser de la poche de ma gabardine un vieil exemplaire de El País Internacional et s’était aussitôt adressé à moi en espagnol, avec la certitude absolue, d’après ce qu’il dit plus tard, que nous étions compatriotes.
– Vois mon expérience, Claudio – je ne me souvenais pas de son nom, mais lui il maîtrisait déjà le mien avec fluidité –. Un Espagnol reconnaît un autre Espagnol bien avant de l’entendre parler, rien qu’en voyant son allure. Prends New York par exemple, la Cinquième Avenue, à l’heure de pointe où il y a le plus de monde, à un feu, tu vois un couple, qui te tourne le dos, tous deux vêtus d’un tee-shirt et d’un jean, âgés de trente et quelques années, elle avec une légère culotte de cheval, des chaussures de sport toutes neuves, un pull fin posé sur les épaules ou attaché à la ceinture, et j’ignore pourquoi mais tu le sais, tu peux le jurer : « ces deux là sont espagnols ». On n’y peut rien, on a cette allure, ce look comme on dit maintenant. J’étais contrarié qu’une personne aussi vulgaire obtienne de telles prérogatives sur ce qu’il appelait mon allure. Si quelqu’un comme lui, si cheap, pour le dire crûment, m’identifiait aussi rapidement comme son compatriote, c’était peut-être parce que je partageais, sans m’en rendre compte, une partie de sa vulgarité, de sa rude franchise espagnole. Je dois dire aussi qu’avec le temps je me suis habitué à ce qui me tourmentait autant au début, aux formalités et à la réserve propres à l’étiquette académique nord-américaine, et que maintenant je me sens incommodé, ou plus exactement embarrassed, face à quelque démonstration excessive de sympathie qui n’arrive jamais sans sa contrepartie de mauvaise éducation. Je ne dois pas oublier de considérer autre chose : en voyage, je suis totalement incapable d’avoir de bons rapports avec les autres, c’est à peine si je sors de la maison pour aller à l’aéroport ou à la gare, c’est comme si on me submergeait dans l’eau avec un scaphandre, et la moindre menace d’une conversation me dérange. J‘appartiens à ce que les sociologues appellent ici, avec une métaphore peu disgracieuse, le type cocoon. Même si je ne suis pas à la maison, au chaud, emmitouflé, où que j’aille, un chaleureux cocon m’enveloppe de confortable privacy. J’ouvre avec parcimonie n’importe lequel des livres ou journals que j’ai choisis pour le voyage ou j’ai recours, si j’ai beaucoup de travail, à quelque paper urgent, à mon petit ordinateur, mon indispensable lap top, j’enfonce mes lunettes sur le nez, celles qui ont une chainette pour éviter de les perdre, je range les autres dans leur housse, dans la poche intérieure de ma veste, et en ce qui me concerne même si je me trouve dans un aéroport populeux, je pourrais tout aussi bien être dans mon bureau du département, lors de l’un de ces après-midi de fin de semestre où il reste à peine quelques étudiants et où il règne dans les salles de cours, les patios tapissés de gazon et les couloirs, un silence claustral de vérité.

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Annabelle nous propose sa traduction


J'avais passé plusieurs heures avec lui et je venais de me rendre compte que je ne savais pas son nom. Il me l'avait dit, il s'était même empressé de me donner sa carte, avant que nous nous asseyions sur les tabourets du faux bar anglais dans la zone de transit de l'aéroport de Pittsburgh, mais je n'y avais pas prêté attention, ou j'avais oublié le nom en l'entendant, et je me trouvais alors dans la situation absurde d'être en train de recevoir les confessions sentimentales ou sexuelles d'un inconnu qui m'appelait par mon first name et se comportait comme si nous étions amis depuis toujours. As a matter of fact, comme on dit ici, nous nous étions vus pour la première fois vers onze heures a.m. , dans un kiosque de presse, ou plutôt, il avait vu sortir de la poche de ma gabardine un exemplaire périmé de « El País internacional », et il s'était immédiatement adressé à moi en espagnol, avec la certitude absolue, comme il me dirait plus tard, que nous étions compatriotes.

– Toi, considère ce que me dit l'expérience, Claudio – je ne me rappelais pas son nom, mais il maniait déjà le mien avec fluidité. Un espagnol en reconnaît un autre bien avant de l'entendre parler, rien qu'en voyant sa touche. Tu vas dans New-York, par exemple, sur la Cinquième Avenue, à l'heure où il y a le plus de monde et le plus de circulation, tu vois un couple à un feu, dos à toi, tous les deux en chemises et jeans, d'environ trente et quelques années, elle avec un peu de cul, avec des chaussures de sport toutes neuves, avec un petit pull jeté sur les épaules, ou attaché au tour de la taille, et je sais pas pourquoi mais tu le sais, tu peux le jurer : « Ces deux-là sont espagnols ». Qu'est-ce que tu veux faire, on a cette touche, ce look, comme on dit maintenant.

Il me déplut qu'une personne si vulgaire s'octroie de telles prérogatives sur ce qu'il appelait ma touche. Si quelqu'un comme lui, si cheap, pour parler crûment, m'identifiait si rapidement comme son compatriote, c'était peut-être que je partageais, sans m'en rendre compte, une partie de sa vulgarité, de son rude franc-parler espagnol. Je dois aussi ajouter qu'avec les années je me suis habitué à ce qui au début m'agaçait tant : aux formalités et à la réserve de l'étiquette académique nord-américaine, et qu'à présent je me sens mal à l'aise ou, plus exactement, embarrassed, devant tout déploiement excessif de sympathie, qui n'arrive presque jamais sans sa contrepartie de mauvaise éducation.

Il y a une autre considération que je ne dois pas éluder : en voyage je suis complètement incapable de me lier aux autres, à peine sorti de chez moi pour l'aéroport ou la gare de chemin de fer, c'est comme si je m'immergeais dans l'eau vêtu d'une tenue de plongeur, et toute menace de conversation m'incommode. Je fais partie de ce que les sociologues appellent ici, avec une métaphore en rien malencontreuse, le type cocoon. Bien que je ne sois pas dans ma maison, bien chauffée et recouverte de moquettes, partout où je vais mon chaud cocon de confortable privacy m'enveloppe. J'ouvre avec avarice n'importe lequel des livres ou des journals que j'ai choisis pour le voyage, ou je fais appel, si j'ai beaucoup de travail, à un paper urgent, à mon petit ordinateur, mon indispensable lap top ; je mets mes lunettes de près, celles qui ont une opportune chaînette pour éviter leur perte, je garde les autres dans leur étui, dans la poche intérieure de ma veste, et en ce qui me concerne, bien que je me trouve dans un aéroport populeux, je pourrais aussi bien être dans mon bureau du département, un de ces après-midi de fin de semestre où il ne reste presque plus d'étudiants et où règne dans les classes, dans les cours tapissées de gazon et dans les couloirs, un silence de vérité claustral.


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Amandine nous propose sa traduction :


J'étais avec lui depuis quelques heures et je venais de me rendre compte que je ne savais pas son nom. Il me l'avait dit, il s'était même dépêché à me donner sa carte, avant que l'on s'assoit sur les tabourets d' un bar à l'apparence anglaise dans la zone de passage de l'aéroport de Pttsburgh, cependant je n'y fis pas attention ou j'oubliai le nom juste après l'avoir entendu et maintenant je me trouvais dans une absurde circonstance à écouter les confessions sentimentales ou sexuelles d'un inconnu qui m'appelait par mon first name et se comportait comme si nous étions amis depuis toujours. As a matter of fact, comme ils disent ici, nous nous étions vu pour la première fois vers onze heure du matin au kiosque à journaux ou plutôt il avait vu dépasser de ma gabardine un vieil exemplaire del País Internacional, et il s'était immédiatement dirigé vers moi en espagnol, avec la sûreté absolue, selon ce qu'il dit plus tard, que nous étions compatriotes.

-Toi, fais attention à ce que l'expérience m'a appris, Claudio-moi je ne me souvenais pas de son nom, mais lui, maniait déjà facilement le mien. Un espagnol reconnaît un autre bien avant de l'entendre parler, seulement à son aspect. Vas à New York, par exemple, dans la cinquième avenue, à l'heure à laquelle il y a le plus d'affluence et de trafic, tu vois au feu un couple, de dos, les deux avec des tee-shirt et des jeans, ayant à peu près trente et quelques années, elle avec un peu de fesses, avec des chaussures de sport toutes neuves, un pull fin tiré aux épaules ou attaché et je ne sais pas pourquoi mais tu le sais, tu peux le jurer : « Ces deux là sont espagnols ».

Qu'est ce que tu veux faire, nous avons cette allure, ce look, comme ils disent aujourd'hui. Cela me déplu qu'une personne aussi vulgaire accorde de telles prérogatives sur ce qu'il appelait mon allure. Si quelqu'un comme cela, aussi cheap, pour le dire avec cruauté, m'identifiait aussi rapidement comme son compatriote, c'était que peut-être je partageais, sans m'en rendre compte, une part de sa vulgarité, de sa grossière franchise espagnole. Je dois aussi ajouter qu'avec les années je me suis habitué à ce qui au début me pressait autant, aux formalités et réserves de l'étiquette académique de l'Amérique du nord et que je me sens déjà gêné ou plus exactement, embarrassed, devant n'importe quel déploiement excessif de sympathie, qui n'arrive pratiquement jamais sans sa contrepartie de mauvaise éducation. Il y a une autre consideration que je ne dois pas éviter : pendant les voyages je sios complètement incapable d'avoir une relation avec les autres, dès que je sors de la maison jusqu'à l'aéroport ou la gare de chemins de fer, c'est comme si je plongeais dans l'eau vêtu d'une combinaison de plongeur et toute menace de conversation me dérange. J'appartiens à ce que les sociologues appelent ici, avec une métaphore non infortunée, le type cocoon. Même si je ne suis pas chez moi, bien calfeutré et emmitouflé dans une couverture, n'importe où je vais mon cocon chaud de confortable privacy m'enveloppe. J'ouvre avec avarice n'importe quels livres ou journaux que j'ai choisi pour le voyage, en cas de besoin, si j'ai beaucoup de travail, quelque paper urgent, mon petit ordinateur, mon indispensable lap top, je mets les lunettes tout près , celles qui portent un cordon oportun pour éviter leur perte, je garde les autres dans leur étui et dans la poche intérieure de ma veste et en ce qui me concerne, même si je me trouve dans un aéroport populeux, je pourrais également être dans mon bureau du département, lors d'un de ces après-midi de fin de semestre où il ne reste déjà pratiquement plus d'étudiants et où il règne dans les salles de cours, dans les cours recouvertes de pelouse et dans les couloirs, un silence vraiment égal à celui d'un cloître.


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Justine nous propose sa traduction :


Cela faisait déjà plusieurs heures que je passais avec lui, et je venais de me rendre compte que je ne connaissais pas son prénom. Il me l'avait dit, il s'était même hâté de me donner sa carte, avant que l'on ne s'assoie sur les tabourets du faux pub dans la zone de transit de l'aéroport de Pittsburgh, mais je n'y avais pas prêté attention, et j'avais oublié son nom juste après l'avoir entendu,et maintenant je me trouvais dans une situation absurde où je recueillais les confidences sentimentales ou sexuelles d'un inconnu qui m'appelait par mon first name et se comportait comme si nous étions amis depuis toujours.

As a matter of fact, comme on dit ici,nous nous étions vus pour la première fois vers onze heures du matin, dans un kiosque à journaux, ou plus exactement il avait vu dépasser de la poche de ma gabardine un vieil exemplaire de El país internacional, et immédiatement il s'était adressé à moi en espagnol, avec la certitude absolue,selon ce qu'il m'a dit par la suite, que nous étions des compatriotes.

-Fie toi à mon expérience Claudio- je ne me souvenais pas de son prénom, mais lui maniait déjà le mien avec fluidité.Un Espagnol en reconnaît un autre bien avant de l'entendre parler,rien qu'à son allure. Va à New- York par exemple, sur la cinquième avenue,à l'heure où il y a le plus de monde et où le trafic est dense.A un feu tu vois un couple qui te tourne le dos.Les deux personnes sont vêtues d'une chemise et d'un jean, elles ont une treintaine d'années,elle avec un petit cul, des chaussures de sport toutes neuves,un pull léger sur les épaules, ou noué à la taille, et tu ne sais pas pourquoi mais tu le sais, tu peux le jurer: "Ces deux-là sont Espagnols". Qu'est ce que tu veux y faire,nous avons cette allure, ce look, comme on dit maintenant. j'étais dégoûté qu'une personne aussi vulgaire s'accorde de telles prérogatives sur ce qu'il appelait mon allure. Si quelqu'un comme ça, aussi cheap, pour parler crûment, m'identifiait aussi rapidement comme un de ses compatriotes, c'était que peut-être je partageais, sans m'en rendre compte, une partie de sa vulgarité, de sa grossière franchise espagnole.Je dois aussi ajouter qu'au fil du temps je me suis habitué à ce qui au début m'obsédait tant , les formalités et les réserves de l'étiquette académique nord américaine, et que je me sens mal à l'aise, ou plus exactement embarrassed, devant un déploiement excessif de sympathie quel qu'il soit,qui n'arrive quasiment jamais sans une contrepartie de mauvaise éducation. Il y a une autre considération que je dois prendre en compte: lors d'un voyage je suis tout à fait incapable de me lier avec les autres, je sors tout juste de chez moi pour aller a l'aéroport ou à la gare, et déjà c'est comme si je plongeais dans l'eau vêtu d'une combinaison de plongée, et n'importe quelle menace de conversation me met mal à l'aise.J'appartiens à ce que les sociologues appellent ici, en utilisant une métaphore bien trouvée, le genre cocoon. Même si je ne suis pas dans ma maison, bien chauffée, avec de la moquette au sol, où que j'aille je m'enveloppe dans mon cocon chaud, confortable et privé. J'ouvre avidement n'importe quel livre ou jornals que j'ai choisi pour le voyage, ou j'ai recours si j'ai beaucoup de travail, à un quelconque paper urgent, à mon petit ordinateur , mon indispensable lap top, je mets mes lunettes pour voir de près, celles qui ont heureusement une chaînette pour m'éviter de les perdre, je garde l'autre paire dans son étui, dans la poche intérieure de ma veste, et en ce qui me concerne, même si je me trouve dans un aéroport bondé, je pourrais aussi bien être dans mon bureau du département, par un de ces après-midi de fin de semestre, où il ne reste déjà plus que quelques étudiants et qu'il règne dans les salles, dans les cours tapissées de gazon,et dans les couloir, un silence digne d'un cloître.


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Ana nous propose sa traduction :

Cela faisait déjà quelques heures que j'étais avec lui et je venais juste de me rendre compte que je ne connaissais pas son prénom. Il me l'avait dit. Il n'avait pas tardé à me donner sa carte de visite avant même de nous asseoir sur les tabourets du faux bar anglais dans la zone des transits à l'aéroport de Pittsburgh. Mais je n'ai pas fait attention, ou peut-être ai-je oublié son prénom juste après de l'avoir entendu. C'était à ce moment que je me trouvais dans l'absurde situation de recevoir les confessions sentimentales ou sexuelles d'un quelconque qui m'appelais par mon first name et se comportait comme si nous étions amis depuis toujours. As a matter of fact, comme on dit ici, nous nous étions rencontré par la première fois vers once a.m. dans un poste de vente de presse. À mieux dire, c'était lui qui avait vu un exemplaire de El País Internacional dépasser la poche de ma gabardine, et dans l'immédiat s'était adressé à moi en espagnol, avec la certitude absolue, (selon il a dit plus tard) que nous étions compatriotes.

- Fait moi confiance, Claudio, j'ai de l'experience- Moi, je ne me souvenais pas de son prénom, mais lui, il maniais couramment le mien-. Un espagnol reconnais un autre bien avant de l'écouter parler, qu'en regardant son allure. Par exemple, disons qu'on est à New York, et on marche dans la Cinquième Avenue à l'heure où il y a plus de foule et de trafique et on voit au feu un couple de dos, tous les deux portant des chemises et des jeans, d'environs trente ans. Elle, avec un fesse un peu rond, des baskets très neufs, un pull fin aux épaules ou attaché à la ceinture, et là, je ne sais pas pourquoi, mais on le sais, tu peux le jurer: « ces deux là, ce sont des espagnols » . C'est comme ça, nous avons cet allure, ce look, comme on dit aujourd'hui.

Le faite qu'une personne si vulgaire se permettait telles prérogatives sur ce qu'il appelais « mon allure », me dégouta. Si quelqu'un comme lui, si cheap, pour parler rudement, m'identifiais si rapidement comme son compatriote, c'était parce que, peut-etre , je partageais, sans me rendre compte, une partie de sa vulgarité, de sa rude franchise espagnole. En plus, je dois ajouter qu'au cours des années je me suis habitué à ce qu'au début me harcelais autant: les formalités et réserves d'une étiquette académique nord-américaine. Maintenant, je me sens gêné, ou plus exactement, embarrased, devant n'importe quel déploiement excessif de sympathie, qui n'arrive, presque jamais, sans sa contrepartie de mauvaise éducation.

Il y a une autre considération à ne pas éviter: quand je voyage, je suis totalement incapable de me mettre en rapport avec les autres, je ne sors à peine de la maison que pour aller vers l'aéroport ou la gare, c'est comme si je me plongeais dans l'eau portant une tenue de plongeur et n'importe quelle menace dans la conversation me dérange. J'appartiens à ce que les psychologues appellent ici, avec une métaphore pas infortunée, au type cocoon. Bien que je ne sois pas dans ma maison bien chauffée et couverte de moquettes, n'importe où je vais, mon cocon chaud de confortable privacy m'entoure. J'ouvre avec avarice n'importe quel livre ou journal que j'ai choisi pour le voyage, ou bien, si j'ai beaucoup de travaille, je fais appel à un paper urgent quelconque, à mon petit ordinateur, mon indispensable lap top, je met mes lunettes de près, celles qui ont une opportune petite chaine pour éviter sa perte, je range les autres dans sa pochette puis dans la poche intérieur de ma veste et, quant à moi, bien que je sois dans un aéroport populeux, je pourrais être également dans mon bureau du département, dans une des ces après-midis à la fin du semestre où il ne restent à peines d'étudiants et règne dans les salles, dans les cours tapissés de pelouse et dans le couloir, un silence de vérité claustral.


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Jean-Nicolas nous propose sa traduction :


Je passais des heures avec lui et finissais par me rendre compte que je ne savais pas son prénom. Il me l’avait dit, il s’était même empressé de me donner sa carte avant que nous nous asseyions sur les tabourets du pseudo bar anglais situé dans la zone de transit de l’aéroport de Pittsburg mais ; je n y ai même pas prêté attention ou j’ai oublié son prénom aussitôt après l’avoir entendu et maintenant, je me trouvais dans une situation absurde : recevant les confessions sentimentales ou sexuelles d’un étranger qui m’appelait par mon premier prénom et se comportait comme si nous étions amis depuis toujours. As a matter of fact, comme on dit ici, nous nous étions vus pour la première fois vers onze heures du matin à un kiosque de journaux ou, plutôt, lui avait vu dépasser de la poche de mon pardessus un vieil exemplaire du País Internacional et il s’était immédiatement adressé à moi en espagnol avec l’intime conviction, à ce qu’il dit plus tard, que nous étions compatriotes. Crois-en mon expérience, Claudio-je ne me souvenais plus de son prénom mais lui maniait déjà le mien aisément. Un espagnol reconnaît son semblable longtemps avant lui avoir parlé, rien qu’à son allure. Un exemple : Rends-toi à New York sur la Cinquième Avenue à l’heure où la foule et la circulation abondent ; tu vois à un feu un couple, dos à toi, tous les deux vêtus de chemises et de jeans, âgés d’une trentaine d’années, avec un peu de cul, des chaussures de sport toutes neuves ainsi qu’un pull fin mis sur les épaules ou attaché à la taille et j’ignore pourquoi mais tu le sais, tu peux en être sur : « Ces deux sont des espagnols ».

Que veux tu y faire, nous avons cette allure, ce qu’on appelle aujourd’hui look.

Le fait qu’une personne aussi vulgaire concède de tels avantages à ce qu’il appelait mon allure me déplut. Si quelqu’un comme tel, d’autant insignifiant pour le dire crûment, m’identifiait comme étant un de ses compatriotes, c’était sans doute que je partageais, à mon insu, une part de sa vulgarité, de sa franchise espagnole grossière. Je dois aussi ajouter, qu’avec les années, je me suis habitué aux formalités et réserves de l’étiquette académique nord américaine qui m’étouffaient au départ et que je me sens bien mal à l’aise pour ne pas dire embarassé devant n’importe quelle marque excessive de sympathie qui n’arrive presque jamais sans sa contrepartie de mauvaise éducation.

Il y a un autre point que je ne dois pas passer sous silence : au cours des voyages, je suis complètement incapable de me mêler aux autres, à peine sors-je de chez moi en direction de l’aéroport ou de la gare de chemin de fer que c’est comme si je plongeais dans l’eau vêtu d’un habit de plongeur et passons toute menace de conversation qui m’incommode. J’appartiens à ce que les sociologues appellent, avec une métaphore bienvenue, le type cocoon. Quand bien même je ne me trouve pas dans ma maison, bien chauffée et aux sols moquettés, mon nid douillet assurant mon propre confort me suit où que j’aille. J’ouvre avec une certaine avidité les livres ou les journaux et j’ai recours, si j’ai un peu de travail, à quelque papier urgent, à mon petit ordinateur (mon indispensable lap top) ; je chausse mes lunettes de près, celles portant une chaînette bien pratique pour ne pas les perdre, je garde les autres dans leur étui et dans la petite poche intérieure de ma veste et, pour mon compte, ce serait la même chose de me trouver dans un aéroport réputé que d’être à mon bureau du département lors d’un de ces soirs de fin de semestre où il ne reste à peine que quelques étudiants et règne, dans les salles, dans les cours recouvertes de gazon et dans les couloirs, un silence de vérité claustral.


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Elena nous propose sa traduction :


J’y étais avec lui depuis plusieurs heures et je venais de me rendre compte que je ne savais pas son prénom. Il me l’avait dit, voire même s’était empressé de me donner sa carte de visite, avant que nous nous asseyions sur les tabourets du faux bar anglais dans la zone de transit de l’aéroport de Pittsburg, sauf que moi, je n’y prêtai pas attention, ou j’oubliai son prénom à peine l’avoir entendu, et à présent, je me retrouvais dans l’absurde situation d’être en train de recevoir les confessions sentimentales ou sexuelles d’un inconnu qui m’appelait par mon « first name » et qui se comportait comme si nous étions amis de toute la vie. « As a matter of fact », comme on dit ici, nous nous étions vus pour la première fois vers onze heures a. m., dans un kiosque de presse, ou plutôt il avait vu dépasser de la poche de ma gabardine un vieil exemplaire de El País Internacional, et immédiatement, il s’était adressé à moi en espagnol, avec l’entière certitude, selon me dit-il plus tard, que nous étions compatriotes.

― Toi, écoute bien ce que me dit mon expérience, Claudio ― je ne me rappelais plus son prénom, mais lui, il maniait déjà avec fluidité le mien. ― Un espagnol reconnaît un autre bien avant de l’entendre parler, rien qu’à voir son allure. Si tu te balades à New York, par exemple, sur la Cinquième Avenue, à l’heure de grande affluence et de grande circulation, tu vois un couple à un feu, de dos, tous les deux en chemise et en jeans, d’une trentaine d’années, elle avec un assez gros cul, des chaussures de sport toutes neuves, un pull léger sur les épaules, ou attaché à sa ceinture, et je ne sais pas pourquoi, mais tu le sais, tu peux le jurer : « Ces deux-là sont espagnols ». On n’y peut rien, nous avons cette allure, ce « look », comme on dit maintenant. Cela me contraria qu’une personne tellement vulgaire se permît de telles prérogatives sur ce qu’il appelait mon allure. Si quelqu’un comme lui, si « cheap », pour le dire avec rudesse, m’identifiait aussi rapidement comme son compatriote, c’était peut-être que je partageais, sans m’en rendre compte, une partie de sa vulgarité, de sa rude franchise espagnole. Je me dois aussi d’ajouter qu’avec les années, je m’étais habitué à ce qui au début me contrariait autant : aux formalités et aux retenues de l’étiquette académique nord-américaine, et que désormais, je me sens gêné, ou plus exactement « embarrassed », devant n’importe quel déploiement excessif de sympathie, qui ne vient presque jamais sans sa contrepartie de mauvaise éducation. Il y a une autre considération que je ne dois pas éluder : pendant mes voyages, je suis totalement incapable d’établir un rapport aux autres, à peine sorti de chez-moi vers l’aéroport ou la gare, c’est comme si je me submergeais dans l’eau habillé d’une combinaison de plongée, et n’importe quelle menace de conversation m’agace. J’appartiens à ce que les sociologues appellent ici, par une métaphore pas trop malavisée, le type cocoon. Même si je ne suis pas dans ma maison, bien chauffée et recouverte de moquettes, où que j’aille, mon cocon chaud de confortable « privacy » m’enveloppe. J’ouvre avec avarice n’importe lequel des livres ou des journaux que je choisis pour le voyage, ou je recours, si j’ai beaucoup de travail, à un « paper » urgent quelconque, à mon petit ordinateur, mon indispensable « lap top », je mets mes lunettes loupe, celles qui ont la chaînette adéquate pour éviter de les perdre, je range les autres dans leur étui et dans la poche intérieure de ma veste, et en ce qui me concerne, bien que je sois dans un aéroport bondé, je pourrais tout aussi bien être dans le bureau de mon appartement, l’un de ces après-midi de fin de semestre où il reste à peine quelques étudiants et où il règne dans les salles de cours, dans les cours tapissées de gazon et dans les couloirs, un silence de vérité claustrale.

vendredi 16 septembre 2011

Quel est le sens de l'expression…

No hay que ponerse la venda antes de descalabrarse ?

mercredi 14 septembre 2011

Quel est le sens de l'expression…

QUE CADA PALO AGUANTE SU VELA ?
(N'oubliez pas d'essayer de trouver une traduction en français)

mardi 13 septembre 2011

lundi 12 septembre 2011

Pour continuer à alimenter notre blog

Pour celles et ceux qui ont envie de donner un coup de main avec de la matière nous permettant de continuer notre réflexion de fond sur la traduction dans ses aspects pratiques et théoriques, n'oubliez pas qu'il nous faut compléter notre tableau de chasse des interviews de traducteurs (nous en avons déjà 112). Le questionnaire type, que vous pouvez reprendre, se trouve dans les « libellés » (colonne de gauche, en bas ; cf Entretiens avec des traducteurs). Et histoire de ne pas solliciter plusieurs fois les mêmes personnes, prenez la peine de faire travailler le moteur de recherche (colonne de droite, à peu près au milieu)… Vous saurez ainsi si nous avons déjà interrogé untel ou untel.
Bonne chasse !
Dernière précision : tous les lecteurs de Tradabordo sont concernés par ce message.

Quel est le sens de l'expression…

ÉRAMOS POCOS Y PARIÓ LA ABUELA ?
(Vous trouverez également une traduction en française)

dimanche 11 septembre 2011

Quel est le sens de l'expression…

AL QUE DIOS NO LE DA HIJOS, EL DIABLO LE DA SOBRINOS ?
(Vous trouverez également une traduction française)

Question de lexique

Que signifie le terme = PALINODIE ?

Pour information

J'ai publié les propositions de traduction pour la version de CAPES, 10
[pour les nouveaux : vous trouverez le texte en passant par les archives du blog (cf colonne de gauche) ou en cliquant sur « messages plus anciens » en bas à droite de la colonne centrale]

Version de CAPES, 11 (à rendre pour le 16 septembre)

Llevaba varias horas con él y acababa de darme cuenta de que no sabía su nombre. Me lo había dicho, incluso se había apresurado a darme su tarjeta, antes de que nos sentáramos en los taburetes del falso bar inglés en la zona de tránsitos del aeropuerto de Pittsburgh, pero yo no presté atención, o me olvidé del nombre nada más oírlo, y ahora me encontraba en la circunstancia absurda de estar recibiendo las confesiones sentimentales o sexuales de un desconocido que me llamaba por mi first name y se comportaba como si fuéramos amigos de toda la vida. As a matter of fact, como dicen aquí, nos habíamos visto por primera vez hacia las once a.m., en un puesto de prensa, o más bien él había visto sobresalir del bolsillo de mi gabardina un ejemplar atrasado de El País Internacional, e inmediatamente se había dirigido a mí en español, con la seguridad absoluta, según dijo más tarde, de que éramos compatriotas.
-Tú haz caso de lo que me dice la experiencia, Claudio -yo no me acordaba de su nombre, pero él manejaba ya fluidamente el mío-. Un español reconoce a otro mucho antes de oírlo hablar, nada más que viéndole la pinta. Vas por Nueva York, un ejemplo, por la Quinta Avenida, a la hora de más gentío y más tráfico, ves en un semáforo a una pareja, de espaldas a ti, los dos con camisas y vaqueros, de unos treinta y tantos años, ella con un poco de culo, con zapatillas de deporte muy nuevas, con un jersey fino echado por los hombros, o atado a la
cintura, y no sé por qué pero lo sabes, lo puedes jurar: «Esos dos son españoles».
Qué le vas a hacer, tenemos esa pinta, ese look, como dicen ahora.
Me disgustó que una persona tan vulgar se concediera tales prerrogativas sobre lo que él llamaba mi pinta. Si alguien así, tan cheap, para decirlo con crudeza, me identificaba tan rápidamente como compatriota suyo, era que tal vez yo compartía, sin darme cuenta, una parte de su vulgaridad, de su ruda franqueza española. También debo añadir que con los años me he acostumbrado a lo que al principio me atosigaba tanto, a las formalidades y reservas de la etiqueta académica norteamericana, y que ya me siento incómodo, o más exactamente, embarrassed, ante cualquier despliegue excesivo de simpatía, que casi nunca llega sin su contrapartida de mala educación.
Hay otra consideración que no debo eludir: en los viajes soy del todo incapaz de relacionarme con los otros, apenas salgo de casa hacia el aeropuerto o la estación de ferrocarril, es como si me sumergiera en el agua vestido con un traje de buzo, y cualquier amenaza de conversación me incomoda. Pertenezco a lo que los sociólogos llaman aquí, con una metáfora no infortunada, el tipo cocoon. Aunque no esté en mi casa, bien calefactada y forrada de moquetas, por dondequiera que voy me envuelve mi capullo cálido de confortable privacy. Abro con avaricia cualquiera de los libros o los journals que he escogido para el viaje, o recurro, si tengo mucho trabajo, a algún paper urgente, a mi pequeño ordenador, mi imprescindible lap top, me pongo las gafas de cerca, las que llevan una oportuna cadenita para evitar su pérdida, guardo las otras en su funda y en el bolsillo interior de mi chaqueta, y por lo que a mí respecta, aunque me encuentre en un aeropuerto populoso, igualmente podía estar en mi despacho del departamento, en una de esas tardes de final de semestre en que ya apenas quedan estudiantes y reina en las aulas, en los patios alfombrados de césped y en los corredores, un silencio de verdad claustral.

Antonio Muñoz Molina, Carlota Fainberg

vendredi 9 septembre 2011

Question de lexique

Si quelqu'un vous propose de manger « un filete de gallo de San Pedro », à quoi faut-il vous m'attendre ?

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas encore El Bueno de Cuttlas


http://www.20minutos.es/vineta/calpurnio-el-bueno-de-cuttlas/2261/0/infierno/

mercredi 7 septembre 2011

À propos des soutenances

Nous nous retrouverons en salle C 105.

À vos dicos…, 143

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : DOLENT

mardi 6 septembre 2011

Message pour les étudiants poitevins…

… pour vous souhaiter la bienvenue sur Tradabordo et, de nouveau, vous inviter à participer à nos activités de traduction d'ici l'écrit du CAPES. Je vous précise que les versions proposées sont à envoyer par mail le jour indiqué (la prochaine est, vous l'avez vu, pour le 10 septembre) et que la publication de l'ensemble des propositions a lieu le lendemain. Rien ne vous empêche, après lecture du travail des autres, de poser des questions… via les commentaires (cf fin de chaque post).

lundi 5 septembre 2011

À propos des soutenances

Les mémoires de traduction et rapports de stage du Master 2 pro « Métiers de la traduction » de l'Université Michel de Montaigne – Bordeaux 3 seront soutenus le vendredi 16 septembre (la salle vous sera communiquée ultérieurement)

Vous présenterez votre travail pendant une vingtaine de minutes, le reste du temps étant occupé par des questions complémentaires de votre jury.

Jury 1 : Cecilia Gónzalez Scavino ; Caroline Lepage ; Nuria Rodríguez Lázaro
9h30 - 10h15 : Alexis Poraszka
10h15-11h00 : Perrine Huet
11h00-11h45 : Auréba Sadouni
11h45-12h30 : Julie Sanchez

Jury 2 : Marta Lacomba ; Caroline Lepage ; Nuria Rodríguez Lázaro
13h30-14h15 : Stéphanie Maze
14h15-15h00 : Olivier Marchand
15h00-15h45 : Vanessa Canavesi

Les délibérations auront lieu le 30 septembre.

Version de CAPES, 10 (à rendre pour le 10 septembre)

«Mi historia secreta es en realidad la historia de mi padre. Una y otra son inseparables. Nunca le conocí en persona ni guardo más recuerdos de él que lo que aprendí de labios de mi abuela y a través de sus libros y sus cuadernos, pero, por extraño que os pue-da parecer, nunca me he sentido tan próxima a nadie en este mundo y, aunque él muriese antes de que yo llegase a nacer, estoy segura de que sabrá esperarme hasta el día en que me reúna con él y compruebe que siempre fue tal y como le imaginé: el mejor hombre que nunca hubo en el mundo.
No soy tan diferente de vosotros. No me crié en un orfanato, pero nunca supe lo que era tener una casa o alguien con quien hablar durante más de un mes, que no fuese mi abuela. Vivíamos en los trenes, en casas de desconocidos, en la calle, sin rumbo, sin un lugar que pudiésemos llamar nuestro hogar y al que regresar. Durante todos esos años, el único amigo que tuve fue mi padre. Como os digo, aunque él nunca estaba allí, aprendí cuanto sé de sus libros y de los recuerdos que mi abuela conservaba de él.
Mi madre murió al darme a luz y he aprendido a vivir con el remordimiento de no poder recordarla ni conservar más imagen de su personalidad que la visión que mi padre reflejaba de ella en sus libros. De todos ellos, de los tratados de ingeniería y de los gruesos volúmenes que nunca llegué a entender, mi favorito siempre fue un pequeño libro de cuentos que él tituló Las lagrimas de Shiva. Mi padre lo escribió cuando todavía no había cumplido los treinta y cinco años, y proyectaba la creación de la primera línea de ferrocarril en Calcuta y la construcción de una revolucionaria estación de acero que soña-ba realizar en la ciudad. Un pequeño editor de Bombay imprimió no más de seiscientos ejemplares del libro, de los que mi padre nunca vio ni una rupia. Yo conservo uno. Es un pequeño tomo negro con letras grabadas en oro sobre el lomo que rezan: Las lágrimas de Shiva, por L. Chandra Chatterghee.

Carlos Ruiz Zafón, El palacio de la medianoche

***

Annabelle nous propose sa traduction :

Mon histoire secrète est en réalité l'histoire de mon père. L'une et l'autre sont inséparables. Je ne l'ai jamais connu en personne, pas plus que je ne garde d'autre souvenir de lui que ce que j'ai appris de la bouche de ma grand-mère et au travers de ses livres et de ses cahiers, mais, aussi étrange que cela puisse vous paraître, je ne me suis jamais sentie aussi proche de personne en ce monde et, bien qu'il soit mort avant que je ne vienne à naître, je suis sûre qu'il saura m'attendre jusqu'au jour où je le rejoindrai et où je vérifierai qu'il a toujours été comme je l'ai imaginé : le meilleur homme qu'il y ait jamais eu dans le monde.
Je ne suis pas si différente de vous. Je n'ai pas été élevée dans un orphelinat, mais je n'ai jamais su ce que c'était que d'avoir une maison ou quelqu'un à qui parler pendant plus d'un mois qui ne fût pas ma grand-mère. Nous vivions dans les trains, chez des inconnus, dans la rue, sans but, sans un lieu que nous puissions appeler notre foyer et auquel retourner. Pendant toutes ces années, le seul ami que j'eus fut mon père. Comme je vous le dis, même s'il n'était jamais là, j'ai appris tout ce que je sais de ses livres et des souvenirs que ma grand-mère conservait de lui.
Ma mère est morte en me donnant le jour et je me suis habituée à vivre avec le remords de ne pouvoir me la rappeler ni conserver d'autre image de sa personnalité que la vision que mon père reflétait d'elle dans ses livres. Entre tous, entre les traités d'ingénierie et les épais volumes que je ne suis jamais arrivée à comprendre, mon favori a toujours été un petit livre de contes qu'il avait intitulé Les larmes de Shiva. Mon père l'écrivit alors qu'il n'avait pas encore atteint trente-cinq ans, et qu'il projetait la création de la première ligne de chemin de fer de Calcutta et la construction d'une gare révolutionnaire en acier qu'il rêvait de réaliser dans la ville. Un petit éditeur de Bombay imprima pas plus de six cents exemplaires du livre, dont mon père ne vit jamais la moindre roupie. J'en conserve un. C'est un petit tome noir avec des lettres gravées à l'or sur le dos qui annoncent : Les larmes de Shiva, par L. Chandra Chatterghee.

***

Amandine nous propose sa traduction :

En réalité, mon histoire secrète est celle de mon père. L'une et l'autre sont inséparables. Je ne l'ai jamais connu en personne et je ne garde pas plus de souvenirs que ceux qui m'ont été racontés par ma grand-mère, par ses livres et ses cahiers, mais aussi étrange que cela puisse vous paraître, jamais je ne me suis sentie aussi proche de quelqu'un dans ce monde, et même s'im mourut avant que je naisse, je suis sûre qu'il saura attendre le jour où je me réunirai avec lui et je vérifierai s'il fut toujours ainsi et tel que je l'avais imaginé : le meilleur homme que le monde n'ait jamais eu.
Je ne suis pas si différente de vous. Je n'ai pas été élevée dans un orphelinat mais je n'ai jamais su ce que c'était d'avoir une maison ou quelqu'un à qui parler pendant plus d'un mois, autre que ma grand-mère. Nous vivions dans des trains, des maisons d'inconnus, dans la rue, sans but, sans un lieu que nous pouvions appeler notre foyer et auquel revenir. Durant toutes ces années, le seul ami que j'ai eu c'était mon père. Comme je vous le dis, bien qu'il n'était jamais là, j'ai appris tout ce que je sais de ses livres et des souvenirs conservait de lui.
Ma mère est morte en me donnant la vie et j'ai appris à vivre avec le remords de ne pouvoir ni me souvenir d'elle ni conserver une autre image de sa personnalité que celle que mon père reflétait dans ses livres. De tous, des traités de science et des gros volumes que je n'ai jamais réussi à comprendre, depuis toujours mon préféré fut un petit livre de contes auquel il mit le titre : Les larmes de Shiva.
Mon père l'écrivit alors qu'il n'avait pas encore trente-cinq ans, et projetait la création de la première ligne ferroviaire à Calcutta et la construction d'une gare de chemins de fer révolutionnaire qu'il rêvait de réaliser dans la ville. Un petit éditeur de Bombay imprima pas plus de six cents exemplaires du livre, desquels mes parents ne virent jamais une roupie. J'en conserve un. C'est un petit tome noir avec des lettres gravées en or sur le dos qui disent : Les larmes de Shiva, par L.Chandra Chatterghee.

***

Elena nous propose sa traduction :

Mon histoire secrète est en réalité l’histoire de mon père. L’une et l’autre sont inséparables. Je ne l’ai jamais connu personnellement et de lui, je ne garde que les souvenirs appris de la bouche de ma grand-mère et à travers ses livres et ses cahiers, mais, aussi étrange que cela puisse vous paraître, je ne me suis jamais sentie aussi proche de quelqu’un dans ce monde et, même s’il est mort avant que je sois née, je suis sûre qu’il saura m’attendre jusqu’au jour où je m’unirai à lui et où je confirmerai qu’il a toujours été tel que je l’ai imaginé : le meilleur homme qu’il n’y ait jamais eu au monde.
Je ne suis pas si différente de vous. Je n’ai pas grandi dans un orphelinat, cependant, je n’ai jamais su ce que c’était que d’avoir une maison ou quelqu’un à qui parler pendant plus d’un mois qui ne soit pas ma grand-mère. Nous avons vécu dans les trains, chez des inconnus, dans la rue, sans but précis, sans un endroit que nous pussions appeler notre foyer et où y retourner. Durant toutes ces années, le seul ami que j’ai eu, ce fut mon père. Comme je vous dis, bien qu’il ne fût jamais là, j’ai appris tout ce que je sais dans ses livres et des souvenirs que ma grand-mère conservait de lui.
Ma mère est morte à ma naissance et j’ai appris à vivre avec le regret de ne pas pouvoir me rappeler d’elle et de conserver seulement l’image de sa personnalité que la vision de mon père renvoyait dans ses livres. De tous, des traités d’ingénierie et des gros volumes que je ne suis jamais parvenue à comprendre, mon favori a toujours été un petit livre de contes qu’il intitula Les larmes de Shiva. Mon père l’avait écrit alors qu’il n’avait pas encore trente-cinq ans, et qu’il envisageait la création de la première ligne de chemin de fer de Calcutta et la construction d’une gare révolutionnaire en acier qu’il songeait réaliser dans la ville. Un petit éditeur de Bombay avait imprimé pas plus de six cents exemplaires du livre, dont mon père n’a jamais vu une seule roupie. J’en conserve un. C’est un petit tome noir avec des lettres en or apposées sur son dos qui stipulent : Les larmes de Shiva, de L. Chandra Chatterghee.

***

Jean-Nicolas nous propose sa traduction :

Mon histoire secrète est en réalité l’histoire de mon père. L’une et l’autre sont indissociables. Je ne l’ai jamais connu en personne et je n’en conserve pas plus de souvenirs que ceux appris de la bouche de ma grand-mère, à travers ses livres et ses cahiers mais ; aussi étrange que cela puisse vous paraître, je ne me suis jamais sentie aussi proche de personne sur cette terre et, même s’il est mort avant que je vienne au monde, je suis persuadée qu’il saura m’attendre jusqu’au jour où je le rejoindrai et où je m’assurerai qu’il a toujours été tel que je me l’avais imaginé : le meilleur homme qu’il n y ait jamais eu ici-bas.
Je ne suis pas si différente de vous. Je n’ai pas été élevée dans un orphelinat mais je n’ai jamais su ce qu’était d’avoir une maison ou quelqu’un avec qui parler durant plus d’un mois et qui soit autre que ma grand-mère. Nous vivions dans les trains, dans des maisons d’inconnus, dans la rue, sans destination, sans avoir un lieu que nous aurions pu appeler notre foyer et où rentrer. Pendant toutes ces années, le seul ami que j’eus fut mon père. Comme je vous dis, bien qu’il n’ait jamais été là, j’ai appris tout ce que je sais grâce à ses livres ainsi qu’aux souvenirs que ma grand-mère gardait de lui.
Ma mère décéda en me donnant naissance et j’ai appris à vivre avec le remords de ne pas pouvoir m’en rappeler ni de conserver une image de sa personnalité autre que celle reflétée par mon père dans ses livres. Parmi tous ces derniers, des traités d’ingénierie jusqu’aux gros volumes que je n’ai jamais réussi à comprendre, mon préféré a toujours été un petit livre de contes qu’il avait intitulé Les larmes de Shiva. Mon père l’avait écrit alors qu’il n’avait pas encore trente cinq ans et il ambitionnait la création de la première ligne de chemins de fer à Calcutta ainsi que la construction d’une gare novatrice en acier dans l’enceinte de la ville. Un petit éditeur de Bombay imprima pas plus de six cents exemplaires du livre dont mon père n’a jamais vu une roupie. J’en possède un. C’est un petit tome noir aux lettres gravées en or au dos et disant : Les larmes de Shiva, par L. Chandra Chaterglee.

***

Justine nous propose sa traduction :

Mon histoire secrète est en réalité l’histoire de mon père. L’une et l’autre sont indissociables. Je ne l’ai jamais connu de son vivant, et je ne garde pas d’autres souvenirs de lui que ce que j’ai appris de la bouche de ma grand-mère, ou au travers de ses livres et de ses cahiers, mais, aussi étrange que cela puisse vous paraître, je ne me suis jamais sentie aussi proche de personne en ce monde, et même s’il est mort avant ma naissance, je suis certaine qu’il saura m’attendre jusqu’au jour où je le rejoindrai et je constaterai qu’il fut toujours tel que je l’imaginais : le meilleur homme qu’il n’y ait jamais eu au monde. Je ne suis pas si différente de vous. Je n’ai pas été élevée dans un orphelinat, mais jamais je n’ai su ce que c’était de tenir une maison, ou d’avoir quelqu’un à qui parler pendant plus d’un mois, en dehors de ma grand-mère. Nous vivions dans les trains, chez des inconnus, dans la rue, au hasard, sans un lieu que nous puissions appeler notre foyer et où revenir. Pendant toutes ces années, mon père fut mon seul ami. Comme je vous l’ai dit, bien qu’il n’ait jamais été là, j’ai appris tout ce que je sais de ses livres et des souvenirs que ma grand-mère conservait de lui. Ma mère mourut en me donnant le jour et j’ai appris à vivre avec le remords de ne pouvoir me souvenir d’elle, ni conserver d’autre image de sa personnalité que la vision que mon père reflétait d’elle dans ses livres. Entre tous, des traités de génie civil aux gros volumes que je n’ai jamais réussi à comprendre, mon préféré fut toujours un petit livre de contes qu’il avait intitulé Les larmes de Shiva. Mon père l’avait écrit quand il n’avait pas encore trente-cinq ans, et projetait la création de la première ligne de chemin de fer à Calcuta ainsi que la construction d’une révolutionnaire gare en acier qu’il rêvait de réaliser dans la ville. Un petit éditeur de Bombay n’imprima pas plus de six-cent exemplaires du livre, dont mon père ne vit jamais un centime. J’en conserve un. C’est un petit tome noir, avec des mots gravés au fil d’or sur la tranche qui disent : Les larmes de Shiva, par L. Chandra Chatterghee.

Citation

Merci à Elena de nous avoir trouvé cette intéressante citation :

"[...] la traducción mala es un oxímoron y la buena, un pleonasmo."
"¿Qué tiene que tener una traducción para ser una traducción y no un puente derrumbado? Rigor formal, cálculo atinado de magnitudes, materiales sólidos, coherencia interna, economía de recursos, honestidad. "
Andrés Ehrenhaus (Buenos Aires, 1955)

samedi 3 septembre 2011

Question de lexique

Qu'est-ce qu'une = PARÉNÈSE ?

Entretien avec Renaud Caillat, directeur général de l’imprimerie des Deux-Ponts (Grenoble), réalisé par Julie Sanchez

1) Quels types de documents imprimez-vous?
Nous imprimons des livres, des catalogues, des dépliants, des affiches, PLV, Pack…

2) Quelle part représentent les livres?
Sur un chiffre d’affaire de 22 M d’euros, le livre représente 20%.

3) Travaillez-vous avec des éditeurs ? Les rencontrez-vous ?
Oui. Oui, nous les rencontrons.

4) Quels sont les différents postes que l'on trouve dans l'imprimerie ?
Du créatif, Directeur Artistique, Infographiste, Ingénieur, BTS Imprimerie, Monteur, Conducteur, Plieur, Massicotier, Encarteur, Couturière, Emboîteur, Papetière, Livreur…

5) Quelles sont les techniques que vous utilisez?
Impressions : Numériques / Sérigraphie / Offset UV / Offset Traditionnelle / Flexo.

6) Quel est le parcours que suit le livre, de la demande de devis à la distribution?
D'un fichier PDF : Epreuve de contrôle, Epreuves de chromie, Imposition, Gravure de plaques, Impression, Pliage, Assemblage, Couture, Emboîtage, Mise sous film, Expédition.

7) Sous quelle forme vous fait-on parvenir le document à imprimer?
On nous fait parvenir le document à imprimer sous PDF haute définition.

8) Quel tirage quotidien moyen peut tirer votre entreprise?
??? 60.000 livres.

vendredi 2 septembre 2011

Un lien intéressant

De la part d'Elena :
http://etimologias.dechile.net/

Version de CAPES, 9 (à rendre pour le 5 septembre)

Le prometí comportarme sabiamente. Fuimos hasta la casa en su coche. Lepprince me presentó a Savolta, a quien yo ya conocía por haberle visto la noche en que acudí a la fábrica en pos de Pajarito de Soto. Era un hombre de cierta edad, pero no viejo. Sin embargo, tenía una mirada macilenta, mal color y gestos y voz temblorosos. Supuse que alguna enfermedad le roía. Claudedeu, en cambio, rebosaba vitalidad; por todas partes se oía su vozarrón y por todas partes se veía su cuerpo de gigante de cuento infantil. Poseía el don de la carcajada contagiosa. Me fijé en su mano enguantada y en el ruido metálico que producía contra los objetos al chocar y me volvió la imagen del colérico Claudedeu apostrofando a Pajarito de Soto y golpeando la mesa de juntas. También reconocí a Parells, que la noche aciaga ocupaba un asiento cercano a Savolta. Me impresionó la expresión de inteligencia que abarcaba, no sólo los ojos, sino cada rasgo de su cara de vieja. Lepprince me había explicado que desempeñaba el cargo de asesor financiero y fiscal de la empresa. Su padre había sido fusilado por los carlistas en Lérida durante la última guerra y Pere Parells había heredado del difunto una honda devoción por el liberalismo. Se vanagloriaba de ser librepensador y ateo, pero acompañaba cada domingo a su mujer a misa porque «por el hecho de haber contraído matrimonio, ella había adquirido el derecho social de ser acompañada». Diré también que las mujeres de estos señores y de otros a las que fui presentado me parecieron todas cortadas por el mismo patrón y que confundí sus nombres y sus fisonomías apenas hube besado convencionalmente sus manos.

Eduardo Mendoza, La verdad sobre el caso Savolta

***

Annabelle nous propose sa traduction :

Je lui promis de me comporter sagement. Nous allâmes jusqu'à la maison avec sa voiture. Lepprince me présenta à Savolta, que je connaissais déjà pour l'avoir vu le soir où je m'étais rendu à la fabrique derrière Pajarito de Soto. C'était un homme d'un certain âge, mais pas vieux. Cependant, il avait un regard blafard, une vilaine couleur et des gestes et une voix tremblotants. Je supposai que quelque maladie le rongeait. Claudedeu, par contre, débordait de vitalité ; partout on entendait sa grosse voix et partout on voyait son corps de géant de conte enfantin. Il possédait le don de l'éclat de rire contagieux. Je remarquai sa main gantée et le bruit métallique qu'elle produisait contre les objets en les heurtant et l'image du colérique Claudedeu apostrophant Pajarito de Soto et frappant la table de réunion me revint. Je reconnus aussi Parells qui, la nuit funeste, occupait un siège proche de Savolta. L'expression d'intelligence qu'il dégageait, pas seulement dans ses yeux, mais aussi dans chaque trait de son visage de petite vieille, m'impressionna . Lepprince m'avait expliqué qu'il occupait le poste de conseiller financier et fiscal de l'entreprise. Son père avait été fusillé par les carlistes à Lérida pendant la dernière guerre et Pere Parells avait hérité du défunt une profonde dévotion pour le libéralisme. Il se glorifiait d'être libre penseur et athée, mais il accompagnait sa femme chaque dimanche à la messe, car « par le fait d'avoir contracté mariage, elle avait acquis le droit social d'être accompagnée ». Je dirai aussi que les femmes de ces messieurs et celles d'autres auxquelles je fus présenté me parurent toutes taillées sur le même patron et que je confondis leurs noms et leurs physionomies dès que j'eus conventionnellement baisé leurs mains.

***

Elena nous propose sa traduction :

Je lui promis de me comporter sagement. Nous allâmes jusqu’à sa maison dans sa voiture. Lepprince me présenta Savolta, que je connaissais déjà pour l’avoir vu la nuit où je me rendis à l’usine en quête de Pajarito de Soto. C’était un homme d’un certain âge, mais pas vieux. Néanmoins, il avait un regard émacié, un teint blême et ses gestes et sa voix tremblants. Je supposai qu’une maladie quelconque le rongeait. Claudedeu, en revanche, débordait de vitalité ; on entendait partout sa grosse voix et on voyait partout son corps de géant de conte de fées. Il possédait le don de l’éclat de rire contagieux. Je remarquai sa main gantée et le bruit métallique qu’elle produisait en butant contre les objets et j’eus de nouveau l’image du colérique Claudedeu apostrophant Pajarito de Soto et frappant sur la table de conférence. Je reconnus aussi Parells, lequel, la funeste nuit, occupait un siège près de Savolta. Je fus fort impressionné par l’expression d’intelligence qui revêtait non seulement ses yeux, mais aussi chaque trait de son visage. Lepprince m’avait expliqué qu’il occupait le poste de consultant financier et fiscal de l’entreprise. Son père avait été fusillé par les carlistes à Lérida, lors de la dernière guerre et Père Parells avait hérité du défunt d’une dévotion profonde pour le libéralisme. Il se vantait d’être libre-penseur et athée, mais chaque dimanche, il accompagnait sa femme à la messe parce que « du fait d’être mariés, elle avait acquis le droit social d’être accompagnée ». Je dois aussi dire que les femmes de ces messieurs, et d’autres auxquelles je fus présenté, me semblèrent toutes faites sur le même moule et je confondis leurs prénoms et leurs physionomies aussitôt avoir conventionnellement baisé leurs mains.

***

Jean-Nicolas nous propose sa traduction :

Je lui promis de me comporter sagement. Nous allâmes jusqu’à la maison à bord de sa voiture. Lepprince me présenta à Savolta que je connaissais déjà pour l’avoir vu le soir où j’étais venu à l’usine derrière Pajarito de Soto. C’était un homme d’un certain âge mais pas vieux. Cependant, il avait un regard blafard, mauvaise mine ainsi que des gestes et une voix tremblantes. Je supposai qu’une maladie le rongeait. Claudedeu, en revanche, débordait d’énergie ; partout on entendait sa grosse voix et partout on voyait son corps de géant de conte pour enfants. Il était doué de l’éclat de rire contagieux. Je remarquai sa main gantée et le bruit métallique qu’elle produisait contre les objets en les serrant ; il me revint l’image du colérique Claudedeu apostrophant Pajarito de Sol et frappant sur la table des réunions. Je reconnus aussi Parells qui, durant la nuit funeste, était assis près de Savolta. L’expression de l’intelligence que refermait non seulement ses yeux mais aussi chaque trait de son visage de vieille m’ impressionna. Lepprince m’avait expliqué qu’il était aux postes de conseiller financier et de procureur de l’entreprise. Son père avait été fusillé par les carlistes à Lérida au cours de la dernière guerre et Pere Parells avait hérité, du défunt, une profonde dévotion pour le libéralisme. Il se vantait d’être libre penseur et athée mais il accompagnait sa femme à la messe tous les dimanches car, pour s’être mariée, elle avait obtenu le droit social d’être accompagnée. Je dirai aussi que les épouses de ces messieurs et d’autres auxquelles je fus présenté me semblèrent toutes taillées à l’identique et, à peine leur eus-je baisé conventionnellement les mains que je confondis leurs prénoms et leurs physionomies.

Version de CAPES, 8 (à rendre pour le 1 septembre)

No sé qué día de Agosto del año 1816 llegó a las puertas dela Capitanía general de Granada cierto haraposo y grotescogitano, de sesenta años de edad, de oficio esquilador y deapellido o sobrenombre Heredia, caballero en flaquísimo ydestartalado burro mohino, cuyos arneses se reducían a unasoga atada al pescuezo; y, echado que hubo pie a tierra, dijocon la mayor frescura «que quería ver al Capitán general .»Excuso añadir que semejante pretensión excitó sucesivamentela resistencia del centinela, las risas de los ordenanzasy las dudas y vacilaciones de losedecanes antes de llegar aconocimiento del Excelentísimo Sr. D. Eugenio Portocarrero,conde del Montijo, a la sazón Capitán general del antiguoreino de Granada.... Pero como aquel prócer era hombre demuy buen humor y tenía muchas noticias de Heredia, célebrepor sus chistes, por sus cambalaches y por su amor a lo ajeno...,con permiso del engañado dueño, dió orden de que dejasenpasar al gitano.Penetró éste en el despacho de Su Excelencia, dando dospasos adelante y uno atrás, que era como andaba en las circunstanciasgraves, y poniéndose de rodillas exclamó:—¡Viva María Santísima y viva su merced, que es el amode toitico el mundo!—Levántate; déjate de zalamerías, y dime qué se te ofrece...—respondió el Conde con aparente sequedad.Heredia se puso también serio, y dijo con muchodesparpajo:—Pues, señor, vengo a que se me den los mil reales.—¿Qué mil reales?—Los ofrecidos hace días, en un bando, al que presente lasseñas de Parrón.—Pues ¡qué! ¿tú lo conocías?
—No, señor.
—Entonces...
—Pero ya lo conozco.
—¡Cómo!
—Es muy sencillo. Lo he buscado; lo he visto; traigo lasseñas, y pido mi ganancia.
—¿Estás seguro de que lo has visto?—exclamó el Capitángeneral con un interés que se sobrepuso a sus dudas.
El gitano se echó a reír, y respondió:—¡Es claro! Su merced dirá: este gitano es como todos,y quiere engañarme.—¡No me perdone Dios si miento!

Pedro Antonio de Alarcón, « La buenaventura »

***

Annabelle nous propose sa traduction :

Je ne sais quel jour d'août de l'année 1816 arriva aux portes du cabinet de l'état-major de Grenade un certain bohémien, dépenaillé et grotesque, âgé de soixante ans, tondeur de profession et nommé ou surnommé Heredia, cavalier d'un mulet efflanqué et bringuebalant dont le harnais se réduisait à une corde attachée autour du cou ; et, une fois qu'il eut mis pied à terre, il dit avec la plus grande impertinence « qu'il voulait voir le général ». J'évite d'ajouter que semblable prétention provoqua successivement la résistance de la sentinelle, les rires des ordonnances et les doutes et hésitations des aides de camp avant d'arriver à la connaissance de l'excellentissime monsieur D. Eugenio Portocarrero, comte du Montijo, à cette époque général en chef de l'ancien royaume de Grenade... Mais comme cet éminent personnage était un homme à l'humeur très gaie et qu'il avait beaucoup entendu parler d'Heredia, célèbre pour ses bons mots, ses brocantages et son amour du bien d'autrui... , avec l'autorisation du propriétaire trompé, il donna l'ordre qu'on laissât passer le bohémien. Celui-ci pénétra dans le bureau de Son Excellence, faisant deux pas en avant et un en arrière, ce qui était sa façon de marcher dans les circonstances graves, et, se mettant à genoux, il s'écria :
– Vive la Sainte Vierge Marie, et vive Votre Grâce, qui est le maître du monde entier !
– Lève-toi ; cesse ces cajoleries et dis-moi ce qui t'amène ici... – répondit le Comte avec une apparente sécheresse. Heredia devint également sérieux et dit avec beaucoup de faconde : – Eh bien, monsieur, je viens pour qu'on me donne les mille réaux. – Quels mille réaux ? – Ceux promis il y a plusieurs jours, par un édit, à celui qui présenterait l'adresse de Parrón. – Mais quoi ! Tu le connaissais ?
– Non, monsieur.
– Alors...
– Mais maintenant je le connais.
– Comment !
– C'est très simple. Je l'ai cherché ; je l'ai vu ; j'apporte l'adresse, et je demande mon dû.
– Es-tu sûr de ce que tu as vu ? – s'exclama le général avec un intérêt qui surpassa ses doutes.
Le bohémien se mit à rire, et répondit : – C'est clair ! Votre Grâce va dire : ce bohémien est comme tous les autres, et il veut me tromper.
– Non, Dieu me pardonne si je mens !

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Jean-Nicolas nous propose sa traduction :

J’ignore quel jour d’Août de l’an 1816 arriva, aux portes de la Capitainerie Générale, un certain gitan dépenaillé et grotesque, âgé de soixante ans, travaillant comme tondeur et appelé ou surnommé Heredia ; cavalier sur un bardot efflanqué, en piteux état et dont le harnais se réduisait à une corde attachée au cou. Une fois descendu de sa monture, il dit avec le plus grand culot qu’ « il souhaitait voir le Capitaine général ». Il va s’en dire qu’une telle prétention provoqua tour après tour la résistance de la sentinelle, les rires des ordonnances ainsi que les doutes et hésitations des aides de camp avant que l’Excellentissime Mr. Don Eugenio Portocarrero, comte de Montijo et à l’époque Capitaine générale de l’ancien royaume de Grenade, n’en soit informé…Mais comme cet illustre était un homme au très bon tempérament et qu’il en avait beaucoup entendu au sujet d’Heredia, célèbre pour ses plaisanteries, son troc et son amour pour l’étranger… ; sur la permission du propriétaire trompé, il donna l’ordre de laisser passer le gitan. Ce dernier entra dans le bureau de Son Excellence, faisant deux pas en arrière et un en avant, tel quelqu’un qui marchait en de graves circonstances et il s’agenouilla en s’exclamant : -Vive la Très Sainte Marie et vive sa majesté qui est le maître de tout le monde. -Lève-toi, cesse tes courbettes et dis- moi quel bon vent t’amène… répondit le comte d’un ton en apparence sec. Heredia devint également sérieux et dit avec un culot monstre : -Eh bien, monsieur, je viens pour que l’on me donne les mille réaux. –Quels mille réaux ? –Ceux promis il y a quelques jours, dans un arrêté, à celui qui donnera le signalement de Parrón. – Eh bien, quoi ! Tu le connaissais ?
-Non.
-Alors…
-Mais
-Comment !
-C’est très simple. Je l’ai cherché, l’ai vu, je vous fais part de son signalement et je demande mon dû.
-Es-tu certain de l’avoir vu ? s’exclama le Capitaine général d’une curiosité qui se greffa à ses doutes.
Le gitan se mit à rire et répondit : Bien sûr ! Sa majesté dira : ce gitan est comme tout le monde et il veut me tromper. –Que Dieu me damne si je mens!

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Justine nous propose sa traduction :

Je ne sais quel jour d’août de l’an 1816, arriva aux portes de la Capitainerie générale de Grenade, un certain gitan grotesque et en haillons, âgé de soixante ans, barbier de profession et ayant pour nom de famille, ou surnom Heredia. Il chevauchait un très famélique et disproportionné âne noir, dont les harnais se réduisaient à une corde attachée autour du cou. Dès qu’il eut mis pied à terre, il déclara avec un culot monstre « qu’il voulait voir le Capitaine général. » Je n’ai pas besoin d’ajouter qu’une telle prétention suscita successivement la résistance de la sentinelle, les rires des ordonnances, ainsi que les doutes et les hésitations des aides de camp, avant de parvenir aux oreilles de l’excellentissime Don D. Eugenio Portocarrero, comte del Montijo, à cette époque-là Capitaine général de l’ancien royaume de Grenade… Mais comme cet homme illustre était un homme doté de beaucoup d’humour, et avait beaucoup de nouvelles d’Heredia, connu pour ses blagues, ses talents de brocanteur et son amour de ce qui ne lui appartenait pas…, avec la permission du maître des lieux dupé, on donna l’ordre de laisser entrer le gitan. Ce dernier pénétra dans le bureau de son Excellence, en faisant deux pas en avant et un pas en arrière, c’est de cette façon qu’on marchait en de graves circonstances, et s’agenouillant il s’exclama : - « Vive la très sainte Vierge Marie, et vive votre seigneurie, qui est le maître du monde entier ! »
- « Lève toi, arrête les flatteries, et dis-moi ce qui t’amène… »- répondit le comte d’un ton très sec. Heredia devint sérieux lui aussi, et dit avec beaucoup d’aplomb :
- « Eh bien, monsieur, je viens pour que vous me donniez les mille réaux. »
- « Quels mille réaux ? »
- « Ceux que vous avez promis il y a quelques jours déjà, par un ban, à la personne qui donnerait le signalement de Parrón. »
- « Et donc ! Tu le connaissais ? »
- « Non, monsieur. »
- « Alors… »
- « Mais je le connais désormais. »
- « Qu’est ce que cela veut dire ? »
- « C’est très simple. Je l’ai cherché ; je l’ai vu ; j’apporte son signalement, et je demande ma récompense. »
- « Tu es sûr de l’avoir vu ? » - s’exclama le Capitaine général avec un intérêt qui prit le pas sur ses doutes.
Le gitan se mit à rire et répondit : -« Bien sûr ! Sa seigneurie va dire : ce gitan est comme tous les autres, et il veut me duper.- Dieu ne me pardonnera pas si je mens ! »

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Elena nous propose sa traduction :

Je ne sais quel jour du mois d’août de l’an 1816 parvint aux portes de la Capitainerie Générale de Grenade certain gitan dépenaillé et grotesque, âgé de soixante ans, ayant comme métier tondeur de moutons et comme nom ou surnom « Heredia », un cavalier sur un âne noir très efflanqué et infirme, dont les harnais étaient réduits à une corde attachée à son cou ; et, dès qu’il mit pied à terre, il dit avec beaucoup d’aplomb « qu’il voulait voir le Capitaine Général ».
Je m’excuse d’ajouter que pareille prétention excita successivement la résistance de la sentinelle, les rires des garçons de bureau et les doutes et vacillements des adjudants avant que l’Excellentissime Monsieur Don Eugenio Portocarrero, Comte de Montijo et, à l’époque, Capitaine Général de l’ancien royaume de Grenade, prenne connaissance. Mais comme ce haut dignitaire était un homme de très bonne humeur et qu’il avait beaucoup entendu parler d’Heredia, célèbre pour ses plaisanteries, ses escroqueries et son amour des biens d’autrui…, avec la permission du propriétaire dupé, il ordonna de laisser passer le gitan.
Celui-ci pénétra dans le bureau de Son Excellence, en faisant deux pas en avant et un pas en arrière, c’était ainsi qu’il marchait lors de graves circonstances, et en se mettant à genoux, il s’exclama :
― Vive la Très Sainte Vierge Marie et vive Vous, qui êtes le maître de tout le monde !
― Lève-toi, arrête ces flatteries, et dis-moi ce que tu veux… ― répondit le Comte d’un faux ton sec.
Heredia devint sérieux lui aussi, et dit avec beaucoup de désinvolture :
― Mais, Monsieur, je viens pour qu’on me donne les mille réaux.
― Quels mille réaux ?
― Ceux qu’on a proposés il y a quelques jours, dans un communiqué, à celui qui signalerait Parrón.
― Parce que tu le connaissais ?
― Non, Monsieur.
― Alors…
― Mais maintenant, je le connais.
― Comment !
― C’est très simple. Je l’ai cherché ; je l’ai vu ; je le signale et je demande mon dû.
― Tu es sûr de l’avoir vu ? ― Exclama le Capitaine Général avec un intérêt qui surmonta ses doutes.
Le gitan se mit à rire, et répondit :
― C’est évident ! Vous allez dire : ce gitan est comme tous les autres, et il veut me tromper. Dieu ne me pardonne pas si je mens !

Entretien avec un imprimeur (Imprimeries Luthringer), réalisé par Olivier Marchand

Comment en êtes-vous venu au métier d'imprimeur ?
Moi personnellement...? Parce que moi, je suis commerciale dans l'imprimerie, et je suis venu au métier de l'imprimerie parce que mon mari a ouvert une imprimerie à l'époque et j'ai quitté mon métier d'employée de banque pour m'orienter dans l'imprimerie et j'y suis restée.

Est-ce que vous pouvez me dire quelques mots sur votre entreprise ? Depuis combien de temps existe-t-elle, où est-elle implantée ?
Alors, si ça vous arrange, moi, je veux bien vous répondre mais, on a un site où vous risquez d'avoir tous ces éléments. Je vous donne notre site ?

Alors je veux bien prendre l'adresse, mais j'ai quelques questions à vous poser et je ne sais pas si je pourrais trouver les réponses sur un site internet. Mais je veux bien prendre l'adresse quand même.
Alors, c'est www.imprimerieluthringer.fr . Donc là, vous avez toute l'antériorité de l'imprimerie, toutes les machines que nous utilisons. Tout y est indiqué.

Je ne sais pas si cela apparaîtra sur le site, est-ce que vous pouvez me dire combien l'entreprise compte-t-elle de salariés ?
15.

15, d'accord. Et sur quels postes sont répartis les salariés ?
Il y a des bureaux, enfin l'administratif, un atelier P.A.O. (publication assistée par ordinateur) et l'atelier machine.

J'ai pu voir sur le site internet sur lequel j'ai trouvé vos coordonnées que vous aviez obtenu les labels Imprim'vert et PEFC ? Sur quel critères se fondent ces labels, à quoi correspondent-ils ?
Pour Imprim'vert, ça veut dire que l'on s'engage à faire recueillir tous nos produits nocifs et de ne pas les rejeter dans la nature ; on vient nous les retirer tous les mois, chercher les bidons des produits, alors qu'avant c'était mis un peu comme ça. Et puis PEFC, c'est contre la déforestation. On s'engage à prendre du papier qui est fait dans le cadre d'une démarche écologique.

Je vois. Une autre question, pour quelles types d'entreprises travaillez-vous ?
Alors, on travaille principalement avec des, enfin, principalement non, on travaille avec des P.M.E., et on travaille aussi pour l'administration, quelques particuliers, pratiquement pas.

Pourquoi très peu avec des particuliers, c'est une question de taille de commande ?
Oui. Nous n'avons pas le matériel pour faire cent cartes de visites par exemple. Et puis, sinon, pas mal de labos pharmaceutiques.

Cela vous arrive de travailler avec des éditeurs ?
Non, non. On n'est pas spécialisés pour faire du livre.

Les commandes, comment se font-elles ? Les clients entrent avec vous par le biais du téléphone, d'Internet ou sur place directement ?
Un peu de tout. Souvent, on nous fait des demandes par Internet. Sinon par téléphone. Des très vieux clients avec qui on travaille, souvent par téléphone. Ou par fax, on nous passe une commande par fax et puis… Mais c'est vrai que maintenant, de plus en plus, par Internet.

Vous parliez justement de vieux clients. Est-ce que vous entretenez avec eux des liens particuliers. Cela vous arrive-t-il de les conseillers sur la qualité du papier… ?
Ça fait partie de notre travail, surtout moi, en tant que commerciale. Notre travail, c'est un travail de conseil, principalement.

Ce sera une toute dernière question. Est-ce que vous pouvez nous expliquer, en gros, quelles sont les différentes étapes entre la remise du fichier par le client et, de votre côté, la livraison de l'objet ?
Alors, on nous envoie un fichier par le Net, généralement. Le fichier, on le traite, nous, sur notre ordinateur, en fonction du format de la machine. Ensuite, ça passe par un CTP (« computer to plate », traditionnellement appelé « ordinateur vers plaque ») alu. Maintenant, il n'y a plus de film, on part de l'ordinateur et on sort directement aux plaques alu, par l'intermédiaire d'un CTP. Et ensuite, les plaques sont mises en machine. On imprime. Ensuite, on massicote. On fait du façonnage, s'il y a du façonnage : une agrafe ; si c'est une brochure, deux agrafes métal ; pliage pour un dépliant. On fait donc le façonnage après le massicotage, et ensuite, mise en carton et livraison.

C'était ma dernière question. Je vous remercie pour le temps que vous avez bien voulu m'accorder.
De rien. Et n'hésitez pas à aller sur notre site si vous avez besoin de plus d'informations.

jeudi 1 septembre 2011

Quel est le sens de l'expression…

CROQUER LE MARMOT ?

À vos dicos…, 142

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : GOGUENARD

Mon bilan d'année, par Olivier Marchand

Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage et comme c'est celui-là qui conquit la toison.

Un jeune homme qui laisse derrière lui la cheminée fumante de sa chaumière bretonne et des parents tristes de le voir s'éloigner d'eux, mais néanmoins heureux qu'il entreprenne un tel voyage. Sur le quai, son laisser-passer à la main et un sourire aux lèvres, il dit au revoir à sa contrée natale, salue son Loire Gaulois, son petit Liré, et grimpe les quelques marches qui le conduisent au cœur de l'embarcation. Là, l'attendent six compagnons de bord avec lesquels il partagera ce voyage. C'est avec eux et grâce à eux qu'il pourra surmonter les épreuves qui l'attendent, vaincre les obstacles qui se dresseront sur son passage et combattre les monstres qui assailliront, à chaque instant, le navire qui l'amène au loin. Il n'est pas seul. Outre ses camarades, une force supérieure, Athéna Lepagienne, veille sur eux : divinité de la ruse et de la sagesse, elle a décidé de protéger de sa personne cette frêle embarcation.
Le navire s'éloigne sous un ciel immaculé, mais, à peine quelques milles effectués, il lui faut déjà combattre un premier ennemi. Dans un ballet aquatique, les sirènes font leur apparition et viennent caresser, de leurs doigts nacrés, le bois de la coque. Leurs chants envoutants, qui invitent à l'oisiveté et à la paresse, se frayent un chemin jusqu'aux oreilles du jeune homme. Ces douces paroles, qui ont déjà, il y a bien longtemps, eu sur lui l'effet escompté, viennent lui chatouiller la conscience et se font de plus en plus persistantes. C'est retranché dans une cale et les tympans percés que le jeune homme trouve l'antidote à ces langoureuses supplications. Enfermé et renfermé pendant des jours, il finit par oublier ces appels à l'indolence et se laisse emporter sur les flots de la volonté.
Les semaines passent, paisibles, heureuses, partagées entre les travaux et la lecture d'incunables. Les ennemis semblent avoir abandonné leurs turpitudes à son égard et le navire fend les flots sans embûches. Mais un beau jour, quelques temps après son départ, par un après-midi brumeux, le jeune marin reçoit un message de la divinité Lepagienne. Sur un simple vélin, est inscrit le message suivant :

« Au cours du mois de Mœmactérion,
avant le solstice d'hiver,
tu devras, en ta possession,
avoir ta Toison de liber.
En son absence, je ne saurais
te dire en quelle saison
moi, Athéna, te laisserai
revoir le toit de ta maison. »

En proie à l'anxiété, le jeune marin parcoure les mers intérieures, l'œil aux aguets, l'esprit affuté, à la recherche de sa toison. Voguant sans relâche pendant des jours et des nuits, il finit par débarquer au pays lestrygon. L'île est fascinante. Il se promène dans les champs d'orangers, se balade sur les sables blancs de la côte et quelques heures après avoir accosté, il trouve, étendue au beau milieu d'un sanctuaire à l'effigie du Dieu des mers, une toison de liber parsemé de fleurs de safran. À peine son index a-t-il effleuré le doux objet qu'une certitude pénètre son esprit : il tient entre ses mains l'objet de ses désirs, la toison de liber qu'avidement il recherchait. Il lui faut l'arracher à son berceau originel, le dérober et l'emporter, dans sa besace, à bord du navire.
Allant de Charybde en Scylla, le jeune homme parvient à dompter ladite toison. Il la découvre, la caresse, l'observe dans ses moindres détails, la débarrasse de ses parties obscures et se l'approprie. Désormais, elle est sienne et sienne elle restera. Le Dieu Poséidon, voulant se venger de l'affront que le jeune marin a commis en profanant un lieu sacré qui lui était dédié, fait, en de nombreuses occasions, vaciller l'embarcation, menaçant parfois de la faire chavirer. Il déclenche des vagues affamées de ravage sur le fragile navire de bois, cherchant de la sorte à arracher, à l'esprit du jeune homme, l'assurance de la réussite. Il est sur le point d'y parvenir bien des fois, mais le jeune marin, tenant d'une main ferme le gouvernail du navire garde le cap sur son objectif.
Et bien des lunes plus tard, les bras engourdis de fatigue, l'esprit harassé et les mains tétanisées à force de serrer contre lui sa toison, le jeune marin aperçoit, enfin, le port blanc qui l'a vu partir. Les jambes vacillantes, en proie au doute, il foule la terre ferme, se dirige sans tarder vers le cœur du sanctuaire et dépose, dans un coffre doré estampillé d'un oiseau-flèche, la toison, à l'attention des dieux de l'Olympe.
Le cœur léger, l'esprit rasséréné, il referme le coffre et regagne, plein d'usage et raison, le séjour qu'ont bâti ses aïeux. Aujourd'hui encore, derrière le clos de sa pauvre maison, le jeune marin attend la réaction des Dieux. Ont-ils, oui ou non, apprécié l'offrande ? Leur réponse ne devrait plus tarder…