Plateforme communautaire et participative de traduction espagnol / français ; français / espagnol – Université Paris Nanterre
lundi 20 décembre 2010
À propos de l'atelier tutoré de Marianne Millon
La séance du 14 janvier est annulée et reportée au 1e avril…
Petit cafouillage
Une programmation massive de posts pour les jours prochains m'a fait commettre quelques petits cafouillages, notamment dans les dates. Raison de la publication anticipée de « À vos dicos !, 28 » (initialement prévue pour lundi prochain) et de la mise en garde suivante : n'omettez pas de faire un mini-voyage dans l'ascenseur (rassurez-vous, rien de commun avec « Esos ascensores de miércoles » dont nous a parlés García Márquez) pour descendre voir ce qui se publie au fur et à mesure, au cours de cette semaine.
dimanche 19 décembre 2010
Entretien avec Fernando Tabernero Estévez et Laurent Béreau de la librairie Contraportada, Bordeaux
1) Comment êtes-vous devenus libraires ?
Les deux associés (Fernando Tabernero Estévez et Laurent Béreau) viennent à la fois du monde de l’éducation (E/LE : Espagnol Langue Etrangère) et du monde de l’édition, en Espagne. Nous n’avons pas reçu de formation théorique particulière aux métiers du livre en général, ni au métier de libraire en particulier.
Dans notre ancien emploi, nous étions appelés à voyager très souvent dans le monde entier. C’est un métier passionnant mais aussi physiquement épuisant. Lors de nombreux voyages, nous avons eu l’occasion de visiter des librairies espagnoles et de rencontrer les libraires (en Pologne, en Suisse, au Canada, etc.). L’idée pour nous est devenue « évidente » suite à plusieurs de ces rencontres…
2) Comment est née cette librairie?
Elle est née tout d’abord d’un vieux rêve commun aux deus associés, le typique « rêve d’enfant » : certain veulent être plus tard pompier, médecin, infirmière, etc. Nous nous voulions être… libraire !!!
L’idée de la librairie Contraportada est née de l’idée d’offrir et diffuser toute la richesse de la culture en espagnol, dans un espace non seulement de vente mais aussi d’échange et de rencontre autour de la langue espagnole.
3) Nous n'avions plus de librairie espagnole à Bordeaux. Est-ce pour cela que vous avez décidé de vous implanter ici ? Y a t-il d'autres raisons ?
Nous avions décidé d’ouvrir une librairie spécialisée dans la langue espagnole (secteur que nous connaissions mieux que d’autres littératures, langues, etc.). Dès lors, pour nous installer, nous devions quitter l’Espagne et «éviter» les pays hispanophones… Après avoir pensé à Lisbonne (Portugal) nous nous sommes décantés pour la France. Pour différents motifs (pécuniaires, de faisabilité, mais aussi de motivation…), nous avons écarté Paris.
Après une étude de marché, nous nous sommes orientés, notamment, vers les Académies de l’Education Nationale qui comptaient le plus d’ «apprenants» d’espagnol.
Finalement nous avons du choisir entre Toulouse et Bordeaux.
Là, le tissu économique local et les caractéristiques spécifiques du secteur des librairies, le fait qu’effectivement Bordeaux avait eu pendant 40 ans une librairie espagnole et que beaucoup de gens se sentaient «orphelins» depuis sa fermeture en 2005/2006, ont fait la différence. Le choix définitif a donc été Bordeaux
4) Quel type d'ouvrages proposez-vous aux lecteurs ? Avez-vous ciblé un type en particulier ?
Contraportada propose d’une part, les ouvrages de tous les auteurs espagnols et latino-américains.
Romans, nouvelles et essais récemment publiés
Les classiques de la littérature espagnole
Bandes dessinées
Histoire, culture, politique
Livres pour enfants
Etc.
Certains titres sont aussi proposés en français, mais toujours d’auteurs hispanophones.
Nous présentons également les méthodes et matériels pédagogiques complémentaires les plus actuels pour l’enseignement de l’espagnol (E/LE).
Enfin, nous offrons un éventail de guides touristiques sur les pays d’Amérique Latine et l’Espagne, de DVD en VO, dictionnaires, revues littéraires et magazines culturels en langue espagnole.
Trois grands groupes de clients :
Personnes d’origine espagnole ; espagnols et latino-américains.
Professeurs et étudiants d’espagnol (université, Sections Internationales, etc.) à titre individuels ;
Etablissements d’enseignement (lycées, collèges, écoles, facultés), associations et/ou institution culturelles ayant un lien avec la langue, son enseignement et la diffusion de sa culture.
5) Comment travaillez-vous avec les éditeurs ?
Nous travaillons principalement avec des éditeurs espagnols ou latino-américains, soit directement avec eux (quand le volume de commandes est suffisant pour qu’ils nous ouvrent un compte), soit à travers de distributeurs (espagnols, mexicain, etc.).
Pour les titres en français, nous passons par les principaux distributeurs/diffuseurs (Sodis, UD, Interforum, etc.).
6) Quels sont vos rapports avec eux ?
Ce sont principalement des rapports fournisseurs/clients, qui sont bons dans l’ensemble. Certains éditeurs espagnols ont su faire un effort particulier pour nous aider dans notre lancement (au niveau des remises accordées, des délais de paiement…).
7) Plus généralement, comment travaillez-vous?
Nous sommes deux associés à part égale. Nous avons le statut de travailleurs non salariés (TNS) et n’avons pas de personnel. Cela veut dire que nous faisons tout nous-mêmes.
8) Comment choisissez-vous les livres que vous vendez?
À partir de plusieurs critères :
commerciaux : auteurs les plus vendus, best-sellers, modes, etc.
les classiques de la littérature, les lectures obligatoires de la fac, des établissements scolaires, pour la préparation des concours, etc.
des critères personnels (goûts et coup de cœurs personnels), d’éthique, etc.
9) Quel genre de lecteurs êtes-vous ?
De grands lecteurs en quantité et, autant que faire se peut, en qualité !!! Nous sommes, en plus, assez complémentaires, chacun avec ses goûts : l’un très orienté vers la poésie, l’autre plus vers l’histoire, la politique, les biographies… Dans les deux cas, nous « faisons nos devoirs de libraire » en lisant notamment les nouvelles publications, (romans, essais, etc.), pour pouvoir en parler à nos clients et les conseiller le mieux possible.
10) Pour vous, qu'est-ce qu'un traducteur ?
Un professionnel ayant reçu une formation linguistique mais aussi une formation technique particulière à ce métier.
11) Travaillant dans un milieu bilingue, avez-vous déjà été tenté par la traduction ?
Non, pour les raisons évoquées ci-dessus. Être bilingue est une (bonne) chose, être un professionnel de la traduction ou de l’interprétariat en est une autre…
12) Si vous deviez nous conseiller trois livres, quels seraient-ils ?
Très dur…. Disons :
- Don Quichotte ¡ por supuesto !
- n’importe quel titre de F. Garcia Lorca ou Miguel Hernandez
- un recueil de poésies d’Alejandra Pizarnik…
13) Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à des apprentis traducteurs (qui peuvent ensuite se diriger vers les métiers du livre) ?
Travailler dur non seulement les compétences linguistiques, mais aussi les techniques de traduction.
Être curieux de tous les types de publication, romans, poésie, etc.
Être curieux !!!!
Les deux associés (Fernando Tabernero Estévez et Laurent Béreau) viennent à la fois du monde de l’éducation (E/LE : Espagnol Langue Etrangère) et du monde de l’édition, en Espagne. Nous n’avons pas reçu de formation théorique particulière aux métiers du livre en général, ni au métier de libraire en particulier.
Dans notre ancien emploi, nous étions appelés à voyager très souvent dans le monde entier. C’est un métier passionnant mais aussi physiquement épuisant. Lors de nombreux voyages, nous avons eu l’occasion de visiter des librairies espagnoles et de rencontrer les libraires (en Pologne, en Suisse, au Canada, etc.). L’idée pour nous est devenue « évidente » suite à plusieurs de ces rencontres…
2) Comment est née cette librairie?
Elle est née tout d’abord d’un vieux rêve commun aux deus associés, le typique « rêve d’enfant » : certain veulent être plus tard pompier, médecin, infirmière, etc. Nous nous voulions être… libraire !!!
L’idée de la librairie Contraportada est née de l’idée d’offrir et diffuser toute la richesse de la culture en espagnol, dans un espace non seulement de vente mais aussi d’échange et de rencontre autour de la langue espagnole.
3) Nous n'avions plus de librairie espagnole à Bordeaux. Est-ce pour cela que vous avez décidé de vous implanter ici ? Y a t-il d'autres raisons ?
Nous avions décidé d’ouvrir une librairie spécialisée dans la langue espagnole (secteur que nous connaissions mieux que d’autres littératures, langues, etc.). Dès lors, pour nous installer, nous devions quitter l’Espagne et «éviter» les pays hispanophones… Après avoir pensé à Lisbonne (Portugal) nous nous sommes décantés pour la France. Pour différents motifs (pécuniaires, de faisabilité, mais aussi de motivation…), nous avons écarté Paris.
Après une étude de marché, nous nous sommes orientés, notamment, vers les Académies de l’Education Nationale qui comptaient le plus d’ «apprenants» d’espagnol.
Finalement nous avons du choisir entre Toulouse et Bordeaux.
Là, le tissu économique local et les caractéristiques spécifiques du secteur des librairies, le fait qu’effectivement Bordeaux avait eu pendant 40 ans une librairie espagnole et que beaucoup de gens se sentaient «orphelins» depuis sa fermeture en 2005/2006, ont fait la différence. Le choix définitif a donc été Bordeaux
4) Quel type d'ouvrages proposez-vous aux lecteurs ? Avez-vous ciblé un type en particulier ?
Contraportada propose d’une part, les ouvrages de tous les auteurs espagnols et latino-américains.
Romans, nouvelles et essais récemment publiés
Les classiques de la littérature espagnole
Bandes dessinées
Histoire, culture, politique
Livres pour enfants
Etc.
Certains titres sont aussi proposés en français, mais toujours d’auteurs hispanophones.
Nous présentons également les méthodes et matériels pédagogiques complémentaires les plus actuels pour l’enseignement de l’espagnol (E/LE).
Enfin, nous offrons un éventail de guides touristiques sur les pays d’Amérique Latine et l’Espagne, de DVD en VO, dictionnaires, revues littéraires et magazines culturels en langue espagnole.
Trois grands groupes de clients :
Personnes d’origine espagnole ; espagnols et latino-américains.
Professeurs et étudiants d’espagnol (université, Sections Internationales, etc.) à titre individuels ;
Etablissements d’enseignement (lycées, collèges, écoles, facultés), associations et/ou institution culturelles ayant un lien avec la langue, son enseignement et la diffusion de sa culture.
5) Comment travaillez-vous avec les éditeurs ?
Nous travaillons principalement avec des éditeurs espagnols ou latino-américains, soit directement avec eux (quand le volume de commandes est suffisant pour qu’ils nous ouvrent un compte), soit à travers de distributeurs (espagnols, mexicain, etc.).
Pour les titres en français, nous passons par les principaux distributeurs/diffuseurs (Sodis, UD, Interforum, etc.).
6) Quels sont vos rapports avec eux ?
Ce sont principalement des rapports fournisseurs/clients, qui sont bons dans l’ensemble. Certains éditeurs espagnols ont su faire un effort particulier pour nous aider dans notre lancement (au niveau des remises accordées, des délais de paiement…).
7) Plus généralement, comment travaillez-vous?
Nous sommes deux associés à part égale. Nous avons le statut de travailleurs non salariés (TNS) et n’avons pas de personnel. Cela veut dire que nous faisons tout nous-mêmes.
8) Comment choisissez-vous les livres que vous vendez?
À partir de plusieurs critères :
commerciaux : auteurs les plus vendus, best-sellers, modes, etc.
les classiques de la littérature, les lectures obligatoires de la fac, des établissements scolaires, pour la préparation des concours, etc.
des critères personnels (goûts et coup de cœurs personnels), d’éthique, etc.
9) Quel genre de lecteurs êtes-vous ?
De grands lecteurs en quantité et, autant que faire se peut, en qualité !!! Nous sommes, en plus, assez complémentaires, chacun avec ses goûts : l’un très orienté vers la poésie, l’autre plus vers l’histoire, la politique, les biographies… Dans les deux cas, nous « faisons nos devoirs de libraire » en lisant notamment les nouvelles publications, (romans, essais, etc.), pour pouvoir en parler à nos clients et les conseiller le mieux possible.
10) Pour vous, qu'est-ce qu'un traducteur ?
Un professionnel ayant reçu une formation linguistique mais aussi une formation technique particulière à ce métier.
11) Travaillant dans un milieu bilingue, avez-vous déjà été tenté par la traduction ?
Non, pour les raisons évoquées ci-dessus. Être bilingue est une (bonne) chose, être un professionnel de la traduction ou de l’interprétariat en est une autre…
12) Si vous deviez nous conseiller trois livres, quels seraient-ils ?
Très dur…. Disons :
- Don Quichotte ¡ por supuesto !
- n’importe quel titre de F. Garcia Lorca ou Miguel Hernandez
- un recueil de poésies d’Alejandra Pizarnik…
13) Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à des apprentis traducteurs (qui peuvent ensuite se diriger vers les métiers du livre) ?
Travailler dur non seulement les compétences linguistiques, mais aussi les techniques de traduction.
Être curieux de tous les types de publication, romans, poésie, etc.
Être curieux !!!!
Version pour le 18 décembre
Deploro a los lectores que vienen a decirme que "se rieron" con mis libros, y me quejo amargamente de ellos. Lo he hecho en forma oral o por escrito cuantas veces se ha presentado la ocasión. Es un lamento constante en mí; puedo decir sin exagerar que esos comentarios han envenenado mi vida de escritor. Me repito, es inevitable, pero se debe a que la causa también se repite, me lo dicen de cada libro que publico: cómo me reí, cómo me reí. Todos mis libros, todos mis lectores. No voy a extenderme en los motivos por los que aborrezco del humor en la literatura (eso es cosa mía), porque creo que aunque mis ideas al respecto fueran distintas, y hasta opuestas, la reincidencia, ya tan previsible, de ese "elogio", seguiría siendo un gesto descortés, con un matiz paternalista, desdeñoso, y, conociendo mis sentimientos, directamente agresivo. Cuando lo comento con amigos o colegas, siempre me responden que mis novelas contienen efectivamente elementos humorísticos, incluso chistes, y que es inevitable reírse porque funcionan, son eficaces, ingeniosos, originales. Me dan ejemplos, con los que ellos mismos se rieron en su momento, y cuando me los cuentan a veces yo también me río, ya que estoy. Pero ahí no está el problema. Me molesta que me lo digan, y que sea lo único que me dicen. Si se quedaron ahí, es porque no encontraron nada más. La risa es la única reacción que me mencionan. Nunca me dicen que se conmovieron, o que se interesaron, o que los hizo pensar o soñar. "Leí tu último libro: ¡cómo me reí!" Ahí se termina todo. Y si advierten, por mi silencio o mi cara de disgusto, que el elogio cayó mal, y quieren explayarse para arreglarlo, me cuentan "cómo" se rieron: a carcajadas, con lágrimas que les impedían seguir la lectura, hasta que les dolían las costillas, hasta que la esposa venía a preguntarles qué les pasaba, etc. Una vez o dos o tres yo lo habría aceptado de buena gana; no soy un maniático. ¿Pero treinta años de oír lo mismo? ¿Decenas de libros de risas y nada más que risas? No puedo concebir que a un escritor de verdad, a cualquiera de mis ídolos o modelos, se le acercaran los lectores a decirles cuánto se habían reído con sus libros. Los que tratan de consolarme me dicen que no hay mala intención: el libro les ha gustado, quieren decírmelo rápido y sin entrar en análisis que podrían parecer pedantes o fuera de lugar, y lo que encuentran más a mano es eso. Después de todo, la risa es un valor positivo; se asocia con la felicidad, con la alegría, con la satisfacción. No me convencen. Lo peor es cuando recurren a esa estúpida distinción: no se ríen "de" vos, se ríen "con" vos. ¿Ah sí? ¡Pero sucede que yo no me río cuando escribo! No podría decir por qué escribo (mucho menos podría decir por qué sigo escribiendo, después de tanta risa) pero puedo asegurar que no lo hago para provocarme, ni provocarle a nadie, una reacción visceral, irracional, animal, como es la risa, como no escribo para provocar ladridos o relinchos. Si es todo lo que tienen que decirme, prefiero que no me digan nada. Además, he dicho muchas veces que me molesta, que me deprime, ¿entonces por qué siguen haciéndolo? Y aunque no lo hubiera dicho, basta pensarlo un momento, basta tener el más leve conocimiento del trabajo solitario y difícil de un escritor, para darse cuenta de que es una grosería. Sólo estaría justificado con el autor de uno de esos libros que se llaman "Nuevos Chistes de Gallegos" o cosas por el estilo.
César Aira, Cómo me reí
***
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Vanessa nous propose sa traduction :
Je déplore le fait que des lecteurs viennent me dire qu'ils « ont ri » avec mes livres, et je me plains amèrement d'eux. Je l'ai fait, oralement ou par écrit, autant de fois que l'occasion s'est présentée. C'est une lamentation constante en moi : je peux dire sans exagérer que ces commentaires ont empoisonné ma vie d'écrivain. Je me répète, c'est inévitable, mais c'est parce que la cause aussi se répète ; on me le dit à chacun des livres que je publie : « comme j'ai ri , comme j'ai ri ! » Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m'étendre sur les raisons qui font que j'abhorre l'humour en littérature (ce sont mes affaires), puisque je crois que même si mes idées à ce sujet étaient différentes, voire opposées, la récidive, si prévisible désormais, de cet « éloge » continuerait d'être un geste impoli, avec une nuance paternaliste, dédaigneuse, et, connaissant mes sentiments, directement agressive. Quand j'en parle avec mes amis ou mes collègues, ils me répondent toujours que mes romans contiennent en effet des éléments humoristiques, voire des blagues, et qu'il est impossible de ne pas rire puisqu'elles fonctionnent, qu'elles sont efficaces, ingénieuses, et originales. Ils me citent des exemples dont ils ont ri eux-mêmes sur le moment, et lorsqu'ils me les racontent parfois je ris aussi, tant que j'y suis. Mais le problème n'est pas là. Je suis gêné qu'ils me le disent, et que ce soit la seule chose qu'ils me disent. S'ils en sont restés là, c'est parce qu'ils n'y ont rien trouvé d'autre. Le rire est l'unique réaction qu'ils mentionnent. Ils ne montrent jamais qu'ils ont été émus, intéressés, ni que cela les a fait réfléchir ou rêver. « J'ai lu ton dernier livre : comme j'ai ri ! » Et c'est tout. S'ils se rendent compte, à cause de mon silence ou de ma mine dégoûtée, que je n'ai pas apprécié l'éloge, et veulent s'étendre en paroles pour arranger les choses, ils se mettent alors à me raconter « comment » ils ont ri : aux éclats, aux larmes – cela les a empêché de lire –, jusqu'à se faire mal aux côtes, tant et si bien que leur femme est venue demander ce qu'il se passait, etc. Une fois, deux fois, trois fois, j'aurais accepté de bonne grâce ; je ne suis pas maniaque. Mais entendre trente fois la même chose ? Des dizaines de livres de rires et seulement de rires ? Non, je ne peux pas concevoir que les lecteurs, s'approchant d'un véritable écrivain, ou de n'importe lequel de mes idoles ou modèles, leur révèlent combien ils ont ri avec leurs livres. Ceux qui tentent de me consoler affirment que cela ne part pas d'une mauvaise intention : le livre leur a plu, ils veulent me le dire rapidement, sans se perdre en analyses qui pourraient paraître pédantes ou hors de propos ; c'est là tout ce qu'ils ont sous la main. Après tout, le rire est une valeur positive ; il est associé au bonheur, à la joie, à la satisfaction. Mais ils ne me convainquent pas. Le pire arrive lorsqu'ils ont recours à cette stupide distinction : ils ne se rient pas « de » vous, mais « avec » vous. Ah oui ? Il se trouve que je ne ris pas au moment où j'écris ! Je ne pourrais pas expliquer pourquoi j'écris (encore moins pourquoi je continue à écrire, devant tant de rires), mais je peux assurer que je ne le fais pas pour provoquer chez moi, ni chez personne, une réaction viscérale, irrationnelle, animale comme l'est le rire, de la même manière que je n'écris pas pour déclencher des aboiements ou des hennissements. Si c'est là tout ce qu'ils ont à me dire, je préfère qu'ils se taisent. De plus, j'ai expliqué plusieurs fois que cela me dérange, que cela me déprime, alors, pourquoi continuent-ils ? Et quand bien même je ne l'aurais pas dit, il suffit d'y réfléchir un instant, il suffit d'avoir la moindre connaissance de ce que représente le travail solitaire et difficile d'un écrivain, pour se rendre compte que c'est une grossièreté. Cela se justifierait uniquement dans le cas de l'auteur d'un de ses livres qui s'intitulent « Nouvelles blagues de Galiciens », ou des choses de ce genre.
Je déplore le fait que des lecteurs viennent me dire qu'ils « ont ri » avec mes livres, et je me plains amèrement d'eux. Je l'ai fait, oralement ou par écrit, autant de fois que l'occasion s'est présentée. C'est une lamentation constante en moi : je peux dire sans exagérer que ces commentaires ont empoisonné ma vie d'écrivain. Je me répète, c'est inévitable, mais c'est parce que la cause aussi se répète ; on me le dit à chacun des livres que je publie : « comme j'ai ri , comme j'ai ri ! » Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m'étendre sur les raisons qui font que j'abhorre l'humour en littérature (ce sont mes affaires), puisque je crois que même si mes idées à ce sujet étaient différentes, voire opposées, la récidive, si prévisible désormais, de cet « éloge » continuerait d'être un geste impoli, avec une nuance paternaliste, dédaigneuse, et, connaissant mes sentiments, directement agressive. Quand j'en parle avec mes amis ou mes collègues, ils me répondent toujours que mes romans contiennent en effet des éléments humoristiques, voire des blagues, et qu'il est impossible de ne pas rire puisqu'elles fonctionnent, qu'elles sont efficaces, ingénieuses, et originales. Ils me citent des exemples dont ils ont ri eux-mêmes sur le moment, et lorsqu'ils me les racontent parfois je ris aussi, tant que j'y suis. Mais le problème n'est pas là. Je suis gêné qu'ils me le disent, et que ce soit la seule chose qu'ils me disent. S'ils en sont restés là, c'est parce qu'ils n'y ont rien trouvé d'autre. Le rire est l'unique réaction qu'ils mentionnent. Ils ne montrent jamais qu'ils ont été émus, intéressés, ni que cela les a fait réfléchir ou rêver. « J'ai lu ton dernier livre : comme j'ai ri ! » Et c'est tout. S'ils se rendent compte, à cause de mon silence ou de ma mine dégoûtée, que je n'ai pas apprécié l'éloge, et veulent s'étendre en paroles pour arranger les choses, ils se mettent alors à me raconter « comment » ils ont ri : aux éclats, aux larmes – cela les a empêché de lire –, jusqu'à se faire mal aux côtes, tant et si bien que leur femme est venue demander ce qu'il se passait, etc. Une fois, deux fois, trois fois, j'aurais accepté de bonne grâce ; je ne suis pas maniaque. Mais entendre trente fois la même chose ? Des dizaines de livres de rires et seulement de rires ? Non, je ne peux pas concevoir que les lecteurs, s'approchant d'un véritable écrivain, ou de n'importe lequel de mes idoles ou modèles, leur révèlent combien ils ont ri avec leurs livres. Ceux qui tentent de me consoler affirment que cela ne part pas d'une mauvaise intention : le livre leur a plu, ils veulent me le dire rapidement, sans se perdre en analyses qui pourraient paraître pédantes ou hors de propos ; c'est là tout ce qu'ils ont sous la main. Après tout, le rire est une valeur positive ; il est associé au bonheur, à la joie, à la satisfaction. Mais ils ne me convainquent pas. Le pire arrive lorsqu'ils ont recours à cette stupide distinction : ils ne se rient pas « de » vous, mais « avec » vous. Ah oui ? Il se trouve que je ne ris pas au moment où j'écris ! Je ne pourrais pas expliquer pourquoi j'écris (encore moins pourquoi je continue à écrire, devant tant de rires), mais je peux assurer que je ne le fais pas pour provoquer chez moi, ni chez personne, une réaction viscérale, irrationnelle, animale comme l'est le rire, de la même manière que je n'écris pas pour déclencher des aboiements ou des hennissements. Si c'est là tout ce qu'ils ont à me dire, je préfère qu'ils se taisent. De plus, j'ai expliqué plusieurs fois que cela me dérange, que cela me déprime, alors, pourquoi continuent-ils ? Et quand bien même je ne l'aurais pas dit, il suffit d'y réfléchir un instant, il suffit d'avoir la moindre connaissance de ce que représente le travail solitaire et difficile d'un écrivain, pour se rendre compte que c'est une grossièreté. Cela se justifierait uniquement dans le cas de l'auteur d'un de ses livres qui s'intitulent « Nouvelles blagues de Galiciens », ou des choses de ce genre.
***
Julie nous propose sa traduction :
Je déplore que des lecteurs viennent me dire qu’ils « ont ri » avec mes livres, et je me plains amèrement d’eux. Je l’ai fait à l’oral ou par écrit chaque fois que l’occasion s’est présentée. C’est un regret constant en moi ; je peux dire sans exagérer que ces commentaires ont envenimé ma vie d’écrivain. Je me répète, c’est inévitable, mais c’est du fait de la cause elle-même qui se répète, on me le dit de chaque livre que je publie : comme j’ai ri, comme j’ai ri ! Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m’étendre sur les raisons qui font que je déteste l’humour en littérature (cela me regarde), parce que je crois que même si mes idées à ce sujet sont différentes, voire opposées, la répétition, déjà si prévisible, de cet « éloge », continuerait d’être un geste impoli, teinté d’une nuance paternaliste, dédaigneux, et, connaissant mes sentiments, directement agressif. Lorsque je commente cela avec mes amis ou mes collègues, ils me répondent toujours que mes romans contiennent effectivement des éléments humoristiques, y compris des blagues, et qu’il est inévitable de rire car elles fonctionnent, sont efficaces, intelligentes et originales. Ils me donnent des exemples, grâce auxquels eux-mêmes ont ri sur le moment, et quand ils me les racontent, parfois, je ris moi aussi, tant que j’y suis. Mais là n’est pas le problème. Cela me dérange qu’ils me le disent et que ce soit la seule chose qu’ils me disent. S’ils en sont restés là, c’est parce qu’ils n’ont rien trouvé d’autre. Le rire est la seule réaction qu’ils mentionnent. Ils ne me disent jamais qu’ils ont été émus, ou qu’ils ont été intéressés, ou que ça les a fait réfléchir ou rêver. « J’ai lu ton dernier livre : comme j’ai ri ! » Ça ne va pas plus loin. Et s’ils se rendent compte, à cause de mon silence ou de mon expression de mécontentement, que je n’ai pas aimé l’éloge, et s’ils veulent alors développer pour rattraper le coup, ils me racontent « comment » ils ont ri : aux éclats, aux larmes qui les empêchaient de poursuivre leur lecture, jusqu’à ce qu’ils aient mal aux côtes, jusqu’à ce que leur femme vienne leur demander ce qui leur arrivait, etc. Une fois, ou deux, ou trois, je l’aurais accepté de bon cœur ; je ne suis pas un maniaque. Mais trente ans à entendre la même chose ? Des dizaines de livres de rires et rien d’autre que des rires ? Je n’arrive pas à concevoir qu’un véritable écrivain, que n’importe lequel de mes idoles ou modèles, soient approchés par les lecteurs qui leur disent combien ils ont ri avec leurs livres. Ceux qui tentent de me consoler me disent qu’il n’y a aucune mauvaise intention : le livre leur a plu, ils souhaitent me le dire rapidement et sans entrer dans des analyses qui pourraient paraître pédantes ou hors de propos, et tout ce qu’ils ont sous la main, c’est cela. Après tout, le rire est une valeur positive ; on l’associe au bonheur, à la joie, à la satisfaction. Ils ne me convainquent pas. Le pire, c’est quand ils ont recours à cette stupide distinction : ils ne rient pas « de » toi, ils rient « avec » toi. Ah oui ? Mais le fait est que moi, je ne ris pas quand j’écris ! Je ne pourrais pas expliquer pourquoi j’écris (je pourrais encore moins expliquer pourquoi je continue d’écrire, après tant de rires) mais je peux assurer que je ne le fais pas pour provoquer en moi, ni pour provoquer chez qui que ce soit, une réaction viscérale, irrationnelle, animale, telle que le rire, comme je n’écris pas pour provoquer des aboiements ou des hennissements. Si c’est tout ce qu’ils ont à me dire, je préfère qu’ils ne me disent rien. De plus, j’ai dis à plusieurs reprises que cela me dérange, que cela me déprime, alors, pourquoi persistent-ils à le faire ? Et même si je ne l’avais pas dit, il suffit d’y penser un moment, il suffit d’avoir la moindre connaissance du travail solitaire et difficile d’un écrivain, pour se rendre compte que c’est une grossièreté. Ce serait seulement justifié avec l’auteur d’un de ces livres intitulés « Nouvelles Histoire drôles de Galiciens » ou quelque chose dans le genre.
Je déplore que des lecteurs viennent me dire qu’ils « ont ri » avec mes livres, et je me plains amèrement d’eux. Je l’ai fait à l’oral ou par écrit chaque fois que l’occasion s’est présentée. C’est un regret constant en moi ; je peux dire sans exagérer que ces commentaires ont envenimé ma vie d’écrivain. Je me répète, c’est inévitable, mais c’est du fait de la cause elle-même qui se répète, on me le dit de chaque livre que je publie : comme j’ai ri, comme j’ai ri ! Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m’étendre sur les raisons qui font que je déteste l’humour en littérature (cela me regarde), parce que je crois que même si mes idées à ce sujet sont différentes, voire opposées, la répétition, déjà si prévisible, de cet « éloge », continuerait d’être un geste impoli, teinté d’une nuance paternaliste, dédaigneux, et, connaissant mes sentiments, directement agressif. Lorsque je commente cela avec mes amis ou mes collègues, ils me répondent toujours que mes romans contiennent effectivement des éléments humoristiques, y compris des blagues, et qu’il est inévitable de rire car elles fonctionnent, sont efficaces, intelligentes et originales. Ils me donnent des exemples, grâce auxquels eux-mêmes ont ri sur le moment, et quand ils me les racontent, parfois, je ris moi aussi, tant que j’y suis. Mais là n’est pas le problème. Cela me dérange qu’ils me le disent et que ce soit la seule chose qu’ils me disent. S’ils en sont restés là, c’est parce qu’ils n’ont rien trouvé d’autre. Le rire est la seule réaction qu’ils mentionnent. Ils ne me disent jamais qu’ils ont été émus, ou qu’ils ont été intéressés, ou que ça les a fait réfléchir ou rêver. « J’ai lu ton dernier livre : comme j’ai ri ! » Ça ne va pas plus loin. Et s’ils se rendent compte, à cause de mon silence ou de mon expression de mécontentement, que je n’ai pas aimé l’éloge, et s’ils veulent alors développer pour rattraper le coup, ils me racontent « comment » ils ont ri : aux éclats, aux larmes qui les empêchaient de poursuivre leur lecture, jusqu’à ce qu’ils aient mal aux côtes, jusqu’à ce que leur femme vienne leur demander ce qui leur arrivait, etc. Une fois, ou deux, ou trois, je l’aurais accepté de bon cœur ; je ne suis pas un maniaque. Mais trente ans à entendre la même chose ? Des dizaines de livres de rires et rien d’autre que des rires ? Je n’arrive pas à concevoir qu’un véritable écrivain, que n’importe lequel de mes idoles ou modèles, soient approchés par les lecteurs qui leur disent combien ils ont ri avec leurs livres. Ceux qui tentent de me consoler me disent qu’il n’y a aucune mauvaise intention : le livre leur a plu, ils souhaitent me le dire rapidement et sans entrer dans des analyses qui pourraient paraître pédantes ou hors de propos, et tout ce qu’ils ont sous la main, c’est cela. Après tout, le rire est une valeur positive ; on l’associe au bonheur, à la joie, à la satisfaction. Ils ne me convainquent pas. Le pire, c’est quand ils ont recours à cette stupide distinction : ils ne rient pas « de » toi, ils rient « avec » toi. Ah oui ? Mais le fait est que moi, je ne ris pas quand j’écris ! Je ne pourrais pas expliquer pourquoi j’écris (je pourrais encore moins expliquer pourquoi je continue d’écrire, après tant de rires) mais je peux assurer que je ne le fais pas pour provoquer en moi, ni pour provoquer chez qui que ce soit, une réaction viscérale, irrationnelle, animale, telle que le rire, comme je n’écris pas pour provoquer des aboiements ou des hennissements. Si c’est tout ce qu’ils ont à me dire, je préfère qu’ils ne me disent rien. De plus, j’ai dis à plusieurs reprises que cela me dérange, que cela me déprime, alors, pourquoi persistent-ils à le faire ? Et même si je ne l’avais pas dit, il suffit d’y penser un moment, il suffit d’avoir la moindre connaissance du travail solitaire et difficile d’un écrivain, pour se rendre compte que c’est une grossièreté. Ce serait seulement justifié avec l’auteur d’un de ces livres intitulés « Nouvelles Histoire drôles de Galiciens » ou quelque chose dans le genre.
***
Léa nous propose sa traduction :
Je déplore le fait que les lecteurs viennent me dire qu'ils « ont ri » avec mes livres, et je me plains amèrement d'eux.
Je l'ai fait de manière orale ou par écrit toutes les fois où l'occasion s'est présentée.
C'est une constante lamentation en moi; je peux dire sans exagérer que ces commentaires ont empoisonné ma vie d'écrivain.
Je me répète, c'est inévitable, mais cela est dû à la cause qui se répète également, ils me le disent pour chaque livre que je publie: comment j'ai ri, comment j'ai ri.
Tous mes livres, tous mes lecteurs.
Je ne vais pas m'étendre sur les motifs pour lesquels je déteste l'humour dans la littérature (cela est personnel), car je crois que même si mes idées à ce sujet étaient différentes , voire même opposées, la récidive, déjà si prévisible, de cet « éloge », serait toujours un geste impoli, avec une nuance paternaliste, méprisante, et, connaissant mes sentiments, directement agressif.
Lorsque j'en parle avec des amis ou des collègues, ils me répondent toujours que mes romans contiennent effectivement des éléments humoristiques, y compris des blagues, et qu'il est inévitable de rire car ils fonctionnent, ils sont efficaces, ingénieux, originaux.
Ils me donnent des exemples, avec lesquels eux-mêmes se mettent alors à rire, et lorsqu'ils me les racontent parfois, je ris aussi, je le suis déjà.
Mais le problème n'est pas là.
Cela me dérange qu'ils me le disent, et que ce soit la seule chose qu'ils me disent.
S'ils en sont restés là, c'est parce qu'ils n'ont rien trouvé de plus.
Le rire est l'unique chose dont ils me font part.
Ils ne me disent jamais qu'ils se sont émus, ou qu'ils se sont intéressés, ou que ca les a fait penser ou rêver.
« J'ai lu votre dernier livre: comme j'ai ri! » ici, tout s'achève.
Et s'ils remarquent, par mon silence ou mon visage contrarié, que l'éloge est mal tombée, et qu'ils veulent s'étendre pour arranger cela, ils me racontent « comment » ils ont ri: aux éclats, avec des larmes qui les empêchaient de poursuivre leur lecture, au point qu'ils aient mal aux côtes, et que leur épouse vienne leur demander ce qui leur arrivait, etc.
une fois, ou deux ou trois, je l'aurais accepté volontiers, je ne suis pas un maniaque.
Mais entendre la même chose durant trente ans? Des dizaines de livres à rire et rien de plus que des rires? Je ne peux pas concevoir que les lecteurs s'approchent d'un réel écrivain, de n'importe laquelle de mes idoles ou modèles pour leur dire combien ils ont ri avec leurs livres.
Ceux qui essaient de me consoler me disent que cela ne vient pas d'une mauvaise intention: le livre leur a plu, ils souhaitent me le dire rapidement et sans entrer dans des analyses où ils pourraient paraître pédants ou hors sujet, et c'est cela qu'ils trouvent à portée de main.
Après tout, le rire est une valeur positive; il est associé au bonheur, à la joie, à la satisfaction.
Ils ne me convainquent pas.
Le pire est lorsqu'ils ont recours à cette stupide distinction: ils ne rient pas « de » vous, ils rient « avec » vous.
Ah oui? Mais il arrive que moi je ne ris pas quand j'écris!
Je ne pourrais pas dire pourquoi j'écris (je pourrais encore moins dire pourquoi je continue d'écrire, après tant de rire) mais je peux certifier que je ne le fais pas pour me provoquer, ni provoquer quiconque, une réaction viscérale, irrationnelle, animale, tel que le rire, comme je n'écris pas pour provoquer des aboiements ou des hennissements.
Si c'est tout ce qu'ils ont à me dire, je préfère qu'ils ne me disent rien.
De plus, j'ai déclaré de nombreuses fois que cela me dérange, me déprime, alors pourquoi ils persistent à le faire?
Et même si je ne l'avais pas dit, il suffit d'y penser un instant, il suffit d'avoir la plus faible connaissance du travail solitaire et difficile d'un écrivain pour se rendre compte que c'est une grossièreté.
Elle serait seulement justifiée pour l'auteur d'un de ces livres qui se nomment « Nouvelles blagues des Galiciens » ou des choses de ce genre.
Je déplore le fait que les lecteurs viennent me dire qu'ils « ont ri » avec mes livres, et je me plains amèrement d'eux.
Je l'ai fait de manière orale ou par écrit toutes les fois où l'occasion s'est présentée.
C'est une constante lamentation en moi; je peux dire sans exagérer que ces commentaires ont empoisonné ma vie d'écrivain.
Je me répète, c'est inévitable, mais cela est dû à la cause qui se répète également, ils me le disent pour chaque livre que je publie: comment j'ai ri, comment j'ai ri.
Tous mes livres, tous mes lecteurs.
Je ne vais pas m'étendre sur les motifs pour lesquels je déteste l'humour dans la littérature (cela est personnel), car je crois que même si mes idées à ce sujet étaient différentes , voire même opposées, la récidive, déjà si prévisible, de cet « éloge », serait toujours un geste impoli, avec une nuance paternaliste, méprisante, et, connaissant mes sentiments, directement agressif.
Lorsque j'en parle avec des amis ou des collègues, ils me répondent toujours que mes romans contiennent effectivement des éléments humoristiques, y compris des blagues, et qu'il est inévitable de rire car ils fonctionnent, ils sont efficaces, ingénieux, originaux.
Ils me donnent des exemples, avec lesquels eux-mêmes se mettent alors à rire, et lorsqu'ils me les racontent parfois, je ris aussi, je le suis déjà.
Mais le problème n'est pas là.
Cela me dérange qu'ils me le disent, et que ce soit la seule chose qu'ils me disent.
S'ils en sont restés là, c'est parce qu'ils n'ont rien trouvé de plus.
Le rire est l'unique chose dont ils me font part.
Ils ne me disent jamais qu'ils se sont émus, ou qu'ils se sont intéressés, ou que ca les a fait penser ou rêver.
« J'ai lu votre dernier livre: comme j'ai ri! » ici, tout s'achève.
Et s'ils remarquent, par mon silence ou mon visage contrarié, que l'éloge est mal tombée, et qu'ils veulent s'étendre pour arranger cela, ils me racontent « comment » ils ont ri: aux éclats, avec des larmes qui les empêchaient de poursuivre leur lecture, au point qu'ils aient mal aux côtes, et que leur épouse vienne leur demander ce qui leur arrivait, etc.
une fois, ou deux ou trois, je l'aurais accepté volontiers, je ne suis pas un maniaque.
Mais entendre la même chose durant trente ans? Des dizaines de livres à rire et rien de plus que des rires? Je ne peux pas concevoir que les lecteurs s'approchent d'un réel écrivain, de n'importe laquelle de mes idoles ou modèles pour leur dire combien ils ont ri avec leurs livres.
Ceux qui essaient de me consoler me disent que cela ne vient pas d'une mauvaise intention: le livre leur a plu, ils souhaitent me le dire rapidement et sans entrer dans des analyses où ils pourraient paraître pédants ou hors sujet, et c'est cela qu'ils trouvent à portée de main.
Après tout, le rire est une valeur positive; il est associé au bonheur, à la joie, à la satisfaction.
Ils ne me convainquent pas.
Le pire est lorsqu'ils ont recours à cette stupide distinction: ils ne rient pas « de » vous, ils rient « avec » vous.
Ah oui? Mais il arrive que moi je ne ris pas quand j'écris!
Je ne pourrais pas dire pourquoi j'écris (je pourrais encore moins dire pourquoi je continue d'écrire, après tant de rire) mais je peux certifier que je ne le fais pas pour me provoquer, ni provoquer quiconque, une réaction viscérale, irrationnelle, animale, tel que le rire, comme je n'écris pas pour provoquer des aboiements ou des hennissements.
Si c'est tout ce qu'ils ont à me dire, je préfère qu'ils ne me disent rien.
De plus, j'ai déclaré de nombreuses fois que cela me dérange, me déprime, alors pourquoi ils persistent à le faire?
Et même si je ne l'avais pas dit, il suffit d'y penser un instant, il suffit d'avoir la plus faible connaissance du travail solitaire et difficile d'un écrivain pour se rendre compte que c'est une grossièreté.
Elle serait seulement justifiée pour l'auteur d'un de ces livres qui se nomment « Nouvelles blagues des Galiciens » ou des choses de ce genre.
***
Auréba nous propose sa traduction :
Je déplore les lecteurs qui viennent me dire qu’ils « ont rit » avec mes livres, et je me plains amèrement d’eux. Je l’ai fait de façon orale ou par écrit autant de fois que l’occasion s’est présentée. C’est une plainte constante en moi ; je peux dire sans exagérer que ces commentaires ont empoisonné ma vie d’écrivain. Je me répète, c’est inévitable, mais c’est dû au fait que la cause aussi se répète ; ils me le disent de chaque livre que je publie : comme j’ai ri, comme j’ai ri. Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m´étendre sur les raisons pour lesquelles je déteste l’humour dans la littérature (ça, c’est une manie à moi), parce que je crois que même si mes idées à ce sujet étaient différentes, et même opposées, la récidive, déjà si prévisible, de cet « éloge », serait toujours un geste impoli, avec une nuance paternaliste, méprisant et, connaissant mes sentiments, directement agressif. Quand j’en parle à des amis ou des collègues, ils me répondent toujours que mes romans contiennent effectivement des éléments humoristique, y compris des histoires drôles et qu’il est inévitable de rire parce qu’elles fonctionnent, elles sont efficaces, spirituelles, originales. Ils me donnent des exemples, avec lesquels eux-mêmes ont ri, et quand ils me les racontent, des fois, moi aussi, je ris, maintenant que j’y suis. Mais là n’est pas le problème. Ça me gêne qu’on me le dise, et que ce soit la seule chose que l’on me dise. S’ils en sont restés là, c’est parce qu’ils n’ont rien trouvé de plus. Le rire est l’unique réaction qu’ils me mentionnent. Ils ne me disent jamais qu’ils ont été émus, ou qu’ils s’y sont intéressés, ou que ça leur a fait penser ou rêver. « J’ai lu ton dernier livre. Comme j’ai ri ! ». Tout s’arrête là. Ou s’ils se rendent compte, de par mon silence ou mon visage déçu, que l’éloge était malvenu, et qu’ils veulent en rajouter pour arranger ça, ils me racontent comment ils ont ri : aux éclats, avec des larmes qui leur empêchaient de continuer la lecture, au point qu’ils en avaient mal aux côtes, au point que l’épouse venait leur demander ce qui leur arrivait, etc. Une ou deux trois fois, je l’aurais accepté de bon cœur, je ne suis pas un maniaque. Mais trente ans à entendre la même chose ? Des dizaines de livres de rires et rien d’autre que des rires ? Je ne peux pas concevoir qu’un vrai écrivain, n’importe lequel de mes idoles ou modèles, les lecteurs s’en approchent pour leur dire combien ils avaient ri avec leurs livres. Ceux qui essaient de me consoler me disent qu’il n’y a pas de mauvaise intention : le livre leur a plu, ils veulent me le dire vite, sans entrer dans des analyses qui pourraient paraître pédantes ou hors de propos, et ce qu’ils trouvent le plus à portée de la main, c’est ça. Après tout, le rire est une valeur positive, on l’associe au bonheur, à la joie, à la satisfaction. Ils ne me convainquent pas. Le pire, c’est quand ils recourent à cette stupide distinction : ils ne rient pas « de » vous, ils rient « avec » vous. Ah oui ? Mais, ce qui se passe, c’est que moi, je ne ris pas, lorsque j’écris ! Je ne pourrais pas dire pourquoi j’écris (je pourrais encore moins dire pourquoi je continue à écrire, après tant de rire) mais je peux assurer que je ne le fais pas pour me provoquer, ni pour provoquer qui que ce soit, une réaction viscérale, irrationnelle, animale, comme l’est le rire, tout comme je n’écris pas pour provoquer des aboiements ou des hennissements. Si ça, c’est tout ce qu’ils ont à me dire, je préfère qu’ils ne me disent rien. Par ailleurs, j’ai dit de nombreuse fois que ça me dérange, que ça me déprime, alors pourquoi continuez-vous à le faire ? Et même si je ne l’avais pas dit, il suffit d’y penser un moment, il suffit d’avoir ne serait-ce que la moindre connaissance du travail solitaire et difficile d’un écrivain, pour se rendre compte que c’est une grossièreté. Ça ne serait justifié qu’avec l’auteur d’un de ces livres que l’on appelle « Blagues belges »ou d’autres choses dans le genre.
Je déplore les lecteurs qui viennent me dire qu’ils « ont rit » avec mes livres, et je me plains amèrement d’eux. Je l’ai fait de façon orale ou par écrit autant de fois que l’occasion s’est présentée. C’est une plainte constante en moi ; je peux dire sans exagérer que ces commentaires ont empoisonné ma vie d’écrivain. Je me répète, c’est inévitable, mais c’est dû au fait que la cause aussi se répète ; ils me le disent de chaque livre que je publie : comme j’ai ri, comme j’ai ri. Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m´étendre sur les raisons pour lesquelles je déteste l’humour dans la littérature (ça, c’est une manie à moi), parce que je crois que même si mes idées à ce sujet étaient différentes, et même opposées, la récidive, déjà si prévisible, de cet « éloge », serait toujours un geste impoli, avec une nuance paternaliste, méprisant et, connaissant mes sentiments, directement agressif. Quand j’en parle à des amis ou des collègues, ils me répondent toujours que mes romans contiennent effectivement des éléments humoristique, y compris des histoires drôles et qu’il est inévitable de rire parce qu’elles fonctionnent, elles sont efficaces, spirituelles, originales. Ils me donnent des exemples, avec lesquels eux-mêmes ont ri, et quand ils me les racontent, des fois, moi aussi, je ris, maintenant que j’y suis. Mais là n’est pas le problème. Ça me gêne qu’on me le dise, et que ce soit la seule chose que l’on me dise. S’ils en sont restés là, c’est parce qu’ils n’ont rien trouvé de plus. Le rire est l’unique réaction qu’ils me mentionnent. Ils ne me disent jamais qu’ils ont été émus, ou qu’ils s’y sont intéressés, ou que ça leur a fait penser ou rêver. « J’ai lu ton dernier livre. Comme j’ai ri ! ». Tout s’arrête là. Ou s’ils se rendent compte, de par mon silence ou mon visage déçu, que l’éloge était malvenu, et qu’ils veulent en rajouter pour arranger ça, ils me racontent comment ils ont ri : aux éclats, avec des larmes qui leur empêchaient de continuer la lecture, au point qu’ils en avaient mal aux côtes, au point que l’épouse venait leur demander ce qui leur arrivait, etc. Une ou deux trois fois, je l’aurais accepté de bon cœur, je ne suis pas un maniaque. Mais trente ans à entendre la même chose ? Des dizaines de livres de rires et rien d’autre que des rires ? Je ne peux pas concevoir qu’un vrai écrivain, n’importe lequel de mes idoles ou modèles, les lecteurs s’en approchent pour leur dire combien ils avaient ri avec leurs livres. Ceux qui essaient de me consoler me disent qu’il n’y a pas de mauvaise intention : le livre leur a plu, ils veulent me le dire vite, sans entrer dans des analyses qui pourraient paraître pédantes ou hors de propos, et ce qu’ils trouvent le plus à portée de la main, c’est ça. Après tout, le rire est une valeur positive, on l’associe au bonheur, à la joie, à la satisfaction. Ils ne me convainquent pas. Le pire, c’est quand ils recourent à cette stupide distinction : ils ne rient pas « de » vous, ils rient « avec » vous. Ah oui ? Mais, ce qui se passe, c’est que moi, je ne ris pas, lorsque j’écris ! Je ne pourrais pas dire pourquoi j’écris (je pourrais encore moins dire pourquoi je continue à écrire, après tant de rire) mais je peux assurer que je ne le fais pas pour me provoquer, ni pour provoquer qui que ce soit, une réaction viscérale, irrationnelle, animale, comme l’est le rire, tout comme je n’écris pas pour provoquer des aboiements ou des hennissements. Si ça, c’est tout ce qu’ils ont à me dire, je préfère qu’ils ne me disent rien. Par ailleurs, j’ai dit de nombreuse fois que ça me dérange, que ça me déprime, alors pourquoi continuez-vous à le faire ? Et même si je ne l’avais pas dit, il suffit d’y penser un moment, il suffit d’avoir ne serait-ce que la moindre connaissance du travail solitaire et difficile d’un écrivain, pour se rendre compte que c’est une grossièreté. Ça ne serait justifié qu’avec l’auteur d’un de ces livres que l’on appelle « Blagues belges »ou d’autres choses dans le genre.
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Perrine nous propose sa traduction :
Je déplore les lecteurs qui viennent me dire qu’ils « ont ri » avec mes livres, et je m’en plains amèrement. Je l’ai fait à l’oral ou par écrit autant de fois que l’occasion s’est présentée. C’est un regret constant en moi ; je peux même ajouter sans exagérer que ces commentaires ont empoisonné ma vie d’écrivain. Je me répète, c’est inévitable, mais cela est dû au fait que la cause, elle aussi, se répète, ils me l’affirment pour chaque œuvre que je publie : comme j’ai ri, comme j’ai ri ! Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m’étendre sur les raisons pour lesquelles je déteste l’humour en littérature (cela est mon affaire), parce que je crois que même si mes idées à ce sujet sont diverses, voire même opposées, la récidive, déjà si prévisible, de cet « éloge », continuerait à manifester une attitude impolie, dotée d’une nuance paternaliste, dédaigneuse, et, connaissant mes sentiments, directement agressive. Quand j’en parle avec des amis ou des collègues, ils me répondent toujours que mes romans contiennent effectivement des éléments humoristiques, voire même des blagues, et qu’il est inévitable de rire car elles fonctionnent, elles sont efficaces, ingénieuses, originales. Ils me donnent des exemples, qui les ont eux-mêmes fait rire en temps voulu, et quand ils me les racontent, parfois je rie moi aussi, tant que j’y suis. Mais là n’est pas le problème. Ҫa me dérange qu’ils me le disent, et que ce soit la seule chose qu’ils me disent. S’ils se sont arrêtés là, c’est parce qu’ils n’ont rien trouvé à ajouter. Le rire est l’unique réaction qu’ils mentionnent. Jamais ils ne me confient qu’ils se sont sentis émus, ou qu’ils y ont éprouvé de l’intérêt, ou que ça les a fait réfléchir ou rêver. « J’ai lu ton dernier livre : comme j’ai ri ! » Point final. Et s’ils remarquent à travers mon silence ou mon expression de dégoût que l’éloge ne m’a pas plu, et qu’ils veulent développer pour se rattraper, ils me décrivent « comment » ils ont ri : aux éclats, avec des larmes qui les empêchent de poursuivre la lecture, jusqu’à en avoir mal aux côtes, jusqu’à ce que leur épouse vienne leur demander ce qui leur arrivait, etc. Deux ou trois fois, je l’aurais volontiers accepté ; je ne suis pas un maniaque. Mais trente ans à entendre la même chose ? Des dizaines de livres qui provoquent le rire et rien d’autre que le rire ? Je ne peux concevoir qu’à un vrai auteur, à n’importe lequel de mes idoles ou modèles, les lecteurs oseraient avouer combien ils avaient ri avec leurs ouvrages. Ceux qui essaient de me consoler prétendent qu’il n’y a pas de mauvaise intention : ils ont aimé le livre, ils veulent me le faire savoir rapidement et sans entrer dans une analyse qui pourrait les faire passer pour des gens pédants ou hors de propos, et ce qui leur passe le plus par la tête, c’est ça. Après tout, le rire est une valeur positive ; il est lié au bonheur, à la joie, à la satisfaction. Ils ne me convainquent pas. Le pire, c’est quand ils ont recours à cette stupide distinction : ils ne rient pas « de » toi, ils rient « avec » toi. Ah oui ? Mais il se trouve que moi, je ne ris pas quand j’écris ! Je ne pourrais expliquer pourquoi j’écris (je ne pourrais encore moins expliquer pourquoi je continue à écrire, après tant de rires), mais je peux assurer que je ne le fais pas pour provoquer en moi, ni pour provoquer en qui que ce soit, une réaction viscérale, irrationnelle, animale, comme l’est le rire, de la même manière que je n’écris pas pour déclencher des aboiements ou des hennissements. Si c’est tout ce qu’ils ont à me dire, je préfère qu’ils ne me disent rien. De plus, j’ai laissé entendre à maintes reprises que ça me dérange, que ça me déprime, alors pourquoi donc s’obstinent-ils à le faire ? Et même si je ne l’avais pas précisé, il suffit d’y réfléchir un instant, il suffit d’avoir une infime connaissance du travail solitaire et difficile d’un écrivain, pour se rendre compte qu’il s’agit d’une grossièreté. Ce serait uniquement justifié avec l’auteur d’un de ces livres qui s’intitulent « Nouvelles Blagues de Galiciens », ou des choses dans le genre.
Je déplore les lecteurs qui viennent me dire qu’ils « ont ri » avec mes livres, et je m’en plains amèrement. Je l’ai fait à l’oral ou par écrit autant de fois que l’occasion s’est présentée. C’est un regret constant en moi ; je peux même ajouter sans exagérer que ces commentaires ont empoisonné ma vie d’écrivain. Je me répète, c’est inévitable, mais cela est dû au fait que la cause, elle aussi, se répète, ils me l’affirment pour chaque œuvre que je publie : comme j’ai ri, comme j’ai ri ! Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m’étendre sur les raisons pour lesquelles je déteste l’humour en littérature (cela est mon affaire), parce que je crois que même si mes idées à ce sujet sont diverses, voire même opposées, la récidive, déjà si prévisible, de cet « éloge », continuerait à manifester une attitude impolie, dotée d’une nuance paternaliste, dédaigneuse, et, connaissant mes sentiments, directement agressive. Quand j’en parle avec des amis ou des collègues, ils me répondent toujours que mes romans contiennent effectivement des éléments humoristiques, voire même des blagues, et qu’il est inévitable de rire car elles fonctionnent, elles sont efficaces, ingénieuses, originales. Ils me donnent des exemples, qui les ont eux-mêmes fait rire en temps voulu, et quand ils me les racontent, parfois je rie moi aussi, tant que j’y suis. Mais là n’est pas le problème. Ҫa me dérange qu’ils me le disent, et que ce soit la seule chose qu’ils me disent. S’ils se sont arrêtés là, c’est parce qu’ils n’ont rien trouvé à ajouter. Le rire est l’unique réaction qu’ils mentionnent. Jamais ils ne me confient qu’ils se sont sentis émus, ou qu’ils y ont éprouvé de l’intérêt, ou que ça les a fait réfléchir ou rêver. « J’ai lu ton dernier livre : comme j’ai ri ! » Point final. Et s’ils remarquent à travers mon silence ou mon expression de dégoût que l’éloge ne m’a pas plu, et qu’ils veulent développer pour se rattraper, ils me décrivent « comment » ils ont ri : aux éclats, avec des larmes qui les empêchent de poursuivre la lecture, jusqu’à en avoir mal aux côtes, jusqu’à ce que leur épouse vienne leur demander ce qui leur arrivait, etc. Deux ou trois fois, je l’aurais volontiers accepté ; je ne suis pas un maniaque. Mais trente ans à entendre la même chose ? Des dizaines de livres qui provoquent le rire et rien d’autre que le rire ? Je ne peux concevoir qu’à un vrai auteur, à n’importe lequel de mes idoles ou modèles, les lecteurs oseraient avouer combien ils avaient ri avec leurs ouvrages. Ceux qui essaient de me consoler prétendent qu’il n’y a pas de mauvaise intention : ils ont aimé le livre, ils veulent me le faire savoir rapidement et sans entrer dans une analyse qui pourrait les faire passer pour des gens pédants ou hors de propos, et ce qui leur passe le plus par la tête, c’est ça. Après tout, le rire est une valeur positive ; il est lié au bonheur, à la joie, à la satisfaction. Ils ne me convainquent pas. Le pire, c’est quand ils ont recours à cette stupide distinction : ils ne rient pas « de » toi, ils rient « avec » toi. Ah oui ? Mais il se trouve que moi, je ne ris pas quand j’écris ! Je ne pourrais expliquer pourquoi j’écris (je ne pourrais encore moins expliquer pourquoi je continue à écrire, après tant de rires), mais je peux assurer que je ne le fais pas pour provoquer en moi, ni pour provoquer en qui que ce soit, une réaction viscérale, irrationnelle, animale, comme l’est le rire, de la même manière que je n’écris pas pour déclencher des aboiements ou des hennissements. Si c’est tout ce qu’ils ont à me dire, je préfère qu’ils ne me disent rien. De plus, j’ai laissé entendre à maintes reprises que ça me dérange, que ça me déprime, alors pourquoi donc s’obstinent-ils à le faire ? Et même si je ne l’avais pas précisé, il suffit d’y réfléchir un instant, il suffit d’avoir une infime connaissance du travail solitaire et difficile d’un écrivain, pour se rendre compte qu’il s’agit d’une grossièreté. Ce serait uniquement justifié avec l’auteur d’un de ces livres qui s’intitulent « Nouvelles Blagues de Galiciens », ou des choses dans le genre.
***
Alexis nous propose sa traduction :
Je déplore que les lecteurs viennent me dire qu’ils « ont ri » en lisant mes livres, et je me plains amèrement d’eux. Je l’ai fait de manière orale ou par écrit autant de fois que s’est présentée l’occasion. C’est un regret constant en moi ; je peux dire sans exagérer que ces commentaires ont envenimé ma vie d’écrivain. Je me répète, c’est inévitable, mais cela est dû à ce que la cause elle-même se répète, on me dit de chaque livre que je publie : comme j’ai ri, comme j’ai ri ! Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m’étendre sur les raisons pour lesquelles je déteste l’humour dans la littérature (ça ne regarde que moi), car je crois que, quand bien même mes idées à ce propos seraient différentes, voire opposées, la récurrence, si prévisible, de cet « éloge » continuerait d’être un geste impoli, teinté de paternalisme, de dédain et, connaissant mes sentiments, d’une agressivité volontaire. Quand j’évoque le sujet avec des amis ou des collègues, ils me répondent toujours que mes romans contiennent effectivement des éléments humoristiques, voire même des blagues, et qu’il est inévitable de rire puisqu’elles fonctionnent, sont efficaces, ingénieuses et originales. Ils me donnent des exemples, qui, en les lisant, les ont faits rire, et quand ils me les racontent, moi-même, quelques fois, je ris aussi, spontanément. Mais là n’est pas le problème. Cela me dérange qu’on me le dise et que cela soit précisément la seule chose que l’on me dise. S’ils ne retiennent que ça, c’est qu’ils n’ont rien trouvé d’autre. Le rire est la seule réaction qu’ils mentionnent. Jamais ils ne me confessent qu’ils ont été émus ou intéressés, ou que cela les a fait réfléchir ou rêver. « J’ai lu ton dernier livre : qu’est-ce que j’ai ri ! », et c’est tout. Et s’ils se rendent compte, par mon silence ou par mon expression contrariée, que le compliment est mal tombé, et qu’ils souhaitent rectifier pour rattraper le coup, ils me racontent « comment » ils ont ri : aux éclats, jusqu’aux larmes, ce qui les empêchaient de poursuivre la lecture, jusqu’à en avoir mal aux côtes, jusqu’à ce que leur épouse vînt leur demander ce qu’il se passait, etc. Une fois ou deux, ou trois, je l’aurais accepté de bon cœur ; je ne suis pas un maniaque, mais trente ans à entendre la même chose ? Des dizaines de livres de rire et rien d’autre que du rire ? Je ne peux pas concevoir que les lecteurs s’approchent d’un vrai écrivain, de n’importe lesquels de mes idoles ou de mes modèles, pour leur dire combien ils ont ri en lisant leurs livres. Ceux qui tentent de me consoler ajoutent qu’il n’y a là aucune mauvaise intention : le livre leur a plu, ils veulent me le faire savoir rapidement et sans enter dans des analyses qui les feraient passer pour des gens pédants ou hors de propos, et c’est tout ce qu’ils ont sous la main. Après tout, le rire est une valeur positive ; il va de pair avec la joie, avec le bonheur, avec la satisfaction. Mais ils ne me convainquent pas. Le pire, c’est quand ils ont recours à cette stupide distinction : ils ne rient pas « de » toi, ils rient « avec » toi. Ah oui ? Mais il s’avère que je ne ris pas quand j’écris ! Je ne saurais dire pourquoi j’écris (encore moins saurais-je dire pourquoi je continue à écrire, après tout ce rire) mais je peux assurer que je ne le fais pas pour provoquer chez moi, ni pour provoquer chez quiconque, une réaction viscérale, irrationnelle, animale comme l’est le rire, de même que je n’écris pas pour provoquer des aboiements ou des hennissements. Si cela est tout ce qu’ils ont à me dire, je préfère qu’ils ne me disent rien. En outre, j’ai dit à plusieurs reprises que ça me gêne, que ça me déprime, alors pourquoi donc continuent-ils à le faire ? Et même si je ne l’avais pas signalé, il suffit d’y penser un instant, il suffit d’avoir la connaissance, même la plus minime, du travail solitaire et difficile d’un écrivain, pour se rendre compte que c’est une grossièreté. Cela serait uniquement justifié avec l’auteur d’un de ces livres qui s’appellent « Nouvelles histoires drôles de Galiciens » ou quelque chose du genre.
Je déplore que les lecteurs viennent me dire qu’ils « ont ri » en lisant mes livres, et je me plains amèrement d’eux. Je l’ai fait de manière orale ou par écrit autant de fois que s’est présentée l’occasion. C’est un regret constant en moi ; je peux dire sans exagérer que ces commentaires ont envenimé ma vie d’écrivain. Je me répète, c’est inévitable, mais cela est dû à ce que la cause elle-même se répète, on me dit de chaque livre que je publie : comme j’ai ri, comme j’ai ri ! Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m’étendre sur les raisons pour lesquelles je déteste l’humour dans la littérature (ça ne regarde que moi), car je crois que, quand bien même mes idées à ce propos seraient différentes, voire opposées, la récurrence, si prévisible, de cet « éloge » continuerait d’être un geste impoli, teinté de paternalisme, de dédain et, connaissant mes sentiments, d’une agressivité volontaire. Quand j’évoque le sujet avec des amis ou des collègues, ils me répondent toujours que mes romans contiennent effectivement des éléments humoristiques, voire même des blagues, et qu’il est inévitable de rire puisqu’elles fonctionnent, sont efficaces, ingénieuses et originales. Ils me donnent des exemples, qui, en les lisant, les ont faits rire, et quand ils me les racontent, moi-même, quelques fois, je ris aussi, spontanément. Mais là n’est pas le problème. Cela me dérange qu’on me le dise et que cela soit précisément la seule chose que l’on me dise. S’ils ne retiennent que ça, c’est qu’ils n’ont rien trouvé d’autre. Le rire est la seule réaction qu’ils mentionnent. Jamais ils ne me confessent qu’ils ont été émus ou intéressés, ou que cela les a fait réfléchir ou rêver. « J’ai lu ton dernier livre : qu’est-ce que j’ai ri ! », et c’est tout. Et s’ils se rendent compte, par mon silence ou par mon expression contrariée, que le compliment est mal tombé, et qu’ils souhaitent rectifier pour rattraper le coup, ils me racontent « comment » ils ont ri : aux éclats, jusqu’aux larmes, ce qui les empêchaient de poursuivre la lecture, jusqu’à en avoir mal aux côtes, jusqu’à ce que leur épouse vînt leur demander ce qu’il se passait, etc. Une fois ou deux, ou trois, je l’aurais accepté de bon cœur ; je ne suis pas un maniaque, mais trente ans à entendre la même chose ? Des dizaines de livres de rire et rien d’autre que du rire ? Je ne peux pas concevoir que les lecteurs s’approchent d’un vrai écrivain, de n’importe lesquels de mes idoles ou de mes modèles, pour leur dire combien ils ont ri en lisant leurs livres. Ceux qui tentent de me consoler ajoutent qu’il n’y a là aucune mauvaise intention : le livre leur a plu, ils veulent me le faire savoir rapidement et sans enter dans des analyses qui les feraient passer pour des gens pédants ou hors de propos, et c’est tout ce qu’ils ont sous la main. Après tout, le rire est une valeur positive ; il va de pair avec la joie, avec le bonheur, avec la satisfaction. Mais ils ne me convainquent pas. Le pire, c’est quand ils ont recours à cette stupide distinction : ils ne rient pas « de » toi, ils rient « avec » toi. Ah oui ? Mais il s’avère que je ne ris pas quand j’écris ! Je ne saurais dire pourquoi j’écris (encore moins saurais-je dire pourquoi je continue à écrire, après tout ce rire) mais je peux assurer que je ne le fais pas pour provoquer chez moi, ni pour provoquer chez quiconque, une réaction viscérale, irrationnelle, animale comme l’est le rire, de même que je n’écris pas pour provoquer des aboiements ou des hennissements. Si cela est tout ce qu’ils ont à me dire, je préfère qu’ils ne me disent rien. En outre, j’ai dit à plusieurs reprises que ça me gêne, que ça me déprime, alors pourquoi donc continuent-ils à le faire ? Et même si je ne l’avais pas signalé, il suffit d’y penser un instant, il suffit d’avoir la connaissance, même la plus minime, du travail solitaire et difficile d’un écrivain, pour se rendre compte que c’est une grossièreté. Cela serait uniquement justifié avec l’auteur d’un de ces livres qui s’appellent « Nouvelles histoires drôles de Galiciens » ou quelque chose du genre.
***
Olivier nous propose sa traduction :
Je regrette que les lecteurs viennent me dire qu'ils ont ri avec mes livres et je m'en plains amèrement. Je l'ai fait sous forme oral ou écrite autant de fois que l'occasion s'est présentée C'est un regret constant en moi : je peux avouer, sans exagérer nullement que ces commentaires ont empoisonné ma vie d'écrivain. Je me répète, c'est inévitable, mais c'est parce que la cause elle même se répète : on me dit, de chacun des livres que je publie, « comme j'ai ri, comme j'ai ri ». Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m'étendre sur les raisons pour lesquelles je hais l'humour dans la littérature, ce n'est que mon point de vue, mais je crois que même si mon opinion à ce sujet était différente, et quand bien même opposée, la récidive si prévisible de cet éloge continuera a être un geste disgracieux, doté d'une dimension paternaliste, dédaigneuse et, connaissant mes sentiments, complètement agressif. Quand j'en parle avec des amis ou des collègues, ils me répondent toujours que mes histoires contiennent effectivement des éléments humoristiques, y compris des blagues, et qu'il est tout bonnement inévitable de rire parce que ces mêmes éléments fonctionnent, sont efficaces, ingénieux, originaux. Ils me donnent des exemples, ceux là même qui les ont fait rire à la lecture et, lorsqu'on me les raconte, je ris de temps à autre moi aussi, vu que je suis là… Mais, là ne réside pas le problème. Cela me dérange qu'on me le dise et que ce soit l'unique chose que l'on me dise. S'ils en sont restés là, c'est bien parce qu'ils n'ont rien trouvé de plus. Le rire est la seule réaction qu'ils mentionnent. Jamais, ils ne m'avouent qu'ils se sont émus, ou qu'ils s'y sont intéressés ou que cela les a fait réfléchir ou même rêver. « J'ai lu ton dernier livre : comme j'ai ri !». Et voilà tout ! Et s'ils devinent, à mon silence ou à mon visage exprimant le dégoût, que le compliment ne m'a pas plu et qu'ils cherchent à s'étendre pour arranger cela, ils m'expliquent comment ils ont ri : à gorge déployée, ou jusqu'aux larmes, les empêchant ainsi de continuer la lecture, ou bien à tel point qu'ils en avaient mal aux côtes, ou encore tellement que leur épouse venait leur demander ce qui leur passait, etc. Une fois, deux fois, ou encore même trois fois, je l'aurais accepté non sans plaisir : je ne suis pas non plus frigide. Mais trente ans à entendre la même chose ? Des dizaines de livres humoristiques et rien qu'humoristiques ? Je ne peux pas concevoir que mes lecteurs puissent s'approcher d'un vrai écrivain, n'importe lequel de mes idoles ou de mes modèles, et qu'ils leur déclarent combien ils ont ri avec leurs livres. Ceux qui essayent de me consoler me répondent qu'il n'y a que des bonnes intentions : le livre leur a plu, ils veulent me le dire brièvement, sans entrer dans des analyses qui pourraient passer pour pédantes ou hors de propos, et ce qu'il trouve à portée de main, c'est cela. Après tout, le rire est à une valeur positive : on l'associe au bonheur, à la félicité, à la satisfaction. Cela ne me convainc pas. Ce qu'il y a de pire, c'est quand ils évoquent cette stupide distinction : ils ne rient pas « de » vous, mais « avec » vous. Ah oui ? Mais est-ce qu'il m'arrive à moi de rire quand j'écris !
Je ne pourrais vous dire pourquoi j'écris (je ne pourrais encore moins vous dire pourquoi je continue à le faire, après tant d'éclats de rire), mais je peux vous assurer que je n'écris pas pour provoquer chez moi, ou chez quiconque, une réaction viscérale, irrationnelle, animale, comme le rire peut l'être, autant que je n'écris pas pour provoquer des aboiements ou des hennissements. Si cela est tout ce qu'ils ont à me communiquer, je préfère qu'ils se taisent. De plus, j'ai plusieurs fois évoqué le fait que cela me dérange, que cela me déprime, alors pourquoi continuent-ils à le faire ? Et quand bien même je ne l'aurais pas fait savoir, il suffit d'y réfléchir l'espace d'un instant, il suffit de posséder une once de connaissance sur le travail solitaire et difficile de l'écrivain pour se rendre compte que c'est une grossièreté. Cela ne serait justifié qu'avec l'auteur d'un de ces livres qui s'appelle « Nouvelles Histoires Drôles sur les Espagnols » ou d'autres torchons du même genre.
Je regrette que les lecteurs viennent me dire qu'ils ont ri avec mes livres et je m'en plains amèrement. Je l'ai fait sous forme oral ou écrite autant de fois que l'occasion s'est présentée C'est un regret constant en moi : je peux avouer, sans exagérer nullement que ces commentaires ont empoisonné ma vie d'écrivain. Je me répète, c'est inévitable, mais c'est parce que la cause elle même se répète : on me dit, de chacun des livres que je publie, « comme j'ai ri, comme j'ai ri ». Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m'étendre sur les raisons pour lesquelles je hais l'humour dans la littérature, ce n'est que mon point de vue, mais je crois que même si mon opinion à ce sujet était différente, et quand bien même opposée, la récidive si prévisible de cet éloge continuera a être un geste disgracieux, doté d'une dimension paternaliste, dédaigneuse et, connaissant mes sentiments, complètement agressif. Quand j'en parle avec des amis ou des collègues, ils me répondent toujours que mes histoires contiennent effectivement des éléments humoristiques, y compris des blagues, et qu'il est tout bonnement inévitable de rire parce que ces mêmes éléments fonctionnent, sont efficaces, ingénieux, originaux. Ils me donnent des exemples, ceux là même qui les ont fait rire à la lecture et, lorsqu'on me les raconte, je ris de temps à autre moi aussi, vu que je suis là… Mais, là ne réside pas le problème. Cela me dérange qu'on me le dise et que ce soit l'unique chose que l'on me dise. S'ils en sont restés là, c'est bien parce qu'ils n'ont rien trouvé de plus. Le rire est la seule réaction qu'ils mentionnent. Jamais, ils ne m'avouent qu'ils se sont émus, ou qu'ils s'y sont intéressés ou que cela les a fait réfléchir ou même rêver. « J'ai lu ton dernier livre : comme j'ai ri !». Et voilà tout ! Et s'ils devinent, à mon silence ou à mon visage exprimant le dégoût, que le compliment ne m'a pas plu et qu'ils cherchent à s'étendre pour arranger cela, ils m'expliquent comment ils ont ri : à gorge déployée, ou jusqu'aux larmes, les empêchant ainsi de continuer la lecture, ou bien à tel point qu'ils en avaient mal aux côtes, ou encore tellement que leur épouse venait leur demander ce qui leur passait, etc. Une fois, deux fois, ou encore même trois fois, je l'aurais accepté non sans plaisir : je ne suis pas non plus frigide. Mais trente ans à entendre la même chose ? Des dizaines de livres humoristiques et rien qu'humoristiques ? Je ne peux pas concevoir que mes lecteurs puissent s'approcher d'un vrai écrivain, n'importe lequel de mes idoles ou de mes modèles, et qu'ils leur déclarent combien ils ont ri avec leurs livres. Ceux qui essayent de me consoler me répondent qu'il n'y a que des bonnes intentions : le livre leur a plu, ils veulent me le dire brièvement, sans entrer dans des analyses qui pourraient passer pour pédantes ou hors de propos, et ce qu'il trouve à portée de main, c'est cela. Après tout, le rire est à une valeur positive : on l'associe au bonheur, à la félicité, à la satisfaction. Cela ne me convainc pas. Ce qu'il y a de pire, c'est quand ils évoquent cette stupide distinction : ils ne rient pas « de » vous, mais « avec » vous. Ah oui ? Mais est-ce qu'il m'arrive à moi de rire quand j'écris !
Je ne pourrais vous dire pourquoi j'écris (je ne pourrais encore moins vous dire pourquoi je continue à le faire, après tant d'éclats de rire), mais je peux vous assurer que je n'écris pas pour provoquer chez moi, ou chez quiconque, une réaction viscérale, irrationnelle, animale, comme le rire peut l'être, autant que je n'écris pas pour provoquer des aboiements ou des hennissements. Si cela est tout ce qu'ils ont à me communiquer, je préfère qu'ils se taisent. De plus, j'ai plusieurs fois évoqué le fait que cela me dérange, que cela me déprime, alors pourquoi continuent-ils à le faire ? Et quand bien même je ne l'aurais pas fait savoir, il suffit d'y réfléchir l'espace d'un instant, il suffit de posséder une once de connaissance sur le travail solitaire et difficile de l'écrivain pour se rendre compte que c'est une grossièreté. Cela ne serait justifié qu'avec l'auteur d'un de ces livres qui s'appelle « Nouvelles Histoires Drôles sur les Espagnols » ou d'autres torchons du même genre.
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Sonita nous propose sa traduction :
Je déplore les lecteurs qui viennent me dire qu’ils ont « bien ri » avec mes livres, et je me plains amèrement d’eux. Je l’ai fait à l’oral et par écrit à chaque fois que j’en ai eu l’occasion. C’est un regret constant en moi ; je peux dire sans exagérer que ces commentaires ont envenimé ma vie d’écrivain. Je me répète, c’est inévitable, mais cela est dû au fait que la cause aussi se répète, on me le dit à chaque livre que je publie : comment j’ai rigolé, comment j’ai rigolé. Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m’étendre sur les raisons pour lesquelles j’ai l’humour dans la littérature en horreur (ça c’est personnel), parce que je pense que même si mes idées avaient été différentes, et même opposées, la récidive, déjà si prévisible, de ce « compliment », continuerait d’être un geste impoli, avec une touche paternaliste, dédaigneuse et, connaissant mes sentiments, carrément agressif. Quand j’en parle avec des amis ou des collègues, ils me répondent toujours, qu’effectivement, mes romans contiennent des éléments humoristiques, même des blagues et que c’est impossible de ne pas rire tant ils sont efficaces, ingénieux, originaux. Ils me donnent des exemples desquels ils ont bien ri en temps voulu, et quand ils me les racontent, moi aussi je ris parfois, puisque je n’ai pas d’autre choix. Mais là n’est pas le problème. Cela me dérange que l’on me le dise, et que ce soit la seule chose que l’on me dise. S’ils en sont restés là, c’est parce qu’ils n’ont vu rien d’autre. Le rire c’est la seule chose dont ils me parlent. Ils ne me disent jamais qu’ils ont été émus, ou qu’ils s’y sont intéressés ou encore ce que les a fait penser ou rêver. « J’ai lu ton dernier livre : comment j’ai ri ! » Et c’est tout. Et, s’ils se rendent compte à cause de mon silence ou de mon expression de dégoût que je n’ai pas aimé le compliment, alors ils veulent s’étendre pour arranger la situation et ils me racontent « de quelle manière » ils ont ri : aux éclats, aux larmes qui les empêchaient de continuer leur lecture, à s’en tenir les côtes jusqu’à ce que leur épouse vienne leur demander ce qui leur arrivait, etc. Une fois, deux ou trois fois, je l’aurais encore accepté ; je ne suis pas un tatillon. Mais, trente ans à entendre la même chose ? Des dizaines de livres de rires et rien d’autre que des rires ? Je ne peux pas concevoir qu’un véritable écrivain, n’importe lequel de mes idoles ou modèles aient été abordés par les lecteurs qui leur disaient combien ils avaient ri avec leurs livres. Ceux qui essayent de me consoler disent qu’il n’y a pas de mauvaise intention : les lecteurs ont aimé le livre et ils veulent le dire rapidement sans entrer dans une analyse qui pourrait paraître pédante ou hors-sujet, et ce qu’ils trouvent le plus sous la main c’est cela. Après tout, le rire est une valeur positive, il s’associe au bonheur, à la joie, à la satisfaction. Ils ne me convainquent pas. Le pire c’est quand ils ont recours à cette stupide différentiation : ils ne rient pas « de » toi, ils rient « avec » toi. Ah oui ? Mais ce qu’il en est c’est que moi, je ne ris pas quand j’écris ! Je ne pourrais pas dire pourquoi j’écris (et encore moins pourquoi je continue de le faire après autant de rires) mais je peux assurer que je ne le fais pas pour me provoquer ni pour provoquer à qui que ce soit une réaction viscérale, irrationnelle, animale comme l’est le rire, tout comme je n’écris pas pour provoquer des aboiements ou des hennissements. Si c’est tout ce qu’ils ont à me dire, je préfère qu’ils ne me disent rien. De plus, je l’ai dit maintes fois que cela m’embête, que cela me déprime, alors, pourquoi ils continuent de le faire ? Et même si je ne l’avais pas dit, il suffit de réfléchir un instant, il suffit d’avoir ne serait-ce qu’une once de connaissance du travail solitaire et difficile d’un écrivain, pour se rendre compte que c’est une grossièreté. Cela ne serait justifié qu’avec l’auteur d’un de ces livres qui s’intitulent « Nouvelles Blagues sur les Galiciens » ou quelque chose dans le genre.
Je déplore les lecteurs qui viennent me dire qu’ils ont « bien ri » avec mes livres, et je me plains amèrement d’eux. Je l’ai fait à l’oral et par écrit à chaque fois que j’en ai eu l’occasion. C’est un regret constant en moi ; je peux dire sans exagérer que ces commentaires ont envenimé ma vie d’écrivain. Je me répète, c’est inévitable, mais cela est dû au fait que la cause aussi se répète, on me le dit à chaque livre que je publie : comment j’ai rigolé, comment j’ai rigolé. Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m’étendre sur les raisons pour lesquelles j’ai l’humour dans la littérature en horreur (ça c’est personnel), parce que je pense que même si mes idées avaient été différentes, et même opposées, la récidive, déjà si prévisible, de ce « compliment », continuerait d’être un geste impoli, avec une touche paternaliste, dédaigneuse et, connaissant mes sentiments, carrément agressif. Quand j’en parle avec des amis ou des collègues, ils me répondent toujours, qu’effectivement, mes romans contiennent des éléments humoristiques, même des blagues et que c’est impossible de ne pas rire tant ils sont efficaces, ingénieux, originaux. Ils me donnent des exemples desquels ils ont bien ri en temps voulu, et quand ils me les racontent, moi aussi je ris parfois, puisque je n’ai pas d’autre choix. Mais là n’est pas le problème. Cela me dérange que l’on me le dise, et que ce soit la seule chose que l’on me dise. S’ils en sont restés là, c’est parce qu’ils n’ont vu rien d’autre. Le rire c’est la seule chose dont ils me parlent. Ils ne me disent jamais qu’ils ont été émus, ou qu’ils s’y sont intéressés ou encore ce que les a fait penser ou rêver. « J’ai lu ton dernier livre : comment j’ai ri ! » Et c’est tout. Et, s’ils se rendent compte à cause de mon silence ou de mon expression de dégoût que je n’ai pas aimé le compliment, alors ils veulent s’étendre pour arranger la situation et ils me racontent « de quelle manière » ils ont ri : aux éclats, aux larmes qui les empêchaient de continuer leur lecture, à s’en tenir les côtes jusqu’à ce que leur épouse vienne leur demander ce qui leur arrivait, etc. Une fois, deux ou trois fois, je l’aurais encore accepté ; je ne suis pas un tatillon. Mais, trente ans à entendre la même chose ? Des dizaines de livres de rires et rien d’autre que des rires ? Je ne peux pas concevoir qu’un véritable écrivain, n’importe lequel de mes idoles ou modèles aient été abordés par les lecteurs qui leur disaient combien ils avaient ri avec leurs livres. Ceux qui essayent de me consoler disent qu’il n’y a pas de mauvaise intention : les lecteurs ont aimé le livre et ils veulent le dire rapidement sans entrer dans une analyse qui pourrait paraître pédante ou hors-sujet, et ce qu’ils trouvent le plus sous la main c’est cela. Après tout, le rire est une valeur positive, il s’associe au bonheur, à la joie, à la satisfaction. Ils ne me convainquent pas. Le pire c’est quand ils ont recours à cette stupide différentiation : ils ne rient pas « de » toi, ils rient « avec » toi. Ah oui ? Mais ce qu’il en est c’est que moi, je ne ris pas quand j’écris ! Je ne pourrais pas dire pourquoi j’écris (et encore moins pourquoi je continue de le faire après autant de rires) mais je peux assurer que je ne le fais pas pour me provoquer ni pour provoquer à qui que ce soit une réaction viscérale, irrationnelle, animale comme l’est le rire, tout comme je n’écris pas pour provoquer des aboiements ou des hennissements. Si c’est tout ce qu’ils ont à me dire, je préfère qu’ils ne me disent rien. De plus, je l’ai dit maintes fois que cela m’embête, que cela me déprime, alors, pourquoi ils continuent de le faire ? Et même si je ne l’avais pas dit, il suffit de réfléchir un instant, il suffit d’avoir ne serait-ce qu’une once de connaissance du travail solitaire et difficile d’un écrivain, pour se rendre compte que c’est une grossièreté. Cela ne serait justifié qu’avec l’auteur d’un de ces livres qui s’intitulent « Nouvelles Blagues sur les Galiciens » ou quelque chose dans le genre.
***
Stéphanie nous propose sa traduction :
Je déplore les lecteurs qui viennent me dire qu'ils « ont ri » avec mes livres, et je me plains amèrement d'eux. Je l'ai fait à l'oral ou encore par écrit autant de fois que s'est présentée l'occasion. C'est un regret permanent qui me poursuit ; je peux affirmer sans exagérer que de tels commentaires ont envenimé ma vie d'écrivain. Je me répète, c'est inévitable, mais cela est dû au fait que la cause, elle aussi, se répète, on me le rabâche de chaque livre que je publie : comme j'ai ri, comme j'ai ri. Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m'étendre sur les raisons pour lesquelles je déteste l'humour dans la littérature (ça, c'est une affaire personnelle), pourtant je crois que, même si mes idées à ce sujet étaient différentes voire opposées, la récidive, à présent si prévisible, de cet « éloge », continuerait d'être un geste impoli, teinté d'une nuance paternaliste, dédaigneuse, et connaissant mes sentiments, directement agressif. Quand j'en discute avec des amis ou avec des collègues, ils me répondent toujours que mes romans contiennent des éléments humoristiques, et même des blagues, et qu'il est inévitable de rire puisqu'ils fonctionnent : ils sont efficaces, ingénieux, originaux. Ils me fournissent des exemples, desquels eux-mêmes ont ri au moment de la lecture, d'ailleurs quand ils me les racontent, parfois, moi aussi j'en ris, tant qu'on y est. Sauf que le problème n'est pas là. Cela me dérange qu'ils me le fassent remarquer, d'autant plus que c'est la seule chose qu'ils mentionnent. S'ils sont restés là-dessus, c'est qu'ils n'y ont rien trouvé de plus. Le rire est l'unique réaction dont ils me font part. Ils ne me rapportent jamais qu'ils ont été émus, ou qu'ils ont été intéressés, ou que l'oeuvre les a fait réfléchir ou rêver. « J'ai lu ton dernier livre : comme j'ai ri ! » Et c'est tout. Mais s'ils remarquent, à mon silence ou à mon visage contrarié que l'éloge ne m'a pas plu, et qu'ils veulent s'étendre sur le sujet pour arranger la situation, ils m'expliquent « comment » ils ont ri : aux éclats, aux larmes qui leur empêchaient de poursuivre leur lecture, jusqu'à ce qu'ils en aient mal aux côtes, jusqu'à ce que leur épouse vienne leur demander ce qui leur arrivait, etc. Une fois ou deux ou encore trois, je l'aurais accepté de bon cœur ; je ne suis pas monomaniaque. Cependant, après trente ans à entendre la même chose : des dizaines de livres qui provoquent le rire et rien que le rire ? Je ne peux pas concevoir que, d'un vrai écrivain, de n'importe lequel de mes idoles ou de mes modèles, des lecteurs s'approchent pour leur signifier combien ils ont ri avec leurs livres. Ceux qui tentent de me consoler m'assurent qu'il n'y a aucune mauvaise intention : le livre leur a plu, ils veulent me le faire savoir en quelques mots, sans entrer dans une analyse qui pourrait sembler pédante ou déplacée, donc ce qu'ils ont à portée de main, c'est cela. Après tout, le rire est une valeur positive : on l'associe au bonheur, à la joie, à la satisfaction. Ils ne réussissent pas à me convaincre. Le pire, c'est quand ils utilisent cette stupide distinction : on ne rit pas « de » toi, mais on rit « avec » toi. Ah bon ? Pourtant, je peux vous affirmer que je ne ris pas lorsque j'écris ! Je ne pourrais pas expliquer pourquoi je continue à écrire après toutes ces crises de rire. Néanmoins, je peux vous assurer que je ne le fais pas pour déclencher chez moi, ni pour déclencher chez qui que ce soit une réaction viscérale, irrationnelle, animale telle que le rire, tout comme je n'écris pas non plus pour déclencher des aboiements ou des hennissements. Si c'est tout ce que vous avez à me dire, je préfère que vous vous taisiez. D'autant plus que j'ai répété à de nombreuses reprises que cela me dérange, que cela me déprime, dans ce cas, pourquoi continuez-vous à le faire ? Et même si je ne l'avais pas dit, il suffit d'y réfléchir un instant, il suffit de posséder la plus infime connaissance du travail solitaire et difficile d'un écrivain pour se rendre compte que c'est une grossièreté. Ce serait uniquement justifié dans le cas de l'auteur d'un de ses livres intitulés « Nouvelles histoires drôles sur les espagnols » ou un ouvrage du même style.
Je déplore les lecteurs qui viennent me dire qu'ils « ont ri » avec mes livres, et je me plains amèrement d'eux. Je l'ai fait à l'oral ou encore par écrit autant de fois que s'est présentée l'occasion. C'est un regret permanent qui me poursuit ; je peux affirmer sans exagérer que de tels commentaires ont envenimé ma vie d'écrivain. Je me répète, c'est inévitable, mais cela est dû au fait que la cause, elle aussi, se répète, on me le rabâche de chaque livre que je publie : comme j'ai ri, comme j'ai ri. Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m'étendre sur les raisons pour lesquelles je déteste l'humour dans la littérature (ça, c'est une affaire personnelle), pourtant je crois que, même si mes idées à ce sujet étaient différentes voire opposées, la récidive, à présent si prévisible, de cet « éloge », continuerait d'être un geste impoli, teinté d'une nuance paternaliste, dédaigneuse, et connaissant mes sentiments, directement agressif. Quand j'en discute avec des amis ou avec des collègues, ils me répondent toujours que mes romans contiennent des éléments humoristiques, et même des blagues, et qu'il est inévitable de rire puisqu'ils fonctionnent : ils sont efficaces, ingénieux, originaux. Ils me fournissent des exemples, desquels eux-mêmes ont ri au moment de la lecture, d'ailleurs quand ils me les racontent, parfois, moi aussi j'en ris, tant qu'on y est. Sauf que le problème n'est pas là. Cela me dérange qu'ils me le fassent remarquer, d'autant plus que c'est la seule chose qu'ils mentionnent. S'ils sont restés là-dessus, c'est qu'ils n'y ont rien trouvé de plus. Le rire est l'unique réaction dont ils me font part. Ils ne me rapportent jamais qu'ils ont été émus, ou qu'ils ont été intéressés, ou que l'oeuvre les a fait réfléchir ou rêver. « J'ai lu ton dernier livre : comme j'ai ri ! » Et c'est tout. Mais s'ils remarquent, à mon silence ou à mon visage contrarié que l'éloge ne m'a pas plu, et qu'ils veulent s'étendre sur le sujet pour arranger la situation, ils m'expliquent « comment » ils ont ri : aux éclats, aux larmes qui leur empêchaient de poursuivre leur lecture, jusqu'à ce qu'ils en aient mal aux côtes, jusqu'à ce que leur épouse vienne leur demander ce qui leur arrivait, etc. Une fois ou deux ou encore trois, je l'aurais accepté de bon cœur ; je ne suis pas monomaniaque. Cependant, après trente ans à entendre la même chose : des dizaines de livres qui provoquent le rire et rien que le rire ? Je ne peux pas concevoir que, d'un vrai écrivain, de n'importe lequel de mes idoles ou de mes modèles, des lecteurs s'approchent pour leur signifier combien ils ont ri avec leurs livres. Ceux qui tentent de me consoler m'assurent qu'il n'y a aucune mauvaise intention : le livre leur a plu, ils veulent me le faire savoir en quelques mots, sans entrer dans une analyse qui pourrait sembler pédante ou déplacée, donc ce qu'ils ont à portée de main, c'est cela. Après tout, le rire est une valeur positive : on l'associe au bonheur, à la joie, à la satisfaction. Ils ne réussissent pas à me convaincre. Le pire, c'est quand ils utilisent cette stupide distinction : on ne rit pas « de » toi, mais on rit « avec » toi. Ah bon ? Pourtant, je peux vous affirmer que je ne ris pas lorsque j'écris ! Je ne pourrais pas expliquer pourquoi je continue à écrire après toutes ces crises de rire. Néanmoins, je peux vous assurer que je ne le fais pas pour déclencher chez moi, ni pour déclencher chez qui que ce soit une réaction viscérale, irrationnelle, animale telle que le rire, tout comme je n'écris pas non plus pour déclencher des aboiements ou des hennissements. Si c'est tout ce que vous avez à me dire, je préfère que vous vous taisiez. D'autant plus que j'ai répété à de nombreuses reprises que cela me dérange, que cela me déprime, dans ce cas, pourquoi continuez-vous à le faire ? Et même si je ne l'avais pas dit, il suffit d'y réfléchir un instant, il suffit de posséder la plus infime connaissance du travail solitaire et difficile d'un écrivain pour se rendre compte que c'est une grossièreté. Ce serait uniquement justifié dans le cas de l'auteur d'un de ses livres intitulés « Nouvelles histoires drôles sur les espagnols » ou un ouvrage du même style.
samedi 18 décembre 2010
Entretien avec Alexandre de Nuñez, libraire – réalisé par Auréba Sadouni
El salón del libro est une petite librairie (sise non loin du Panthéon, à Paris 5e), où l'on trouve de la littérature (romans, bandes-dessinées, poèmes...) d'auteurs hispanophones (en espagnol et en français).
1)Pourquoi votre librairie s’appelle-t-elle El salón del libro ?
Il y a cinq ans, j’avais créé l’événement du salon des livres d’Amérique latine. C’était pour faire le lien. Aussi, dans le salon, nous avons des canapés. Les gens s’assoient. Ça fait salon.
2)Comment en êtes-vous venu au métier de libraire ?
Par hasard. Avant, j’étais journaliste. Toutes les petites librairies avaient fermé. La ville de Paris avait acheté le local pour qu’il y ait encore des librairies. J’ai posé ma candidature pour pouvoir louer ce local. Sur le site internet (http://www.ameriquelatine.msh-paris.fr), dans l’onglet Revue de presse, tout est expliqué.
3)Qu’est-ce que vous aimez le plus dans le métier de libraire ?
Être en contact avec les livres. C’est intéressant d’importer des livres d’Amérique latine, aussi bien d’Argentine, de Bolivie, du Mexique…, de la littérature que l’on ne trouve pas. Au Chili, par exemple, il est difficile de trouver un livre du Pérou.
4)Travaillez-vous avec des éditeurs d’Amérique ?
Oui. Par exemple, je travaille avec des éditeurs d’Argentine : Eterna cadencia, Ediciones de la Flor, Planeta. Il y en a beaucoup.
5)Est-ce que vous êtes seul à travailler dans votre librairie ?
Non. Il y a une personne qui travaille avec moi.
6)Comment vous répartissez-vous les tâches ?
Nous faisons tous la même chose. C’est une petite société.
7)Êtes-vous, dans le cadre de votre métier, en relation avec la Maison d’Amérique latine et l’Institut Cervantes ?
Oui. Ils m’envoient beaucoup de gens. Je leur fais de la publicité, aussi.
8)Vous organisez un bon nombre de rencontres avec des auteurs. Comment organisez-vous ces rencontres ?
Ce sont les éditeurs français qui me le proposent quand un auteur est de passage. Ils me demandent de présenter le livre.
9)Sur votre site internet, il y a la Radio-librería. Est-ce qu’il vous arrive de transmettre en direct ?
C’est dans les conditions du direct, car tout est transmis comme tel, sans retouches, mais techniquement, je n’ai pas les moyens de mettre en direct. Je mets en ligne quelques heures après l’évènement. Ça permet d’avoir une archive et une mémoire des rencontres.
10)Pouvez-vous me parler de votre expérience de journaliste ?
J’ai travaillé pour la presse latino-américaine. En Argentine, j'ai travaillé pour La Nación. En France, j'ai travaillé pour France-Culture.
11)Quelles thématiques abordiez-vous ? Y-a-t-il un rapport avec la littérature ?
Il s’agissait surtout de politique. Il n’y a pas de lien.
12)À part le fait d’interroger des personnes ?
Oui.
13)Comment vous tenez-vous au courant de l’actualité littéraire ?
Je lis la presse, beaucoup de journaux sur internet. Je lis surtout les quotidiens ainsi que quelques revues de littérature.
14)Avez-vous des traductions, des versions originales ? Votre clientèle est-elle majoritairement hispanophone ?
Nous avons les deux : des versions originales et des traductions. Les clients sont surtout des hispanophones, forcément. Il y a aussi des gens du quartier qui découvrent la littérature américaine et prennent des livres en français.
15)Lisez-vous des traductions ?
Personnellement, je lis très peu de traductions, sauf quand j’ai du mal à mettre la main sur la version originale.
16)Je crois que dans votre librairie, il y a des ateliers. Pouvez-vous m’en parler ?
Il y a une association qui s’appelle Había una vez et qui un samedi par mois, fait dans la librairie des lectures en espagnol pour les enfants de 4 à 12 ans.
17)Quand je suis passée cet été dans votre librairie, j’ai pu voir qu’il y avait des illustrations sur les murs de votre librairie.
Oui. Il y a des expositions, mais c’est toujours lié aux livres.
18)Est-ce que vos origines argentines ont une influence sur les livres que vous faites venir ?
Pas spécialement. Il est vrai qu’il y a beaucoup plus d’auteurs en Argentine qui publient. Il y a deux pôles importants : le Mexique et l’Argentine. Sinon, bien sûr, nous avons des œuvres d’autres pays d’Amérique latine.
19)Vous déplacez-vous en Amérique ou en Espagne dans le cadre de votre travail ?
Oui. Je vais en Argentine et au Mexique : à Buenos Aires et Guadalajara. Il y a aussi les foires à Francfort. Nous y rencontrons les éditeurs et ils nous disent ce qu’ils vont faire pour les mois à venir.
20)Etes-vous beaucoup en relation avec des traducteurs ?
Oui, il y a beaucoup de traducteurs qui viennent à la librairie. Surtout quand il y a des rencontres. Il y a des traducteurs qui viennent en même temps que l’auteur qu’ils ont traduit. Quelques fois, ils viennent pour découvrir un auteur, comme par exemple quand il y a eu Sergio Chejfec. La librairie était remplie de traducteurs. Beaucoup étaient intéressés à l'idée de faire une traduction.
1)Pourquoi votre librairie s’appelle-t-elle El salón del libro ?
Il y a cinq ans, j’avais créé l’événement du salon des livres d’Amérique latine. C’était pour faire le lien. Aussi, dans le salon, nous avons des canapés. Les gens s’assoient. Ça fait salon.
2)Comment en êtes-vous venu au métier de libraire ?
Par hasard. Avant, j’étais journaliste. Toutes les petites librairies avaient fermé. La ville de Paris avait acheté le local pour qu’il y ait encore des librairies. J’ai posé ma candidature pour pouvoir louer ce local. Sur le site internet (http://www.ameriquelatine.msh-paris.fr), dans l’onglet Revue de presse, tout est expliqué.
3)Qu’est-ce que vous aimez le plus dans le métier de libraire ?
Être en contact avec les livres. C’est intéressant d’importer des livres d’Amérique latine, aussi bien d’Argentine, de Bolivie, du Mexique…, de la littérature que l’on ne trouve pas. Au Chili, par exemple, il est difficile de trouver un livre du Pérou.
4)Travaillez-vous avec des éditeurs d’Amérique ?
Oui. Par exemple, je travaille avec des éditeurs d’Argentine : Eterna cadencia, Ediciones de la Flor, Planeta. Il y en a beaucoup.
5)Est-ce que vous êtes seul à travailler dans votre librairie ?
Non. Il y a une personne qui travaille avec moi.
6)Comment vous répartissez-vous les tâches ?
Nous faisons tous la même chose. C’est une petite société.
7)Êtes-vous, dans le cadre de votre métier, en relation avec la Maison d’Amérique latine et l’Institut Cervantes ?
Oui. Ils m’envoient beaucoup de gens. Je leur fais de la publicité, aussi.
8)Vous organisez un bon nombre de rencontres avec des auteurs. Comment organisez-vous ces rencontres ?
Ce sont les éditeurs français qui me le proposent quand un auteur est de passage. Ils me demandent de présenter le livre.
9)Sur votre site internet, il y a la Radio-librería. Est-ce qu’il vous arrive de transmettre en direct ?
C’est dans les conditions du direct, car tout est transmis comme tel, sans retouches, mais techniquement, je n’ai pas les moyens de mettre en direct. Je mets en ligne quelques heures après l’évènement. Ça permet d’avoir une archive et une mémoire des rencontres.
10)Pouvez-vous me parler de votre expérience de journaliste ?
J’ai travaillé pour la presse latino-américaine. En Argentine, j'ai travaillé pour La Nación. En France, j'ai travaillé pour France-Culture.
11)Quelles thématiques abordiez-vous ? Y-a-t-il un rapport avec la littérature ?
Il s’agissait surtout de politique. Il n’y a pas de lien.
12)À part le fait d’interroger des personnes ?
Oui.
13)Comment vous tenez-vous au courant de l’actualité littéraire ?
Je lis la presse, beaucoup de journaux sur internet. Je lis surtout les quotidiens ainsi que quelques revues de littérature.
14)Avez-vous des traductions, des versions originales ? Votre clientèle est-elle majoritairement hispanophone ?
Nous avons les deux : des versions originales et des traductions. Les clients sont surtout des hispanophones, forcément. Il y a aussi des gens du quartier qui découvrent la littérature américaine et prennent des livres en français.
15)Lisez-vous des traductions ?
Personnellement, je lis très peu de traductions, sauf quand j’ai du mal à mettre la main sur la version originale.
16)Je crois que dans votre librairie, il y a des ateliers. Pouvez-vous m’en parler ?
Il y a une association qui s’appelle Había una vez et qui un samedi par mois, fait dans la librairie des lectures en espagnol pour les enfants de 4 à 12 ans.
17)Quand je suis passée cet été dans votre librairie, j’ai pu voir qu’il y avait des illustrations sur les murs de votre librairie.
Oui. Il y a des expositions, mais c’est toujours lié aux livres.
18)Est-ce que vos origines argentines ont une influence sur les livres que vous faites venir ?
Pas spécialement. Il est vrai qu’il y a beaucoup plus d’auteurs en Argentine qui publient. Il y a deux pôles importants : le Mexique et l’Argentine. Sinon, bien sûr, nous avons des œuvres d’autres pays d’Amérique latine.
19)Vous déplacez-vous en Amérique ou en Espagne dans le cadre de votre travail ?
Oui. Je vais en Argentine et au Mexique : à Buenos Aires et Guadalajara. Il y a aussi les foires à Francfort. Nous y rencontrons les éditeurs et ils nous disent ce qu’ils vont faire pour les mois à venir.
20)Etes-vous beaucoup en relation avec des traducteurs ?
Oui, il y a beaucoup de traducteurs qui viennent à la librairie. Surtout quand il y a des rencontres. Il y a des traducteurs qui viennent en même temps que l’auteur qu’ils ont traduit. Quelques fois, ils viennent pour découvrir un auteur, comme par exemple quand il y a eu Sergio Chejfec. La librairie était remplie de traducteurs. Beaucoup étaient intéressés à l'idée de faire une traduction.
Ce qui devait arriver arriva…, 2
Exercice d'écriture spécial pour Caroline, volet 2 : À travers les yeux du chat d'Olivier
Le texte d'Olivier :
Alors que la vie abandonne progressivement chaque centimètre de mon corps, moi qui n'ai jamais écris une lettre à personne, je ressens le besoin, aujourd'hui, de laisser au triste monde le témoignage de mon existence, aussi insignifiante soit elle.
Le texte « métamorphosé » :
Alors que la vie abandonne progressivement chaque centimètre de mon corps, fesses en acier trempé, torse d'athlète et biceps de géant enfariné compris, moi qui n'ai jamais écrit une lettre à personne, craignant d'ouvrir mon cœur de pauvre bougre, je ressens le besoin, aujourd'hui, de laisser au triste monde, en particulier à mes deux compagnons de toujours, Claude le Glaude et cette bonne Lucette, le témoignage de mon existence, aussi insignifiante et passe-partout soit-elle.
Le texte d'Olivier :
Alors que la vie abandonne progressivement chaque centimètre de mon corps, moi qui n'ai jamais écris une lettre à personne, je ressens le besoin, aujourd'hui, de laisser au triste monde le témoignage de mon existence, aussi insignifiante soit elle.
Le texte « métamorphosé » :
Alors que la vie abandonne progressivement chaque centimètre de mon corps, fesses en acier trempé, torse d'athlète et biceps de géant enfariné compris, moi qui n'ai jamais écrit une lettre à personne, craignant d'ouvrir mon cœur de pauvre bougre, je ressens le besoin, aujourd'hui, de laisser au triste monde, en particulier à mes deux compagnons de toujours, Claude le Glaude et cette bonne Lucette, le témoignage de mon existence, aussi insignifiante et passe-partout soit-elle.
vendredi 17 décembre 2010
Un nouveau venu dans la blogosphère : le blog d'Olivier
Vous le trouverez à l'adresse suivante :
http://le-marchand-dhumeurs.blogspot.com
http://le-marchand-dhumeurs.blogspot.com
Ce qui devait arriver arriva…
Après avoir imposé aux apprentis traducteurs ces fameux exercices d'écriture spéciaux (avec les mots insolites et parfois bizarres prononcés en cours), je me vois à mon tour prise au piège des promesses idiotes (« Un jour, moi aussi je le ferai »). Mais, afin que l'arroseur soit généreusement arrosé, j'introduirai lesdits mots dans vos propres textes, mes chers amis, légèrement remaniés pour l'occasion, cela va de soi.
Le support sera « À travers les yeux de mon chat ».
Exercice d'écriture spécial pour Caroline, volet 1 : à travers les yeux du chat d'Auréba
Le texte d'Auréba :
Tous les soirs, c’était la même rengaine : je prenais Cachou sur mon épaule pour le mettre à la porte. Dehors, il faisait nuit noire, et lorsqu’il se retournait, j’admirais ses yeux qui scintillaient. Pendant qu’il s’éloignait au fond du jardin, je fermais les volets, puis je m’en allais dans ma chambre.
Le texte « métamorphosé » :
Tous les soirs, pour la Martine, c’était à peu près la même rengaine : espérant sortir du bain d'un dîner trop gourmand et trop arrosé ses précieuses dents du fond, elle prenait Cachou sur son épaule et s'en allait, cahin-caha, faire un petit tour dans l'herbe mouillée de son jardin. Dehors, c'était la nuit noire, et lorsque le chat se retournait, elle ne manquait jamais d'admirer ses yeux qui scintillaient, tel le dos luisant d'un cafard en fuite près de la gueule rougeoyante du four de Blasco Ibáñez. Pendant qu’il s’éloignait, elle fermait les volets, puis s’en retournait dans sa chambre, reprendre avec délice sa lecture d'alors, le Hé zarma, nouveaux contes des mille et une nuits.
Le support sera « À travers les yeux de mon chat ».
Exercice d'écriture spécial pour Caroline, volet 1 : à travers les yeux du chat d'Auréba
Le texte d'Auréba :
Tous les soirs, c’était la même rengaine : je prenais Cachou sur mon épaule pour le mettre à la porte. Dehors, il faisait nuit noire, et lorsqu’il se retournait, j’admirais ses yeux qui scintillaient. Pendant qu’il s’éloignait au fond du jardin, je fermais les volets, puis je m’en allais dans ma chambre.
Le texte « métamorphosé » :
Tous les soirs, pour la Martine, c’était à peu près la même rengaine : espérant sortir du bain d'un dîner trop gourmand et trop arrosé ses précieuses dents du fond, elle prenait Cachou sur son épaule et s'en allait, cahin-caha, faire un petit tour dans l'herbe mouillée de son jardin. Dehors, c'était la nuit noire, et lorsque le chat se retournait, elle ne manquait jamais d'admirer ses yeux qui scintillaient, tel le dos luisant d'un cafard en fuite près de la gueule rougeoyante du four de Blasco Ibáñez. Pendant qu’il s’éloignait, elle fermait les volets, puis s’en retournait dans sa chambre, reprendre avec délice sa lecture d'alors, le Hé zarma, nouveaux contes des mille et une nuits.
Un premier atelier tutoré de traduction : Auréba, Alexis, Olivier… et Caroline
En photo : poussinspar julie the sponge
Aujourd'hui, nous avons enfin commencé l'atelier tutoré avec Auréba, Alexis et Olivier… Les mêmes en somme que d'habitude, et cependant bien différents sans les quatre compères qui manquaient, Perrine, Stéphanie, Julie et Vanessa.
Comment était la séance ? Le travail a été dur, parfois âpre, mais certainement fructueux ; dur et âpre parce qu'il a fallu parler des livres, essayer de poser les principaux jalons du fameux "système" (pas facile, n'est-ce pas, chère Auréba ?), encore perdu dans la brume, mais fructueux parce que les lignes de force, celles qu'il faudra suivre sans relâche, se dessinent malgré tout un peu… les bribes du rythme, quelques accents du ton – un minuscule bonhomme de neige, (petit clin d'œil à notre besançonnais / besançonnien / besançois ?), mais déjà une forme ; assez émouvant ce processus de la gestation. Sur le papier, le bilan paraît maigre, quelques mots pour celui-ci, quelques phrases pour l'autre ; en réalité, c'est énorme, peut-être pas encore un pas de géant, mais un pas solide et qui devrait donner confiance à nos traducteurs en herbe.
Voici où nous en sommes, d'un tout premier jet (avec encore bien des questions laissées sans réponse) :
Auréba
Manuel Manzano, Capitán de las sardinas, 2010.
Pourquoi lui avait-il tranché la gorge ? Ensuite, pourquoi est-ce qu'il la mutila…
Alexis
Enrique Rentería, Los delirios de Adrían, 2005.
Marilia, j'aurais aimé être le rival du diable ! Pas Dieu, ça, hors de question, pas non plus un exorciste traqueur de religieuses possédées arrachant leurs vêtements.
Olivier
Pablo Tusset, En el Nombre del cerdo, 2006.
Ni le commissaire principal Pujol ni l'agent Varela n'ont rien avalé quoi que ce soit de solide, en prévision de ce qu'ils pourraient bien trouver au cours de la matinée. Après de route, le commissaire se souvient qu'il a l'estomac vide.
Comment était la séance ? Le travail a été dur, parfois âpre, mais certainement fructueux ; dur et âpre parce qu'il a fallu parler des livres, essayer de poser les principaux jalons du fameux "système" (pas facile, n'est-ce pas, chère Auréba ?), encore perdu dans la brume, mais fructueux parce que les lignes de force, celles qu'il faudra suivre sans relâche, se dessinent malgré tout un peu… les bribes du rythme, quelques accents du ton – un minuscule bonhomme de neige, (petit clin d'œil à notre besançonnais / besançonnien / besançois ?), mais déjà une forme ; assez émouvant ce processus de la gestation. Sur le papier, le bilan paraît maigre, quelques mots pour celui-ci, quelques phrases pour l'autre ; en réalité, c'est énorme, peut-être pas encore un pas de géant, mais un pas solide et qui devrait donner confiance à nos traducteurs en herbe.
Voici où nous en sommes, d'un tout premier jet (avec encore bien des questions laissées sans réponse) :
Auréba
Manuel Manzano, Capitán de las sardinas, 2010.
Pourquoi lui avait-il tranché la gorge ? Ensuite, pourquoi est-ce qu'il la mutila…
Alexis
Enrique Rentería, Los delirios de Adrían, 2005.
Marilia, j'aurais aimé être le rival du diable ! Pas Dieu, ça, hors de question, pas non plus un exorciste traqueur de religieuses possédées arrachant leurs vêtements.
Olivier
Pablo Tusset, En el Nombre del cerdo, 2006.
Ni le commissaire principal Pujol ni l'agent Varela n'ont rien avalé quoi que ce soit de solide, en prévision de ce qu'ils pourraient bien trouver au cours de la matinée. Après de route, le commissaire se souvient qu'il a l'estomac vide.
Petit lexique de la gymnastique sportive
1)Gymnastique : gimnasia
2)Médaille : medalla, presea (Américanisme)
3)Justaucorps, léotard : body, leotardo
4)Maniques : protecciones de manos
5)Magnésie : magnesia
6)Entrainement : entrenamiento
7)Échauffement : calentamiento
8)Courbatures : agujetas
9) Souplesse: flexibilidad
10)Sol : suelo
11)Tapis : almohada
12)Agrès : Aparatos
13)Poutre : barra de equilibrio
14)Barre fixe : barra fija
15)Barres assymétriques : barras asimétricas
16)Barres parallèles : barras paralelas
17)Anneaux : anillas
18)Cheval : potro, caballete
19)Cheval d’arçons : arzón, potro con arcos, potro
20)Plinth : plinto
21)Tremplin : trampolín
22)Enchainement : serie
23)Entrée (aux barres) : colgada
24)Sortie : salida
25)Réception : recepción
26)Figures imposées : figuras obligadas
27)Saut cambré : salto en arco
28)Saut écarté : salto de payaso
29)Saut groupé : salto en bola, salto agrupado
30)Saut piqué : salto picado, salto de puntillas
31)Saut tendu, saut en planche : salto planchado
32)Saut de l’ange : salto del ángel
33)Saut périlleux : salto mortal
34)Saut de lapin : salto de tigre
35)Lune : luna, paloma
36)Entrechat : trenzado
37)Rond de jambe : media vuelta
38)Pas de côté : paso de costado
39)Pas cadensé : paso acompasado
40)Soleil, roue : rueda, voltereta lateral
41)Rondade : rontad, rondada
42)Flip-flap : flic-flac
43)Souplesse : walkover
44)Roulade : rola, rodadura
45)Pont : puente
46)Grand-écart : grand-écart
47)Équilibre : parada de manos
48)Poirier : puntal, pino
49)Montée en chandelle : lanzada, vertical, lanzada gimnástica
50)Dislocation :dislocado
2)Médaille : medalla, presea (Américanisme)
3)Justaucorps, léotard : body, leotardo
4)Maniques : protecciones de manos
5)Magnésie : magnesia
6)Entrainement : entrenamiento
7)Échauffement : calentamiento
8)Courbatures : agujetas
9) Souplesse: flexibilidad
10)Sol : suelo
11)Tapis : almohada
12)Agrès : Aparatos
13)Poutre : barra de equilibrio
14)Barre fixe : barra fija
15)Barres assymétriques : barras asimétricas
16)Barres parallèles : barras paralelas
17)Anneaux : anillas
18)Cheval : potro, caballete
19)Cheval d’arçons : arzón, potro con arcos, potro
20)Plinth : plinto
21)Tremplin : trampolín
22)Enchainement : serie
23)Entrée (aux barres) : colgada
24)Sortie : salida
25)Réception : recepción
26)Figures imposées : figuras obligadas
27)Saut cambré : salto en arco
28)Saut écarté : salto de payaso
29)Saut groupé : salto en bola, salto agrupado
30)Saut piqué : salto picado, salto de puntillas
31)Saut tendu, saut en planche : salto planchado
32)Saut de l’ange : salto del ángel
33)Saut périlleux : salto mortal
34)Saut de lapin : salto de tigre
35)Lune : luna, paloma
36)Entrechat : trenzado
37)Rond de jambe : media vuelta
38)Pas de côté : paso de costado
39)Pas cadensé : paso acompasado
40)Soleil, roue : rueda, voltereta lateral
41)Rondade : rontad, rondada
42)Flip-flap : flic-flac
43)Souplesse : walkover
44)Roulade : rola, rodadura
45)Pont : puente
46)Grand-écart : grand-écart
47)Équilibre : parada de manos
48)Poirier : puntal, pino
49)Montée en chandelle : lanzada, vertical, lanzada gimnástica
50)Dislocation :dislocado
De la part de Julie !
Je pensais qu'on pourrait faire un petit post sur Noël en Espagne et en Amérique Latine.
À midi, Maëlle, une angliciste, nous a demandé si on connaissait des chants de Noël en espagnol. On avait quelques restes et les mélodies en tête mais c'est tout.
J'avais envie de faire des recherches pour me rappeler de bons souvenirs et pour en apprendre plus sur le sujet.
Voici donc quelques liens vidéos qui mènent à quelques unes des chansons typiques.
Ensuite, il y'a deux liens internet qui expliquent comment se fête Noël en Espagne (selon les régions, etc) et l'autre, dans les différents pays d'Amérique Latine (il suffit de cliquer sur un drapeau).
http://www.navidadlatina.com/espana
http://www.navidadlatina.com/tradiciones
Le dernier lien (du même site en fait), propose des recettes typiques de Noël selon les pays (Espagne ou pays d'Amérique Latine).
http://www.navidadlatina.com/recetas
Ça fait beaucoup de liens mais je trouvais ça plutôt intéressant à l'approche des fêtes!
À midi, Maëlle, une angliciste, nous a demandé si on connaissait des chants de Noël en espagnol. On avait quelques restes et les mélodies en tête mais c'est tout.
J'avais envie de faire des recherches pour me rappeler de bons souvenirs et pour en apprendre plus sur le sujet.
Voici donc quelques liens vidéos qui mènent à quelques unes des chansons typiques.
Ensuite, il y'a deux liens internet qui expliquent comment se fête Noël en Espagne (selon les régions, etc) et l'autre, dans les différents pays d'Amérique Latine (il suffit de cliquer sur un drapeau).
http://www.navidadlatina.com/espana
http://www.navidadlatina.com/tradiciones
Le dernier lien (du même site en fait), propose des recettes typiques de Noël selon les pays (Espagne ou pays d'Amérique Latine).
http://www.navidadlatina.com/recetas
Ça fait beaucoup de liens mais je trouvais ça plutôt intéressant à l'approche des fêtes!
jeudi 16 décembre 2010
mercredi 15 décembre 2010
mardi 14 décembre 2010
Exercice d'écriture : « À travers les yeux de mon chat », par Auréba Sadouni
Tous les soirs, c’était la même rengaine : je prenais Cachou sur mon épaule pour le mettre à la porte. Dehors, il faisait nuit noire, et lorsqu’il se retournait, j’admirais ses yeux qui scintillaient. Pendant qu’il s’éloignait au fond du jardin, je fermais les volets, puis je m’en allais dans ma chambre. Après avoir fermé tous les volets, il ne restait plus aucune ouverture sur l’extérieur, à part cette télévision, cet appareil qui me permettait de voir ce dont je ne devais pas être témoin en m’offrant des images, fixes ou en mouvement, qui me faisaient voyager alors que j’étais complètement sédentaire. J’avais tellement absorbé de clichés pré-réalisés que j’en avais oublié d’observer autour de moi. Tous les jours, j’empruntais le même chemin ; je passais par un petit sentier en virage, au milieu de grands arbres dont je n’étais pas capable de dire à quoi ils ressemblaient. Pas loin, il y avait une forêt, peuplée de petits êtres vivants assez discrets, mais ça ne faisait pas partie de ma trajectoire quotidienne qui allait de la maison à l’arrêt d’autobus. En fait, je n’aimais pas me balader dans le quartier. Disons que j’évitais de m’y attarder. Mon chat, quant à lui, le quartier, il le connaissait comme moi je connais ma poche. Bien qu’il se plaisait à roupiller dans le salon, la nuit, alors que c’était mon tour de baisser mes paupières, il devait sûrement parcourir les terrains environnants, blancs, verts ou marrons selon les saisons, couvert ou non de feuilles mortes, grouillant ou non de vie. Il voyait des choses que je n’imaginais même pas. Aujourd’hui, cela fait un mois que je n’accomplis plus le même rituel du soir, car depuis, Cachou n’est pas revenu. Si seulement je pouvais voir à travers les yeux de mon chat ! Ça me permettrait de savoir s’il continue à se promener dans ce monde.
Libellés :
Billets des apprentis,
Exercices,
Promo Claude Bleton
lundi 13 décembre 2010
Références culturelles, 671 : Francisco Giner de los Ríos
Francisco Giner de los Ríos
une idée d'Odile
http://es.wikipedia.org/wiki/Francisco_Giner_de_los_R%C3%ADos
une idée d'Odile
http://es.wikipedia.org/wiki/Francisco_Giner_de_los_R%C3%ADos
dimanche 12 décembre 2010
Exercice d'écriture : « À travers les yeux de mon chat », par Olivier Marchand
Alors que la vie abandonne progressivement chaque centimètre de mon corps, moi qui n'ai jamais écris une lettre à personne, je ressens le besoin, aujourd'hui, de laisser au triste monde le témoignage de mon existence, aussi insignifiante soit elle. Cette lettre qui ne sera peut être jamais lue sera la première et la dernière à contenir mes mots, la voici :
Je suis sortie du ventre maternel lors de l'exil provoqué par la guerre et ma mère, qui est restée pour moi toutes ces années une inconnue, m'a laissée, après m'avoir mise au monde, au bon soin des religieuses du couvent de Sommedieu. La guerre l'y a poussée et je ne lui en ai jamais voulu. Les quelques témoignages des survivants que j'ai pu entendre au cours de ma vie m'ont fait rapidement comprendre qu'elle y avait été forcée et j'imagine que c'est à contrecoeur, désirant offrir à son enfant un avenir meilleur, qu'elle l'a fait.
Les religieuses qui m'ont recueillie m'ont élevée comme elles le pouvaient et avec les moyens dont elles disposaient. Elles ont pris soin de moi toute mon enfance et, entre les prières et les messes, elles m'ont appris à lire, à écrire et à compter, apprentissage que toutes les femmes de ma génération n'ont pas eu la chance de recevoir. Je garde de cette époque un souvenir impérissable. Les jours défilaient, partagés entre l'austérité du cloître et les fous rires étouffés des dortoirs, les saisons s'enchaînaient offrant à nos yeux ébahis un spectacle qui nous ravissait et les années de mon enfance coulaient aussi paisiblement qu'un mince ruisseau dans la plaine. À l'âge de 16 ans, les soeurs m'ont proposé de revêtir la soutane pour le restant de mes jours : j'ai, sans hésitation aucune, refusé. J'ai laissé derrière moi les visages ruisselants de larmes de mes amies, fuit le cloître rassurant qui m'avait vu grandir et abandonné la paisible serenité qui émanait de la campagne environnante. Moi qui n'avait rien connu d'autre que ces murs de pierre vieux de six cents ans, je ne pouvais concevoir l'idée d'y demeurer enfermée jusqu'à ma mort. Et c'est avec mon maigre savoir et un léger bâluchon sur l'épaule que j'ai parcouru, tantôt à pied, tantôt en train, les nombreux kilomètres qui me séparaient alors de ma destination : Paris. Ma chaussure droite a franchi la première la Porte de Bagnolet et c'est le coeur joyeux que je suis entrée dans la capitale le 17 juillet 1933, à trois heures de l'après-midi. La ville, alors en pleine effusion, s'efforçait d'oublier les atrocités de la guerre en se jetant à corps perdu dans la musique et la danse. Cette gaieté sans limite qu'elle exhalait m'a immédiatement envoutée. Des milliers et des milliers de gens flottaient chaque jour dans ses rues et, à mon plus grand bonheur, j'en faisais partie. J'ai parcouru ses artères, visité chaque recoin de son squelette, voyagé sur son corps et chevauché sa peau jusqu'à l'épuisement, mais cette innocente insouciance de jeune fille fraîchement débarquée a rapidement pris fin quand mon maigre bagage s'est trouvé vide. La chance, qui jusque ici ne m'avait pas particulièrement souri, a alors daigné venir jusqu'à moi et c'est en sonnant à l'hôtel particulier de la famille Viraut, sur le boulevard Saint-Martin, que je l'ai rencontrée : elle et un poste de bonne m'y attendaient. J'y ai travaillé près de 40 ans. J'y vivais, certes, assez chichement, mais j'avais trois fois par jour de la nourriture dans mon assiette, et le soir un lit confortable où m'endormir. À la mort de ma maîtresse, son fils, un homme cynique et arriviste, n'a pas daigné me garder à son service et c'est avec un mélange de tristesse et d'amertume que j'ai dû quitter le toit qui m'avait protégé pendant ces longues années. J'ai réussi à vivre tant bien que mal en continuant à me mettre à disposition des gens que la fortune avait favorisé jusqu'à ce que mon corps, las de ces réveils à l'aurore, de ces journées sans fin et de ces nuits trop courtes, me fasse comprendre mon âge.
Je ne me suis jamais mariée, mais j'ai cependant eu l'occasion de découvrir plusieurs fois, trop volatilement à mon goût, le bonheur d'avoir un homme à mes côtés. Blonds, bruns et chatains se sont succédés, riches et pauvres m'ont fait rire, grands et petits ont fait tangué mon coeur mais aucun ne m'a cependant comblé au point que je veuille partager mon existence avec lui.
Je vis aujourd'hui mes derniers instants dans ce modeste appartement qui entendra mon dernier soupir, qui sentira sur ses murs mon dernier souffle et qui verra mon corps s'éteindre. Le seul être qui souffrira de mon absence ronronne à mes côtés et je lis dans ces yeux une tristesse silencieuse.
Je suis sortie du ventre maternel lors de l'exil provoqué par la guerre et ma mère, qui est restée pour moi toutes ces années une inconnue, m'a laissée, après m'avoir mise au monde, au bon soin des religieuses du couvent de Sommedieu. La guerre l'y a poussée et je ne lui en ai jamais voulu. Les quelques témoignages des survivants que j'ai pu entendre au cours de ma vie m'ont fait rapidement comprendre qu'elle y avait été forcée et j'imagine que c'est à contrecoeur, désirant offrir à son enfant un avenir meilleur, qu'elle l'a fait.
Les religieuses qui m'ont recueillie m'ont élevée comme elles le pouvaient et avec les moyens dont elles disposaient. Elles ont pris soin de moi toute mon enfance et, entre les prières et les messes, elles m'ont appris à lire, à écrire et à compter, apprentissage que toutes les femmes de ma génération n'ont pas eu la chance de recevoir. Je garde de cette époque un souvenir impérissable. Les jours défilaient, partagés entre l'austérité du cloître et les fous rires étouffés des dortoirs, les saisons s'enchaînaient offrant à nos yeux ébahis un spectacle qui nous ravissait et les années de mon enfance coulaient aussi paisiblement qu'un mince ruisseau dans la plaine. À l'âge de 16 ans, les soeurs m'ont proposé de revêtir la soutane pour le restant de mes jours : j'ai, sans hésitation aucune, refusé. J'ai laissé derrière moi les visages ruisselants de larmes de mes amies, fuit le cloître rassurant qui m'avait vu grandir et abandonné la paisible serenité qui émanait de la campagne environnante. Moi qui n'avait rien connu d'autre que ces murs de pierre vieux de six cents ans, je ne pouvais concevoir l'idée d'y demeurer enfermée jusqu'à ma mort. Et c'est avec mon maigre savoir et un léger bâluchon sur l'épaule que j'ai parcouru, tantôt à pied, tantôt en train, les nombreux kilomètres qui me séparaient alors de ma destination : Paris. Ma chaussure droite a franchi la première la Porte de Bagnolet et c'est le coeur joyeux que je suis entrée dans la capitale le 17 juillet 1933, à trois heures de l'après-midi. La ville, alors en pleine effusion, s'efforçait d'oublier les atrocités de la guerre en se jetant à corps perdu dans la musique et la danse. Cette gaieté sans limite qu'elle exhalait m'a immédiatement envoutée. Des milliers et des milliers de gens flottaient chaque jour dans ses rues et, à mon plus grand bonheur, j'en faisais partie. J'ai parcouru ses artères, visité chaque recoin de son squelette, voyagé sur son corps et chevauché sa peau jusqu'à l'épuisement, mais cette innocente insouciance de jeune fille fraîchement débarquée a rapidement pris fin quand mon maigre bagage s'est trouvé vide. La chance, qui jusque ici ne m'avait pas particulièrement souri, a alors daigné venir jusqu'à moi et c'est en sonnant à l'hôtel particulier de la famille Viraut, sur le boulevard Saint-Martin, que je l'ai rencontrée : elle et un poste de bonne m'y attendaient. J'y ai travaillé près de 40 ans. J'y vivais, certes, assez chichement, mais j'avais trois fois par jour de la nourriture dans mon assiette, et le soir un lit confortable où m'endormir. À la mort de ma maîtresse, son fils, un homme cynique et arriviste, n'a pas daigné me garder à son service et c'est avec un mélange de tristesse et d'amertume que j'ai dû quitter le toit qui m'avait protégé pendant ces longues années. J'ai réussi à vivre tant bien que mal en continuant à me mettre à disposition des gens que la fortune avait favorisé jusqu'à ce que mon corps, las de ces réveils à l'aurore, de ces journées sans fin et de ces nuits trop courtes, me fasse comprendre mon âge.
Je ne me suis jamais mariée, mais j'ai cependant eu l'occasion de découvrir plusieurs fois, trop volatilement à mon goût, le bonheur d'avoir un homme à mes côtés. Blonds, bruns et chatains se sont succédés, riches et pauvres m'ont fait rire, grands et petits ont fait tangué mon coeur mais aucun ne m'a cependant comblé au point que je veuille partager mon existence avec lui.
Je vis aujourd'hui mes derniers instants dans ce modeste appartement qui entendra mon dernier soupir, qui sentira sur ses murs mon dernier souffle et qui verra mon corps s'éteindre. Le seul être qui souffrira de mon absence ronronne à mes côtés et je lis dans ces yeux une tristesse silencieuse.
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Références culturelles, 670 : Lola Membrives
En photo : Teres_Lola_Membrivespar tangolibertad
Lola Membrives
une idée d'Odile
http://es.wikipedia.org/wiki/Lola_Membrives
samedi 11 décembre 2010
Exercice d'écriture : « À travers les yeux de mon chat », par Stéphanie Maze
En photo : FELIZ DÍA DEL NIÑO Y MES DEL GATOpar Gabriel_109 ♫
La scène avait pris la même tournure dramatique que les disputes qui éclataient entre nous ces derniers temps. Il nous devenait impossible de nous adresser la parole sans avoir un mot au-dessus de l'autre. C'en devenait ridicule. Seulement, m'en rendre compte, me prit un certain temps. Amoureux transi, je ne jurais que par nous deux, c'était nous ou rien. Je n'existais qu'à travers elle et elle à travers moi. Je ne pouvais toutefois pas nier qu'au fil du temps, notre liaison s'était dégradée. Ce jour-là, le conflit était né d'un désaccord futile, le ton était monté, relayé par les larmes, puis par un claquement porte venu sceller son mécontentement. Je restai assis, stupéfait, une fois de plus, nous nous étions déchirés, le mal pour le mal, chaque mot était un coup de poing, le dernier m'avait démoli. Démuni, je cherchais du regard quelque chose à quoi me raccrocher, une photo qui aurait pu me renvoyer à un bonheur passé, qui aurait pu donner un sens à ces altercations qui ponctuaient désormais notre quotidien. Au lieu de cela, ce sont les yeux éberlués du chat qui croisèrent les miens. Je sondais son regard tout en me demandant quelle réponse j'espérais y trouver. Je n'y décelais que de l'incompréhension mêlée à un soupçon de raillerie. Alors je me demandais si l'on venait de vivre la même chose, si tel était le cas, comment osait-il arborait cet air moqueur. Pour éclaircir ce mystère, je décidai d'imaginer ce qui venait de se dérouler à travers ses yeux. Cette scène qui m'avait semblé tragique me parut tout à coup risible. Je me mettais dans la peau de mon chat et au lieu de deux amants passionnés, je découvrais deux pantins désarticulés, je gesticulais dans tous les sens, mes bras se balançaient tels ceux d'un danseur de tecktonik au milieu d'une chanson de Lorie. J'avais l'image, mais pas le son. Ou plutôt si, mais seulement des hurlements stridents – une chanson de Lorie constituerait une fois de plus une comparaison parfaitement appropriée – , un charabia incompréhensible qui dotait cette dispute d'une dimension grotesque, la caricature d'un film muet dont l'effet comique ne serait pas désiré. Je pouvais m'admirer bras en l'air, poings serrés, le visage fermé et rutilant, le nez froncé. Ça méritait un arrêt sur image. En zoomant sur ma figure, on aurait pu croire que j'étais sur le trône un jour de constipation. Pour couronner le tout, j'avais les yeux injectés de sang comme lors d'une de ces séances d'épluchage d'oignons où je retenais mes larmes pour conserver un brin de virilité. Rien ne laissait croire à cet amour fusionnel auquel nous essayions de nous raccrocher. Prétexter la fusion là où ne surgissaient que des engueulades était chose facile. Je rembobinais la séquence, la visionnais de nouveau, et je me trouvais envahi par les mêmes sentiments. Je nous percevais à présent comme un couple misérable, comment pouvions-nous nous entêter à ce point, retourner à notre vie de célibataire nous faisait-il si peur que nous étions prêts à tolérer toutes les humiliations de la part de l'autre ? Je commençais à abhorrer la personne en laquelle je m'étais transformée, cet être dépourvu de toute dignité, dont le seul plaisir se limitait à l'avilir, chacun se vengeait de l'autre dans une lutte infinie. Il m'avait fallu ce recul pour me rendre compte qu'aucun de nous d'eux ne comptait y mettre un terme, nous avions enclenché un processus de destruction duquel nous ne pouvions réchapper. Alors je fis ce qui me sembla le plus indiqué, j'avais beau avoir pris conscience de la situation dans laquelle nous nous étions engouffrés, je ne pouvais renoncer à elle, je décidai donc de le faire disparaître, je ne voulais pas chaque fois que j'affronterais son regard être frappé de plein fouet par la réalité. L'asphyxie est indolore m'avait-on dit. Je me dirigeai donc vers la cuisine, à la recherche d'un sac plastique.
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Petit lexique des jeux d'enfants, par Stéphanie Maze
En photo : Rayuela.par Mypocketº
1. la rayuela= la marelle
2. el escondite = cache-cache
3. gallinita ciega = colain-maillard
4. pilla pilla – corre que te pillo = le loup
5. encantados = le loup glacé
6. el tejo = le palet
7. los bolos = les quilles
8. las canicas – las bolitas = les billes
9. las tabas = les osselets
10. el balón prisionero = la balle au prisonnier
11. la pídola = saute-mouton
12. el pañuelo – el marro pañuelo = le béret
13. 1,2,3 soleil = Un, dos, tres, al escondite inglés
14. los dardos = les fléchettes
15. papel, piedra o tijera, cachipun (Argentine et Chili), Hakembó (Paraguay), jankenpo (Colombie)= pierre, feuille, ciseaux
16. Simón dice = Jacques a dit
17. Gallitos = Le jeu du pouce/ Le bras de fer chinois
18. la víbora de la mar = passe-passera
19. corre el anillo = le furet
20. la goma = l'élastique
21. la plastilina = la pâte-à-modeler
22. el teléfono escacharrado = le téléphone arabe
23. las sillas musicales = les chaises musicales
24. los tazos = les pogs
25. sigan al líder - el monito mayor = le chef d'orquestre
26. tres en raya – tres en línea = le morpion
27. churro, mediamanga, mangotero = le papa vinga
28. el boliche = le bilboquet
29. el ahorcado= le pendu
30. el tirachinas = le lance-pierre
31. La zapatilla por detrás = le renard passé
32. La comba = la corde à sauter
33. El serio = sorte de « je te tiens, tu me tiens par la barbichette », sans la barbichette et la « tapette ». Le premier des deux adversaires qui rit a perdu
34. Las manos calientas : deux adversaires sont face à face. Un place ses mains, paumes vers le bas, l'autre place ses deux mains en-dessous, paume vers le haut et doit toucher celle de l'autre. S'il réussit, les rôles s'inversent.
35. Liebre = la délivrance
2. el escondite = cache-cache
3. gallinita ciega = colain-maillard
4. pilla pilla – corre que te pillo = le loup
5. encantados = le loup glacé
6. el tejo = le palet
7. los bolos = les quilles
8. las canicas – las bolitas = les billes
9. las tabas = les osselets
10. el balón prisionero = la balle au prisonnier
11. la pídola = saute-mouton
12. el pañuelo – el marro pañuelo = le béret
13. 1,2,3 soleil = Un, dos, tres, al escondite inglés
14. los dardos = les fléchettes
15. papel, piedra o tijera, cachipun (Argentine et Chili), Hakembó (Paraguay), jankenpo (Colombie)= pierre, feuille, ciseaux
16. Simón dice = Jacques a dit
17. Gallitos = Le jeu du pouce/ Le bras de fer chinois
18. la víbora de la mar = passe-passera
19. corre el anillo = le furet
20. la goma = l'élastique
21. la plastilina = la pâte-à-modeler
22. el teléfono escacharrado = le téléphone arabe
23. las sillas musicales = les chaises musicales
24. los tazos = les pogs
25. sigan al líder - el monito mayor = le chef d'orquestre
26. tres en raya – tres en línea = le morpion
27. churro, mediamanga, mangotero = le papa vinga
28. el boliche = le bilboquet
29. el ahorcado= le pendu
30. el tirachinas = le lance-pierre
31. La zapatilla por detrás = le renard passé
32. La comba = la corde à sauter
33. El serio = sorte de « je te tiens, tu me tiens par la barbichette », sans la barbichette et la « tapette ». Le premier des deux adversaires qui rit a perdu
34. Las manos calientas : deux adversaires sont face à face. Un place ses mains, paumes vers le bas, l'autre place ses deux mains en-dessous, paume vers le haut et doit toucher celle de l'autre. S'il réussit, les rôles s'inversent.
35. Liebre = la délivrance
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Exercice d'écriture : « À travers les yeux de mon chat », par Perrine Huet
En photo : So good they named it twicepar Herbaltablet
Le quartier de Montchat se situe dans le troisième arrondissement de Lyon, à l’ouest de cette vaste agglomération. Sa naissance remonte au XIe siècle, avec la construction de l’église Saint-Alban, et son Histoire a pris un tournant décisif au XIXe siècle grâce à l’ancêtre Jacques Besson. En effet, l’arbre généalogique de ce qui fut autrefois le petit village de Chaussagne se prolongea avec la venue de Louise, la fille de Jacques Besson, qui épousa Mathieu Bonnand et mit au monde leur fils Luc, qui deviendra seigneur de Montchat ; la fille unique de ledit Luc épousa Henri Vitton ; de ce mariage naquit Louise-Françoise Vitton, qui s’unira avec Jean-Louis-François Richard. C’est ainsi qu’apparut l’alliance Richard-Vitton, qui donnera son nom à un des cours principaux qui traversent le quartier de Montchat. De la même façon, plusieurs rues porteront le prénom des membres de ces deux familles alliées, Richard et Vitton : la rue Camille, la rue Charles-Richard, la rue Julien, la rue Louis, la rue Antoinette, et, bien plus amusant, le nom du chien, la rue Balthazard.
Montchat était très fier de ses origines, et repensait souvent à cette époque révolue avec nostalgie. Il se remémorait les lignes d’omnibus, la découverte de la traction à vapeur, la rénovation de l’église, la construction du temple, des écoles, de la salle de conférences, de l’hôpital… Il revoyait la prolifération de ses maisons et de sa population, la pléthore de jardins publics, ainsi que l’évolution de la mode : la redingote, la robe avec corsage cousu, le chapeau haut-de-forme ou encore la montre à gousset, bien vite remplacés par le manteau, la minijupe, la casquette et la montre Swatch. Cette métamorphose progressive lui permettait d’appréhender le monde avec curiosité et soif de découverte.
Bien qu’il eût vécu des jours forts heureux au cours de cette période, il n’en était pas moins ravi d’avoir atteint le XXe siècle. Certes, les bonnes mœurs n’étaient plus d’actualité et les gens étaient devenus bien trop individualistes, mais l’essor des nouvelles technologies avaient contribué à sa contemporanéité et lui avaient conféré un nouveau statut qui l’enchantait : il était à présent un quartier « moderne ». Ainsi, il avait assisté à l’arrivée du tramway électrique, du scooter, du gratte-ciel, du téléphone portable, du lecteur mp3, de la télévision en couleur, de l’ordinateur portable… et tant d’autres objets si utiles au quotidien. Mais, ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était examiner ses habitants, ou bien les gens qui n’étaient que de passage.
Un matin d’hiver, une jeune fille qu’il n’avait jamais aperçue auparavant fit son apparition à bord du bus numéro 38. Elle était assise à l’arrière du véhicule, emmitouflée dans une doudoune bleu électrique, un bonnet rouge brique enfoncé sur sa tête, une écharpe assortie enroulée autour de son cou, remontée jusqu’au nez, des Kickers violettes détachées, un vieux jean Levi’s troué, et le regard perdu dans le vide. Montchat eut le coup de foudre immédiat pour cette étrange déesse qui dénotait un goût particulier pour l’assortiment des couleurs. Son grand problème demeurait depuis son existence le même : comment attirer l’attention des êtres humains et communiquer avec le monde des vivants ? Ce n’était malheureusement pas la première fois qu’il s’éprenait d’une passante et les conséquences étaient toujours identiques : il en pâtissait terriblement. Il avait beau jouer des tours pour les garder le plus longtemps possible près de lui, comme prolonger les feux rouges, faire apparaître des tramways pour bloquer la route, installer le marché dans la rue principale, afin d’allonger le trajet de quelques minutes, rien n’y faisait : elles ne le voyaient pas.
C’est pourquoi cette fois-là, il s’était juré de garder ses distances et de ne pas forcer le destin. Il l’avait laissée dans son coin, n’avait pas cherché à entrer en contact avec elle, et l’avait simplement contemplée à travers la vitre et suivie du regard jusqu’à ce qu’elle descende à l’arrêt « Grange Blanche ». Puis, il l’avait vue se diriger lentement vers l’entrée de l’hôpital Édouard Herriot, remonter l’allée principale les mains dans les poches, et pénétrer dans le pavillon I, celui des grands brûlés. Une fois entrée dans la chambre 103, elle s’était installée au chevet de ce qu’on reconnaissait être un homme, mais qui avait été totalement défiguré par les flammes. Montchat ignorait son identité, mais il avait constaté que la jeune fille, à la vue du patient, avait éclaté en sanglots. En sortant de la pièce, ses joues étaient encore humides, et Montchat, à cet instant-là, aurait tout donné pour se transformer en humain et la consoler.
Pendant plus de trois mois, la jeune demoiselle se rendit à l’hôpital quotidiennement, et en ressortait toujours dans le même état d’immense tristesse. Montchat se sentait impuissant mais, ne pouvant intervenir, il se contentait d’observer la scène.
C’est par un beau jour de printemps que le rituel se rompit : la jeune fille n’apparut pas dans le 38, pas plus qu’au service des brûlés. Montchat comprit alors qu’elle allait disparaître de sa vie, comme toutes les autres précédemment, et qu’il ne serait jamais amené à la revoir. Ainsi, ce jour-là, il se jura de ne plus tomber amoureux de personne et se limita aux sentiments d’amitié, qui, réflexion faite, lui convenaient bien mieux.
Montchat était très fier de ses origines, et repensait souvent à cette époque révolue avec nostalgie. Il se remémorait les lignes d’omnibus, la découverte de la traction à vapeur, la rénovation de l’église, la construction du temple, des écoles, de la salle de conférences, de l’hôpital… Il revoyait la prolifération de ses maisons et de sa population, la pléthore de jardins publics, ainsi que l’évolution de la mode : la redingote, la robe avec corsage cousu, le chapeau haut-de-forme ou encore la montre à gousset, bien vite remplacés par le manteau, la minijupe, la casquette et la montre Swatch. Cette métamorphose progressive lui permettait d’appréhender le monde avec curiosité et soif de découverte.
Bien qu’il eût vécu des jours forts heureux au cours de cette période, il n’en était pas moins ravi d’avoir atteint le XXe siècle. Certes, les bonnes mœurs n’étaient plus d’actualité et les gens étaient devenus bien trop individualistes, mais l’essor des nouvelles technologies avaient contribué à sa contemporanéité et lui avaient conféré un nouveau statut qui l’enchantait : il était à présent un quartier « moderne ». Ainsi, il avait assisté à l’arrivée du tramway électrique, du scooter, du gratte-ciel, du téléphone portable, du lecteur mp3, de la télévision en couleur, de l’ordinateur portable… et tant d’autres objets si utiles au quotidien. Mais, ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était examiner ses habitants, ou bien les gens qui n’étaient que de passage.
Un matin d’hiver, une jeune fille qu’il n’avait jamais aperçue auparavant fit son apparition à bord du bus numéro 38. Elle était assise à l’arrière du véhicule, emmitouflée dans une doudoune bleu électrique, un bonnet rouge brique enfoncé sur sa tête, une écharpe assortie enroulée autour de son cou, remontée jusqu’au nez, des Kickers violettes détachées, un vieux jean Levi’s troué, et le regard perdu dans le vide. Montchat eut le coup de foudre immédiat pour cette étrange déesse qui dénotait un goût particulier pour l’assortiment des couleurs. Son grand problème demeurait depuis son existence le même : comment attirer l’attention des êtres humains et communiquer avec le monde des vivants ? Ce n’était malheureusement pas la première fois qu’il s’éprenait d’une passante et les conséquences étaient toujours identiques : il en pâtissait terriblement. Il avait beau jouer des tours pour les garder le plus longtemps possible près de lui, comme prolonger les feux rouges, faire apparaître des tramways pour bloquer la route, installer le marché dans la rue principale, afin d’allonger le trajet de quelques minutes, rien n’y faisait : elles ne le voyaient pas.
C’est pourquoi cette fois-là, il s’était juré de garder ses distances et de ne pas forcer le destin. Il l’avait laissée dans son coin, n’avait pas cherché à entrer en contact avec elle, et l’avait simplement contemplée à travers la vitre et suivie du regard jusqu’à ce qu’elle descende à l’arrêt « Grange Blanche ». Puis, il l’avait vue se diriger lentement vers l’entrée de l’hôpital Édouard Herriot, remonter l’allée principale les mains dans les poches, et pénétrer dans le pavillon I, celui des grands brûlés. Une fois entrée dans la chambre 103, elle s’était installée au chevet de ce qu’on reconnaissait être un homme, mais qui avait été totalement défiguré par les flammes. Montchat ignorait son identité, mais il avait constaté que la jeune fille, à la vue du patient, avait éclaté en sanglots. En sortant de la pièce, ses joues étaient encore humides, et Montchat, à cet instant-là, aurait tout donné pour se transformer en humain et la consoler.
Pendant plus de trois mois, la jeune demoiselle se rendit à l’hôpital quotidiennement, et en ressortait toujours dans le même état d’immense tristesse. Montchat se sentait impuissant mais, ne pouvant intervenir, il se contentait d’observer la scène.
C’est par un beau jour de printemps que le rituel se rompit : la jeune fille n’apparut pas dans le 38, pas plus qu’au service des brûlés. Montchat comprit alors qu’elle allait disparaître de sa vie, comme toutes les autres précédemment, et qu’il ne serait jamais amené à la revoir. Ainsi, ce jour-là, il se jura de ne plus tomber amoureux de personne et se limita aux sentiments d’amitié, qui, réflexion faite, lui convenaient bien mieux.
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« De l'utilité pour le traducteur de sortir de sa tour d'ivoire », par Olivier Marchand
En photo : tour d'ivoirepar Didier LEVEILLE
Pourquoi devrais-je affronter les vents furieux, la pluie assassine et les odeurs malsaines de l'extérieur alors que, confortablement installé dans mon canapé, une tasse de thé à la main et mon ordinateur connecté, je ne demande qu'à y rester ?
De tout temps, l'homme a trouvé dans la nature qui l'entourait et dans son environnement un puits intarissable d'inspiration. Le poète y avait ses muses, le musicien ses notes et l'auteur son décor et ses idées. Quelles raisons pousseraient le traducteur à les accompagner ? Lui qui ne traduit que des mots a-t-il réellement besoin d'aller chercher dans le monde fourmillant d'activité des solutions à ses problèmes ? Tenir d'une main gauche son dictionnaire et fouiller de sa main droite sur la toile ne lui suffit-il pas ?
Aussi épais que soit le dictionnaire et aussi fournie que soit la toile, certains mots ou expressions demeurent introuvables. Impossible qu'il en soit ainsi, me rétorquez-vous ! Eh bien, si : où trouver, par exemple, le nom de cette petite pièce métallique appartenant au moteur de la Porsche 911 GT3 RS de 2002, comment traduire cette machine à eau servant à épiler partiellement les porcs après qu'ils ont été échaudés… ? Le traducteur se voit alors obligé de sortir de son petit univers confortable, contraint d'abandonner sa tour d'ivoire et de s'armer de courage et d'une bonne dose d'audace pour aller demander au commerçant du coin les secrets qui entourent son petit métier, sous le regard incrédule et la mine ébahie des clients qui se demandent quel est cet étrange personnage intéressé par ce genre de choses : « mais si, vous savez bien, cette coupe de cheveux très en vogue en 1976 », « euh, le nom de ce morceau de viande qui est situé à l'arrière des pattes antérieurs chez le sanglier ?»…
Outre ces petites interrogations techniques, le traducteur qui, je vous le rappelle, est aussi un être humain, n'a-t-il pas besoin de se détacher du texte le moment opportun et d'aller se vider la tête en prenant un café, ou encore de s'octroyer un petit moment de détente au Fest-Noz local et évacuer ainsi tensions et surmenage sur le rythme endiablé du biniou et de la bombarde… ? C'est alors que, entre deux pas de danse sautillante ou après avoir versé sa petite dosette de sucre dans le café fumant, apparaît, aux yeux et oreilles du traducteur, la solution tant attendue : cette expression que deux longues journées d'obstination n'ont pas su trouver, ce mot qui, lancé par un de nos comparses, se révèle être celui-là même que l'on a passé la semaine à chercher…
Alors, chers amis traducteurs, n'ayez pas peur. Sortez de chez vous, la réponse à vos questions sera au rendez-vous !
De tout temps, l'homme a trouvé dans la nature qui l'entourait et dans son environnement un puits intarissable d'inspiration. Le poète y avait ses muses, le musicien ses notes et l'auteur son décor et ses idées. Quelles raisons pousseraient le traducteur à les accompagner ? Lui qui ne traduit que des mots a-t-il réellement besoin d'aller chercher dans le monde fourmillant d'activité des solutions à ses problèmes ? Tenir d'une main gauche son dictionnaire et fouiller de sa main droite sur la toile ne lui suffit-il pas ?
Aussi épais que soit le dictionnaire et aussi fournie que soit la toile, certains mots ou expressions demeurent introuvables. Impossible qu'il en soit ainsi, me rétorquez-vous ! Eh bien, si : où trouver, par exemple, le nom de cette petite pièce métallique appartenant au moteur de la Porsche 911 GT3 RS de 2002, comment traduire cette machine à eau servant à épiler partiellement les porcs après qu'ils ont été échaudés… ? Le traducteur se voit alors obligé de sortir de son petit univers confortable, contraint d'abandonner sa tour d'ivoire et de s'armer de courage et d'une bonne dose d'audace pour aller demander au commerçant du coin les secrets qui entourent son petit métier, sous le regard incrédule et la mine ébahie des clients qui se demandent quel est cet étrange personnage intéressé par ce genre de choses : « mais si, vous savez bien, cette coupe de cheveux très en vogue en 1976 », « euh, le nom de ce morceau de viande qui est situé à l'arrière des pattes antérieurs chez le sanglier ?»…
Outre ces petites interrogations techniques, le traducteur qui, je vous le rappelle, est aussi un être humain, n'a-t-il pas besoin de se détacher du texte le moment opportun et d'aller se vider la tête en prenant un café, ou encore de s'octroyer un petit moment de détente au Fest-Noz local et évacuer ainsi tensions et surmenage sur le rythme endiablé du biniou et de la bombarde… ? C'est alors que, entre deux pas de danse sautillante ou après avoir versé sa petite dosette de sucre dans le café fumant, apparaît, aux yeux et oreilles du traducteur, la solution tant attendue : cette expression que deux longues journées d'obstination n'ont pas su trouver, ce mot qui, lancé par un de nos comparses, se révèle être celui-là même que l'on a passé la semaine à chercher…
Alors, chers amis traducteurs, n'ayez pas peur. Sortez de chez vous, la réponse à vos questions sera au rendez-vous !
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Petit lexique des arbres, par Olivier Marchand
En photo : arbolespar PataGata
el albaricoquero : l'abricotier
la higuera : le figuier
el almendro : l'amandier
el granado : le grenadier
el avellano : le noisetier
el nogal : le noyer
la vid : la vigne
el cerezo : le cerisier
el naranjo : l'oranger
el melocotonero : le pêcher
el peral : le poirier
el manzano : le pommier
el ciruelo : le prunier
el limonero : le citronnier
el frambueso : le framboisier
el grosellero : le groseiller
el aliso : l'aulne
el arce : l'érable
el escaramujo : l'églantier
la caoba : l'acajou
el olmo : l'orme
el sicómoro : le sycomore
el madroño : l'arbousier
el tejo : l'if
el algarrobo : le caroubier
el álamo : le peuplier
el sauce (llorón) : le saule (pleureur)
el cerezo silvestre : le merisier
el cedro : le cèdre
el roble : le chène
la palmera : le palmier
el fresno : le frêne
el haya : le hêtre
el abedul : le bouleau
la morera : le mûrier
el níspero : le néflier
el aguacate : l'avocatier
el bergamoto : le bergamotier
el mandarino : le mandarinier
el cidro : le cédratier
la palmera datilera : la palmier dattier
el nopal : le nopal
el olivo : l'olivier
el anacardo : l'anacardier
el plátano : e bananier
el pino piñonero : le pin pignon
el caqui : le plaqueminier
el castaño : le châtaigner
el membrillo : le cognassier
el mango : le manguier
el cocotero : le cocotier
el guayabo : le goyavier
el arganero : l'arganier
el clementino : le clémentinier
el pistachero : la pistachier
el lichi : le litchi
el mangostán : le mangoustanier
el arbol del pan : le jacquier
el carambolo : le carambolier
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