dimanche 12 avril 2009

Un billet pascal de Jacqueline

En photo : 0707 cO 80322 par thethi

Quand les cloches auront sonné
Et qu’au jardin serez allés
A table pourrez rester
Pour ce banquet imaginé…

MENU DU JOUR

Banquets –en bande on y bouffe
Une esbroufante Becquetance :

Pastis aux pistaches
Avocat à la vodka
(ou Soupe aux pousses, potage où patauger)
Saumon en monceau (ou Quenelles à la cannelle)
Steak tchèque (ou Rôt de rat au riz, mets maori)
Macaronis aux macarons
Sorbet serbe
Marcassin au marasquin (ou Beau veau)
Champignons au champagne (ou crêpes aux cèpes)
Forts fromages de fermage
Pure purée de poires purpurines
Raisins rincés
Café fécal
Liqueurs reliques
10 ou 20 vins divins

… par le partaphysicien (entre autres) Michel LEIRIS, bien sûr. S’il vous reste quelque appétit, je vous recommande la lecture de Langage Tangage ou ce que les mots me disent, du même auteur, chez Gallimard / L’Imaginaire. Et dans tous les cas, bonnes fêtes !

Votre thème du week-end, Sempé-Goscinny

En photo : Le petit Nicolas par evergreen-photo

Louisette

Je n'étais pas content quand maman m'a dit qu'une de ses amies viendrait prendre le thé avec sa petite fille. Moi, je n'aime pas les filles. C'est bête, ça ne sait pas jouer à autre chose qu'à la poupée et à la marchande et ça pleure tout le temps. Bien sûr, moi aussi, je pleure quelquefois, mais c'est pour des choses graves, comme la fois où le vase du salon s'est cassé et papa m'a grondé et ce n'était pas juste parce que je ne l'avais pas fait exprès et puis ce vase il était très laid et je sais bien que papa n'aime pas que je joue à la balle dans la maison, mais dehors il pleuvait.
« Tu seras bien gentil avec Louisette, m'a dit maman, c'est une charmante petite fille et je veux que tu lui montres que tu es bien élevé. »
Quand maman veut montrer que je suis bien élevé, elle m'habille avec le costume bleu et la chemise blanche et j'ai l'air d'un guignol. Moi j'ai dit à maman que j'aimerais mieux aller avec les copains au cinéma voir un film de cow-boys, mais maman elle m'a fait des yeux comme quand elle n'a pas envie de rigoler.
« Et je te prie de ne pas être brutal avec cette petite fille, sinon, tu auras affaire à moi, a dit maman, compris ? » À quatre heures, l'amie de maman est venue avec sa petite fille. L'amie de maman m'a embrassé, elle m'a dit, comme tout le monde, que j'étais un grand garçon, et elle m'a dit aussi : « Voilà Louisette. » Louisette et moi, on s'est regardés. Elle avait des cheveux jaunes, avec des nattes, des yeux bleus, un nez et une robe rouge. On s'est donné les doigts très vite. Maman a servi le thé, et ça, c'était très bien, parce que, quand il y a du monde pour le thé, il y a des gâteaux au chocolat et on peut en reprendre deux fois. Pendant le goûter, Louisette et moi on n'a rien dit. On a mangé et on ne s'est pas regardés. Quand on en a fini, maman a dit : « Maintenant, les enfants, allez vous amuser. Nicolas, emmène Louisette dans ta chambre et montre-lui tes beaux jouets. » Maman elle a dit ça avec un grand sourire, mais en même temps elle m'a fait des yeux, ceux avec lesquels il vaut mieux pas rigoler. Louisette et moi on est allés dans ma chambre, et là, je ne savais pas quoi lui dire. C'est Louisette qui a dit, elle a dit : « Tu as l'air d'un singe. » Ça ne m'a pas plus, ça, alors je lui ai répondu : « Et toi, tu n'es qu'une fille ! » et elle m'a donné une gifle.

Sempé-Goscinny, « Louisette », dans Le Petit Nicolas

***

Brigitte nous propose sa traduction :

Louisette

No me hizo ninguna gracia cuando me dijo Mamá que una amiga suya vendría a tomar el té con su hija. A mí no me gustan las chicas. Las chicas son tontas y no saben jugar sino a las muñecas y a la dependiente y además lloran todo el rato. Claro, yo también a veces lloro, pero sólo por cosas de gravedad, como cuando se rompió el florero del salón y papá me riñó y fue injusto porque no lo hice apostas y además era un jarrón feísimo y ya sé que a mi papá no le gusta que juegue a la pelota en casa, pero es que fuera, llovía.
- Te portarás bien con la Luisita, me dijo Mamá, es una niña encantadora y quiero que le enseñes lo bien educado que eres.
Cuando Mamá quiere enseñar que soy un niño bien educado, me suele poner el traje azul y la camisa blanca y me parezco un payaso/un adefesio. Yo le dije a Mamá que prefería ir al cine con los amigos a ver una pelí de vaqueros, pero Mamá me echó una mirada de esas que pone cuando no le apetece bromear.
- Y te ruego no seas bruta con esa chiquilla, sino ya verás, me dijo Mamá,¿ Me has entendido bien ?
A las cuatro, llegó la amiga de Mamá con su hijita. La amiga de Mamá me dio un beso, me dijo lo que dicen todos/ lo de siempre, que era muy mayorcito, y también me dijo : « Esta es Luisita ». La Luisita y yo nos hemos mirado. Ella tenía un pelo amarillento, con trenzas, unos ojos azules, una nariz y un vestido rojo. Nos hemos cruzado los dedos muy rápido, Mamá sirvió el té, y eso fue lo bueno, porque cuando viene gente a tomar el té, hay pasteles de chocolate y uno puede servirse dos veces. Durante la merienda la Luisita y yo no hemos soltado ni pío. Hemos comido y no nos hemos mirado. Cuando hemos terminado, Mamá dijo : - Ahora, niños, a divertiros. Nicolás, lleva a Luisita a tu cuarto y enséñale los bonitos juguetes que tienes. » Mamá lo dijo con una gran sonrisa, pero al mismo tiempo me echó una mirada de esas que pone cuando no va de cachondeo/ hay que bromear. Luisita y yo hemos ido a mi habitación, y no sabía yo qué decirle. Fue Luisita la que dijo, eso fue lo que dijo ella : « Tienes pinta de mono ».No me gustó nada, entonces le contesté « Y tú, no eres más que una chica ! » - y me pegó un tortazo.

Références culturelles, 96 : El pa amb tomàquet

En photo : Tomates voladores par Skymix

Deliciós !

http://www.cocinayhogar.com/parati/especiales/?pagina=parati_especiales_046_046

samedi 11 avril 2009

Références culturelles, 95 : Andrés Nin Pérez

En photo : andreu nin par AntonioNavas

Deux adresses :
http://www.memoriarepublicana.com/Personajes/nin.html
http://www.segundarepublica.com/index.php?opcion=2&id=4

vendredi 10 avril 2009

Evaluation de l'atelier de traduction collective, 2

Après réception de mails des unes et des autres, il s'avère que faire l'évaluation le vendredi 17 pose trop de problèmes à une majorité d'entre vous. Par conséquent, je vous soumets la date du mardi 14 avril, de 15h30 à 17h30. Et, dans un souci d'efficacité, je vous demande de me répondre via les commentaires… afin que les autres aussi soient au courant des éventuelles objections formulées.

Une bonne idée de Nathalie

Nathalie m'envoie un mail pour lancer l'idée d'une séance de travail collective sur les traductions longues. Je lui laisse la parole : « Chacune amène une page et on discute ensemble des problèmes rencontrés et surtout de la manière de les résoudre... »
Si tout le monde est d'accord sur le principe, je vous propose le mercredi 29 avril, le matin (à partir de 10h00). Dans la mesure où nous avons la rencontre avec Aline Schulman juste après, j'imagine que c'est un jour où vous êtes à peu près toutes disponibles.
Afin que la séance soit véritablement productive et que nous ne perdions pas de temps, il faut que chacune sélectionne bien la page à travailler et prépare très sérieusement sa présentation : enjeux de traduction et questions précises que cela pose.

Votre version de la semaine

En photo : Torrevieja - Playa de Los Locos par This Is Torrevieja

La version de cette semaine est à faire par tous les apprentis… Il faudra me la rendre (par mail) au plus tard vendredi prochain, jour de la publication du prochain texte. Celle-ci n'est pas très difficile et je vous demande donc de mettre en avant vos qualités non pas de versionistes mais de traducteurs… Voyons un peu l'expérience acquise par chacun au cours de ces quelques mois de formation.

Introdujo un cordón de cuero entre las páginas del libro que estaba leyendo para marcar la página en que se había detenido. Miró enfrente, el mar de Torrevieja, la playa salada donde tiempo atrás habían fondeado tantos barcos provenientes de su ciudad natal, La Habana. Allí el mar no era azul verdoso ni plateado hacia el atardecer como en el borde del Malecón; el mar de Torrevieja es un mar densamente azul, pensó, de un azul como salido de un diminuto paisaje europeo del siglo XIX.
Estudió la imagen de la cubierta de la novela que leía, La mujer justa del húngaro Sándor Márai. Un hermoso retrato de la actriz Amira Casar anunciaba el tema de la novela: los amores perdidos o jamás encontrados porque no han sido necesitados. Sándor Márai se suicidó un día antes de la caída del muro de Berlín, Lola no sabía si era una forma poética o desatinada de desaparecer, quizá un poco antes del justo tiempo en que la libertad se definía. Su definición duró también bien poco.
Lola había empezado la lectura al llegar a la orilla de la playa, temprano en la mañana, cuando no había nadie; le gustaba acostarse sola en el borde del mar. No levantó los ojos de las páginas hasta que el sol comenzó a picar en su piel, con escozor arrebatador. Elevó las pupilas: el sol resplandecía justo en el centro del cielo y el caleidoscopio encegueció.
A esa hora la rodeaban familias de bañistas. Las risas de los niños la puso melancólica: era joven, hacía poco tiempo que también ella, aún pasándolo mal, reía con la misma inocencia. Llevaba otro libro para alternar; sacó de la cartera el Diario de José Martí. Observó indiferente a las pocas personas que también leían a su alrededor: los que no sostenían entre sus manos a Harry Potter, se aferraban a El código Da Vinci. Se sintió «objeto anacrónico». El mundo se divide, ironizó para sí, entre los que leen El código Da Vinci, y los que se afanan con cada aventura de Harry Potter. Untó su piel de bronceador, le ardía la zona de las axilas, pero no pudo impedir quedarse tranquila y reanudar la reflexión: en eso se había convertido el mundo, pensó, en una mala copia de sí mismo. La gente no vivía, la gente mundeaba. Vivir no importaba, lo que importaba era figurar en este planeta, en uno u otro bando. Porque existían, desde luego, los dos bandos, y ambos no cesaban de chacharear sobre inventos incomprensibles, pura demagogia. Se dijo que si anotarse en cualquiera de los dos bandos resultaba insoportablemente traicionero, peor había sido lo que le tocó a ella: nacer en una isla barata y gesticulante. Quiso interrumpir el pensamiento por temor a volverse aún más indiferente, es decir, cínica.
Al fin y al cabo, ella se hallaba ahora en esa playa; desde hacía diez años solamente sabía vivir el momento sin más, sin proyectos posteriores, sin futuro. Llegó a Torrevieja y allí se quedó, en espera. Lo único que la ilusionaba algo era esperar: en el invierno trabajaba como profesora de canto y además se preparaba, ella también, para cantar habaneras; en el verano participaba como espectadora del certamen cuando no trabajaba de noche de camarera en un restaurante para redondear el mes. Por las mañanas impartía sus clases salvo el miércoles y fines de semana, en los que de día se instalaba en las dunas salitrosas a leer, a dormitar. Apenas comía, perdió el apetito a las semanas de ser contratada en el restaurante; constatar el despilfarro de alimentos le daba arqueadas, vomitaba nada más de pensar que en su país la gente no podía ni siquiera soñar con probar las sobras que otros dejaban intactas en el plato.

***

Nathalie nous propose sa traduction :

Elle inséra un lacet de cuir entre les pages du livre qu'elle était en train de lire pour marquer la page à laquelle elle venait de s'arrêter. Elle regarda, en face d'elle, la mer de Torrevieja, la plage saline où des années auparavant, tant de navires en provenance de la Havane, sa ville natale, avaient jeté l'ancre. Ici, la mer n'était pas bleu vert ni bleu argenté, du côté du couchant, comme au bord du Malecón; la mer de Torrevieja est une mer intensément bleue, pensa-t-elle, d'un bleu qui semble tout droit sorti d'un minuscule paysage européen du XIX° siècle.
Elle étudia l'image de la couverture du roman qu'elle lisait, "Métamorphoses d'un mariage" du Hongrois Sándor Márai. Un beau portrait de l'actrice Amira Casar en signalait le thème : les amours perdues ou jamais rencontrées, pour n'avoir éveillé nul besoin. Sándor Márai s'est suicidé un jour avant la chute du mur de Berlin; Lola se demandait s'il s'agissait d'une forme poétique ou absurde de disparaître, un peu avant, peut-être, le moment précis où la liberté prenait forme. Un moment qui ne dura pas bien longtemps, lui non plus.
Lola avait commencé à lire en arrivant sur la plage, tôt, dans la matinée, quand il n'y avait encore personne; elle aimait s'allonger, seule, au bord de la mer. Elle resta le nez plongé entre les pages de son livre jusqu'à ce que le soleil commençât à darder ses rayons sur sa peau, lui causant une vive sensation de brûlure. Elle leva les yeux : le soleil resplendissait au beau milieu du ciel et le kaléidoscope l'aveugla.
A cette heure, elle était entourée de baigneurs venus en famille. Les rires des enfants la rendirent mélancolique : elle était jeune, et quelque temps auparavant, elle aussi, même si elle traversait des moments difficiles, riait avec la même innocence. Elle avait apporté un autre livre pour alterner ses lectures : elle sortit de son sac à main le "Journal de campagne" de José Martí. Elle observa avec indifférence les rares personnes qui lisaient également autour d'elle : ceux qui ne serraient pas dans leurs mains "Harry Potter", se cramponnaient au "Da Vinci Code". Elle se sentit soudain "objet anachronique". Le monde se divise, ironisa-t-elle intérieurement, entre ceux qui lisent le "Da Vinci Code" et ceux qui s'absorbent dans chaque aventure de Harry Potter. Elle s'enduisit la peau de crème solaire; la zone des aisselles lui brûlait mais elle ne put s'empêcher des rester immobile et de reprendre sa réflexion : voilà ce qu'était devenu le monde, pensa-t-elle : une mauvaise copie de lui-même. Les gens ne vivaient pas; les gens paradaient. Vivre importait peu : ce qui importait était de figurer sur cette planète, dans un camp ou dans l'autre. Puisque, évidemment, il y avait deux camps, et que tous deux n'arrêtaient pas de déblater sur des inventions incompréhensibles; pure démagogie ! Elle se dit que si rallier l'un des deux camps s'avérait insupportablement perfide, ce qui lui était arrivé à elle était encore pire : elle était née dans une île bon marché et en gesticulation. Elle voulut interrompre le cours de ses pensées par crainte de devenir encore plus indifférente, c'est-à-dire cynique.
Finalement, elle se trouvait bel et bien sur cette plage ; cela ne faisait que dix ans qu'elle avait appris à vivre l'instant présent, sans plus, sans projets à venir, sans lendemain. Elle était arrivée à Torrevieja et elle était restée là, en attente. La seule chose qui la remplissait quelque peu de joie, c'était d'attendre : l'hiver, elle travaillait comme professeure de chant et se préparait, qui plus est, elle aussi, à chanter des habaneras; l'été, elle participait, en tant que spectatrice au concours de chant, quand elle ne travaillait pas le soir comme serveuse dans un restaurant pour arrondir ses fins de mois. Elle donnait ses cours le matin, sauf le mercredi et le week-end, où elle s'installait pour la journée sur les dunes salpêtreuses pour lire, somnoler. Elle mangeait à peine, elle avait perdu l'appétit quelques semaines après avoir été embauchée au restaurant; constater le gaspillage de nourriture lui donnait la nausée, elle vomissait rien qu'à l'idée que dans son pays, les gens ne pouvaient même pas rêver de goûter aux aliments que d'autres laissaient intacts dans leur assiette.

***

Odile nous propose sa traduction :

Elle glissa un cordon de cuir entre les pages du livre qu' elle était en train de lire pour repérer l'endroit où elle avait arrêté sa lecture. Elle regarda devant elle la mer de Torrevieja, la plage salée où, longtemps auparavant, avaient mouillé tant de bateaux venus de La Havane, sa ville natale.
Ici, à l'heure du crépuscule, l'océan n'était pas bleu-vert, ni argenté, comme au bord du Malecón ; la mer à Torrevieja est d'un bleu profond, pensa-t-elle, d' un bleu échappé d' un paysage miniature européen du XIXème siècle. Elle observa l'illustration sur la couverture du roman qu'elle lisait, Métamorphose d' un mariage du Hongrois Sándor Márai. Un superbe portrait de l'actrice Amira Casar annonçait le thème du roman : les amours perdues ou jamais trouvées parce que non nécessaires. Sándor Márai s' était suicidé un jour avant la chute du mur de Berlin et Lola ne savait pas si c'était là une manière poétique ou insensée de disparaître, peut-être un peu trop tôt, au moment précis où la liberté se définissait enfin. Définition elle aussi éphémère. Lola avait commencé sa lecture dès son arrivée au bord de la plage, très tôt le matin, quand elle était déserte ; elle aimait s'allonger, seule, au bord de la mer. Sa lecture l'absorba jusqu'à ce qu'elle ressente la vive morsure du soleil sur sa peau. Elle leva les yeux : le soleil brillait juste au milieu du ciel et le kaléidoscope de ses rayons l'aveugla.
Á cette heure-là, des familles de baigneurs l'entouraient. Les rires des enfants la rendirent mélancolique : elle était jeune, et il y a peu encore, malgré les moments difficiles, elle aussi riait avec la même innocence. Elle avait emporté un autre ouvrage pour alterner les lectures ; elle sortit de son sac le Journal de José Martí. Elle remarqua, indifférente, les rares personnes qui lisaient aussi autour d'elle ; ceux qui n'avaient pas entre les mains Harry Potter étaient cramponnées au Da Vinci code. Elle se sentit un « objet anachronique ». Le monde se divise, pensa-t-elle avec ironie, entre ceux qui lisent le Da Vinci code et ceux qui se précipitent sur chaque aventure de Harry Potter. Elle enduisit sa peau de crème solaire,(car) la zone des aisselles lui brûlait, mais ne put s'empêcher de rester immobile et de renouer le fil de sa réflexion : voilà ce qu'était devenu le monde, pensa-t-elle, une triste copie de lui-même. Les gens ne vivaient pas, les gens mondialisaient. Vivre n'était pas important, ce qui importait sur cette planète était de s'afficher, dans un camp ou dans l'autre. Car ces deux camps existaient, évidemment, et tous deux ne cessaient de palabrer sur des inventions incompréhensibles, pure démagogie! Elle pensa que si s'inscrire dans n'importe lequel des deux camps apparaissait comme une insupportable trahison, bien pire avait été son propre destin : naître dans une île bon marché et gesticulante. Elle voulu interrompre le cours de ses pensées par crainte de devenir encore plus indifférente, c'est-à-dire cynique.
En fin de compte, elle se trouvait maintenant sur cette plage ; ce n'était que depuis dix ans seulement qu'elle savait vivre le moment présent, sans faire de projets, sans futur. Elle était arrivée à Torrevieja et était restée là, en attente. Ce qui la faisait encore un peu rêver était d'attendre : l'hiver, elle travaillait comme professeur de chant et d'ailleurs elle apprennait, elle aussi, à chanter des habaneras* ; l'été, elle assistait au concours en tant que spectatrice lorsqu'elle ne travaillait pas le soir comme serveuse de restaurant afin d' arrondir ses fins de mois. Les matins, elle donnait ses cours, sauf le mercredi et les week-ends où elle s' installait pour la journée sur les dunes salées pour lire, pour sommeiller. Elle mangeait à peine car elle avait perdu l'appétit quelques semaines après avoir été embauchée au restaurant ; constater le gaspillage des aliments lui donnait la nausée et elle vomissait à la seule pensée que dans son pays les gens ne pouvaient même pas imaginer de manger les restes que d'autres laissent intacts dans leur assiette.

Habanera : chanson, danse, d'origine cubaine.

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Laure G. nous propose sa traduction :

Elle introduisit un marque-page en cuir entre les feuilles du livre qu’elle était en train de lire pour repérer l’endroit où elle s’était arrêtée. Son regard se posa, devant elle, sur la mer de Torrevieja, sur la plage salée où naguère avaient amarré tant de bateaux en provenance de sa ville natale, la Havane. Le soir, la mer de Torrevieja n’avait pas les reflets verts et argent comme celle qui bordait le Malecón, elle était teintée d’un bleu profond, pensa-t-elle, d’un bleu comme sorti d’un paysage européen miniature du XIX° siècle.
Elle observa l’image qui illustrait la couverture du roman qu’elle lisait, Métamorphoses d’un mariage du hongrois Sandor Márai. Un beau portrait de l’actrice Amira Casar annonçait le thème du roman : les amours perdues ou celles à côté desquelles on passe et dont on peut se passer. Sandor Márai s’est suicidé un jour avant la chute du mur de Berlin. Lola se demandait si sa disparition, juste avant le moment précis où la liberté se précisait, était une forme poétique ou insensée. De même, elle fut plus éphémère que précise.
Lola avait commençait à lire en arrivant au bord de la plage, tôt le matin, lorsque celle-ci était encore déserte ; elle aimait à s’allonger, seule, au bord de la mer. Elle ne décrocha son regard des pages que lorsque le soleil commença à lui chauffer tellement la peau qu’elle sentit une vive brûlure. Elle leva les yeux : le soleil brillait au milieu du ciel, diffusant un kaléidoscope de lumières aveuglantes.
Á cette heure, elle était entourée de familles de baigneurs. Les rires des enfants la rendirent mélancolique : quand elle était jeune, il n’y a pas si longtemps, elle aussi riait avec la même innocence, même dans les moments difficiles. Elle sortit de son cartable un autre livre qu’elle avait avec elle pour pouvoir changer, le Journal de José Martí. Elle observa, indifférente, les quelques personnes qui lisaient aussi autour d’elle : celles qui ne tenaient pas entre leurs mains Harry Potter s’accrochaient au Da Vinci Code. Il lui sembla qu’elle était un « objet anachronique ».
Le monde est partagé, se dit-elle avec ironie, entre ceux qui lisent le Da Vinci Code et ceux qui s’empressent de lire les aventures de Harry Potter dès qu’elles sortent. Elle se passa de la crème solaire sur le corps, elle sentait une brûlure sur la zone de ses aisselles, mais elle ne put résister à la quiétude et replongea dans ses pensées : voilà ce qu’était devenu le monde, pensa-t-elle, une piètre copie de lui-même. Les gens ne vivaient pas, les gens vivotaient dans la mondanité. L’important, ce n’était pas de vivre, c’était d’être sur cette planète, en appartenant à l’un ou l’autre camp. Car il allait de soi que ces deux camps existaient, et ne cessaient de parler à bâtons rompus sur des inventions incompréhensibles, pure démagogie. Elle se disait que si s’affilier à n’importe lequel de ces camps était un acte de lâcheté insoutenable, le sort qui lui avait été réservé était bien pire : naître dans une île bon marché et gesticulante. A dessein elle s’empêcha de poursuivre sa réflexion par crainte de devenir plus indifférente encore, ou simplement cynique.
Au fond, elle se trouvait elle aussi sur cette plage ; cela faisait dix ans qu’elle ne savait vivre que le moment présent, sans faire aucun projet d’avenir. Elle était arrivée à Torrevieja et elle y était restée, toujours dans l’expectative. La seule chose qui lui procurait un peu de plaisir c’était l’attente : en hiver, elle travaillait comme professeur de chant, tout en se préparant elle-même pour chanter des habaneras ; l’été, elle assistait en spectatrice au concours de chants lorsqu’elle n’était pas de service au restaurant qui lui permettait d’arrondir ses fins de mois. Le matin, elle donnait des cours, sauf le mercredi et le week-end, dont elle profitait pour lire et s’assoupir sur les dunes salpêtrées.
Elle mangeait à peine, elle avait perdu l’appétit quelques semaines après avoir commencé au restaurant. Le gaspillage des aliments lui donnait le tournis; penser à tous ces gens dans son pays qui ne pouvaient pas même rêver de ces restes que d’autres laissaient intacts dans leur assiette lui donnait envie de vomir.

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Laure L. nous propose sa traduction :

Elle introduisit un cordon en cuir entre les pages du livre qu’elle était en train de lire pour marquer celle à laquelle elle s’était arrêtée. Elle regarda droit devant elle, la mer de Torrevieja, la plage salée où il y de cela bien longtemps avaient mouillé tant de bateaux originaires de sa ville natale, La Havane. Là bas la mer n’était pas bleu-vert ni argenté vers la fin de l’après-midi comme au bord du Malecón. La mer de Torrevieja est une mer d’un bleu dense, pensa t’elle, d’un bleu comme sorti d’un minuscule paysage européen du XIXème siècle.
Elle étudia la couverture du roman qu’elle lisait, Métamorphose d’un mariage du hongrois Sándor Márai. Un ravissant portrait de l’actrice Amira Casar annonçait le thème du roman : les amours perdues ou jamais trouvée parce qu’elles n’ont pas été voulues. Sándor Márai s’est suicidé un jour avant la chute du mur de Berlin, Lola ne savait pas si c’était une façon poétique ou absurde de disparaître, peut être un peu avant le moment précis où la liberté se définissait. Sa définition dura bien peu, il faut l’avouer.
Lola avait commencé sa lecture en arrivant sur la plage, tôt dans la matinée, quand il n’y avait personne. Elle aimait s’étendre seule au bord de la mer. Elle ne leva pas le nez des pages de son livre jusqu’à ce que le soleil commence à piquer sa peau de sa morsure agressive. Elle leva les yeux : le soleil resplendissait juste au milieu du ciel et le kaléidoscope l’aveugla.
Á cette heure-ci elle était entourée par des familles de baigneurs. Le rire des enfants la rendit mélancolique : elle était jeune, il n’y avait pas si longtemps de cela, même si elle vivait mal, elle riait avec la même innocence. Elle avait un autre livre pour alterner ; elle sortit de son sac le journal de José Martí. Elle observa avec indifférence les rares personnes autours d’elle qui lisaient elles aussi : ceux qui ne tenaient pas dans leurs mains Harry Potter s’accrochaient au Da Vinci Code. Elle se sentit « objet anachronique ». Le monde se divise entre ceux qui lisent le Da Vinci Code et ceux qui se passionnent pour chaque aventure de Harry Potter, ironisa t’elle pour elle-même. Elle enduisit sa peau de crème solaire, la zone des aisselles lui brûlait, mais elle ne pu pas s’empêcher de rester tranquille et de renouer avec sa réflexion : c’est en ça que le monde s’est convertit, pensa t’elle, en une mauvaise copie de lui-même. Les gens ne vivaient pas, les gens étaient jetés dans le monde. Vivre n’a pas d’importance, ce qui compte c’est de faire partie sur la planète, de l’un ou l’autre des deux groupes. Parce qu’évidemment les deux groupes existaient et aucun d’eux ne cessait de baver sur des inventions incompréhensibles, pure démagogie. Elle se dit que si s’inscrire dans n’importe lequel des deux groupes était une insupportable trahison, le pire avait été ce qui lui était arrivé à elle : naitre sur une île bon marché et exubérante. Elle voulu interrompre le cheminement de sa pensée de peur de devenir encore plus indifférente, c'est-à-dire cynique.
En fin de compte elle se trouvait maintenant sur cette plage. Cela ne faisait que dix ans qu’elle savait profiter de l’instant présent, sans projet postérieur, sans futur. Elle arriva à Torrevieja et y resta, en attente. La seule chose qui la réjouissait un peu c’était attendre : en hiver elle travaillait comme professeur de chant et elle se préparait en outre, elle aussi, à chanter des habaneras ; en été elle participait au concours en tant que spectatrice quand elle ne travaillait pas la nuit comme serveuse pour arrondir ses fins de mois. Tous les matins elle faisait classe sauf le mercredi et le week-end où pendant la journée elle s’installait sur les dunes salines pour lire, pour somnoler. Elle mangeait à peine, elle avait perdu l’appétit les semaines qui suivirent son embauche dans le restaurant ; constater le gaspillage de la nourriture la dégoûtait, elle vomissait à la seule idée que dans son pays les gens ne pouvaient même pas rêver goûter les restes que les autres laissaient intacts dans leurs assiettes.

***

Laëtitia nous propose sa traduction :

Elle introduisit une cordelette en cuir entre les pages du livre qu’elle était en train de lire pour marquer la page où elle s’était arrêtée. Elle regarda en face, la mer de Torrevieja, la plage salée où il y a bien longtemps avaient jeté l’ancre tant de bateaux en provenance de sa ville natale, La Havane. Là-bas la mer n’était pas bleu-verdâtre ni argentée vers le soir comme au bord de la jetée ; la mer de Torrevieja est une mer d’un bleu dense, pensa-t-elle, d’un bleu comme tout droit sorti d’un minuscule paysage européen du XIXème siècle.
Elle examina l’image de la couverture du roman qu’elle lisait, Métamorphoses d’un mariage de l’écrivain hongrois Sandor Marai. Un charmant portrait de l’actrice Amira Casar annonçait le thème du roman : les amours perdues ou jamais trouvées parce qu’on n’en a jamais eu besoin. Sandor Marai se suicida un jour avant la chute du mur de Berlin. Lola ne savait pas si c’était une forme poétique ou absurde de disparaître, peut-être un peu avant le laps de temps approprié dans lequel la liberté se définissait. Sa définition dura, elle aussi, bien peu.
Lola avait commencé sa lecture en arrivant sur la plage, tôt le matin, quand il n’y avait personne ; elle aimait s’allonger seule au bord de la mer. Elle ne leva pas le nez des pages jusqu’à ce que le soleil commence à lui piquer la peau, d’une brûlure fascinante. Elle leva les yeux : le soleil brillait pile au milieu du ciel et le caléidoscope l’aveugla.
A cette heure-là, elle était entourée de familles de baigneurs. Les rires des enfants la rendirent mélancolique : elle était jeune, cela faisait peu de temps qu’elle aussi, même si elle ne s’amusait pas, riait avec la même innocence.
Elle avait apporté un autre livre pour alterner ; elle sortit de son sac le Journal de José Marti. Elle observa, indifférente, les rares personnes qui lisaient aussi autour d’elle : celles qui ne tenaient pas entre leurs mains Harry Potter, s’adonnaient à la lecture de Da Vinci Code. Elle se sentit « objet anachronique ». Le monde se divise, ironisa-t-elle en elle-même, entre ceux qui lisent Da Vinci code, et ceux qui se démènent dans chaque aventure de Harry Potter. Elle s’enduisit la peau de crème solaire, la zone des aisselles la brûlait, mais elle ne put s’empêcher de rester tranquille et elle renoua avec la réflexion : le monde était devenu comme ça, pensa-t-elle, une mauvaise copie de soi-même.Les gens ne vivaient pas, les gens mondainaient. Vivre n’était pas important, ce qui était important c’était de figurer sur cette planète, dans l’un ou dans l’autre camp. Parce que, bien sûr, les deux camps existaient, et tout deux ne cessaient de jacasser sur des inventions incompréhensibles, pure démagogie. Elle se dit que si adhérer à n’importe lequel des deux camps entraînait une trahison insupportable, ce qu’elle avait gagné avait été pire : naître dans une île bon marché et gesticulante. Elle voulut interrompre sa pensée par peur de devenir encore plus indifférente, c’est-à-dire : cynique.
Au bout du compte, elle se trouvait maintenant sur cette plage ; cela faisait seulement dix ans qu’elle savait vivre l’instant présent sans plus, sans projet postérieur, sans futur. Elle arriva à Torrevieja et elle y resta, en attente. La seule chose qui lui faisait un peu plaisir était d’attendre : l’hiver elle travaillait comme professeur de chant et de plus elle se préparait, elle aussi, à chanter des habaneras ; l’été, elle participait comme membre du jury du concours quand elle ne travaillait pas la nuit comme serveuse dans un restaurant pour arrondir ses fins de mois.
Le matin elle dispensait ses cours sauf le mercredi et le week-end, durant lesquels elle s’installait dans les dunes de salpêtre pour lire, somnoler. Elle mangeait à peine, elle perdit l’appétit dans les semaines qui suivirent son embauche au restaurant ; constater le gaspillage d’aliments lui causait des haut-le-cœur, elle vomissait rien qu’en pensant que dans son pays les gens ne pouvaient même pas rêver goûter les restes que d’autres laissaient intactes dans l’assiette.

***

Blandine nous propose sa traduction :

Elle introduisit un cordon de cuir entre les pages du livre qu’elle lisait pour marquer la page où elle s’était arrêtée. Elle regarda en face, la mer de Torrevieja, la plage salée où il fut un temps venaient mouiller les bateaux en provenance de sa ville natale, La Havane. Là-bas, la mer n’était pas d’un bleu verdâtre ni argenté dans la soirée comme sur le bord du Malecón, la mer de Torrevieja est une mer d’un bleu dense, pensa-t-elle, tel un bleu sorti d’un tout petit paysage européen du XIXe siècle.
Elle étudia l’image de la couverture du roman qu’elle lisait, La femme juste du hongrois Sándor Márai. Un beau portrait de l’actrice Amira Casar annonçait le thème du roman : les amours perdus ou jamais rencontrés parce qu’on n’en pas eu besoin. Sándor Márai s’est suicidé un jour avant la chute du mur de Berlin, Lola ne savait pas si c’était une forme poétique ou insensée de disparaître, peut être un temps juste avant lequel la liberté se définissait. Sa définition dura peu de temps aussi.
Lola avait commencé sa lecture en arrivant sur le bord de la plage, tôt dans la matinée, quand il n’y avait personne ; elle aimait s’allonger seule au bord de la mer. Elle ne leva pas les yeux des pages jusqu’à ce que le soleil commence à lui piquer la peau, une douleur assez violente. Elle leva les pupilles : le soleil resplendissait en plein milieu du ciel et le jeu des lumières l’aveugla.
A cette heure-ci, des familles de baigneurs l’entouraient. Les rires des enfants la rendirent mélancolique : elle était jeune, et il y a encore peu, même si elle avait eu du mal, elle riait avec la même innocence. Elle avait un autre livre pour alterner, elle sortit de sa sacoche le Journal de José Martí. Elle observa de façon indifférente les rares personnes qui lisaient aussi autour d’elle : ceux qui ne soutenaient pas entre leurs mains Harry Potter, s’accrochaient au Da Vinci Code. Elle se sentit « un objet anachronique ». Le monde se divise, ironisa-t-elle, entre ceux qui lisent Da Vinci Code, et ceux qui se donnent de la peine à chaque aventure d’Harry Potter. Elle s’étala de l’huile de bronzage, la zone des aisselles lui brûlait, mais elle ne l’empêchait pas de rester tranquille et de reprendre sa réflexion : le monde s’était converti en cela, pensa-t-elle, en une mauvaise copie de soi-même. Les gens ne vivaient pas, les gens se mondialisaient. Vivre ne leur importait point, ce qui importait, c’était de figurer sur cette planète, dans l’un ou l’autre parti. Car les deux partis existaient depuis longtemps, et les deux n’arrêtaient pas de bavarder sur des inventions incompréhensibles, pure démagogie. Elle se dit que choisir l’un des deux partis résultait d’une traîtrise insupportable, ce qui l’avait touché à elle était pire : naître dans une île pauvre et grouillante. Elle voulut interrompre sa pensée par crainte de devenir encore plus indifférente, voire cynique.
Au bout du compte, elle se trouvait maintenant sur cette plage ; elle savait vivre le moment présent sans rien d’autre depuis seulement une dizaine d’années, sans faire de projets, sans avenir. Elle est arrivée à Torrevieja, et elle est restée ici, en attente. La seule chose qui lui donnait des illusions c’était d’attendre ; en hiver, elle travaillait comme professeur de chant et en plus se préparait, elle aussi, pour chanter des habaneras ; en été, elle participait en tant que spectatrice du concours quand elle ne travaillait pas de nuit comme serveuse dans un restaurant pour arrondir ses fins de mois. Le matin, elle donnait des cours sauf le mercredi et le week-end, où elle s’installait pour la journée dans les dunes salpêtreuses à lire, à sommeiller. Elle mangeait à peine, elle a perdu l’appétit au bout de quelques semaines de travail dans le restaurant ; de constater le gaspillage de la nourriture lui donnait des nausées, le seul fait d’y penser elle vomissait, penser que dans son pays les personnes ne pouvaient même pas rêver de goûter les restes que les autres laissaient intacts dans leurs assiettes.

***

Brigitte nous propose sa traduction :

Elle glissa un lacet de cuir entre les pages du livre qu’elle lisait, pour indiquer l’endroit où elle s’était arrêtée. Elle regarda en face, la Mer de Torrevieja, la plage salée où tant de bateaux avaient jeté l’ancre autrefois, en provenance de sa ville natale, La Havane.
Là-bas, à la tombée du jour, la mer n’était pas d’un bleu verdâtre, ni argentée comme le long du Malecón ; la Mer de Torrevieja est d’un bleu intense, pensa-t-elle, comme le bleu sorti tout droit d’une miniature de paysage du XIXème siècle.
Elle examina l’illustration de couverture du roman qu’elle était en train de lire, Métamorphoses d’un Mariage, du hongrois Sándor Márai. Un joli portrait de l’actrice Amira Casar annonçait le sujet du roman : les amours perdues ou jamais trouvées parce que jugées inutiles.
Sándor Márai s’était suicidé, un jour avant la chute du Mur de Berlin ; Lola ne savait pas si c’était là une façon poétique ou absurde de disparaître peut-être, juste avant le moment décisif où la liberté se concrétisait. Sa détermination avait, elle aussi, duré bien peu de temps.
Lola avait entamé sa lecture, tôt le matin, en arrivant sur la plage encore déserte ; elle aimait s’étendre seule au bord de la mer. Elle resta plongée dans son livre jusqu’à ce que le soleil commence à lui brûler la peau, d’une chaleur cuisante. Elle leva les yeux : le soleil resplendissait, haut dans le ciel, et elle fut éblouie par ses reflets.
A cette heure-là, des familles entières de baigneurs l’entouraient. Les rires des enfants la rendirent nostalgique : elle était jeune ; il y a peu de temps encore qu’elle aussi, même dans les pires moments, riait avec une telle insouciance.
Elle avait avec elle un autre livre pour varier les plaisirs ; elle sortit de son sac le Journal de José Marti. Elle regarda avec indifférence les rares personnes qui lisaient aussi autour d’elle : celles qui n’avaient pas Harry Potter entre les mains étaient cramponnées au Da Vinci Code. Elle se sentit une « chose anachronique ». Le monde est partagé, se dit-elle en elle-même avec ironie, entre ceux qui lisent le Da Vinci Code et ceux qui sont plongés dans chaque nouvelle aventure de Harry Potter. Elle se mit de la crème solaire, sa peau lui brûlait sous les aisselles, mais elle ne put s’empêcher de rester là, tranquillement, et de reprendre le cours de sa réflexion : voilà ce qu’était devenu le monde, songea-t-elle, une pâle copie de lui-même. Les gens ne vivaient pas, les gens vivotaient. Ce n’était pas d’être qui leur importait, non ! Ce qui leur importait, c’était de paraître, sur cette planète, dans l’un ou l’autre camp.
Parce qu’effectivement, les deux camps existaient bel et bien, et tous deux n’arrêtaient pas de mégoter sur des inventions incompréhensibles : pure démagogie.
Elle pensa que, si s’afficher dans l’un des deux camps, quel qu’il soit, s’avérait être une insupportable trahison, son sort avait été bien pire encore : celui d’avoir vu le jour sur une île bon marché et gesticulante. Elle voulut interrompre le cours de ses pensées, craignant de devenir encore plus indifférente, c’est-à-dire cynique.
En fin de compte, elle se trouvait là, maintenant, sur cette plage ; cela ne faisait que dix ans qu’elle savait vivre simplement dans l’instant présent, sans projets en vue, sans avenir. Elle était arrivée à Torrevieja et elle y était restée, en stand by.
La seule chose qui la faisait encore un peu rêver était d’espérer : en hiver, elle travaillait comme professeur de chant et, en plus, elle s’exerçait, elle aussi, à chanter des Habaneras ; en été, elle assistait au concours en tant que spectatrice lorsqu’elle ne travaillait pas le soir comme serveuse pour arrondir ses fins de mois. Le matin, elle assurait ses cours, sauf le mercredi et les weekends où elle s’installait dans les dunes salées pour la journée, à lire, à lézarder.
C’est à peine si elle mangeait : elle avait perdu l’appétit quelques semaines après avoir été embauchée au restaurant ; constater un tel gaspillage de nourriture lui donnait la nausée, elle vomissait à la seule idée que, dans son pays, les gens ne pouvaient même pas imaginer manger les restes que d’autres laissaient intacts dans leur assiette.

Évaluation de l'atelier de traduction collective

Afin de pouvoir complètement évaluer notre travail collectif de cette année, je vous propose de prendre en compte – en plus de l'assiduité et de la participation aux différents travaux proposés en cours et sur le blog, etc. – les résultats obtenus par chacune à un petit devoir de deux heures. Il s'agirait d'une traduction littéraire. Le dictionnaire unilingue (version papier) serait autorisé. Arrêtons la date du 17 avril, qui semblait la plus fédératrice. L'horaire reste à préciser, car, comme je le disais à Jacqueline, nous attendons de connaître l'heure de l'Assemblée des trois Conseils qui aura lieu ce jour-là, et à laquelle j'assiste en tant que membre du Conseil Scientifique.
Afin d'être le plus équitable possible dans la notation, je vous propose que le travail soit réalisé sur des copies anonymes et soumis à une double correction.

Un questionnaire à concocter

Afin de permettre à celles et ceux que cela intéressent mais qui n'ont pas pu assister à la rencontre avec Micheline Durand… et également pour laisser une trace écrite de nos échanges de cette journée, je vous propose que nous préparions un petit questionnaire à lui soumettre (elle est d'accord), pour publication sur le blog, évidemment. Cela peut reprendre des choses déjà évoquées et qui vous semblent importantes de répéter ou des choses nouvelles. Que chacun – y compris les absents – envoie au minimum deux questions (toujours dans les commentaires). J'en établirai ensuite la suite et nous ferons une sélection.

Références culturelles, 94 : Le drapeau de Cuba

En photo : bandera Cubana par UJCEvillaverde

« La Bandera de la Estrella Solitaria » - Le drapeau de Cuba
par Brigitte

Comme dans la plupart des histoires nationales des pays d’Amérique latine, l’histoire du drapeau cubain est intimement liée aux combats menés par les Patriotes indépendantistes pour s’affranchir de la domination espagnole.
Le drapeau national cubain, appelé également « Bandera de la Estrella Solitaria »- Drapeau de l’Etoile Solitaire- fut adopté officiellement en Mai 1902, date à laquelle fut instaurée la République Cubaine, après l’Indépendance acquise en 1898.
Mais l’origine du drapeau, remonterait à l’année 1849, date à laquelle, selon la légende, Narciso López (1797-1853), ancien militaire d’origine vénézuélienne, devenu rebelle contre la Couronne, aurait eut une « vision » alors qu’il se trouvait en exil à New York : « (…) Vió los colores del alba de la mañana. A lo lejos, pudo apreciar un triángulo de nubes rojas que anunciaban el alba, y en el triángulo brillaba el lucero de Venus, la estrella de la mañana, mientras dos nubes blancas partían desde mismo triángulo para dividir en tres franjas azules el cielo resplandeciente ». Enthousiasmé par cette vision, il aurait demandé à un ami, Miguel Teurbe Tolón, de dessiner le drapeau que sa femme, Emilia Teurbe, aurait ensuite confectionné de ses mains.
Ce drapeau fut hissé pour la première fois en 1850 à Cárdenas, à l’ouest de l’île, lieu de la première tentative d’invasion de Narciso López qui se solda par un échec.
Narciso López et son ami Miguel Teurbe étaient Francs-maçons et les éléments du drapeau sont chargés d’une forte symbolique maçonnique.
Le drapeau arbore les trois couleurs qui évoquent la Révolution Française et sa devise « Liberté, égalité, Fraternité ». Il est composé de cinq bandes horizontales de dimensions identiques : Les trois bandes bleues représentent les trois régions militaires de l’île (Occidente, Centro et Oriente) à l’époque. Entre ces deux bandes bleues, deux bandes blanches symbolisant la paix et la pureté des Patriotes cubains. A gauche du drapeau, un triangle équilatéral, symbole d’égalité dont la couleur rouge évoque le sang versé par les combattants. L’étoile blanche à cinq branches dessinée à l’intérieur du triangle (La Estrella Solitaria) représenterait l’union du peuple et à sa liberté chèrement acquise.
Mais un autre drapeau existe, très ressemblant au précédent par ses symboles et ses couleurs, créée par Carlos Manuel de Céspedes (1819-1874), Père de la Patrie. On lui attribue plusieurs noms : « La Bandera de la Demajagua » ou « La Demajagua » du nom de la propriété sucrière achetée par Céspedes où celui-ci hissa la bannière et où poussait en abondance une fleur cubaine appelée la Majagua, « La Bandera del 10 de Octubre », date de l’insurrection de Céspedes en 1868 ou encore « La Bandera de Yara », lieu où se déroula l’insurrection menée par Céspedes.
Après délibération, le drapeau de « La Estrella Solitaria » de Narciso López fut finalement adopté mais « La Demajagua » figure toujours à son côté au Parlement cubain, comme symbole de la nation.

jeudi 9 avril 2009

Atelier d'écriture de Tanguy Viel

En photo : Faire feu de tout bois par Mon Œil

(Figurez-vous que c'est la seule photo « faire feu de tout bois » dans le catalogue Flickr, où je puise habituellement mes illustrations. Il y a un vide évident ! Bien… mais ce serait comment une photo « faire feu de tout bois » ? Jacqueline, je t'écoute ?)

Je vous annonce que malheureusement, Tanguy Viel ne pourra pas assurer sa séance de travail de demain. Il s'excuse auprès de vous de cette défection bien involontaire…
Et si vous en profitiez pour écrire – puisqu'il s'agissait d'écriture – un petit texte de fin d'année scolaire ? Là, c'est vrai, je fais feu de tout bois… Jacqueline, tu as raison, finalement.

Puisque ça bouillonne…

… pourquoi ne me donneriez-vous pas des idées de sondages ? J'en ai encore quelques-unes en stock, mais peut-être avez-vous, vous aussi, des questions à poser au groupe. J'attends…

Quel est le programme ?

En photo : day 365 - ce n'est qu'un au revoir... par Amadika

Après discussion avec Jacqueline, nous nous rendons compte que la semaine dernière marquait la fin de nos travaux collectifs de traduction. Eh oui, c'est fini ! Je sais que Nathalie l'annonçait depuis un moment, mais je crois que je n'avais pas vraiment entendu. Quoi qu'il en soit, rien d'autre de prévu à l'horizon, si ce n'est la bonne surprise de la rencontre avec Aline Schulman, le 29 avril, à partir de 13h30 (préparez vos questions). Dans la mesure où les vacances sont sur le point de commencer et où de votre côté, vous allez entamer vos stages, je ne vois pas de possibilités de faire quoi que ce soit avant le mois de juin. Pour pouvoir organiser d'éventuelles séances de travail supplémentaires – auxquelles nous pourrions convier les amis que nous avons connus au fil de notre parcours – je vous demande de me (re)-communiquer les dates précises du début et de la fin de votre stage. Faites-le dans les commentaires.
Merci !

Références culturelles, 93 : la Plaza Mayor de Madrid

En photo : Balcones de la Plaza Mayor de Madrid par gonlor

http://www.madridpedia.com/madrid/la-plaza-mayor-de-madrid

mercredi 8 avril 2009

« illectronisme » ? Une question de Jacqueline à Raphaël Estève

En photo : vent sur la toile(où es tu ?) par lili(ma nature en photos)

Comme l’araignée…
par Jacqueline


Qui d’entre nous connaît le nom de Tim Berners-Lee ? Et pourtant, il y a vingt ans, presque jour pour jour, ce scientifique anglais, chercheur au Cern, à Genève, a inventé le web ! L’occasion pour nous de rappeler quelques dates à partir de données collectées dans le magazine édition de mars 2009 :

1967 : conception de l’Arpanet (ancêtre de l’internet), réseau informatique délocalisé utilisant les télécommunications par paquets et reliant des universités américaines, opérationnel en 1969.
1972 : test du premier logiciel de courrier électronique.
1983 : déploiement du réseau internet.
1988 : raccordement de la France à internet
mars 2009 : invention du web par T. Berners-Lee.
1993 : Mosaic, le premier navigateur internet pour PC voit le jour.
1995 : les premiers sites commerciaux apparaissent.

On doit à Tim Berners-Lee le développement du lien hypertexte : un lien qui fait référence à n’importe quel type d’objet (texte, image, vidéo, application…) sur lequel il suffit de cliquer pour naviguer. Et qui « combiné avec un réseau et des ordinateurs, offre un système puissant et facile d’accès » qui le met aussitôt à la portée du grand public. Laissons la parole à l’auteur de l’invention qui explique dans son blog :
« Internet est un réseau de réseaux, constitué principalement d’ordinateurs et de câbles pour les connecter… De nombreuses applications l’utilisent comme le courrier électronique ou la vidéoconférence en usant de différents types de langages (protocoles). Le web, lui, est un univers abstrait d’informations disponibles sur internet. On y trouve des documents, du son, de la vidéo et les connexions ont été remplacées par des liens hypertextes . »
Le chercheur a un nouveau projet, le « web sémantique », sorte de simplification avancée d’internet qui permettrait d’effectuer une recherche en écrivant clairement une question au lieu de mots-clés. Comme le dit Tim Berners-Lee : «le web n’a pas encore livré tout son potentiel. C’est juste la pointe de l’iceberg. »
Ce sujet a retenu mon attention parce qu’il faisait écho à un article que j’avais lu récemment à propos de « l’illectronisme » : point besoin d’expliciter ce mot valise, tout le monde l’aura compris ; ce qu’on sait moins, c’est qu’effectivement, le « fossé numérique » est important : 27% des non diplômés n’ont pas accès à Internet, ainsi que 26% des retraités et 34% des personnes à faible revenu. L’article si je me souviens bien, indiquait un site pour améliorer « l’e-inclusion » : creatif-public.net. Il existe donc des solutions y compris pour apprendre à se servir d’internet ; un récent échange avec Laetitia à ce sujet tendait à montrer que les élèves, s’ils avaient accès au net, ne savaient pas pour autant faire des recherches constructives sur la toile. Vastes problèmes donc que ceux liés à la culture numérique. Je me suis dit que la personne ressource par excellence pour éclairer ma (nôtre) lanterne était Raphaël ESTÈVE, notre intervenant en informatique. Il a bien voulu accepter cet échange, je lui laisse donc la parole :
« On peut restreindre ici le web, qui est bien entendu beaucoup plus que cela, à ce qui nous a occupé cette année : la langue.
Du point de vue du traducteur, il serait amusant pour aborder le problème de la « norme » d’une langue donnée, ou pour le dire en des termes plus polémiques, de sa « correction » de rebondir sur le néologisme « illectronisme ». Car Internet, entendu comme banque presque intarissable de données linguistiques présente un inconvénient bien connu : celui de la langue « fautive ». Avant le Web, notre rapport à l’écrit relevait presque exclusivement d’une autorité éditoriale. Hors correspondance épistolaire privée (ce qui était loin de concerner tout le monde), le lecteur n’avait accès qu’à des émanations publiques officielles de la langue. Autrement dit à des productions qui en respectaient la norme idiomatique et orthographique : Livres, journaux, etc. La langue publique incorrecte est donc une nouveauté liée à Internet. Mais elle est par là même également indicatrice du fait que le web a entrainé une forme de développement de la communication écrite. Si on prend le cas du français, il n’est donc pas certain (même si on ne peut l’exclure tout à fait) que les gens le parlent moins bien qu’il y a quelques décennies. Ils semblent certes mal l’écrire. Mais ce constat peut appeler plusieurs commentaires. Tout d’abord, il n’est pas impossible qu’on ne fasse qu’enfin mesurer du fait du développement de la pratique de la communication écrite un phénomène ayant toujours existé du fait de la difficulté de la langue française : il n’était tout simplement pas apparent (les pays affichant les plus fort taux de criminalité sont souvent beaucoup moins dangereux que ceux où les enquêtes n’ont même pas le loisir d’être réalisées). Ensuite le type de communication promu par internet, s’il passe par l’écrit, ne correspond pas forcément au degré de formalité et de solennité que les pratiques écrites antérieures impliquaient. Ils ne font la plupart du temps que véhiculer une informalité beaucoup proche de l’oral. D’où l’inadéquation du medium. D’où enfin, la notification peut-être salutaire du fait que notre langue présente un décalage trop important avec sa norme écrite, situation à laquelle la démultiplication électronique de l’écrit va peut être remédier d’elle-même. Ce qui vient d’être dit ne vaut bien sûr que pour l’orthographe. »

Six conseils "techniques" et pratiques pour la présentation de votre traduction longue

En photo : El mejor consejo par Alejandro Gabriel Alonso







1) N'oubliez pas les espaces avant et après les signes de ponctuation.
2) Préférez les guillemets «» plutôt que ""
3) Pour les dialogues, préférez le tiret :
—
plutôt que :
–
-
4) Choisissez la présentation en « justifié ».
5) Débrouillez-vous pour qu'un mot ne soit pas coupé en bas de page, avec la fin en haut de celle d'après.
6) Vous ferez relier votre traduction.

Pour information

Je viens de publier la traduction « officielle » de la version du CAPES blanc, El coronel no tiene quien le escriba, de Gabriel García Márquez (cf post du 28/11/08).

Atelier de traduction de Tanguy Viel

Étant souffrant, Tanguy Viel ne pourra pas assurer son atelier d'écriture de demain. Nous attendons de savoir si la séance de vendredi aura finalement lieu. Je vous tiens au courant dès que j'en sais plus sur le sujet.

Résultats des sondages « Communauté… » : Tradabordienne/Tradabordelaise/Tradabordine/Tradabordesque

En photo : The yellow eye of a red fish par Becem







Premier duel : Tradabordienne/Tradabordelaise
(14 votants)

Tradabordienne = 10 voix (71%)
Tradabordelaise = 4 voix (28%)

Second duel : Tradabordine/Tradabordesque
(11 votants)

Tradabordine = 8 voix (72%)
Tradabordesque = 3 voix (27%)

Les deux finalistes sont donc : Tradabordienne et Tradabordine… Rendez-vous dans 6 jours pour la désignation du vainqueur.

Une visite surprise

En photo : Don Quijote en Valeria par Luis Amado Rego

Je vous annonce que, finalement et contre toute attente, nous aurons la visite d'Aline Schulman le mercredi 29 avril.
Tous ceux qui le souhaitent peuvent se joindre à nous pour recevoir cette grande dame de la traduction.

Références culturelles, 92 : Gertrudis Gómez de Avellaneda

En photo : Otros mundos, otras mujeres par gaelx







http://fr.wikipedia.org/wiki/Gertrudis_G%C3%B3mez_de_Avellaneda

Besoin de renforts

En photo : Cosecha par Thelmos

Vous aurez remarqué que la collecte des traductions « officielles » avance bien… La liste de la colonne de droite diminue à vue d'œil ; néanmoins il reste encore à faire et vous imaginez que cela représente du travail : se procurer le livre (Brigitte a littéralement pillé le rayon Espagne/Amérique latine de la bibliothèque de Sarlat ; en échange, elle a promis à la bibliothécaire de lui donner un exemplaire gratuit de ses futures traductions…), repérer le passage, le recopier, etc. Alors histoire de ne pas épuiser les forces de nos vaillantes collecteuses du mois, Nathalie et Brigitte, je vais demander aux autres apprentis traducteurs et à leurs amis de bonne volonté de nous apporter un peu d'aide pour arriver au bout de notre noble mission (car à l'arrivée, croyez-moi, nous aurons une belle plate-forme de travail). Que chacun fasse son choix dans la liste et ramène au moins une prise dans ses filets… disons dans une semaine.
Je rappelle mon mail à tout le monde : lepagebx3@club.fr

Pour information

Je viens de publier la traduction « officielle » de la version « de la semaine » du 30/01/09, La tía Julia y el escribidor, de Mario Vargas LLosa.
Merci à Brigitte !

Pour information

Je viens de publier la traduction « officielle » de la « version de la semaine » du 16/01/09, El Papa verde, de Miguel Ángel Asturias.
Un grand merci à Brigitte !

mardi 7 avril 2009

Pour information

Je viens de publier la traduction « officielle » du devoir de vacances (Noël), n°22, Crímenes ejemplares, de Max Aub (voir post du 11/01/09).
Merci à Nathalie !

Pour information

Je viens de publier la traduction « officielle » de la version d'entraînement n°38, Crímenes ejemplares, de Max Aub (voir post du 07/03/09).
Merci à Nathalie !

Atelier d'écriture de Tanguy Viel

Je vous rappelle que l'atelier d'écriture de Tanguy Viel aura lieu jeudi et vendredi… en salle H 118. Je vous précise les horaires de début et de fin des séances dès que possible.

Références culturelles, 91 : le drapeau du Pérou

En photo : ¡¡Mi bandera!! par Edwin Eduardo

Comprendre le drapeau du Pérou
par Nathalie

Le drapeau péruvien que l’on connaît aujourd’hui est le dernier d’une longue lignée de drapeaux adoptés au lendemain de l’Indépendance. Si vous souhaitez savoir à quoi ressemblait chacun d’eux, je vous renvoie aux articles de Wikipédia « drapeau du Pérou » pour la version française et « bandera del Perú » pour la version espagnole.
Adopté le 25 février 1825 par le Congrès Constituant (Congreso Constituyente), le drapeau officiel du Pérou se compose de trois bandes verticales : deux bandes rouges encadrant une bande blanche sur laquelle apparaissent les armoiries du pays.
Voici un extrait de l’article 3 de la Loi du 25 février 1825 :
“ El pabellón y bandera nacional se compondrán de tres fajas verticales, las dos extremas encarnadas, y la intermedia blanca, en cuyo centro se colocará el escudo de las armas con su timbre, abrazado aquel por la parte interior de una palma a la derecha y una rama de laurel a la izquierda entrelazadas.”
Il semble que les couleurs aient été choisies, en 1820, par le général José de San Martín (qui a joué un rôle décisif dans la libération de l’Argentine, du Chili et du Pérou, ce qui lui vaut d’être surnommé « El Libertador » , au même titre que Simon Bolívar).
Pour certains historiens, San Martín aurait opté pour le rouge et le blanc (deux couleurs que l’on retrouve dans les drapeaux chiliens et argentins) pour rendre hommage aux soldats de ces deux pays qui ont activement œuvré pour l’Indépendance du Pérou.
Pour d’autres, San Martín se serait inspiré d’un vol de flamants, appelés « parihuanas », qu’il a aperçus au moment de débarquer dans la baie de Paracas (au sud du Pérou) ; il se serait alors exclamé : « Voici l’étendard de la liberté ! ».
Quoi qu’il en soit, les couleurs qui ont été retenues renferment un grand nombre de valeurs symboliques : le rouge renvoie au sang des héros et des martyrs, le blanc évoque la pureté des sentiments, la paix…
Quant aux armoiries, elles ont été apposées en 1825 ; le blason (ou écu) se divise en trois quartiers : dans le premier, on trouve une vigogne (vicuña), animal sacré chez les Incas ; dans le deuxième, un quinquina (árbol de la quina), dont l’écorce, qui contient de la quinine, a des propriétés médicinales reconnues et dans le troisième, une corne d’abondance (cornucopia) qui renvoie aux richesses naturelles du pays.
Cet écu est surmonté d’une couronne de laurier (un des attributs d’Apollon, qui, depuis l’Antiquité, symbolise le triomphe et la gloire) et entourée d’un rameau de palmier (à droite) –qui, dans la tradition chrétienne, symbolise la vie éternelle - et d’une branche de laurier (à gauche).
Ce drapeau subit une légère modification en 1950 : Manuel Odría, qui occupe la présidence depuis deux ans, après un coup d’état réussi, fait disparaître les armoiries de la bande centrale, apparemment pour permettre d’accélérer la fabrication du drapeau ( ?).
Toujours est-il que l’on retrouve le drapeau dûment muni de ses armoiries dans tous les lieux publics, le drapeau de base (sans armoiries) étant utilisé par tous les citoyens.
L’emblème national est fêté le 7 juin (anniversaire de la bataille d’Arica, qui vit, au cours de la Guerre du Pacifique, qui opposa le Chili à la coalition Pérou-Bolivie, la victoire des troupes chiliennes et l’annexion de la ville péruvienne, en 1880).

lundi 6 avril 2009

Un atelier enchanteur…, par Jacqueline

En photo : the other face of the Pied Piper of Hamelin par + |-_-|...

… et pas seulement parce qu’il était question d’infantes et de contes de fée, dans cet atelier de Christilla Vasserot suivi cet après-midi par un groupe de quatre apprenties traductrices éblouies par le talent de leur tutrice. Grand oral pour Laure G. d’abord et Nathalie ensuite ; deux livres aussi différents que possibles l’un de l’autre - nos deux amies ont su montrer toute la complexité et la richesse des enjeux de leurs traductions : bravo ! - Des discussions animées, toujours dans le respect de l’autre, pas de solutions toutes faites mais une méthode pour une réflexion à construire, beaucoup de doutes exprimés, de questions soulevées ; Christilla Vasserot a su nous guider sur ce jeu de pistes difficile sans jamais entamer notre enthousiasme. Je dirais même que confrontées les unes aux difficultés soulignées par les autres et réciproquement, nous avons repris courage en mesurant que si le travail à accomplir pour peaufiner nos traductions longues est certes herculéen (pour « surtraduire » le propos), nous avons en nous toutes les ressources nécessaires pour y parvenir. Pour cela, quelques incontournables : travailler encore et encore, être attentif d’abord au sens du texte, et plus ou autant au rythme et pour mieux le sentir, lire à haute voix, se sentir libre de sa traduction, ce qui ne veut pas dire trahir le texte, bien au contraire…
Laure L. sera sur la sellette au cours de la prochaine séance, et pour moi qui mange à tous les râteliers, ce sera un plaisir de traduction renouvelé. Car ce sont des après-midi qui nous font regretter que l’année se termine si vite !

Pour information

Je viens de publier la traduction « officielle » de la version d'entraînement n°23, Como agua para chocolate de Laura Esquivel (cf post du 20/02/09).
Merci à Brigitte !

Une mini-demande

Est-ce que les deux abonnés « Soyo » et « BwcwSiM8w.qN9Y2shZMVQg0NdhZd13… » auraient l'amabilité de remplacer leur silhouette fantôme (cf colonne de droite) par une photo ou une image ? Ils peuvent continuer de rester anonymes s'ils le souhaitent mais en égayant un peu cette galerie sans personnalité et tristounette (tout le contraire de l'esprit trabadordien, etc.). Merci !

Une adresse bien utile

Vous y trouverez la section « Littérature et traduction » du site de l'UNESCO.

http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-URL_ID=1523&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

Réponses à une question technique de Brigitte sur la traduction longue

« Quel format et normes typo doivent-être utilisés (caractères, interlignes, marges, pagination, notes en bas de page ou fin de traduction etc.) ? »

Je vous conseille Times New Roman, format 12, avec interligne 1,5 et pagination en bas à droite. Pour ce qui est des marges, c'est à vous de voir, puisque vous devez vous débrouiller pour que chaque page corresponde à peu près au calibrage demandé (1500 signes) et, surtout, renvoie très exactement au découpage du texte espagnol (à faire figurer sur la page de gauche, je le rappelle ; le but étant de faciliter au maximum la lecture des membres du jury). Quant aux notes, il est préférable de les placer en bas de page (il me semble d'ailleurs que c'est ce que nous avions déterminé lors d'un sondage du début de l'année).
Autre chose ?

Un poème visuel du dimanche, par Jacqueline

En photo : Avioncito con algunas palabras. par I'm walking on sunshine,...

(je ne publie le texte de Jacqueline que maintenant, à cause de problèmes techniques… mais qu'il soit dit publiquement que je l'avais bien dès hier, dimanche)


LA FORCE DE L’IMPLICITE
par Jacqueline


Ensemble

Écarter……………………
(In)Différence
Racisme
………………
Comprendre……
Respect
Pardon
……………
convivialité
Fraternité……
Echange…………………………

Paix.

Les douze, incontournables… ou pas.

Dos reseñas, par Nayrouz

Si vous vous souvenez bien, Nayrouz nous avait parlé de deux ouvrages en particulier lors de son intervention d'il y a quelques semaines… De son point de vue, leur lecture est importante pour un traducteur désireux de réfléchir un peu à ce qu'il fait intuitivement. En voici les coordonnées et un rapide descriptif. Merci, chère Nayrouz, de penser à nous. Oui, Jacqueline, tu as raison, à quand l'obtention d'une partie – même petite, petite, petite – des belles bibliothèques vitrées de notre salle H 118 pour pouvoir y loger nos propres livres ? Je vais voir ce que je peux faire…

Hurtado Albir, A. Traducción y traductología. Madrid, Ediciones Cátedra, 2001.
Peu d’ouvrages peuvent contenir et réunir aussi ambitieusement des informations théoriques aussi utiles que celles qu’a compilées Amparo Hurtado Albir avec un tel désir d’exhaustivité.
Dans cet ouvrage, l’auteure, qui est traductrice, traductologue et enseignante, a cherché à travers une prospection incroyablement fouillée à faire un état des lieux de ce que doit la traduction à la traductologie, obtenant ainsi un ouvrage complet pouvant rendre service non seulement au lecteur qui cherche à s’initier dans ce domaine car il y trouvera une liste de définitions de notions basiques, telles que les types de traductions ou les stratégies de traductions ; mais aussi au chercheur spécialisé dont la volonté est de divulguer ou vulgariser sa spécialité en expliquant les notions clés liées à la traductologie telles que la fidélité, l’équivalence ou plus largement tout ce qui touche à la compétence des traducteurs. Cet ouvrage peut également être utile au lecteur en voie de spécialisation qui chercherait à approfondir son savoir en étudiant des notions théoriques telles que les caractéristiques cognitives ou linguistiques qui affectent le processus de traduction.
Il s’agit donc d’un ouvrage qu’on peut aller jusqu’à qualifier d’exhaustif, car l’auteure a voulu en faire un manuel destiné à rendre essentiellement service aux apprentis traducteurs.

Navarro Domínguez, F. (ed.) Introducción a la teoría y práctica de la traducción. Ámbito hispanofrancés. San Vicente (Alicante), Editorial Club Universitario, 2000.
Cet ouvrage, publié par l’Université d’Alicante, a le mérite de s’adresser à un public actuel dans le domaine de la traduction franco-espagnole. Il s’agit réellement d’une introduction, il faut donc s’attendre à des chapitres moins fournis que ceux d’Hurtado Albir, mais nous avons là un ouvrage très didactique, qui ne manque pas d’exemples, ce qui est toujours bienvenu. De plus, il aide à résoudre un certain nombre de doutes concernant la traduction poétique et théâtrale, et contient également un article qui traite la question des marques d’intensité dans diverses catégories grammaticales à travers une analyse contrastive des plus pertinentes. Chaque chapitre étant suivi d’une bibliographie étendue et actuelle, l’ouvrage devient ainsi une source très intéressante et satisfaisante dans diverses branches de la traduction.

Références culturelles, 90 : Los tambores de Calanda

En photo : Final de redobles en Calanda par jpgbdn

Los tambores de Calanda
une idée d'Odile

Une bonne adresse pour savoir de quoi il s'agit :
http://www.ctv.es/USERS/manbar/calanda.htm

dimanche 5 avril 2009

Apprendre à rompre les amarres…

En photo : Petit Bateau par BrunoMeunier.com

You know what…? I’ve finished !
par Nathalie

Voilà, c’est fini. Je viens d’arriver au bout de ma traduction longue (le premier jet, évidemment). Je sais que nous n’avons besoin que de 100 pages mais je voulais arriver au terme du roman : ça m’a semblé plus logique, plus cohérent. Alors, j’ai fait du rabe.
Si au début, je passais une heure (ou plus) par page, j’ai réussi petit à petit à traduire plus vite.
Parce que la grève aidant, j’ai pu dégager plusieurs demi-journées pour me consacrer exclusivement à cette tâche. Et comme dans toute pratique, seul un entraînement régulier permet de progresser.
Je me sens à la fois heureuse et légèrement triste. Si je suis arrivée au bout d’une première traduction d’envergure (avec tout ce qu’elle suppose de perfectibilité), je sais que je vais entamer les dernières étapes (les innombrables relectures et corrections) et que ce livre – mon livre ( ?) – ne m’appartiendra bientôt plus. J’ai aimé le retrouver, jour après jour ; je savais qu’il était là, qu’il m’attendait et que nous avions encore du temps à passer ensemble…
Si je n’avais pas mentionné, un peu plus haut, qu’il s’agissait d’un livre, on pourrait se méprendre ! Mais puisque nous allons être amenés, à plus ou moins long terme, à nous séparer, je pense déjà à l’avenir. J’ai pris goût à la traduction et je n’ai aucune envie de m’arrêter. Du coup, dans un petit coin de mon esprit, je me plais à imaginer mon prochain livre… Voyons, encore un roman de littérature « jeunesse » ? Ou alors, un recueil de nouvelles ?
Je ne suis pas pressée : on va bien finir par se rencontrer, lui et moi…

Votre thème du week-end, Cabanis (sujet de l'agrégation externe 2009)

En photo : hombrecillo par malaguita

Tout nous séparait : nos âges, mais surtout ses goûts, sa manière de vivre, et jusqu'à cette légèreté qui semblait la sienne et qui aurait dû s'accorder mal avec ma mélancolie. Pourtant, je l'aimais. Si je parle de lui, ma voix tremble. Il était assez petit de taille, mais avait un beau visage aux traits réguliers et un air noble et grave qui s'évanouissait dès qu'on rencontrait deux yeux gais et ardents. Il eût tout compris s'il eût voulu s'en donner la peine, mais il détestait l'effort et n'aimait rien tant que le jeu, plus que les autres ce jeu de l'amour qui fut sa grande affaire jusqu'à son dernier soupir. […]
Marié très jeune et après trois mois de mariage ne vivant plus auprès de sa femme qu'il aimait, il fut désespéré quand elle demanda le divorce et fort lent à s'en remettre : il ne pouvait se résoudre à quitter personne. Il était déjà pourtant très amoureux d'une autre qu'il épousa, à peine libre, et qu'il aima tendrement mais aussitôt de beaucoup plus loin, toujours en voyage et emmenant tour à tour toutes les amies de sa femme qui le sut, et jusqu'à sa première femme qui ne s'était pas consolée de ne plus le voir. Il fut ainsi conduit jusqu'à un second divorce, qui lui fit beaucoup de peine. Cette fois, il jura de s'amender, de renoncer à tout, et avant de passer la porte, sa femme pleura avec lui. Au même instant il avait une liaison avec une petit vendeuse dont les mains sentaient l'eau de Cologne et dont la peau était douce comme le miel, et il jeta quelques jalons vers la femme d'un général, encore belle, qu'il avait vue si majestueuse dans une réception officielle, qu'il rêvait du visage qu'elle pouvait avoir en d'autres occasions. Le second divorce fut prononcé, la générale succomba, la petite vendeuse pensa faire un beau mariage, et la tendresse aidant il épousa à nouveau sa première femme : sûr enfin d'avoir réparé tous ses torts, rajeuni, heureux, il eut une douzaine d'aventures plus compliquées et plus exquises les unes que les autres, quand il mourut.
Étendu sur son lit, le visage blanc, vêtu d'un dérisoire costume de cérémonie, une petite médaille à son revers, c'est ainsi que je l'ai vu pour la dernière fois, dans la pièce voisine quelque femme pleurant, je ne savais laquelle. On n'est pas une âme basse quand on a été aimé ainsi.

José Cabanis, « Le bonheur du jour », in Le Bonheur du temps, Paris, Folio, 1960, p. 60-61.

***

Brigitte nous propose sa traduction (« Je tiens à préciser que je l'ai fait au plus près des conditions de l'examen, c'est-à-dire sans dictionnaire ni aide et d'un seul jet… j'ai donc sans doute commis des erreurs et des maladresses... mais j'améliorerai tout cela quand nous aurons le plaisir de commenter notre traduction en cœur ! ») :

Todo nos separaba : nuestras edades, pero sobre todo sus aficiones, su estilo de vida, y hasta esa soltura que parecía ser muy suya y que hubiera tenido que acordarse mal con mi melancolía. A pesar de todo yo le quería. Si hablo de él, me tiembla la voz. Era bastante bajo de estatura, pero tenía un rostro hermoso de facciones regulares y un gesto altivo y grave que se desvanecía en cuanto se cruzaba una con un par de ojos alegres y ardientes. Lo hubiera entendido todo si se hubiera esforzado en ello, pero aborrecía el esfuerzo y no le gustaba nada tanto como el juego, y más que los demás, este juego del amor que fue su gran preocupación hasta su último suspiro (…)
Casado muy joven y después de tres años de matrimonio, sin vivir ya junto a su esposa a la cual amaba, se sintió desesperado cuando ella le pidió que divorciaran y tardó mucho en reponerse de ello : no conseguía hacerse a la idea de dejar a nadie. Sin embargo, ya estaba muy enamorado por otra con la que se casó apenas libre, y a la que quiso con mucha ternura pero pronto desde mucho más lejos, siempre de viaje y llevándose consigo, una después de otra, a todas las amigas de su esposa la cual se enterró de ello, y hasta a su primera mujer que no se había consolado de dejar de verle. Así fue como llegó a un segundo divorcio que le causó mucha pena. Esta vez, juró enmendarse, renunciar a todo, y antes de que pasara la puerta, su mujer lloró con él. En el mismo instante, estaba ligado con una joven vendedora cuyas manos olían a Colonia y cuya piel era suave como la miel, e intentó acercarse a la mujer de un general, todavía bellísima, a la que había visto tan majestuosa en un banquete oficial que soñaba con el rostro que pidiera tener ella en otras ocasiones. El segundo divorcio fue declarado, la señora del general se dejó seducir, la joven vendedora pensó en casarse felizmente, y con la ayuda de la ternura volvió a contraer matrimonio con su primera mujer : seguro de haber corregido por fin todos sus errores, rejovenecido, feliz, tuvo una docena de aventuras, todas más enredadas y más exquísitas las unas que las otras, cuando murió.
Tendido en su cama, el rostro pálido, vestido con un irrisorio traje de ceremonia, con una medallita en la solapa, así fue como lo vi yo por última vez ; en la sala contigua, una mujer llorando, sin saber yo cuál era. No puede ser alma mala quien tanto fue amado.

***

Odile nous propose sa traduction :

Todo nos separaba : nuestras edades, pero más que nada sus gustos, su modo de vivir, y hasta aquella ligereza que parecía ser muy suya y que no hubiera debido que concordar bien con mi melancolía. Sin embargo, yo lo quería. Cuando hablo de él, me tiembla la voz. No era muy alto pero tenía los rasgos regulares y un semblante noble y grave que se desvanecía en cuanto se daba con su mirada alegre y fervorosa. Él lo hubiese entendido todo si hubiese deseado tomarse la molestia pero aborrecía el esfuerzo y no le gustada nada tanto como el juego, más que ninguno éste juego del amor que fue su grande ocupación hasta su último suspiro. (….)
Se casó muy joven y al cabo de tres meses de matrimonio, sin vivir ya con su mujer, a la que amaba, estuvo desesperado cuando ella pidió el divorcio y le costó mucho superarlo : no podía resolverse a dejar a nadie. Sin embargo, ya estaba muy enamorado de otra con la cual se casó en cuanto se encontró libre, y la quiso con ternura pero muy pronto de mucho más lejos, siempre de viaje y acompañado, cada una a su vez, de todas las amigas de su mujer -la cual se interó de ello-, y hasta de su primera mujer que no se había consolado de no verlo más. Asi fue como llegó hasta un segundo divorcio que le causó mucha pena. Aquella vez, juró de enmendarse, de renuciar a todo, y antes de que pasara la puerta, su mujer lloró con él. En seguida tuvo una relación con una joven dependiente cuyas manos olían a Colonia y cuya piel tenía la suavidad de la miel y preparó el terreno en vistas de la esposa de un general, todavía guapa, a la que había visto tan majestuosa cuando una recepción oficial, que soñaba con la cara que ella podría poner en otros momentos. El segundo divorcio fue pronunciado, la mujer del general se dejo seducir, la joven dependiente pensó que iba a casarse con un hombre adinerado, y merced a la ternura él se casó otra vez con su primera esposa : seguro por fin de haber corregido todos sus errores, rejuvenecido, feliz, tuvo una docena de aventuras más complicadas y exquisitas unas que otras, cuando murió. Yaciendo en su cama, la cara lívida, vestido con un irrisorio traje de ceremonia cuya solapa llevaba un pequeña medalla, así fue como yo lo vi la última vez ; en el cuarto contiguo, una mujer lloraba, yo no sabía cuál era. No puede ser un alma miserable la que fue tan amada.

Le nouveau rituel nathalien/nathalin/nathalesque (?) du dimanche

En photo : signointeroga1 par nicawarezinfo

¿ Quién dijo...?

Esta vez, tenéis que contestar a la pregunta, con cierto humor... Tratándose de humor, ya sé que no es nada fácil, pero aquí viene un ejemplo para ayudaros :

ej : nunca pude estudiar derecho = el jorobado de Notredame.

Y si se traduce al francés, ¿ todavía tiene sentido el chiste ?

Eres la única mujer de mi vida.
Mi madre es una arrastrada.
Mi padre es un viejo verde.
Mi novia es una perra.
Mi novio es una bestia.
Seamos claros.
Vamos al grano.

Y si os ha gustado, volveremos el domingo que viene con otras citas.

Références culturelles, 89 : le tango argentin

En photo : Tango Argentin (776) par Comment vous dire ?

Le Tango argentin
conseils de lecture de Brigitte

Si vous voulez absolument tout savoir sur le Tango argentin, je vous conseille vivement d’aller faire une petite visite sur ce site très complet et richement documenté et illustré que j’ai découvert au cours de mes recherches… http://www.esto.es/tango/default.htm
Vous y trouverez aussi bien l’histoire et l’origine du tango, que la vie de l’emblématique Carlos Gardel, vous pourrez écouter les plus célèbres tangos argentins avec partitions et paroles et si l’envie vous prend, vous pourrez même apprendre à danser !
Et pour compléter, allez donc faire une petite ballade Calle Caminito, dans le célèbre Barrio de La Boca, quartier haut en couleurs de Buenos Aires qui aurait vu naître le tango.
Et si vous croyez encore que c’est une danse « de vieux », il ne vous reste plus qu’à écouter « Gotan Project », tango argentin électronique et jazzy qui a remis cette musique et cette danse au goût du jour !
Il y a un tel éventail d’extraits musicaux, de vidéos et de photographies sur ce sujet que je vous laisse le soin de faire votre choix !

samedi 4 avril 2009

Nouvelle traduction de la Bible

Comme vous le savez sans doute, les éditions Bayard ont proposé en 2001 une nouvelle traduction de la Bible. En vous reportant à cette adresse :
(http://www.biblebayard.com/biblebayard/questions.htm#qu2)
vous aurez de courtes mais intéressantes réponses aux questions que vous pouvez vous poser sur un projet de traduction original – non pas pour le support, évidemment, mais pour la méthode adoptée : Une nouvelle traduction de la Bible, pourquoi ? Une nouvelle traduction, en quoi ? Traduction ou adaptation ? Pourquoi ne pas avoir harmonisé les textes ? Pourquoi avoir choisi ces écrivains ?

Message personnel pour Chloé

En photo : Bienvenue à bord par PhotoLab507








Après les deux pas importants de l'enregistrement du premier commentaire et de l'envoi de ta photo de profil… te voilà complètement intégrée au groupe. Bienvenue moussaillon !