mardi 26 mai 2009

Message personnel

En photo : web.mac.com

Bienvenue à Odile, à présent membre à part entière de la communauté tradabordienne… Nous la connaissons bien, évidemment, parce que c'est l'une de nos traductrices les plus assidues (je me demande si, finalement, elle a battu l'incomparable Brigitte pour le nombre de versions faites dans l'année. Il va falloir que je regarde ça), mais maintenant, en plus, elle est abonnée, inscrite en n°20 !
Ma chère, il ne te reste plus qu'à sauter le pas : envoyer ton dossier d'inscription dans les temps, passer le test et hop, intégrer la formation, pour une année chargée mais riche, n'en doute pas. Je l'ai déjà dit, je le répète, je serais très heureuse de te compter parmi les troupes de l'année prochaine. Outre la passion, tellement indispensable et finalement plus rare qu'on ne croit (même dans ce métier), il y a le talent. Que demander de plus ?

Entrevista al crítico literario y traductor Giuseppe Bellini

http://www.elclarin.cl/index.php?Itemid=315&id=5589&option=com_content&task=view

Pour information

Je viens de publier la traduction « officielle » de la version d'entraînement n°33, El túnel, d'Ernesto Sábato (cf post du 02/03/09).
Merci à Nathalie !

Références culturelles, 139 : El Tratado de Guadalupe Hidalgo

http://es.wikipedia.org/wiki/Tratado_de_Guadalupe-Hidalgo

lundi 25 mai 2009

Et n'oubliez pas non plus les imprimeurs

Jusque-là, nous avons rencontré bien des intervenants dans la chaîne du livre… Or, effectivement, il ne faut pas oublier l'imprimeur, sans qui tout ce beau travail de traduction mené pendant des mois, avec amour et abjection, ne donnerait rien d'autre que des châteaux en Espagne. J'avais envie, cette année, de vous faire faire une petite virée dans une imprimerie… mais voilà, nous n'avons pas eu le temps. Ce n'est que partie remise. Fascinant, croyez-moi !!!!!
Faisons malgré tout connaissance avec les grands imprimeurs français… via notre blog.
Aujourd'hui, Corlet.

http://www.corlet.fr/web/accueil.do

Prochain atelier tutoré de Jean-Marie Saint-Lu

Je vous confirme que votre prochaine séance de travail avec Jean-Marie Saint-Lu aura lieu le 16 juin. J'ai réservé la salle H 113, de 13h30 à 17h00.

Références culturelles, 138 : Guaicaipuro

En photo : GUAICAIPURO par Adrián Afonso









http://209.85.229.132/search?q=cache:XTG7UqLQWhYJ:www.mindefensa.gov.ve/index2.php%3Foption%3Dcom_content%26do_pdf%3D1%26id%3D237+guaicaipuro&cd=11&hl=fr&ct=clnk&gl=fr&client=firefox-a

dimanche 24 mai 2009

Et… le quiz nathalien du dimanche


En photo : ¿qúe es? par Quique Macía






ADIVINANZAS DE LETRAS

No está en la puerta, pero sí en la calle ; no está en la cerradura, pero sí en la llave.

Son 26 hermanas y a una de ellas le dicen "la muda".

Ya viene, ya viene, la tiene nadie y nadie tiene un nene (no es la "e").

¿ Qué es lo que se repite una vez cada minuto, dos veces cada momento y nunca en cien años ?

Sólo el domingo la echa de menos.

¿ Cuál es el nombre que tiene las cinco vocales ?

À propos…

Si vous êtes curieux de connaître la suite du récit « L'évasion des chaussures » (en esperanto… vous vous souvenez ?), dont je vous avais envoyé le début, en vous promettant de vous donner l'adresse du site… voici, enfin :
http://freinet.org/creactif/valence/klubo/chaussur.htm

Votre thème du week-end, Balzac

En photo : balzac par musiquegirl

Calyste eut mille peines à paraître manger, il éprouvait des mouvements nerveux qui lui ôtaient la faim. Comme chez tous les jeunes gens, la nature était en proie aux convulsions qui précèdent le premier amour et le gravent si profondément dans l'âme. A cet âge, l'ardeur du coeur, contenue par l'ardeur morale, amène un combat intérieur qui explique la longue hésitation respectueuse, les profondes méditations de tendresse, l'absence de tout calcul, attraits particuliers aux jeunes gens dont le coeur et la vie sont purs. En étudiant, quoique à la dérobée, afin de ne pas éveiller les soupçons du jaloux Gennaro, les détails qui rendent la marquise de Rochegude si noblement belle, Calyste fut bientôt opprimé par la majesté de la femme aimée : il se sentit rapetissé par la hauteur de certains regards, par l'attitude imposante de ce visage où débordaient les sentiments aristocratiques, par une certaine fierté que les femmes font exprimer à de légers mouvements, à des airs de tête, à d'admirables lenteurs de geste, et qui sont des effets moins plastiques, moins étudiés qu'on ne le pense. Ces mignons détails de leur changeante physionomie correspondent aux délicatesses, aux mille agitations de leurs âmes. Il y a du sentiment dans toutes ces expressions. La fausse situation où se trouvait Béatrix lui commandait de veiller sur elle−même, de se rendre imposante sans être ridicule, et les femmes du grand monde savent toutes atteindre à ce but, l'écueil des femmes vulgaires. Aux regards de Félicité, Béatrix devina l'adoration intérieure qu'elle inspirait à son voisin et qu'il était indigne d'elle d'encourager, elle jeta donc sur Calyste en temps opportun un ou deux regards répressifs qui tombèrent sur lui comme des avalanches de neige. L'infortuné se plaignit à mademoiselle des Touches par un regard où se devinaient des larmes gardées sur le coeur avec une énergie surhumaine, et Félicité lui demanda d'une voix amicale pourquoi il ne mangeait rien. Calyste se bourra par ordre et eut l'air de prendre part à la conversation. Être importun au lieu de plaire, cette idée insoutenable lui martelait la cervelle. Il devint d'autant plus honteux qu'il aperçut derrière la chaise de la marquise le domestique qu'il avait vu le matin sur la jetée, et qui, sans doute, parlerait de sa curiosité. Contrit ou heureux, madame de Rochegude ne fit aucune attention à son voisin. Mademoiselle des Touches l'ayant mise sur son voyage d'Italie, elle trouva moyen de raconter spirituellement la passion à brûle−pourpoint dont l'avait honorée un diplomate russe à Florence, en se moquant des petits jeunes gens qui se jetaient sur les femmes comme des sauterelles sur la verdure. Elle fit rire Claude Vignon, Gennaro, Félicité elle−même, quoique ces traits moqueurs atteignissent au coeur de Calyste, qui, au travers du bourdonnement qui retentissait à ses oreilles et dans sa cervelle, n'entendit que des mots. Le pauvre enfant ; ne se jurait pas à lui−même, comme certains entêtés, d'obtenir cette femme à tout prix, non, il n'avait point de colère, il souffrait. Quand il aperçut chez Béatrix une intention de l'immoler aux pieds de Gennaro, il se dit : Que je lui serve à quelque chose ! et se laissa maltraiter avec une douceur d'agneau.

Honoré de Balzac, Béatrix ou les amours forcées

***

Brigitte nous propose sa traduction :



THEME BALZAC BEATRIX

A duras penas se esforzó Calyste en comer, sentía movimientos nerviosos que le quitaban el hambre. Como en todos los jóvenes de edad, la naturaleza padecía las convulsiones que suelen preceder el primer amor y grabarlo en lo más hondo del alma.
A esta edad, el ardor del corazón, contenido por el ardor moral, lleva consigo una lucha interior que explica la larga vacilación respetuosa, las profundas meditaciones de ternura, la falta de intención, cualidades peculiares de los jóvenes cuyo corazón y cuya vida son puros.
Al observar, aunque a hurtadillas para no despertar las sospechas del celoso de Gennaro, los pormenores que hacen a la marquesa de Rochegude tan noblemente bella, Calyste pronto se halló agobiado por la majestuosidad de la mujer amada : se sintió rebajado por la altura de ciertas miradas, por la actitud imponente de este rostro en el cual rebosaban los sentimientos aristocráticos, por cierto orgullo que las mujeres dan a expresar con leves movimientos, gestos en el sembante, admirables lentitudes de ademanes, los cuales son efectos menos plásticos, menos estudiados de lo que pensamos.
Estos detalles encantadores de su fisionomía cambiante corresponden a las delicadezas, a los mil alborotos de sus almas. Hay sentimiento en todas estas expresiones.
La falsa situación en la que se hallaba Béatrix exigía que se vigilara a sí misma, que se hiciera imponente sin quedar en ridículo, y las mujeres de la alta sociedad todas saben alcanzar este objetivo cuando es el escollo de las mujeres vulgares.
Al ver las miradas de Félicité, Béatrix adivinó la adoración interior que inspiraba a su vecino, adoración a la que era indigno de su parte animarle, entonces dirigió a Calyste, en el momento oportuno, un par de miradas represivas que se le cayeron encima como avalanchas de nieve.
El desgraciado se quejó a la señorita de Touches por una mirada en la cual se adivinaban unas lágrimas contenidas en el pecho con una energía sobrehumana y Félicité le preguntó con voz amistosa por qué no comía nada.
Calyste se hartó por obligación y pareció tomar parte en la conversación.
Ser importuno en vez de gustar, esta idea insoportable le comía los sesos. Se puso tanto más vergonzoso cuanto que divisó detrás de la silla de la marquesa al criado que había visto esta misma mañana en el muelle, y que sin duda alguna, hablaría de su curiosidad.
Afligido o feliz, la señora de Rochegude, no prestó atención alguna a su vecino ya que la señorita des Touches habiéndola convidado a su viaje a Italia, se puso a contar con humor la pasión súbita con la que la había honrado un diplomata ruso en Florencia, burlándose de esos jovencillos que solían echarse sobre las mujeres como los saltamontes sobre el verdor. Hizo reír a Claude Vignon, a Gennaro, incluso a la misma Felicité, aunque sus dardos alcanzaran a Calyste en pleno corazón, el cual sólo pudo oír palabras por el zumbido que le resonaba a los oídos y en el cerebro.
El pobre chaval no se juraba a sí mismo, como ciertos obstinados, conseguir a esta mujer a toda costa, en absoluto ; no tenía ninguna cólera pero sufría.
Cuando notó en Béatrix la intención de inmolarle a los pies de Gennaro, se dijo : ¡ Que le sirva para algo ! Y se dejó maltratar con la mansedumbre de un cordero.

Ma Madeleine de Proust… Séquence nostalgie !, par Brigitte

En photo : Juguemos a leer par vonKinder

[chère Brigitte, désolée, j'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvé la couverture du manuel Paso a paso, mais si tu l'as, je changerai illico]

À la question de Caroline « Qu’est-ce qui fait qu’on est poussé vers la traduction ? » …

Je me souviens très bien, j’avais 5 ou 6 ans, j’étais en CE1. Mon père travaillait dans l’édition scolaire et il lui arrivait parfois de rapporter des spécimens défectueux ou invendus.
Je découvrais tout juste les plaisirs de la lecture autonome : déchiffrer, comprendre, s’approprier le sens, lire pour le plaisir, par curiosité par désir d’apprendre et de découvrir de nouvelles choses. J’avais toujours le nez dans les encyclopédies et je m’amusais à lire le dictionnaire, fascinée par tous ces mots !
Un jour, mon père me rapporta un spécimen d’un manuel scolaire d’espagnol. (Paso a Paso, si mes souvenirs sont bons). Je crois que mon goût pour les langues et ma vocation de traduire sont venus de là. Je savais tout juste lire en français mais ma curiosité naturelle m’a alors poussée à essayer de comprendre cette nouvelle langue qui exerçait sur moi une sorte de fascination. Je ne supportais pas de ne pas comprendre ! Alors j’ai réclamé un dictionnaire français-espagnol et j’ai commencé à chercher le sens des mots et à décortiquer les phrases en espagnol, toute seule, juste pour le plaisir !
Sans doute vais-je en faire sourire plus d’un(e)… mais c’est authentique et véridique !

Références culturelles, 137 : Santiago CALATRAVA

En photo : L'Hemisféric par marathoniano

Santiago CALATRAVA
par Brigitte

Santiago CALATRAVA est aujourd’hui une figure prestigieuse de l’architecture internationale.
Né en 1951 près de Valence, c’est un artiste né qui a baigné dès son plus jeune âge dans les arts puisque sa vocation première était d’être artiste peintre. Dès l’âge de 8ans, il prend des cours de dessin et de peinture à l’Ecole des Beaux Arts de Burjasot, près de Valence. Après un séjour à Paris, il poursuit ses études à la « Escuela Superior Técnica Politécnica de Arquitectura » de Valence où il obtient son diplôme d’architecte puis se spécialise dans l’urbanisme. En 1975, il part pour Zurich (Suisse) où il complète sa formation par un diplôme de Génie Civil.

L’œuvre architecturale de Santiago CALATRAVA se caractérise par la création d’œuvres urbanistiques monumentales auxquelles il donne toujours un sens extraordinaire de l’esthétique et de l’harmonie.
Il a su allier urbanisme moderne, technique et esthétique en s’inspirant à la fois de l’art roman et de l’art gothique. Il a subi également l’influence du grand Gaudí.
Ses matériaux de prédilection sont le béton, l’acier et le verre et, dans de nombreuses œuvres, la couleur blanche prédomine. Ses structures sont souvent très aériennes, apparentes, tels de gigantesques squelettes et souvent inspirés par des éléments de la nature.

Quelques dates dans le parcours de Santiago CALATRAVA :
1983 : Création de son premier cabinet d’architecte à Zurich pour la réalisation de son premier grand projet, la gare de Stadenhofel à Zurich.
1984 : El Puente Bac de Roda à Barcelone lui confère une reconnaissance internationale.
1992 : El Puente del Alamillo à Séville, construit pour l’Exposition Universelle.
1993 : El Puente 9 d’octubre à Valence.
1989 : Création d’un second cabinet d’architecture à Paris et projet de l’aérogare de Lyon
1991 : Il ouvre un 3ème cabinet d’architecte à Valence pour y préparer son projet du grand complexe de La cité des arts et des sciences de Valence, la Ciudad de Artes y Ciencias, avec notamment avec le célèbre Hemisfèric en forme d’œil géant.
Il a apporté sa contribution aux Expositions Universelles de Séville (1992) et de Lisbonne (1998) ainsi qu’au Jeux Olympiques d’Athènes, notamment par la construction du complexe olympique qui inclut le stade de 75.000 places !

Nommé Doctor Honoris Causa de plusieurs Universités dans le monde, il a reçu de nombreux prix dont le Premio Príncipe de Asturias de las Artes en 1999 et le Prix International d’Architecture en 2007.

Même si la géniale démesure et l’originalité de ses projets fous a souvent été l’objet de critiques, Santiago CALATRAVA n’en demeure pas moins l’un des architectes les plus prestigieux et les plus innovants, l’un des maîtres incontestés de l’urbanisme contemporain international de ces dernières décades.
On n’aime …ou on n’aime pas l’œuvre de Santiago CALATRAVA, mais on ne peut jamais vraiment y rester insensible et indifférent !

Si vous êtes curieux et avez envie d’en savoir davantage…
Un lien vers son site (en anglais, hélas !) http://calatrava.com/ et de nombreuses photographies, articles et vidéos sur Banco de Imágenes et Youtube pour chacune de ses œuvres. Je vous laisse le choix !

samedi 23 mai 2009

Petit rappel

Je rappelle à celles qui ne me l'ont pas encore envoyé que j'attends l'entretien que vous devez réaliser au plus tard pour le mois de juin avec un traducteur de votre choix (peu importe la langue).

Entretien de Nathalie Lavigne avec Antonio Arévalo (éditeur)

Merci à Antonio Arévalo, responsable des Éditions Culture Suds, de m'avoir permis d'effectuer ce stage dans les meilleures conditions. Voici le compte rendu d'une entrevue qu'il m'a accordée et qui devrait vous permettre de faire un peu mieux connaissance avec cette généreuse maison d'édition bordelaise.

Circonstances de la création de Culture Suds
Il s'agit d'une création fortuite... Au départ, on trouve un groupe d'amis qui décide de monter une association en vue d'organiser des concerts de musique du Sud (flamenco, latino) et de diffuser en France l'hebdomadaire "6toros6" (revue taurine publiée en Espagne et dont le directeur de publication n'est autre que le père d'Antonio Arévalo, José Carlos Arévalo; Antonio participe d'ailleurs à l'élaboration de cette revue : il est chargé de couvrir les ferias qui se déroulent en France).
En 1999, l'asso abandonne l'organisation de concerts pour se tourner vers l'édition parce qu'Antonio souhaitait publier son 1er roman : "Quai de Queyries" est donc le premier ouvrage à paraître chez la toute nouvelle maison d'édition, Culture Suds (2001).

Quels sont les ressources financières d'une micro-structure ?
Outre les bénéfices engendrés par la vente des livres, une maison d'édition peut obtenir des aides publiques (notamment de la part du Conseil Général, qui va financer une partie des frais de publication d'un ouvrage) ou privés (par le biais de sponsors : depuis que la loi du 01 août 2003 favorise le mécénat d'entreprise, de nombreuses marques s'associent à des événements culturels de plus ou moins grande envergure). Ainsi, pour la prochaine parution d'un livre sur le monde du cheval, Culture Suds cherche à nouer des partenariats commerciaux (pas de noms pour l'instant, puisque rien n'est encore signé).

Comment naît un projet de livre ? (3 exemples)
- "La gueuze" de Patrick Espagnet (2001)
Ce livre est né d'une rencontre avec ce journaliste sportif reconnu (il a longtemps travaillé à Sud-Ouest) mais qui ne parvenait pas à trouver d’éditeur. Antonio Arévalo lui a fait confiance et a accepté de publier "La gueuze", recueil de nouvelles qui a connu un franc succès, mais moins que le suivant, "XV histoires de rugby" (2003), tiré à 1500 exemplaires puis à 7000 exemplaires, tous écoulés; une réédition en vue ?
Ce sont des textes remarquables, qui ont été adaptés dans deux spectacles que l'ont peut voir actuellement sur scène : "La gueuze" et "Chandelle".

- "Rencontres ovales" : nouvelles de rugby (2004)
Ce livre est né d'une série de rencontres avec le monde de l'Ovalie (anciens joueurs, journalistes sportifs...) même si au départ, A. Arévalo avait dans l'idée de créer des textes inédits autour d'un sujet donné, à l'image de cette collection de littérature jeunesse - "15 histoires de..." - qu'il a lue avec passion.
Vont ainsi paraître plusieurs recueils de textes autour d'une même thématique : le rugby (2), le toro (1), le cheval (1)... Cette série d'ouvrages est aussi l'occasion de réunir des personnes d'horizons divers, qui n'ont pas forcément l'habitude d'écrire ou de raconter des histoires. Une alchimie subtile qui, à l'arrivée, donne d'étonnants résultats.

- "Sébastien Castella, un héros français" (2007)
Ce livre est le résultat d'une expérience personnelle : Antonio Arévalo a suivi le jeune toréro pendant plusieurs mois, au moment de son ascension (il devient le n°1 mondial après avoir été longtemps le n°1 français).

Antonio est donc à l'origine et à la conclusion de ce bel ouvrage; une gageure, puisque malgré son prix élevé (29 euros), le livre, tiré à 4 000 exemplaires, est pratiquement épuisé.

Relations avec auteurs, diffuseurs et imprimeurs
- auteurs : création de liens de confiance et de convivialité.

Au hasard des rencontres (que ce soit au cours de matchs, de corridas ou de repas), des liens se tissent ; la volonté de mener à bien un projet commun peut ainsi voir le jour. Bénéficiant d'une crédibilité incontestable dans le milieu taurin, et s'appuyant sur la qualité de son catalogue, Culture Suds parvient à fédérer des personnalités de tous bords et à évoluer d'un monde à l'autre (de la tauromachie à l'école du cheval).

- diffuseurs : SO BO DI (Gradignan), Comptoir du Livre (Toulouse), MPP Mariani-Pinelli (Marseille)

Ces liens, de confiance et d'amitié, sont déterminants dans la mesure où l'avenir de chaque livre dépend de l'engagement des commerciaux chargés de défendre les ouvrages qu'on leur a confiés.

- imprimeurs : un à Madrid (pour la publication de "6toros6") qui assure un service qualité/prix satisfaisant mais implique suivi et frais de transport et un à Mont-de-Marsan, avec qui Culture Suds entretient des relations plus étroites (pour preuve, l'impression des programmes des prochaines ferias).

Avantages et inconvénients d'une micro-structure
- liberté de choix : l'éditeur est le seul maître à bord : il peut donc choisir le type d'ouvrage qu'il souhaite publier, son format, la qualité et la couleur du papier, la date de parution...) et participation à toutes les étapes de la création (avec des collaborateurs, évidemment, comme par exemple, des photographes)
- MAIS : manque de moyens, ce qui, forcément, restreint le champ d'action, et solitude (absence de dynamique apportée par un groupe).

Projets de livres
- orientation didactique : envie donner les clés de l'actu sur des sujets concernant les pays du Sud (le chavisme, Zapatero).

Il s'agit de créer une collection « grand public » où spécialistes et non-spécialistes confronteraient librement leurs points de vue et apporteraient des éclaircissements sur tel ou tel sujet, peu approfondi par les médias, en évitant, toutefois, les simplifications abusives.

Culture Suds souhaite ainsi donner la parole aux gens du Sud - sans tomber dans le folklore- et faire naître des débats intellectuels en dehors de Paris.

- autres projets : publier des auteurs du Maghreb ou d'Afrique francophone,
ainsi que des écrits de prisonniers (avec illustrations).

Pourquoi ne pas traduire des ouvrages publiés en espagnol ?
Par suite d’une expérience malheureuse, dans ce domaine, avec l'achat, il y a quelques années, des droits d'un livre technique sur l'alpinisme (publié chez Desnivel, Espagne, vendu à 4 ou 5000 exemplaires, ce qui est un bon chiffre pour ce genre d'ouvrages) : traduction faite mais pas de diffuseur intéressé parce qu'il s'agit d'un livre de vente lente, qui ne devient rentable que sur le long terme ; or, Culture Suds a besoin de rentrer dans ses frais avec les ventes des 2 premiers mois... Mais si un beau projet se présente, pourquoi pas. Un coup de cœur est très souvent le gage d'une belle réussite éditoriale.

Un personnage à connaître : Carmen Balcells

En photo : Carmen Balcells
www.boekvertalers.nl

Au cas où vous ignoriez de qui il s'agit, il est temps de connaître la célèbre et incontournable Carmen Balcells, l'agent littéraire espagnol, grâce à qui tant d'auteurs ont été connus et traduits.

Quelques références pour savoir l'essentiel :

http://bestseller.blogcindario.com/2008/08/00217-carmen-balcells-retrato-de-una-dama.html

http://www.geocities.com/boomlatino/vbalcells.html

http://www.vespito.net/mvm/balcells1.html

http://www.vespito.net/mvm/balcells2.html

Résultats du sondage : « Est-ce parce qu'on est dès le départ un lecteur 'différent' qu'on a la vocation de traducteur ? »

En photo : Lost in Transmission par Lawrence Whittemore


Sur 10 votants, nous avons les réponses suivantes :

Oui = 3 voix (30%)
Non = 7 voix (70%)

Donc, si je fais une combinaison de ce sondage avec le précédent (la question, je vous le rappelle, était de savoir si traduire faisait de nous des lecteurs différents… et une majorité des votants avait répondu OUI), j'en déduis que c'est effectivement le métier qui nous transforme. Mais alors je m'interroge : qu'est-ce qui fait qu'on est poussé vers la traduction ? N'oubliez pas que nombre de gens ne comprennent pas notre passion (voire notre addiction, n'est-ce pas, Brigitte ?). Il doit par conséquent bien y avoir quelque chose qui déclenche tout cela… autre que la frustration liée à l'incapacité d'écrire soi-même, comme le pense Jean-Marie Saint-Lu. Est-ce le hasard ? Pas très convaincant. Vous allez certainement me parler de vocation. Bien sûr qu'il y a de cela. Mais si l'on exclut la question de la lecture, que reste-t-il dans cette vocation ? La transmission ? Je suis très sincèrement curieuse d'avoir votre avis là-dessus. Et ensuite, que se passe-t-il exactement dans le « processus traductionnel » (vous apprécierez) pour que le lecteur « normal » ou « ordinaire » du départ devienne soudain un lecteur « différent » ? Et, plus étonnant encore, à partir de combien de temps cette mutation s'opère-t-elle ? Reconnaissez qu'envisager le traducteur comme un lecteur mutant est assez amusant. Sans compter qu'il faut aussi se demander si elle est bénéfique ou non, cette mutation. Car que signifie au juste « devenir un lecteur différent parce qu'on traduit » ? Qu'on est un meilleur lecteur ? Un moins bon lecteur ? Un lecteur libéré ? Un lecteur entravé ? Un lecteur qui ne cesse jamais de travailler en même temps qu'il lit ? Êtes-vous harcelé par cette petite phrase : « Tiens, comment je traduirais ça ? » ?
Bien des questions en somme… Si nous y répondions progressivement ?

Pour information

Je viens de publier les versions du texte « Viaje con turbulencias » d'Adab reçues jusqu'à la date limite d'hier, à savoir celles de Nathalie, de Brigitte, de Laure G., de Laure L., de Blandine et de Laëtitia.

Références culturelles, 136 : BEBE

En photo : Bebe
www.dentromusica.com

BEBE,
par Brigitte

Née à Valence en 1978, BEBE est une jeune auteur-compositeur- interprète espagnole.
Après plusieurs années passées à Zafra, Mérida et Badajoz, elle va étudier à Madrid dans un cours d’art dramatique.
Issue d’une famille de musiciens, c’est par la musique qu’elle va se révéler au public. Elle débute en 1995 comme choriste dans le groupe « Vanagloria ».
Mais c’est en 2004 qu’elle va déclencher un véritable raz de marée en Espagne, dans toute l’Europe et même aux Etats-Unis avec son premier et unique album « Pafuera Telarañas ».
Un album, hors du commun dont elle a composé textes et musiques et qu’elle interprète avec sa voix si particulière et une énergie incroyable.
Une chanteuse engagée qui dénonce à sa manière certaines plaies de la société qui la révoltent, elle a écrit également des textes plus légers et d’autres plus poétiques.
L’un des titres-phare de cet album « Malo », dénonce la violence conjugale à un moment où l’Espagne se trouve confrontée à ce cruel problème et mène une campagne gouvernementale sans précédent.
Une autre chanson, « El Ska de la Tierra » lance un cri d’alarme et dénonce la folie des hommes qui détruisent leur planète malade, dont voici le texte :

EL SKA DE LA TIERRA

La tierra tiene fiebre, necesita medicina
Y un poquito de amor que le cure la penita que tiene
Aah … aah…

La tierra tiene fiebre
Tiembla, llora, se duele del dolor más doloroso
Y es que piensa que ya no la quieren

Y es que no hay respeto por el aire limpio
Y es que no hay respeto por los pajarillos
Y es que no hay respeto por la tierra que pisamos
Y es que no hay respeto ni por los hermanos
Y es que ni hay respeto por los que están sin tierra
Y es que no hay respeto y cerramos las fronteras
Y es que no hay respeto por los niños chiquininos
Y es que no hay respeto por las madres que buscan a sus hijos

La tierra tiene fiebre, necesita medicina
Y un poquito de amor que le cure la penita que tiene
Aah…aah…………………

La tierra tiene fiebre
Tiembla, llora, se duele del dolor más doloroso
Y es que piensa que ya no la quieren

Y es que no hay respeto y se mueren de hambre
Y es que no hay respeto y se ahoga el aire
Y es que no hay respeto y hoy lloran más madres
Y es que no hay respeto y se mueren de pena los mares
Y es que no hay respeto por las voces de los pueblos
Y es que no hay respeto desde los gobiernos
Y es que no hay respeto por los que huyen del dolor
Y es que no hay respeto y algunos se creen Diós …
Aahhhhh………………………………………………

La tierra tiene fiebre, necesita medicina
Y un poquito de amor que le cure la penita que tiene

La tierra tiene fiebre

La tierra tiene fiebre necesita medicina
Y un poquito de amor que le cure la penita que tiene

Y es que no hay respeto por el aire limpio
Y es que no hay respeto por los pajarillos
Y es que no hay respeto por la tierra que pisamos
Y es que no hay respeto ni por los hermanos
Y es que no hay respeto por las voces de los pueblos
Y es que no hay respeto desde los gobiernos
Y es que no hay respeto por los huyen del dolor
Y algunos se creen Diós…

Pour écouter « El Ska de la Tierra » :


Pour écouter la chanson « MALO » avec les paroles :
http://www.youtube.com/watch?v=GBu5l8W8SCk
http://www.quedeletras.com/letra-cancion-malo-bajar-5733/disco-pafuera-telaranas/bebe-malo.html

vendredi 22 mai 2009

Pour information

Je viens de publier les solutions du quiz proposé hier, jeudi 21 mai, par Brigitte. Vous verrez que cela lui a donné l'occasion d'un billet très riche d'un point de vue lexical et culturel.
Merci, chère apprentie traductrice !
Permettez-moi de me réjouir de voir que grâce à certaines d'entre vous, particulièrement impliquées dans notre projet tradabordien, nous sommes en train de bâtir un petit monde, résolument terre d'accueil pour les curieux de tous horizons.

34 !

À l'approche du millième post, je me mets à compter… Après les versions, les thèmes… Et effectivement, nous en sommes à 34. Beau bilan également.

Pour peaufiner vos profils

Afin de compléter vos profils, je vais demander à chacune d'entre vous de préparer et de m'envoyer un CV. Je l'ajouterai à votre présentation de septembre (et je vais également créer un autre libellé pour qu'on puisse vous retrouver facilement) et sur les pages individuelles du site. L'objectif étant évidemment, comme toujours, de vous rendre aussi visibles que possible. Certes tout cela sent le marketing à plein nez, mais il fait en passer par là…

Votre version de la semaine, Agustín

En photo : Agustin par Alma de cantaro

[merci à Nathalie et Brigitte de m'avoir signalé un mauvais aiguillage versionesque pour ce vendredi. Nous revoici sur les rails… pour de nouvelles aventures]

Cien dólares de multa a quien tire basura en la carretera.

Susana caminaba por Insurgentes cuando encontró a Gustavo Sainz, quien le preguntó si quería le gustaría participar en un programa de escritores en Estados Unidos. Susana dijo sí al instante. Sainz no tenía tiempo de darle pormenores pero le pidió anotara un número telefónico. Susana regresó corriendo a su departamento y se descorazonó al ver que su marido no estaba allí; Eligio había ido a una grabación de La Hora Nacional, lo cual implicaba caer en lo más bajo, y llegaría, a medianoche, con ganas de una cerveza antes que nada.
Lo esperó pacientemente y cuando se hizo de noche en ella había ocurrido un cambio. Sabía con exactitud que iría sola a Estados Unidos y que, para evitar escenitas, lo mejor era no decir nada a Eligio. Se hallaba llena de energía, segura de sí misma y con deseos de hacer cosas. Era imposible precisar en qué momento todo se había ido cubriendo de veladuras finísimas, casi imperceptibles, que la aislaban herméticamente de la realidad y que poco a poco fueron envolviéndola hasta momificarla. Susana sabía que en el fondo estaba exagerando, pero le gustaba mucho la idea de haber estado llena de vendajes. Puso música: la Arpeggione, que siempre la aligeraba.
Al día siguiente llamó al número que Sainz le había dado. Era de la oficina de asuntos culturales de la Embajada de Estados Unidos, e hizo una cita para esa misma mañana. Llamó a la Universidad y avisó que ese día no iría a dar clases, y a las pocas horas la secretaria del agregado cultural le había leído unas cuartillas en las que a grandes rasgos se indicaba en qué consistía el proyecto: asistir durante cuatro meses al Programa de Escritores que cada año invitaba a destacadas personas de pluma de más de veinte países a la pequeña ciudad de Arcadia. En la universidad de Arcadia se encontraba el más célebre taller de creación literaria de Estados Unidos. Susana tendría que participar en los eventos y actividades del Programa: asistiría a las sesiones en que cada participante hablaba da los de-más de las condiciones de la literatura de su respectivo país y asistiría a un taller de traducción, para que parte de su obra quedara en inglés y pudiese difundirse en Estados Unidos. Tendría mucho tiempo para escribir, se le daría un boleto de ida y vuelta en avión, mil cuatrocientos dólares al mes por parte del Departamento de Estado y una última mensualidad a cargo del Programa. Por si fuera poco, dispondría de un cupón de exceso de equipaje para que pudiera regresara con una buena dotación de libros.
Conforme pasaban los días, Susana se hallaba muy estimulada y escribía mucho, cuando en realidad, y sólo hasta ese momento se daba cuenta cabalmente, durante varios meses no lo había hecho. También advirtió que Eligio se borraba, se alejaba con la uniformidad de un telefoto automático, y pronto se hallaba en otro mundo, bien alojado en un compartimiento interior. El no parecía darse cuenta de nada, y en múltiples ocasiones llegaba, como antes, cargado de cervezas y con algunos amigos actores, a quienes ella estimaba porque eran inteligentes, agradables, y la trataban bien, aunque, por supuesto, le dedicaban tantos chistes como los que ellos se hacían entre sí. Eligio y sus amigos bebían y oían boleros, música tropical, canciones rancheras y a veces música folclórica latinoamericana o rock y prácticamente nunca música clásica. Susana ya no podía, como tantas veces, acompañarlos a beber y a hacer chiste tras chiste, y generalmente se iba a leer o a escribir a su recámara.
Medio mes más tarde, El Programa la había aceptado. Susana refrendó su pasaporte y lo depositó en la Embajada, para que lo visaran. Fue a la Universidad y se encerró con el jefe de área; le comunicó que iba a ausentarse de su puesto, pero, sobre todas las cosas, le pidió que nadie dijera nada a Eligio. Después recogió un grueso sobre con materiales del Programa, su pasaporte visado, una forma oficial que les presentaba a los agentes de Migración como visitante internacional y un boleto con reservaciones confirmadas para viajar, vía American Airlines, a Chicago, y por Ozark Airlines a Little Rapids. Susana corrió a la biblioteca Benjamín Franklin para averiguar dónde se hallaba Little Rapids, y se desconcertó mucho cuando vio que la ciudad de Arcadia no aparecía en el mapa. Pidió otros y finalmente la descubrió: un puntito a cuarenta kilómetros de Little Rapids, que a su vez se hallaba relativamente cerca de Chicago.

JOSÉ AGUSTÍN, CIUDADES DESIERTAS, 1999.

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Brigitte nous propose sa traduction :

Cent dollars d’amende pour jet d’ordures sur la voix publique.

Susana marchait sur l’avenue Insurgentes lorsqu’elle rencontra Gustavo Sainz qui lui demanda si elle aimerait participer à un Programme d’écrivains aux Etats-Unis. Susana dit oui immédiatement. Sainz n’avait pas le temps de lui donner de détails mais il lui demanda de noter un numéro de téléphone. Susana rentra en courant à son appartement et fut déçue en voyant que son mari n’était pas là ; Eligio était allé à un enregistrement de l’Heure Nationale, ce qui supposait le pire, et il rentrerait, à minuit, avec une envie de bière avant tout chose.
Elle l’attendit patiemment et, à la nuit tombée, un changement s’était produit en elle. Elle savait avec certitude qu’elle irait seule aux Etats-Unis et que, pour éviter toute scène, le mieux était de ne rien dire à Eligio. Elle se sentait débordante d’énergie, sûre d’elle et avec l’envie de faire des choses. Il lui était impossible de dire à quel moment tout s’était couvert peu à peu de voilages très fins, presqu’imperceptibles, qui l’avaient isolée hermétiquement de la réalité et qui l’avaient enveloppée petit à petit jusqu’à la transformer en momie. Susana savait bien que, dans le fond, elle exagérait, mais elle aimait beaucoup l’idée d’être recouverte de bandelettes. Elle mit de la musique : l’Arpeggione qui la rendait toujours plus légère.
Le lendemain, elle appela le numéro que Sainz lui avait donné. C’était celui du bureau des affaires culturelles de l’Ambassade des Etats-Unis et elle prit rendez-vous pour le matin même. Elle téléphona à l’Université pour prévenir qu’elle ne viendrait pas faire cours aujourd’hui ; quelques heures plus tard la secrétaire de l’attaché culturel lui avait lu des feuillets où apparaissait dans les grandes lignes en quoi consistait le projet : assister pendant quatre mois au Programme d’Ecrivains qui conviait chaque année des personnalités éminentes du monde des lettres de plus de vingt pays dans la petite ville d’Arcadia. C’est à l’Université d’Arcadia qu’avait lieu l’atelier de création littéraire le plus réputé des Etats-Unis. Susana devrait participer aux manifestations et activités du Programme : elle assisterait aux séances où chaque participant parlait aux autres de l’état de la littérature dans leurs pays respectifs et prendrait part à un atelier de traduction, pour qu’une partie de son œuvre perdure en anglais et puisse être diffusée aux Etats-Unis. Elle aurait beaucoup de temps pour écrire, on lui donnerait un billet d’avion aller retour, mille quatre cents dollars par mois du Département d’Etat et une dernière mensualité à la charge du Programme. Et, cerise sur le gâteau, un ticket pour excédent de bagages afin qu’elle puisse revenir avec un bon stock de livres.
Au fur et à mesure que les jours passaient, Susana se sentait très stimulée et elle écrivait beaucoup, alors qu’en réalité, et ce n’est qu’à ce moment qu’elle en prenait pleinement conscience, elle n’avait rien écrit pendant plusieurs mois. Elle remarqua également qu’Eligio s’effaçait, s’éloignait avec l’uniformité d’un zoom arrière (?) et, très vite, elle se trouvait plongée dans un autre monde, bien logé dans un compartiment intérieur. Lui, ne semblait se rendre compte de rien, et combien de fois, il arrivait, comme avant, les bras chargés de bières, avec quelques amis acteurs, qu’elle estimait car ils étaient intelligents, agréables et la traitaient bien, même si, bien sûr, ils lui faisaient des plaisanteries comme celles qu’ils se faisaient entre eux. Eligio et ses amis buvaient et écoutaient des boleros, de la musique tropicale, des rancheras et parfois de la musique folklorique latino américaine ou du rock et pratiquement jamais de musique classique. Susana n’en pouvait plus, comme tant de fois, de les accompagner pour boire et faire blague sur blague et en général elle partait lire ou écrire dans sa chambre.
Quinze jours plus tard, le Programme l’avait acceptée. Susana fit viser son passeport et le déposa à l’Ambassade, pour qu’il soit signé. Elle se rendit à l’Université et s’enferma avec le directeur du département ; elle lui annonça qu’elle allait s’absenter de son poste mais, surtout, elle lui demanda que personne ne dise quoi que ce soit à Eligio. Ensuite, elle récupéra une grosse enveloppe avec du matériel pour le Programme, son passeport visé, une lettre officielle qui les présentait aux agents de l’Immigration en tant que visiteur international et un billet avec confirmation de réservations pour le vol, sur American Airlines jusqu’à Chicago, et sur Ozark Airlines jusqu’à Little Rapids. Susan courut à la bibliothèque Benjamin Franklin pour vérifier où se trouvait Little Rapids, et elle fut très déconcertée en voyant que la ville d’Arcadia n’apparaissait pas sur la carte. Elle demanda d’autres cartes et trouva enfin : un minuscule point à quarante kilomètres de Little Rapids, qui se situait elle-même relativement près de Chicago.

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Nathalie nous propose sa traduction :

Cent dollars d'amende à qui jettera des ordures sur la chaussée

Susana marchait sur Insurgentes lorsqu'elle rencontra Gustavo Sainz qui lui demanda si elle souhaitait participer à un séminaire d'écrivains aux Etats-Unis. Susana répondit oui, sur-le-champ. Sainz n'avait pas le temps de lui fournir de détails plus précis mais il l'enjoignit à noter un numéro de téléphone. Susana rentra en courant à son appartement et perdit tout son enthousiasme en constatant que son mari n'était pas là; Eligio était allé à un enregistrement de la Hora Nacional, ce qui impliquait que son moral serait au plus bas et qu'il rentrerait au milieu de la nuit, impatient avant tout de boire une bière.

Elle l'attendit patiemment et, à la nuit tombée, un changement se produisit en elle. Elle savait parfaitement qu'elle se rendrait seule aux Etats-Unis et pour éviter toute dispute, mieux valait ne rien dire à Eligio. Elle se sentait pleine d'énergie, sûre d'elle-même et désireuse d'entreprendre des choses. Il s'avérait impossible de préciser à quel moment tout avait commencé à se couvrir de ces fines couches, presque imperceptibles, de glacis, qui l'isolaient hermétiquement de la réalité et qui, peu à peu, l'enveloppèrent jusqu'à la momifier. Susana savait, dans le fond, qu'elle exagérait mais elle aimait beaucoup l'idée d'avoir été recouverte de bandages. Elle mit de la musique : la sonate Arpeggione, qui la rendait toujours plus légère.

Le lendemain, elle appela le numéro que Sainz lui avait donné. C'était celui du bureau des affaires culturelles de l'Ambassade des Etats-Unis, et elle prit rendez-vous pour le matin même. Elle téléphona à l'Université pour prévenir qu'elle ne viendrait pas faire cours et quelques heures plus tard, la secrétaire de l'attaché culturel lui avait lu certaines pages où il était indiqué, à grands traits, en quoi consistait le projet : assister, pendant quatre mois, au Séminaire d'Ecrivains qui, chaque année, réunissait, dans la petite ville de Arcadia, des plumes célèbres, originaires de plus de vingt pays. Le plus célèbre atelier de création littéraire se trouvait à l'université d'Arcadia. Susana devrait participer aux événements et aux activités du Séminaire : elle assisterait aux sessions dans lesquelles chaque participant évoquerait, devant les autres, l'état de la littérature dans son propre pays et elle assisterait également à un atelier de traduction, afin qu'une partie de son oeuvre soit conservée en anglais et puisse être diffusée aux Etats-Unis. Elle aurait beaucoup de temps pour écrire, elle recevrait un billet d'avion aller-retour et mil quatre cents dollars par mois du Département d'Etat, ainsi qu'une dernière mensualité, versée par le Séminaire. Comme si cela ne suffisait pas, elle disposerait d'un coupon de supplément bagages afin qu'elle puisse repartir avec une belle cargaison de livres.
Au fil des jours, Susana se sentait de plus en plus motivée et elle écrivait beaucoup, alors que - et elle ne s'en rendait vraiment compte que maintenant - elle n'avait rien écrit pendant des mois. Elle remarqua également que Eligio devenait flou, s'éloignait comme si elle le voyait à travers l'uniformité d'un téléobjectif automatique, et bientôt, elle se retrouva dans un autre monde, bien installée dans un compartiment intérieur. Il ne semblait se rendre compte de rien, et, à plusieurs reprises, il arriva, comme toujours, avec des packs de bière et quelques amis acteurs, qu'elle estimait parce qu'ils étaient intelligents, agréables et qu'ils la traitaient convenablement bien que, évidemment, ils lui adressaient autant de vannes que celles qu'ils se faisaient entre eux. Eligio et ses amis buvaient et écoutaient des boleros, de la musique tropicale, des rancheras et parfois de la musique folklorique latino-américaine ou du rock mais jamais de musique classique. Susana ne pouvait pas, comme tant de fois par le passé, boire avec eux et enchaîner vanne sur vanne et elle allait, généralement, lire ou écrire dans sa chambre.
Quinze jours plus tard, le Séminaire avait accepté sa candidature. Susana mit à jour son passeport et le déposa à l'Ambassade, pour le faire viser. Elle se rendit à l'Université et s'enferma avec le directeur de l'UFR; elle lui apprit qu'elle allait s'absenter de son poste mais, surtout, elle lui demanda que personne ne dise quoi que ce soit à Eligio. Puis, elle récupéra une grosse enveloppe contenant des papiers du Séminaire, son passeport visé, un document officiel qu'elle présenterait aux agents de l'Immigration en tant que visiteuse internationale et un billet avec confirmation de réservation pour voyager, via American Airlines, à Chicago, et à Little Rapids, par Ozark Airlines. Susana se précipita à la bibliothèque Benjamin Franklin pour regarder où se trouvait Little Rapids, et elle fut passablement déconcertée quand elle vit que la ville d'Arcadia ne figurait pas sur la carte. Elle demanda d'autres cartes et finit par la découvrir : un tout petit point à quarante kilomètres de Little Rapids, qui ne se trouvait pas très loin, non plus, de Chicago.

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Blandine nous propose sa traduction :

Amende de cent dollars à celui qui jette ses poubelles sur la voie publique.
Susana marchait sur Insurgentes quand elle rencontra Gustavo Sainz, qui lui demanda si elle aimerait participer à un programme d’écrivains aux États-Unis. Susana lui répondit oui en suivant. Sainz n’avait pas le temps de lui en dire plus mais il lui demanda de noter un numéro de téléphone. Susana revint en courant à son appartement et fut déçue quand elle vit que son mari n’était pas là ; Eligio avait été à un enregistrement de La Hora Nacional, ce qui signifiait être tombé au plus bas, et il arriverait, à minuit, avec une envie de bière avant tout chose.
Elle l’attendit patiemment et quand la nuit fut tombée, un changement s’était opéré en elle. Elle savait parfaitement qu’elle irait seule aux États-Unis et afin d’éviter toute scène, le mieux était de ne rien dire à Eligio. Elle était pleine d’énergie, sûre d’elle et avec le désir de faire des choses. Il était impossible de préciser à quel moment tout s’était couvert en de très fins voilages, presque imperceptibles, qui l’isolaient hermétiquement de la réalité et qui peu à peu l’enveloppèrent jusqu’à la momifier. Susana savait qu’au fond c’était exagéré, mais elle aimait beaucoup l’idée d’avoir été couverte de bandelettes. Elle mit la musique : l’Arpeggione, qui la libérait.
Le lendemain, elle appela le numéro que Sainz lui avait donné. C’était celui du bureau des affaires culturelles de l’Ambassade des États-Unis, et elle prit un rendez-vous pour le matin même. Elle appela l’Université pour prévenir qu’elle n’irait pas faire cours ce jour-là, et quelques heures plus tard la secrétaire de l’attaché culturel lui avait lu quelques feuillets où il y avait les grandes lignes du projet : assister pendant quatre mois au Programme des Écrivains qui invitait chaque année des personnes importantes du monde des lettres de plus de vingt pays dans la petite ville d’Arcadia. À l’université d’Arcadia se trouvait le plus célèbre atelier de création littéraire des États-Unis. Susana devrait participer aux événements et aux activités du Programme : elle assisterait aux sessions où chaque participant parlait aux autres des conditions de la littérature dans leur propre pays et elle assisterait à l’atelier de traduction, pour savoir quelle partie de son œuvre serait traduite en anglais et puisse être diffusée aux Etats-Unis. Elle aurait beaucoup de temps pour écrire, elle aurait un billet d’avion aller-retour, mil quatre cents dollars au mois de la part du Département d’Etat et une dernière mensualité à la charge du Programme. Et si cela ne suffisait pas, elle disposerait d’un billet pour excédent de bagage afin de pouvoir ramener une bonne donation de livres.
Plus les jours passés, et plus Susana se sentait stimulée et elle écrivait beaucoup, quand en réalité, elle s’en rendait compte juste à ce moment-là, pendant plusieurs mois elle n’avait rien écrit. Elle se rendit compte qu’Eligio s’effaçait, s’éloignait avec l’uniformité d’un zoom automatique, et qu’elle se trouvait soudain dans un autre monde, bien logée dans un compartiment intérieur. Il ne semblait se rendre compte de rien, et dans de nombreuses occasions, il arrivait, comme toujours, chargé de bières avec quelques amis acteurs, qu’elle estimait parce qu’ils étaient intelligents, agréables, et qu’ils la traitaient bien, même si, bien entendu, ils lui faisaient autant de blagues comme celles qu’ils se faisaient entre eux. Eligio et ses amis buvaient et écoutaient des boléros, de la musique tropicale, des rancheras et parfois de la musique folklorique latino-américaine ou du rock mais pratiquement jamais de musique classique. Susana n’en pouvait plus, comme auparavant, les accompagner pour boire et à faire des blagues les unes après les autres, et généralement elle partait lire ou écrire dans sa chambre.
Deux semaines plus tard, le Programme l’avait acceptée. Susana remit à jour son passeport et le déposa à l’Ambassade, pour qu’ils y mettent le visa. Elle alla à l’Université et s’enferma avec le chef de section ; elle lui annonça qu’elle allait s’absenter de son poste, mais, surtout, elle demanda à ce que personne ne dise rien à Eligio. Ensuite elle récupéra une grosse enveloppe avec du matériel pour le Programme, son passeport validé, une lettre officielle que devait la présenter aux agents de la Migration comme visiteur international et un billet avec les réservations confirmées pour le vol, via American Airlines, jusqu’à Chicago, et sur Ozark Airlines jusqu’à Little Rapids. Susana courut à la bibliothèque Benjamin Franklin pour vérifier où se trouvait Little Rapids, elle s’étonna beaucoup de ne pas voir la ville d’Arcadia sur la carte. Elle en demanda d’autres, et finalement la découvrit ; un tout petit point à quarante kilomètres de Little Rapids, qui se trouvait elle-même relativement près de Chicago.

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Laure L. nous propose sa traduction :

Une amende de cent dollars à celui qui jette ses ordures dans la rue.

Susana avançait sur Insurgentes quand elle rencontra Gustavo Sainz qui lui demanda si elle aimerait participer à un Séminaire d’écrivains aux États Unis. Susana accepta instantanément. Sainz n’avait pas le temps de lui donner tous les détails mais il lui fit noter un numéro de téléphone. Susana retourna chez elle en courant et perdit tout son courage quand elle vit que son mari n’était pas là. Eligio était allé à un enregistrement de la Hora Nacional ce qui impliquait tomber au plus bas et arriver à minuit avec l’envie de prendre une bière avant toute chose.
Elle l’attendit patiemment et quand la nuit tomba un changement s’était produit en elle. Elle savait parfaitement qu’elle irait seule au États-Unis et, pour éviter de ridicules scènes de ménages, le mieux était de ne rien dire à Eligio. Elle se sentait pleine d’énergie, sûre d’elle et désireuse d’agir. Il était impossible de préciser à quel moment tout s’était peu à peu couvert d’une voile très fin, presque imperceptible, qui l’isolait hermétiquement de la réalité et qui commença progressivement à l’entourer jusqu’à la momifier. Susana savait qu’au fond elle exagérait, mais l’idée d’avoir été pleine de bandages lui plaisait. Elle mit de la musique : l’Arpeggione, qui la rendait toujours plus légère.
Le lendemain elle appela le numéro que Sainz lui avait donné. C’était le bureau des affaires culturelles de l’ambassade des États-Unis. Elle prit rendez-vous pour le matin même. Elle appela l’université et prévint qu’elle ne ferait pas classe ce jour là, et peu de temps après la secrétaire de l’attaché culturel lui avait lu des papiers où dans les grandes lignes on indiquait en quoi consistait le projet : assister pendant quatre mois au Séminaire d’écrivains qui chaque année invitait les gens de lettres en vue de plus de plus de vingt pays dans la petite ville d’Arcadia. L’atelier de création littéraire le plus célèbre des Etats-Unis se trouvait à l’université d’Arcadia. Susana devrait participer aux événements et aux activités du Séminaire : elle assisterait à des symposiums au cours desquels chaque participant parlait aux autres de l’état de la littérature de leur pays respectif et elle assisterait à un atelier de traduction pour qu’une partie de son œuvre fût en anglais et pût être diffusée aux Etats-Unis. Elle aurait beaucoup de temps pour écrire, on lui donnerait un billet d’avion aller/retour, mille quatre cents dollars par mois de la part du Département d’Etat et une dernière mensualité à la charge du Séminaire. Au cas où ce serait trop juste, elle disposerait d’un bon d’excédent de bagage pour qu’elle pût revenir avec une bonne quantité de livres.
Au fur et à mesure que les jours passaient, Susana était très stimulée et écrivait beaucoup, alors qu’en réalité, et ce n’était qu’à ce moment là qu’elle s’en rendait compte précisément, elle ne l’avait pas fait pendant plusieurs mois. Elle remarquait aussi qu’Eligio s’effaçait, s’éloignait avec l’uniformité d’une téléphotographie automatique, et très vite il se retrouvait dans un autre monde, bien à l’abri dans un compartiment intérieur. Lui ne semblait s’apercevoir de rien, et en de nombreuses occasions il arrivait, comme avant, chargé de bière et avec quelques amis acteurs qu’elle estimait parce qu’ils étaient intelligents, agréables, et qu’ils la traitaient bien, même si bien sûr ils lui faisaient autant de blagues qu’ils pouvaient s’en faire entre eux. Eligio et ses amis buvaient et écoutaient des boleros, de la musique tropicale, des chansons rancheras et parfois de la musique folklorique latino-américaine ou du rock et pratiquement jamais de musique classique. Susana ne pouvait plus, comme souvent, continuer à boire avec eux et enfiler les blagues, et en général elle allait lire ou écrire dans sa chambre.
Deux semaines plus tard, elle était intégrée au Séminaire. Susana vérifia son passeport et le déposa à l’ambassade pour obtenir son visa. Elle alla à l’université et s’enferma avec le chef de son département et l’informa qu’elle allait s’absenter de son poste mais surtout elle lui demanda que personne ne dît rien à Eligio. Ensuite elle prit une enveloppe épaisse avec des documents relatifs au Séminaire, son passeport avec son visa, un document officiel qui la présentait aux agents de l’immigration comme visiteur international et un billet avec la confirmation des réservations de son voyage à Chicago sur American Airlines, et à Little Rapids sur Ozark Airlines. Susana courut à la bibliothèque Benjamin Franklin pour vérifier la localisation de Little Rapids et fut très déconcertée quand elle vit que la ville d’Arcadia n’apparaissait pas sur la carte. Elle en demanda d’autres et finalement la découvrit : un petit point à quarante kilomètre de Little Rapids qui à son tour se trouvait relativement près de Chicago.

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Odile nous propose sa traduction :

Cent dollars d’amende à toute personne qui jettera des ordures sur la chaussée.

Susana marchait Calle Insurgentes lorsqu’elle rencontra Gustavo Sainz qui lui demanda si elle aimerait participer à un séminaire d’écrivains aux Etats-Unis. Susana dit oui tout de suite. Sainz n’avait pas le temps de lui donner davantage de détails mais il lui demanda de noter un numéro de téléphone. Susana rentra en courant à son appartement et perdit tout enthousiasme en voyant que son mari n’était pas là ; Eligio était allé à un enregistrement de la Hora Nacional, ce qui laissait supposer le pire, et il rentrerait au milieu de la nuit, avec d'abord l'envie de boire une bière. 
Elle l’attendit patiemment et, à la nuit tombée, un changement s’était produit en elle. Elle savait très bien qu’elle irait seule aux Etats-Unis et que, pour éviter toute scène, le mieux était de ne rien dire à Eligio. Elle se sentait débordante d’énergie, sûre d’elle et avec l’envie de faire des choses. Il était impossible de dire à quel moment tout avait commencé à se couvrir de fines couches de glacis, presque imperceptibles, qui l’avaient isolée hermétiquement de la réalité et qui, peu à peu, l'enveloppèrent jusqu’à la momifier. Susana savait bien que, dans le fond, elle exagérait, mais elle aimait beaucoup l’idée d’avoir été recouverte de bandelettes. Elle mit de la musique : la sonate « Arpeggione » qui l'apaisait toujours.
Le lendemain, elle appela le numéro que Sainz lui avait donné. C’était celui du bureau des affaires culturelles de l’Ambassade des Etats-Unis et elle prit rendez-vous pour le matin même. Elle téléphona à l’Université pour prévenir qu’elle n'assurerait pas ses cours ce jour-là ; quelques heures plus tard, la secrétaire de l’attaché culturel lui avait lu quelques pages qui expliquaient, dans ses grandes lignes, en quoi consistait le projet : assister pendant quatre mois au Séminaire d’Ecrivains qui conviait chaque année des personnalités éminentes du monde des lettres de plus de vingt pays dans la petite ville d’Arcadia. L’Université d’Arcadia hébergeait l’atelier de création littéraire le plus réputé des Etats-Unis. Susana devrait participer aux manifestations et aux activités du Séminaire : elle assisterait aux séances où chaque participant rendrait compte aux autres de l’état de la littérature dans son propre pays et prendrait part à un atelier de traduction, pour qu’une partie de son œuvre soit traduite en anglais et puisse être diffusée aux Etats-Unis. Elle aurait beaucoup de temps pour écrire, on lui donnerait un billet d’avion aller- retour, mille quatre cents dollars par mois payés par le Département d’Etat et une dernière mensualité versée par le Séminaire. Et, avantage supplémentaire, elle disposerait d' un ticket pour excédent de bagages afin qu’elle puisse revenir avec une bonne quantité de livres.
Au fur et à mesure que les jours passaient, Susana se sentait très stimulée et elle écrivait beaucoup, alors qu’en réalité, et ce n’est qu’à ce moment qu’elle en prenait parfaitement conscience, elle n’avait rien écrit pendant plusieurs mois. Elle remarqua également qu’Eligio s’effaçait, s’éloignait avec la régularité que produirait un téléobjectif automatique et, très vite, elle se retrouvait dans un autre monde, bien logé dans un compartiment intérieur. Il ne semblait se rendre compte de rien, et souvent il arrivait, comme avant, chargé de bières, accompagné de quelques amis acteurs, qu’elle estimait car ils étaient intelligents, agréables et la respectaient, même si, bien sûr, ils lui adressaient des plaisanteries comme celles qu’ils se faisaient entre eux. Eligio et ses amis buvaient, écoutaient des boleros, de la musique tropicale, des rancheras et parfois de la musique folklorique latino- américaine ou du rock et presque jamais de musique classique. Susana n' arrivait plus, comme tant d'autres fois, à boire et à plaisanter encore et encore avec eux, et en général elle partait lire ou écrire dans sa chambre. Quinze jours plus tard, sa participation au Séminaire était acceptée. Susana fit valider son passeport et le déposa à l’Ambassade, pour obtenir un visa. Elle se rendit à l’Université et s’enferma avec le directeur du département ; elle lui annonça qu’elle allait s’absenter de son poste mais, surtout, elle lui demanda que personne ne dise quoi que ce soit à Eligio. Puis, elle récupéra une grosse enveloppe avec des documents pour le Séminaire, son passeport visé, une lettre officielle qu'elle présenterait aux agents de l’Immigration en tant que visiteur international, et un billet avec confirmation de réservations pour le vol, sur American Airlines jusqu’à Chicago, et sur Ozark Airlines jusqu’à Little Rapids. Susan courut à la bibliothèque Benjamin Franklin pour regarder où se trouvait Little Rapids, et elle fut très déconcertée quand elle constata que la ville d’Arcadia ne figurait pas sur la carte. Elle demanda d’autres cartes et trouva enfin : un minuscule point à quarante kilomètres de Little Rapids, qui se situait elle-même relativement près de Chicago.

Les 12 incontournables… SUR LE PARFUM, par Brigitte

En photo : Perfume par :petra:

1. Un NEZ = C’est le nom attribué aux compositeurs ou créateurs de parfums et qu’ils n’aiment guère se voir attribuer. Naturellement, cette appellation, largement répandue même en dehors du jargon de métier, est due au fait que le parfumeur créateur utilise essentiellement cet organe pour mémoriser des centaines d’odeurs → Un NARIZ ou un NARICES.

2. La NOTE DE TETE = C’est la première impression olfactive qui se dégage d’une composition parfumée, la plus volatile et donc la moins persistante → La NOTA DE CABEZA ou NOTA CABEZA. Dans le jargon du métier, on l’appelle également l’envolée ou le départ→ La NOTA DE SALIDA ou SALIDA.

3. La NOTE DE CŒUR = C’est le cœur du parfum, ce qui en fait son essence et sa caractéristique profonde → La NOTA DE CORAZÓN. On l’appelle également la NOTE MEDIANE ou la NOTA MEDIA.

4. La NOTE DE FOND = C’est l’impression olfactive qui persiste le plus longtemps → La NOTA de FONDO.

5. Une MOUILLETTE = Dans le jargon des parfumeurs, c’est une petite bande de papier que le parfumeur imbibe de parfum et qui lui sert à tester ses compositions. Le mot est conservé en français → Una MOULLETTE ou Una MULLETE. Il est synonyme de TOUCHE à SENTIR → Un TOQUE.

6. Une ESSENCE = C’est un produit concentré, volatile et non gras, c’est le plus pur extrait de substances naturelles animales ou végétales, généralement obtenu par distillation → Una ESENCIA. Il est synonyme d’une HUILE ESSENTIELLE → Un ACEITE ESENCIAL.

7. Une FRAGRANCE = C’est une odeur ou un parfum agréable. Dans le jargon des parfumeurs, la fragrance désigne, par opposition à l’odeur, une composition plus élaborée → Una FRAGANCIA.

8. Un HYDROLAT = C’est une eau aromatique ou distillat aqueux qui subsiste après entraînement à la vapeur ou distillation puis décantation et séparation de l’huile essentielle.→ un HIDROLATO ou un HIDROSOL
L’eau de roses est un hydrolat → el AGUA DE ROSAS. L’expression BAÑARSE EN AGUA DE ROSAS signifie se réjouir du malheur d’autrui.

9. Les TROIS BLANCHES = Dans le jargon des parfumeurs, on désigne ainsi conjointement les trois fleurs blanches les plus utilisées et les plus prisées en parfumerie classique : le lys, le jasmin et la tubéreuse. → El LIRIO ou la AZUCENA, el JAZMÍN, la TUBEROSA.

10. Une EAU DE SENTEUR = C’est un terme employé dès le XIVème siècle pour désigner les décoctions aromatiques utilisées pour leurs vertus thérapeutiques. Vers 1810, ce terme désigne les premières eaux de Cologne d’abord curatives puis utilisées pour se parfumer → un AGUA DE OLOR ou AGUA DE OLORES.

11. Un POMMANDER = C’est à l’origine un petit sachet ou étui de toile qui pouvait se porter autour du coup, devenu plus tard bijou ou étui plus sophistiqué et précieux. Il contenait soit des herbes aromatiques, soit des petites boules de graisse parfumée, soit des pétales de fleurs odorantes permettant de sentir bon. Il doit son nom aux fameuses Pommes d’or du Jardin des Hespérides de la mythologie grecque. Le mot apparaît sous diverses orthographes : POMANDER, POMMANDER, POMMANDIER et ne se traduit pas en espagnol → un POMMANDER.

12. Une VINAIGRETTE = C’est un petit flacon ou parfois l’étui de cuir ou de métal contenant ce flacon. Son nom vient du fait qu’il contenait une préparation liquide composée à base de vinaigre parfumé que les femmes respiraient en cas de malaise, plus appréciée que les sels jugés trop forts et trop acides. Le vinaigre désignait aussi l’alcool ou esprit de vin et, à l’origine, les vinaigriers étaient autorisés à fabriquer et vendre des produits parfumés tels que les éponges vinaigrées utilisées pour les frictions ou la toilette. → Una VINAGRETA.

Références culturelles, 135 : El coronel José Félix Bogado


http://www.rimte30.ejercito.mil.ar/Coronel%20Bogado.html

jeudi 21 mai 2009

92 !

Si je ne me trompe pas – ce qui n'est pas certain, car avec presque mille posts au compteur cela devient une jungle inextricable – nous avons à ce jour travaillé un total de 92 versions ! Beau tableau de chasse pour une première promotion. Des félicitations spéciales à nos deux marathoniennes du genre : Brigitte et Odile.
Une question à elles deux : lassées par cette longue route ou partantes pour 92 autres ?

Une bonne idée de Brigitte

En photo : vocab lexique par pilllpat (agence eureka)

Brigitte m'envoie un mail avec l'idée suivante : histoire de rendre les répertoires plus directement accessibles, elle propose que chacune choisisse les 12 termes incontournables de ses listes. Il s'agirait également ainsi d'alimenter notre petite rubrique lexicale, un domaine précis en quelques mots. J'attends votre sélection.

Fin de stage pour Nathalie…

En photo : the end. par muffin<3 style="text-align: center;">Voilà, c'est fini

Mon stage a pris fin mardi. J'ai un peu de mal à réaliser que quatre semaines ont (déjà) passé. Mais c'est plutôt bon signe quand on ne voit pas le temps passer...
Maintenant que je suis retournée à "la vie civile", je me sens à la fois satisfaite (parce que ça a été une expérience passionnante) et un peu frustrée (c'est au moment où je commençais à trouver mes marques que tout s'arrête).
Enfin, tout n'est pas fini puisque la rédaction du rapport de stage devrait me permettre de faire le bilan de ce que j'ai vécu chez Culture Suds, micro-structure éditoriale à échelle (et à valeur) humaine.
En attendant, je travaille à la mise en forme d'une interview informelle à laquelle s'est prêté mon éditeur, Antonio Arévalo (eh oui, j'ai été touchée par le syndrome "Jacqueline").
À suivre, donc, sur vos petits écrans (fixes ou portables). Mais vous pouvez déjà aller jeter un œil sur le Net en tapant : culturesuds@blogspot.com
Qui aurait cru qu'après avoir décrié le blog (chronophage) de Tradabordo, j'allais finir par en créer un ?

Un conseil de lecture, par Brigitte

Un article intéressant paru ce jour sur le blog de Pierre ASSOULINE, La République des Lettres où il est question de traducteur, de traduction et d’écriture… et qui répondra peut-être à certaines de nos interrogations…

« Claro, le traducteur est un écrivain »

http://passouline.blog.lemonde.fr/2009/05/18/claro-un-traducteur-est-un-ecrivain

Une scie…

En photo : aunt Jemima's magical recipes (1954) par The Apron Queen

J'en ai déjà parlé, ici ou là, mais, comme cela revient très régulièrement sur la table, je me sens autorisée à en dire encore quelques mots. De quoi s'agit-il ? Pourquoi un véhément billet matinal ? Il s'agit de cette déclaration péremptoire des gens qui se croient à la pointe de la subtilité culturelle quand ils s'écrient, avec force points d'exclamation : « Ah non ! Allons donc ! Moi, je ne lis jamais de traductions ! C'est la version originale ou rien ! »
Figurez-vous que c'est, à peu de choses près, ce que je viens de lire sous la plume d'une traductrice, sur un forum de discussion. Permettez-moi de m'étonner qu'en exerçant ce métier, même depuis peu, on adhère encore à cette sorte de postures irréfléchies, qu'on tombe dans un snobisme à courte vue.
Entend-elle par cela qu'elle ampute sans vergogne le texte qu'on lui a confié et que, par voie de conséquence et de générosité, elle attribue lestement cette pratique à ses collègues ? Notre traduttore-traditore, fier de l'être, préconise (c'est neuf !) de se méfier des traducteurs et de leurs traductions...
Devrait-on, dès lors, se fermer les portes d'une très grande partie de la littérature étrangère (combien parmi nous peuvent-ils lire dans plus de trois ou quatre langues ?) ? Le lecteur peut-il, devant une traduction, ne s'en remettre qu'à sa lecture en langue originale, comptant sur une "science infuse" de ce texte à cette seule lecture, en dépit des différences culturelles impliquées, en ignorant l'immense travail réalisé par celui qui, lorsqu'il est digne de son métier, prend la peine de consacrer son temps et son énergie à comprendre, écouter, sentir, peser, mesurer, prendre le pouls, caresser… pour ensuite "rendre", au mieux, la démarche d'un auteur ?
Une recette de cuisine ne se résume pas à la liste de ses ingrédients.

Petit quiz de jeudi férié…, par Brigitte

En photo : Devinette, c'est quoi ? par damien_nissa

Voici 10 expressions populaires dans lesquelles apparaissent des noms de personnes.
À vous de trouver leur équivalent en français et, si vous avez le temps, d’expliquer leur origine :

1. Saber más que Lepe
2. Pasar las penas de San Patricio
3. Ser más feo que Picio
4. Caer de Hérodes a Pilatos
5. Ser Juan Lanas
6. Estar hecho un Adán
7. A cada cerdo le llega su San Martín
8. Tener más orgullo que don Rodrigo en la horca
9. Estar más enamorado que Macías
10. ¡ Averíguelo Vargas !

Ce n’est pas très difficile…
Bon courage !

***

Les solutions :

Dix expressions populaires… explications
Voici les traductions et explications, inspirées d’un recueil qui regorge de ces expressions et locutions, et où j’ai plaisir à me replonger régulièrement.

1. « Saber más que Lepe / Ser más listo que Lepe » → Etre malin comme un singe.
Pedro de Lepe y Dirantes (1641-1700) fut évêque de Calahorra. Il était célèbre pour son intelligence et sa grande culture au point d’en être devenu l’archétype même.
La langue populaire, pour renforcer cette expression ajoute parfois deux autres membres de la famille « Lepijo y su hijo ».
Curieusement, à cause de toutes les histoires drôles qui prennent la ville de Lepe comme symbole de la niaiserie, on entend parfois dire, à l’inverse, « Saber menos que (uno de) Lepe ».

2. « Pasar las penas de San Patricio » → Passer un mauvais/sale quart d’heure
Saint Patrick, apôtre de l’Irlande, sacré évêque en 432 évangélisa les habitants de l’île. Ceux-ci étant très sceptiques réclamèrent à voir l’enfer, le purgatoire et le paradis. Faisant appel au Seigneur, il lui indiqua une caverne où les incroyants pourraient voir ce qui les attendait dans l’autre vie. Saint-Patrick bâti un couvent à cet endroit qui fut détruit en 1497.
Calderón de La Barca s’inspira de cette légende pour écrire « El Purgatorio de San Patricio ».

3. « Ser más feo que Picio » → Etre laid comme un pou /Etre laid comme les sept péchés capitaux !
Picio était un savetier vivant dans la province de Grenade au XIXème siècle. Condamné à mort pour on ne sait quel délit, il fut gracié la veille de son exécution. Mais le choc émotionnel fut si fort qu’il en perdit cheveux, cils et sourcils et que des tumeurs lui apparurent sur le visage. Sa laideur devint ainsi légendaire donnant naissance à l’expression.

4. « Ser Juan Lanas » → Etre un Jean-Foutre
Les Jean avaient la réputation d’être tellement bons que cela en devenait un défaut. De là, de nombreux personnages populaires ainsi prénommés et qui symbolisent tous une vertu excessive devenu défaut risible.

5. « Caer de Hérodes a Pilatos » → Tomber de Carybde en Scylla
C’est passer d’une mauvaise situation à une autre, bien pire.
Hérode ordonna le massacre des Innocents mais c’est Ponce Pilate qui fut responsable de la mort de Jésus. Le second fut donc pire que le premier.

6. « Estar hecho un Adán » → Etre déguenillé, en loques, négligé.
Adam,le premier homme, vivait au Paradis dans le plus simple appareil, sans se soucier de son apparence. Cette expression s’applique donc à quelqu’un qui ne soigne pas sa tenue ou à un enfant qui rentre chez lui dans un été lamentable.

7. « A cada cerdo (le llega) su San Martín » → Nul n’échappe à son destin / Toutes les bonnes choses ont une fin
La Saint-Martin, le 11 novembre, était le jour traditionnel où les paysans tuaient le cochon engraissé toute l’année. L’expression signifie donc que la situation dont a bénéficié ou profité quelqu’un finira inévitablement mal.

8. « Tener más orgullo que don Rodrigo en la horca » → Etre fier comme Artaban
Cette expression apparaît également avec les prénoms « Mingo » ou « Perico » dans des variantes. Elle voulait montrer la fierté des pendus au moment de leur exécution.
Don Rodrigo Calderón, marquis de Siete Iglesias était favori de Philippe III. Sous Philippe IV, il fut poursuivi et arrêté par le duc d’Olivares, ministre du roi et exécuté en 1621. Son calme et sa dignité le jour de son exécution incitèrent à réutiliser et adapter le dicton populaire bien que don Rodrigo ait été décapité et non pendu.

9. « Estar más enamorado que Macías » → Etre amoureux comme un collégien
Macías était un poète troubadour qui vivait en Galice au XIV è siècle. Célèbre pour ses poèmes d’amour, il devint le prototype de l’amoureux.

10. « ¡ Averíguelo Vargas ! » → Allez donc savoir ! / Mystère et boule de gomme !
Francisco Vargas était le secrétaire des Rois catholiques Ferdinand et Isabelle. Très compétent et apprécié, on lui confiait donc toutes les affaires difficiles et les dossiers épineux, d’où cette phrase devenue proverbiale.

J’avoue personnellement que je n’ai jamais entendu ni lu certaines de ces expressions, sans doute anciennes, peu ou plus usitées…

Voici les références de l’ouvrage dont je me suis inspirée :
Henri AYALA : « Expressions et locutions populaires espagnoles commentées », Editions MASSON/COLIN, Paris 1995.
Merci à l’auteur !

Références culturelles, 134 : José Alfredo Jímenez

En photo : Tumba de Jose Alfredo Jimenez par Farid Lopez

http://es.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Alfredo_Jim%C3%A9nez

mercredi 20 mai 2009

Ça vient, ça vient…

En photo : Es un monstruo grande y pisa fuerte par Dibujos del apen

Si vous vous inquiétez de savoir pourquoi le blog fonctionne au ralenti ces jours-ci, je m'empresse de vous répondre que c'est uniquement parce que j'ai été très occupée par la fac en ce début de semaine… mais que je compte bien profiter du long week-end à venir pour recommecer à alimenter notre insatiable tradamonstruo. D'ailleurs, je suis, comme toujours, preneuse, de vos écrits et propositions…

Références culturelles, 134 : Nuestra señora del Pilar

En photo : BASÍLICA NUESTRA SEÑORA DEL PILAR par Raquel Felez

Nuestra señora del Pilar
par Jacqueline

La première fois que j’ai visité la Basilique de Nuestra Señora del Pilar, à Saragosse, j’ai été très impressionnée par ses dimensions -j’apprendrai par la suite que l’édifice mesure 130 m de long pour 67 de large-, par la multitude de tours et de coupoles qui ponctuent cette masse : 11 coupoles, 10 lanternes et quatre tours, par le poids des ans : commencés en 1681, les travaux s’étalent jusqu’à la moitié du 20 ème siècle ; mais bien plus que tout cela, c’est l’atmosphère qui s’en dégage qui m’a saisie à la gorge quand j’y ai pénétré, un mélange d’odeurs suaves, de recueillement intense, de mystère. Je ne connaissais rien de l’histoire de cet édifice religieux. Voyant que la foule se massait devant une statuette juchée sur une colonne – d’une taille au demeurant peu impressionnante- , et fidèle à ma technique, j’ai arrêté la première aragonaise qui a croisé mon chemin pour m’informer ; un prêtre, entendant mon déplorable accent français, a stoppé sa course vers quelque activité –les gens sont comme ça là-bas, ils vous écoutent et ils vous aident- et tous deux m’ont alors raconté l’histoire de leur église. J’ai donc appris ceci :
Nous sommes en 40 après JC, l’apôtre Jacques vient évangéliser la péninsule ibérique. Ce n’est pas franchement un succès. Il s’assoit au bord de l’Ebre, en proie au doute. La Vierge Marie qu vit alors en Palestine lui apparaît incarnée, appuyée à une colonne de marbre ; elle est là pour raffermir sa foi et l’encourager dans son apostolat. Puis la Vierge disparaît et la colonne reste. L’apôtre élève alors une chapelle à cet endroit même, autour de la colonne. C’est le premier sanctuaire marial de la chrétienté. L’histoire ne s’arrête pas là.
La légende si on veut, tout est affaire de croyance. Je veux parler du grand miracle du boîteux de Calanda : voilà un jeune paysan de 20 ans qu’on ampute d’une jambe. L’opération est attestée par les écrits de l’époque. Un an plus tard, après avoir mendié à la porte de la basilique tous les jours, il revient dans la cahute de ses parents, en lisière du château de Calanda. Il s’endort et rêve qu’il est en train de visiter la basilique. A son réveil, la jambe est revenue à sa place : il marche normalement. Nous sommes le jeudi 29 mars 1640, il est onze heures du soir.
La foule ne cessera de manifester une ferveur croissante à la Vierge du Pilier qui devient patronne de l’Hispanité et centre d’un pèlerinage réputé. Elle est fêtée le 12 octobre -jour férié et chômé dans tout le pays- ; c’est l’occasion d’une semaine de festivités où tout Saragosse danse la jota : une des célébrations les plus populaires et pittoresques d’Espagne.
Qu’ajouter ? Que Goya a peint en 1771 les fresques magnifiques de la voûte du petit chœur. Qu’on peut ramener un objet inattendu de cette visite exceptionnellement riche : un ruban étroit de diverses couleurs qui mesure 39 centimètres, l’exacte dimension de la statue ; on l’offre aux fidèles qui n’ont pas la possibilité matérielle de faire le pèlerinage pour qu’ils bénéficient de la protection qu’il est censé accorder à qui le porte. Qu’une des jotas les plus populaires est celle-ci :
La Virgen del Pilar dice
Que no quiere ser francesa
Que quiere ser Capitana
De la tropa aragonesa.
En réalité, la Vierge n’a rien dit de tel, mais nous sommes en 1808, la ville de Saragosse doit résister héroïquement à l’envahisseur français. Depuis les choses se sont normalisées, les français viennent vénérer la Virgen del Pilar et les espagnols sont nombreux à venir à Lourdes. L’Europe est passée par là.

dimanche 17 mai 2009

L'incontournable quiz du dimanche, par Nathalie

En photo : adivinanzas_monstruosas par PURIFICACIÓN HERNANDEZ









Adivinanzas

Tiene yemas y no es huevo ;
tiene copa y no es sombrero ;
tiene hojas y no es libro.

Tiene lecho pero no duerme,
tiene boca pero no habla.

Si sube, nos vamos.
Si baja, nos quedamos.

Tiene dientes pero no muerde

Si dices su nombre se rompe.

Votre thème du week-end, Bernanos

En photo : Georges Bernanos par michel poiccard1

Mais déjà le grand vent noir qui vient de l’ouest – le vent des mers, comme dit Antoine – éparpille les voix dans la nuit. Il joue avec elles un moment, puis les ramasse toutes ensemble et les jette on ne sait où, en ronflant de colère. Ce que Mouchette vient d’entendre reste longtemps suspendue entre ciel et terre, ainsi que ces feuilles mortes qui n’en finissent pas de tomber.
Pour mieux courir, Mouchette a quitté ses galoches. En les remettant, elle se trompe de pied. Tant pis ! Ce sont les galoches d’Eugène, si larges qu’entre la tige elle peut passer les cinq doigts de sa petite main. L’avantage est qu’en s’appliquant à les balancer au bout des orteils ainsi qu’une paire d’énormes castagnettes, elles font à chaque pas sur le macadam du préau un bruit qui met Mme l’institutrice hors d’elle-même.
Mouchette se glisse jusqu’à la crête du talus et reste là en observation, le dos contre la haie ruisselante. De cet observatoire, l’école paraît toute proche encore, mais le préau est maintenant désert. Après la récréation, chaque samedi, les classes se rassemblent dans la salle d’honneur ornée d’un buste de la République, d’un vieux portrait jamais remplacé de M. Armand Fallières, et du drapeau de la Société de gymnastique, roulé dans sa gaine de toile cirée. Madame doit lire en ce moment les notes de la semaine, puis l’on répétera une fois de plus la cantate qui doit être l’une des solennités de la lointaine distribution des prix. – Ah ! si lointaine en ce mars désolé ! Voici qu’elle reconnaît la strophe familière, le « Plus d’espoir ! » que Madame jette avec un terrible rictus de sa bouche mince et un mouvement de tête si lent que son peigne lui tombe dans le cou…

Espérez !… Plus d’espoir !
Trois jours, leur dit Colomb, et je vous dô…o…nne un monde.
Et son doigt le montrait, et son œil pour le voir
Scrutait de l’hô…o.o.rizon l’i…mmen-si …té prôo… fonde…

Derrière les vitres troubles, Mouchette distingue à peine les têtes groupées par deux ou par trois autour des partitions, mais la haute silhouette de Madame, perchée sur l’estrade, se détache en noir sur les murs ripolinés. Le bras maigre se lève et s’abaisse en mesure, parfois reste tendu, menaçant, dominateur, tandis que les voix s’apaisent lentement, ont l’air de se coucher aux pieds de la dompteuse ainsi que des bêtes dociles.
Au témoignage de sa maîtresse, Mouchette n’a « aucune disposition pour le chant ». La vérité est qu’elle le hait. Elle hait d’ailleurs toute musique d’une haine farouche, inexplicable. Sitôt que se posent sur les touches du geignant harmonium, les longs doigts de Madame, déformés par les rhumatismes, sa faible poitrine se serre si douloureusement que les larmes lui viennent aux yeux. Quelles larmes ? On dirait que ce sont des larmes de honte. Chaque note est comme un mot qui la blesse au plus profond de l’âme, un de ces mots lourds que les garçons lui jettent en passant, à voix basse, qu’elle feint de ne pas entendre, mais qu’elle emporte parfois avec elle jusqu’au soir, qui ont l’air de coller à la peau.

Georges Bernanos, Nouvelle histoire de Mouchette, 1937.

***

Brigitte nous propose sa traduction :


THEME BERNANOS – Nouvelle histoire de Mouchette, 1937.

Pero ya el vendaval negro que viene del oeste – el viento de los mares, como dice Antoine – esparce las voces por la noche.
Juega con ellas durante un momento y luego las recoge todas juntas y las echa no se sabe a dónde, zumbando con cólera.
Lo que Mouchette acaba de oír se queda largo tiempo suspendido entre cielo y tierra, como esas hojas muertas que no dejan de caer.
Para correr mejor, Mouchette se ha quitado los zapatones. Al volver a ponerlos, se equivoca de pie. ¡ Es igual ! Son unos zapatones de Eugène, que le están tan grandes que entre la caña pueden caber los cinco dedos de su manita. Lo bueno es que, cuando ella se divierte balanceándolos en el más gordo de sus dedos de pie como un par de castañuelas, hacen a cada paso que da en el asfalto del patio un ruido que pone fuera de sí a la Sra maestra.
Mouchette se desliza hasta la cresta de la ladera y ahí se queda obervando, la espalda apoyada contra el seto mojado. Desde este puesto de observación, la escuela parece todavía muy cercana, pero ahora el patio queda desierto. Después del recreo, cada sábado, las clases suelen reunirse en el salón de honor adornado con un busto de la República, un antiguo retrato nunca reemplazado del Señor Armand Fallière y la bandera del Círculo de Gimnasia, enrollado en su funda de hule. Ahora la señora estará leyendo las notas de la semana, a continuación ensayarán una vez más la cantata que debe ser una de las solemnidades del lejano reparto de premios. ¡ Ay, tan lejano en este mes de marzo desolado ! Ahora reconoce la copla familiar, el « Más esperanza - que la señora suelta con un terrible rictus con su boca fina y un movimiento de la cabeza tan lento que se le cae la peineta en el cuello…

¡ Esperad ! – Más esperanza !
Tres días, les dice Colón, y os doo…ooy un mundo.
Y su índice lo apuntaba y su mirada para verlo
Oteaba el hoo…o.oorizonte la in….nmensi…dad proo …funda….

Detrás de los cristales ópacos, Mouchette apenas divisa las cabezas agrupadas por dos o tres alerededor de las partituras, pero la alta silueta de la señora, subida a la tarima, destaca en negro sobre las paredes recién pintadas/blanquecidas. El brazo flaco sube y baja al compás, se queda a veces en lo alto, amenazador, dominador, mientras que las voces se calman lentamente, parecen acostarse a los pies de la domadora como fieras dóciles.
Según el testimonio de su maestra, Mouchette no tiene « ninguna disposición para el canto ». La verdad es que ella lo aborrece. En realidad odia cualquier tipo de música con un odio tremendo, inexplicable. En cuanto los largos dedos de la señora, torcidos por los reumas, tocan las teclas del armonio quejumbroso, su pecho débil se estremece tan dolorido que se le vienen las lágrimas a los ojos. ¿ Qué lágrimas ? Parecen ser lágrimas de vergüenza. Cada nota es como una palabra que le duele en lo más hondo del alma, una de esas palabras plomizas que los niños le sueltan cuando pasa, en voz baja, que ella finge no oír, pero que se lleva a veces consigo hasta el anochecer, y que parecen quedar pegadas a su piel.

***

Odile nous propose sa traduction :

Pero ya el vendaval negro que viene del oeste - el viento de los mares, como dice Antoine - esparce las voces por la noche. Juega con ellas durante un momento y luego las recoge todas juntas y las arroja no se sabe donde, zumbando con cólera.
Lo que Mouchette acaba de oír se queda largo tiempo suspendido entre cielo y tierra, como esas hojas muertas que no cesan de caer.
Para correr mejor, Mouchette se ha quitado las galochas. Cuando vuelve a ponérselas, se equivoca de pie. ¡ Es igual ! Son unas galochas de Eugène, y le están tan grandes que entre la caña pueden caber los cinco dedos de su manita. La ventaja es que, cuando ella se divierte meneándolas en la punta del pie como castañuelas enormes, a cada paso en el asfalto del patio hacen un ruido que pone fuera de sí a la señora maestra.
Mouchette se desliza hasta la cresta de la ladera y ahí se queda obervando, la espalda apoyada contra el seto mojado. Desde este puesto de observación, la escuela parece todavía muy cercana, pero ahora el patio queda desierto. Después del recreo, cada sábado, las clases suelen reunirse en el salón de honor adornado con un busto de la República, un antiguo retrato nunca reemplazado del Señor Armand Fallière y la bandera del Círculo de Gimnasia, enrollado en su funda de hule. Ahora la señora debe de estar leyendo las notas de la semana, a continuación ensayarán una vez más la cantata que será una de las solemnidades del lejano reparto de premios. ¡ Ay, tan lejano en este mes de marzo desolado ! Ahora reconoce la copla familiar, el « Más esperanza - que la señora suelta con un terrible rictus en su labios finos y un movimiento de la cabeza tan lento que se le cae la peineta en el cuello…

¡ Esperad ! - Más esperanza !
Tres días, les dice Colón, y os do…ooy un mundo.
Y su índice lo apuntaba y su mirada para verlo
Oteaba el ho…oorizonte la in…nmensi…dad proo …funda…

Detrás de los cristales opacos, Mouchette apenas divisa las cabezas agrupadas por dos o tres alerededor de las partituras, pero la alta silueta de la señora, encaramada en la tarima, destaca en negro sobre las paredes pintadas. El brazo flaco sube y baja al compás, a veces se queda levantado, amenazador, dominador, mientras que las voces se calman lentamente y parecen echarse a los pies de la domadora como fieras dóciles.
Según el testimonio de su maestra, Mouchette no tiene « ninguna aptitud para el canto ». La verdad es que ella lo aborrece. En realidad odia cualquier tipo de música con un odio tremendo, inexplicable. En cuanto los largos dedos de la señora, torcidos por los reumas, tocan las teclas del armonio quejumbroso, su pecho débil se estremece, tan dolorosamente que se le vienen las lágrimas a los ojos. ¿ Qué lágrimas ? Parecen ser lágrimas de vergüenza. Cada nota es como una palabra que la hiere en lo más profundo del alma, una de esas palabras toscas que los chicos le sueltan cuando pasa, en voz baja, que finge no oír, pero que se lleva a veces consigo hasta el anochecer, y que parecen adherir a su piel.