dimanche 27 mars 2011

À vos dicos…, 118

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : LUXURIEUX

Références culturelles, 775 : El guaguancó

El guaguancó
une idée d'Odile

http://es.wikipedia.org/wiki/Guaguanc%C3%B3

samedi 26 mars 2011

Las palabras son espectros, par Cristina Peri Rossi (Uruguay)

Las palabras son espectros
piedras abracadabras
que saltan los sellos
de la memoria antigua

Y los poetas celebran la fiesta
del lenguaje
bajo el peso de la invocación

Los poetas inflaman las hogueras
que iluminan los rostros eternos
de los viejos ídolos

Cuando los sellos saltan
el hombre descubre
la huella de sus antepasados

El futuro es la sombra del pasado
en los rojos rescoldos de un fuego
venido de lejos,
no se sabe de dónde.

“Babel bárbara” 1991

Entraînement test de juin, 17

90 minutes :

Mi madre me pidió que la acompañara a vender la casa. Había llegado a Barranquilla esa mañana desde el pueblo distante donde vivía la familia y no tenía la menor idea de cómo encontrarme. Preguntando por aquí y por allá entre los conocidos, le indicaron que me buscara en la librería Mundo o en los cafés vecinos, donde iba dos veces al día a conversar con mis amigos escritores. El que se lo dijo le advirtió: «Vaya con cuidado porque son locos de remate». Llego a las doce en punto. Se abrió paso con su andar ligero por entre las mesas de libros en exhibición, se me plantó enfrente, mirándome a los ojos con la sonrisa picara de sus días mejores, y antes que yo pudiera reaccionar, me dijo:
-Soy tu madre.
Algo había cambiado en ella que me impidió reconocerla a primera vista. Tenía cuarenta y cinco años. Sumando sus once partos, había pasado casi diez años encinta y por lo menos otros tantos amamantando a sus hijos. Había encanecido por completo antes de tiempo, los ojos se le veían más grandes y atónitos detrás de sus primeros lentes bifocales, y guardaba un luto cerrado y serio por la muerte de su madre, pero conservaba todavía la belleza romana de su retrato de bodas, ahora dignificada por un aura otoñal. Antes de nada, aun antes de abrazarme, me dijo con su estilo ceremonial de costumbre:
-Vengo a pedirte el favor de que me acompañes a vender la casa.
No tuvo que decirme cuál, ni dónde, porque para nosotros sólo existía una en el mundo: la vieja casa de los abuelos en Aracataca, donde tuve la buena suerte de nacer y donde no volví a vivir después de los ocho años. Acababa de abandonar la facultad de derecho al cabo de seis semestres, dedicados más que nada a leer lo que me cayera en las manos y recitar de memoria la poesía irrepetible del Siglo de Oro español. Había leído ya, traducidos y en ediciones prestadas, todos los libros que me habrían bastado para aprender la técnica de novelar, y había publicado seis cuentos en suplementos de periódicos, que merecieron el entusiasmo de mis amigos y la atención de algunos críticos. Iba a cumplir veintitrés años el mes siguiente, era ya infractor del servicio militar y veterano de dos blenorragias, y me fumaba cada día, sin premoniciones, sesenta cigarrillos de tabaco bárbaro. Alternaba mis ocios entre Barranquilla y Cartagena de Indias, en la costa caribe de Colombia, sobreviviendo a cuerpo de rey con lo que me pagaban por mis notas diarias en El Heraldo, que era casi menos que nada, y dormía lo mejor acompañado posible donde me sorprendiera la noche. Como si no fuera bastante la incertidumbre sobre mis pretensiones y el caos de mi vida, un grupo de amigos inseparables nos disponíamos a publicar una revista temeraria y sin recursos que Alfonso Fuenmayor planeaba desde hacía tres años. ¿Qué más podía desear?

Gabriel García Márquez, Vivir para contarla

***
Florian nous propose sa traduction :

Ma mère me demanda de l'accompagner pour vendre la maison. Elle était arrivée à Barranquilla ce matin, depuis le village éloigné où vivait notre famille et elle n'avait pas la moindre idée de comment me trouver. Après s'être renseignée auprès des passants, on lui avait indiqué de me chercher à la librairie Le Monde, ou aux cafés alentours où j'allais deux fois par jour discuter avec mes amis écrivains. Celui qui lui avait conseillé cela, l'avait averti: " faite attention, là-bas ils sont tarés." Elle était arrivée à midi tout juste. Elle s'était ouvert le passage d'un pas léger entre les tables de livres en exhibitions; elle s'était plantée devant moi, en me regardant droit dans les yeux avec un sourire espiègle de ses meilleurs jours, et avant que je ne puisse réagir, elle me dit:
-Je suis ta mère.
Il y avait quelque chose de changer chez elle qui m' avait empêché de la reconnaître au premier regard. Elle avait quarante-cinq ans. Si on ajoute ses onze accouchements, elle avait passé presque dix ans enceinte et au moins autant d'autre à haleter ses enfants. Elle avait les cheveux complètement blanc avant l'âge, ses yeux semblaient plus grands et arrondis derrière ses premiers verres à double foyer, et elle conservait un deuil enfoui et grave depuis la mort de sa mère, mais elle gardait toujours la beauté romaine de la photo de ses noces, aujourd'hui rendue plus digne par un aura d'âge mûr. Avant tout, et même avant de m'embrasser, elle me dit avec son style cérémonial habituel:
- Je viens pour te demander la faveur de m'accompagner vendre la maison.
Elle n'eut pas besoin de me préciser laquelle, ni l'endroit, car pour nous, il n'en existait qu'une au monde: la vielle maison des grands-parents à Aracataca, où j'ai eu la bonne idée de naître et où je n'avais plus vécu depuis l'âge de huit ans. Je venais d'abandonner l'université de droit au bout de six semestres, consacrés davantage à lire ce qui me passait par la main et à réciter par coeur la poésie extraordinaire du Siècle d'Or espagnol. J'avais déjà lu, traduits et en éditions limitées, tous les livres qui pouvaient m'être utiles pour apprendre les techniques d'écriture de roman, et j'avais publié six contes parus en supplément de journaux, qui avaient valu l'enthousiasme de mes amis et l'attention de quelques critiques. J'allais fêter mes vingt-trois ans le mois suivant,j'étais un déserteur de l'armée et convalescent de deux blennorragies, et je fumais chaque jour, sans prémonitions, soixante cigarettes d'un tabac étranger. Pour mes moments de détentes, j'alternais entre Barranquilla et Cartagena de Indias, sur la côte caribéenne de Colombie, survivant comme un coq en pâte avec ce qu'on me versait pour mes billets quotidien dans El Heraldo, ce qui représentait presque moins que rien, et je dormais le mieux accompagné possible là où les hasards de la nuit me conduisaient. Comme si l'incertitude sur mes prétentions et le chaos dans ma vie ne suffisaient pas, avec un groupe d'ami inséparable, nous nous disposions à publier une revue téméraire et sans ressources, sur laquelle Enfonce Fuenmayor travaillait depuis trois ans. Que pouvait-on rêver de plus ?

***

Benoît nous propose sa traduction :

Ma mère me demanda de l'accompagner pour vendre la maison. Elle était arrivée à Baranquilla ce matin, du lointain village où vivait la famille et elle n'avait pas la moindre idée de comment me retrouver. Demandant par-ci, par-là, à des connaissances, on lui conseilla de chercher dans la librairie Mundo ou dans les cafés voisins, où je me rendais deux fois par jour pour converser avec mes amis écrivains. Celui qui lui dit cela l'avertit : « Faites attention car ils sont complètement fous. »
Elle arriva à midi pile. Elle s'ouvrit un passage entre les tables de livres en exposition avec son habituelle démarche pleine de légèreté, elle se dressa devant moi en me regardant dans les yeux avec le sourire malicieux des ses meilleurs jours, et avant que je ne pusse réagir, elle me dit :
- Je suis ta mère.
Quelque chose avait changé en elle, quelque chose qui m'empêcha de la reconnaître au premier coup d'œil. Elle avait quarante cinq ans. Ajoutés à cela, ses onze accouchements, elle avait passé presque dix ans de sa vie enceinte et au moins autant à donner le sein à ses enfants. Ses cheveux étaient devenus complètement gris avant l'heure, ses yeux semblaient plus grands et stupéfaits derrière ses premiers verres double-foyer, elle portait encore fermement et sérieusement le deuil pour la mort de sa mère, mais elle conservait toujours la beauté romaine de son portait de mariage, rendue plus digne désormais par une aura automnale. Avant tout, avant même de me serrer dans ses bras, elle me dit avec son style cérémoniel traditionnel :
- Je viens te demander une faveur. Peux-tu m'accompagner pour vendre la maison.
Elle n'eut pas à préciser laquelle, ni où, parce que pour nous, il n'en existait qu'une au monde : la vieille maison de nos grands-parents à Aracataca, où j'ai eu le bonheur de naître et où je ne suis pas retourné vivre après mes huit ans. Je venais d'abandonner la faculté de droit au bout de six semestres, que j'avais consacrés plus qu'autre chose à lire tout ce qui me passait sous la main et à réciter par cœur l'extraordinaire poésie du Siècle d' Or espagnol. J'avais déjà lu, traduits et en éditions d'emprunt, tout les livres qui m'auraient suffit pour apprendre la technique pour écrire des romans, et j'avais publié six histoires courtes, dans des suppléments de journaux, qui méritèrent l'enthousiasme de mes amis et l'attention de certains critiques. J'allais avoir vingt trois ans le mois prochain, j'avais déjà échappé au service militaire et était vétéran de deux blennorragies, et je me fumais chaque jour, soixante cigarettes d'un tabac génial. Je partageais mon temps libre entre Baranquilla et Carthagène des Indes, sur la côte caribéenne de la Colombie, je survivais comme un pacha avec ce qu'on me payait pour mes notes quotidiennes dans El Heraldo, ce qui était deux fois rien, et je dormais le mieux accompagné du monde où que me surprisse la nuit. Comme si ce n'était pas suffisant l'incertitude qui planait sur mes ambitions, le chaos de ma vie, un groupe d'amis inséparable. Nous avions entrepris de publier une revue audacieuse et sans ressources qu' Alfonso Fuenmayor planifiait depuis trois ans. Que pouvais-je souhaiter de plus ?

***
Bruno nous propose sa traduction :

Ma mère me demanda de l'accompagner pour vendre la maison. Elle était arrivée à Baranquilla ce matin là, du lointain village où vivait notre famille et n'avait pas la moindre idée de comment s'y prendre pour me retrouver. Demandant par-ci et par-là parmi mes connaissances, on lui indiqua de me chercher à la librairie Mundo ou dans les cafés du coin, où j'allais discuter deux fois par jour avec mes amis écrivains. Celui qui le lui dit la prévint: "Allez-y avec prudence car ce sont des fous à lier". Elle arriva à midi pile. Se fraya un chemin de son pas léger entre les tables de livres en présentation, et se planta devant moi, en me regardant avec son sourire malicieux des meilleurs jours, et avant que je puisse réagir, elle me dit:
-Je suis ta mère.
Quelque chose avait changé en elle, qui m'empêcha de la reconnaître à première vue. Elle avait quarante cinq ans. En additionnant ses onze accouchements, elle avait passé presque dix années enceinte et au moins autant d'autres à allaiter ses enfants. Ses cheveux étaient complétement devenus blancs avant l'heure, ses yeux paraissaient plus grands et stupéfaits derrière ses premiers verres à double foyer, et elle portait un deuil austère et sérieux depuis la mort de sa mère, mais elle gardait encore la beauté romaine de sa photo de mariage, alors dignifiée par une aura automnale. Avant tout, même avant de m'embrasser, elle me dit avec son style cérémonial habituel:
-Je viens te demander un service, c'est que tu m'accompagnes pour vendre la maison.
Elle n'eut pas besoin de me dire laquelle, ni où, car pour nous, il n'en existait qu'une au monde: la vieille maison de nos grands-parents à Aracataca, où j'eus l'heureuse chance de naître et où je ne revins pas vivre après mes huit ans. J'achevais d'abandonner la faculté de droit au bout de six semestres, dédiés plus que tout à lire ce qui tombait entre mes mains et à réciter de mémoire la poésie extraordinaire du Siècle d'Or espagnol. J'avais déjà lu, traduits et en éditions empruntées, tous les livres qui m'auraient suffi pour apprendre la technique d'écrire des romans, et j'avais publié six contes dans des suppléments de journaux, qui méritèrent l'enthousiasme de mes amis et l'attention de quelques critiques. J'allais fêter mes vingt trois ans le mois suivant, j'étais déserteur du service militaire et vétéran de deux blénnorragies, et je fumais chaque jour, sans prémonitions, soixante cigarettes de tabac brun. Je partageais mon temps libre entre Baranquilla et Cartagena de Indias, sur la côte caraïbe de la Colombie, en survivant comme un coq en pâte avec ce qu'on me payait pour mes notes quotidiennes dans le journal El Heraldo, ce qui était presque moins que rien, et je dormais le mieux accompagné que possible en quelque endroit où la nuit me surprenne. Comme si l'incertitude à propos de mes ambitions et le chaos de ma vie ne suffisaient pas, un groupe d'amis inséparables et moi-même nous disposions à publier une revue téméraire et sans ressources, que Alfonso Fuenmayor planifiait depuis trois ans. Que pouvais-je désirer de plus ?

***

Mélissa nous propose sa traduction :

Ma mère me demanda de l’accompagner pour vendre la maison. J’étais arrivé à Barranquilla ce matin depuis le village éloigné où vivait ma famille et elle ne savait absolument pas comment me trouver. Demandant par-ci par-là parmi les gens du cru, ils lui indiquèrent de me chercher dans la Librairie Mundo ou dans les bars voisins, où j’allais deux fois par jours discuter avec mes amis écrivains. Celui qui lui avait répondu l’avait averti : « allez-y prudemment car ils sont fous à lier ». Elle était arrivée à midi pile. Elle se fraya un passage avec son pas léger entre les tables de livres en exposition, elle se mit devant moi, me regardant dans les yeux avec le sourire radieux des ses meilleurs jours, et avant que je puisse réagir, elle me dit :

- Je suis ta mère.

Quelque chose avait changé en elle, ce qui m’empêcha de la reconnaître dès le premier regard. Elle avait quarante cinq ans. En additionnant ses onze accouchements, elle avait passé presque dix ans enceinte et au moins autant à allaiter ses enfants. Ses cheveux avaient blanchi entièrement avant l’âge, on voyait ses yeux plus grands et plus ronds derrière ses double foyers, et elle gardait un deuil profond et sérieux pour la mort de sa mère, mais elle gardait encore la beauté romaine de sa photo de mariage, aujourd’hui plus digne grâce à une aura mature. Avant toute chose, même avant de m’enlacer, elle me dit avec son habituel ton cérémonieux :

- Je viens te demander la faveur de m’accompagner pour vendre la maison.

Elle n’eut pas besoin de me dire laquelle, ni où, car pour nous, il en existait seulement une dans le monde : la vieille maison des grands-parents à Aracataca, où j’eus la chance de naître et où je n’étais pas retourné vivre depuis mes huit ans. Je venais d’abandonner la faculté de droit au bout de six semestres, consacrés plus que tout à lire ce qui me tombait entre les mains et à réciter de mémoire la formidable poésie du Siècle d’Or espagnol. J’avais déjà lu, traduits et en éditions rares, tous les livres qui me suffisaient pour apprendre la technique d’écriture du roman, et j’avais publié six contes en suppléments de journaux, qui avaient valu l’enthousiasme de mes amis et l’attention de certaines critiques. J’allais fêter mes vingt trois ans le mois suivant, j’étais déjà un déserteur du service militaire et guérissant de deux blennorragies, et je fumais tous les jours, sans craintes, soixante cigarettes de tabac étranger. Pour les loisirs, j’alternais entre Barranquilla et Carthagène d’Inde, sur la côte caribéenne de la Colombie, survivant comme un prince avec ce qu’on me payait pour mes piges quotidiennes dans El Heraldo, ce qui était presque moins que rien, et je dormais le mieux accompagné possible là où m’emmenait la nuit. Comme si l’incertitude sur mes prétentions et le chaos de ma vie n’étaient pas suffisants, avec un groupe d’amis inséparables nous nous disposions à publier une revue téméraire et sans ressources sur laquelle Alfonso Fuenmayor travaillait depuis trois ans. Que pouvais-je vouloir de plus ?

***

Justine nous propose sa traduction :

Ma mère me demanda de l’accompagner pour la vente de la maison. Elle était arrivée à Baranquilla ce matin, elle avait fait la route depuis le lointain village où vivait notre famille, et elle n’avait pas la moindre idée de l’endroit où elle me trouverait. En demandant à droite à gauche à mes connaissances, on lui conseilla de me chercher à la librairie Mundo ou dans les cafés voisins, où je me rendais deux fois par jour pour discuter avec mes amis écrivains. Celui qui donna ce conseil à ma mère la prévint : « Soyez prudente, ils sont fous à lier ». A midi pile, je fais mon entrée. Ma mère qui marchait d’un pas léger, se fraya un chemin parmi les tables qui accueillaient une exposition littéraire, elle se planta devant moi, et me regardant dans les yeux, afficha un sourire espiègle, celui de ses meilleurs jours, et avant que j’ai pu réagir, elle me dit :
« Je suis ta mère ».
Un changement s’était opéré en elle qui m’empêcha de la reconnaître tout de suite. Elle avait quarante-cinq ans. Si l’on fait la somme de ses onze accouchements, elle avait passé quasiment dix ans enceinte et au moins autant de temps à allaiter ses enfants. Ses cheveux avaient blanchi avant l’heure, derrière ses lunettes à double foyer de grands yeux étonnés, et dans son attitude sérieuse et renfermée elle portait toujours le deuil de sa mère, mais elle conservait toujours la même beauté romaine que sur sa photo de mariage, aujourd’hui rehaussée par l’âge mûr. Avant toute chose, avant même de m’embrasser, elle me dit d’un ton cérémoniel, dont elle usait régulièrement.
« Je viens te demander une faveur, celle de m’accompagner pour la vente de la maison. »
Il ne lui fût pas nécessaire de me préciser laquelle, ni où elle se trouvait, car pour nous il n’en existait qu’une au monde : la vielle maison des grands-parents à Aracataca, dans laquelle j’ai eu la chance de naître, mais où je ne suis pas retourné depuis mes huit ans. Je venais d’abandonner la faculté de droit après six semestres, que j’ai passé à rien de moins qu’à lire tout ce qui me tombait sous la main, et à réciter par cœur la poésie indicible du Siècle d’Or Espagnol. J’avais déjà lu ,traduits, et dans des éditions prêtées, tous les livres qui m’auraient suffi à apprendre les techniques d’écriture d’un roman, et j’avais publié six contes dans des suppléments de journaux, qui ont suscité l’enthousiasme de mes amis, et retenu l’attention de quelques critiques. J’allais fêter mes vingt-trois ans le mois prochain, mais j’étais déjà vieux, j’avais déjà échappé à mon service militaire, souffert de deux blennorragies, je fumais chaque jour, sans que cela ne m’occasionne de visions, soixante-dix cigarettes, avec un tabac du tonnerre. Mes loisirs oscillaient entre Baranquilla et Cartagena de Indias, sur la côte caraïbe de la Colombie ;je vivotais comme un prince avec ce que me rapportaient mes notes quotidiennes dans El Heraldo, autant dire presque rien, et je restais dormir à l’endroit où j’étais lorsque la nuit me surprenait, le plus souvent possible dans des endroits fréquentés. Comme si l’incertitude de mes prétentions et de ma vie chaotique ne suffisait pas, nous étions un groupe d’amis inséparables prêts à publier sans fonds, une revue téméraire à laquelle Alfonso Fuennmayor réfléchissait déjà depuis trois ans. Que pouvais-je demander de plus ?

***

Annabelle nous propose sa traduction :

Ma mère me demanda de l'accompagner pour vendre la maison. Elle était arrivée à Barranquilla ce matin depuis le village éloigné où vivait la famille et n'avait pas la moindre idée de comment me trouver. En demandant par-ci, par-là, à des connaissances, on lui indiqua de me chercher à la librairie Mundo ou dans les cafés voisins, où j'allais deux fois par jour pour converser avec mes amis écrivains. Celui qui le lui dit la mit en garde : « Soyez prudente car ce sont des fous à lier ». Elle arriva à midi pile. Elle se fraya un chemin de sa démarche légère entre les tables de livres en présentation, se planta devant moi, me regardant dans les yeux avec son sourire espiègle des meilleurs jours, et avant je n'aie pu réagir, elle me dit :
–C'est moi, ta mère.
Quelque chose avait changé en elle qui m'empêcha de la reconnaître au premier regard. Elle avait quarante-cinq ans. En additionnant ses onze grossesses, elle avait passé presque dix ans enceinte et au moins autant à allaiter ses enfants. Ses cheveux avaient complètement blanchi avant l'heure, ses yeux paraissaient plus grands et étonnés derrière ses premières lentilles bifocales, et elle gardait un deuil strict et sévère depuis la mort de sa mère, mais elle conservait encore la beauté romaine de son portrait de mariage, à présent rendue plus digne par une aura automnale. Avant toute chose, avant même de m'embrasser, elle me dit avec son style cérémonieux habituel :
–Je viens te demander la faveur de m'accompagner pour vendre la maison.
Elle n'eut pas besoin de me dire laquelle, ni où, car pour nous il n'en existait qu'une seule au monde : la vieille maison des grands-parents à Aracataca, où j'ai eu la chance de naître et où je ne suis pas revenu vivre depuis mes huit ans. Je venais d'abandonner la faculté de droit au bout de six semestres, consacrés en premier lieu à lire tout ce qui me tombait dans les mains et à réciter par cœur la poésie inénarrable du Siècle d'Or espagnol. J'avais déjà lu, traduits et en éditions prêtées, tous les livres qu'il m'aurait fallu pour apprendre la technique du roman, et j'avais publié six nouvelles dans des suppléments de journaux, qui avaient suscité l'enthousiasme de mes amis et l'attention de quelques critiques. J'allais avoir vingt-trois ans le mois suivant, j'étais déjà en infraction avec le service militaire et vétéran de deux blennorragies, et je fumais chaque jour, sans arrière-pensée, soixante cigarettes de tabac brut. J'alternais mes loisirs entre Barranquilla et Cartagena de Indias, sur la côte caribéenne de Colombie, survivant bon gré mal gré avec ce qu'on me payait pour mes contributions quotidiennes dans l'Heraldo, ce qui était presque moins que rien, et je dormais accompagné du mieux possible où la nuit me surprenait. Comme si l'incertitude sur mes ambitions et le chaos de ma vie ne suffisait pas, nous nous disposions, un groupe d'amis inséparables et moi, à publier une revue téméraire et sans moyens qu'Alfonso Fuenmayor planifiait depuis trois ans. Que pouvais-je désirer de plus?

Version pour le 26 avril – dernière de l'année pour les apprentis traducteurs

Et pour la dernière, notre cher Manolito Gafotas.

Esto es sólo el principio

Aquí estoy otra vez. Soy Manolito, el mismo de un libro que se llama Manolito Gafotas. Hay tíos que se piensan que saben todo sobre mi vida por haber leído ese libro. Hay tíos en el Planeta Tierra que se creen muy listos. Dice mi abuelo Nicolás que con mi vida se podrían rellenar enciclopedias; y no lo dice porque sea mi abuelo, lo dice porque es cierto. En los ocho años que llevo viviendo en la bola del mundo (del mundo mundial) me han pasado tantas cosas que no me daría tiempo a contarlas en los próximos 92 años; y digo 92 porque a mí, si pudiera elegir, me gustaría morirme a los cien años; es que morirse antes no merece la pena. Es lo que yo le digo a mi abuelo.
–Morirse a los ochenta y siete no mola, abuelo; te mueres a los cien años y quedas como un rey, con dos ceros como catedrales.
Yo no puedo entender a esas personas tan importantes que se ponen a escribir sus memorias cuando son viejos y sólo les sale un libro de 357 páginas. Te digo una cosa: yo tengo sólo ocho años y a mí, ahí, en 357 páginas, mi vida no me cabe. Así que tendré que escribir libros y libros y libros para que te vayas enterando de la verdad de mi vida: Manolito se compra un chándal, El Imbécil tiene nombre, Los chistes de Manolito, Manolito en Nueva York. Bueno, este último es de ciencia ficción, porque yo en Nueva York no voy a estar nunca; es una tradición que hay en mi familia, la de no ir nunca a Nueva York; es casi tan antigua como la de comer doce uvas en Noche Vieja o bailar la conga en las fiestas de Carabanchel. Hasta donde yo puedo saber de mis antepasados ninguno fue a Nueva York, y no creo que yo vaya a ser el primero, porque en mis ocho años de vida en este Planeta no he sido el primero en nada; pregúntaselo a mi sita Asunción, que me definió al acabar el curso como «el clásico niño del montón». Pero no quiero adelantarte el final del libro, no voy a ser como el Orejones, que se va tres días antes que tú a ver una película para contarte el final y reventártela. Es una gracia típica de mi gran amigo (aunque sea un cerdo traidor).
En este libro vienen algunas de las aventuras que me pasaron en los últimos meses, y son tantas, tantas, las cosas que me ocurren todos los días que me costó mucho decidirme por cuáles contarte. Y lo malo es que todo el mundo tenía que meter baza:
Yihad me dijo que si no sacaba la aventura del silbato nos veríamos las caras un atardecer en el parque del Ahorcado.
La Susana Bragas–sucias me pedía todos los días un capítulo para ella sola:
–... y no como en el otro libro, que sólo contaste lo de las bragas, gracioso –me dijo.
La Luisa no quería que apareciera la historia de Los cochinitos, pero, como en el fondo, le hacía mucha gracia, me propuso que a ella y a Bernabé les sacara con seudónimo. Al final, se me olvidó y están con sus verdaderos nombres. Mi madre ha dicho:
–Ya veremos las repercusiones del librito en el barrio.
El Imbécil, como de momento es analfabeto, tiene una única obsesión: que le saquen continuamente en los dibujos. Así, cogerá el libro, señalará sus retratos con el chupete (llenando las hojas de babas) y dirá:
–Yo.
Y pasará las hojas hasta que vuelva a encontrarse. Cuando sepa leer exigirá ser el protagonista. Fijo.
La madre de Arturo Román llamó a mi madre para decirle:
–Con lo amigo que es mi Arturo de Manolito y la vez anterior el pobre sólo decía una frase.
El Orejones me confesó el otro día que después de mucho pensar ha llegado a la conclusión de que las partes que más molan son las que sale él.
–Te lo digo con el corazón –me dijo llevándose la mano al lado derecho (su fuerte no es la anatomía humana).
El dueño del Tropezón me pidió que no sacara que el año pasado intoxicó a medio Carabanchel Alto con una ensaladilla rusa que estaba caducada; así que ese capítulo lo guardaré para hacerle chantaje de vez en cuando.
Los únicos que no han protestado ni han pedido nada han sido mi padre (aunque sé que está muy contento porque en este libro aparece cantidad) y mi abuelo, que, viendo que entre unos y otros no me dejaban en paz, me dijo:
–Tú a tu bola, Manolito; si quieren salir en un libro que se lo escriban ellos.
Así que eso he hecho, he ido a mi bola, que para eso soy el que cuenta estas espeluznantes historias.

Elvira Lindo, Pobre Manolito

Rappel…

Pour ceux qui ne me l'ont pas encore envoyée, je vous rappelle que vous avez une version à me rendre aujourd'hui – le texte de Benedetti. Je publie tout demain à 10h00, dernier délai.

Références culturelles, 774 : Los novatores

Los novatores
une idée d'Odile

http://es.wikipedia.org/wiki/Novatores

À vos dicos…, 117

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : GREVER

vendredi 25 mars 2011

Entraînement test de juin, 16

20 minutes :

—Allí todo es tan distinto que no podéis llegar a imaginarlo. Apenas se entra en el agua ya os rodean toda clase de peces de mil y mil colores; grandes y pequeños; de tan diversas formas que me llevaría tres días explicároslo.
‘Ninguno huye, como ocurre aquí, en el Mediterráneo, sino que se aproximan y suben desde las profundidades para ver qué nueva especie es la que invade su mundo. Es fabuloso el colorido, la variedad, la cantidad e incluso los tamaños. De igual modo encontraréis minúsculas mariposas de mar que tranquilos peces luna, hasta llegar a los meros gigantes y a los tiburones de tres y cuatro metros de longitud.
‘¿Qué podría contaros de las mantas? De ellas no se puede decir más que una cosa: id a verlas. Son como gigantescos murciélagos que nadan lentamente, con las enormes fauces abiertas de par en par, llevando ante ellas cuatro o cinco diminutos peces piloto. A veces llegan a pesar quinientos, setecientos, y hasta más kilos.
‘¿Diablos? ¿Quién lo ha dicho? Prefiero tres de esas mantas diablo de diez metros de envergadura a un sólo tiburón-tigre de no más de cuatro metros, aunque en principio os hagan pasar más miedo que todos los tiburones juntos, pues su aspecto es verdaderamente aterrador.

Alberto Vázquez Figueroa, Bajo siete mares

***

Bruno nous propose sa traduction :

Tout est si différent là-bas que vous ne pouvez pas arriver à l'imaginer. A peine entre-t-on dans l'eau que déjà vous entourent toute sorte de poissons aux mille et une couleurs, grands et petits, aux formes si diverses que cela me prendrait trois jours pour vous l'expliquer.
Aucun ne s'enfuit, comme cela arrive ici, dans la Méditerranée, mais au contraire, ils s'approchent et remontent des profondeurs pour voir quelle nouvelle espèce est celle qui envahit leur monde. C'est fabuleux, leur couleur, leur variété, leur quantité et mêmes leurs tailles. Vous rencontrerez de la même façon de minuscules poissons-papillons et de tranquilles poissons lunes, jusqu'aux mérous géants et aux requins de trois ou quatre mètres de long.
Que pourrais-je vous raconter à propos des raies mantas? On ne peut dire d'elles qu'une chose: allez les voir. Elles sont comme de gigantesques chauves-souris qui nagent lentement, avec leurs énormes gueules grandes ouvertes, ayant devant elles quatre ou cinq poissons-pilotes. Parfois elles arrivent à peser jusquà cinq cents ou sept cents kilos et même plus.
Des diables? Qui a dit ça? Je préfère trois de ces raies mantas, diables de dix mètres d'envergure à un seul requin-tigre d'à peine quatre mètres, même si, en principe, elles vous font plus peur que tous les requins réunis, car leur aspect est vraiment terrifiant.

***

Mélissa nous propose sa traduction :

- Ici, tout est si différent qu’on ne peut pas arriver à l’imaginer. A peine entre-t-on dans l’eau que déjà toute sorte de poisson de mille et mille couleurs nous entoure ; grand et petits ; de si différentes formes que ça me prendrait trois jours pour vous l’expliquer.
Aucun ne fuit, comme ça arrive ici, dans la Méditerranée, en revanche il s’approchent et montent depuis les profondeurs pour voir quelle nouvelle espèce est celle qui envahit leur monde. C’est fabuleux : les couleurs, la variété, la quantité et même les tailles. On rencontrera de minuscules papillons de mer de la même façon que de tranquilles poissons-lunes, pour arriver aux mérous gigantesques et aux requins de trois et quatre mètres de long.
Que pourrait-on vous dire sur les raies Manta ? On ne peut dire qu’une seule chose à leur propos : allez les voir. Elles sont comme de gigantesques chauves-souris qui nagent lentement, avec leurs énormes bouches bées, qui ont devant elles quatre ou cinq minuscules poissons pilotes. Parfois, elles arrivent à peser cinq cents, six cents kilos, voire plus.
Des diables ? Qui a dit cela ?

***

Justine nous propose sa traduction :

Là-bas, tout est tellement différent qu’il vous est impossible de l’imaginer. A peine êtes vous entré dans l’eau que déjà toute sorte de poissons vous entourent. Des grands, des petits, des poissons aux mille couleurs, de formes tellement diverses, qu’il me faudrait trois jours pour vous en parler.

« Aucun ne fuis, comme c’est le cas ici en Méditerranée, au contraire ils s’approchent et remontent des profondeurs pour voir quelle est la nouvelle espèce qui envahit leur monde. Les couleurs, la diversité, la quantité et même les différences de taille sont fabuleuses. Vous rencontrerez aussi bien de minuscules étoiles de mer, que de tranquilles poissons lunes, vous pourrez également aller à la rencontre de mérous géants, ou de requins mesurant jusqu’à trois ou quatre mètres de long.

Que pourrais-je vous dire au sujet des raies mantas ? Une seule chose : Allez les voir ! Elles sont semblables à de gigantesques chauves-souris qui nagent lentement, leurs énormes gueules béantes, emmenant devant elles quatre ou cinq minuscules poissons pilotes. Parfois ils pèsent jusqu’à cinq cent ou sept cent kilos, voire plus.

Des diables ? Qui a dit ça ? Je préfère trois de ces raies mantas, d’une envergure de dix mètres a un seul requin tigre, ne mesurant pas plus de quatre mètres de long, même si en principe, elles vous causent plus de peur que tous les requins réunis, en raison de leur aspect vraiment effrayant.

Références culturelles, 773 : Juan Luis Vives

Juan Luis Vives
une idée d'Odile

http://es.wikipedia.org/wiki/Juan_Luis_Vives

À propos du salon du livre, par Julie Sanchez

Samedi 19 mars 2011, Porte de Versailles, Salon du Livre.

Cher tous,

Aujourd’hui est un grand jour. Je suis au Salon du Livre et – ô joie ! – j’ai remarqué qu’une conférence avait lieu à 18h.

Intitulée Traducteurs et Traduction, le rapport Pierre Assouline, je me dis que je ne peux pas la rater. Si je ne dois en voir qu’une, ce sera celle-là !

Chose dite, chose faite.

Je traîne mon petit ami à travers la foule « Mais si, tu vas voir, ça va être bien ! Et puis comme ça, tu vas connaître un peu plus ce milieu ! ». Le pauvre a l’air dubitatif mais me suit. Nous sommes restés deux heures debout, mais ce que nous avons pu voir et entendre a été très instructif

Étaient présents Pierre Assouline, journaliste et écrivain, l’éditrice Dominique Bourgois, l’éditeur Antoine Gallimard, président du Syndicat National de l’Edition, et Olivier Mannoni, traducteur de l’allemand, président de l’ATLF.

Je laisse la vidéo ci-joint pour que vous puissiez voir intégralement la conférence.

http://www.cnlwebtv.fr/les-traducteurs-et-la-traduction-le-rapport-de-pierre-assouline-63.html

Pierre Assouline a rencontré des éditeurs, des traducteurs et aborde dans son rapport les critères de sélection, la formation, la rémunération, la mauvaise fois des éditeurs et des traducteurs (comment ça une mauvaise foi des traducteurs ??) ainsi que d’autres thèmes.

Un rapport qui s’annonce varié et très intéressant pour nous tous.

Il sera disponible d’ici quelques jours sur le site du CNL et en version imprimée d’ici un mois. Lorsque j’aurai trouvé le lien internet pour le télécharger, je l’enverrai à Caroline.

Concernant les formations, j’ai été choquée d’entendre ce qui a été dit durant la conférence. Le thème a été abordé très rapidement et j’ai hâte de voir ce que dit le rapport.

En résumé, il paraît que les formations ne sont pas aussi bonnes qu’elles devraient l’être, que nos professeurs ne sont pas des professionnels, que nous en sortons avec un niveau de français insuffisant ou encore que nous ne rencontrons pas d’éditeurs, de libraires ou de traducteurs. Je vous laisse voir la vidéo pour vous faire une idée.

J’ai eu très envie de prendre le micro mais le temps de parole accordé au public a été bref et ce sont surtout des traducteurs qui ont pu s’exprimer.

J’aurais aimé faire entendre ma voix et expliquer qu’à Bordeaux 3, notre master sort apparemment du lot, que nos tuteurs sont des traducteurs qui publient, que notre niveau de français est plutôt bon (la preuve sur ce blog !), que nous apprenons à aiguiser notre plume, que nous rencontrons des professionnels ou encore que nous avons un stage à exécuter en maison d’édition…

La liste est longue et j’aimerais voir si dans le rapport de Pierre Assouline il y a une référence à notre master et à notre formation d’hispanistes. Les anglicistes semblent nous envier et je ne peux que remercier Caroline pour tout ce qu’elle nous apporte depuis ce début d’année.

Merci de nous pousser, de nous ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure (la culture est partout !), de nous apprendre tant de choses et de nous faire voir la traduction autrement.

Je ne sais pas si je pourrai publier une traduction un jour, mais cette formation me fait grandir chaque jour et m’oblige à donner le meilleur de moi-même.

En apprenant que notre formation allait peut-être fermer pour des raisons financières, j’ai envie de demander à tout le monde de réfléchir un instant…

Une formation professionnelle coûte cher, mais cela n’en vaut-il pas la peine ?

Sachez que la France est le pays qui traduit le plus au monde, que les gens lisent et que la traduction a encore de beaux jours devant elle.

Sachez que dans ce rapport, Pierre Assouline aborde le problème du trop grand nombre d’anglicistes dans les formations.

Quand j’entends dire que c’est une formation d’hispanistes que l’ont veut fermer, je suis affligée. Où est la logique là dedans ?

Je n’ai rien contre les anglicistes. Je ne souhaite pas fermer leur formation au lieu de la nôtre.

Mais pourquoi ne pas laisser les deux ouvertes ? Il y a trop de futurs traducteurs anglicistes, mais personne ne parle des hispanistes. Ce que j’ai entendu (et ce que je pense lire d’ici peu), c’est que les langues rares sont un marché qui se développe mais que le marché de l’espagnol ne faiblit pas. Pour l’instant le nombre de traducteurs d’espagnol n’est pas trop élevé et la situation n’est pas bloquée, au contraire.

Cette formation n’a pas à être fermée. Pour l’amour de la culture, de la traduction, des livres… Pour une question de logique… Pour l’avenir des étudiants qui ont accès, grâce à ce master, à un milieu trop peu connu ainsi qu’à un contact avec la vie professionnelle…

À vos dicos…, 116

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : ÉPITAPHE

jeudi 24 mars 2011

Entretien avec Noëlle Yábar-Valdez (traductrice / espagnol), réalisé par Perrine Huet

Je remercie encore Noëlle Yábar-Valdez d’avoir gentiment accepté de répondre à mes questions

1 – Comment êtes-vous venue à la traduction ?
Petit à petit. Mon mari était poète, et d'origine péruvienne et nous avions 2 revues, l'une en français "Rimbaud Revue" pour laquelle j'ai eu l'occasion de traduire un grand nombre de poèmes, récits, essais, critiques littéraires ; l'autre était une revue en espagnol "Neruda Inter­nacional", pour laquelle je faisais la même chose.

2 – Votre première traduction, qu’en pensez-vous aujourd’hui ?
Je la considère toujours très satisfaisante ; je dois dire que j'avais un excellent critique en la personne de mon mari qui n'aurait laissé passer aucune imperfection.

3 – Comment voyez-vous aujourd’hui le métier de traducteur ?
Il ne m'est gère possible de vous répondre car je suis quelque peu déconnectée actuellement, ne traduisant plus que très occasionnellement, quoique… ma dernière traduction remonte à quelques mois, c'était l'œuvre complète d'un ami poète mexicain, Francisco Azuela.

4 – Exercez-vous ce métier à plein temps ?
Non, et je ne l'ai jamais exercé à plein temps, étant professeur d'histoire-géographie, tout d'abord, puis d'espagnol. La traduction a toujours été, pour moi, un travail en plus.

5 – Quels sont les principaux outils que vous utilisez lorsque vous traduisez un texte ?
Fondamentalement, un bon dictionnaire, mais surtout un dictionnaire de synonymes et d'antonymes, c'est essentiel.

6 – Lorsque vous rencontrez une difficulté et que vous êtes bloqué, comment procédez-vous ?
Je laisse reposer quelques temps avant de reprendre la traduction. Laisser décanter est extrêmement important, avant de relire à tête reposée.

7 – J’ai vu que vous traduisez diverses sortes de littérature : littérature générale, histoire, ethnologie, poésie : voyez-vous d’importantes différences entre elles en tant que traducteur ?
Je pense qu'on ne peut pas faire de traduction dans n'importe quel domaine : littérature, histoire, sciences, commerce, indifféremment. C'est pourquoi, je pense qu'il est très important d'étudier autre chose que la traduction. Personnellement, j'ai étudié l'histoire, et l'histoire de l'art, puis je me suis spécialisée dans l'ethnohistoire. Pour ce faire, j'ai vécu 2 ans au Mexique (Mexico et Chiapas).
C'est pour cela que je me sens à l'aise dans ces domaines. Par ailleurs, je pense très sincère­ment que la traduction la plus délicate est, de loin, celle de la poésie et je ne me serais jamais lancée dans ce domaine si je n'avais pas bénéficié de l'œil très critique de mon mari.

8 – Quels rapports entretenez-vous avec les éditeurs ?
Rapports très difficiles, surtout en ce qui concerne la poésie. Mais tout ce que j'ai traduit pour tel ou tel éditeur, c'était lui qui me l'avait proposé.

9 – Quels rapports éventuels entretenez-vous avec les auteurs sur lesquels vous travaillez ?
J'ai toujours eu de très bons rapports avec les auteurs que j'ai traduits, en particulier les poètes, critiques littéraires, etc… qui m'ont souvent manifesté leur satisfaction.

10 – Quel est votre meilleur souvenir de traducteur ? Et le moins bon ?
Je ne saurais vraiment pas vous dire. Mais, par contre, je peux vous assurer que la traduction littéraire apporte beaucoup de satisfaction.

11 – Le traducteur est-il pour vous un auteur ou un passeur ?
Je ne crois pas que se soit le cas quand il s'agit de traduction technique ou commerciale !!! Mais, s'il est absolument indispensable de rester fidèle au texte que l'on traduit, il est tout aussi indispensable d'avoir une sensibilité littéraire et d'aimer la langue car une traduction trop littérale risque fort d'être illisible, insupportable. Exemple : mon mari n'a jamais supporté les traductions de Neruda par Claude Couffon car il pensait qu'il n'avait aucun don pour la poésie, aucune sensibilité poétique. Un traducteur littéraire est donc beaucoup plus qu'un simple pas­seur, s'il n'est que passeur, sa traduction ne peut pas être bonne, surtout en poésie. Mais il est souvent très délicat de trouver la dose juste car, recréer une œuvre de façon trop personnelle est un écueil tout aussi grave.

12 – Traduire a-t-il fait de vous un lecteur différent ? Le cas échéant, quel lecteur ?
J'ai toujours énormément aimé lire, c'est, et ça a toujours été, mon principal passe-temps. La traduction est quelque chose de très enrichissant, d'autant que, connaître une autre langue per­met souvent de voir le monde sous des angles très diversifiés : la structure, la grammaire, les mots, etc…, tout cela exprime une façon de percevoir le monde qui peut être très différente.
Voyez la particularité de la construction de la phrase en allemand, la rigueur de la grammaire espagnole… et ce n'est sûrement pas pour rien que l'anglais est la langue commerciale con­temporaine par excellence, alors que le français a symbolisé la culture…

13 – Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un(e) apprenti(e) traducteur(trice)?
Je lui conseillerais avant tout de toujours laisser décanter sa traduction, avant de la reprendre, tranquillement, d'éviter l'urgence (je parle, évidemment de la traduction littéraire, la seule que je connaisse).

Entraînement test de juin, 15

Chers étudiants du Master 1,

J'ai été très occupée ces derniers jours et je n'ai donc pas pu publier vos entraînements quotidiens ni vos dernières traductions. Je me mets à jour…

60 minutes :

Pepa se encogió de hombros. Modolell estaba irritado y compungido. Paseaba su alta estatura de príncipe rubio por el salón, llevándose de vez en cuando sus manos largas y casi transparentes a la melena rubia y sedosa, como si el oro hubiera conseguido la perfección líquida del mercurio. Cada vez que Modolell entraba en una estancia, fuera la que fuera, fuera donde fuera, todas las miradas inicialmente iban hacia él. Primero hacia su cabeza de arcángel rubio y luego hacia aquella espléndida figura de príncipe gimnásticamente articulado, hacia la presentida tensión de sus músculos de atleta griego bajo las anchuras de un muy bien seleccionado vestuario de Giorgio Armani. Estar junto a él significa recibir el efluvio de una criatura privilegiada, y puedo decirlo con el conocimiento que me dan largas sesiones de discusión y trabajo conjunto sobre cómo solucionar la ar
quitectura de interiores de más de 10 obras, aunque quizá recuerdo con mayor intensidad la primera colaboración que dio lugar a mi trabajo más celebrado: la decoración de un salón de té en Ibiza, una maravillosa, loca y libre obra en la que conseguí establecer la integración perfecta entre el interior y el exterior, cobijados ambos por una cúpula de cristal a manera de lucernario pálidamente tricolor. Del cuerpo de Modolell salía una energía aromática, y cuando me miraba no podía resistir la ambigua oferta de aquellos ojos entre el azul y el gris, azul de mar griego, gris brillante de mal encapotado atardecer de victoria naval.
—¿Hubieran imaginado alguna vez el final de Carlota sus padres? Un final tan cruel.

Muerta en el agua, como Ofelia. "...Y entonces se despiertan las sirenas y nos ahogamos", recordaba un fragmento de Elliot que siempre me hacía estremecer.

—Un crimen, señor Ventós, un crimen.

Manuel Vázquez Montalbán, Cuarteto

***

Annabelle nous propose sa traduction :

Pepa tourna le dos. Modolell était irrité et ému. Il promenait sa grande stature de prince blond dans tout le salon, passant de temps à autre ses longues mains presque transparentes dans sa chevelure blonde et soyeuse, comme si l'or avait obtenu la perfection liquide du mercure. Chaque fois que Modolell entrait dans une pièce, quelle qu'elle soit, où que ce soit, tous les regards se tournaient aussitôt vers lui. D'abord vers sa tête d'archange blond et ensuite vers cette splendide silhouette de prince à l'allure de gymnaste, vers la tension de ses muscles d'athlète grec qui se devinait sous la coupe d'une garde-robe très bien choisie de Giorgio Armani. Être près de lui signifiait recevoir les effluves d'une créature privilégiée, et je peux le dire avec la connaissance que me donnent de longues séances de discussion et de travail conjoint sur comment trouver l'architecture intérieure de plus de 10 ouvrages, même si je me rappelle peut-être avec plus d'intensité la première collaboration qui donna lieu à mon travail le plus reconnu : la décoration d'un salon de thé à Ibiza, une merveille, une œuvre folle et libre dans laquelle j'ai réussi à établir l'intégration parfaite de l'intérieur avec l'extérieur, les deux réunis par une coupole de verre à la manière d'une lanterne pâle et tricolore. Une énergie aromatique sortait du corps de Modolell, et quand il me regardait je ne pouvais pas résister à l'offrande ambiguë de ces yeux entre le bleu et le gris, bleu de mer grecque, gris brillant de soirée un peu couverte de victoire navale .
– Est-ce que les parents de Carlota auraient pu imaginer sa fin?
Une fin si cruelle.
Morte dans l'eau, comme Ophélie. « … Et alors les sirènes se réveillent et nous nous noyons », rappelait un extrait d'Elliot qui me faisait toujours frissonner.
–Un crime, Monsieur Ventós, un crime.

***

Benoît nous propose sa traduction :

Pepa haussa les épaules. Modolell était à la fois irrité et consterné. Il promenait sa grande stature de prince blond à travers le salon, passant de temps à autre ses grandes mains presque transparentes dans sa tignasse blonde et soyeuse, comme si l'or avait atteint la perfection liquide du mercure. Chaque fois que Modolell entrait dans une pièce, quelle qu'elle soit, où qu'elle soit, tout les regards se tournaient directement vers lui. D'abord vers sa tête d'archange blond et ensuite vers cette splendide silhouette digne de celle d'un gymnaste, vers la tension devinable de ses muscles d'athlète grec, sous la largeur d'un costume fort bien choisi de chez Giorgio Armani. Être à ses cotés, signifiait recevoir l'effluve d'une créature privilégiée, et je peux le dire grâce à la connaissance ue m'apportent ces longues séances passées à discuter et à travailler ensemble sur comment résoudre l'architecture de de l'intérieur de plus de dix chantiers, même si, peut-être, je me souviens avec une plus grande intensité notre première collaboration qui avait donné lieu à mon travail le plus célébré : la décoration d'un salon de thé à Ibiza, une merveille, une œuvre folle et libre dans laquelle j'ai réussi à créer l'union parfaite entre l'intérieur et l'extérieur, tout deux abrités par une coupole de verre, à la manière des lucarnes, d'un pâle tricolore. Il émanait de du corps de Modolell une énergie aromatique, et quand il me regardait, je ne pouvais résister à l'appel ambigu de ces yeux d'une couleur entre le bleu et le gris, le bleu d'une mer grecque, le gris brillant d'un coucher de soleil très couvert un jour de victoire naval.
-Vos parents auraient-ils imaginé une seule seconde comment finirait Carlota ?
Une fin si cruel.
Morte dans l'eau, comme Ofelia. « ... alors se réveillent les sirènes et nous nous noyons », je me rappelais un extrait d'Elliot qui me faisait toujours frémir.
-Un crime, Monsieur Ventos, un crime.

Références culturelles, 772 : Antonio José Cavanilles

Antonio José Cavanilles
une idée d'Odile

http://es.wikipedia.org/wiki/Antonio_Jos%C3%A9_de_Cavanilles

À vos dicos…, 115

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : VOTIF

mercredi 23 mars 2011

À vos dicos…, 114

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : APOCRYPHE

Références culturelles, 771 : Mudéjar

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mud%C3%A9jar

mardi 22 mars 2011

La chanson du mardi, choisie par Julie

Polo Montañez : Un montón de estrellas

Entraînement test de juin, 14

15 minutes :

España tiene su sitio dentro del sistema imperialista, desempeña un papel dentro del gran engranaje y no sería excesivo afirmar que desempeña uno de los peores papeles. La agudización de las contradicciones políticas y sociales en 1936 provocó un desplazamiento de la voluntad popular hacia las fuerzas del centro-izquierda que conformaron el llamado Frente Popular de 1936. La oligarquía terrateniente y bancaria del país temió que la correlación de fuerzas se decantara hacia la izquierda y se crearan condiciones prerrevolucionarias de imposible control.

Manuel Vázquez Montalbán, Qué es el imperialismo

***

Léa nous propose sa traduction :

L’Espagne a sa place au sein du système impérialiste, elle joue un rôle dans le grand engrenage et il ne serait pas excessif d’affirmer qu’elle joue un des pires rôles. L’accentuation des contradictions politiques et sociales en 1936 a provoqué un déplacement de la volonté populaire vers les forces de centre-gauche qui formèrent ensemble le dénommé Front Populaire de 1936. L’oligarchie propriétaire et bancaire du pays craignait que la corrélation de forces se décante vers la gauche et que se créent des conditions prérévolutionnaires impossibles à contrôler.

***

Annabelle nous propose sa traduction :

L'Espagne a sa place dans le système impérialiste, elle joue un rôle dans le grand engrenage et il ne serait pas excessif d'affirmer qu'elle joue l'un des pires rôles. L'intensification des contradictions politiques et sociales en 1936 a provoqué un déplacement de la volonté populaire vers les forces du centre-gauche qui formèrent le dénommé Front Populaire de 1936. L'oligarchie des propriétaires terriens et des banques du pays craignit que la corrélation des forces ne s'oriente vers la gauche et que ne se créent des conditions prérévolutionnaires impossibles à contrôler.

***

Virginie nous propose sa traduction :

L'Espagne a sa place dans le système impérialiste, elle joue un rôle dans le grand engrenage et il ne serait pas exagéré d'affirmer qu'elle joue l'un des pires rôles. L'intensification des contradictions politiques et sociales en 1936 provoca un déplacement de la volonté populaire vers les forces du centre-gauche que formèrent le dénommé Front Populaire de 1936. L'oligarchie de propriétaires terriens et bancaire du pays eut peur que la corrélation des forces penche vers la gauche et qu'il se crée des conditions prérévolutionnaires impossibles à contrôler.

***

Mélissa nous propose sa traduction :

L’Espagne a sa place au sein du système impérialiste, elle joue un rôle au sein du grand engrenage et il ne serait pas excessif d’affirmer qu’elle joue même un des pires rôles. Le renforcement des contradictions politiques et sociales en 1936 a provoqué un déplacement de la volonté populaire envers les forces du centre gauche qui ont recadré le célèbre Front Populaire de 1936. L’oligarchie foncière et bancaire du pays a redouté que la corrélation des forces se décante en faveur de la gauche et que des conditions prérévolutionnaires de contrôle impossible se créent.

***

Pauline nous propose sa traduction :

L’Espagne a sa place dans le système impérialiste, elle joue un rôle au sein du grand engrenage et il ne serait pas excessif d’affirmer qu’elle joue l’un des pires rôles. L’aggravation des contradictions politiques et sociales en 1936 a provoqué un déplacement de la volonté populaire vers les forces du centre-gauche qui constituaient le soi-disant Front Populaire de 1936. L’oligarchie, propriétaire terrienne et bancaire du pays, a craint que la corrélation des forces ne s’orientât vers la gauche et que ne se créassent des conditions prérévolutionnaires impossibles à contrôler.

***

Bruno nous propose sa traduction :

L'Espagne a sa place à l'intérieur du système impérialiste, elle joue un rôle dans ce grand engrenage et il ne serait pas excessif d'affirmer qu'elle y joue un des pire rôles. L'aggravation des contradictions politiques et sociales en 1936 provoqua un déplacement de la volonté populaire vers les forces de centre-gauche qui formèrent conjointement ce qui fut nommé le Front Populaire de 1936. L'oligarchie des grands propriétaires et du secteur bancaire du pays craignit que la corrélation des forces se décante vers la gauche et que se créent des conditions pré-révolutionnaires impossibles à contrôler.

***

Benoît nous propose sa traduction :

L' Espagne à sa place à l'intérieur du système impérialiste, elle joue un rôle dans le grand engrenage et il ne serait pas excessif d'affirmer que c'est un des pires rôles qui lui revient. L'aiguisement des contradictions politiques et sociales en 1936 provoqua un déplacement de la volonté populaire vers les forces de le centre-gauche qui se regroupèrent en tant que ledit front populaire de 1936. L'oligarchie du pays dirigé par les grands propriétaires et les banques, craignit que la coalition des forces ne tendent vers la gauche ....

Traduit après :
et que ne s'instaurât des conditions pré-révolutionnaires impossible à contrôler.

Résultats du sondage…

Sondage : « En cas de changement de traducteur dans une série… Faut-il conserver les mêmes surnoms pour les personnages (y compris si on les juge mal traduits) ? »

Sur 36 votants, nous obtenons les résultats suivants :

Oui = 29 voix (80%)
Non = 7 voix (19%)

Logique, normal, évident… La raison ne peut que l'emporter sur cette question et je me rends à la raison – d'autant que j'ai moi-même voté « oui ». Et pourtant, si on laisse quelques secondes la parole à la déraison – car mon doigt est resté un bon moment en suspens dans la vide au-dessus du clavier –, je vous souhaite que cela ne vous arrive jamais, car quand de votre point de vue, les surnoms ont été traduits à l'envers, voire de façon ridicule, il n'est pas agréable d'avoir à les reprendre, à les écrire, à leur prêter "votre" voix de traducteur et ensuite à les assumer.

Références culturelles, 770 : Ramón Sijé

http://es.wikipedia.org/wiki/Ram%C3%B3n_Sij%C3%A9

À vos dicos…, 113

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : PITUITAIRE

lundi 21 mars 2011

Entraînement test de juin, 13

20 minutes :

Durante tres semanas podía dedicarse a rumiar sus decadencias, las mellas dejadas en su paisaje interior por la marcha de Charo, aunque quizás el motivo fundamental de su desconcierto era que ella hubiera escogido Andorra como tierra de exilio sentimental; un valle almacén de electrodomésticos, ¿o acaso no era un enmascarado valle repleto de electrodomésticos el resto del mundo y Andorra tenía el valor y la sinceridad de asumirlo? También le dolía en el corazón, cazador solitario -quemó la novela del mismo título de Carson McCullers en cuanto vio aparecer el título en la pantalla de su memoria-, la imposibilidad de lograr a Claire en el laberinto griego de su último trabajo o el desfase entre sus nulas ambiciones hacia nada o hacia nadie y las ganas de volar que percibía en Biscuter, matriculado en todo tipo de cursos por correspondencia y coleccionista de catálogos de viajes.

Manuel Vázquez Montalbán, Sabotaje Olímpico

***

Léa nous propose sa traduction :

Durant trois semaines elle pouvait se consacrer à ruminer ses décadences, les traces laissées dans son paysage intérieur par le départ de Charo, peut-être bien que le motif fondamental de son désarroi était qu’il avait choisi Andorre comme terre d’exil sentimental ; une vallée commerciale d’appareils électroménagers, ou peut-être que ce n’était pas une vallée masquée pleine d’appareils électroménagers du reste du monde et Andorre avait le courage et la sincérité de l’assumer ? il souffrait également dans son cœur, chasseur solitaire – il brûla le roman du même titre de Carson McCullers dès qu’il vit apparaître le titre sur l’écran de sa mémoire-, l’impossibilité de parvenir jusqu’à Claire, dans le labyrinthe grec de son dernier travail ou l’écart entre ses nulles ambitions pour rien ou pour personne et les envies de voler qu’il percevait chez Biscuter, inscrit pour tout type de cours par correspondance et collectionneur de catalogues de voyages.

***

Mélissa nous propose sa traduction :

Pendant trois semaines il pouvait se consacrer à ruminer ses échecs, les fêlures laissées dans son paysage intérieur pour la conduite de Charo, bien que peut être la motivation fondamentale de son désarroi était qu’elle ait pris l’Andorre comme terre d’exil sentimental ; une vallée, magasin d’électroménager, ou peut être n’était-ce pas une vallée rempli d’électroménager masquée au reste du monde et Andorre avait le courage et la sincérité de l’assumer ? Il avait aussi mal au cœur, chasseur solitaire – il brûla le roman du même titre de Carson McCullers dès qu’il vit apparaître le titre sur l’écran de sa mémoire –, l’impossibilité d’atteindre Claire dans le labyrinthe grec de son dernier travail ou le décalage entre ses ambitions nulles envers rien ou envers personne et les envies de voler qu’il percevait à Biscuter, inscrit à toute sorte de cours par correspondance et collectionneur de brochures de voyages.

***

Florian nous propose sa traduction :

Pendant trois semaines, elle pouvait se consacrer à ruminer sur l'objet de sa décadence, sur les ébréchures laissées dans son paysage intérieur par le départ de Charo, bien que peut-être, le motif fondamental de son désarroi fût qu'elle aurait choisie Andorre comme terre d'exil sentimental. Une vallée de magasin d'appareils électroménager, ou comme si le reste du monde n'était pas une vallée remplie d'appareils électroménager maquée alors que l'Andorre avait le courage et la sincérité de l'assumer? Elle avait aussi mal au coeur, un chasseur solitaire- elle avait brûler le roman du même titre de Carson McCullers dès qu'elle avait vu apparaître ce titre sur l'écran de sa mémoire- à cause de l'impossibilité de trouver Claire dans le labyrinthe grec de son dernier travail ou du décalage entre ses ambitions inexistantes envers quoique ce soit, ni envers quiconque et les envies de retrouver ce qu'elle resentait chez Biscuter, diplômé dans toute sorte de matière par correspondance et collectionneur de catalogues de voyages.

***

Pauline nous propose sa traduction :

Durant trois semaines, il pouvait passer son temps à ruminer ses déchéances, les brèches laissées dans son paysage intérieur par le départ de Charco, bien que sans doute le motif fondamental de son désarroi fût qu’elle eût choisi l’Andorre comme terre d’exil sentimental ; une vallée, entrepôt d’appareils électroménagers ou peut-être le reste du monde n’était-il pas une vallée truffée d’électroménagers, et l’Andorre avait-elle la valeur et la sincérité de l’assumer ? Aussi, ça lui faisait mal au cœur , chasseur solitaire− il brûla le roman du même titre que celui de Carson McCullers dès qu’il vit apparaître le titre sur l’écran de sa mémoire− cette impossibilité d’atteindre Claire dans le labyrinthe grec de son dernier travail ou ce décalage entre ses ambitions nulles vers rien ou vers personne et les envies de voler qu’il percevait chez Biscuter, inscrit à tout type de cours par correspondance et collectionneur de catalogues de voyages.

***

Virginie nous propose sa traduction :

Pendant trois semaines elle pouvait se consacrer à ruminer ses déchéances, les préjudices laissés dans son paysage intérieur par le départ de Charo, même si peut être que le motif principal de sa confusion était qu'elle aurait choisi l'Andorre comme terre d'exil sentimental; une vallée entrepôt d'appareils électroménagers, mais le reste du monde n'était-il pas une vallée masquée pleine d'appareils électroménagers, et l'Andorre, elle, avait le courage et la sincérité de l'assumer ? Elle souffrait également dans son coeur, chasseur solitaire – elle brûla le roman du même titre de Carson McCullers dès qu'elle vit apparaître le titre sur l'écran de sa mémoire - , de l'impossibilité d'atteindre Claire dans le labyrinthe grec de son dernier travail ou du décalage entre ses ambitions nulles vis-à-vis de rien ou vis-à-vis de personne et des envies de voler qu'elle percevait chez Biscuter, inscrit dans tout type de cours par correspondance et collectionneur de catalogues de voyages.

Une conférence à ne pas manquer

Ameriber (l'équipe d'accueil des hispanistes et américainistes bordelais dirigée par le Professeur Elvire Gómez-Vidal) a la chance de recevoir demain soir (17h30 / Amphi 700) la très grande écrivaine mexicaine Elena Poniatowska… Je vous invite vivement à y assister !
Pour plus d'infos, allez donc jeter un œil à l'adresse suivante (où vous reconnaîtrez certainement la patte de votre capitaine de bord) :

http://ameribermondesamericains.blogspot.com

À vos dicos…, 112

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : LITANIE

Références culturelles, 769 : El Petimetre

http://es.wikipedia.org/wiki/Petimetre

dimanche 20 mars 2011

Entraînement test de juin, 12

45 minutes :

Cuando nací, el mundo era un sitio ordenado, un cosmos serio y meticuloso en el cual los errores -las guerras, el dolor, el miedo- no eran más que lamentables excepciones debidas a la impericia. Mis padres, y los padres de mis padres, creían que la humanidad progresaba linealmente, desde el horror de la edad de las cavernas, hasta la brillantez del futuro, como si la historia no fuese más que un cable tendido entre dos postes de luz o, para utilizar la metáfora que mejor define al siglo xix, como una vía férrea que une, al fin, dos poblados remotos. En medio de este escenario, nacer era poco más que un trámite. A partir de ahí, la severa educación que se nos impartía bastaba para modelarnos para hacernos hombres de bien y para asegurar nuestro porvenir... Los valores que se nos enseñaban entonces eran muy simples: disciplina, austeridad, nacionalismo. ¡Esta empresa parecía tan hermosa y, a la vez, tan simple! Si la regla del mundo era el progreso, las existencias individuales debían plegarse al mismo esquema. ¿Por qué algo habría de fallar? Si se planeaba con suficiente cuidado la formación de un niño, si se le proporcionaban las herramientas que asegurasen su desarrollo, su crecimiento físico y espiritual, y si se forjaba su carácter como si fuese, en efecto, una lámina de bronce sobre el yunque de la moral, poco a poco la sociedad podría deshacerse de los locos, los criminales y los mendigos, asegurándose una comunidad de hombres honrados, ricos, alegres y piadosos.

Jorge Volpi, En busca de Klingsor

***

Benoît nous propose sa traduction :

À ma naissance, le monde était un endroit ordonné, un cosmos sérieux et méticuleux dans lequel les erreurs –les guerres, la souffrance, la peur- n’étaient autres que de regrettables exceptions dues à l’incompétence. Mes parents et les parents de mes parents, croyaient que l’humanité progressait linéairement depuis l’horreur de l’âge des cavernes jusqu’à la splendeur du futur, comme si l’histoire n’était ni plus ni moins qu’un câble tendu entre deux réverbères ou, pour reprendre la métaphore qui définit le mieux le XIX siècle, comme une voie ferrée qui relie, au final, deux villages éloignés l’un de l’autre. Au milieu de ce décor, naître n’était guère plus qu’une formalité. À partir de là, la sévère éducation qu’on nous donnait suffisait à nous modeler pour faire de nous des hommes de bien et à assurer notre avenir… Les valeurs qu’on nous inculquait alors étaient fort simples : discipline, austérité, nationalisme. Cette entreprise semblait si belle et à la fois si aisée ! Si la norme de ce monde était le progrès, les existences humaines devaient se calquer sur le même schéma. Pourquoi serait – ce voué à l’échec ? Si on planifiait avec une attention suffisante la formation de l’enfant, si on mettait à sa disposition les outils qui assureraient son développement, sa croissance physique et spirituelle, et si on forgeait son caractère comme si il s’agissait d’une feuille de bronze sur l’enclume de la morale, petit à petit, la société pourrait se défaire des fous, des criminels, des mendiants, s’assurant ainsi une communauté d’hommes honnêtes, riches, heureux, et pieux.

***

Annabelle nous propose sa traduction :

Quand je suis né, le monde était un endroit ordonné, un cosmos sérieux et méticuleux dans lequel les erreurs –les guerres, la douleur, la peur– n'étaient que de malheureuses exceptions dues à la nécessité. Mes parents, et les parents de mes parents, croyaient que l'humanité progressait linéairement, depuis l'horreur de l'âge des cavernes, jusqu'à l'éclat du futur, comme si l'histoire n'était qu'un câble tendu entre deux points lumineux ou, pour utiliser la métaphore qui définit le mieux le XIXe siècle, comme une voie ferrée qui unit, à la fin, deux villages disparus. Au milieu de ce décor, naître n'était pas si aisé. À partir de là, l'éducation sévère qu'on nous imposait suffisait à nous modeler pour faire de nous des hommes de bien et pour assurer notre avenir... Les valeurs qu'on nous enseignait alors étaient très simples : discipline, austérité, nationalisme. Cette entreprise paressait si belle et, à la fois, si simple ! Si la loi du monde était le progrès, les existences individuelles devaient se soumettre au même schéma. Pourquoi y aurait-il une faille? Si on planifiait avec suffisamment d'attention la formation d'un enfant, si on lui procurait les outils qui assureraient son développement, sa croissance physique et spirituelle, et si son caractère se forgeait comme s'il était, en fait, une lame de bronze dans l'étau de la morale, la société pourrait peu à peu se défaire des fous, des criminels et des mendiants, s'assurant une communauté d'hommes d'honneur, riches, joyeux et pieux.

***

Léa nous propose sa traduction :

Quand je suis né, le monde était un endroit ordonné, un cosmos sérieux et méticuleux dans le quel les erreurs- les guerres, la douleur, la peur- n’étaient que de lamentables exceptions dues au désir d’empire. Mes parents, et les parents de mes parents croyaient que l’humanité progressait de façon linéaire, depuis l’horreur de l’âge des cavernes, jusqu’à la brillance du futur, comme si l’histoire n’était qu’un câble tendu entre deux points de lumière ou, pour utiliser la métaphore qui définit le mieux le 19ème siècle, comme une voie ferrée qui unit, finalement deux peuples déchus. Au milieu de ce scénario, naître n’était guère plus qu’un cauchemar. A partir de là, la sévère éducation que l’on recevait suffisait à nous modeler pour faire de nous des hommes de bien et pour assurer notre avenir… Les valeurs qu’ils nous enseignaient alors, étaient très simples : discipline, austérité, nationalisme. Cette entreprise semblait si belle et, à la fois, si simple ! Si la règle du monde était le progrès, les existences individuelles devaient se plier au même schéma. Pourquoi quelque chose devrait échouer ? Si l’on planifiait avec suffisamment de soin la formation d’un enfant, si on lui fournissait les outils qui assureraient son développement, sa croissance physique et spirituelle, et si on forgeait son caractère comme si c’était, en effet, une lame de bronze sur le critère de la morale, peu à peu la société pourrait se défaire des fous, des criminels et des mendiants, s’assurant une communauté d’hommes honorés, riches, heureux et pieux.

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Bruno nous propose sa traduction :

Quand je suis né, le monde était un endroit ordonné, un cosmos sérieux et méticuleux où les erreurs -les guerres, la douleur, la peur- n'étaient que de lamentables exceptions dues à l'impéritie. Mes parents, et les parents de mes parents, croyaient que l'humanité progressait de manière linéaire, depuis l'horreur de l'âge des cavernes, jusqu'à la brillance du futur, comme si l'histoire ne fût qu'un cable tendu entre deux poteaux électriques ou, pour utiliser la métaphore qui définit mieux le XIXème siècle, comme une voie ferrée qui unit, au final, deux villages lointains. Au milieu de cette scène, naître était un peu plus qu'une formalité. A partir de là, la sévère éducation qu'on nous imposait, suffisait à nous modeler pour faire de nous des hommes de bien et à assurer notre avenir... Les valeurs qu'on nous enseignait alors étaient très simples: discipline, austérité, nationalisme. Cette entreprise paraissait si belle et à la fois, si simple! Si la règle du monde était le progrès, les existences individuelles devaient se plier au même schéma. Pourquoi quelque chose devrait échouer? Si la formation d'un enfant se planifiait avec une attention suffisante, si on lui fournissait les bases qui assureraient son développement, sa croissance physique et spirituelle, et si son caractère se forgeait, comme si ce fût, en effet, une barre de bronze sur l'enclume de la morale, peu à peu la société pourrait se défaire des fous, des criminels, des mendiants, en s'assurant une communauté d'hommes honnêtes, riches, heureux et pieux.

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Mélissa nous propose sa traduction :

Quand je suis né, le monde était un endroit ordonné, un cosmos sérieux et méticuleux dans lequel les erreurs – les guerres, la douleur, la peur – n’étaient que de lamentables exceptions dues à la malchance. Mes parents, et les parents de mes parents, croyaient que l’humanité progressait linéairement, depuis l’horreur de l’âge des cavernes, jusqu’à la brillance du futur, comme si l’histoire n’était qu’un câble tendu entre deux poteaux de lumière ou, pour utiliser la métaphore qui définit le mieux le XIXème siècle, comme une voie ferrée qui unit, en fin de compte, deux peuples éloignés. Au milieu de ce scénario, naître était presque un exploit. A partir de là, l’éducation sévère qu’on nous imposait suffisait à nous modeler pour faire de nous des hommes bons et pour assurer notre avenir… Les valeurs qu’on nous inculquait alors étaient très simples : discipline, austérité, nationalisme. Cette entreprise semblait si belle et, à la fois, si simple ! Si la règle du monde état le progrès, les existences individuelles devaient se plier selon le même schéma. Pourquoi quelque chose devait échouer ? Si on planifiait avec suffisamment de soin l’éducation d’un enfant, si on lui fournissait les outils qui assureraient son développement, sa croissance physique et spirituelle, et si son caractère se forgeait comme s’il était, en effet, une lame de bronze sur le jonc de la morale, peu à peu la société pourrait se défaire des fous, des criminels et des mendiants, en s’assurant une communauté d’hommes honnêtes, riches, joyeux et pieux.

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Virginie nous propose sa traduction :


Quand je suis né, le monde était un endroit ordonné, un cosmos sérieux et méticuleux dans lequel les erreurs – les guerres, la douleur, la peur – n'étaient rien que des lamentables exceptions dues à l'inexpérience. Mes parents, et les parents de mes parents, croyaient que l'humanité progressait de façon linéaire, depuis l'horreur de l'âge des cavernes, juqu'à l'éclat du futur, comme si l'histoire n'avait été qu'un cable tendu entre deux poteaux lumineux ou, pour utiliser la métaphore que définit le mieux le XIXème siècle, comme une voie de chemin de fer qui relie, enfin, deux villages éloignés. Au sein de ce cadre, le fait de naître n'était pas beaucoup plus qu'une formalité. À partir de là, la sévère éducation qu'on nous donnait suffisait à nous modeler pour faire de nous des hommes de bien et pour assurer notre avenir... Les valeurs qu'on nous enseignait alors étaient très simples : discipline, austérité, nacionalisme. Cette entreprise paraissait si belle et, à la fois, si simple ! Si la règle du monde était le progrès, les existences individuelles devaient se plier au même schéma. Pourquoi quelque chose devrait échouer ? Si on planifiait avec une attention suffisante la formation d'un enfant, si on lui procurait les outils nécessaires qui assureraient son développement, sa croissance physique et spirituelle, et si on forgeait son caractère comme s'il s'agissait, en effet, d'une lame de bronze sur l'enclume de la morale, la société pourrait peu à peu se débarrasser des fous, des criminels et des mendiants, s'assurant une communauté d'hommes honnêtes, riches, joyeux et pieux.

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Pauline nous propose sa traduction :

Lorsque je naquis, le monde était une place organisée, un cosmos sérieux et méticuleux dans lequel les erreurs -les guerres, la douleur, la peur- n'étaient que de lamentables exceptions dues à l'inexpérience. Mes parents, et les parents de mes parents, croyaient que l'humanité progressait de façon linéaire, depuis l'horreur de l'âge des cavernes, jusqu'à l'éclat du futur, comme si l'histoire n'était qu'un câble tendu entre deux poteaux de lumière ou, pour utiliser la métaphore qui définit le mieux le XIXe siècle, comme une voie ferrée qui unit, enfin, deux peuples éloignés. Dans ce cadre, naître était un peu plus qu'une formalité. À partir de là, la sévère éducation qu'on nous donnait suffisait à nous modeler pour faire de nous des hommes de bien et pour assurer notre avenir... Les valeurs qu'on nous enseignait alors étaient très simples: discipline, austérité, nationalisme. Cette entreprise semblait si jolie, et, à la fois, si simple! Si la règle du monde était le progrès, les existences individuelles devaient se plier au même schéma. Pourquoi quelque chose devrait échouer? Si on planifiait avec suffisamment de soin la formation d'un enfant, si on lui fournissait les outils qui assureraient son développement, sa croissance physique et spirituelle, si on forgeait son caractère comme s'il était, en effet, une plaque de bronze sur l'enclume de la morale, peu à peu la société pourrait se défaire des fous, des criminels, et des mendiants, en s'assurant une communauté d'hommes honnêtes, riches et pieux.

Références culturelles, 768 : Gustavo Adolfo Bécquer

http://www.los-poetas.com/a/beq.htm

À vos dicos…, 111

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : PUSILLANIME

samedi 19 mars 2011

Résultats du sondage…

« Sondage : pourquoi la version demande-t-elle à être plus littérale que la trad littéraire ?
Parce que la version… »

sur 31 votants, nous obtenons les résultats suivants :

est avant tout un exercice de grammaire = 27 voix (87%)
le sens y est secondaire = 4 voix (12%)

Que cela est intéressant pour la place que l'on donne et le rôle que l'on fait jouer à la version dans nos enseignements. Et donc à la non-place que l'on donne et au non-rôle que l'on fait jouer à la traduction. Mais enfin… la version est-elle un moyen efficace pour apprendre une langue et permet-elle réellement d'accéder à la traduction littéraire ? Il y aurait légitimité à estimer qu'elle n'est adaptée ni dans un cas ni dans l'autre… À méditer. Moi, je médite, pas vous ?

Entraînement test de juin, 11

30 minutes :

Lo reconozco: quería matarla. Deseaba acabar con esa pésima actriz y de paso borrar el daño que su ejemplo nos hacía a todas las mujeres. Luego el doctorcito escribió que en realidad yo quería asesinar mi propia imagen —vaya estupidez—, pero se equivoca: yo aborrecía a Huguette ex Duflos, la cual había sido bautizada con el nombre más cacofónico y prosaico de Hermance Hart. Recuerdo muy bien cuando, exagerando el talante lacrimógeno de sus películas, se disponía a cruzar la entrada de artistas del teatro Saint-Georges, donde debía pervertir, por cuarta noche consecutiva, el delicioso papel protagonice de la pieza Tout va bien, de Henri Jeanson. Decenas de curiosos se aprestaban a solicitarle un autógrafo mientras ella les demostraba la banalidad de quien adora los pasquines de sociales. Para colmo, usaba uno de esos vestidos rojos cuyo magnífico escote permitía admirar la abrupta redondez de sus pechos —e incluso el contorno de sus pezones— bajo la serpiente rosada que le cubría el cuello; un s ombrerillo le ocultaba ellado derecho del rostro, disimulando sus pestañas y sus drásticas ojeras. A pesar de mi ira, casi me atrevería a decir que lucía preciosa.

Jorge Volpi, El fin de la locura

***

Virginie nous propose sa traduction :


Je le reconnais : je voulais la tuer. Je désirais en finir avec cette très mauvaise actrice et effacer au passage le tort que son exemple faisait à toutes les femmes. Plus tard, le petit docteur écrivit qu'en réalité je voulais assassiner ma propre image – quelle stupidité -, mais il se trompe : je détestais Huguette ex Duflos, laquelle avait été baptisée sous le nom trop tapageur et bourgois d'Hermance Hart. Je me souviens très bien quand, exagérant le caractère larmoyant de ses films, elle se disposait à traverser l'entrée des artistes du thêatre Saint-Georges, où elle devait dénaturer, pour la quatrième nuit consécutive, l'excellent rôle principal de la pièce Tout va bien, de Henri Jeanson. Des douzaines de curieux s'apprêtaient à lui demander un autographe alors qu'elle leur montrait la banalité de qui adore les pasquins de la vie mondaine. Par dessus le marché, elle portait une de ces robes rouges dont le magnifique décolleté permettait d'admirer la brusque rondeur de ses seins – et même le contour de ses mamelons - sous le serpent rose qui lui couvrait le cou;

traduit après :
un chapeau cachait le côté droit de son visage, dissimulant ses cils et ses sévères oreilles. Malgré ma colère, j'osais presque dire qu'elle avait l'air magnifique.

***

Bruno nous propose sa traduction :

Je l'admets: je voulais la tuer. Je désirais en finir avec cette mauvaise actrice, et au passage effacer les dégâts que son exemple causait à nous toutes, les femmes. Puis le petit docteur écrivit qu'en réalité, je voulais assassiner ma propre image -une belle idiotie-, mais il se trompe: je détestais Huguette anciennement Duflos, qui avait été baptisée du nom plus cacophonique et prosaïque de Hermance Hart. Je me souviens très bien lorsque, exagérant le talent lacrymogène de ses films, elle se disposait à franchir l'entrée des artistes du théâtre Saint Georges, où elle devait pervertir, pour la quatrième nuit consécutive, le délicieux rôle principal de la pièce "Tout va bien" de Henri Jeanson. Des dizaines de curieux s'apprêtaient à lui demander un autographe, pendant qu'elle leur démontrait la banalité de celle qui adore les pasquins des oeuvres sociales. Au comble de tout, elle portait une de ces robes rouges dont le magnifique décolleté permettait d'admirer l'abrupte rondeur de ses seins -et même le contour de ses mamelons- sous le boa rosé qui lui couvrait le cou; un chapeau lui cachait le côté droit du visage, dissimulant ses cils et ses drastiques cernes. Malgré ma colère, je m'aventurerais presque à dire qu'elle resplendissait de beauté.

***

Benoît nous propose sa traduction :

Je le reconnais, je voulais la tuer. Je voulais en finir avec cette si mauvaise actrice et dans la foulée, effacer tout le mal que son exemple nous avait causé à nous les femmes.
Ensuite le brave petit docteur écrivit qu'en réalité je désirais assassiner ma propre image -belle bêtise-, mais il se trompe: je détestais Huguette ex Duflos, celle-là même qui avait été baptisé sous le nom plus cacophonique et prosaïque de Hermance Hart.
Je me souviens très bien quand exagérant l'effet lacrymogène de ses films, elle daignait passer devant l'entrée des artistes du théâtre Saint Georges, où elle devait pervertir, pendant quatre soirées consécutives, le délicieux rôle principal de la pièce Tout va bien, de Henri Jeanson.
Des dizaines de curieux se pressaient pour lui demander un autographe tandis qu'elle leur faisait remarquer la banalité de celui qui idolâtre une célébrité. Le comble, c'était qu'elle portait une de ces robes rouges dont le magnifique décolleté permettait d'admirer l'abrupte rondeur de ses seins -et même le contour de ses tétons- sous le boa rose qui lui couvrait le cou.

***

Léa nous propose sa traduction :

Je le reconnais : je voulais la tuer. Je souhaitai en finir avec cette mauvaise actrice et par la même occasion effacer le dommage que son exemple faisait à toutes les femmes. Ensuite le docteur écrivit qu’en réalité je voulais assassiner ma propre image- quelle stupidité- , mais il se trompe : moi je détestais Huguette ex Duflos, laquelle avait été baptisée du nom le plus cacophonique et prosaïque d’Hermance Hart. Je me rappelle très bien quand, exagérant le côté lacrymogène de ses films, elle se disposait à traverser l’entrée des artistes du théâtre Saint-Georges, où elle devait jouer, pour la quatrième nuit consécutive, le délicieux rôle principal de la pièce Tout va bien, d’Henri Jeanson. Des dizaines de curieux s’apprêtaient à lui demander un autographe tandis qu’elle leur démontrait la banalité de toute personne qui adore les histoires des personnalités. Le comble, elle portait un de ces vêtements rouges dont le magnifique décolleté permettait d’admirer l’abrupte rondeur de ses seins- y compris le contour de ses tétons- - sous l’étole rosée qui lui couvrait le cou, un chapeau lui cachait le côté droit du visage, dissimulant ses cils et ses grandes oreilles.

***

Florian nous propose sa traduction :

Je le reconnais: je voulais la tuer. Je souhaitais en finir avec cette piètre actrice et, dans le même temps, effacer le mal que son attitude nous faisait, à nous, les femmes. Puis le toubib écrivit qu'en réalité je voulais assassiner ma propre image_ stupide baliverne_, sauf qu'il se trompe: moi, je détestais Huguette ex Duflos, qui avait été baptisée sous le nom plus cacophonique et prosaïque d' Hermance Hart. Je me souviens très bien, quand elle exagérait l'aspect larmoyant de ses films, elle se disposait à croiser l'entrée des artistes du théâtre Saint-George, ou elle allait pervertir, pour le quatrième soir consécutif, le délicieux rôle principale de la pièce Tout va bien, de Henri Jeanson.
Des dizaines de curieux s'amassaient pour lui solliciter un autographe alors qu'elle leur démontrait la banalité de celui qui adore les satyres sociales. Le comble: elle utilisait l'une de ses robes rouges dont le magnifique décolleté permettait d'admirer l'abrupte rondeur de ses seins_ et y compris les contours de ses mamelon_ sous le foulard rose qui lui couvrait le cou; une ombrelle lui caché la partie droite du visage, dissimulant ses cils et ses oreilles drastiques. Malgré ma colère, j'irais presque jusqu'à dire qu'elle était ravissante.

***

Mélissa nous propose sa traduction :

Je l’avais reconnue : je voulais la tuer. Je désirais en finir avec cette mauvaise actrice et par la même occasion effacer le préjudice que son exemple nous portait à nous, les femmes. Puis le Doc avait écrit qu’en réalité je voulais assassiner ma propre image – quelle stupidité –, mais il se trompe : je détestais Huguette ex-femme Duflos, qui avait été baptisée avec le nom le plus cacophonique et le plus prosaïque d’Hermance Hart. Je me souviens très bien quand, exagérant le trait larmoyant de ses films, elle s’apprêtait à traverser l’entrée des artistes du théâtre Saint-Georges, où elle devait pervertir, pour la quatrième nuit consécutive, le délicieux rôle principal de la pièce Tout va bien, de Henri Jeanson. Des dizaines de curieux s’empressaient de lui demander un autographe tandis qu’elle leur montrait la banalité de quelqu’un qui adore les pièces de ce genre. Pour comble, elle utilisait un de ces costumes rouges dont le décolleté magnifique permettait d’admirer la rondeur abrupte de ses seins – et même le contour de ses tétons – sous le boa rose qui lui couvrait le cou ; un petit chapeau lui cachait le côté droit du visage, dissimulant ses cils et ses larges cernes. Malgré ma colère, je m’engageais presque à dire qu’elle paraissait précieuse.

Références culturelles, 767 : José de Espronceda

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_de_Espronceda
http://www.los-poetas.com/j/esprobio.htm

À vos dicos…, 110

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : THÉOLOGAL

vendredi 18 mars 2011

Nouvelle fonction pour notre blog

Pour être tenus au courant des publications (sans avoir besoin de passer "par hasard"), il vous suffit désormais de vous abonner en entrant votre mail dans le cartouche de la colonne de droite et de suivre les inscriptions… Vous recevrez ainsi un message à chaque fois qu'il y aura un nouveau post. Je suis moi-même en train de tester… en espérant que ça fonctionne.

Dans l'autre sens…, 10

Origine, sens et traduction en français de l'expression suivante :

ALZARSE CON EL SANTO Y LA LIMOSNA

Références culturelles, 766 : Hispaniola

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hispaniola

N'oubliez pas…

Les différents travaux à réaliser et laisser derrière vous… Il serait dommage de terminer l'année sans boucler la boucle.

Entraînement test de juin, 10

20 minutes :

En el momento de la explosión, Bankim se encontraba en el otro extremo del pasillo, ojeando unos documentos de administración que se proponía entregar a Carter para su firma. La onda expansiva le derribó al suelo; cuando alzó la vista, pudo ver cómo la puerta del despacho del rector salía despedida entre la nube de humo que inundaba el corredor y se estrellaba contra la pared. Un segundo después, Bankim se incorporó y corrió hacia el origen de la explosión. Cuando apenas mediaban seis metros entre él y la puerta del despacho, Bankim vio una silueta negra que emergía envuelta en llamas, des-plegaba una capa oscura y se alejaba por el corredor como un gran murciélago a velocidad inverosímil. La forma desapareció dejando tras de sí un rastro de cenizas y emitiendo un sonido que a Bankim le recordó el furioso siseo de una cobra dispuesta a saltar sobre su víctima.

Carlos Ruiz Zafón, El palacio de la medianoche

***

Léa nous propose sa traduction :

Au moment de l’explosion, Bankim se trouvait à l’autre bout du couloir, regardant des documents administratifs qu’il se proposait de remettre à Carter pour sa signature. L’onde expansive le jeta au sol ; lorsqu’il haussa la tête, il put voir la façon dont la porte du bureau du recteur était tombée, entre le nuage de fumée qui inondait le corridor et s’éclatait contre le mur. Une seconde plus tard, Bankim se redressa et courut vers l’origine de l’explosion. Alors qu’il y avait à peine six mètres entre lui et la porte du bureau, Bankim vit une silhouette noire qui émergeait entourée de flammes, il déploya une couverture sombre et s’éloigna par le couloir comme une grosse chauve-souris à une vitesse invraisemblable. La forme disparut laissant derrière elle une trace de cendres et émettant un son qui rappela à Bankim le furieux sifflement d’un serpent prêt à sauter sur sa victime.

***

Annabelle nous propose sa traduction :

Au moment de l'explosion, Bankim se trouvait à l'autre extrémité du couloir, feuilletant quelques documents administratifs qu'il se proposait de remettre à Carter pour signature. L'onde expansive le jeta au sol ; lorsqu'il leva les yeux, il put voir la porte du bureau du recteur qui s'envolait à travers le nuage de fumée qui inondait le corridor et se fracassait contre le mur. Une seconde après, Bankim se releva et courut vers l'origine de l'explosion. Quand il restait à peine six mètres entre lui et la porte du bureau, Bankim vit une silhouette noire qui surgissait entourée de flammes, déployait une cape sombre et s'éloignait dans le corridor comme une grande chauve-souris, à une vitesse incroyable. La forme disparut en laissant derrière elle un sillage de cendres et en émettant un son qui rappela à Bankim le furieux sifflement d'un cobra prêt à sauter sur sa victime.

***

Bruno nous propose sa traduction :

Au moment de l'explosion, Bankim se trouvait à l'autre bout du couloir, jetant un coup d'oeil aux documents qu'il s'apprêtait à présenter à Carter pour qu'il les signe. L'onde de choc le jeta au sol. Quand il leva les yeux, il put voir à travers le nuage de fumée qui inondait le couloir comment la porte du bureau du recteur était soufflée et se fracassait contre le mur. Une seconde après, Bankim se releva et courut vers l'origine de l'explosion. Lorsqu'à peine six mètres le séparaient de la porte du bureau, Bankim vit une silhouette noire qui émergeait recouverte de flammes, elle dépliait une cape sombre et s'éloignait par le couloir comme une grande chauve-souris avec une vitesse incroyable. La forme disparut laissant derrière elle une trainée de cendres et émettant un bruit qui rapella à Bankim le furieux sifflement d'un cobra prêt à sauter sur sa victime.

***

Mélissa nous propose sa traduction :

Au moment de l’explosion, Bankim se trouvait à l’autre bout du couloir, tenant quelques documents administratifs qu’il se proposait de remettre à Carter pour leur signature. L’onde de choc le propulsa à terre ; quand il leva les yeux, il put voir comment la porte du bureau du recteur dépassait du nuage de fumée qui inondait le couloir et s’encastrait dans le mur. Une seconde après, Bankim se releva et courut vers l’origine de l’explosion. Quand à peine six mètres le séparaient de la porte du bureau, Bankim vit une silhouette noire qui émergeait, entourée d’un halo, elle déployait une cape sombre et elle s’éloignait dans le couloir tel un grand tourbillon à une vitesse invraisemblable. La forme disparut laissant derrière elle une trace de cendre et émettant un son qui rappelait à Bankim le sifflement furieux d’un cobra prêt à sauter sur sa victime.

***

Benoît nous propose sa traduction :

Au moment de l'explosion, Bankim se trouvait à l'autre bout du corridor, feuilletant quelques documents administratifs qu'il s'était proposer de transmettre à Carter pour son entreprise. L'onde de choc le cloua au sol ; quand il leva les yeux, il put voir comment la porte du bureau du recteur volait à travers le nuage de fumée qui inondait le couloir et venait s'écraser contre le mur.
Une seconde plus tard, Bankim se ressaisit et courut vers le cœur de l'explosion. Alors qu'il y avait à peine 6 mètres qui le séparait de la porte du bureau, Bankim vit une silhouette noire qui apparut enveloppée par les flammes, elle déployait une cape sombre et elle s'éloignait au fond du couloir comme une grande chauve-souris à une vitesse invraisemblable. La forme disparut laissant derrière elle une trace de cendres et en émettant un son qui rappelait à Bankim le sifflement furieux d'un cobra prêt à sauter sur sa victime.

***

Virginie nous propose sa traduction :

Au moment de l'explosion, Bankim se trouvait à l'autre bout du couloir, jetant un coup d'oeil aux documents administratifs qu'il avait l'intention de remettre à Carter pour qu'il les signe. L'onde de choc le projetta au sol ; quand il leva les yeux, il put voir comment la porte du bureau du recteur était éjectée dans le nuage de fumée qui innondait le couloir et s'écrasait contre le mur. Une seconde plus tard, Bankim se releva et courut vers l'origine de l'explosion. Alors qu'à peine six mètres le séparaient de la porte du bureau, Bankim vit une silhouette noire qui émergeait, enveloppée dans les flammes, déployait une cape sombre et s'éloignait par le couloir comme une grande chauve-souris, à une vitesse invraisemblable. La forme disparut, laissant derrière elle une trace de cendres et émettant un son qui rappela à Bankim le furieux sifflement d'un cobra prêt à sauter sur sa victime.