mardi 24 février 2009

Références culturelles, 49 : Camilo Cienfuegos

En photo : Cienfuegos par pietroizzo

Une des grandes figures de la Révolution cubaine !

http://www.laguia2000.com/cuba/camilo-cienfuegos

Les ateliers des apprentis avec les futurs apprentis

En photo : ALAN MILLS (Guatemala, 1979) par pablo gallo

Un billet de Laure :

Si vous avez manqué l’épisode précédent… Caroline nous avait chargées de prendre sous nos capes de Wonderwoman les étudiantes de M1 « aspirantes super héroïnes »… enfin « aspirantes apprenties traductrices ». Retour sur la mission Alan Mills…
[Caroline ouvre une parenthèse pour faire un petit rappel dans le rappel : le poète Alan Mills faisait partie des quelques auteurs présents lors des rencontres d'Arles… et en l'occurrence l'un des deux ayant participé à l'atelier pratique de traduction – parcours espagnol. Or son texte nous avait tous beaucoup intéressés… pour son contenu "transgressif" certes, mais aussi et surtout, pour la façon dont il avait été rendu par son traducteur, également présent, à ses côtés – il faudrait d'ailleurs dresser une géographie de l'occupation de l'espace du binôme auteur / traducteur. De nombreux points avaient effectivement été soulevés, des interrogations avaient fusé, nombreuses, des doutes, voire de très sévères critiques. Pour synthétiser : le traducteur n'avait pas remporté l'adhésion, loin de là. Gardons-nous de le juger… sous peine de subir un jour le même sort. Nous ne connaissons ni les conditions dans lesquelles il a travaillé, ni les consignes qu'il a pu recevoir de l'éditeur, etc. Laissons, par conséquent, la scène du tribunal des jugements à d'autres. Toujours est-il que nous en avions déduit, avec Jacqueline et Laure, qu'il serait bon de jeter un œil de très près à tout cela… pour voir ce que nous, nous serions capables d'en faire. Et puis, avec tous nos projets sur le feu… c'est un peu tombé aux oubliettes. Je suis donc contente que Laure ait choisi de le travailler avec ses apprentis. Il y a de la matière en soi… et quoi de mieux pour leur faire comprendre que oui, on peut tout traduire, ou presque… que ce qui compte, c'est avant tout le texte ? Elles nous présentent ici leur travail.]
Quelques problèmes de registres de langues ont été rencontrés, le rythme de la phrase a été largement évoqué et l’importance des références culturelles à été souligné !
Voici l’original et sa traduction par Batman et Robin, alias Laure et Chloé.

Polvo eterno

Noches enteras éramos hablar y hablar
más una que otra risa,
cuando de repente yo te decía
“cruza la frontera, llévame a otro sitio,
hazme una estampida de armonía
allá abajo, cruza mi río Grande con firmeza”,
te decía y poníamos la mejor pornografía sueca,
sumándole cosas raras que te enviaba
un conocido, películas con actores
senegaleses brillando, contra rubias gigantes
y hermosas, era como el fragor de algo diluyéndose en el aire, pero nos divertíamos
durante la pérdida, nos desbordábamos,
condones tipo “Fiesta” para no usar
y que sólo acicalaban el ambiente,
vino, quesos, o cerveza en los malos días,
por la calle podían oírse mis gritos,
cuánta excitación, mientras palmeabas mis nalgas,
lo mejor era decirte “papi, dame duro, duro”,
en ese momento te veía brillar
como un cometa ebrio, toda la música
del mundo brotaría de tus fuentes,
casi un Ron Jeremy de oro sagrado, te pensabas
y al verte entrecerrar los ojos,
era igual que el primer encuentro,
una y otra vez me desfloraste,
cual una ingenua que se va volviendo puta,
durante el primer polvo.

***

La traduction « officielle », réalisée par François-Michel Durazzo pour les Assises de la Traduction en Arles, 2008 :

Des nuits entières à parler et parler
à rire, à rire encore,
et soudainement je te disais
"Passe la frontière, emmène-moi ailleurs,
Donne-moi une échappée d'harmonie
là en bas, traverse mon Río Grande avec fermeté"
je te disais,
et nous passions la meilleure pornographie suédoise,
avec des choses bizarres
que t'envoyait une connaissance,
des films avec des acteurs sénégalais
luisants, contre de belles géantes blondes,
c'était comme le fracas de quelques chose
qui se diluait dans l'air,
mais on s'amusait durant la perte,
nous débordions,
ces capotes du genre Fiesta ne servaient à rien
et ne frottaient que l'atmosphère: du vin, des
fromages, ou bien une bière
les mauvais jours,
dans la rue on pouvait entendre mes cris,
combien d'excitation quand tu claquais mes
fesses,
j'adorais te dire "papa, frappe-moi fort, fort",
alors, je te voyais briller comme une comète ivre, toute la musique du monde
jaillirait de tes sources, tu te prenais
presque pour un Ron Jeremy d'or sacré,
et à te voir les yeux mi-clos,
c'était comme au premier rendez-vous,
une fois, encore une fois...
tu m'as dépucelée comme une ingénue,
qui devient une putain
pendant le premier coup.

***

La traduction proposée par Laure et ses troupes :

Baise éternelle
Des nuits entières, on parlait encore et encore,

« Traverse ma frontière, emmène-moi ailleurs,
Créer une explosion d’harmonie
Là en bas,
Traverse mon Rio Grande avec fermeté »
Je te le disais,
Et on mettait la meilleure pornographie suédoise,
En y ajoutant les choses bizarres que t’envoyait
Une connaissance, des films avec des acteurs sénégalais
Brillant
Contre de belles géantes blondes,
C’était comme le grondement de quelque chose en train de se diluer dans l’air, mais on s’amusait
Dans la perte, on débordait,
Les capotes genre « fiesta » ne servaient à rien
Et étaient là juste pour la déco,
Du vin, des fromages, ou de la bière les mauvais jours ;
Dans la rue on pouvait entendre mes cris,
Quelle excitation
Quand tu claquais ma croupe
Le meilleur c’était te dire
« Vas-y bébé, vas-y plus fort! »
À ce moment là je te voyais irradier comme une comète
Ivre, toute la musique du monde jaillirait de ta
Source, tu te prenais presque pour un monstre sacré
A la Ron Jeremy
Et en te voyant, les yeux mi-clos,
C’était comme au premier rencard,
Encore et encore
Tu m’as déflorée comme une ingénue
Qui devient
Une pute à la première baise.

Version d'entraînement, 27

En photo : Pascal Laporte 1901 (400 dpi) par Frederic Humbert...

À propos de l'illustration :
La précédente ayant soulevé un concert de protestations, je vous propose celle-ci. Cela convient-il mieux aux amateurs et amatrices ?

Aujourd'hui, deux textes un peu spéciaux… à la demande d'un des membres de Trababordo, qui a souhaité demeurer anonyme. Je respecte sa décision et satisfait sa demande, avec plaisir :

¿Cómo es un partido de rugby?

El pitazo inicial
Llega el momento de jugar. Los equipos lucen sus uniformes impecables. Unos calientan a un lado de la cancha, los otros ya están listos para jugar. Es un día despejado con sol radiante que quema la piel al instante. Algunos jugadores se esparcen bloqueador solar, mientras otros se colocan su protector bucal.

El público grita de emoción, se escucha el pitazo e inicia el partido. El balón vuela y los jugadores empiezan la lucha por alcanzarlo. Corren de un lado a otro, hacen pases hacia atrás y en diagonal queriendo anotar en el campo contrario. Por momentos, se hace una montaña humana cuando unos caen sobre otros tratando de quitarle el balón al oponente. Se para el partido.

Con otro pitazo se reinicia. Algunos jugadores caen de bruces sobre la grama encharcada y tiñen sus uniformes con barro. Muchos de ellos ya han probado qué es estrellarse de frente contra el piso.

Es muy frecuente observar a un jugador corriendo con el balón como un caballo desbocado, esquivando contrincantes en una carrera loca hacia el campo contrario para marcar anotación. Muchas veces, el intento es fallido. Aparece de la nada el oponente que se lanza en el aire con sus brazos estirados, lo caza por la cintura y lo hace ir en golpe seco contra el piso. Hasta los espectadores sienten en su humanidad el golpe... se estremecen. Los dos tiempos en que se divide el partido pasan ‘volando’.

Al momento del pitazo final, quedan varias cosas visibles al espectador: un equipo ganador, el perdedor, un uniforme amarillento por el barro, la sonrisa de la victoria, unos cuantos ‘moretones’ y ‘raspadas’ y unas ganas visibles en las caras de los jugadores por saber cuándo será el próximo partido, el de la revancha, o el que definirá quién será el mejor del torneo.

Merci à : http://extroversia.universia.net.co/html/reportajes/rugby/reportajeRugby_02.html

***

Relato de un Capitán
Sunday, 13 January 2008

Todo partió muy mal… me había quedado dormido. Pensé que no iba a llegar pero al final llegué cerca de las 9:30 horas a JuniorMantagua. En ese momento vi que todo mi equipo calentaba para el primer partido de 7 a side. Yo hice lo mismo, porque Checho (nuestro entrenador) siempre nos dice que los primeros partidos son difíciles y que es ahí cuando cometemos la mayoría de los errores, producto del cansancio.

Finalmente llegó el turno de nuestro primer partido… nuestro rival fue Dunalastair. Jugamos un rugby no muy bueno, pero conseguimos nuestro objetivo ya que ganamos 45 -5. El segundo partido era ante Wenlock, un rival duro pero que vencimos por 27-0. Hasta entonces nuestro rugby segía siendo regular, así que nuestro entrenador nos dijo que definitivamente no estábamos jugando bien, y que si queríamos ganar el campeonato el partido que venía a continuación era “clave”. El partido jugábamos a continuación era ante Craighouse, un equipo que venía en alza y con buen juego.

Aún así, fuimos mejores y les ganamos por 12-0… pero Checho seguía preocupado, nuestro juego de seven no estaba funcionado como quería, aún cuando nosotros seguíamos luchando y con muchas ganas de llevarnos el shield.
Nuestro paso a semifinales nos llevó a enfrentarnos a un rival conocido, Redland. Jugamos un mal partido, pero al fin y al cabo les ganamos 8-5 con un drop de Diego Manzano y con el try de Francisco Bórquez.
Ya estábamos en semifinales y nuestro siguiente rival era Bradford, un equipo que había demostrado un buen rugby en las primeras rondas…al contrario de nosotros…pero todo se nos dio, y les ganamos 30-7… desde este punto en adelante, todo fue un sueño.
Quedaban 20 minutos para jugar la gran final y nuestros familiares ya habían llegado. El último rival era un clásico… Grange. De los casi 10 partidos que habíamos jugado ante ellos, no habíamos ganado ninguno, pero esta vez sería diferente ya que nos sentíamos más fuertes y con ganas de cambiar la historia.
Entramos a la cancha listos para el pitazo inicial del partido, que se inició con una muy buena salida de nuestro fly, y a partir de ese minuto demostramos todo lo que teníamos. El partido fue apretado en todo momento, pero luego de una ayuda de Cristián Gómez, el triunfo se nos anticipaba… Lograron igualarnos a 7, aunque más tarde nos fuimos al descanso 14-7 luego de un try de Ramiro Bofill.
En el segundo tiempo salimos a buscar la victoria…pero cuando quedaban 3 minutos , Grange igualó el marcador. Pensamos que todo estaba perdido, pero cuando volvimos del tiempo extra, en el minuto 1, Diego Manzano hace una tijera con Joao Campagnaro, y luego un falso con Joaquín Yuri… y la historia cambió, Diego anotó el try debajo de los palos y fuimos campeones !!!!!
Fue una sensación increíble. Ganarle por primera vez al Grange, dedicarle el triunfo a nuestras familias y de paso demostrarles a todos que éramos capaces.
Así se escribió una nueva historia para contar… logramos obtener el último shield que nos faltaba. No podríamos haberlo hecho sin la ayuda de nuestro entrenador Sergio Delgado.
Dedicamos también este triunfo, a la barra que estuvo constantemente d´ñandonos fuerza y confianza. Gracias también a The Mackay School por darnos la oportunidad de participar en este campeonato.

Sergio Bascuñán y equipo
Capitán Junior

Merci à : http://www.mackay.cl/index.php?option=com_content&view=article&id=3:relato-de-un-capitan&catid=10:general&Itemid=14

***

Claire – étudiante du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction du premier texte :

« Comment c’est, un match de rugby ? »

Le coup d’envoi.

Le moment de jouer approche. Les équipes portent leurs tenues impeccables. Les uns s’échauffent du côté des poteaux, les autres sont déjà prêts à jouer. C’est une journée dégagée où le soleil radieux brûle instantanément la peau. Quelques joueurs se couvrent de crème solaire tandis que d’autres mettent leur protège-dents.
Le public crie d’impatience, on entend le coup de sifflet et le match commence. Le ballon vole et les joueurs entament la lutte pour l’attraper. Ils courent d’un côté à l’autre, ils font des passes vers l’arrière et en diagonale, pour s’installer dans le camp adverse. Parfois, une montagne humaine se crée lorsque les uns tombent sur les autres en essayant de prendre le ballon à l’adversaire. Le match s’arrête.
Un nouveau coup de sifflet le fait redémarrer. Quelques joueurs tombent violemment sur la pelouse abîmée et tachent leur tenue de boue. Beaucoup d’entre eux savent déjà ce que c’est de s’écraser de plein fouet sur le sol. Il est très fréquent de voir un joueur courir avec le ballon comme un cheval emballé, esquivant les obstacles dans une course folle vers le camp adverse pour mettre un essai. Souvent la tentative échoue. L’adversaire, sortant de nulle part, se lance dans les airs, les bras tendus, le saisit par la taille et le fait tomber d’un coup sec sur le sol. Même les spectateurs ressentent dans leur humanité le choc… ils tressaillent. Les deux périodes qui composent le match passent « à toute allure ».
Au moment du coup de sifflet final, il reste plusieurs choses à voir pour le spectateur : une équipe victorieuse, une perdante, une tenue brunie par la boue, le sourire de la victoire, quelques « yeux au beurre noir » et « égratignures » et un désir visible sur les visages des joueurs de savoir quand sera le prochain match, celui de la revanche, ou celui qui décidera qui sera le meilleur du tournoi.

Laure G. nous propose sa traduction :

Comment ça se passe, un match de rugby ?

Coup de sifflet de départ.
Le moment du match est arrivé. Les équipes ont revêtu leur tenue impeccable. Les uns s’échauffent sur la touche, les autres sont déjà prêts à jouer. Le ciel est dégagé et un soleil radieux brûle instantanément la peau. Quelques joueurs se badigeonnent de crème solaire tandis que d’autres mettent leur protège-dents.
Le public pousse des cris d’émotions, on entend le coup de sifflet annonçant le début du match. Les joueurs s’engagent dans une lutte pour le ballon qui est déjà en train de voler. Ils courent d’un bout à l’autre du terrain, font des passes en arrière et en diagonal, désireux de marquer dans le camp adverse. Par moments, une montagne humaine se forme, les uns tombant au-dessus des autres pour tenter de piquer le ballon à l’adversaire. Le match s’arrête.
Un autre coup de sifflet et le match reprend. Quelques joueurs s’étalent sur le gazon détrempé, couvrant de boue leur tenue. Nombreux sont ceux qui savent ce que c’est que de s’écraser sur le sol.
Il est très fréquent de voir un joueur courir avec le ballon comme un cheval emballé, esquivant ses adversaires dans une course folle en direction opposée pour marquer un essai. Souvent aussi, l’entreprise échoue quand soudain l’adversaire apparaît du néant et s’élance dans les airs les bras tendus, le happe à la taille et le plaque violemment contre le sol. Le choc fait même tressaillir les spectateurs qui le ressentent comme s’ils y étaient. Les deux mi-temps du match passent à toute vitesse.
Au moment du coup de sifflet final, plusieurs choses se présentent à la vue du spectateur : une équipe gagnante, une perdante, une tenue jaunie par la boue, le sourire de la victoire, quelques bleus et éraflures, l’envie qui se lit sur les visages des joueurs de savoir quand aura lieu le prochain match, celui de la revanche, ou celui qui définira la meilleure équipe du tournoi.

***

Nathalie nous propose sa traduction du deuxième texte, avec, à son habitude, un petit topo d'accompagnement et un relevé de coquilles :

« J’ai longtemps hésité avant de savoir si j’allais traduire le récit du capitaine des Junior au passé simple ou au passé composé ; j’ai finalement opté pour le passé simple puisqu’il s’agit d’écrire une page glorieuse de l’histoire du club, une épopée qui fera date. Malgré tout, certaines formes (gagnâmes ou vainquîmes) sonnent étrangement à mon oreille…
Quelques coquilles :

- « nuestro rugby segía siendo » = « seguía »
- « el partido * jugábamos » = que
- « dedicamos tambiéen este triunfo, » = la virgule est en trop
- « d’ñandonos » = dándonos »

Un capitaine raconte

Sunday, 13 January 2008

Tout commença très mal… je m’étais endormi. Je pensai que je n’arriverais jamais, mais, finalement, j’atteignis Junior Mantagua vers 9 heures 30. C’est là que je vis que mon équipe au grand complet s’échauffait pour le premier match de rugby à 7. J’en fis autant parce que Checho (notre entraîneur) nous dit toujours que les premiers matches sont les plus difficiles et que c’est à ce moment-là que nous commettons le plus grand nombre de fautes, du fait de la fatigue.

Notre premier match finit par arriver… contre Dunalastair. Notre jeu ne fut pas très bon mais notre objectif fut atteint car nous l’emportâmes 45 à 5. Le deuxième match se joua contre Wenlock, des adversaires difficiles mais que nous avons vainquîmes 27 à 0. Notre rugby avait été jusqu’alors assez moyen ; aussi, notre entraîneur nous affirma que nous jouions vraiment mal et que si nous voulions gagner le championnat, notre prochain match serait « décisif ». Le match que nous allions jouer devait nous opposer à Craighouse, une équipe en pleine ascension, avec un jeu solide.

Malgré tout, nous fumes meilleurs qu’eux et nous les battîmes 12 à 0… mais Checho restait inquiet : notre jeu de seven ne marchait pas aussi bien qu’il le souhaitait, alors que nous, nous continuions à nous battre de plus belle pour remporter le shield.

Pour accéder aux demi-finales, nous eûmes à affronter un adversaire connu, Redland. Nous fîmes un mauvais match mais nous gagnâmes malgré tout 8 à 5 grâce à un drop de Diego Manzano et l’essai de Francisco Bórquez. Nous étions en demi-finales et notre futur adversaire était Bradford, une équipe qui avait développé du beau jeu dans les phases préliminaires… contrairement à notre équipe, mais tout nous réussit et nous l’emportâmes 30 à 7… dès cet instant, tout se passa comme dans un rêve.

Il ne restait que vingt minutes avant de jouer la grande finale et nos proches venaient d’arriver. Notre dernier adversaire était un habitué… Grange. Sur presque dix matchs que nous avions joué contre eux, nous n’en avions remporté aucun, mais cette fois-ci, ce serait différent car nous nous sentions plus forts et nous avions envie de changer l’histoire.

En pénétrant sur le terrain, nous étions prêts pour le lancement ; le match débuta par une très bonne sortie de notre demi d’ouverture et à partir de là, nous montrâmes tout ce dont nous étions capables. Le match fut longtemps incertain mais avec l’aide de Cristián Gómez, notre triomphe se faisait jour… Ils réussirent à égaliser à 7 partout même si, plus tard, nous regagnâmes les vestiaires avec un score de 14 à 7, après un essai de Ramiro Bofill.

En seconde mi-temps, nous allions au-devant de la victoire… quand, à trois minutes de la fin, Grange égalisa. Nous pensâmes que tout était perdu mais à la première minute des prolongations, Diego Manzano réalise un débordement sur Joao Campagnaro puis une feinte sur Joaquín Yuri… et l’histoire a basculé, Diego a marqué l’essai entre les poteaux et nous sommes devenus champions !!!!!

Ce que nous avons ressenti alors était incroyable. Battre Grange pour la première fois, dédier ce triomphe à nos proches et, au passage, montrer à tout le monde que nous pouvions le faire.

C’est ainsi que fut écrite une nouvelle page de notre histoire… Nous sommes parvenus à décrocher le dernier shield qui nous manquait. Et nous n’aurions pas pu le faire sans l’aide de notre entraîneur, Sergio Delgado.

Nous dédions également ce triomphe à nos supporters qui nous ont apporté force et confiance sans relâche. Merci aussi à la Mackay School pour nous avoir permis de participer à ce championnat.

Sergio Bascuñán et son équipe

Capitaine des Junior

lundi 23 février 2009

En croisade : réflexions de Brigitte sur le texte de Pérez Reverte, El capitán Alatriste

En photo : Guerrera de Montblanc par J.M. Saurí

Il y a quelques jours, je vous ai donné à traduire un extrait du Capitán Alatriste de Pérez Reverte ; et je vous avais ensuite envoyé la traduction « officielle », qui avait suscité un certain nombre d'interrogations du côté de Brigitte. « interrogations… », pour ne pas dire plus.
Qu'en pensez-vous ?

« - La suppression de "tercios espanoles" ne me semble pas justifiée. Pour moi, cela représente un apport historique essentiel, une référence culturelle dans un roman de cape et d'épée sur fond de guerre des Flandres. Par ailleurs, le protagoniste raconte ensuite comment Alatriste s'est chargé de lui à la suite du décès de son père, compagnon d'arme d'Alatriste dans le même "corps" si mes souvenirs sont bons...
- Le mot "degollado" a été également supprimé. Pourquoi ? Image trop sanglante pour un public lecteur ??? (Public adolescent aussi ?) (La version filmée ne s'est pas privée de rendre la scène à l'écran).
- La fin du passage "Cosas de la guerra y de la voragine. Cosas de Espana" a également disparu et comme il n'était pas facile de rendre cela en Français, force est de s'interroger... sans aucune envie de soulever la polémique de ma part.
En dehors de ces considérations, liées strictement à la traduction officielle du texte, il me semblait important de poser certaines questions, quant au respect de l'auteur (même s'il est dépossédé, on le sait, de son texte, dès qu'il le laisse traduire) quant aux impératifs éditoriaux (qui peuvent être strictement liés à une question "mathématique" de nombre de signes ou de pages dans la version de poche grand public d'un best seller) ou de public visé.
Il serait extrêmement intéressant pour notre formation d'apprentis traducteurs de participer un jour à un débat entre un auteur son traducteur ET l'éditeur de la version française d'une même œuvre afin de pouvoir confronter les différents choix qui ont du être faits. »

Concours de nouvelle : tous les textes dans un seul et même post

En photo : recompensa par Paco Exposito

Afin que nous puissions enfin procéder à l'élection de notre meilleure nouvelle tradabordienne sur le thème « La naissance d'une traduction » (proposé par Jacqueline) et distribuer les récompenses, j'ai décidé de nous simplifier les choses en rassemblant tous les textes envoyés dans un seul et même post.
Les voici avec un numéro mais sans prénom, pour pouvoir juger en toute objectivité. Le jury sera composé d'Elisabeth et de Sandra, entre autres… :

TEXTE 1 :

Naissance d’une traduction, ou la traduction naissant de...

L’enfant n’est enfant que parce qu’il est enfanté.
De ses parents il naît, et en garde les traits,
Qui se mêlent à son être, à sa propre réalité.

La traduction naît traduction d’une première création,
Qui donne au crayon son orientation
Mais ne l’empêche d’exhaler sa propre création.

Le mot « nacer » lui-même accouche d’un sens,
D’une présence, d’une existence,
Tout en offrant mille façons d’exister.
Nacer peut ainsi engendrer mille enfants,
D’origines et de peuples différents,
Sages comme des images ou turbulents,
Petits, grands, laids ou élégants.
Admirez-les, qu’ils soient transparents ou décalés :
Mettre au monde, pondre, cracher sur terre, commencer une vie nouvelle,
s’éveiller, apparaître, éclore, chier, créer...

La naissance propose, la traduction dispose.

TEXTE 2 :

La naissance d’une traduction ou le remake de David contre Goliath sur gazon

- Eeeeeh ! Bienvenue, Mesdames et Messieurs à la rencontre qui va opposer dans quelques instants l’équipe Translate à la fameuse et impressionnante équipe The Alltexts. Un match décisif qui va se jouer ici, à Pessac City. Les Translate jouent à domicile, espérons qu’ils sauront en tirer partie. Eh oui, il faut dire qu’ils ne sont pas vraiment à leur avantage.
Eh voici l’entrée des joueurs. Salutation de rigueur et hymnes gutturaux.
Les Alltexts viennent de commencer leur danse d’intimidation. Ces grands gaillards, dont le plus petit n’aurait aucun mal à manger sa soupe sur la tête de Géant Vert, sont carrément effrayants.
- Oh ! Oui oui Thierry, vous avez raison et on voit les mines déconfites de ces pauvres Translate qui se demandent bien à quelle sauce ils vont être mangé.
- Ah ah ah ! Sans doute à la sauce barbecue. On a peine à croire qu’avec de si petits gabarits les Translate aient réussi à se hisser à ce niveau du championnat. Ce soir, c’est un peu le remake de David contre Goliath sur gazon.
Coup d’envoi Jean-Michel !
Eeeeeh ! C’est parti. Les Alltexts ont la balle et comme des bulldozers, ils pulvérisent tout ce qui se trouve sur leur passage en l’occurrence ces lilliputiens de Translate. C’est un vrai carnage ! Mesdames et Messieurs si vous avez parié Alltexts, frottez-vous les mains !
Mais c’est déjà la mi-temps, Jean-Michel. Cette période se termine sur le score humiliant de 0 à 25 et c’est le défilé des Translate à l’infirmerie et chez le kiné. Pourvu qu’ils ne perdent pas espoir ; la partie n’est pas encore perdue.
- C’est la reprise. Mais que vois-je, Thierry ? Les Translate ont compris que leurs petits gabarits étaient un atout face à ces colosses de Alltexts. Ils font la partie au ras du gazon, passent entre les jambes de leurs adversaires, on dirait de petites souris dans l’enclos des éléphants. Attention, c’est la mêlée. Ahlalalala ! Un Translate s’est retrouvé au milieu, le malheureux. Mais que se passe-t-il ? Il se faufile hors du tas de Alltexts sans se faire voir. Il a le ballon, il court, essaaaiiiiii transformé !!! Ooohlaaalaaa Thierry que d’émotions !
- Quel match palpitant, Jean-Michel ! Ce soir, chers téléspectateurs, l’histoire s’est répétée et, face à Goliath, David a encore gagné.

TEXTE 3 :

Un texte,
Prétexte…
Un jeu,
Enjeu…
Un rythme,
Algorithme ?
Non !!!
Des sons
TRADUCTION !

TEXTE 4 :

Quelques flocons de neige tombent.
Il fait froid, la lumière sombre,
Le bois dans la cheminée flamboyant
Je prends un livre pour passer le temps
Les premières pages lues
Une idée saugrenue
Dès le départ
Me traverse l’esprit de part en part
Et si je commençais à traduire
D’abord quelques pages, ça ne peut pas me nuire…
Le jeu est intéressant
Et finalement,
Si je me lançai dans la traduction !

TEXTE 5 :
Monsieur A. tourna les pages, 1, 2, 3, 4, 5, 6… 11 :
« C’était la troisième fois en un mois qu’il venait à Los Angeles… »

Madame B. tourna les pages, 1, 2, 3, 4, 5, 6… 9 :
« Anna savait qu’il faisait de son mieux pour paraître attentif… »

Monsieur C. tourna les pages, 1, 2, 3, 4, 5, 6… 11 :
« J’avais fait la connaissance de Tony Hobbs depuis une demi-heure quand il m’a sauvé la vie… »

Madame D. tourna les pages, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 :
« Si le cardinal de Richelieu ne s’était pas jeté sur la princesse mohican… »

Monsieur E. tourna les pages, 1, 2, 3, 4, 5, 6… 9 :
« Ayant laissé Chigurh debout les mains menottées derrière le dos dans le coin du bureau… »

Monsieur F. tourna les pages, 1, 2, 3 :
Roman traduit de l’espagnol par…

Monsieur F a donné naissance à une traduction !

TEXTE 6 :

N’y va pas, n’y va pas, criait-on
à l’embryon.
Et le texte vint, têtu, son front
contre mon front.
Né.

N’ y va pas, n’y va pas, criait-on
à l’enfançon.
Et le livre fut, serein, le front
il-lu-mi-né.
Né.

TEXTE 7 :

Pour faire une bonne traduction :

Prenez un texte de qualité ; munissez-vous d’une connexion Internet performante afin de pouvoir utiliser la batterie de dictionnaires dont vous allez avoir besoin ; installez-vous dans un endroit calme et commencez par triturer le texte dans tous les sens (il faut lui faire cracher tout son jus sémantique). Une fois que vous l’avez bien malaxé, faites-le revenir à feu doux, en veillant à ce qu’il ne perde ni sa couleur syntaxique ni sa saveur lexicale. Laissez reposer quelques minutes puis, mettez la touche finale. Prenez garde, toutefois, de ne pas le charger d’ornements inutiles mais ne le dépouillez pas non plus de ce qui fait sa spécificité; il faut lui laisser un petit goût d’étrangeté : vous préserverez ainsi tout son caractère et vous séduirez à coup sûr vos invités.

A table !

De la traduction à la traductologie, par Sophie Léchauguette

En photo : spacer
Fidelidad par Mengano (nicap33)

Les traducteurs traduisent, les traductologues s’intéressent à leur activité, un peu comme les artistes créent et les critiques d’art cherche à comprendre leur création, en évaluer le sens et éventuellement la valeur.

Chercher à comprendre ce qui passe quand on traduit mène à divers types de positionnement et de manière de procéder selon la façon dont on se pose le problème et le point d’entrée dans la problématique.

Avant de développer, voyons ce que traduire veut dire, pour vous :

Traduire c’est… (liste à compléter, qui m’aidera à aller de A à Z ?)

AGIR
balbutier ( ?)
CHOISIR
COMPRENDRE
DECIDER
EVALUER (des intentions, des vouloir-dire)
HESITER
INTERVENIR (sur quoi, pourquoi)
REFLECHIR (à quoi…)
RESOUDRE DES PROBLEMES
SENTIR ET FAIRE SENTIR
TRANCHER
VOIR & FAIRE VOIR

Probablement, votre expérience passée du thème et de la version, dans le cadre du cours de langue vous a fait progresser dans votre connaissance de cette langue, c’était le but. Malheureusement, elle vous a en même temps transmis des idées sur la traduction, alors que vous étiez en train de faire un exercice de formation en langue.

La plus dangereuse, pour les aspirants traducteurs, est que traduire, c’est passer d’une langue à l’autre ? Opération essentiellement linguistique portant sur des phrases ou segments de phrase et des mots qui auraient un sens prédéfini.

On parle du texte de départ, qui, dans le cadre de la version est érigé en référence absolue, auquel il faut être fidèle. Jean René Ladmiral (« Esquisses conceptuelles, encore… » p. 131-143dans Palimpseste Hors Série, Traduire ou vouloir garder un peu de la poussière d’or…. 2006) évoque un « impensé religieux », une hypothèse qui s’apparente au retour du refoulé en psychanalyse. Dans le débat autour de la traduction et du statut du texte de départ, le refoulé c’est le divin puisque que cette quasi-sacralisation du texte s’expliquerait par la nature divine du verbe, la parole de Dieu.

S’interroger sur le statut du texte de départ, c’est faire de la traductologie. Questionner la notion de fidélité aussi. Il est assez facile de dire qu’il faut être fidèle. Toute la question est de savoir comment être fidèle, ce qui va forcément dépendre de la façon dont on définit la fidélité, et à quoi. La tâche des traductologues, par rapport aux traducteurs va donc être d’exprimer des non-dits, peut-être pour les aider à prendre une distance critique par rapport à leur activité (et ici le non-dit, l’implicite, c’est qu’au bout du compte, enrichi par le regard extérieur critique, les patriciens feront de meilleures traductions). Ceci dit, les traducteurs ne partagent pas toujours cette vision idyllique du rapport entre théorie et pratique, reprochant aux théoriciens soit de ne pas traduire soit d’être de mauvais traducteurs qui justifient par leur théorie leur incapacité à bien traduire.

La linguistique et le discours historique sur la traduction, la fameuse soi-disant opposition entre sa littéralité ou sa liberté nous donnent donc deux points d’entrée. La langue et le texte de départ.

Dans le monde universitaire, l’approche linguistique a présidé à la naissance de cette jeune discipline qu’est la traductologie. C’est aujourd’hui le premier (historiquement, dans le sens d’antériorité, pas qualitativement) le premier axe de la traductologie. Provisoirement, je propose d’en décliner quatre, je suis encore loin d’avoir tout découvert. Le problème de ce premier axe, celui de la linguistique est, en simplifiant grossièrement, que le contexte dans lequel sont prononcés les énoncés reste secondaire puisque cette discipline s’intéresse à des systèmes, qu’elle compare quand il est question de traduction. Consciente de ce problème, la linguistique a imaginé le concept de théorie de l’énonciation, qui permet de prendre en compte la manière dont l’énonciateur s’exprime et module son discours de commentaire, par le choix de forme grammaticale, voire par le choix d’intonation, à imaginer quand on lit.

Exemple tiré de, Devil Bones (Katy Reich) qui a deux sens possibles radicalement opposés ? chapitre 1,point n°5 de la liste p. 5 :
« No letter from me was going to make that happen »
Hors contexte, cette phrase peut signifier deux propostions opposées :
1/ L’énonciateur ne veut pas
2/ L’énonciateur n’a pas le pouvoir
de rendre quelque chose possible.
Fort heureusement pour les traducteurs ici le contexte pointe sans aucun doute possible vers la deuxième interprétation.
Pouvez-vous trouver des exemples de ce type dans votre langue de travail ?

La prise en compte de la subjectivité de l’énonciateur permet de donner des explications plus complètes sur le texte à traduire et c’est un progrès. Mais l’avenir du texte à traduire, son devenir de texte traduit qui va devoir vivre sa vie, fonctionner dans une autre culture, n’entre pas encore dans ce cadre

Substituer une langue à une autre implique une gestion de l’étrangeté et une intervention socio-linguistique, et non simplement la mise en équivalence sémantique de lexèmes/morphèmes ou de mots à laquelle donne lieu la capacité de langage.

Jean Peeters La médiation de l’étranger Une sociolinguistique de la traductionCollection traductologie APU, 1999, p. 286

C’est sur ce point d’entrée que j’aimerais insister avec vous aujourd’hui. Parce que votre passé d’étudiant en langue l’a un peu occulté. Avant de devenir des apprentis traducteur, quand vous traduisiez, c’était uniquement pour un professeur correcteur. Votre texte était un outil d’évaluation d’une compétence en langue. Il n’avait pas vraiment de devenir autre que vous revenir avec de nombreuses annotations en rouge et le plus souvent une note décevante.

Maintenant il va falloir vous intéresser, peut-être d’abord à l’avenir de votre texte, et ce n’est pas par hasard si je dis texte et non traduction. Et l’avenir du texte, ce sont ses lecteurs. Quelque soit la nature du texte que vous traduisiez, il faut que les lecteurs de votre travail puissent

• faire les mêmes gestes que le lecteur du texte de départ, si vous donnez des instructions pratiques, par exemple une recette
• éprouver les mêmes émotions esthétiques, rire, avoir envie de pleurer, admirer la forme, si vous traduisez un écrit littéraire


Parmi les chercheurs en traductologie, qui sont souvent eux-mêmes traducteurs et formateurs de traducteurs, certains réfléchissent à la mise en place de programme de formation. C’est l’un des axes de la discipline, accidentellement le 2e mais ce positionnement ne reflète aucunement un classement par ordre d’importance. Leur démarche, qui s’appuie sur leur expérience et le contact quotidien avec les étudiants, les amène à conclure qu’il faut travailler dans deux directions :

• Approfondir la compréhension du texte de départ, c’est ce qu’on appelle aujourd’hui la linguistique textuelle, (intitulé qui rappelle la filiation de la traductologie) en creusant notamment la structuration rhétorique du texte. On pourrait aussi parler d’explication ou analyse de texte aussi complète que possible.
• Affûter la conscience des différences culturelles entre les deux langues cultures en présence
➢ En s’apercevant que celles-ci se nichent aussi au plus profond du texte, dans son organisation même, et pas seulement au niveau des réalités extratextuelles mentionnées.

Ainsi, pour en revenir à la fidélité (ou peut être devrait-on dire exactitude ?), quand on est en présence de deux langues cultures dont la manière normale de structurer est différente, la traduction fidèle serait celle qui restructure selon les normes et critères de la culture d’arrivée du texte traduit.

Un exemple simple. Je suis traductrice de l’anglais. Je viens d’un couple de langues où il est de bon ton pour beaucoup d’enseignants et praticiens de la traduction de conserver la syntaxe de la langue de départ. Quand je me suis amusée à traduire la longue phrase du test d’entrée de septembre en M2 pro espagnol (sur ce blog, tradabordo) je me suis appliquée à ne pas la couper. C’était possible, la syntaxe du français me permettait de le faire sans trop de difficultés. J’aboutissais à une phrase proustienne, comme on dit, qui n’avait rien de naturel en français alors que la phrase en espagnol l’est tout à fait et ne signale en rien une particularité du style de son auteur.
Avais-je fait une bonne traduction ? Qu’en pensez-vous ?

Suivant la réponse que vous avez envie de donner à cette question, vous vous rangez dans le camp des sourciers ou des ciblistes.

De nombreux traducteurs et / ou philosophes – Henri Meschonnic, Antoine Berman, Walter Benjamin, en espagnol Ortega y Gasset Obras completas tome 5 1e éd 1947 (p. 433-452 2e ed, à la bib d’esp 103 ORT.OBR) - devenus traductologues se penchent sur ces questions et leur apportent des réponses contradictoires. Plus que les réponses, ce sont les questions posées qui ont de l’importance car elles amènent à réfléchir, au-delà des problèmes de traduction, au rapport avec l’autre, à l’altérité culturelle et à sa représentation. Ces problématiques nous éloignent de notre travail de traducteur mais entrent parfois en résonance avec des problèmes culturels et politiques qui n’ont rien d’anodin comme vous pourrez vous en convaincre en lisant :
Les traducteurs occidentaux sont-ils des barbares ? (http://passouline.blog.le monde.fr/2009/01/03/les-traducteurs-occidentaux-sont-ils-des-barbares).
C’est ce que je vois comme l’axe philosophique de la recherche en traductologie, ici le 3e . Même s’il semble peut-être bien loin des préoccupations quotidiennes des traducteurs, ils doivent en avoir conscience au risque de malentendus pouvant avoir des conséquences graves comme en témoigne également un article du monde en date du 9 janvier 2009 « L’aide au développement face à la barrière de la langue »

Pour terminer ce survol rapide de la discipline je me contenterais de citer le 4e axe dont je ne connais guère que l’existence, c’est la recherche en neuro-biologie qui tente de découvrir ce qui se passe dans le cerveau du traducteur, boîte noire pour l’instant assez impénétrable. Certains chercheurs travaillent en utilisant les Think Aloud Protocol ou TAP qui demandent aux traducteurs cobayes de verbaliser leurs questionnements et//ou raisonnement tout en traduisant. D’autres, par les techniques d’investigation employées se rapprochent des neurosciences. Ces démarches, pour passionnantes qu’elles soient, ne me semblent pas en mesure d’enrichir la pratique des traducteurs. Elles s’inscrivent me semble-t-il plutôt dans la continuité des travaux sur le langage réalisés par Brocca et d’autres dont je ne pourrais vous citer les noms car ce n’est pas du tout mon domaine. Dans cette perspective, le texte départ devient un simple élément déclencheur de processus biologiques.

Voilà très brièvement résumé quelques de millénaires de traduction et de réflexion sur l’activité ! Les débuts de la traductologie, élevé au rang science reconnue par l’université, ont coïncidé – dans les années 1950-1960 - avec l’essor de l’informatique et l’espérance qu’un jour les programmes de traduction automatique remplaceraient l’humain. Aujourd’hui, cette science humaine, dont l’existence constitue pour les uns l’avènement d’un nouveau paradigme (Intervention d’Antoine Cazé « Traduire le texte historique » dans 24e assise de la traduction littéraire Arles 2007 p. 96) tandis que d’autres la contestent encore, cherche à se rapprocher de ces sciences dites dures. Cette évolution laisse transparaître le mal être de nombreux chercheurs en sciences humaines dans une société plus encline à valoriser le quantifiable et le généralisable qu’à reconnaître l’inestimable richesse des multiples choix uniques imputables aux traducteurs. Les théories peuvent les accompagner dans leur démarche, parfois peut-être les guider et leur apprendre à mieux se connaître, mais finalement les traducteurs ne restent-ils pas seuls avec leurs textes et leurs subjectivité, aussi cadrée puisse-t-elle être par la théorie ? C’est à eux que revient la tâche d’écrire et ils sont d’ailleurs, du moins en droit français, auteur de leur traduction. On pourrait conclure en disant qu’il s’est produit, en cinquante ans de recherche en traductologie une véritable révolution copernicienne. Le texte de départ, jadis sacralisé n’est plus le centre de l’univers mais peut-être simplement une étoile parmi la constellation de ses traductions.

Message d'une visiteuse

En photo : Today 515 years ago / Hoy hace 515 años par . SantiMB .

Comme vous le savez, nous avions, jeudi dernier, la visite de deux "étrangères" – Elisabeth et Sandra – qui ne le sont pas restées longtemps.
Voici un petit message d'Elisabeth pour vous remercier de votre accueil :

Récit de voyage chez les Tradabordiens et Tradabordiennes

Pendant les vacances de Noël, j’ai eu l’occasion d’aller sur le blog de Tradabordo dans un but bien précis : m’entraîner à traduire.
Au fil des jours, je m’y rendais régulièrement et j’y ai découvert une multitude de richesses : des comptes rendus avec des traducteurs, des références culturelles hispaniques et américaines, des sondages, des traductions… Tous les jours une nouveauté : c’est fabuleux, non ?
Bref, j’ai eu envie de connaître en personne les auteurs et les auteures de cette tribu.
J’ai donc réservé mon billet pour Tradabordo via la responsable du Blog (lepagebx3@club.fr) pour le jeudi 20 février.
Le jour J est arrivé : j’étais à la fois poussée par le désir et retenue par l’appréhension, si bien qu’au dernier moment, j’ai convaincu mon acolyte, Sandra, de m'accompagner pour aller à la rencontre des Tradabordiens et des Tradabordiennes.
À 11H30 précise, nous sommes entrées, accompagnées du chef de la tribu, en H 118 : une savoureuse explication de texte de l’Uruguayen Eduardo Galeano sur l’exil de la 2ème génération des cubains était à l’ordre du jour. Ensuite, à tour de rôle, nous avons traduit le texte ; confrontations d’idées, recherche de la précision, des indices donnés par Caroline pour trouver le mot juste.
Je n’ai pas vu le temps passer et ai tout simplement adoré ce voyage.
Merci chers Tradabordiens et chères Tradabordiennes de nous avoir intégrées chaleureusement dans votre merveilleux univers convivial, joyeux, respectueux et aux trésors infinis.
Au plaisir de reprendre un billet et de partager une nouvelle aventure dans les sphères de la traduction.
Elisabeth

Appel !

En photo : Se busca sonrisa par nadostois

Est-ce que l'un d'entre vous aurait chez lui un exemplaire de Marelle, la traduction française de Rayuela de Cortázar ? Nous sommes effectivement plongées avec Nathalie dans une exploration spéléologique du texte que j'avais donné à traduire pendant les vacances de Noël, souvenez-nous, la Maga, tout ça… et il nous faut voir au plus vite la traduction « officielle » pour réfléchir sur certains points "problématiques". Une récompense sera offerte à celui qui nous livrera le texte pieds et poings liés (autrement dit prêt à être publié sur le blog). Merci d'avance. Caroline et Nathalie

Références culturelles, 48 : los polvorones de Navidad

En photo : Polvorones par ketiya

Pas une table de Nochebuena sans les fameux, les délicieux, les moelleux, les goûteux : POLVORONES

Pour en savoir plus :
http://www.directoalpaladar.com/2008/12/10-dulces-de-navidad-receta-de-polvorones

J'ai évidemment choisi un site offrant une recette très précise et très claire… en espérant secrètement susciter des vocations. Jacqueline ? Denise ? Et Odile ?

Version d'entraînement, 26 (Eduardo Galeano)

En photo : Eduardo Galeano par marielademarchi

LA POBREZA DEL HOMBRE COMO RESULTADO DE LA RIQUEZA DE LA TIERRA FIEBRE DEL ORO

FIEBRE DEL ORO, FIEBRE DE LA PLATA:
El signo de la cruz en las empuñaduras de las espadas

Cuando Cristóbal Colón se lanzó a atravesar los grandes espacios vacíos al oeste de la Ecúmene, había aceptado el desafío de las leyendas.
Tempestades horribles jugarían con sus naves, como si fueran cáscara de nuez, y las arrojarían a las bocas de los monstruos; la gran serpiente de los mares tenebrosos, hambrienta de carne humana, estaría la acecho. Solo faltaban mil años para que los fuegos purificadores del Juicio Final arrasaran el mundo, según creían los hombre del siglo XV, y el mundo era entonces el mar Mediterráneo con sus costas de ambigua proyección hacia el África y Oriente. Los navegantes portugueses aseguraban que el viento del oeste traería cadáveres extraños y a veces arrastraba leños curiosamente tallados, pero nadie sospechaba que el mundo sería, asombrosamente multiplicado.
América no solo carecía de nombre. Los noruegos no sabían que la habían descubierto hacía largo tiempo, y el propio Colón murió, después de sus viajes, todavía convencido de que había llegado al Asia por la espalda. En 1492, cuando la bota española se clavó por primera vez en las arenas de las Bahamas, el Almirante creyó que estas islas eran una avanzada de Japón. Colón llevaba consigo un ejemplar de libro de Marco Polo, cubierto de anotaciones en los márgenes de las páginas. Los habitantes de Cipango decía Marco Polo, «poseen oro en enorme abundancia y las minas donde lo encuentran no se agotan jamás... También hay en esta isla de perlas del más puro gran tamaño y sobrepasan en valor a las perlas blancas». La riqueza de Cipango había llegado a oídos del Gran Khan Kublai, había despertado en su pecho el deseo de conquistarla: él había fracasado. De las fulgurantes páginas de Marco Polo se echaban al vuelo islas en el mar de la India con montañas de oro y perlas, y doce clases de especias en cantidades inmensas, además de la pimienta blanca y negra.
La pimienta, el jengibre, el clavo de olor, la nuez moscada y la canela eran tan codiciados como la sal para conservar la carne en invierno sin que se pudriera y ni perdiera sabor. Los Reyes Católicos de España decidieron financiar la aventura del acceso directo a las fuentes, para liberarse de la onerosa cadena de intermediarios y revendedores que acaparaban el comercio de las especias y las plantas tropicales, las muselinas y las armas blancas que provenían de las misteriosas regiones del oriente. El afán de metales preciosos, medio pago para el tráfico comercial, impulsó también la travesía de los mares malditos. Europa entera necesitaba plata; ya casi estaban exhaustos los filones de Bohemia, Sajonia y Tiro.
España vivía el tiempo de la reconquista. 1492 fue el año del descubrimiento de América, el nuevo mundo nacido de aquella equivocación de consecuencias grandiosas. Fue también el año de la recuperación de Granada, Fernando de Aragón e Isabel de Castilla, que habían superado con su matrimonio el desgarramiento de sus dominios, abatieron a comienzos de 1492 el último reducto de la religión musulmana en el suelo español. Había costado casi ocho siglos recobrar lo que se había perdido en siete años, y la guerra de reconquista había agotado el tesoro real. Pero esta era una guerra santa, la guerra cristiana contra el Islam, y no es casual, además, que en ese mismo año, 1492, ciento cincuenta mil judíos declarados fueron expulsados del país.
España adquiría realidad como nación alzando espadas cuyas empuñaduras dibujaban el signo de la cruz. La reina Isabel se hizo madrina de la Santa Inquisición. La hazaña del descubrimiento de América no podría explicarse sin la tradición militar de guerra de cruzadas que imperaba en la Castilla medieval, y la Iglesia no se hizo rogar para dar carácter sagrado a las conquistas de las tierras incógnitas del otro lado del mar. El papa Alejandro VI, que era valenciano, convirtió a la reina Isabel en dueña y señora del Nuevo Mundo. La expansión del reino de Castilla ampliaba el reino de Dios sobre la tierra.

Eduardo Galeano, Le venas abiertas de América latina

***

La traduction « officielle », par Claude Couffon pour les éditions Omnibus :

Fièvre de l’or, fièvre de l’argent

Le signe de la croix sur le pommeau des épées

Lorsque Christophe Colomb entreprit de traverser les grands espaces déserts de l’ouest de l’écoumène, il avait accepté le défi des légendes. De terribles tempêtes joueraient avec ses navires comme avec des coquilles de noix qu’elles allaient jeter dans la gueule des monstres ; le grand serpent des mers ténébreuses, avide de chair humaine, serait à l’affût. Les hommes du XVè siècle croyaient qu’il ne restait plus que mille ans avant que les feux purificateurs du Jugement dernier anéantissent le monde, un monde constitué alors par la Méditerranée avec ses rivages aux arrière-pays ambigus : l’Europe, l’Asie, l’Afrique. Les navigateurs portugais assuraient que le vent d’ouest apportait d’étranges cadavres et traînait parfois des épaves aux sculptures bizarres, mais personne n’imaginait que le monde s’accroîtrait bientôt, ô merveille ! d’un nouveau continent.
Non seulement l’Amérique n’avait pas de nom, mais les Norvégiens ignoraient qu’ils l’avaient découverte depuis longtemps et Colomb lui-même, jusqu’à sa mort, après ses voyages, demeura convaincu qu’il était arrivé en Asie par la route de l’ouest. En 1492, quand la botte espagnole se posa pour la première fois sur les sables des Bahamas, l’amiral pensa que ces terres étaient une avancée de l’île fabuleuse de Cipango : le Japon. Colomb avait emporté un exemplaire du livre de Marco Polo, aux marges couvertes d’annotations. Les habitants de Cipango, affirmait Marco Polo, « possèdent de l’or en abondance et les mines d’où ils l’extraient ne s’épuisent jamais…Il y a aussi dans cette île des quantités de perles orientales les plus pures. Elles sont roses, rondes et de grande taille, et leur valeur est supérieure à celle des perles blanches. » La richesse de Cipango était parvenue aux oreilles du Grand Khan Kubilay , éveillant en lui le désir de la conquérir : il avait échoué. Des pages fulgurantes de Marco Polo, tous les biens de la création prenaient leur envol : il y a presque treize mille îles dans la mer des Indes, avec des montagnes d’or et de perles, et douze sortes d’épices en énormes quantités, sans oublier le poivre blanc et noir qui abondait.
Le poivre, le gingembre, le clou de girofle, la noix de muscade et la cannelle étaient aussi convoités que le sel pour conserver la qualité et la saveur de la viande en hiver. Les Rois Catholiques décidèrent de financer l’aventure de l’accès direct aux sources afin de se libérer de l’onéreuse chaîne d’intermédiaires et de revendeurs qui accaparaient le commerce des épices et des plantes tropicales, des mousselines et des armes blanches provenant des mystérieuses régions de l’Orient. L’attrait des métaux précieux, monnaie d’échange pour le commerce, favorisa également l’idée d’une traversée des mers maudites. L’Europe entière avait besoin d’argent : les gisements de Bohême, de Saxe et du Tyrol étaient déjà presque épuisés.
L’Espagne vivait le temps de la Reconquête. 1492 fut l’année de la découverte de l’Amérique, du nouveau monde né de cette erreur géographiques aux conséquences grandioses, mais aussi celle de la récupération de Grenade. Ferdinand d’Aragon et Isabel de Castille, qui avaient unifié par leur mariage leurs domaines rivaux, réduisirent au début de 1492 le dernier bastion de la religion musulmane en territoire espagnol. Il avait fallu presque huit siècles pour reprendre ce qui avait été perdu en sept années et la guerre de reconquête avait vidé les coffres du trésor royal. Mais c’était une guerre sainte, la guerre chrétienne contre l’Islam, et ce n’est pas par hasard qu’en cette même année cent cinquante mille Juifs furent expulsés. L’Espagne acquérait une réalité comme nation en brandissant des épées aux pommeaux en forme de croix. La Reine Isabelle patronna la Sainte Inquisition. L’exploit de la découverte de l’Amérique ne pourrait s’expliquer sans la tradition guerrière des croisades qui régissait la Castille médiévale, et l’Église ne se fit pas prier pour donner un caractère sacré à la conquête des terres inconnues qui s’étendaient de l’autre côté de l’Océan. Le pape Alexandre VI, qui était espagnol, consacra la reine Isabelle première dame du Nouveau Monde. Avec l’expansion du royaume de Castille, c’était le royaume de Dieu qui s’accroissait sur terre.

***

Nathalie nous propose sa traduction – avec un petit commentaire et un indispensable relevé de coquilles en introduction :
« Mille mercis d’avoir choisi ce texte : dès que j’ai vu le nom de Christophe Colomb, j’ai su que j’allais le traduire. Non seulement j’ai passé un très bon moment, mais j’ai également appris quelque chose, qui fait écho au sondage que je t’ai proposé. Comme le texte de Galeano évoque une période qui m’est familière et qu’il utilise des termes ou des expressions qui sont (pour moi) chargés de sens, je me suis rendu compte que je ne cherchais pas à traduire des mots alignés les uns à la suite des autres mais à restituer le substrat historique et culturel de l’époque, tel que je l’ai appris et enseigné. Ce texte m’a donc permis de toucher du doigt ce que je commençais à entrevoir. Alléluia ! »

Au passage, je te signale les quelques erreurs que j’ai relevé :

- « la acecho » pour « al acecho »

- « solo (faltaban)… (América) no solo… » au lieu de sólo

- « el viento del oeste traería » au lieu de « traía » puisque les verbes de la phrase sont à l’imparfait

- « sería, asombrosamente » sans virgule

- « también hay en esta isla de perlas del más puro gran tamaño » soit il manque un mot, soit il y en a un en trop, « de » ?

- « medio pago » : là, il manque « de »

- titre « le venas… » : « las venas » évidemment.

Et j’aimerais que tu m’expliques, si tu le peux, ce que l’auteur veut dire par « sus costas de ambigua proyección hacia Africa y Oriente » : j’ai compris qu’il faisait référence au contour sinueux des côtes méditerranéennes, tantôt saillantes, tantôt rentrantes et j’en ai déduis que cela traduisait l’attitude - à la fois conquérante et timorée - des Européens à l’égard des peuples voisins… Mais je n’ai pas su le rendre dans ma trad : ça aurait donné lieu à une périphrase explicitante ( si tant est que mon explication soit la bonne). »

Fièvre de l’or, fièvre de l’argent :
le signe de la croix sur le pommeau des épées

Christophe Colomb, lorsqu’il entreprit de traverser les grands espaces vides à l’ouest de l’écoumène, avait accepté le défi des légendes. D’horribles tempêtes joueraient avec ses navires, comme s’il s’agissait de vulgaires coquilles de noix, et les jetteraient dans la gueule des monstres ; le grand serpent des mers ténébreuses, avide de chair humaine, serait à l’affût. Les hommes du XV° siècle croyaient qu’il ne restait plus que mille ans avant que les feux purificateurs du Jugement Dernier n’embrasent le monde, et le monde, à l’époque, se limitait à la Méditerranée avec ses côtes aux tracés ambigus, tournées vers l’Afrique et l’Orient. Les navigateurs portugais assuraient que le vent d’ouest apportait d’étranges cadavres et charriait parfois des morceaux de bois curieusement taillés, mais personne ne pouvait deviner que le monde serait miraculeusement multiplié.
L’Amérique n’avait pas de nom. Les Norvégiens ignoraient qu’ils l’avaient découverte depuis longtemps et même Colomb, après ses voyages, mourut intimement convaincu qu’il était arrivé en Asie en empruntant la route de l’Ouest. En 1492, quand la botte espagnole foula pour la première fois le sable des Bahamas, l’Amiral crut que ces îles étaient une avancée du Japon. Colomb avait emporté un exemplaire du livre de Marco Polo, qu’il avait couvert d’annotations dans les marges. Les habitants de Cipango, affirmait Marco Polo, « possèdent de l’or en abondance et les mines d’où ils l’extraient ne s’épuisent jamais… Il y a aussi dans cette île les perles les plus pures ; elles sont très grosses et leur valeur est supérieure à celle des perles blanches. » La richesse de Cipango était parvenue jusqu’aux oreilles du Grand Khan, Kubilay, éveillant en lui le désir de la conquérir : mais il avait échoué. Des pages fulgurantes de Marco Polo s’échappaient une nuée d’îles éparpillées dans la mer qui borde l’Inde, avec des montagnes d’or et de perles, et douze sortes d’épices en énorme quantité, en plus du poivre blanc et noir.
Le poivre, le gingembre, le clou de girofle, la noix de muscade et la cannelle étaient aussi convoités que le sel pour conserver la viande, sans que celle-ci ne s’avarie ou perde sa saveur, en hiver. Les Rois Catholiques décidèrent de financer l’aventure de l’accès direct aux sources afin de se libérer de l’onéreuse chaîne des intermédiaires et des revendeurs qui accaparaient le commerce des épices et des plantes tropicales, des mousselines et des armes blanches en provenance des mystérieuses régions de l’Orient. La soif de métaux précieux, moyen de paiement pour les échanges commerciaux, encouragea également la traversée des mers maudites. L’Europe entière avait besoin d’argent : les gisements de Bohême, de Saxe et du Tyrol étaient déjà presque épuisés.
L’Espagne était en pleine Reconquête. 1492 fut l’année de la découverte de l’Amérique, un nouveau monde né de cette erreur aux conséquences grandioses. Ce fut aussi l’année de la récupération de Grenade : Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, qui avaient surmonté la rivalité qui opposaient leurs royaumes par leur union, abattirent, au début de 1492, le dernier bastion de la religion musulmane sur le sol espagnol. Reprendre ce qui avait été perdu en sept ans avait pris près de huit siècles, et la guerre de Reconquête avait vidé les caisses du royaume. Mais il s’agissait d’une guerre sainte, la guerre de la Chrétienté contre l’Islam, sans compter que, et ce n’est pas un hasard, cette même année, cent cinquante mille Juifs déclarés furent expulsés. L’Espagne acquérait une réalité comme nation en brandissant ses épées dont les pommeaux portaient le signe de la croix. La reine Isabelle devint la marraine de la Sainte Inquisition. L’exploit de la découverte de l’Amérique ne pourrait s’expliquer sans la tradition militaire des guerres de Croisades qui régnait dans la Castille médiévale, et l’Eglise ne se fit pas prier pour donner un caractère sacré à la conquête des terres inconnues, de l’autre côté de l’Océan. Le pape Alexandre VI, qui était valencien, présenta la reine Isabelle comme la maîtresse absolue du Nouveau Monde. L’expansion du royaume de Castille accroissait le royaume de Dieu sur terre.

***

Odile nous propose sa traduction :

Fièvre de l'or, fièvre de l'argent:
Le signe de la croix sur le pommeau des épées

Lorsque Christophe Comb entreprit de traverser les grands espaces déserts à l' Ouest de l'écoumène, il avait accepté le défi des légendes.
De terrifiantes tempêtes joueraient avec ses navires comme avec des coquilles de noix pour les précipiter dans la gueule des monstres ; le grand serpent des mers ténébreuses, avide de chair humaine serait à l'affût. Les hommes du XV ème siècle croyaient qu'il ne restait plus que mille ans avant que les feux purificateurs du Jugement dernier anéantissent le monde, un monde constitué alors par la Méditerranée et ses rivages menant vers les mystérieuses contrées d'Afrique et d'Orient. Les navigateurs portugais affirmaient que le vent d'ouest apportait d'étranges cadavres et poussait parfois des épaves aux étranges sculptures mais personne ne soupçonnait que le monde s'accroîtrait
aussi considérablement. L'Amérique n'avait pas de nom. Les norvégiens ne savaient pas qu'ils l'avaient découverte depuis longtemps, et Colomb lui-même, jusqu'à sa mort, après ses voyages, demeura convaincu qu' il était arrivé en Asie par la route de l'Ouest. En 1492, quand la botte espagnole se posa pour la première fois sur le sable des Bahamas, l'Amiral crut que ces îles étaient une avancée du Japon. Colomb avait emporté un exemplaire du livre de Marco Polo, aux marges couvertes d'annotations. Les habitants de Cipango, affirmait Marco Polo, « possèdent de l'or en abondance et les mines d'où ils l'extraient ne s'épuisent jamais...Il y a aussi dans cette île des perles d'une grande pureté, d'une grande taille, et leur valeur est supérieure à celle des perles blanches ». La richesse de Cipango était parvenue aux oreilles du Grand Khan Kublai, éveillant en lui le désir de la conquérir : il avait échoué. Les fulgurantes pages de Marco Polo révélaient l'existence d' îles dans la mer des Indes avec des montagnes d'or et de perles, douze sortes de d'épices en quantités énormes, et encore du poivre, blanc et noir.
Le poivre, le gingembre, le clou de griofle, la noix de muscade et la cannelle étaient aussi convoités que le sel pour conserver la viande en hiver sans qu'elle pourisse ou perde sa saveur. Les Rois Catholiques décidèrent de financer l'aventure de l'accès direct aux sources afin de se libérer de l'onéreuse chaîne d'intermédiaires et de revendeurs qui accaparaient le commerce des épices et des plantes tropicales, des mousselines et des armes blanches provenant des mystérieuses régions de l'Orient. La soif de métaux précieux, monnaie d'échange pour le commerce, favorisa aussi l'idée d'une traversée des mers maudites.L'Europe entière avait besoin d'argent : les gisements de Bohême, de Saxe et du Tyrol étaient déjà presque épuisés.
L'Espagne vivait le temps de la Reconquête. 1492 fut l'année de la découverte de l'Amérique, le nouveau monde né de cette erreur aux conséquences grandioses, et aussi l'année de la récupération de Grenade. Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille, qui par leur mariage avaient permis l'unification de leurs territoires rivaux, réduisirent au début de 1492 le dernier bastion de la religion musulmane sur le sol espagnol. Il avait fallu presque huit siècles pour reprendre ce qui avait été perdu en sept ans et la guerre de reconquête avait ruiné le trésor royal. Mais c'était une guerre sainte, la guerre de la Chrétienté contre l'Islam et ce n'est pas un hasard si, au cours de cette même année, cent cinquante mille juifs furent expulsés du pays.
L'Espagne se forgeait une réalité comme nation en brandissant des épées dont les pommeaux s'ornaient du signe de la croix. La reine Isabelle patronna la Sainte Inquisition. L'exploit de la découverte de l'Amérique ne pourrait s'expliquer sans la tradition militaire de guerres de croisades qui régnait dans la Castille médiévale et l' Eglise ne se fit pas prier pour donner un caractère sacré à la conquête de ces terres inconnues qui s'étendaient de l'autre coté de l'océan. Le pape Alexandre VI, natif de Valence, fit de la reine Isabelle la maîtresse et la souveraine du Nouveau Monde. L'expansion du royaume de Castille élargissait aussi le royaume de Dieu sur terre.

dimanche 22 février 2009

Et si nous nous cultivions un peu sur la question des droits d'auteur ?

En photo : Respeta el Copyrigth par lourita

Oui, puisque nous sommes les auteurs de nos traductions (qui oserait dire le contraire sur ce blog des amis de la traduction ?), il serait temps de savoir ce que l'on entend exactement par "droits d'auteur" et à quoi cela renvoie. Attentions aux subtilités du jargon…
Pour en savoir plus, allez donc faire un tour à l'adresse de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle :

http://www.wipo.int/about-ip/fr/copyright.html

Pour information

Sophie Léchauguette vient de me faire parvenir son commentaire éclairé de notre sondage sur les "différences" entre le métier de traducteur littéraire et celui de traducteur spécialisé, alias le traducteur pragmatique. Je l'ai publié à la suite du post où j'ai donné les résultats, il y a déjà quelques jours. Vous verrez, la réflexion donne du grain à moudre. Alors, chère Sophie, merci d'avoir joué le jeu, généreusement. À présent, que tu as franchi les portes de Tradabordo et été adoptée par la troupe… tu peux revenir causer sur notre tableau noir virtuel chaque fois que tu en auras envie.
¡ Bienvenida a bordo !

Une proposition de Nathalie aux étudiants du groupe 2 de CAPES

Je viens de lire les réponses argumentées que tu apportes à mes interrogations sur la traduction du texte de Cortázar et je t'en remercie. Une traduction commentée, c'est vraiment l'idéal. J'ai adoré cette discussion à 3 par mails interposés. On ne pourrait pas réunir les étudiants de Capes et ceux du Master pour une séance de traduction collective ? Je crois que ça serait intéressant de confronter les choix de traduction consentis dans la perspective d'un concours et l'orientation littéraire vers laquelle on tend, avec plus ou moins de bonheur, dans nos ateliers. S'il y a des volontaires (après le concours évidemment)...

Votre thème du week-end, La Fontaine

En photo : Heron Today :)) (20080923-110342-PJG) par DrgnMastr










Le héron

Un jour sur ses longs pieds allait je ne sais où
Le Héron au long bec emmanché d'un long cou.
Il côtoyait une rivière.
L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours ;
Ma commère la Carpe y faisait mille tours
Avec le Brochet son compère.
Le Héron en eût fait aisément son profit :
Tous approchaient du bord, l'Oiseau n'avait qu'à prendre ;
Mais il crut mieux faire d'attendre
Qu'il eût un peu plus d'appétit.
Il vivait de régime, et mangeait à ses heures.
Après quelques moments l'appétit vint ; l'Oiseau
S'approchant du bord vit sur l'eau
Des Tanches qui sortaient du fond de ces demeures.
Le mets ne lui plut pas ; il s'attendait à mieux,
Et montrait un goût dédaigneux
Comme le Rat du bon Horace.
Moi des Tanches ? dit-il, moi Héron que je fasse
Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ?
La Tanche rebutée, il trouva du Goujon.
Du Goujon ! C'est bien là le dîner d'un Héron !
J'ouvrirais pour si peu le bec ! Aux Dieux ne plaise !
Il l'ouvrit pour bien moins : tout alla de façon
Qu'il ne vit plus aucun Poisson.
La faim le prit ; il fut tout heureux et tout aise
De rencontrer un Limaçon.
Ne soyons pas si difficiles :
Les plus accommodants, ce sont les plus habiles :
On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
Gardez-vous de rien dédaigner ;
Surtout quand vous avez à peu près votre compte.

***

Laure G. nous propose sa traduction :

LA GARZA

Un día sobre sus patas largas andaba por allí
La garza de largo pico y largo cuello enmangado.
Seguía la orilla de un río.
Las aguas estaban transparentes como en los días más despejados;
Mi comadre la Carpa daba vueltas ahí
Junto al Lucio su compadre.
Con esto la Garza hubiera disfrutado ampliamente:
Todos se acercaban al borde, tan sólo tenía que coger el Ave;
Pero pensó que más le valiera que esperase
A que algo más apetito le entrase.
Su vida era dieta y comidas a sus horas.
Al rato llegó el apetito; el Ave a estas alturas
Aproximándose a la orilla vio en las aguas
Tencas que salían del fondo de sus casas.
No le gustó el plato; se esperaba mejores comidas,
Y tenía ínfulas desdeñosas
Como la Rata del buen Horacio.
¿Para mí Tencas? dijo, ¿que yo Garza coma
tan mala comida? ¿Por quién me están tomando?
Siendo desechada la Tenca, se topó con Gobio.
¡Gobio! ¡A que no puede ser la cena de una Garza!
No abriría el pico para tan poco, ¡a que no!
Para mucho menos lo abrió: todo fue de tal manera
Que ya no vio ningún pez más.
Le cogió el hambre; estuvo muy feliz y contento
De encontrar a un Caracol.
No seamos tan exigentes:
Los más complacientes son los más hábiles:
Se corre el riesgo de perderlo todo queriendo ganar demasiado.
De no desdeñar nada absténgase;
Sobre todo cuando tiene bastante con que saciarse.

Références culturelles, 47 : Las Luminarias

En photo : Las Luminarias par Pablo Álvarez

Cheval de feu
par Jacqueline

Cela se passe tous les 17 janvier. A San Bartolamé de Pinares (près d’Avila). Et en l’honneur de Saint Antoine, anachorète qui comme on le sait, se retira dans le désert égyptien, vers 270, où il ne recevait d’autre compagnie que celle des animaux sauvages. Ceci explique que le 17 janvier, dans un grand nombre d’églises dédiées au saint, le prêtre dit la messe pour une assistance accompagnée de ses fidèles compagnons : chiens, chats, lapins, perruches… Il paraît qu’on a même vu, à Paris, un dromadaire amené par son gardien de cirque. Mais revenons à San Bartolomé, où les habitants allument le soir du 16 janvier des feux en l’honneur de Saint Antoine, les cavaliers sautent avec leur cheval au-dessus du brasier ; tout cela est très spectaculaire. Cela s’appelle « Las Luminarias ». Elles sont suivies d’autres festivités le lendemain, « Las cintas », tout aussi colorées. A la fin des cérémonies, il y a toujours, dit-on, quelqu’un qui dit « ¡¡ Qué lo veamos a otro año !! », y la pregunta es : ¿Lo veremos ? ». Le site suivant, si cela vous intéresse, vous décrira les scènes en détail :
http://www.lasluminarias.com/Paginas/fiesta.htm
Pourquoi vous parler de cela aujourd’hui ? Parce qu’ayant prévu d’en parler le 15 janvier, j’ai été aspirée par l’actualité du blog ! Mais il n’est jamais trop tard, n’est-ce-pas ?

Une référence culturelle concoctée par Nathalie… pour passer un bon dimanche, 46

En photo : I'm Laughing at Flickr's Censorship!!! | Me c** de la risa de la censura en Flickr par Javier Diaz*

¿ Conoces el último chiste de Lepe ?

Lepe est une ville de la province de Huelva (Andalousie) qui doit sa renommée aux histoires drôles dont ses habitants (los leperos) sont l’objet.

Les leperos sont devenus, pour les Espagnols, ce que les Belges sont aux Français : une cible que l’on affuble de toutes les tares (déficience intellectuelle, notamment) et que l’on ne se lasse pas de tourner en ridicule.

Pourquoi les leperos ? Parmi les nombreuses hypothèses qui circulent, voici celle que j’ai retenu : deux chansonniers espagnols - Lepe et Alady - se produisaient régulièrement dans les théâtres madrilènes, dans les années trente. Leurs bons mots « ¿ Conoces el último chiste de Lepe ? » étaient repris et diffusés dans les journaux, les cafés…
Les histoires de Lepe n’avaient donc rien à voir, à l’origine, avec la ville du même nom. La confusion s’est faite progressivement, dès lors que le duo comique a sombré dans l’anonymat.

Avant de conclure ce petit billet, je ne résiste pas au plaisir de vous raconter deux ou trois histoires :

¿ Por qué los de Lepe nunca salen de su ciudad ?
Porque hay un cartel que dice « Huelva »…

¿ Por qué los de Lepe ponen una manzana en la ventana, en invierno ?
Porque hace un frío que pela…

¿ Por qué los de Lepe usan pijama cuando van en moto ?
Para acostarse en las curvas…

¿ Por qué los de Lepe ponen una jarra vacía en la nevera ?
Para los que no quieran tomar nada…

Et vous, vous en connaissez des histoires de Lepe ?

Résultats du sondage : «Quel apport représente la traductologie pour le traducteur ?»

En photo : Ouvriers par mirkoshanghai








Sur 18 votes :

Une simple culture générale = 2 voix (11%)
Une aide très directe = 10 voix (55%)
Un élément parmi d'autres = 4 voix (22%)
Aucune utilité = 2 voix (11%)

Je laisse la parole à Jacqueline pour commenter ce sondage :
« Je suis surprise des résultats du sondage "traductologie". Je me demande si les personnes qui ont dit que cette discipline n'avait pas d'incidence sur leur travail de traduction ne pourraient pas expliciter leur choix ? Ne sommes-nous que des machines à traduire, la réflexion n'est-elle pas enrichissante, en soi certes, mais aussi et surtout pour améliorer notre tâche d'artisan ? Je crois pour ma part que le bon ouvrier est celui qui se pose les (bonnes) questions. »

Pour information

Je viens de publier la traduction « officielle » de la version d'hier, la n°24, En busca de Klingsor de Jorge Volpi. Je rappelle, pour ceux qui continuent à me le demander par mail, que ces traductions figurent immédiatement après le texte en V.O.

Version d'entraînement, 25 (Daína Chaviano)

En photo : Portada_La isla de los amores_ small par yolsalvatierra

La fiesta en casa del conde fue uno de los grandes sucesos de la ciudad. La fastuosidad de la vajilla y de los adornos, el ajuar de los asistentes, la magnificencia de los manjares – todos los elementos que contribuyen a dar realce a un evento semejante – habían sido cuidados hasta el último detalle. Y no era para menos. Dos representantes de la corte española serían homenajeados. La propia princesa de Borbón escribiría más tarde en su diario secreto : « La fiesta que en mi honor dieron los condes de Fernandina me impresionó vivamente por su elegancia, su distinción y su señorío, todo bastante más refinado que en la sociedad madrileña ». Y después recordaba cómo los había conocido cuando era niña, en casa de su madre, pues eran frecuentes invitados al palacio de Castilla. Impresión especial dejó en la princesa la hermosura de las criollas. « Había oído ponderar la belleza de las cubanas, su señorío, su elegancia y, sobre todo, su dulzura ; pero la realidad superó en mucho a lo que había imaginado ».
En medio de tanto lujo, quizás la infanta pasara por alto el brillo de los centenares de velas que iluminaban los salones y los corredores más apartados de la mansión. Pero Florencio observó su efecto antes de partir. Desde la calzada era posible percibir la vaharada multicolor de los vitrales. El portal custodiado por ciclópeas columnas se incendiaba de resplandores, como si la piedra hubiera adquirido una cualidad traslúcida… Y acaso la princesa tampoco reparara en las sidras y los tintos que habían contribuido a encender aún más las sonrosadas mejillas de las habaneras, que los consumían a granel.
Florencio había pasado dos días transportado toneles y cajas de velas. Ahora que en el cielo apenas quedaban algunas franjas violetas de luz solar, emprendió el regreso a su casa. Varios carruajes se cruzaron con el suyo mientras se alejaba, y transcurrió bastante rato antes que dejara de escuchar el sonido de la música. Las monedas le pesaban en el saquito que llevaba dentro de la camisa. Acarició el mango de su machete y azuzó al caballo.
Mientras memorizaba los accidentes del camino, iba pensando en lo que haría con aquel dinero. Hacía tiempo acariciaba una idea y creyó que, por fin, había llegado el momento ; vendería su local y compraría otro en un sitio mejor de la ciudad.
Las luces de los faroles callejeros le guiaron en el trayecto final hacia intramuros. Rodeado de un ambiente conocido, tras recorrer aquella calzada inhópita, comenzó a canturrear mientras se bajaba del carretón y forcejeaba con el cabello para hacerlo entrar al improvisado zaguán lateral de su tienda. Un chirrido inusual captó su atención. Reparó encontes en que la puerta del almacén estaba abierta.
— ¿ Cacha ? – llamó, pero no recibió respuesta.
Dejó el caballo con los arreos puestos y se acercó con sigilo, alzando el farol de su cattomato.
Caridad sintió el tropelaje del forcejeo y el ruido de un estante que se desplomaba. Bajó corriendo, vela en mano, sin acordarse de agarrar el machete que Florencio siempre dejaba bajo la cama. Cuando llegó, apenas dio cuenta del desorden que reinaba en la tienda porsque casi enseguida tropezó con un obstáculo que le cerraba el paso. Levantó la vela y se inclinó. El suelo estaba cubierto de cristales rotos, pero sus ojos sólo puedieron ver el charco oscuro que crecía bajo el agonizante cuerpo de Florencio.

Daína Chaviano, La isla de los amores infinitos

***

La traduction que je vous propose :

La fête chez le comte fut l’un des événements majeurs de l’année. Le faste de la vaisselle et des décorations, les tenues du personnel, la magnificence des mets – autant d’éléments qui contribuent à donner du lustre à pareille manifestation – avaient été soignés jusque dans le moindre détail. Et cela se justifiait amplement, car on rendait hommage à rien moins que deux représentants de la cour d’Espagne. La princesse de Bourbon en personne devait ensuite écrire dans son journal secret : “La fête qu’on donnée en mon honneur le comte et la comtesse de Fernandina m’a vivement impressionnée par son élégance, sa distinction et sa distinction, tout était bien plus raffiné que dans la société madrilène”. Plus loin, elle rappelait qu’elle avait connu ses hôtes chez sa mère, alors qu’elle était encore enfant ; car ils étaient fréquemment invités au Palacio de Castilla. La splendeur des créoles laissa à la princesse une forte impression. “J’avais entendu vanter la beauté des Cubaines, leur distinction, leur élégance et, surtout, leur douceur ; mais la réalité dépasse de beaucoup ce que j’avais imaginé”.
Le luxe était tel que l’infante passa sous silence l’éclat de centaines de bougies disposées dans les salons, et jusque dans les couloirs les plus éloignés de la demeure. Florencio, lui, ne manqua pas d’observer leur effet avant de partir. Depuis la rue, en effet, il était possible d’apercevoir le souffle multicolore des vitraux. Le porche, gardé par des colonnes cyclopéennes, était incendié d’éclats lumineux, comme si la pierre avait acquis une qualité translucide… Peut-être la princesse ne remarqua-t-elle pas non plus les sidres et les vins rouges ; ils avaient pourtant contribué, eux aussi, à enflammer davantage les joues roses des havanaises, qui les consommaient à foison.
Florencio avait passé deux jours à transporter des tonneaux et des boîtes de bougies. À présent qu’il ne restait plus dans le ciel que quelques vagues franges violettes de lumière solaire, il prit le chemin du retour.
Tandis qu’il s’éloignait, il croisa plusieurs attelages et un bon moment s’écoula avant qu’il cesse d’entendre la musique. Les pièces pesaient dans le petit sac qu’il avait serré sous sa chemise. Il caressa le manche de sa machette et poussa son cheval.
Prenant soin d’éviter les trous qu’il y avait dans le chemin, il se demandait ce qu’il ferait de tout cet argent. Peut-être l’heure était-elle venue de concrétiser le projet qu’il caressait depuis quelque temps : vendre la boutique et en acheter une autre, mieux située.
Les réverbères de la ville le guidèrent sur le trajet final vers la partie intra-muros. Heureux de retrouver une ambiance familière, après avoir parcouru cette route inhospitalière, il se mit à fredonner tandis qu’il sautait au bas de sa charrette et bataillait pour faire pénétrer le cheval dans l’entrée latérale improvisée de sa boutique. Un grincement inhabituel attira son attention. La porte du magasin était ouverte.
« Cacha ? », appela-t-il, mais il ne reçut pas de réponse.
Sans déceler le cheval, il s’approcha prudemment, sa lanterne levée devant lui.
Caridad entendit le vacarme d’une bagarre et le bruit d’une étagère qui tombait par terre. Elle descendit en courant, une bougie à la main, sans penser à prendre la machette que Florencio laissait toujours sous leur lit. Quand elle arriva au rez-de-chaussée, c’est à peine si elle eut le temps de remarquer le désordre qui y régnait ; presque immédiatement, elle butta contre l’obstacle qui lui entravait le passage. Elle souleva la bougie et se pencha. Le sol était couvert de morceaux de verre brisés. Ses yeux ne virent rien d’autre que la flaque sombre qui grandissait sous le corps agonisant de Florencio.

***
Brigitte nous propose sa traduction :

La réception donnée chez le comte fut l’un des grands évènements de la ville. La somptuosité de la vaisselle et des ornements, les toilettes des hôtes, la splendeur des mets – tous ces éléments qui contribuent à donner de l’éclat à un tel évènement – avaient été étudiés jusqu’au moindre détail. Et ce n’était pas pour rien. Deux représentants de la cour d’Espagne étaient à l’honneur. La princesse de Bourbon en personne écrirait plus tard dans son journal intime : « La fête organisée par le Comte et la Comtesse de Fernandina en mon honneur m’a causée très vive impression par son élégance, son raffinement et sa distinction, en tous points plus raffinée que dans la haute société madrilène »-. Puis, elle rappelait comment elle les avait connus lorsqu’elle était enfant, chez sa mère, étant fréquemment invités au palais de Castille. La beauté des créoles fit forte impression sur la princesse « J’avais entendu vanter la beauté des cubaines, leur distinction, leur élégance et surtout leur douceur ; mais la réalité surpassa de beaucoup tout ce que j’avais pu imaginer ».
Au milieu de tant de luxe, peut-être l’infante passa-t-elle sous silence l’éclat des centaines de chandelles qui illuminaient les salons et les corridors les plus cachés de la demeure. Mais Florencio observa leur effet avant de partir. Depuis la chaussée, il était possible de distinguer le souffle multicolore des vitraux. Le portail gardé par des colonnes cyclopéennes s’éclairait de mille feux, comme si la pierre avait acquis de la transparence…Et il se peut que la princesse ne remarqua pas non plus les cidres et vins rouges que les havanaises consommaient à foison ce qui avait contribué à colorer un peu plus leurs joues rosées.
Florencio avait passé deux jours à transporter des tonneaux et des caisses de bougies. A présent qu’il ne restait plus dans le ciel que quelques franges violettes de lumière solaire, il entreprit de rentrer chez lui. Plusieurs attelages croisèrent le sien tandis qu’il s’éloignait, et il se passa un certain temps avant qu’il ne puisse plus entendre la musique. Les pièces pesaient dans le petit sac qu’il portait sous sa chemise. Il caressa le manche de sa machette et excita son cheval.
Pendant qu’il se remémorait les ornières du chemin, il songeait à ce qu’il ferait de cet argent. Depuis un certain temps déjà, il caressait un projet et il pensa, enfin, que l’heure était venue ; il vendrait son local et en achèterait un autre mieux situé dans la ville.
La lumière des lanternes de la rue le guidèrent sur la fin de son trajet en ville. Enveloppé d’une atmosphère familière, après avoir parcouru cette chaussée inhospitalière, il commença à chantonner pendant qu’il descendait de sa charrette et se démenait pour faire entrer son cheval sous le porche de fortune aménagé sur le côté de la boutique. Un grincement inhabituel attira son attention. Il remarqua alors que la porte du magasin était ouverte.
- Cacha ? – Son appel resta sans réponse.
Il laissa le cheval tout harnaché et s’approcha avec précaution, en levant la lanterne de son cattomato (?)
Caridad entendit le bruit de pas et une étagère qui s’écroulait. Elle descendit en courant, chandelle à la main, en oubliant de se saisir de la machette que Florencio laissait toujours sous le lit. Lorsqu’elle arriva, à peine eut-elle le temps de constater le désordre qui régnait dans la boutique car elle trébucha aussitôt sur un obstacle qui entravait son passage. Elle leva la chandelle puis se baissa. Le sol était jonché de bris de verre, mais ses yeux ne purent voir que la flaque sombre qui s’étendait sous le corps agonisant de Florencio.

***

Odile nous propose sa traduction :

La réception chez le comte fut un des grands évènements de la ville. Le faste de la vaisselle et des décorations, les tenues du personnel de maison, la magnificence des mets -tous les éléments qui contribuent à donner de éclat à une telle soirée- avaient été soignés jusque dans le moindre détail. Et c'était amplement justifié car deux représentants de la cour d'Espagne y avaient été honorés. La princesse de Bourbon elle-même écrirait plus tard sans son journal intime : « La fête que les comtes de Fernandina ont donnée en mon honneur m'a vivement impressionnée par son élégance, son raffinement et sa distinction, tout y étant bien plus raffiné que dans la société madrilène ». Plus loin, elle évoquait comment elle avait connu ses hôtes, lorsqu'elle était enfant, chez sa mère, car ils étaient souvent ses invités dans son palais de Castille. La beauté des créoles lui laissa une forte impression. « J'avais entendu vanter la beauté des Cubaines, leur distinction, leur élégance et surtout, leur douceur; mais la réalité dépasse de beaucoup ce que j'avais imaginé ».
Parmi de tant de luxe, peut-être l'infante omit-elle de décrire l'éclat des centaines de bougies qui illuminaient les salons et les galeries les plus éloignées de la villa. Mais Florencio, lui, observa leur effet avant de partir. Depuis la chaussée il était possible d'apercevoir le halo multicolore des vitraux. Le porche, gardé par des colonnes cyclopéennes, brillait de mille feux, comme si la pierre avait acquis une qualité translucide..... et peut-être la princesse ne remarqua-t-elle pas non plus les cidres et les vins rouges qui avaient contribué, eux aussi, à colorer davantage encore les joues roses des havanaises qui en faisaient grande consommation. .
Florencio avait passé deux jours à transporter des tonneaux et des caisses de bougies. Maintenant qu'il ne restait plus dans le ciel que quelques franges violettes de lumière solaire, il prit la direction du retour vers chez lui. Plusieurs attelages croisèrent le sien tandis qu'il s'éloignait et il s'écoula un bon laps de temps avant qu'il ne cesse d'entendre le son de la musique. Les pièces pesaient dans le petit sac qu'il portait dans sa chemise. Il caressa le manche de sa machette et fouetta son cheval.
Tandis qu'il se remémorait les obstacles du parcours, il pensait à ce qu'il ferait de cet argent. Cela faisait longtemps qu'il avait un projet et il pensa que le moment était enfin arrivé; il vendrait son local et en achéterait un autre, mieux situé dans la ville.
Les reverbères des rues le guidèrent dans le trajet final vers les murs de la ville. Arrivé dans son environnement familier, après avoir parcouru cette route inhospitalière, il se mit à fredonner tandis qu'il descendait de sa charrette et bataillait avec le cheval pour le faire entrer dans l'abri de fortune contigu à sa boutique. Un grincement inhabituel attira alors son attention. Il remarqua que la porte de la boutique était ouverte.
- Cacha? - appela-t-il mais il ne reçut aucune réponse.
Il laissa le cheval tout harnaché et s'appprocha prudemment, la lanterne à la main. Caridad entendit le bruit de la bagarre et le fracas d'une étagère qui s' écroulait. Elle descendit en courant, la bougie à la main, oubliant de prendre la machette que Florencio laissait toujours sous le lit. Lorsqu'elle arriva en bas, elle remarqua à peine le désordre qui régnait dans le magasin car presque aussitôt elle rencontra un obstacle qui lui barrait le passage. Elle leva la bougie et se pencha. Le sol était jonché de verre brisé, mais ses yeux ne virent rien d'autre que la sombre flaque de sang qui grandissait sous le corps agonisant de Florencio.