mercredi 20 avril 2011

À propos des notes de bas de page : de quoi alimenter la réflexion des apprentis traducteurs

En photo : Love notes for Juliet, par Torve






Voici ce que je lis à l'instant dans El túnel d'Ernesto Sábato (Madrid, Cátedra, « Letras Hispánicas », 1991, p. 127-128) :

« Yo leí una vez una traducción francesa de Tchékhov donde te encontrabas, por ejemplo, con una palabra como ichvochnik (o algo por el estilo) y había una llamada. Te ibas al pie de la página y te encontrabas con que significaba, pongo por caso, porteur*. Imagínate que en ese caso no se explica por qué no ponen en ruso también palabras como malgré* o avant*. ¿ No te parece ? Te diré que las cosas de los traductores me encantan, sobre todo cuando son novelas rusas… »

Et cela est d'autant plus savoureux si j'ajoute que l'éditeur de cette édition, Ángel Leiva, s'est en quelque sorte fait lui-même traducteur… puisque chaque argentinisme fait l'objet d'une petite note (à l'utilité douteuse), un peu comme quand à la télé, on interroge quelqu'un dont le journaliste a estimé qu'il avait trop d'accent et qu'il faut un doublage pour être certain que son propos est bien compréhensible pour le Français moyen… Condescendant et désagréable, non ?

Voici quelques exemples de notes :
* « vereda » : « en América Meridional, acera de una calle o plaza ». Je vous laisse juge de son utilité en vous donnant la phrase complète : « Una tarde por fin, la vi por la calle. Caminaba por la otra vereda. »
* « departamento » : apartamento
* « cuadra » : en América, distancia entre los ángulos de un mismo lado de una manzana de casas (oui, là, on se dit que ça n'est pas toujours simple de rédiger une note ; sans doute est-ce parce que je suis peu douée pour me repérer dans l'espace, mais personnellement, je ne comprends rien à cette note)
* « subterráneo » : en Argentina, metro
* « tubo » : expresión popular para designar el auricular del teléfono.
* « mucamo » : en Argentina, criado
* « estancia » : en Argentina y Chile, finca en el campo destinada al cultivo y más especialmante a la ganadería.
* « el peso » : unidad monetaria de Argentina (là, c'est le comble, non ?)
*« anteojos » : usado en Argentina corrientemente por gafas.
* « pieza » : habitación, cuarto
* « bañadera : en América se usa corrientemente por bañera »
etc.

Un point commun, ou presque, à toutes ces notes : « en Argentina » / « en América »… Dès lors que nous savons que Sábato est argentin, cela serait risible s'il n'y avait pas, à mon avis du moins, cette petite nuance qui implique une différenciation entre notre espagnol et le leur… Autre version des braves indigènes à civiliser d'urgence ? D'accord, je fais mon américaniste de base, mais voici l'occasion de bien réfléchir à la manière de faire ses notes… car cela peut avoir une réelle incidence sur le texte et globalement sur son édition. En l'occurrence, il est hors de propos de soulever ce débat dans une histoire imaginée par Sábato qui n'a rien à voir avec tout cela.
Cette édition pose également de nouveau l'intéressante question des notes à vocation culturelle :
est-il utile d'en faire pour expliquer qui est Léon Bloy (p. 63), ce qu'est l'expresionismo (p. 73), le superrealismo (p.74) ?, qui est Tchekhov, qui est Jean-Paul Sartre ? L'éditeur estime-t-il qu'il doit enseigner le lecteur, réduit au rang de petit enfant ignorant ?
Un autre cas – dont la légitimité peut paraître aussi contestable :
p. 91, il est fait référence au tango (« Supongo que ustedes saben que la gente va allí a oír tangos » ; or cela donne lieu à la note suivante : « tango : Sábato lo define como "humilde suburbio de la literatura argentina", por la profundidad metafísica de sus letras. » Sans doute cela constitue-t-il une information non négligeable, mais en quoi est-ce utile pour éclairer le sens ? Vaste question…

1 commentaire:

Elena a dit…

Je me suis toujours demandé à quoi servaient les notes en bas de page, il faudrait peut-être ajouter une note de plus en expliquant le but de celles-ci ;)))
En effet, si on doit traduire de l'espagnol vers l'espagnol, c'est qu'il y a un problème d'ordre culturel et pas uniquement linguistique.
Pour ne citer qu’un exemple du post : « « cuadra » : en América, distancia entre los ángulos de un mismo lado de una manzana de casas (oui, là, on se dit que ça n'est pas toujours simple de rédiger une note ; sans doute est-ce parce que je suis peu douée pour me repérer dans l'espace, mais personnellement, je ne comprends rien à cette note) »
¡Normal que no comprendas nada! Distancia… ¿cuál? Una distancia de 100 x 100 m de perímetro, que da lugar a 100 m2, es decir a una manzana. Esa organización en damero es propia de las ciudades con una urbanización planificada en oposición a la organización de las ciudades europeas. De allí las expresiones: “Dar una vuelta manzana” o “Vivir a dos cuadras.”
Si une langue est le reflet d’une culture et une culture est le résultat d’une histoire, peut-être ce genre de notes devrait-il servir à créer une approche interculturelle, au lieu de se limiter à une pseudo-traduction simpliste…