dimanche 12 décembre 2010

Exercice d'écriture : « À travers les yeux de mon chat », par Olivier Marchand

Alors que la vie abandonne progressivement chaque centimètre de mon corps, moi qui n'ai jamais écris une lettre à personne, je ressens le besoin, aujourd'hui, de laisser au triste monde le témoignage de mon existence, aussi insignifiante soit elle. Cette lettre qui ne sera peut être jamais lue sera la première et la dernière à contenir mes mots, la voici :
Je suis sortie du ventre maternel lors de l'exil provoqué par la guerre et ma mère, qui est restée pour moi toutes ces années une inconnue, m'a laissée, après m'avoir mise au monde, au bon soin des religieuses du couvent de Sommedieu. La guerre l'y a poussée et je ne lui en ai jamais voulu. Les quelques témoignages des survivants que j'ai pu entendre au cours de ma vie m'ont fait rapidement comprendre qu'elle y avait été forcée et j'imagine que c'est à contrecoeur, désirant offrir à son enfant un avenir meilleur, qu'elle l'a fait.
Les religieuses qui m'ont recueillie m'ont élevée comme elles le pouvaient et avec les moyens dont elles disposaient. Elles ont pris soin de moi toute mon enfance et, entre les prières et les messes, elles m'ont appris à lire, à écrire et à compter, apprentissage que toutes les femmes de ma génération n'ont pas eu la chance de recevoir. Je garde de cette époque un souvenir impérissable. Les jours défilaient, partagés entre l'austérité du cloître et les fous rires étouffés des dortoirs, les saisons s'enchaînaient offrant à nos yeux ébahis un spectacle qui nous ravissait et les années de mon enfance coulaient aussi paisiblement qu'un mince ruisseau dans la plaine. À l'âge de 16 ans, les soeurs m'ont proposé de revêtir la soutane pour le restant de mes jours : j'ai, sans hésitation aucune, refusé. J'ai laissé derrière moi les visages ruisselants de larmes de mes amies, fuit le cloître rassurant qui m'avait vu grandir et abandonné la paisible serenité qui émanait de la campagne environnante. Moi qui n'avait rien connu d'autre que ces murs de pierre vieux de six cents ans, je ne pouvais concevoir l'idée d'y demeurer enfermée jusqu'à ma mort. Et c'est avec mon maigre savoir et un léger bâluchon sur l'épaule que j'ai parcouru, tantôt à pied, tantôt en train, les nombreux kilomètres qui me séparaient alors de ma destination : Paris. Ma chaussure droite a franchi la première la Porte de Bagnolet et c'est le coeur joyeux que je suis entrée dans la capitale le 17 juillet 1933, à trois heures de l'après-midi. La ville, alors en pleine effusion, s'efforçait d'oublier les atrocités de la guerre en se jetant à corps perdu dans la musique et la danse. Cette gaieté sans limite qu'elle exhalait m'a immédiatement envoutée. Des milliers et des milliers de gens flottaient chaque jour dans ses rues et, à mon plus grand bonheur, j'en faisais partie. J'ai parcouru ses artères, visité chaque recoin de son squelette, voyagé sur son corps et chevauché sa peau jusqu'à l'épuisement, mais cette innocente insouciance de jeune fille fraîchement débarquée a rapidement pris fin quand mon maigre bagage s'est trouvé vide. La chance, qui jusque ici ne m'avait pas particulièrement souri, a alors daigné venir jusqu'à moi et c'est en sonnant à l'hôtel particulier de la famille Viraut, sur le boulevard Saint-Martin, que je l'ai rencontrée : elle et un poste de bonne m'y attendaient. J'y ai travaillé près de 40 ans. J'y vivais, certes, assez chichement, mais j'avais trois fois par jour de la nourriture dans mon assiette, et le soir un lit confortable où m'endormir. À la mort de ma maîtresse, son fils, un homme cynique et arriviste, n'a pas daigné me garder à son service et c'est avec un mélange de tristesse et d'amertume que j'ai dû quitter le toit qui m'avait protégé pendant ces longues années. J'ai réussi à vivre tant bien que mal en continuant à me mettre à disposition des gens que la fortune avait favorisé jusqu'à ce que mon corps, las de ces réveils à l'aurore, de ces journées sans fin et de ces nuits trop courtes, me fasse comprendre mon âge.
Je ne me suis jamais mariée, mais j'ai cependant eu l'occasion de découvrir plusieurs fois, trop volatilement à mon goût, le bonheur d'avoir un homme à mes côtés. Blonds, bruns et chatains se sont succédés, riches et pauvres m'ont fait rire, grands et petits ont fait tangué mon coeur mais aucun ne m'a cependant comblé au point que je veuille partager mon existence avec lui.
Je vis aujourd'hui mes derniers instants dans ce modeste appartement qui entendra mon dernier soupir, qui sentira sur ses murs mon dernier souffle et qui verra mon corps s'éteindre. Le seul être qui souffrira de mon absence ronronne à mes côtés et je lis dans ces yeux une tristesse silencieuse.

Références culturelles, 670 : Lola Membrives

En photo : Teres_Lola_Membrives
par tangolibertad

Lola Membrives
une idée d'Odile

http://es.wikipedia.org/wiki/Lola_Membrives

À vos dicos…, 13

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : LABILE

samedi 11 décembre 2010

« L'Amérique latine va bien. Enfin… de mieux en mieux », un article de Rue 89

http://www.rue89.com/panamericana/2010/12/07/lamerique-latine-va-bien-enfin-de-mieux-en-mieux-179552

Exercice d'écriture : « À travers les yeux de mon chat », par Stéphanie Maze

En photo : FELIZ DÍA DEL NIÑO Y MES DEL GATO
par Gabriel_109 ♫

La scène avait pris la même tournure dramatique que les disputes qui éclataient entre nous ces derniers temps. Il nous devenait impossible de nous adresser la parole sans avoir un mot au-dessus de l'autre. C'en devenait ridicule. Seulement, m'en rendre compte, me prit un certain temps. Amoureux transi, je ne jurais que par nous deux, c'était nous ou rien. Je n'existais qu'à travers elle et elle à travers moi. Je ne pouvais toutefois pas nier qu'au fil du temps, notre liaison s'était dégradée. Ce jour-là, le conflit était né d'un désaccord futile, le ton était monté, relayé par les larmes, puis par un claquement porte venu sceller son mécontentement. Je restai assis, stupéfait, une fois de plus, nous nous étions déchirés, le mal pour le mal, chaque mot était un coup de poing, le dernier m'avait démoli. Démuni, je cherchais du regard quelque chose à quoi me raccrocher, une photo qui aurait pu me renvoyer à un bonheur passé, qui aurait pu donner un sens à ces altercations qui ponctuaient désormais notre quotidien. Au lieu de cela, ce sont les yeux éberlués du chat qui croisèrent les miens. Je sondais son regard tout en me demandant quelle réponse j'espérais y trouver. Je n'y décelais que de l'incompréhension mêlée à un soupçon de raillerie. Alors je me demandais si l'on venait de vivre la même chose, si tel était le cas, comment osait-il arborait cet air moqueur. Pour éclaircir ce mystère, je décidai d'imaginer ce qui venait de se dérouler à travers ses yeux. Cette scène qui m'avait semblé tragique me parut tout à coup risible. Je me mettais dans la peau de mon chat et au lieu de deux amants passionnés, je découvrais deux pantins désarticulés, je gesticulais dans tous les sens, mes bras se balançaient tels ceux d'un danseur de tecktonik au milieu d'une chanson de Lorie. J'avais l'image, mais pas le son. Ou plutôt si, mais seulement des hurlements stridents – une chanson de Lorie constituerait une fois de plus une comparaison parfaitement appropriée – , un charabia incompréhensible qui dotait cette dispute d'une dimension grotesque, la caricature d'un film muet dont l'effet comique ne serait pas désiré. Je pouvais m'admirer bras en l'air, poings serrés, le visage fermé et rutilant, le nez froncé. Ça méritait un arrêt sur image. En zoomant sur ma figure, on aurait pu croire que j'étais sur le trône un jour de constipation. Pour couronner le tout, j'avais les yeux injectés de sang comme lors d'une de ces séances d'épluchage d'oignons où je retenais mes larmes pour conserver un brin de virilité. Rien ne laissait croire à cet amour fusionnel auquel nous essayions de nous raccrocher. Prétexter la fusion là où ne surgissaient que des engueulades était chose facile. Je rembobinais la séquence, la visionnais de nouveau, et je me trouvais envahi par les mêmes sentiments. Je nous percevais à présent comme un couple misérable, comment pouvions-nous nous entêter à ce point, retourner à notre vie de célibataire nous faisait-il si peur que nous étions prêts à tolérer toutes les humiliations de la part de l'autre ? Je commençais à abhorrer la personne en laquelle je m'étais transformée, cet être dépourvu de toute dignité, dont le seul plaisir se limitait à l'avilir, chacun se vengeait de l'autre dans une lutte infinie. Il m'avait fallu ce recul pour me rendre compte qu'aucun de nous d'eux ne comptait y mettre un terme, nous avions enclenché un processus de destruction duquel nous ne pouvions réchapper. Alors je fis ce qui me sembla le plus indiqué, j'avais beau avoir pris conscience de la situation dans laquelle nous nous étions engouffrés, je ne pouvais renoncer à elle, je décidai donc de le faire disparaître, je ne voulais pas chaque fois que j'affronterais son regard être frappé de plein fouet par la réalité. L'asphyxie est indolore m'avait-on dit. Je me dirigeai donc vers la cuisine, à la recherche d'un sac plastique.

Petit lexique des jeux d'enfants, par Stéphanie Maze

En photo : Rayuela.
par Mypocketº

1. la rayuela= la marelle
2. el escondite = cache-cache
3. gallinita ciega = colain-maillard
4. pilla pilla – corre que te pillo = le loup
5. encantados = le loup glacé
6. el tejo = le palet
7. los bolos = les quilles
8. las canicas – las bolitas = les billes
9. las tabas = les osselets
10. el balón prisionero = la balle au prisonnier
11. la pídola = saute-mouton
12. el pañuelo – el marro pañuelo = le béret
13. 1,2,3 soleil = Un, dos, tres, al escondite inglés
14. los dardos = les fléchettes
15. papel, piedra o tijera, cachipun (Argentine et Chili), Hakembó (Paraguay), jankenpo (Colombie)= pierre, feuille, ciseaux
16. Simón dice = Jacques a dit
17. Gallitos = Le jeu du pouce/ Le bras de fer chinois
18. la víbora de la mar = passe-passera
19. corre el anillo = le furet
20. la goma = l'élastique
21. la plastilina = la pâte-à-modeler
22. el teléfono escacharrado = le téléphone arabe
23. las sillas musicales = les chaises musicales
24. los tazos = les pogs
25. sigan al líder - el monito mayor = le chef d'orquestre
26. tres en raya – tres en línea = le morpion
27. churro, mediamanga, mangotero = le papa vinga
28. el boliche = le bilboquet
29. el ahorcado= le pendu
30. el tirachinas = le lance-pierre
31. La zapatilla por detrás = le renard passé
32. La comba = la corde à sauter
33. El serio = sorte de « je te tiens, tu me tiens par la barbichette », sans la barbichette et la « tapette ». Le premier des deux adversaires qui rit a perdu
34. Las manos calientas : deux adversaires sont face à face. Un place ses mains, paumes vers le bas, l'autre place ses deux mains en-dessous, paume vers le haut et doit toucher celle de l'autre. S'il réussit, les rôles s'inversent.
35. Liebre = la délivrance

Discours de Mario Vargas Llosa lors de la remise de son Prix Nobel









Exercice d'écriture : « À travers les yeux de mon chat », par Perrine Huet

En photo : So good they named it twice
par Herbaltablet

Le quartier de Montchat se situe dans le troisième arrondissement de Lyon, à l’ouest de cette vaste agglomération. Sa naissance remonte au XIe siècle, avec la construction de l’église Saint-Alban, et son Histoire a pris un tournant décisif au XIXe siècle grâce à l’ancêtre Jacques Besson. En effet, l’arbre généalogique de ce qui fut autrefois le petit village de Chaussagne se prolongea avec la venue de Louise, la fille de Jacques Besson, qui épousa Mathieu Bonnand et mit au monde leur fils Luc, qui deviendra seigneur de Montchat ; la fille unique de ledit Luc épousa Henri Vitton ; de ce mariage naquit Louise-Françoise Vitton, qui s’unira avec Jean-Louis-François Richard. C’est ainsi qu’apparut l’alliance Richard-Vitton, qui donnera son nom à un des cours principaux qui traversent le quartier de Montchat. De la même façon, plusieurs rues porteront le prénom des membres de ces deux familles alliées, Richard et Vitton : la rue Camille, la rue Charles-Richard, la rue Julien, la rue Louis, la rue Antoinette, et, bien plus amusant, le nom du chien, la rue Balthazard.
Montchat était très fier de ses origines, et repensait souvent à cette époque révolue avec nostalgie. Il se remémorait les lignes d’omnibus, la découverte de la traction à vapeur, la rénovation de l’église, la construction du temple, des écoles, de la salle de conférences, de l’hôpital… Il revoyait la prolifération de ses maisons et de sa population, la pléthore de jardins publics, ainsi que l’évolution de la mode : la redingote, la robe avec corsage cousu, le chapeau haut-de-forme ou encore la montre à gousset, bien vite remplacés par le manteau, la minijupe, la casquette et la montre Swatch. Cette métamorphose progressive lui permettait d’appréhender le monde avec curiosité et soif de découverte.
Bien qu’il eût vécu des jours forts heureux au cours de cette période, il n’en était pas moins ravi d’avoir atteint le XXe siècle. Certes, les bonnes mœurs n’étaient plus d’actualité et les gens étaient devenus bien trop individualistes, mais l’essor des nouvelles technologies avaient contribué à sa contemporanéité et lui avaient conféré un nouveau statut qui l’enchantait : il était à présent un quartier « moderne ». Ainsi, il avait assisté à l’arrivée du tramway électrique, du scooter, du gratte-ciel, du téléphone portable, du lecteur mp3, de la télévision en couleur, de l’ordinateur portable… et tant d’autres objets si utiles au quotidien. Mais, ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était examiner ses habitants, ou bien les gens qui n’étaient que de passage.
Un matin d’hiver, une jeune fille qu’il n’avait jamais aperçue auparavant fit son apparition à bord du bus numéro 38. Elle était assise à l’arrière du véhicule, emmitouflée dans une doudoune bleu électrique, un bonnet rouge brique enfoncé sur sa tête, une écharpe assortie enroulée autour de son cou, remontée jusqu’au nez, des Kickers violettes détachées, un vieux jean Levi’s troué, et le regard perdu dans le vide. Montchat eut le coup de foudre immédiat pour cette étrange déesse qui dénotait un goût particulier pour l’assortiment des couleurs. Son grand problème demeurait depuis son existence le même : comment attirer l’attention des êtres humains et communiquer avec le monde des vivants ? Ce n’était malheureusement pas la première fois qu’il s’éprenait d’une passante et les conséquences étaient toujours identiques : il en pâtissait terriblement. Il avait beau jouer des tours pour les garder le plus longtemps possible près de lui, comme prolonger les feux rouges, faire apparaître des tramways pour bloquer la route, installer le marché dans la rue principale, afin d’allonger le trajet de quelques minutes, rien n’y faisait : elles ne le voyaient pas.
C’est pourquoi cette fois-là, il s’était juré de garder ses distances et de ne pas forcer le destin. Il l’avait laissée dans son coin, n’avait pas cherché à entrer en contact avec elle, et l’avait simplement contemplée à travers la vitre et suivie du regard jusqu’à ce qu’elle descende à l’arrêt « Grange Blanche ». Puis, il l’avait vue se diriger lentement vers l’entrée de l’hôpital Édouard Herriot, remonter l’allée principale les mains dans les poches, et pénétrer dans le pavillon I, celui des grands brûlés. Une fois entrée dans la chambre 103, elle s’était installée au chevet de ce qu’on reconnaissait être un homme, mais qui avait été totalement défiguré par les flammes. Montchat ignorait son identité, mais il avait constaté que la jeune fille, à la vue du patient, avait éclaté en sanglots. En sortant de la pièce, ses joues étaient encore humides, et Montchat, à cet instant-là, aurait tout donné pour se transformer en humain et la consoler.
Pendant plus de trois mois, la jeune demoiselle se rendit à l’hôpital quotidiennement, et en ressortait toujours dans le même état d’immense tristesse. Montchat se sentait impuissant mais, ne pouvant intervenir, il se contentait d’observer la scène.
C’est par un beau jour de printemps que le rituel se rompit : la jeune fille n’apparut pas dans le 38, pas plus qu’au service des brûlés. Montchat comprit alors qu’elle allait disparaître de sa vie, comme toutes les autres précédemment, et qu’il ne serait jamais amené à la revoir. Ainsi, ce jour-là, il se jura de ne plus tomber amoureux de personne et se limita aux sentiments d’amitié, qui, réflexion faite, lui convenaient bien mieux.

« De l'utilité pour le traducteur de sortir de sa tour d'ivoire », par Olivier Marchand

En photo : tour d'ivoire
par Didier LEVEILLE

Pourquoi devrais-je affronter les vents furieux, la pluie assassine et les odeurs malsaines de l'extérieur alors que, confortablement installé dans mon canapé, une tasse de thé à la main et mon ordinateur connecté, je ne demande qu'à y rester ?
De tout temps, l'homme a trouvé dans la nature qui l'entourait et dans son environnement un puits intarissable d'inspiration. Le poète y avait ses muses, le musicien ses notes et l'auteur son décor et ses idées. Quelles raisons pousseraient le traducteur à les accompagner ? Lui qui ne traduit que des mots a-t-il réellement besoin d'aller chercher dans le monde fourmillant d'activité des solutions à ses problèmes ? Tenir d'une main gauche son dictionnaire et fouiller de sa main droite sur la toile ne lui suffit-il pas ?
Aussi épais que soit le dictionnaire et aussi fournie que soit la toile, certains mots ou expressions demeurent introuvables. Impossible qu'il en soit ainsi, me rétorquez-vous ! Eh bien, si : où trouver, par exemple, le nom de cette petite pièce métallique appartenant au moteur de la Porsche 911 GT3 RS de 2002, comment traduire cette machine à eau servant à épiler partiellement les porcs après qu'ils ont été échaudés… ? Le traducteur se voit alors obligé de sortir de son petit univers confortable, contraint d'abandonner sa tour d'ivoire et de s'armer de courage et d'une bonne dose d'audace pour aller demander au commerçant du coin les secrets qui entourent son petit métier, sous le regard incrédule et la mine ébahie des clients qui se demandent quel est cet étrange personnage intéressé par ce genre de choses : « mais si, vous savez bien, cette coupe de cheveux très en vogue en 1976 », « euh, le nom de ce morceau de viande qui est situé à l'arrière des pattes antérieurs chez le sanglier ?»…
Outre ces petites interrogations techniques, le traducteur qui, je vous le rappelle, est aussi un être humain, n'a-t-il pas besoin de se détacher du texte le moment opportun et d'aller se vider la tête en prenant un café, ou encore de s'octroyer un petit moment de détente au Fest-Noz local et évacuer ainsi tensions et surmenage sur le rythme endiablé du biniou et de la bombarde… ? C'est alors que, entre deux pas de danse sautillante ou après avoir versé sa petite dosette de sucre dans le café fumant, apparaît, aux yeux et oreilles du traducteur, la solution tant attendue : cette expression que deux longues journées d'obstination n'ont pas su trouver, ce mot qui, lancé par un de nos comparses, se révèle être celui-là même que l'on a passé la semaine à chercher…
Alors, chers amis traducteurs, n'ayez pas peur. Sortez de chez vous, la réponse à vos questions sera au rendez-vous !

Petit lexique des arbres, par Olivier Marchand

En photo : arboles
par PataGata








el albaricoquero : l'abricotier
la higuera : le figuier
el almendro : l'amandier
el granado : le grenadier
el avellano : le noisetier
el nogal : le noyer
la vid : la vigne
el cerezo : le cerisier
el naranjo : l'oranger
el melocotonero : le pêcher
el peral : le poirier
el manzano : le pommier
el ciruelo : le prunier
el limonero : le citronnier
el frambueso : le framboisier
el grosellero : le groseiller
el aliso : l'aulne
el arce : l'érable
el escaramujo : l'églantier
la caoba : l'acajou
el olmo : l'orme
el sicómoro : le sycomore
el madroño : l'arbousier
el tejo : l'if
el algarrobo : le caroubier
el álamo : le peuplier
el sauce (llorón) : le saule (pleureur)
el cerezo silvestre : le merisier
el cedro : le cèdre
el roble : le chène
la palmera : le palmier
el fresno : le frêne
el haya : le hêtre
el abedul : le bouleau
la morera : le mûrier
el níspero : le néflier
el aguacate : l'avocatier
el bergamoto : le bergamotier
el mandarino : le mandarinier
el cidro : le cédratier
la palmera datilera : la palmier dattier
el nopal : le nopal
el olivo : l'olivier
el anacardo : l'anacardier
el plátano : e bananier
el pino piñonero : le pin pignon
el caqui : le plaqueminier
el castaño : le châtaigner
el membrillo : le cognassier
el mango : le manguier
el cocotero : le cocotier
el guayabo : le goyavier
el arganero : l'arganier
el clementino : le clémentinier
el pistachero : la pistachier
el lichi : le litchi
el mangostán : le mangoustanier
el arbol del pan : le jacquier
el carambolo : le carambolier

Exercice d'écriture : « À travers les yeux de mon chat », par Julie Sanchez

En photo : Sieste de Chat a Boltaña
par S@mouchka

Je suis fatiguée. Qu’est-ce que je suis fatiguée !
J’aimerais bien voir le monde autrement, ne serait-ce qu’une journée, pouvoir paresser sans que cela ne pose de problèmes à personne.
Ne pas avoir à répondre au téléphone, ni aux mails…
Mon chat par exemple, il a la belle vie ! Comme j’aimerais passer mes journées à dormir au soleil, à courir, à manger, à me faire câliner quand j’en ai envie, à ne pas recevoir de reproches de la part de mon patron et juste entendre que je suis douce et mignonne.
Mais en y pensant bien, voir le monde à travers les yeux de mon chat serait sans doute déroutant. D’abord, il n’y aurait plus de couleurs. Quelle tristesse… Les fleurs seraient grises, le bois paraîtrait si sombre… Bon, j’y verrais dans le noir mais quel intérêt ?
Et en ce qui concerne la nourriture, n’en parlons pas ! Pâtée ou croquettes ? Berk. Moi qui ne peux pas avaler de gelée, je serais bien malheureuse. Et sentir le poisson du museau, quelle barbe ! Toutefois, les chats ont l’air d’apprécier…
Oh… Il faudrait toujours lever la tête pour voir les gens qui s’adresseraient à moi. C’est un coup à attraper un torticolis ça ! Ou alors, je pourrais peut-être la détourner comme le font très souvent les chats. C’est donc ça… Ils ne sont pas hautains, ils se ménagent tout simplement !
Et j’imagine déjà une petite fille devenir ma tortionnaire. Elle me tirerait la queue pendant ma sieste, me mettrait des vêtements pour que je sois « encore plus a-do-ra-ble ! » et m’enfilerait des chaussettes pour que je cesse enfin de griffer les murs et le canapé « parce que maman elle se fâche alors ça suffit ! ». Elle me prendrait en photo et râlerait parce qu’avec le flash « elle les yeux comme un estraterreste maman, elle est bizarre ! ».
Ma maîtresse n’apprécierait pas les cadeaux que je lui ferais… Souris, mulots, merles et autres rongeurs ou volatiles en tout genre. De toute façon, je n’aime pas ça les petites bestioles. Alors les prendre à la bouche !
En tout cas, ce qui serait merveilleux, c’est que je serais réellement libre ! Je pourrais grimper aux arbres, faire de grands bonds, monter sur les meubles, sur les lits, me faufiler un peu partout, aller où bon me semble. Bon, pour les arbres il faudrait régler un petit problème de vertige et je devrais m’assouplir encore un peu avant de pouvoir me glisser à travers le grillage du voisin… Mais quelle importance !
La vie serait si belle…
Ah, tiens, le téléphone sonne…
Oui, oui, j’arrive !!

Exercice d'écriture : « À travers les yeux de mon chat », par Alexis Poraszka

En photo : ~~Yeux de Chat~~
par *Joélisa*

Lady Kensington menait une existence en apparence paisible dans la banlieue londonienne. Elle vivait avec sa petite famille dans une demeure du 18ème siècle qui, du haut de la colline, surplombait un grand jardin. La maison comptait plusieurs étages et de nombreuses pièces spacieuses mais Lady Kensington, Margaret de son prénom, n’avait colonisé que la bibliothèque et une salle secrète situées au rez-de-chaussée. Elle partageait ses journées entre les parties de tarot avec ses voisines et ses activités botaniques, on lui devait d’ailleurs le magnifique jardin, fleuri de plusieurs centaines de variétés de plantes, qui entourait le petit château. Cependant, la plus grande partie de ses journées, elle la passait dans la bibliothèque, où personne n’avait le droit de pénétrer, si ce n’est Bastet, son chat. La pièce hébergeait environ deux mille ouvrages, principalement sur l’Egypte car Margaret était passionnée d’égyptologie et passait son temps à déchiffrer les livres qu’elle dénichait chez les antiquaires ou les bouquinistes. Elle avait même effectué de nombreuses fouilles dans la Vallée des Rois quand elle était encore en moyen de se contrôler. Car Margaret souffrait de bipolarité et ses nombreuses crises de schizophrénie l’empêchaient de mener à bien lesdites fouilles, c’est pourquoi elle se plongeait quotidiennement dans les livres.
On ne savait prédire quand Lady Kensington aurait ses crises, on en ignorait le déclencheur mais quand cela se produisait, son esprit était ailleurs. Elle enfilait alors une grande robe blanche au décolleté en or qu’elle avait achetée au bazar Khan-Khalil, dans le centre de la capitale égyptienne, et se parait de nombreux bijoux ramenés clandestinement de ses fouilles, puis elle déambulait dans les couloirs en prononçant des mots dans une langue qu’elle seule était en mesure de comprendre. Selon son époux, qui supportait sa crise quotidienne depuis une quarantaine d’années, elle se croyait l’incarnation contemporaine de Nefertiti, célèbre reine de beauté et mère longtemps présumée de Toutankhamon. La crise ne durant généralement pas plus d’une heure, sa famille et la bonne, peu enclins à l’aider, avaient pris l’habitude de regagner leurs appartements. Un jour, on avait découvert tout à fait par hasard que l’alcool était la potion miracle qui arrivait à calmer ses accès de folie. Malheureusement, Margaret ne supportait pas l’alcool qui lui provoquait de douloureuses coliques. Résolue à ne pas se laisser abattre, Lady Kensington s’était tourné vers une médecine parallèle et avait finalement opté pour l’alchimie. Ses activités dans la bibliothèque consistaient, d’une part, à l’étude des textes anciens, et d’autre part, à la préparation de potions. Elle avait tout essayé et n’avait pas peur d’absorber les différentes préparations qui, faute d’avoir une influence sur son état de santé, finissaient par la rendre folle.
Un soir, alors que toute la maisonnée avait retrouvé chambre et occupations, Lady Kensington expérimentait une nouvelle potion. A son grand étonnement, elle ne provoqua aucun effet, aucune réaction chez quinquénaire : pas un vertige, pas une sensation étrange. Margaret remit ses lunettes et vérifia sur le vieux livre, trouvé dans la tombe d’un scribe, qu’elle avait bien respecté les mesures. Une petite inscription en bas de page attira son attention. Elle s’empara de la loupe et lut à haute voix ce qui s’apparentait à de l’araméen, puis tenta de le traduire : « voyons voir, le premier mot signifie sang… hmm… sang-mêlé plutôt… cycle du soleil… et ça alors, transmutation… voilà qui est étrange ». Elle s’appuya sur le dos de la chaise et ôta ses lunettes. Tout cela l’intriguait. Elle sentit soudain une sorte d’irritation sur son bras gauche et entreprit de se gratter mais elle remarqua que des griffes avaient poussé à la place de ses ongles, que des poils blancs apparaissaient sur ses bras. Elle se sentit soudain étouffer, voulut crier mais les seuls sons qui s’échappaient de sa bouche ressemblaient à des miaulements, et puis plus rien. Le trou noir. Quand elle se réveilla, le lendemain matin, quelque chose était différent, elle ne sut dire quoi, mais elle se sentait étrangement différente. Puis elle comprit, elle était devenue un chat, son chat.
Quand elle eut repris ses esprits, elle tenta de réfléchir et repensa à la formule inscrite au bas de la potion. Elle bondit sur le bureau, posa la patte sur l’interrupteur et relit la traduction qu’elle avait faite. Soudain, tout se fit lumière dans sa tête : plus tôt dans l’après-midi, elle s’était coupée avec le sécateur et avait ensuite soigné une plaie sur la cuisse de son chat, voilà qui expliquait l’histoire du sang-mêlé… La potion avait donc provoqué un échange de sa forme corporelle avec celle de Bastet et était condamnée à vivre ainsi pendant une journée environ… Que faire… Elle avança timidement et se mit à parcourir la maison. Elle commençait à trouver ça amusant de tout voir avec les yeux de son chat. Elle profita de son agilité et sa légèreté retrouvées pour monter les marches du grand escalier et se promener à l’étage où vivait sa famille : son mari, ses deux enfants et sa belle-mère. Arrivée en haut des marches, elle s’assit, se lécha la patte et se demanda par quelle porte commencer.
Elle poussa la porte située sur sa gauche, la chambre de son époux et ne put contenir un miaulement d’effroi : son cher et tendre s’envoyait sauvagement la bonne. Elle resta passivement, au pied du lit, à observer ce qu’elle considérait comme la décadence humaine, la déchéance de cette masse qui s’adonnait aussi bassement aux plaisirs de la chair. Son Andrew, le pantalon aux chevilles, était debout et tenait Marie par les cheveux. Elle voulut protester mais seuls des miaulements sortaient de sa bouche, couverts par les bruits du coït d’ailleurs. Elle ne savait que faire, elle voulait intervenir quand soudain, une idée traversa son esprit, mais il fallait attendre le bon moment. Elle s’assit alors et regarda le spectacle. Quand Andrew était sur le point de venir, elle bondit, toutes griffes sorties, sur le fessier tendu de son mari et s’y accrocha. La réaction fut sans appel : un hurlement épouvantable vint interrompre les râles de bonheur du couple. Elle entendit même Marie lui dire qu’il en faisait trop et que son cri de jouissance n’était pas crédible. Le pauvre Andrew, était paralysé, bloqué, crispé et ne put se retirer, au grand malheur de la jeune femme qui voulait se défaire du lourd corps de son amant. Quand elle jugea le moment bon, Margaret sauta sur le tapis et laissa, immobile, son époux et la bonne qui tentait de le repousser sur le côté, en vain. Lady Kensington sortit de la pièce sur la pointe des coussins et s’arrêta sur le palier. Elle eut soudain une révélation : pendant ses heures passées dans la bibliothèque, son mari s’envoyait la bonne sans qu’elle ne le sache. Mais que faisaient les autres membres de la famille ? Elle décida de vérifier sur le champ les occupations de chacun.
Elle passa la tête dans la pièce d’à côté et crut que son cœur allait s’arrêter de battre. Ce qu’elle vit dépassait la réalité. Elle s’était toujours demandé comment sa fille, oisive, fainéante et incapable de ses deux mains, pouvait gagner assez d’argent pour s’offrir de tels vêtements. Elle avait la réponse devant les yeux : sa douce fille, en plein dans l’âge de la puberté, arrondissait ses fins de mois en montrant ses parties intimes à des inconnus sur internet. Apparemment ça rapporte ! Les enchères n’arrêtaient pas de monter. Margaret décida que le petit jeu avait assez duré et, au moment où sa fille Rebecca allait accepter le chèque des enchères, minou Kensington débrancha l’ordinateur ! Non mais… S’en suivit une succession de jurons, blasphèmes et autres paroles inclassables sortis tout droit de la bouche de la jeune fille, régulièrement inscrite dans une école catholique. Margaret décida de sortir de la pièce avant que Rebecca ne s’en prenne à elle, donc au chat.
Elle fonça alors vers la chambre de son fils. Ce qu’elle aperçut lui fit détester sa famille du plus profond de ses entrailles. Elle pénétra dans la chambre, s’avança lentement, sans un bruit, et s’assit au pied du bureau. Elle observa attentivement son fils Lloyd s’appliquer à une tâche très noble : le plaisir physique de son professeur particulier d’anatomie. Ces deux idiots n’avaient même pas pris la peine de s’installer, confortablement, sur le lit. Ce détail finit par irriter Margaret : d’une part car elle mettait toute son attention à avoir une literie des plus agréables et que ces deux énergumènes ne lui faisaient pas honneur, et d’autre part car elle redoutait que le précieux tapis persan installé à la descente de lit de Lloyd et, qui plus est, avait couté une fortune, ne finisse pas se couvrir de tâches mystérieuses impossibles à ravoir au lavage. C’en était trop. Excédée par l’attitude décevante de son fils, elle voulut se jeter, comme pour son mari, sur le corps imberbe du professeur et s’appliquer à le griffer profondément. Mais elle eut une autre idée, plus sournoise. Elle passa sous le lit, rejoint l’autre côté de la chambre et s’approcha de la grosse boîte en verre déposée sur le sol. Dedans, une affreuse mygale d’Afrique. Ou peut-être bien d’Asie. Peu importe, l’heure n’était à la réflexion géographique. Elle la traîna comme elle put et, alors qu’elle se trouvait, cachée sous le lit, à quelques centimètres de celui qui pervertissait son fils, elle ouvrit la cage et laissa l’horrible animal achever son œuvre. Sans surprise, la bestiole immonde se lança droit sur le méchant bonhomme qui hurla d’effroi, se rhabilla aussi vite que montèrent les enchères de sa fille et sortit en jurant de ne plus jamais revenir.
Elle sortit de la chambre et décida de finir son inspection générale par la belle-mère. Elle n’avait toujours pas compris comment son Andrew avait pu la convaincre d’héberger cette sorcière sous son toit. Cette vieille morue n’avait rien d’humain. Margaret trotta jusqu’à la chambre, poussa du bout des griffes la porte et fut stupéfaite. La vieille dondon était assise sur son fauteuil et fumait un gros pétard. Les fenêtres fermées de surcroît. Lady Kensington avait en horreur l’odeur du tabac dans la maison et eut envie de réprimander sérieusement la vieille femme, mais à quoi bon, elle ne pourrait que miauler. Elle rentra dans la pièce, observant autour d’elle le capharnaüm environnant créé par les vêtements en pagaille, les livres de Barbara Cartland ou les gaines non lavées. La vieille folle se laissait aller, pensa Margaret. Soudain, sans même avoir le temps de comprendre, la belle-mère empoigna le chat et lui colla le pétard dans la gueule. « Lâchez-moi, espèce de phacochère ! Vous n’avez pas honte, faire ça à un chat !!! ». Margaret la griffa au visage et la vieille la jeta contre l’armoire. C’est alors que Margaret découvrit, dans le placard, l’énorme plantation de marijuana que la belle-mère cultivait à l’abri des regards indiscrets. Elle alla même jusqu’à imaginer que ladite belle-mère revendait sa cam à Lloyd et Rebecca.
Elle en avait trop vu, elle ne voulait plus rien savoir. D’ailleurs, que pouvait-elle apprendre de plus ? Elle sortit de la chambre, galopa jusqu’à la bibliothèque et se cacha sous son bureau. Elle allait attendre patiemment que la potion n’eût plus d’effet. Et demain matin, les choses allaient changer dans cette maison.

Petit lexique de l'automobile, par Vanessa Canavesi

En photo : Le Mans 1981 V8 Ford Cosworth DFV
par jccphotos







Un peu de mécanique...

1)un carburateur : el carburador
2)l'allumage : el encendido
3)une bougie : una bujía
4)une courroie : una correa ; une courroie de distribution : una correa dentada
5)un piston : un pistón
6)un alternateur : un alternador
7)un vilebrequin : un cigüeñal
8)un bielle : una biela
9)un joint de culasse : una junta de culata
10)un cardan : un cardán
11)un engrenage : un engrenaje ; un pignon : un piñon ; un disque : un disco
12)un arbre à cames : un árbol de levas ; des cames : levas
13)une soupape : una válvula
14)un filtre à air : un filtro de aire
15)une cylindrée : un cilindrada
16)un cylindre : un cilindro
17)un pot d'échappement : un tubo de escape
18)une pédale d'embrayage : una pedal de embrague
19)embrayer : embragar ; désembrayer : désembragar
20)une boîte de vitesses : una caja de cambios
21)un démarreur : un motor de arranque
22)un moteur à injection : el motor de inyección
23)un amortisseur : un amortiguador
24)un frein : un freno ; un frein à main : freno de mano ; un coup de frein : un frenazo
25)les plaquettes de freins : las almohadillas de freno
26)un pneu : un neumático
27)une jante : una llanta
28)un enjoliveur : un tapacubos
29)un essieu : un eje
30)une roue de secours : una rueda de repuesto
31)un cric : un gato
32)un levier de vitesses : una palanca de cambio de velocidades
33)un tableau de bord : un salpicadero
34)un klaxon : una bocina, un claxon
35)une boîte à gants : una guantera
36)un lève-vitres électrique : un elevalunas eléctrico
37)un coffre : un maletero (Espagne), una cajuela (Amér. Latine)
38)un hayon : un portón trasero
39)un phare antibrouillard : faro antiniebla
40)faire des appels de phare : hacer luces
41)mettre les feux de route : poner las luces de carretera
42)les feux de détresse : las luces de avería
43)un stop : una luz de frenado
44)un feu de gabarit : una luz de gálibo
45)un feu arrière : un piloto trasero
46)un clignotant : un intermitente
47)un essuie-glaces : un limpiaparabrisas ; un parabrisas : un pare-brise

Exercice d'écriture : « À travers les yeux de mon chat », par Vanessa Canavesi

En photo : Pompon le Chat
par Yann Seitek

Mon favori, le Voltaire, c'est le trône de Madame. On y assied Madame aux aurores et tout le jour elle n'en ressort plus. Jusqu'à la fin, tant que règne une lueur, que perce la moindre clarté, elle s'y enracine, lichen crustacé au venin habile. Il serait insensé de croire qu'on pourrait s'en approcher, curieux, et venir caresser furtivement son doux vêtement fleuri, sans flairer jusqu'à l'asphyxie les toxines de cet organisme encroûté. La roche silice sur laquelle croît sa croûte sirupeuse est le velours bleu rare de ce Voltaire excessivement cher, qu'elle s'emploie à contaminer comme la termite le bois, à une exception près dans l'espèce que cet individu-là ne vit pas en société. C'est que Madame est farouche...
À l'intérieur des cuisines, avant qu'un énergumène ne coucoule l'heure fatidique, alors que rôtit encore dans le fourneau la poularde réduite, je fais mon entrée quotidienne : l'ensemble du personnel de maison, réuni autour de moi pour l'occasion, se met aussitôt en branle pour satisfaire un désir impétueux ; je lape, lape généreusement la bouillie qu'on me tend, daigne recevoir quelques cajoleries pour contenter ces esclaves, et m'en vais au grand salon écouter le bruissement fétide du parasite endormi. Pas un seul instant à travers sa chair léthargique son âme ne s'agite, ni ne frissonne ; c'est à croire, si d'aventure elle existe, qu'il l'a enfouie sous les couches infinies des volants de ses robes, jaune putride couleur de tapisserie.
À moi, au moins, on adresse la parole. On me contemple avec toute la commisération dont on est capable, sentiment heureux que ma condition difficile provoque généralement chez les êtres humains. À elle, en revanche, on ne cause jamais, ni même n'ose la regarder en face devant tant de perfide stupeur. Si elle ne remue pas, végétation résistante aux rudes épreuves du temps, c'est pour mieux exercer sur son écosystème toutes les subversions et perversions possibles : elle s'est développée dans un habitat qui lui est propre et on ne l'en déloge plus ; sa fin première est la nuisance ; on l'a sort d'un berceau gigantesque pour la jeter dans un fauteuil au riche velours bleu qui n'attend plus que mes coups de griffes acerbes, oui, celles que j'effile avec soin, depuis mon arrivée, sur l'acajou du buffet. Alors, je le demande : au nom de quoi, au nom de quel principe lui concèderait-on l'exclusivité du Voltaire ?

À vos dicos…, 12

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : KROUMIR

Références culturelles, 669 : La isla de Alborán y el islote de la Nube

La isla de Alborán y el islote de la Nube
une idée d'Odile

http://es.wikipedia.org/wiki/Isla_de_Albor%C3%A1n
http://www.elmundo.es/magazine/num162/textos/albo.html
http://es.wikipedia.org/wiki/Islote_de_la_Nube

vendredi 10 décembre 2010

À vos dicos…, 11

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : GLABELLE

Références culturelles, 668 : La Puerta del Sol (Madrid)

En photo : Madrid. Puerta del Sol (estatua de...
par josemazcona

La Puerta del Sol (Madrid)
une idée d'Odile

http://es.wikipedia.org/wiki/Puerta_del_Sol_%28Madrid%29

jeudi 9 décembre 2010

Références culturelles, 667 : Pau Casals

Pau Casals
une idée d'Odile

http://es.wikipedia.org/wiki/Pau_Casals



À vos dicos…, 10

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : JACULATOIRE

mercredi 8 décembre 2010

mardi 7 décembre 2010

La chanson du mardi, choisie par Odile

La Nana de la Cebolla

Un peu de lecture

Daniel Gile, La traduction, la comprendre, l'apprendre, Paris, PUF, « Linguistique Nouvelle », 2005, 278 pages

Présentation de l'éditeur
Comment devient-on traducteur ? Que doit comporter une formation à la traduction ? Comment le traducteur aborde-t-il la traduction des textes spécialisés, et avec quelles connaissances ? Ces questions, traitées de manière directe et raisonnée à l'aide de modèles et d'éléments théoriques simples, permettent au lecteur de mieux comprendre des aspects de la traduction le plus souvent méconnus, notamment la nature des connaissances linguistiques du traducteur, l'importance de la prise de décisions, les stratégies d'acquisition de connaissances, de fidélité et de résolution de problèmes. L'ensemble est présenté sous forme didactique, avec des suggestions en matière d'enseignement.

Biographie de l'auteur
Membre fondateur de la European Society
for Translation Studies, auteur de nombreuses publications traductologiques, Daniel Gile est professeur de traduction à l'Université Lyon 2.

« En Espagne, ces villes nouvelles devenues fantômes », un article de Rue 89

http://www.rue89.com/ibere-espace/2010/11/29/espagne-les-nouveaux-quartiers-residentiels-victimes-de-la-crise-177422

Références culturelles, 665 : Rigoberta Menchú

En photo : Rigoberta Menchu 1992 Nobel...
par ladyloneranger

Rigoberta Menchú
une idée d'Odile

http://fr.wikipedia.org/wiki/Rigoberta_Menchu_Tum

À vos dicos…, 8

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : HOUPPELANDE

lundi 6 décembre 2010

À propos des exercices d'écriture

Je viens de publier les sujets pour le mois de janvier…

Sondage…

Voulez-vous qu'aux deux notes des devoirs sur table faits dans le cadre CAPES / Agrégation (et outre les notes que je mettrai pour les versions et les exercices d'écriture sur le blog) nous ajoutions un troisième devoir… seulement pour vous – que nous ferions cette semaine ou la semaine prochaine ? Je me rangerai à l'avis de la majorité. À vous, donc, de déposer un oui ou un non dans l'urne des commentaires. Rapidement pour que je puisse m'organiser, le cas échéant…

Exercice d'écriture spécial, par Alexis Poraszka

Les mots imposés étaient les suivants :

- eh ben, c'est pas là
- pailler
- verger
- niaque
- coing
- rétif
- jamais, jamais
- boute-en-train
- cabas
- cochon gras
- Lolo la Contorsionniste
- Toto le Bourrin
- Le futur
- La promise
- Destinée (chanson)
- Fromsita
- Marcher dans les branches
- Gorge
- Verve
- Le Chinois
- Stylish
- Miche

***

Le résultat :

« Dame de bonne compagnie recherche pour colocation détonante jeunes gens agréables sachant jouer au scrabble et tricoter le point de croix ».
Effrayée à l’idée de vivre toute seule dans sa grande maison campagnarde, Fromsita avait décidé de déposer une petite annonce. Depuis que son époux était passé de vie à trépas l’année précédente, électrocuté par sa couverture chauffante, la petite mémé se sentait bien seule. Toto le Bourrin avait donc trouvé son bonheur chez la vieille dame et avait décidé de sous-louer une des chambres disponibles. La seconde fut choisie, quelques jours plus tard par une jeune demoiselle répondant au nom de Lolo la Contorsionniste. Trouvant son nom trop compliqué à retenir, Fromsita avait renommé ladite Lolo par Stylish ce qui, à son goût, collait beaucoup mieux à sa personnalité.
Toto était un grand gaillard, brun, barbu et sympathique. Fromsita avait remarqué qu’il avait tendance à beaucoup gesticuler et à parler beaucoup. Elle qui avait besoin de compagnie se sentait vraiment en osmose avec le jeune homme qui lui rappelait feu son époux Emile. D’ailleurs, elle fut transportée de joie le jour où Toto lui avoua qu’il adora le thé à la camomille, comme elle. Ils devinrent rapidement inséparables et le garçon trouva en la vieille femme une amie, une confidente, une âme-sœur. Quant à Lolo, affinée par les longues années où elle avait été contorsionniste dans un cirque, elle était petite, beaucoup plus petite que Toto, mais surtout, elle était rigolote ce qui plaisait beaucoup à Fromsita. La maisonnée paraissait un havre de paix pour ses trois habitants qui formaient une petite famille. Mais le bonheur fut de courte durée et la fin des beaux jours débuta quand Fromsita présenta à ses deux colocataires son fils et Le Chinois.
Le Chinois était l’amoureux secret de Fromsita. Il était plus jeune d’une trentaine d’années, et avait les cheveux noirs et les yeux noirs. Bien qu’âgée de quatre-vingt-cinq ans, la vieille femme avait une énergie débordante et une soif d’amour insatiable, et Le Chinois était, physiquement, tout à fait son type d’homme. Malheureusement, dès son arrivée, Le Chinois, dont le véritable prénom devait être Chan, fut instantanément pris d’amour pour Lolo et lui déclara sa flamme en musique :

"Destinée,
On était tous les deux destinés,
A voir nos chemins se rencontrer,
A s'aimer sans demander pourquoi,
Toi et moi"

Après quoi, il ne put se séparer de la contorsionniste et passa la soirée accroché à elle, ce qui rendit Fromsita folle de jalousie. Elle avait la niaque et voulut tous les massacrer, les découper en morceaux et les mettre dans son cabas pour les noyer dans le ruisseau voisin. Afin d’oublier son chagrin, elle se dirigea vers la porte d’entrée pour accueillir son fils qui venait de sonner. Quelques secondes plus tard, la vieille revint avec un jeune homme beau comme un dieu grec. Face à un aussi bel Apollon, Toto lui aussi, venant de perdre son latin, voulut se mettre à chanter l’amour que lui inspirait une si belle vision. Et c’est Abba qui lui vint en tête :

"Honey honey, how you thrill me, ah-hah, honey honey
Honey honey, nearly kill me, ah-hah, honey honey
I'd heard about you before
I wanted to know some more
And now I know what they mean, you're a love machine
Oh, you make me dizzy"

— Je m’appelle Toto – lui avait-il ensuite dit.
— Salut, moi c’est Ramón !
Et ils restèrent perdus les yeux dans les yeux pendant quelques instants. Fromsita jeta un œil autour d’elle et vit, d’un côté, Le Chinois et Lolo s’embrassant fougueusement sur le canapé et, de l’autre côté, Ramón et Toto en totale admiration réciproque. Venant de perdre son Chinese Lover, la vieille refusa de laisser son fils à un Breton et s’interposa donc entre eux deux. Le repas commença, sous tension : Fromsita présidait le dîner, du côté gauche Le Chinois et Ramón, du côté droit, respectivement, Lolo et Toto. Fromsita fit déposer sur la table le plat unique de la soirée, préparé par Toto lui-même : Cochon Gras aux Coings.
— Ça a l’air bon ! – dit Ramón.
— C’est toujours bon ce que je fais ! – répondit avec prétention Toto !
— Et où sont les coings ? – demanda Le Chinois.
— Les coings ? – répondit Toto –, c’est la farce !
— Du cochon aux coings ! – s’exclama Lolo –, ça, ça m’en bouche un coin !
— J’y ai mis de la sauce piquante, – rajouta Toto –, donc attention à ta gorge mémé !
Fromsita, outrée, voulut intervenir mais son cœur fragile se mit à palpiter à l’écoute des propos sous-entendus.
— T’es drôle, toi, dis-moi ! – dit Ramón à Toto.
— Si tu savais, je suis plus que drôle, je suis un boute-en-train, tu sais ! – répondit-il.
— Sûrement… oh, les miches ont l’air bien croustillantes, comme sorties du four !
— Quelle élocution, quelle verve ! – lança Toto. Tu sais il y a un pailler à côté d’ici, on pourrait y faire plus ample connaissance !
— C’est pas très confortable ça, non ? – demanda Lolo.
— Je ne suis pas rétif, tu sais. – précisa Ramón. Si tu veux, j’ai un verger aussi. Avec la mousse, c’est tout doux.
— J’adore la nature – insista Toto.
— Jamais, jamais !!! – réussit à dire à bout de souffle la mamie sans que personne ne relève l’intervention.
— Y’aurait-il un endroit où je pourrais te susurrer des mots doux, t’emmener voir monts et merveilles ? – demanda à Lolo Le Chinois qui semblait prêt à marcher sur les branches pour sa belle.
— Ben, c’est pas là ! – lança Fromsita qui faisait une attaque.
— Tu veux être ma promise, bébé ? – demanda Le Chinois à Lolo. Je serais ton futur !
— Oh oui, mon petit nem ! – s’exclama de joie la jeune femme.
C’en était trop pour la mamie. La pauvre vieille parlait mais personne ne semblait se souvenir de sa présence. Son cœur commençait à lui donner des vertiges. Alors que les quatre autres dînaient et parlaient innocemment, la mamie tomba de sa chaise et se traîna tant bien que mal sur le parquet du salon pour atteindre ses médicaments. On aurait dit qu’elle était sur le départ pour le voyage final, qu’elle s’apprêtait à rejoindre son époux. Soudain, elle les vit tous se lever, tous ensemble. Elle se dit, qu’enfin, ils allaient venir la secourir. Lolo, qui adorait le Karaoke se dirigea vers le tourne-disque et, dès les premières notes, ils se mirent à chanter, toujours sur Abba :

"Tonight the super trouper lights are gonna find me
Shining like the sun,
Smiling, having fun,
Feeling like a number one
Tonight the super trouper beams are gonna blind me
But I won't feel blue
Like I always do
'cause somewhere in the crowd there's you"

Après la soirée, les couple se séparèrent jusqu’au matin : Lolo et Le Chinois occupèrent le lit de Fromsita qui avait mystérieusement disparu de table pendant la soirée, et Ramón et Toto s’étaient échappés dans le verger, préférant la belle étoile au pailler. Le lendemain matin, ils retrouvèrent Fromsita, accrochée à son cabas, paralysée, sans vie.
— Eh ben la vieille, elle a dû mal supporter la fête ! – dit Toto.
— Avec tout ce qu’elle a bu, c’est pas prudent ! – renchérit Lolo.
— Carrément, j’ai envie d’te dire. – ajouta Toto. C’est bien la peine de faire la bringue si elle tient pas le coup.
— Une petite chanson pour son dernier voyage ? – proposa Le Chinois.
Tous en chœur se mirent à chanter :

"I'm on the highway to hell
no stop signs, speed limit
Nobody's gonna slow me down
Like a wheel, gonna spin it"

CV de Perrine Huet – Promo Claude Bleton

Perrine Huet, née le 18 février 1987 à Vénissieux (69)

Pour me contacter : perrine.huet@gmail.com

Parcours scolaire :

2010-2011 : Master 2 professionnel Métiers de la traduction littéraire (espagnol) à l’université Michel de Montaigne Bordeaux III
Projet de traduction longue : Falta alma, de Javier García Sánchez (auteur espagnol)

2008-2009 : Master 1 LLCE Espagnol à l’université de Murcia (Espagne) dans le cadre du programme d’échange Erasmus – Mention B
Mémoire réalisé : « El cuerpo humano en las expresiones idiomáticas»

2008 : Licence LLCE Espagnol à l’université Lumière Lyon II – Mention AB

2005 : Baccalauréat Littéraire au lycée Pierre Brossolette à Villeurbanne (69) – Mention AB

Expériences professionnelles :

2009-2010 : Vendeuse de chaussures à Footlocker (juillet/juillet)

Été 2008 : Vendeuse de chaussures à Footlocker (juillet/août)

2008 : Professeur d’espagnol, de français et de mathématiques au sein de l’agence de soutien scolaire Complétude (février/juin)

2007-2008 : Animatrice U.S.E.P. à l’école primaire Édouard Herriot à Villeurbanne (septembre/juin)

Juillet 2007 : Animatrice/assistante sanitaire en Centre de vacances et de loisirs à Langogne (48)

2005 : Animatrice en Centre de vacances et de loisirs à Chasselay (69) et à La Croix-Valmer (83)

Renseignements complémentaires :

Diplômes :
2007 : CLES 2 Italien (Certificat de Langues dans l’Enseignement Supérieur)
2005 : B.A.F.A. (Brevet d’Aptitudes aux Fonctions d’Animateur)
2004 : A.F.P.S. (Attestation de Formation aux Premiers Secours)

Langues :
Espagnol et italien : niveau perfectionné
Anglais : niveau intermédiaire
Portugais : niveau débutant

Informatique :
Traitement de texte : Word, Open Office, PowerPoint

Loisirs :
La lecture, le cinéma, les voyages, la course à pieds, la musique, la danse, la décoration.

Pour information…

- Je viens de publier une nouvelle proposition pour le thème du CAPES 2010-2011. Il s'agit de celle d'Elena, enseignante et actuellement en préparation de l'agrégation interne.
- Je viens de publier un certain nombre de propositions pour la version du CAPES 2010-2011. J'en attends encore 2 ou 3. Interdit de s'inspirer de celles des autres pour terminer !

À propos de la traduction du texte de César Aira

Vous me l'enverrez pour le 18 décembre…

Références culturelles, 664 : Los alacalufes

Los alacalufes
une idée d'Odile

http://es.wikipedia.org/wiki/Alacalufes

À vos dicos…, 7

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : GIBBEUX

dimanche 5 décembre 2010

Références culturelles, 663 : La murga

En photo : 1, 2, 3.. murga
par faw

La murga
une idée d'Odile

http://es.wikipedia.org/wiki/Murga

À vos dicos…, 6

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : FÉBRICULE

samedi 4 décembre 2010

Entretien (téléphonique) avec François Collet, éditeur (éditions Rouge Inside)", réalisé par Auréba Sadouni

1) Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir éditeur ? Qu’est-ce qui vous plait le plus dans votre métier ?
Je viens de la fac de lettres, je suis en thèse, c’est donc d’abord un intérêt pour la littérature. Je voulais trouver un métier dans ce milieu-là. Ce qui est intéressant dans le métier d’éditeur, c’est que c’est à mi-chemin entre la partie artistique et ce qui est de l’ordre de l’entreprise. J’aime ce travail d’intermédiaire, de médiateur, de passeur. La partie la plus importante de mon métier, celle que je préfère en tout cas, c’est la relecture de traduction, les échanges avec le traducteur, le travail sur la langue. J’aime aussi l’idée de construire des projets éditoriaux.

2) Pourriez-vous nous présenter votre maison d’édition ?
C’est une jeune maison d’édition, une toute petite structure située en province, en Rhône-Alpes. Nous n’avons d’ailleurs pas vocation de devenir une grande entreprise. Ça permet de faire des projets qui sortent plus de l’ordinaire. On s’intéresse d’abord à la littérature étrangère, car on a une passion pour la traduction. On choisit souvent des textes qui posent des problèmes de traduction. On a beaucoup de choses du bassin méditerranéen, un peu par affinité personnelle. Les trois prochains livres se passent autour de Tanger, par exemple. À priori, je ne ferais pas de la littérature de l’Europe de l’Est, par exemple, car c’est un univers que je ne connais pas, culturellement, et dont presque toutes les langues me sont inaccessibles, mais on aura probablement de la littérature anglo-saxonne. En ce qui concerne le style d’écriture, on travaille sur des livres qui sont très différents, à la fois un texte égyptien très lyrique et par ailleurs un texte d’un auteur guatémaltèque dont l’écriture est plus d’avant-garde. On aime qu’il y ait une écriture singulière, que les textes se trouvent une langue propre.

3) Quel a été le premier roman que vous avez publié ?
La chienne de vie de Juanita Narboni de Ángel Vázquez. On a volontairement mis celui-ci en premier. C’est presque un manifeste : une structure romanesque, une histoire, mais en même temps une expérience formelle, avec une langue très singulière, hybride, très riche, et donc de nombreux enjeux de traduction. C’est sur ce type de textes très singuliers que nous pouvons nous démarquer.

4) Est-ce le traducteur qui vous a proposé ce texte ?
C’est moi qui suis allé vers le traducteur. Je suis assez familier de la ville de Tanger, et c’est un texte mythique, là-bas, et un peu légendaire en même temps parce que peu de gens le lisaient encore, en fait. Je me suis renseigné, j’ai cherché ce texte. Via une libraire historique, Rachel Mouyal, de la Librairie des Colonnes, qui est une librairie mythique du Tanger international, où l’on croisait Genet, Becket, Bowles ou la Beat Generation, j’ai été aiguillé vers Selim Cherief. Il avait commencé à le traduire, mais s’était arrêté en chemin parce qu’il n’avait pas de contacts dans le milieu éditorial. Ce qui est intéressant, c’est qu’il a connu Vázquez. Ce qu’il m’a envoyé, en premier, c’est une dédicace où Vázquez lui disait à peu près ceci (il parlait quatre ou cinq langues) : « En espérant qu’un jour, tu me le feras lire en français. Il n’y a que de vieux tangérois comme nous qui pouvons y arriver» Pour traduire ce livre, il fallait connaître le contexte très particulier du Tanger international de l’époque. La langue parlée dans ce roman est un espagnol populaire, très imagé et surtout, c’est une sorte de méli-mélo, un mélange de castillan populaire, de français et d’arabe. Il y a de la darija, un arabe dialectal marocain et la « yaketía », une variante du « ladino », qui était parlé par les séfarades expulsés d’Espagne vers le XVème siècle. C’est très exotique. Il fallait trouver quelqu’un qui puisse comprendre ça.

5) Recevez-vous souvent des propositions de traductions de romans écrits en espagnol ?
Pas beaucoup. Pas assez. Malheureusement, on est inondé de textes français. Plus de 90% de choses qu’aucun éditeur n’envisagerait de publier. Les gens ne font pas l’effort de voir ce qu’on publie sur le site, la ligne éditorial, le catalogue ; on ne peut pas leur en vouloir, mais des fois, c’est un peu énervant, je ne comprends pas qu’on nous envoie de l’héroïc fantasy ou des livres de jardinage, par exemple, et j’exagère à peine... J’aimerais recevoir plus de traductions de l’espagnol, je suis très preneur. On aimerait bien aussi recevoir des projets un peu construits. Au lieu du mail « Bonjour, ci-joint le texte », au moins une petite présentation du livre, du contexte, c’est mieux pour tout le monde, parce que sinon, on ne peut pas faire des recherches sur tout, à chaque fois. On reçoit beaucoup de C.V de traducteurs. Ça, ça ne m’intéresse pas, parce qu’on est intéressé par des projets, pas par des traducteurs en soi, le côté un peu « mercenaire » ; je crois qu’un traducteur de l’espagnol, par exemple, doit pouvoir se tenir au courant un minimum de l’actualité littéraire en Espagne ou en Amérique latine, et proposer des choses. Ça change un peu, avec les masters de traduction littéraire, ça donne des gens un peu plus professionnels. On a travaillé sur une publication avec une jeune fille qui vient de sortir d’un master professionnel. Elle avait construit un dossier, simple mais bien documenté, et ça nous a séduits ; en tout cas c’est toujours bon signe quand le propos est un peu argumenté. Ils ont plus conscience des réalités techniques comme par exemple, du fait qu’il est plus compliqué, plus cher, de publier un livre de 2000 pages, ou que la question des droits peut être un problème etc.

6) Comment sont vos relations avec les traducteurs ?
On a des relations très fortes. On est très proches, évidemment.

7) Vous arrive-t-il d’apporter ou de suggérer des corrections aux manuscrits que l’on vous propose ? Comment cela se passe-t-il ?
J’ai été formé à l’école « interventionniste ». J’apporte beaucoup de corrections. Comme on est une petite structure, on a plus le temps de relire ; on essaie de ne rien laisser passer. J’essaie toujours d’expliquer ça quand on a des stagiaires venant de la traduction : il faut qu’ils aient conscience que l’éditeur et le traducteur ont des intérêts parfois divergents. Le traducteur est du côté du respect du texte originel, et l’éditeur se soucie d’abord de la qualité et de l’intérêt du texte d’arrivée, en l’occurrence le français, et de cette confrontation, on doit essayer de tirer le meilleur. Si ça impose de retoucher, on le fait. Il n’y a pratiquement pas une phrase où je n’interviens pas. Mais on peut beaucoup retoucher sans rien enlever d’essentiel, et même, souvent, plus on retravaille une phrase, un paragraphe, moins l’intervention est sensible. Ça peut être reponctuer un peu, pour les langues comme l’arabe où l’on est souvent face à des phrases extrêmement longues, déplacer des virgules, inverser le sens de deux propositions, trouver un adjectif plus précis etc etc Par contre, on ne coupe quasiment jamais, sauf cas vraiment exceptionnel, avec l’arabe encore une fois, où l’on peut trouver plus facilement des répétitions, de l’emphase, mais toujours en accord avec le traducteur et si possible avec l’auteur. Il y a toujours des choses qui « passent » mieux dans une langue que dans une autre, et ça suppose donc que nous soyons assez souples.

8) Comment avez-vous travaillé avec Selim Cherief ?
Il m’envoie une première traduction (son premier jet). Je lui donne quelques indications de base : « Tel chapitre, ça ne marche pas bien, question de rythme. Dans tel chapitre, il y a trois pages de passé simple…». Il renvoie une deuxième version. Je fais mon travail en laissant apparaître ce que j’ai fait. Puis on travaille ensemble jusqu’à ce qu’on arrive à un texte final, en tranchant les incertitudes en commun, puis il y a une dernière phase « lissage », qui est plus le travail d’un correcteur que d’un éditeur, d’ailleurs, pour les fautes, les incorrections, quelques points grammaticaux problématiques et les dernières lourdeurs.
La traductrice de l’italien, Lucie Moreno, avec qui on va publier en novembre un nouveau Piumini, a vu qu’on intervenait énormément et elle est très contente de l’arrivée. Un deuxième regard est intéressant, parce qu’on « s’aveugle » au texte avec le temps, et il peut arriver que j’aie immédiatement une idée pour un problème sur lequel elle séchait depuis longtemps, parce que j’apporte un œil neuf. Généralement, ça se passe plutôt bien. Un traducteur de l’arménien avec qui j’ai travaillé il y a longtemps, avant rouge inside, avait l’impression qu’on intervenait trop, qu’on remettait en cause tous ses choix, mais je crois que ce n’est vraiment pas comme ça qu’il faut le voir. Et à la fin, il était content. Sa traduction a même eu un prix.

9) Combien de personnes travaillent dans votre maison d’édition ? Quels sont les rôles de chacun ? Quelles sont les différentes étapes pour produire un livre prêt à être diffusé en librairie ?
Je ne suis pas tout seul mais je suis le pivot. J’ai deux associés, dont mon frère. Il travaille dans le conseil et peut donc m’aider à monter des projets. Il y a des graphistes et des correcteurs. C’est quand même un travail d’équipe. On est trois ou quatre : moi à plein temps, les autres, de façon plus ponctuelle. Moi, mon rôle, c’est un rôle décisionnel. Je m’occupe du « management » d’équipe, mais j’ai le dernier mot, notamment sur les choix littéraires ou commerciaux.
Les étapes :
D’abord, la recherche, le choix. Il s’agit de trouver un projet, qui va le traduire. Ensuite, il faut voir si c’est faisable techniquement (combien ça coûte en termes de fabrication, mais aussi savoir si les droits sont accessibles). Puis c’est la traduction, puis la relecture. En même temps, on commence à réfléchir à la diffusion. La diffusion, c’est la partie proprement commerciale : la rencontres avec les libraires, susciter l’achat, ainsi que la promotion dans la presse. On a commencé en s’auto-diffusant, mais on vient de signer avec un diffuseur-distributeur (Pollen). C’est une nouvelle étape, parce que l’autodiffusion, qui a des avantages au départ, a vite des limites, et puis la tournée des libraires me prenait trop de temps, même si nous avions un distributeur (pour la partie technique).

10) Êtes-vous souvent en déplacement pour votre travail ?
Énormément. Parce que j’avais aussi la partie commerciale. Maintenant, ça va être différent, j’imagine. Sinon, il y a les salons du livre, les rencontres, les colloques…

11) Comment voyez-vous l’avenir de votre maison d’édition ? Quels sont vos projets ?
J’aimerais bien le savoir. Le marché du livre n’est pas florissant, en ce moment, du moins pour la littérature proprement dite, mais je reste confiant. On a des livres intéressants, on fait un travail spécifique, de niche pour ainsi dire, il y aura toujours une place pour nous. Et comme tout le monde, je m’interroge sur les évolutions liées au numérique, aux tablettes, par exemple, mais aussi à la diffusion par internet, savoir à quelle point cela nous affectera. En soi, je n’ai rien contre, de fait, je lis beaucoup plus sur écran qu’autre chose, d’ailleurs, mais pour le loisir, je pense que le livre garde des qualités en terme de médium (sans parler des amoureux du papier, de l’odeur etc. ce qui m’intéresse moins personnellement...)
En ce qui concerne les projets pour l’année 2011 : on aura deux publications en mars dont le prochain d’Ángel Vázquez, une en mai et deux en novembre. Et déjà de nombreux projets à plus long terme.

http://www.rouge-inside.com/index2.html

Un nouveau-né dans la blogosphère : le blog d'Alexis

Allez donc jeter un œïl à l'adresse suivante :

http://poraszka-alexis.blogspot.com

Celle-ci, elle est pour Stéphanie

En photo : Una afilada al ras!
par Caps!

Comme d'habitude, il s'agit de trouver l'origine, le sens et la traduction de l'expression suivante :

Demain on rase gratis !

Private joke et apprentissage de l'art difficile de faire des notes de bas de page

Voici la note de bas de page composée par Julie pour l'incroyable et ébouriffante phrase d'Auréba (prononcée avec aplomb et fraîcheur lors de la pause du dernier atelier de traduction collective) :
« Vous avez vu les Miss France en Espagne ? »

« Je me rends compte que ce n'est pas si simple que ça d'expliciter quelque chose avec seulement une note ! Surtout que là, j'avais une phrase entière. J'ai essayé de faire court tout en étant claire...

Ma note : Miss France est un concours de beauté français qui a lieu une fois par an et qui compte 33 candidates (22 régions de métropole et 11 départements et collectivités d'Outre-Mer). L'humour de la phrase repose sur son absurdité : on insinue qu'un évènement typiquement français ait lieu en Espagne.

Finalement, je la trouve un peu longue cette note. =s
Je me demande ce qu'auraient proposé mes camarades ! »

De là à dire que Julie vous réclame votre version de ladite note, il n'y a qu'un pas. Nous attendons l'une comme l'autre avec impatience de voir ce que vous ferez ;-)

Confirmation pour les salles…

Le rendez-vous avec Alice Déon aura lieu en E 204
La séance de tutorat avec Marianne Millon aura lieu en H118

Références culturelles, 662 : La enchilada

En photo : Chile Chicken Enchiladas
par Pillsbury.com

La enchilada
une idée d'Odile

http://es.wikipedia.org/wiki/Enchilada

À vos dicos…, 5

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : ÉCHAUDOIR

vendredi 3 décembre 2010

Références culturelles, 661 : Enrique Carbajal

En photo : Caballito 03722
par Omar Omar

Enrique Carbajal
une idée d'Odile

http://es.wikipedia.org/wiki/Enrique_Carbajal

À vos dicos…, 4

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : DÉPLÉTION

jeudi 2 décembre 2010

Références culturelles, 659 : El tacu tacu

El tacu tacu
une idée d'Odile

http://es.wikipedia.org/wiki/Tacu_tacu


À vos dicos…, 3

Le mot du jour à chercher dans le dictionnaire : CROMORNE

mercredi 1 décembre 2010