samedi 7 février 2009

Version d'entraînement, 12 (Manuel Vázquez Montalbán),

En photo : MANUEL VÁZQUEZ MONTALBÁN, ESCRITOR par bocángel

LA GUERRA CIVIL NO HA TERMINADO

No es el frío el que le envara sino una antigua historia que se está contando a sí mismo. Pero diríase que es un poste negro y aguileño contra el horizonte, indiferente del marco que le rodea, un poste ensimismado y lleno de tormentas secretas. El viejo permanece con los ojos fijos en sus propios recuerdos y los cierra para mejor digerir una vaharada de miedo que le sube desde el estómago hasta los labios. ¿Miedo a qué? ¿A morir? Pues sí, coño, ¿por qué no? ¿Por qué no puedo tener yo miedo a morir?
—Desde la infancia te lavan el cerebro para extirparte el miedo a morir. Que es un hecho de vida, dicen. La muerte es un hecho de vida. La madre que les parió. Estafadores. Miserables.
Pero ¿quiénes eran los estafadores y miserables? Un conjunto de otros en el que se integraban maestros, curas, escritores, sus propios padres, aunque sólo al recordarlos ya se le enternecían los ojos y el trasiego de saliva compensaba milagrosamente la tentación de las lágrimas.
—He de salir de aquí.
Lo repitió hasta tres veces y los alejados testigos de su soliloquio ni caso le hicieron, sabedores de la frecuencia de sus apartes y reflexiones habladas.
—Antes de que me saquen con los pies por delante. Ahora que aún puedo moverme. Ahora que aún estoy a tiempo. Pero quizá antes deba cumplir lo que he de cumplir. Deba pasar lo que tiene que pasar.
La voluntad no existe. Era una de sus más antiguas sospechas. A lo largo de su vida la veía constantemente sustituida por la presión de lo lógico y lo fatal sabiamente combinados. Lo fatal como presión exterior, de los otros y de la sociedad. Lo lógico como un patético esfuerzo personal para no ser arrollado por la fatalidad.
—La suerte está echada.
Y se estremece, tal vez porque hace frío, y contribuye a aumentar la sensación de frío el esqueleto nervado de los árboles hibernantes y los vapores que salen de las bocas de los viejecillos, abufandados ellos, entoquilladas ellas, deambulando sobre la grava del jardín o sentados en los bancos. Entre toses y conversaciones mañaneras se abre paso la sensación colectiva de que hay que guardar silencio por algo. Un viejo erguido, sin bufanda, encorbatado, con el paraguas en una mano y el otro brazo pegado a la espalda, avanza por el pasillo de silencio, perseguido por algún comentario, miradas irónicas. Suena una campana y varias monjas aparecen en el patio instando a los ancianos a que vayan al comedor. Una monja joven corre para alcanzar al viejo envarado.
—Don Gonzalo, también usted ha de ir al comedor.
El viejo se vuelve y la contempla displicente.
—Veo que es imposible escapar a un comportamiento gregario. Aquí todo va a golpe de pito.
—De campana, don Gonzalo, venga, no sea usted malo y venga al comedor. Luego se queja de que los demás le hagan el vacío. Es usted muy malo y muy díscolo.
—Yo no me quejo de que me hagan el vacío. Me quejo de tener por compañeros a cabestros y mujerucas. Es algo más fuerte que yo. La sola idea de sentarme en el comedor con esa pandilla de mediocres me altera.
—Jesús, qué orgulloso es usted. Dios le castigará. Dios castiga el pecado de orgullo.
—No me venga con cuentos de miedo, hermana. Bastantes problemas tiene Dios con el papa que le ha salido para que esté pendiente de lo que hago yo.
—Jesús, mire, no le he oído. Ya empieza usted a blasfemar, demonio, que es usted un demonio.

***

Aurélie – étudiante du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction :

La guerre civile n’est pas terminée

Ce n’est pas le froid qui l’engourdi mais une vieille histoire qu’il se raconte à lui-même. Mais il se pourrait se dire que c’est un poteau noir et aquilin contre l’horizon, indifférent au cadre qui l’entoure, un poteau pensif et rempli de tourments secrets. Le vieil homme reste les yeux figés sur ses propres souvenirs et les ferme pour mieux digérer une bouffée de peur qui remonte depuis son estomac jusqu’à ses lèvres. Peur de quoi ? De mourir ? Et comment putain, et pourquoi pas ? Pourquoi moi, je peux pas avoir peur de mourir ?
- Depuis l’enfance, on te lave le cerveau pour t’extirper la peur de mourir. Ca fait partie de la vie, à ce qu’on dit. La mort fait partie de la vie. Font chier. Escrocs. Misérables.
Mais qui étaient les escrocs et les misérables ? Un ensemble d’autres dans lequel étaient compris instituteurs, prêtres, écrivains, ses propres parents, bien qu’à leur seul souvenir ses yeux s’attendrissent et le fait d’avaler sa salive compensait miraculeusement la tentation des larmes.
- Faut que je sorte d’ici.
Il le répéta jusqu’à trois fois et les témoins éloignés de son monologue ne lui prêtèrent même pas attention, connaisseurs de la fréquence de ses apartés et réflexions parlées.
- Avant qu’on me sorte les pieds en avant. Maintenant que je ne peux plus bouger. Maintenant que je suis même à l’heure. Mais peut-être qu’avant je devrais accomplir ce que je dois accomplir. Qu’il devrait arriver ce qui doit arriver.
La volonté n’existe pas. C’était une de ses plus anciennes suspicions. Tout au long de sa vie, il l’avait vue constamment remplacée par la pression de la logique et de la fatalité savamment combinées. La fatalité comme pression extérieure, des autres et de la société. La logique comme pathétique effort personnel pour ne pas être enrôlé par la fatalité.
- Les dés sont jetés.
Et il frissonne, peut-être parce qu’il fait froid. Et le squelette nerveux des arbres hibernant et des vapeurs sortant de la bouche des petits vieux contribue à augmenter la sensation de froid, eux, enroulés dans leurs écharpes, elles, dans leurs foulards, déambulant sur les graviers du jardin ou assis sur les bancs. Entre les toux et les conversations matinales, la sensation collective qu’il faut garder le silence pour quelque chose se fraye un chemin. Un vieil homme dressé, sans écharpe, en cravate, un parapluie dans une main et l’autre bras dans le dos, avance dans le petit chemin en silence, poursuivi par quelque commentaire, des regards ironiques. Une cloche sonne et plusieurs sœurs apparaissent dans la cours et somment les personnes âgées de se rendre à la salle à manger. Une jeune sœur court pour rejoindre le vieil homme engourdi.
- Don Gonzalo, vous aussi vous devez aller à la salle à manger.
Le vieil homme se retourne et la contemple avec dédain.
- Je vois que c’est impossible d’échapper à un comportement grégaire. Ici, tout se fait à coup de sifflet.
- De cloche, don Gonzalo, venez, ne soyez pas méchant et venez dans la salle à manger. Après vous vous plaignez que les autres vous laissent à l’écart. Vous êtes très méchant et très turbulent.
- Moi, je ne me plains pas que les autres me laissent à l’écart. Je me plains d’avoir pour compagnons des bêtes de somme et des matrones. C’est plus fort que moi. La seule pensée de m’asseoir dans la salle à manger avec cette bande de médiocres me rend furieux.
- Doux Jésus, qu’est-ce que vous êtes orgueilleux. Dieu vous punira. Dieu punit le pécher d’orgueil.
- Vous, venez pas avec vos contes à faire peur, ma sœur. Dieu a assez de problèmes comme ça avec le Pâpe qu’on lui a sorti pour être au courant de ce que je fais, moi.
- Doux Jésus, vous voyez bien, je ne vous ai pas écouté. Là, vous commencez à blasphémer, démon, car vous, vous êtes un démon.

vendredi 6 février 2009

On vous pose une question…

Comme il se peut que vous passiez à côté (parce que tout va très vite sur notre blog), je vous signale que vient d'être publié un intéressant commentaire (pour le post daté du 2 septembre et intitulé "le test du 15 septembre") envoyé par une nouvelle visiteuse, Amélie… Elle vous y pose un certain nombre de questions, auxquelles j'espère que vous répondrez. Ce serait d'ailleurs l'occasion d'un petit bilan des 6 mois.

Le quiz de Nathalie

Président(e)s latino-américain(e)s actuellement au pouvoir :

à vous de retrouver le dirigeant de chaque pays… [Caroline ajoute un commentaire : je conseille aux étudiants du groupe 2 de CAPES de s'y coller… on ne sait jamais !]

1) México
2) Guatemala
3) Honduras
4) Salvador
5) Nicaragua
6) Costa Rica
7) Panamá
8) Cuba
9) Colombia
10) Venezuela
11) Ecuador
12) Perú
13) Bolivia
14) Chile
15) Argentina
16) Paraguay
17) Uruguay

a) Rafael Correa
b) Álvaro Uribe
c) Raúl Castro
d) Michelle Bachelet
e) Evo Morales
f) Fernando Lugo
g) Daniel Ortega
h) Antonio Saca
i) Tabaré Vázquez
j) Martín Torrijos
k) Alan García
l) Cristina Kirchner
m) Manuel Zelaya
n) Álvaro Colom
o) Felipe Calderón
p) Hugo Chávez
q) Óscar Arias Sánchez

***

Les solutions de Brigitte

1 México → Felipe de Jesús Calderón Hinojosa
2 Guatemala → Alvaro Colom
3 Honduras → Manuel Zelaya Rosales
4 Salvador → Antonio Saca
5 Nicaragua → José Daniel Ortega Saavedra
6 Costa Rica → Oscar Arias Sánchez
7 Panama → Martín Torrijos
8 Cuba → Raúl Castro
9 Colombia → Ālvaro uribe
10 Venezuela → Hugo Chávez
11 Ecuador → Rafael Correa
12 Perú → Alán García Perez
13 Bolivia → Evo Morales
14 Chile → Michelle Bachelet
15 Argentina → Cristina Kirchner
16 Paraguay → Fernando Armindo Lugo Méndez
17 Uruguay → Tabaré Vázquez

La Note Du Traducteur, par Jacqueline

« Texte, paratexte ou prétexte ? »

Le cours de Pascale Sardin étant très exhaustif, j’ai souhaité aborder ce compte rendu en prenant l’angle de la NDT – entendez, note du traducteur –, question à laquelle nous avons réfléchi avec P. Sardin pendant toute la première heure de notre séance du 2 février. C’est d’ailleurs un thème qui avait retenu toute l’attention de tradabordo – qui est allé, souvenez-vous, jusqu’à organiser un sondage à ce sujet.
Là, il ne s’agissait pas de savoir si nous étions pour au contre les notes, mais de mieux cerner les fonctions de ce procédé de traduction. Nous avons dégagé une fonction exégétique, nous appuyant sur la définition du Petit Robert : « bref éclaircissement nécessaire à l’intelligence d’un texte », une fonction « méta-» : métapraxique, métatextuelle, métalinguistique. Nous avons remarqué que l’exégèse qui vise « la compréhension du texte en lui-même, est de nature propédeutique puisqu’elle prépare la voie à l’herméneutique ; celle-ci « met en lumière ce que le texte signifie pour son interprète et ses contemporains », ce qui est en phase avec la fonction du traducteur, de tout temps un pédagogue.
Nous avons observé que la note fait violence au texte dont elle rompt l’unité, qu’elle signale un hiatus et un jeu qui affecte le texte traduit, qu’elle met en relief le conflit d’autorité qui se trame entre auteur et traducteur en révélant que la « disparition illocutoire du traducteur » n’est qu’un leurre, le traducteur loin de s’effacer derrière l’auteur, imprimant le texte de sa subjectivité, qu’elle souligne que la frontière qui sépare traduction et commentaire est floue et instable. Mais que se situant sur la trace du parcours herméneutique du traducteur, elle est la marque de tout le travail de compréhension nécessaire pour arriver à la traduction.
Alors la NDT, ce « dangereux supplément », suivant l’expression de Jacques Derrida, qu’est-elle au bout du compte : production de connaissance ?, de sens ? outil littéraire ? scandale?, ou tout cela à la fois ? « Evitée ou, moindre mal, multipliée », la note du traducteur est en tout cas intéressante du point de vue de la négociation qu’elle engage et parce qu’elle est « tout simplement polémique ». Elle peut montrer les difficultés rencontrées par le traducteur pour traduire « l’intraduisible », mais au-delà de cet aveu d’impuissance, elle invite aussi le lecteur à réfléchir à ce qu’il vient de lire et elle interroge le fonctionnement des langues et du langage.

La dernière séance, par Jacqueline






















Eh oui, cette Séance du 3 février 2009 était la dernière en compagnie de Stéphanie BENSON ; nous la quittons à regret, tant cet atelier d’écriture a été agréable et productif ! Ce matin, c’était le grand jour : chaque apprenti a lu sa nouvelle, commencée il y a cinq semaines et élaborée en classe. En tout neuf créations toutes différentes qui nous ont fait voyager, en Irak, au Sahara, voire … dans les Landes et j’en passe. Avec Blandine, la spéologue du groupe, nous sommes allés à vingt mètres sous terre et je lui laisse la parole : « Je défais ma clé, tout tremblotant et je commence à descendre doucement, la respiration bloquée, tellement la peur m’étreint. Lorsque j’arrive au fractionnement, je me longe un peu plus à l’aise mais toujours aussi stressé, tout dégoulinant de sueur. Finalement heureux de l’avoir fait. », ok, Blandine, il faut le faire en effet ! ; avec Romain, nous avons vécu les neuf vies, toutes plus horribles les unes que les autres, de « Roger le petit poulet » ; Laure L a marqué sa préférence pour le travail d’Anaïs, tout en sensibilité : son héroïne s’est-elle ou non suicidée ? cette question a agité le groupe et l’auteur lui-même n’a pas tranché… Avec douceur Stéphanie Benson a redressé de ci de là ce qui était bancal ; elle nous a fait en tout cas la superbe démonstration que l’écriture est avant tout un travail, les idées viennent d’elles-mêmes et au bout du compte, nous voilà tous des génies, enfin presque… Notre tutrice a travaillé comme nous et a clos la séance en nous lisant sa nouvelle, sur fond de guerre et d’interrogations ; laissons-lui, comme il se doit, le mot de la fin, ou plutôt, laissons-le à son héroïne, Isidora : « Le monde suit-il une logique quelconque ? », se demande celle-ci à la fin du voyage. La réponse est à l’auteur ou au lecteur. Quant à l’apprenti traducteur, il se dit que Stéphanie Benson a sa logique, qu’elle la suit avec calme et détermination et que la fréquentation de cet écrivain pédagogue pendant ces quelques semaines a été un privilège. Jacqueline.

Rappel : le site officiel de Stéphanie Benson
http://www.stephaniebenson.org/

Références culturelles, 29 : c'est quoi la horchata ?

En photo : Chufas par didacmargaix

http://www.espagne-facile.com/recette-horchata/1359/

Et lisez donc les commentaires des lecteurs sur ce site :
http://ingredients.atontour.com/ingredient/933/horchata.html

Version d'entraînement, 11 (carlos Fuentes), 7

El Chac Mool, 7

Hoy aprovecharé la excursión nocturna de Chac para huir. Me iré a Acapulco; veremos qué puede hacerse para adquirir trabajo, y esperar la muerte de Chac Mool; sí, se avecina; está canoso, abotagado. Nece-sito asolearme, nadar, recuperar fuerza. Me quedan cuatrocientos pe-sos. Iré a la Pensión Müller, que es barata y cómoda. Que se adueñe de todo el Chac Mool; a ver cuánto dura sin mil baldes de agua”.
Aquí termina el diario de Filiberto. No quise volver a pensar en su rela-to; dormí hasta Cuernavaca. De ahí a México pretendí dar coherencia al escrito, relacionarlo con exceso de trabajo, con algún motivo psicológi-co. Cuando a las nueve de la noche llegamos a la terminal, aún no po-día concebir la locura de mi amigo. Contraté una camioneta para llevar el féretro a casa de Filiberto, y desde allí ordenar su entierro.
Antes de que pudiera introducir la llave en la cerradura, la puerta se abrió. Apareció un indio amarillo, en bata de casa, con bufanda. Su as-pecto no podía ser más repulsivo; despedía un olor a loción barata; su cara, polveada, quería cubrir las arrugas; tenía la boca embarrada de lápiz labial mal aplicado, y el pelo daba la impresión de estar teñido.
-Perdone… no sabía que Filiberto hubiera…
-No importa; lo sé todo. Dígale a los hombres que lleven el cadáver al sótano.

***

Brigitte nous propose sa traduction :

Aujourd’hui je profiterai de l’escapade nocturne de Chac pour m’enfuir. J’irai à Acapulco ; on verra bien ce qu’on peut faire pour trouver du travail, et attendre la mort de Chac Mool ; oui, elle est imminente ; il a les cheveux blancs, il est bouffi. J’ai besoin de prendre le soleil, de nager, de reprendre des forces. Il me reste quatre cents pesos. J’irai à la Pension Müller, qui n’est pas chère et confortable. Le Chac Mool n’a qu’à tout s’approprier ; on verra combien de temps il tient sans ses mille seaux d’eau.
Ici s’achève le journal de Filiberto. Je n’ai pas voulu repenser à son histoire jusqu’à Cuernavaca. De là jusqu’à México, j’ai tenté de donner de la cohérence à ce qu’il avait écrit, de mettre ça en rapport avec un surcroît de travail, avec quelque raison psychologique. Quand nous sommes arrivés à neuf heures du soir au terminus, je ne pouvais toujours pas concevoir la folie de mon ami ; j’ai loué une camionnette pour acheminer le cercueil chez Filiberto et de là, organiser son enterrement.
Avant même que je puisse introduire la clef dans la serrure, la porte s’ouvrit. Un indien jaunâtre apparut, en robe de chambre, avec une écharpe. Son aspect était on ne peut plus repoussant ; il empestait la lotion bon marché. Son visage, était poudré, pour camoufler les rides ; il avait la bouche barbouillée de rouge à lèvres mal appliqué, et ses cheveux donnaient l’impression d’être teints.
- Excusez-moi…je ne savais pas que Filiberto …
- Aucune importance ; je sais tout. Dites aux hommes qu’ils mettent le cadavre dans le sous-sol.

***

Odile nous propose sa traduction :

« Aujourd'hui, je vais profiter de l'escapade nocturne de Chac Mool pour m'enfuir; j'irai à Acapulco; on verra bien ce que je peux faire pour trouver du travail, et j' y attendrai la mort du Chac Mool. Oui, elle est imminente; ses cheveux sont complètement blancs et il est tout boursouflé. J'ai besoin de prendre le soleil, de nager, de retrouver des forces. Il me reste quatre cents pesos. J'irai à la pension Müller qui est bon marché et confortable. Que le Chac Mool s'approprie de tout, et voyons combien de temps il va tenir sans ses mille seaux d'eau ».
Là s'achève le journal de Filiberto. Je ne voulus pas repenser à son récit; je dormis jusqu'à Cuernavaca et ensuite, pendant le trajet jusqu'à México, je tentai de trouver de la cohérence à ces lignes, de tout imputer à un excès de travail ou à une raison psychologique. Lorsque nous arrivâmes au terminus, à neuf heures, je ne pouvais toujours pas croire à la folie de mon ami.
Je louai une camionnette pour transporter le cercueil chez Filiberto et de là, organiser son enterrement.
Avant même que je n'aie introduit la clef dans la serrure, la porte s'ouvrit. Un Indien au teint jaune apparut alors, en robe de chambre, une écharpe autour du cou. Son aspect ne pouvait être plus repoussant. Il empestait le parfum bon marché; son visage était poudré pour tenter de masquer ses rides; il avait la bouche barbouillée de rouge à lèvres mal appliqué et ses cheveux semblaient teints.
- Pardon, je ne savais pas que Filiberto avait.....
- Peu importe; je sais tout. Dites aux hommes de porter le cadavre au sous-sol.

***

Eva – du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction, avec à la fin ses doutes et ses questions :

Aujourd'hui, je profiterai de l'escapade nocturne de Chac pour m'enfuir. J'irai à Acapulco; on verra ce que je peux faire pour trouver du travail, et attendre la mort de Chac Mool; oui, elle est proche; il est grisonnant, boursouflé. J'ai besoin de prendre le soleil, de nager, de reprendre des forces. Il me reste quatre cent pesos. J'irai à la Pension Müller, elle est bon marché et confortable. Le Chac Mool n'a qu'à tout s'approprier; on verra bien combien de temps il tient sans ses mille seaux d'eau." C'est ici que se termine le journal de Filiberto. Je n'ai pas voulu repenser à son histoire; j'ai dormi jusqu'à Cuernavaca. A partir de là-bas, et jusqu'à Mexico, j'ai tenté de donner de la cohérence à son récit, à l'attribuer à un excès de travail, à un quelconque facteur psychologique. Quand, à vingt-et-une heures, nous sommes arrivés au terminus, il m'était devenu impossible de concevoir la folie de mon ami. J'ai loué une camionnette pour acheminer le cerceuil chez Filiberto, et ordonner son enterrement de là-bas. Avant même que je puisse introduire la clef dans la serrure, la porte s'ouvrit. Un indien au teint jaune apparut, en robe de chambre, avec une écharpe. Il ne pouvait avoir un aspect plus repoussant; il dégageait une odeur de lotion premier prix; son visage, fardé, tentait de dissimuler les rides; il avait la bouche couverte de rouge à lèvres mal appliqué, et ses cheveux semblaient être teints.
- Excusez-moi, je ne savais pas que Filiberto aurait...
- Peu importe ; je sais tout. Dites aux hommes de porter le cadavre au sous-sol.

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- J'ai laissé le terme "Pension" mais cela ne correspond pas forcément à l'image française qui y est associée...

- J'ai choisi de qualifier la lotion de "premier prix" pour ne pas répéter "bon marché " déjà employé plus haut, mais peut-être que cela ne pointe pas assez vers la piètre qualité du produit...;

- Pour "la cara polveada" j'ai opté pour "fardé" qui renvoie à un cosmétique mais je ne sais pas si "poudré" voire "poudreux" ne serait pas mieux étant donné le portrait qui nous en est fait!

- Pour "la bouche couverte de rouge à lèvre" j'ai hésité avec barbouillée/maculée mais j'ai pensé que cela serait

peut-être proche du pléonasme étant donné le "mal appliqué" qui suit.

***

Sonia – étudiante du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction :

Je profiterai de l’excursion nocturne de Chac pour m’enfuir. J’irai à Acapulco ; on verra ce qu’on peut faire pour obtenir du travail, et attendre la mort de Chac Mool ; oui, elle est imminente ; il a les cheveux blancs, il est enflé. J’ai besoin de soleil, de nager, de reprendre des forces. Il me reste quatre-cent pesos. J’irai à la Pension Müller, qui est peu couteuse et confortable. Chac Mool n’a qu’à s’emparer de tout ; on verra bien combien de temps il va durer sans mille seaux d’eau. »
Ici, s’achève le journal de Filiberto. Je n’ai pas voulu repenser à son récit ; j’ai dormi jusqu’à Cuernavaca. A partir de là et jusqu’à Mexico, j’ai essayé de donner de la cohérence à son écrit, le mettre en rapport avec un excès de travail, ou avec un facteur psychologique. Quand, à neuf heures du soir, on est arrivé au terminus, je ne pouvais pas encore concevoir la folie de mon ami. J’ai loué une camionnette pour porter le cercueil chez Filiberto, et depuis cet endroit-là, d’ordonner son enterrement.
Avant que je puisse introduire la clé dans la serrure, la porte s’ouvrit. Un indien à la peau jaune est apparu, avec une robe de chambre et une étole. Son aspect ne pouvait être plus répugnant ; il dégageait une odeur de lotion bon marché ; son visage couvert de poudre, voulait masquer ses rides ; sa bouche débordait de rouge à lèvres mal appliqué, et on avait l’impression que ses cheveux étaient teints.
-Excusez-moi…je ne savais pas que Filiberto aurait…
- Peu importe ; je sais tout. Dites aux hommes d’amener le cadavre au sous-sol.

jeudi 5 février 2009

Références culturelles, 28 : Xochimilco

En photo : Colors Of Xochimilco par P-Kittye

http://pagesperso-orange.fr/devoyage/xoch/xochi.htm

Version d'entraînement, 10 (carlos Fuentes), 6

El Chac Mool, 6

”El Chac Mool inundó hoy la sala. Exasperado, dije que lo iba a devolver a la Lagunilla. Tan terrible como su risilla -horrorosamente distinta a cualquier risa de hombre o animal- fue la bofetada que me dio, con ese brazo cargado de brazaletes pesados. Debo reconocerlo: soy su prisio-nero. Mi idea original era distinta: yo dominaría al Chac Mool, como se domina a un juguete; era, acaso, una prolongación de mi seguridad in-fantil; pero la niñez -¿quién lo dijo?- es fruto comido por los años, y yo no me he dado cuenta… Ha tomado mi ropa, y se pone las batas cuan-do empieza a brotarle musgo verde. El Chac Mool está acostumbrado a que se le obedezca, por siempre; yo, que nunca he debido mandar, sólo puedo doblegarme. Mientras no llueva -¿y su poder mágico?- vivirá co-lérico o irritable”.
Hoy descubrí que en las noches el Chac Mool sale de la casa. Siempre, al oscurecer, canta una canción chirriona y anciana, más vieja que el canto mismo. Luego cesa. Toqué varias veces a su puerta, y cuando no me contestó, me atreví a entrar. La recámara, que no había vuelto a ver desde el día en que intentó atacarme la estatua, está en ruinas, y allí se concentra ese olor a incienso y sangre que ha permeado la casa.. Pero detrás de la puerta, hay huesos: huesos de perros, de ratones y gatos. Esto es lo que roba en la noche el Chac Mool para sustentarse. Esto explica los ladridos espantosos de todas las madrugadas”.
“Febrero, seco. Chac Mool vigila cada paso mío; ha hecho que telefonee a una fonda para que me traigan diariamente arroz con pollo. Pero lo sustraído de la oficina ya se va a acabar. Sucedió lo inevitable: desde el día primero, cortaron el agua y la luz por falta de pago. Pero Chac ha descubierto una fuente pública a dos cuadras de aquí; todos los días hago diez o doce viajes por agua, y él me observa desde la azotea. Dice que si intento huir me fulminará; también es Dios del Rayo. Lo que él no sabe es que estoy al tanto de sus correrías nocturnas… Como no hay luz, debo acostarme a la ocho. Ya debería estar acostumbrado al Chac Mool, pero hace poco, en la oscuridad, me topé con él en la escalera, sentí sus brazos helados, las escamas de su piel renovada, y quise gritar.
”Si no llueve pronto, el Chac Mool va a convertirse en piedra otra vez. He notado su dificultad reciente para moverse; a vecs se reclina durante horas, paralizado, y parece ser, de nuevo, un ídolo. Pero estos reposos sólo le dan nuevas fuerzas para vejarme, arañarme como si pudiera arrancar algún líquido de mi carne. Ya no tienen lugar aquellos inter-medios amables en que relataba viejos cuentos; creo notar un resenti-miento concentrado. Ha habido otros indicios que me han puesto a pensar: se está acabando mi bodega; acaricia la seda de las batas; quiere que traiga una criada a la casa; me ha hecho enseñarle a usar jabón y lociones. Creo que el Chac Mool está vayendo en tentaciones humanas, incluso hay algo viejo en su cara que antes parecía eterna. Aquí puede estar mi salvación: si el Chac se humaniza, posiblemente todos sus si-glos de vida se acumulen en un instante y caiga fulminado. Pero también, aquí, puede germinar mi muerte: el Chac no querrá que asista a su derrumbe, es posible que desee matarme.

***

Brigitte nous propose sa traduction :

Aujourd’hui le Chac Mool a inondé tout le salon. Exaspéré, j’ai dit que j’allais le rapporter à la Lagunilla. Son petit rire – horriblement différent de n’importe quel rire humain ou animal – a été aussi terrible que la gifle qu’il m’a assénée, avec cette main chargée de lourds bracelets.
Il faut bien que je l’admette : je suis son prisonnier. Mon idée initiale était différente : je devais dominer le Chac Mool, comme on domine un jouet ; c’était, peut-être, un prolongement de mon assurance d’enfant ; mais l’enfance – Qui a dit ça ? – est un fruit rongé par les années, et je me suis rendu compte… Il a pris mes vêtements et il met les peignoirs lorsque la mousse verte commence à pousser. Le Chac Mool est habitué à ce que je lui obéisse, pour toujours ; moi, qui n’ai jamais su commander, je ne peux que me soumettre. Tant qu’il ne pleuvra pas – Et son pouvoir magique ? - il sera colérique ou irritable.
Aujourd’hui, j’ai découvert que toutes les nuits, le Chac Mool sort de la maison. Toujours, au coucher du soleil, il chante à tue-tête une vieille chanson, plus vieille encore que l’existence elle-même du chant. Ensuite, il arrête. J’ai frappé plusieurs fois à sa porte et quand il ne me répondait pas, je me suis risqué à entrer. La chambre, que je n’avais pas revue depuis le jour où la statue avait tenté de m’agresser, est littéralement dévastée, et là est concentrée cette odeur d’encens et de sang qui a imprégné toute la maison… Mais, derrière la porte, il y a des ossements : des os de chiens, de souris et de chats. C’est ce que vole le Chac Mool la nuit pour se nourrir. Ce qui explique les aboiements épouvantables tous les matins.
Février, sec. Chac Mool épie chacun de mes pas ; il a fait en sorte que je téléphone à une auberge pour qu’on m’apporte quotidiennement du poulet au riz. Mais ce qui a été subtilisé au bureau s’épuise déjà. Et est arrivé ce qui devait arriver : depuis le premier du mois, ils ont coupé l’eau et l’électricité pour défaut de paiement. Mais Chac a découvert une fontaine publique à deux pâtés de maison d’ici ; tous les jours, je fais dix ou douze voyages pour aller chercher de l’eau, et il m’observe depuis la terrasse. Il dit que si j’essaie de m’enfuir il me foudroiera ; il est aussi Dieu de la Foudre. Ce qu’il ne sait pas, c’est que je suis au courant de ses escapades nocturnes…Comme il n’y a pas d’électricité, je dois me coucher à huit heures. Je devrais être habitué maintenant au Chac Mool, mais il y a peu il n’y a pas longtemps, dans l’obscurité, je l’ai heurté dans l’escalier, j’ai senti ses bras glacés, les écailles de sa nouvelle peau, et j’ai voulu crier.
S’il ne pleut pas bientôt, le Chac Mool va redevenir de pierre ; j’ai remarqué dernièrement sa difficulté à se mouvoir; parfois, il se repose pendant des heures, paralysé, et il semble alors être redevenu une idole. Mais ses moments de repos ne font que lui donner de nouvelles forces pour me brimer, me griffer comme s’il pouvait arracher quelque liquide de ma chair. Ces intermèdes agréables au cours desquels il racontait des contes anciens n’ont plus lieu ; il me semble remarquer une intense aversion. D’autres indices m’ont fait penser à cela : ma réserve de vins est en train de se vider ; il caresse la soie des peignoirs ; il veut que je fasse venir une employée de maison ; il m’a forcé à lui apprendre comment utiliser savon et lotions. Je crois que le Chac Mool est en train de succomber aux tentations humaines, son visage qui paraissait d’une jeunesse éternelle, a quelque chose de vieux. C’est peut-être là que se trouve mon salut : si le Chac Mool devient humain, il est possible que tous ses siècles de vie s’accumulent en un instant et qu’il tombe, anéanti. Mais c’est aussi là que peut germer ma mort : le Chac ne voudra pas que j’assiste à sa déchéance, il est possible qu’il veuille me tuer.

***

Odile nous propose sa traduction :

Aujourd'hui le Chac Mool a inondé la salle. Exaspéré, je lui ai dit que j'allais le ramener à la Lagunilla. La claque qu'il m'a flanquée a été aussi terrible que son petit rire -si horriblement distinct de celui d'un homme ou d'un animal-. Je dois le confesser: je suis son prisonnier. Mon idée de départ n'était pas celle-là: c'est moi qui devait le dominer, comme on domine un jouet; c'était peut-être là un prolongement de mes certitudes d'enfant; mais l'enfance, -qui l'a dit?- est un fruit rongé par le passage du temps et moi, je ne me suis aperçu de rien..... Il a pris mes vêtements et enfile mes peignoirs quand la mousse verte repousse sur lui. Le Chac Mool a l'habitude qu'on lui obéisse, et depuis toujours. Moi, qui n'ai jamais eu à donner d'ordres, je ne peux que me soumettre. Tant qu'il ne pleuvra pas – et son pouvoir magique alors?- il sera colérique ou irritable.
« Aujourd'hui, j'ai découvert que le Chac Mool quitte la maison toutes le nuits. A la tombée du jour , il chante toujours d' une voix criarde une vieille chanson, plus immémoriale que le chant lui-même. Puis il arrête. J'ai frappé plusieurs fois à sa porte et comme il ne répondait pas, j'ai osé entrer. La chambre, que je n'avais pas revue depuis que la statue à essayé de m'attaquer, est dévastée et c'est là que se concentre cette odeur d'encens et de sang qui a imprégné toute la maison. Mais derrière la porte, il y a des os; des os de chiens, de souris et de chats. C'est ce que le Chac Mool atttrape la nuit pour se nourrir. Cela explique les aboiements effroyables que j'entends tous les matins à l'aube ».
« Février sec. Chac Mool épie chacun de mes pas; il a fait en sorte que je téléphone à un restaurant pour qu'on me livre quotidiennement du riz au poulet. Mais ce que j'ai dérobé au bureau va bientôt s'épuiser. L'inévitable s'est produit : depuis le premier du mois, on a coupé l'eau et l'électricité faute d'en avoir payé les factures. Mais Chac Mool a découvert une fontaine publique à deux rues d'ici; tous les jours je dois faire dix ou douze voyages pour la provision d'eau et il me surveille depuis la terrasse. Il dit que si je tente de fuir, il me foudroiera; il est aussi le dieu de le Foudre. Ce qu'il ignore, c'est que je suis au courant de ses escapades nocturnes....Comme il n'y a pas de lumière, je dois me coucher à huit heures. Je devrais être accoutumé au Chac Mool, mais il y a peu, dans l'obscurité, je suis tombé nez à nez avec lui, dans l'escalier, j'ai senti ses bras glacés, les squames de sa nouvelle peau, et j'ai voulu crier.
« Si la pluie ne tombe pas bientôt, le Chac Mool va redevenir de pierre. J'ai remarqué qu'il a maintenant du mal à bouger, parfois il s'immobilise pendant des heures, comme paralysé et alors il ressemble de nouveau à une idole. Mais ces moments de repos ne servent qu'à lui rendre des forces pour me maltraiter, m'égratigner comme s'il pouvait tirer quelque liquide de ma chair. Ces aimables intermèdes pendant lesquels il me contait de vieilles histoires n'ont plus lieu; je crois sentir une colère sourde. Il y a eu d'autres indices qui m'ont donné à penser: ma cave se vide; il caresse la soie des peignoirs; il veut que je fasse venir une domestique à la maison; il m'a demandé de lui montrer comment on utilise le savon et les parfums. Je crois que le Chac Mool tombe peu à peu dans les tentations des humains, il y a même quelque chose de vieilli dans dans visage qui auparavant paraîssait éternellement jeune. Là se trouve peut-être mon salut: si le Chac Mool s'humanise, il est possible que tous ses siècles de vie s'accumulent d'un seul coup et qu'il tombe foudroyé. Mais cela pourrait aussi signer mon arrêt de mort: le Chac ne supportera pas que j'assiste à sa déchéance, et il est possible qu' il veuille me tuer.

***

Vanessa – étudiante du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction :

« Le Choc Mool, inonda, aujourd’hui, la pièce. Exaspéré, je lui dis que j’allais le rendre à La Lagunilla. Aussi terrible que son petit rire – horriblement différente à tout rire d’homme ou d’animal – fut la gifle qu’il me donna, avec ce bras chargé de lourds bracelets. Je dois bien le reconnaître : je suis son prisonnier. Mon idée originelle était différente : moi, je dominerais le Chac Mool, comme on domine un jouet ; c’était, sans doute, une prolongation de ma sécurité infantile ; mais l’enfance – Qui le dit ? – est un fruit dévoré par les années, et moi, je ne m’en suis pas aperçu… Il a pris mes vêtements, et il met mes robes de chambre quand il commence à lui apparaître de la mousse verte. Le Chac Mool est habitué à ce que l’on obéisse, toujours ; moi, qui n’ai jamais dû commander, je ne peux que me soumettre. Tant qu’il ne pleuvra pas – Et son pouvoir magique ? – il vivra colérique ou irritable ».
« Aujourd’hui, je découvris que, la nuit, le Chac Mool sort de la maison. A la tombée de la nuit, il chante toujours une chanson grinçante et ancienne, plus vielle que le chant même. Ensuite, il cesse. Je frappai, plusieurs fois, à sa porte, et quand il ne me répondit pas, j’osai entrer. La chambre, que je n’avais pas revue depuis le jour durant lequel la statue tenta de m’attaquer, est en ruines, et, dedans, se concentre cette odeur d’encens et de sang qui a envahit la maison… Mais, derrière la porte, il y a des os : os de porc, de souris et de chat. C’est ce que vole, la nuit, le Chac Mool pour se nourrir. Cela explique les aboiements de chaque matin ».
« Février, sec. Chac Mool surveille chacun de mes pas ; il m’a obligé à téléphoner à un gargote pour me livrer, tous les jours, du riz avec du poulet. Mais les vols au bureau vont bientôt prendre fin. Il arriva l’inévitable : depuis le premier jour, on m’a coupé l’eau et l’électricité pour impayés. Mais Chac a découvert une fontaine publique à deux pâtés de maison d’ici ; tous les jours je fais dix ou douze voyages pour aller chercher de l’eau, et, lui, m’observe depuis la terrasse. Il dit que si je tente de fuir, il me fulminera ; c’est aussi le Dieu de la Foudre. Ce que lui ne sait pas, c’est que je suis au courant de ses escapades nocturnes… Comme il n’y a pas d’électricité, je dois me coucher à huit heures. Je devrais être habitué à Chac Mool, mais il y a peu, dans l’obscurité, je le heurtai, dans l’escalier, je sentis ses bras glacés, les écailles de sa nouvelle peau, et je voulus crier.
« S’in ne pleut pas bientôt, le Chac Mool va se transformer en pierre, une nouvelle fois. J’ai remarqué sa difficulté récente pour bouger ; parfois, il s’incline pendant des heures, paralysé, et il semble être, à nouveau, une idole. Mais ces repos ne font que lui procurer de nouvelles forces pour me brimer, me griffer comme s’il pouvait arracher un quelconque liquide de ma chair. Ces intervalles aimables durant lesquels il me racontait de vieux contes, n’ont plus lieu ; je crois remarquer un ressentiment intense. Il y a eu d’autres indices qui m’y ont fait penser : ma cave se vide ; il caresse la soie de mes robes de chambre ; il veut que je lui amène une employée à la maison ; il m’a obligé à lui montrer comment utiliser du savon et des lotions. Je crois que le Chac Mool est en train de succomber aux tentations humaines, il y a même quelque chose de vieux sur son visage qui, auparavant, semblait éternel. Ma salvation peut se trouver là. Si le Chac devient humain, il est possible que tous ses siècles de vie s’accumulent en un instant et qu’il tombe fulminé. Mais, ici , peut également germer ma mort : le Chac ne voudra pas que j’assiste à sa chute, il est possible qu’il veuille me tuer ».

mercredi 4 février 2009

Caroline au ralenti…

Pour ceux qui se demandent où je suis passée… je vous rappelle que je suis toute la semaine à Paris – pour des raisons professionnelles. Mais rassurez-vous, nos activités reprendront leur rythme normal (avec la discussion sur la version de l'agrégation interne que nous avons laissée en suspens) dès le 10 février. D'ici là, je me contente de prendre quelques minutes le soir pour publier vos envois… mais je ne peux vous répondre individuellement.

La naissance d'une traduction, par Laëtitia

La naissance d’une traduction ou le remake de David contre Goliath sur gazon

- Eeeeeh ! Bienvenue, Mesdames et Messieurs à la rencontre qui va opposer dans quelques instants l’équipe Translate à la fameuse et impressionnante équipe The Alltexts. Un match décisif qui va se jouer ici, à Pessac City. Les Translate jouent à domicile, espérons qu’ils sauront en tirer partie. Eh oui, il faut dire qu’ils ne sont pas vraiment à leur avantage.
Eh voici l’entrée des joueurs. Salutation de rigueur et hymnes gutturaux.
Les Alltexts viennent de commencer leur danse d’intimidation. Ces grands gaillards, dont le plus petit n’aurait aucun mal à manger sa soupe sur la tête de Géant Vert, sont carrément effrayants.
- Oh ! Oui oui Thierry, vous avez raison et on voit les mines déconfites de ces pauvres Translate qui se demandent bien à quelle sauce ils vont être mangé.
- Ah ah ah ! Sans doute à la sauce barbecue. On a peine à croire qu’avec de si petits gabarits les Translate aient réussi à se hisser à ce niveau du championnat. Ce soir, c’est un peu le remake de David contre Goliath sur gazon.
Coup d’envoi Jean-Michel !
Eeeeeh ! C’est parti. Les Alltexts ont la balle et comme des bulldozers, ils pulvérisent tout ce qui se trouve sur leur passage en l’occurrence ces lilliputiens de Translate. C’est un vrai carnage ! Mesdames et Messieurs si vous avez parié Alltexts, frottez-vous les mains !
Mais c’est déjà la mi-temps, Jean-Michel. Cette période se termine sur le score humiliant de 0 à 25 et c’est le défilé des Translate à l’infirmerie et chez le kiné. Pourvu qu’ils ne perdent pas espoir ; la partie n’est pas encore perdue.
- C’est la reprise. Mais que vois-je, Thierry ? Les Translate ont compris que leurs petits gabarits étaient un atout face à ces colosses de Alltexts. Ils font la partie au ras du gazon, passent entre les jambes de leurs adversaires, on dirait de petites souris dans l’enclos des éléphants. Attention, c’est la mêlée. Ahlalalala ! Un Translate s’est retrouvé au milieu, le malheureux. Mais que se passe-t-il ? Il se faufile hors du tas de Alltexts sans se faire voir. Il a le ballon, il court, essaaaiiiiii transformé !!! Ooohlaaalaaa Thierry que d’émotions !
- Quel match palpitant, Jean-Michel ! Ce soir, chers téléspectateurs, l’histoire s’est répétée et, face à Goliath, David a encore gagné.

Références culturelles, 27 : El palacio de la Moncloa

http://madrid.vivelaciudad.es/2007/10/15-palacio-de-la-moncloa

Version d'entraînement, 9 (carlos Fuentes), 5

El Chac Mool, 5

Recuerdo que a fines de agosto, Filiberto fue despedido de la Secreta-ría, con una recriminación pública del Director, y rumores de locura y aun robo. Esto no lo creí. Si vi unos oficios descabellados, preguntando al Oficial Mayor si el agua podía olerse, ofreciendo sus servicios al Se-cretario de Recursos Hidráulicos para hacer llover en el desierto. No su-pe qué explicación darme; pensé que las lluvias excepcionalmente fuer-tes, de ese verano, lo habían crispado. O que alguna depresión moral debía producir la vida en aquel caserón antiguo, con la mitad de los cuartos bajo llave y empolvados, sin criados ni vida de familia. Los apuntes siguientes son de fines de septiembre:
”Chac Mool puede ser simpático cuando quiere, … un glu-glu de agua embelesada… Sabe historias fantásticas sobre los monzones, las lluvias ecuatoriales, el castigo de los desiertos; cada planta arranca su pater-nidad mítica: el sauce, su hija descarriada; los lotos, sus mimados; su suegra: el cacto. Lo que no puedo tolerar es el olor, extrahumano, que emana de esa carne que no lo es, de las chanclas flameantes de ancia-nidad. Con risa estridente, el Chac Mool revela cómo fue descubierto por Le Plongeon, y puesto físicamente en contacto con hombres de otros símbolos. Su espíritu ha vivido en el cántaro y la tempestad, na-tural; otra cosa es su piedra, y haberla arrancado al escondite es artifi-cial y cruel. Creo que nunca lo perdonará el Chac Mool. Él sabe de la inminencia del hecho estético.
“He debido proporcionarle sapolio para que se lave el estómago que el mercader le untó de ketchup al creerlo azteca: No pareció gustarle mi pregunta sobre su parentesco con Tláloc, y, cuando se enoja, sus dientes, de por sí repulsivos, se afilan y brillan. Los primero días, bajó a dormir al sótano, desde ayer, en mi cama”
”Ha empezado la temporada seca. Ayer, desde la sala en que duermo ahora, comencé a oír los mismos lamentos roncos del principio, segui-dos de ruidos terribles. Subí y entreabrí la puerta de la recámara: el Chac Mool estaba rompiendo las lámparas, los muebles; saltó hacia la puerta con las manos arañadas, y apenas pude cerrar e irme a esconder al baño… Luego bajó jadeante y pidió agua; todo el día tiene corriendo las llaves, no queda un centímetro seco en la casa. Tengo que dormir muy abrigado, y le he pedido no empapar la sala más”.

***

Brigitte nous propose sa traduction :

Je me souviens qu’à la fin du mois d’août, Filiberto a été renvoyé du Secrétariat, avec une réprimande publique du Directeur et des bruits de folie et même de vol qui circulaient. Je n’y ai pas cru. Ca oui, j’ai bien vu des rapports sans queue ni tête, demandant à l’Ingénieur en Chef ? si on pouvait sentir l’odeur de l’eau, proposant ses services au Secrétariat des Ressources Hydrauliques pour faire pleuvoir dans le désert. Je n’ai pas su quelle explication y donner ; j’ai pensé que les pluies exceptionnellement fortes de cet été l’avaient mis sur les nerfs. Ou que la vie dans cette maison vétuste, avec la moitié des pièces condamnées et poussiéreuses, sans domestiques ni vie de famille, devait quelque peu le déprimer moralement. Les notes suivantes datent de fin septembre :
« Chac Mool peut être sympathique quand il le veut,…- un glou glou d’eau charmant…Il connaît des histoires fantastiques sur les moussons, les pluies équatoriales, le châtiment des déserts ; chaque plante renferme sa paternité mythique : le saule, sa fille perdue ; les lotus, ses enfants chéris ; sa belle-mère : le cactus. Ce que je ne peux supporter c’est l’odeur, extra humaine, qui émane de cette chair qui ne l’est pas, des sandales flambantes d’antiquité. Avec un rire strident, le Chac Mool révèle comment il a été découvert par Le Plongeon* et mis physiquement en contact avec des hommes aux symboles différents. Son esprit a vécu au milieu de l’averse et la tempête, naturel ; sa pierre est autre chose, et l’avoir arraché à sa cachette est artificiel et cruel. Je crois que jamais le Chac Mool ne le pardonnera. Il connaît l’imminence du fait esthétique.
J’ai du lui procurer de la saponaire pour qu’il nettoie son estomac que le marchand avait enduit de ketchup le croyant aztèque ; ma question concernant sa parenté avec Tlaloc ne semble pas lui avoir plu et, quand il se met en colère, ses dents, déjà repoussantes en soi, deviennent acérées et brillent. Les premiers jours, il est descendu dormir dans le sous-sol, depuis hier, dans mon lit.
La saison sèche a débuté. Hier, de la pièce où je dors maintenant, j’ai commencé à entendre les mêmes lamentations rauques du début, suivies de bruits épouvantables. Je suis monté et j’ai entrouvert la porte de la chambre : le Chac Mool était en train de casser les lampes, les meubles ; il a bondi sur la porte avec ses mains égratignées, et j’ai eu tout juste le temps de refermer et d’aller me cacher dans la salle de bain…Ensuite, il est descendu haletant et a réclamé de l’eau ; il laisse couler les robinets toute la journée, il n’y a pas un centimètre qui soit encore sec dans cette maison. Je suis obligé de dormir très couvert et je l’ai prié de ne plus inonder la pièce.

* en français dans le texte

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Odile nous propose sa traduction :

Je me souviens qu'à la fin du mois d'août, il fut licencié du Ministère, avec une accusation publique du Directeur, et des rumeurs de folie, et même de vol, avaient circulé. Ceci, je n'y croyais pas. Il est vrai que j'avais vu des courriers sans queue ni tête, demandant à l'ingénieur en chef si on pouvait sentir l'eau et proposant ses services pour faire tomber la pluie sur le désert. Je ne sus à quelle explication en rester; je pensai que les pluies, exceptionnellement fortes, de cet été l'avaient mis sur les nerfs. Ou que la vie dans cette grande maison dont la moitié des pièces étaient fermées à clef et poussièreuses, sans domesticité et sans vie de famille, devait entraîner une grande dépression morale. Les notes suivantes sont de fin septembre :
« Chac Mool peut être sympathique quand il veut.... un glou-glou d'eau magique... Il connaît des histoires fantastiques sur les vents, les pluies équatoriales et le châtiment des déserts; chaque plante possède sa paternité mythique: le saule: sa fille égarée , les lotus:ses caprices; sa belle-mère: le cactus. Ce que je ne peux supporter, c'est l'odeur, extra-humaine, qui émane de cette chair qui n'en est pas une, des ?????. Avec un rire strident, le Chac Mool révèle comment il fut découvert par Le Plongeon* et mis physiquement en contact avec des hommes d'autres civilisations. Son esprit a vécu dans le déluge et la tempête, c'est naturel; la pierre dont il est fait c'est autre chose, et de l'avoir arrachée à sa cachette est anti-naturel et cruel. Je crois que le Chac Mool ne le pardonnnera jamais. Il connait les risques liés à l'attrait pour son esthétique.
« J' ai dû lui donner du savon pour qu'il lave son ventre que le marchand avait badigeonné de ketchup le croyait d'origine aztèque. Ma question sur sa parenté avec Tlaloc n'a pas eu l'heur de lui plaire et lorsqu'il se fâche, ses dents, déjà dissuasives par elles-mêmes, deviennent acérées et étincelent. Les premiers jours, il est descendu dormir au sous-sol, mais depuis hier, il dort dans mon lit. »
«La saison sèche a commencé. Hier, de la pièce dans laquelle je dors désormais, j'ai à nouveau entendu les mêmes plaintes rauques qu'au début, suivies de bruits terribles. Je suis monté et j'ai entr'ouvert la porte de la chambre: le Chac Mool était en train de casser les lampes, les meubles; il a bondi vers la porte, les mains égratignées, et c'est tout juste si j'ai pu la refermer et aller me cacher dans la salle de bains.... Puis, il est descendu en haletant et a demandé de l'eau; toute la journée il ouvre les robinets et il n'y a plus un seul centimètre carré sec dans toute la maison. Je dois dormir bien couvert, et je lui ai demandé de ne plus inonder la pièce. »

*Le terme Chac Mool a été inventé en 1875 par l'explorateur Auguste Le Plongeon pour désigner un type de statue trouvé à Chichen Itza. Ce nom éminemment fantaisiste, qui signifie «grand jaguar rouge» en maya yucatèque, continue à être employé par les archéologues tout simplement parce qu'il a été consacré par l'usage.
La sculpture représente un homme couché, s'appuyant sur ses coudes, les jambes repliées et la tête tournée à 90° vers le côté.
Source : Wikipédia.

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Alexandra – étudiante du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction :

Je me souviens que vers la fin du mois d'août, Filiberto fut renvoyé du Secrétariat, avec une récrimination publique du Directeur, et des rumeurs de folie et même de vol. Je ne pus croire cela. Si je vis quelques officiers insensés demander à l' Officier Supérieur si l'on pouvait sentir l'eau, ils offrirent leurs services au Secrétaire des Ressources Hydrauliques pour qu'il pleuve dans le désert. Je ne sus quelle explication donner pour m'en convaincre; je pensai que les pluies exceptionnellement fortes, de cet été, l'avaient tapées sur les nerfs. Ou que quelconque dépression morale devait produire de la vie dans cette vieille demeure, avec la moitié des pièces fermées à clé et remplies de poussière, sans valet et sans vie de famille. Les notes suivantes datent de fin septembre :
« Chac Mool peut être sympathique quand il veut,...un glou-glou d'eau ensorcelé et …Il en connaît des histoires fantastiques sur la mousson, les pluies équatoriales, la punition des déserts, chaque plante arrache sa paternité mythique : le saule-pleureur, sa fille égarée; les lotus, ses semblables; sa belle-mère, le cactus. Ce que je ne peux tolérer, c'est l'odeur surhumaine, qui émane de cette chair qui n'en est pas vraiment, des savates d'un temps plutôt ancien. D'un rire strident, le Chac Mool révèle comment il a été découvert par « Le Plongeon »et comment il a pris physiquement contact avec des hommes aux symboles différents. Son esprit a vécu entre la cruche et la tempête, chose naturelle; pour ce qui est de sa pierre c'est autre chose, le fait de l'avoir arrachée pour la cacher ensuite c'est cruel et artificiel. Je crois que le Chac Mool ne lui pardonnera jamais. Il connaît l'importance, lui, du port esthétique.
« J'ai dû lui inventer une histoire pour qu'il se nettoie l'estomac que le marchand tâcha de ketchup l'ayant pris pour un aztèque : il ne sembla pas apprécier que je lui demande son lien de parenté avec Tlaloc, et lorsqu'il s'énerve, ses dents elles-même repoussantes, s'aiguisent et brillent. Les premiers jours, il descendit dormir dans la cave, et, depuis hier, dans mon lit. »
« La saison sèche a commencé. Hier, depuis la pièce où je dors à présent, je commençai à entendre les mêmes lamentations enrouées du début, suivies de terribles bruits. Je montai et j'entrouvris la porte de la chambre. Le Chac Mool était en train de casser les lampes, les meubles, il sauta vers la porte avec les mains griffées, et je pus à peine m'enfermer et me cacher dans la salle de bain...Puis il descendit essoufflé et demanda de l'eau; toute la journée, il mis la maison sans dessous dessus, il ne resta aucun centimètre sec dans la maison. Je dois dormir bien emmitouflé, et, je lui ai demandé qu'il ne mouille plus la pièce.

mardi 3 février 2009

Références culturelles, 26 : les mariachis

En photo : El Mariachi par OcchioNudo


http://www.vivamexico.info/Index1/Mariachis.html

Version d'entraînement, 8 (carlos Fuentes), 4

El Chac mool, 4

”El traslado a la casa me costó más que la adquisición. Pero ya está aquí, por el momento en el sótano mientras reorganizo mi cuarto de trofeos a fin de darle cabida. Estas figuras necesitan sol, vertical y fo-goso: ese fue su elemento y condición. Pierde mucho en la oscuridad del sótano, como simple bulto agónico, y su mueca parece reprochar-nos que le niegue la luz. El comerciante tenía un foco exactamente vertical a la escultura, que recortaba todas las aristas, y le daba una expresión más amable a mi Chac Mool. Habría que seguir su ejemplo.”
”Amanecí con la tubería descompuesta. Incauto, dejé correr el agua de la cocina, y se desbordó, corrió por el suelo y llegó hasta el sótano, sin que me percatara. El Chac Mool resiste la humedad, pero mis maletas sufrieron, y todo esto en día de labores, me ha obligado a llegar tarde a la oficina.”
Vinieron, por fin, a arreglar la tubería. Las maletas, torcidas. Y el Chac Mool, con lama en la base”.
Desperté a la una: había escuchado un quejido terrible. Pensé en ladro-nes. Pura imaginación”.
”Los lamentos nocturnos han seguido. No sé a qué atribuirlos, pero es-toy nervioso. Para colmo de males, la tubería volvió a descomponerse, y las lluvias se han colado, inundando el sótano”.
”El plomero no viene, estoy desesperado. Del departamento del Distrito Federal, más vale no hablar. Es la primera vez que el agua de las llu-vias no obedece a las coladeras y viene a dar a mi sótano. Los quejidos han cesado: vaya una cosa por otra”.
Secaron el sótano, y el Chac Mool está cubierto de lama. Le da un as-pecto grotesco, porque toda la masa de la escultura parece padecer de una eripisela verde, salvo los ojos, que han permanecido de piedra. Voy a aprovechar el domingo para raspar el musgo. Pepe me ha recomen-dado cambiarme a un apartamento, y en el último piso, para evitar estas tragedias acuáticas. Pero no puedo dejar este caserón, ciertamente muy grande para mí solo, un poco lúgubre en su arquitectura porfiriana, pero que es la única herencia y recuerdo de mis padres. No sé qué me daría ver una fuente de sodas con sinfonola en el sótano y una casa de decoración en la planta baja”.
”Fui a raspar la lama del Chac Mool con una espátula. El musgo parecía ser ya parte de la piedra; fue labor de más de una hora, y sólo a las seis de la tarde pude terminar. No era posible distinguir en la penumbra, y dar fin al trabajo, con la mano seguí los contornos de la piedra. Cada vez que repasaba el bloque parecía reblandecerse. No quise creerlo: era ya casi una pasta. Este mercader de la Lagunilla me ha timado. Su escultura precolombina es puro yeso, y la humedad acabará por arruinarla. Le he puesto encima unos trapos, y mañana le pasaré a la pieza de arriba, antes de que sufra un deterioro total”.

***

Brigitte nous propose sa traduction :

Son transport jusque chez moi me coûta davantage que son acquisition. Mais elle était enfin là, pour le moment dans le sous-sol, le temps que je réorganise ma salle de trophées pour lui attribuer sa place. Ces statues ont besoin d’un soleil vertical et puissant : ce qui fut son élément et sa condition. Elle se dévalorise beaucoup dans l’obscurité du sous-sol, telle une simple masse agonisante, et sa grimace semble nous reprocher le fait qu’on lui refuse la lumière. Le commerçant avait un spot parfaitement vertical à la sculpture, qui mettait en valeur toutes ses arêtes et donnait à mon Chac Mool une expression plus avenante. Il faudrait suivre son exemple.
Quand je me suis réveillé la plomberie était détraquée. Négligent, j’avais laissé couler l’eau de la cuisine et elle avait débordé, avait coulé sur le sol et avait atteint le sous-sol, sans que je m’en aperçoive. Le Chac Mool résiste à l’humidité, mais mes valises avaient souffert, et tout ça sur une journée de travail, ce qui m’a obligé à arriver tard au bureau.
Ils sont enfin venus réparer la tuyauterie. Les valises, déformées. Et le Chac Mool avec de la mousse à sa base.
Je me suis réveillé à une heure du matin : j’avais entendu une plainte terrible. J’ai pensé à des voleurs. Pur fruit de mon imagination.
Les plaintes nocturnes ont continué. Je ne sais à quoi les attribuer, mais je suis nerveux. Pour comble de malheurs, la tuyauterie a encore lâché et la pluie s’est infiltrée, inondant le sous-sol.
Le plombier ne vient pas, je suis désespéré. Quant au service du District Fédéral, mieux vaut ne pas en parler. C’est la première fois que les eaux de pluies ne suivent pas les conduits d’évacuation et qu’elles viennent se déverser dans mon sous-sol. Les plaintes ont cessé : une chose arrive, l’autre s’en va.
Ils ont asséché le sous-sol, et le Chac Mool est recouvert de mousse. Ca lui donne un aspect grotesque, parce qu’on dirait que toute la masse de la sculpture est atteinte d’un érysipèle vert, sauf sur les yeux qui ont conservé la couleur de la pierre. Je vais profiter de mon dimanche pour gratter la mousse. Pepe m’a recommandé de prendre un appartement, au dernier étage de préférence, pour éviter ce genre de tragédies aquatiques. Mais je ne peux pas laisser ma grande maison, certes, très grande pour moi tout seul, un peu lugubre avec son architecture profirienne, mais qui représente le seul héritage et souvenir de mes parents. Je ne sais pas ce que ça me ferait de voir une fontaine à sodas avec de la musique dans mon sous-sol et une maison de décoration au rez-de-chaussée.
Je suis allé gratter la mousse du Chac Mool avec une spatule. La mousse semblait déjà incrustée dans la pierre ; cela m’a pris plus d’une heure et je n’ai pu terminer qu’à six heures de l’après-midi. Il était impossible de bien voir dans la pénombre et pour terminer le travail, j’ai suivi le contour de la pierre avec ma main. Chaque fois que je repassais ma main sur le bloc, on aurait dit qu’il devenait mou. Je n’ai pas voulu y croire : c’était déjà presque de la pâte. Ce marchand de la Lagunilla m’a roulé dans la farine. Sa sculpture précolombienne n’est que plâtre et l’humidité finira par la détruire complètement. Je l’ai couverte de linges, et demain je la déplacerai dans la pièce du haut, avant qu’elle ne subisse une détérioration totale.

***

Odile nous propose sa traduction :

« Le transfert vers mon domicile m'a couté plus cher que l'achat lui-même. Mais il est là, à la cave pour le moment, pendant que je réorganise ma pièce aux trophées afin de lui trouver une place. Ces idoles ont besoin de soleil, un soleil vertical et chaud: c'était leur élément et leur environnement. Il n'est pas mis en valeur dans l'obscurité du sous-sol telle une simple masse moribonde et sa moue semble nous reprocher de lui refuser la lumière. Le vendeur avait placé un projecteur, exactement à la verticale de la sculpture ce qui cassait tous ses angles et donnait à mon Chac Mool un air plus aimable. Il faudrait suivre son exemple ».
« Á mon réveil, les tuyauteries étaient abimées. Imprudent, j'avais laissé couler l'eau de l'évier et elle a débordé, s'est répandue jusqu'au sous-sol, sans que je m'en aperçoive. Le Chac Mool résiste à l'humidité, mais les valises ont souffert, et tout ça est arrivé un jour où je devais travailler ce qui m'a obligé à arriver en retard au bureau. Finalement, on est venu pour réparer la plomberie. Les valises, fichues. Et le Chac Mool a de la mousse sur son socle. Je me suis réveillé à une heure: j'avais entendu une plainte terrible. Je pensai à des voleurs. Pure imagination.
Les plaintes nocturnes ont continué. Je ne sais pas à quoi les attribuer, mais je suis nerveux. Pour comble de malheurs, les tuyauteries sont de nouveau abimées et les pluies se sont écoulées, inondant la cave. »
« Le plombier n'arrive pas, je suis désespéré. Le service du District Fédéral, il vaut mieux ne pas en parler. C'est la première fois que l'eau de pluie ne s'écoule pas par les gouttières et vient finir dans le sous-sol. Les plaintes ont cessé, c'est déjà quelque chose ».
« Ils ont asséché le sous-sol et le Chac Mool est recouvert de mousse. Cela lui donne un aspect grotesque, car toute la sculpture paraît souffrir d'un érésipèle vert, hormis sur les yeux. Je vais profiter du dimanche pour gratter la mousse. Pepe m'a conseillé de prendre un appartement, et au dernier étage, pour éviter ces drames aquatiques. Mais je ne peux abandonner cette grande maison, certainement trop grande pour moi qui suis seul, et un peu lugubre dans son architecture profirienne, mais elle est le seul héritage de mes parents et un souvenir d'eux. Je ne sais pas ce que j'éprouverais de voir une fontaine à sodas et un juke-box au sous-sol et un magasin de décoration au rez-de-chaussée ».
« J'ai gratté la mousse du Chac Mool avec une spatule mais elle semblait déjà incrustée dans la pierre; cela m'a pris plus d'une heure, et ce n'est qu'à six heures de l'après-midi que j'ai pu terminer. Il était impossible de voir dans la pénombre et d'achever enfin le travail, alors je suivais les contours de la pierre avec la main. Chaque fois que je vérifiais le bloc, il semblait s'amollir. Je ne voulais pas y croire: c'était presque une pâte. Ce marchand de la Lagunilla m'a escroqué. Sa sculpture précolombienne n'est que du plâtre et l'humidité finira par la détruire. J'ai mis quelques chiffons dessus et demain je la porterai dans la pièce du haut, avant qu'elle ne soit complètement détruite ».

***

Vanessa - étudiante du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction :

« Le transfert jusque chez moi me fut plus pénible que l’acquisition. Mais maintenant elle est ici, pour le moment dans le sous-sol pendant que je réorganise la salle des trophées dans le but de lui faire une place. Ces figurines ont besoin de soleil, vertical et fougueux : ce fut son élément et sa condition. Elle souffre beaucoup dans l’obscurité du sous-sol, telle une simple masse à l’agonie, et son expression semble nous reprocher de lui refuser la lumière. Le commerçant avait un projecteur exactement vertical par rapport à la sculpture, qui recoupait toutes les arêtes, et donnait une expression plus aimable à mon Chac Mool. Il faudrait suivre son exemple. »
« Je me réveillai avec la tuyauterie décomposée. Naïf, je laissai couler l’eau de la cuisine, et elle déborda, et coula sur le sol et arriva jusqu’au sous-sol, sans que je ne m’en aperçoive. Le Chac Mool résiste à l’humidité, mais mes valises ont souffrirent, et tout ceci un jour ouvrable, ce qui me fit arriver en retard au bureau. »
« Ils vinrent, enfin, réparer la tuyauterie. Les valises, déformées. Et le Chac Mool avec de l’ulve sur la base. »
« Je me réveillai à une heure du matin : j’avais entendu une terrible plainte. Je pensai à des voleurs. Pure imagination. »
« Les lamentations nocturnes ont continué. Je ne sais pas à quoi les attribuer, mais je suis nerveux. Pour comble de mes maux, la tuyauterie s’est décomposée à nouveau, et la pluie s’est infiltrée, inondant le sous-sol. »
« Le plombier n’arrive pas ; je suis désespéré. Du département du District Fédéral, mieux vaut ne pas en parler. C’est la première fois que l’eau de pluie n’obéit pas aux grilles d’égout et atteint mon sous-sol. Les gémissements ont cessé. Une chose en remplace une autre. »
« Ils séchèrent le sous-sol, et le Chac Mool est couvert d’ulve. Cela lui donne un aspect grotesque, car toute la masse de la sculpture semble souffrir d’un érysipèle vert, sauf les yeux, qui sont restés de pierre. Je vais profiter de ce dimanche pour gratter la mousse. Pepe m’a conseillé de changer d’appartement, et au dernier étage, pour éviter ces tragédies aquatiques. Mais je ne peux pas laisser cette grande maison, certainement trop grande pour moi seul, un peu lugubre avec son architecture porfirienne, mais c’est l’unique héritage et souvenir de mes parents. Je en sais pas ce de ça me ferait de voir une source de sodas avec de la musique dans le sous-sol et une maison de décoration au rez-de-chaussée. »
J’allai gratter l’ulve du Chac Mool avec une spatule. La mousse semblait déjà faire partie de la pierre ; ce fut un travail qui dura plus d’une heure, et je ne pus terminer qu’à six heures de l’après-midi. Il n’était pas possible de voir dans la pénombre, et de finir le travail, de la main je suivis les contours de la pierre. Chaque fois que je repassais le bloc, il semblait ramollir. Je ne voulus pas y croire. C’était presque plus qu’une pâte. Ce marchand de La Lagunilla m’a eu. Sa sculpture précolombienne n’est que pur plâtre, et l’humidité finira par la ruiner. Je la mis sur des chiffons, et demain, je la mettrai dans la pièce du haut, avant qu’elle ne soit victime d’une totale détérioration.

lundi 2 février 2009

Références culturelles, 25 : Les narcocorridos au Mexique

En photo : Los Tigres Del Norte114.jpg par Muskito

Un billet mexicain
par Blandine

Les narcocorridos constituent un genre musical traditionnel au Mexique, une véritable institution dans ce pays. Les chansons sont accompagnées d’accordéon et d’autres instruments à vent, un mélange de valse et de polka, sur un rythme assez rapide. Durant la révolution mexicaine, ils avaient pour personnage principal Pancho Villa et Emiliano Zapata. Depuis une trentaine d’années, le thème principal a changé du tout au tout. On les trouve essentiellement à la frontière avec les États-Unis mais ils se sont étendus sur tout le territoire. Pourquoi ce nom ? Parce que leurs chansons sont à la gloire des narcotrafiquants. On parle d’eux et de leurs « exploits », ils idéalisent le trafic de drogues, les bandes des narcos et ça marche du tonnerre. Le seul problème c’est qu’il faut leur plaire aux narcos ! Un mot de travers, une histoire mal racontée et Pan ! Un coup de revolver dans le ventre. C’est ce qui est arrivé à Javier Morales Gómez, six balles à bout portant. Il ne fait que suivre les aventures de ses défunts prédécesseurs Trigo Figueroa et Valentín Elizalde qui ont reçu ces dernières années les mêmes punitions. Actuellement, il est question de supprimer la diffusion des narcocorridos à la radio. Mais il est vrai que ces dernières années de nombreux chanteurs ont disparu.
Los tigres del Norte l’un des groupes les plus connus.

Pour en savoir plus :
http://www.chalino.com/noticias/prohiben-narcocorridos.asp

Version d'entraînement, 7 (carlos Fuentes), 3

El Chac mool, 3

“Pepe, aparte de su pasión por el derecho mercantil, gusta de teorizar. Me vio salir de Catedral, y juntos nos encaminamos a Palacio. Él es descreído, pero no les basta: en media cuadra tuvo que fabricar una teoría. Que si no fuera mexicano, no adoraría a Cristo, y -No, mira, pa-rece evidente. Llegan los españoles y te proponen adores a un Dios, muerto hecho un coágulo, con el costado herido, clavado en una cruz. Sacrificado. Ofrendado. ¿Qué cosa más natural que aceptar un senti-miento tan cercano a todo tu ceremonial, a toda tu vida?… Figúrate, en cambio, que México hubiera sido conquistado por budistas o mahometanos. No es concebible por nuestros indios veneraran a un individuo que murió de indigestión. Pero un Dios al que no le basta que se sacri-fiquen por él, sino que incluso va a que le arranquen el corazón, ¡ca-ramba, jaque mate a Huizilopochtli! El cristianismo, en su sentido cáli-do, sangriento, de sacrificio y liturgia, se vuelve una prolongación natu-ral y novedosa de la religión indígena. Los aspectos de caridad, amor y la otra mejilla, en cambio, son rechazados. Y todo en México es eso: hay que matar a los hombres para poder creer en ellos.
”Pepe sabía mi afición, desde joven, por ciertas formas del arte indíge-na mexicano. Yo colecciono estatuillas, ídolos, cacharros. Mis fines de semana los paso en Tlaxcala, o en Teotihuacán. Acaso por esto le guste relacionar todas las teorías que elabora para mi consumo con estos te-mas. Por cierto que busco una réplica razonable del Chac Mool desde hace tiempo, y hoy Pepe me informa de un lugar en la Lagunilla donde venden uno de piedra y parece que barato. Voy a ir el domingo.
”Un guasón pintó de rojo el agua del garrafón en la oficina, con la con-siguiente perturbación de las labores. He debido consignarlo al Director, a quien sólo le dio mucha risa. El culpable se ha valido de esta circunstancia para hacer sarcasmos a mis costillas el día entero, todos en torno al agua. Ch…!”
“Hoy, domingo, aproveché para ir a la Lagunilla. Encontré el Chac Mool en la tienducha que me señaló Pepe. Es una pieza preciosa, de tamaño natural, y aunque el marchante asegura su originalidad, lo dudo. La piedra es corriente, pero ello no aminora la elegancia de la postura o lo macizo del bloque. El desleal vendedor le ha embarrado salsa de toma-te en la barriga para convencer a los turistas de la autenticidad sangrienta de la escultura.

***

Brigitte nous propose sa traduction :

En dehors de sa passion pour le droit commercial, Pepe aime théoriser. Il m’a vu sortir de la rue Catedral, et ensemble nous avons pris le chemin de la rue Palacio. Il n’est pas croyant mais qu’importe : au beau milieu du pâté de maisons il n’a pu s’empêcher d’échafauder une théorie selon laquelle, s’il n’était pas Mexicain, il n’adorerait pas le Christ, et – Non, tu vois, ça me semble évident. Les Espagnols arrivent et ils te proposent d’adorer un Dieu, mort devenu sang séché, le flanc meurtri, cloué sur une croix. Sacrifié. Donné en offrande. Quoi de plus naturel que d’accepter une douleur qui s’apparente de façon si proche à ton culte, à ta vie entière ?...Imagine, au contraire, que le Mexique ait été conquis par des bouddhistes ou des mahométans. Il est inconcevable pour nos indiens de vénérer un individu mort d’une indigestion. Mais, par contre, un Dieu auquel il ne suffit pas qu’on se sacrifie pour lui mais qui, en plus, fait en sorte qu’on t’arrache le cœur, alors là oui, échec et mate à Huizilopochtli ! Le christianisme, avec son côté chaleureux, sanglant, de sacrifice et de liturgie, devient alors un prolongement naturel et novateur de la religion indigène. Les notions de charité, d’amour et de tendre l’autre joue à son prochain, en revanche, sont rejetés. Et tout est comme ça au Mexique : il faut qu’on tue les hommes pour pouvoir croire en eux.
Pepe connaissait ma passion, depuis tout jeune, pour certaines formes de l’art indigène mexicain. Je collectionne les statuettes, les idoles, les poteries. Mes weekends, je les passe à Tlaxcala ou à Teotihuacan. C’est peut-être pour cela qu’il aime mettre ces thèmes-là en relation avec toutes les théories qu’il élabore à mon intention. Il est vrai que je suis à la recherche d’une réplique abordable du Chac Mool depuis pas mal de temps et aujourd’hui, Pepe m’informe d’un endroit à la Lagunilla où ils en vendent un en pierre et qui n’a pas l’air cher. Je vais y aller dimanche.
Au bureau, un plaisantin a coloré en rouge l’eau du distributeur d’eau, avec les perturbations dans le travail qui s’en sont suivi. J’ai du faire un rapport au Directeur, qui n’a fait qu’en rire. Le coupable a profité de la circonstance pour faire des blagues à mes dépends pendant toute la journée, et toujours à propos de l’eau. PFFF… !
Aujourd’hui, dimanche, j’en ai profité pour me rendre à la Lagunilla. J’ai trouvé le Chac Mool dans la petite boutique que m’a signalée Pepe. C’est une pièce de toute beauté, grandeur nature, et bien que le marchand assure que c’est un original, j’en doute. La pierre est courante, mais cela n’enlève rien à l’élégance de la posture ou à l’aspect massif du bloc. Le vendeur déloyal lui a badigeonné le ventre de sauce tomate pour convaincre les touristes de la sanglante authenticité de la scuplture.

***

Odile nous propose sa traduction :

Pepe, en dehors de sa passion pour le droit des affaires, aime théoriser. Il m'avait vu sortir de Catedral et, ensemble nous nous sommes dirigés vers Palacio. Lui, il est athée, mais cela ne lui suffit pas: à mi-chemin, il n'a pu s'empecher d'échafauder une théorie: si je n'étais pas Mexicain, je ne vénérerais pas le Christ, -Non, écoute, c'est évident. Les espagnols arrivent et te proposent d'adorer un Dieu qui n'est que plaies, au flanc blessé, et cloué sur une croix. Sacrifié. Donné en offrande. Quoi de plus naturel que d'accepter un concept si proche de ton culte, de ce qui est toute ta vie?... Imagine, à l'inverse, que le Mexique ait été conquis par des bouddhistes ou des musulmans. Il n'est pas concevable pour nos Indiens de vénérer un individu mort d'indigestion. Mais un Dieu à qui le sacrifice d'autrui ne suffit pas puisqu'il se sacrifie lui-même, bon sang! là, échec et mat à Huizilopochti! Le christianisme, par son côté chaleureux, sanglant, de sacrifice et de liturgie, est un prolongement naturel et innovant de la religion indigène. Par contre, tout ce qui est charité, amour, et l'histoire de tendre l'autre joue, tout ça est rejeté. Et tout au Mexique n'est que ça: il faut tuer les hommes pour pouvoir croire en eux.
Pepe, connaissait ma passion, depuis tout jeune, pour certaines formes de l'art indigène mexicain. Je collectionne des statuettes, des idoles, des objets. Je passe mes week-ends à Tlaxaca ou Teotihuacan. Peut-être est-ce pour cela qu'il aime relationner toutes les théories qu'il élabore pour moi avec ces thèmes. C'est vrai que je cherche depuis longtemps une réplique, à un prix abordable, du Chac Mool et aujourd'hui Pepe m'apprend qu' à la Lagunilla il s'en vend une de pierre et qu'elle paraît bon marché. Je vais y aller dimanche. Un facétieux a coloré en rouge l'eau du distributeur d'eau et il s'en est suivi des perturbations dans le travail. J'ai dû le signaler au directeur qui n'a fait qu'en rire beaucoup. Le coupable en a profité pour faire des plaisanteries sur mon dos toute la journée, toutes, bien sûr, au sujet de l'eau.
Aujourd'hui dimanche, j'en ai profité pour me rendre à la Lagunilla. J'ai trouvé le Chac Mool dans le petit magasin que Pepe m'avait indiqué. C'est une pièce superbe, grandeur nature et bien que le marchand en garantisse son authenticité, j'en doute. La pierre est banale mais cela n'enlève rien à l'élégance de la posture ou à l'aspect massif du bloc. Le malhonnête vendeur lui a barbouillé le ventre de sauce tomate pour persuader les touristes de l'authenticité sanglante de la sculpture. »

dimanche 1 février 2009

La naissance d'une traduction, par Laure L.

Un texte,
Prétexte…
Un jeu,
Enjeu…
Un rythme,
Algorithme ?
Non !!!
Des sons
TRADUCTION !

La naissance d'une traduction, par Laure L.

Un texte,
Prétexte…
Un jeu,
Enjeu…
Un rythme,
Algorithme ?
Non !!!
Des sons
TRADUCTION !

La naissance d'une traduction, par Blandine

Quelques flocons de neige tombent.
Il fait froid, la lumière sombre,
Le bois dans la cheminée flamboyant
Je prends un livre pour passer le temps
Les premières pages lues
Une idée saugrenue
Dès le départ
Me traverse l’esprit de part en part
Et si je commençais à traduire
D’abord quelques pages, ça ne peut pas me nuire…
Le jeu est intéressant
Et finalement,
Si je me lançai dans la traduction !

Références culturelles, 24 : el oso y el madroño

« El oso y el madroño »
par Nathalie

Si vous voulez voir de près l’emblème de la ville de Madrid, vous devrez vous rendre Puerta del Sol. Vous y trouverez la statue d’un ours dressé sur ses pattes arrières, prêt à goûter aux fruits d’un arbousier. « El oso y el madroño » est une œuvre en bronze réalisée par le sculpteur Antonio Navarro Santafé (1967).
Intéressons-nous à la signification de ces deux éléments héraldiques, l’ours et l’arbousier. L’ours était un animal très répandu dans les forêts qui entouraient la modeste cité au Moyen Age ; c’est d’ailleurs l’emblème qu’ont choisies les milices madrilènes pour participer à la bataille de Las Navas de Tolosa (1212) contre les occupants musulmans.
Comme nous l’indique l’historien José Antonio Alvarez y Baena : « en el año 1212 no usaba Madrid otras armas que un oso u osa » (Compendio histórico de las grandezas de la coronada villa de Madrid, Corte de la monarquía deEspaña, 1786).
Il ne nous reste plus qu’à expliquer l’ajout d’un arbre sur ce blason. A cette même époque, les autorités municipales s’opposèrent au clergé au sujet de la propriété des forêts et pâturages avoisinants. En 1222, il fut décrété que la ville entrerait en possession des arbres tandis que les autorités ecclésiastiques auraient la main mise sur les pâturages.
À partir de quand a-t-on commencé à présenter l’arbre comme un arbousier ? Les historiens avancent plusieurs hypothèses mais personne n’a encore réussi à établir la vérité.
Il y a deux ans, l’emblème de la ville s’est retrouvé au centre d’une polémique sexiste car el Consejo de las Mujeres de la ville de Madrid a exigé que, désormais, on ne parle plus d’ours mais d’ourse…

Je vous renvoie à la lecture d’un article de El mundo à ce sujet : www.elmundo.es/elmundo/2007/06/13/madrid/1181748070.html

Votre thème du week-end, Brigitte Fontaine 2

En photo : Paris, promo Brigitte Fontaine par jane vc.

Puisque vous avez aimé Le Nougat de Brigitte Fontaine, je vous fais (re)-découvrir une autre de ses chansons : Ah que la vie est belle






Des roses de cristal
Crissent et s'amollissent.
Mon amour sans rival
Murmure des délices.
Il prend ma taille ronde
Et ronronne sur elle.
Pour jouer, je lui gronde
Des menaces cruelles.
L'opéra vermeil
S'échappant du laser
Emplit l'air de soleil
Et d'ombres passagères.

Ah, que la vie est belle.
Soudain, elle éblouit,
Comme un battement d'ailes
D'oiseau de paradis.

Ah, que la vie est belle,
Quelquefois pour un rien,
La divine immortelle,
Dans le mal et le bien.
On marche dans l'hiver
Brillant comme une abeille,
Brillant comme un éclair
Qui dure et émerveille.
La joie vous souffle au cœur.
On chérit l'univers
Comme un enfant de chœur
Son dieu d'éther et de chair.
Loin des bombes et des balles,
Goulu comme un bébé,
Sensuel on inhale
La fumée adorée.

Ah, que la vie est belle.
Soudaine, elle éblouit,
Comme un battement d'ailes
D'oiseau de paradis.

Ah, que la vie est belle,
Quelquefois pour un rien,
La divine immortelle,
Dans le mal et le bien.
Sans rien chercher, je trouve,
Au détour d'un instant,
Une euphorie de louve,
Un amour de Satan.
Après de sombres heures,
Plus doux sont ces moments
Où l'on crie de bonheur
Comme un petit enfant.
Encore les baisers,
Vie secrète et changeante,
Je saurai te donner
Mon âme si méchante.

Ah, que la vie est belle.
Soudain, elle éblouit,
Comme un battement d'ailes
D'oiseau de paradis.

Ah, que la vie est belle,
Quelquefois pour un rien,
La divine immortelle
Dans le mal et le bien.


Pour écouter la chanson :
http://www.deezer.com/track/3401

Version d'entraînement, 6 (carlos Fuentes), 2

En photo : Chac Mool par Luis Alberto Lecuna

El chac mool, 2

Salimos de Acapulco, todavía en la brisa. Hasta Tierra Colorada nacie-ron el calor y la luz. Con el desayuno de huevos y chorizo, abrí el carta-pacio de Filiberto, recogido el día anterior, junto con sus otras perte-nencias, en la pensión de los Müller. Doscientos pesos. Un periódico derogado en México; cachos de la lotería; el pasaje de ida -¿sólo de ida?-. Y el cuaderno barato, de hojas cuadriculadas y tapas de papel mármol.
Me aventuré a leerlo, a pesar de las curvas, el hedor a vómito, y cierto sentimiento natural de respeto a la vida privada de mi difunto amigo. Recordaría -sí, empezaba con eso- nuestra cotidiana labor en la oficina, quizá, sabría por qué fue declinando, olvidando sus deberes, por qué dictaba oficios sin sentido, ni número, ni “Sufragio Efectivo”. Por qué, en fin, fue corrido, olvidada la pensión, sin respetar los escalafones.
”Hoy fui a arreglar lo de mi pensión. El licenciado, amabilísimo. Salí tan contento que decidí gastar cinco pesos en un Café. Es el mismo al que íbamos de jóvenes y al que ahora nunca concurro, porque me recuerda que a los veinte años podía darme más lujos que a los cuarenta. Entonces todos estábamos en un mismo plano, hubiéramos rechazado con energía cualquier opinión peyorativa hacia los compañeros -de hecho librábamos la batalla por aquellos a quienes en la casa discutían la baja extracción o falta de elegancia. Yo sabía que muchos (quizá los más humildes) llegarían muy alto, y aquí, en la Escuela, se iban a forjar las amistades duraderas en cuya compañía cursaríamos el mar bravío. No, no fue así. No hubo reglas. Muchos de los humildes quedaron allí, mu-chos llegaron más arriba de lo que pudimos pronosticar en aquellas fo-gosas, amables tertulias. Otros, que parecíamos prometerlo todo, que-damos a la mitad del camino, destripados en un examen extracurricu-lar, aislados por una zanja invisible de los que triunfaron y de los que nada alcanzaron. En fin, hoy volví a sentarme en las sillas, moderniza-das -también, como barricada de una invasión, la fuente de sodas- y pretendí leer expedientes. Vi a muchos, cambiados, amnésicos, retoca-dos de luz neón, prósperos. Con el Café que casi no reconocía, con la ciudad misma, habían ido cincelándose a ritmo distinto del mío. No, ya no me reconocían, o no me querían reconocer. A lo sumo -uno o dos- una mano gorda y rápida en el hombro. Adiós viejo, qué tal. Entre ellos y yo, mediaban los dieciocho agujeros del Country Club. Me disfracé en los expedientes. Desfilaron los años de las grandes ilusiones, de los pronósticos felices y también todas las omisiones que impidieron su realización. Sentí la angustia de no poder meter los dedos en el pasado y pegar los trozos de algún rompecabezas abandonado; pero el arcón de los juguetes se va olvidando, y al cabo, quién sabrá adónde fueron a dar los soldados de plomo, los cascos, las espadas de madera. Los dis-fraces tan queridos, no fueron más que eso. Y sin embargo había habi-do constancia, disciplina, apego al deber. ¿No era suficiente, o sobraba? No dejaba, en ocasiones, de asaltarme el recuerdo de Rilke. La gran re-compensa de la aventura de juventud debe ser la muerte; jóvenes, de-bemos partir con todos nuestros secretos. Hoy, no tendría que volver la vista a las ciudades de sal. ¿Cinco pesos? Dos de propina”.

***

Aurélie Bianchi – étudiante du groupe 2 de CAPES – nous propose sa traduction :

Nous sortîmes d’Acapulco, encore dans la brise. Jusqu’à Tierra Colorada apparurent la chaleur et la lumière. Avec le petit déjeuner aux œufs et au chorizo, j’ouvrai le bloc-notes de Filiberto, récupéré la veille, avec ses autres biens personnels, dans la pension des Müller. Deux cents pesos. Un journal interdit à Mexico ; des billets de loterie ; le passager de l’allée - seulement de l’allée ?-. Et le cahier bon marché, aux feuilles quadrillées et aux couvertures en papier marbre.
Je m’aventurai à le lire, en dépit des courbes, de la puanteur de vomi, et d’un certain sentiment naturel de respect de la vie privée envers mon défunt ami. Je me souviendrais –oui, je commençais à le faire – de notre travail quotidien au bureau, peut-être, je saurais pourquoi il déclinait peu à peu, oubliant ses devoirs, pourquoi il dictait des tâches sans sens, ni ordre, ni »Suffrage Effectif ». Pourquoi, enfin, il fut promu, oubliant la pension, sans respecter les échelons.
« Aujourd’hui, j’ai été arranger le problème de ma pension. Le licencié, très aimable. Je suis sorti tellement content que j’ai décidé de dépenser cinq pesos dans un café. C’est le même où on allait quand nous étions jeunes et dans lequel je ne rends plus maintenant, parce qu’il rappelle qu’à vingt ans il pouvait me donner plus de luxes qu’à quarante. Nous étions tous sur le même plan à ce moment-là, nous aurions rejeté avec énergie toute opinion péjorative sur les camarades – en fait on se livrait la bataille pour ceux qui dans la maison discutaient la basse extraction ou le manque d’élégance. Moi je savais que beaucoup (peut-être les plus humbles) arriveraient très haut, et qu’ici, dans l’Ecole, ils allaient se forger des amitiés durables en compagnie desquelles nous traverserions la mer sauvage. Non, ça ne s’est pas passé comme ça. Il n’y a pas eu de règles. Beaucoup de humbles sont restés là, beaucoup sont arrivés plus haut de ce que nous avions pu pronostiquer dans ces fougueuses, aimables discussions. Nous, les autres, qui paraissions avoir le plus beau devant nous, nous sommes restés à mi-chemin, étripés à un examen hors programme, isolés par une tranchée invisible de ceux qui ont triomphé et de ceux qui n’ont jamais rien obtenu. En fin de comptes, aujourd’hui je suis revenu m’asseoir sur les chaises, modernisées – et aussi, comme barricadées d’une invasion, la fontaine de sodas – et j’ai essayé de lire les dossiers. J’en ai vu beaucoup, changés, amnésiques, retouchés de lumières de néon, prospères. Avec le Café que je ne reconnaissais presque pas, avec la ville même, ils avaient été ciselés petit à petit à un rythme différent du mien. Non, ils ne me reconnaissaient plus ou ils ne voulaient plus me reconnaître. Tout au plus - un ou deux -, une main grosse et rapide sur l’épaule. Salut vieux, comment ça va ? Entre eux et moi, les dix-huit trous du Country Club nous séparaient. J’ai pris le déguisement des dossiers. Défilèrent les années des grandes illusions, les pronostiques heureux et aussi toutes les omissions qui empêchèrent leur réalisation. J’ai ressenti l’angoisse de ne pas pouvoir mettre les doigts dans le passé et de coller les morceaux de quelque puzzle abandonné ; mais le grand coffre des jouets s’oublie petit à petit, et au final, qui saura où sont allés se mettre les soldats de plomb, les casques, les épées en bois. Les déguisements tant chéris, ça n’était pas plus que ça. Et cependant il y avait eu de la constance, de la discipline, de l’attachement au devoir. N’était-ce pas suffisant ou en trop ? Le souvenir de Rilke n’arrêtait pas de m’assaillir en certaines occasions. La grande récompense de l’aventure de jeunesse doit être la mort ; nous, les jeunes, nous devons partir aves tous nos secrets. Aujourd’hui, je ne devrais pas reposer le regard sur les villes de sel. Cinq pesos ? Deux de pourboire ».

***

Brigitte nous propose sa traduction :

Nous sommes partis d’Acapulco, encore sous la brise. La chaleur et la lumière sont venues peu à peu jusqu’à notre arrivée à Tierra Colorada.
Pendant le petit déjeuner d’œufs au plat et de chorizo, j’ai ouvert la serviette de Filiberto, récupérée la veille, avec d’autres effets personnels, à la pension Müller. Deux cents pesos. Un journal inconnu à México ; des billets de loterie ; le billet aller – juste un aller simple ? - Et le cahier bon marché, aux feuilles quadrillées et à la couverture de papier marbré.
Je me suis aventuré à le lire, malgré les virages, l’odeur de vomis et un certain sentiment naturel de respect pour la vie privée de mon ami disparu.
Je me rappellerais – oui, il commençait avec ses mots – notre travail commun au bureau, peut-être, saurai-je pourquoi il avait décliné de plus en plus, oubliant ses obligations, pourquoi il dictait des rapports sans queue ni tête, ni « accord effectif ». Pourquoi enfin, il avait été renvoyé, la pension oubliée, au mépris des échelons.
« Aujourd’hui, je suis allé régler l’histoire de ma pension. Le licencié, très aimable. Je suis parti si content que j’ai décidé de dépenser cinq pesos dans un bar. Le même que celui où nous allions dans notre jeunesse et auquel je ne vais plus jamais maintenant parce que ça me rappelle qu’à vingt ans, je pouvais me permettre plus de luxe qu’à quarante. A cette époque, nous étions tous sur la même longueur d’onde, nous aurions contesté énergiquement la moindre opinion péjorative envers nos compagnons – d’ailleurs nous nous battions, à la maison, pour ceux dont la basse extraction ou le manque d’élégance étaient critiqués. Moi, je savais que nombre d’entre eux (peut-être les plus modestes) iraient très loin, et c’était ici, à l’Ecole, qu’allaient se forger les amitiés les plus fidèles en compagnie desquelles nous allions affronter la mer déchaînée. Mais non, ça ne s’était pas passé comme ça. Il n’y avait eut aucune règle. Nombre des plus modestes étaient restés là-bas, beaucoup étaient arrivés bien plus haut que tout ce que nous avions pronostiqué au cours de ces discussions conviviales et pleines de fougue. D’autres, qui paraissions des plus prometteurs, étions restés à mi-chemin, étripés au cours d’un examen hors programme, isolés par un fossé invisible entre ceux qui avaient triomphé et ceux qui n’étaient arrivés à rien du tout. Enfin, aujourd’hui, je me suis assis à nouveau sur les chaises, remises au goût du jour – le distributeur de sodas aussi, comme une barricade contre l’invasion, – et j’ai fait semblant de lire des dossiers. J’en ai vus beaucoup, changés, amnésiques, retouchés par la lumière des néons, prospères.
Avec le bar, que je ne reconnaissais pas, avec la ville elle-même, ils s’étaient forgés à un rythme différent du mien. Non, ils ne me reconnaissaient plus, ou ne voulaient pas me reconnaître. En tout et pour tout – un ou deux – une grosse main rapidement posée sur mon épaule. Salut, vieux, comment ça va ? Ce qui nous séparait, eux et moi, c’étaient les dix-huit trous du Country Club. Je me suis camouflé au milieu des dossiers. Les années des grandes illusions des pronostiques heureux et aussi des oublis qui avaient empêché leur réalisation ont alors défilé. J’ai senti l’angoisse de ne pas pouvoir toucher du doigt mon passé pour recoller les morceaux d’un puzzle abandonné ; mais le coffre à jouets perd la mémoire peu à peu, et en fin de compte, qui sait ce que sont devenus les petits soldats de plomb, les casques, les épées de bois. Les déguisements que nous avons tant aimés n’ont rien été d’autre que cela. Et pourtant il y avait eu de la constance, de la discipline, de l’attachement au devoir. N’était-ce pas assez ou alors trop ? En certaines occasions, le souvenir de Rilke ne cessait de m’assaillir.
La grande récompense de l’aventure de la jeunesse doit être la mort ; nous, les jeunes, nous devons partir en emportant tous nos secrets avec nous. Aujourd’hui, je n’aurais plus à regarder à nouveau vers les villes de sel. Cinq pesos ? Deux de pourboire ».

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Odile nous propose sa traduction :

Nous partimes d'Acapulco, toujours sous la brise. Durant le trajet vers Tierra Colorada apparurent le soleil et la lumière. En déjeunant d'oeufs et de chorizo, j'ouvris le porte-documents de Filiberto, récupéré la veille, comme ses autres biens, à la pension des Müller. Deux cents pesos. Un vieux journal de Mexico; des billets de loterie; un aller simple -seulement un aller simple?- Et le cahier bon marché, aux feuilles à carreaux et à la couverture de papier marbré.
Je me risquai à le lire, malgré les virages, la puanteur de l'odeur de vomi, et un certain sentiment naturel de respect envers la vie privée de mon défunt ami. Il relaterait, -oui, en effet, il commençait par cela- notre travail quotidien au bureau, peut-être alors saurais-je pourquoi il se mit à décliner peu à peu, oubliant ses devoirs, pourquoi il dictait des notes de service sans queue ni tête, sans numérotation, ni « Suffrage Effectif ». Pourquoi, enfin, il fut renvoyé, perdant ainsi son droit à la retraite, sans tenir compte de son ancienneté.
« Aujourd'hui je me suis occupé de ce qui concerne ma retraite. L'employé, très aimable. J'étais si content que je décidai de dépenser cinq pesos dans un Café. C'est celui où nous allions quand on était jeunes et que maintenant je ne fréquente jamais, car il me rappelle qu'à vingt ans nous pouvions vivre bien mieux qu'à quarante. A cette époque, nous étions tous sur le même pied d'égalité, nous aurions repoussé de toutes nos forces n'importe quelle pensée péjorative à propos des copains -en fait nous défendions ceux auquels, ici, on reprochait l'origine modeste ou le manque d'élégance. Je savais que beaucoup,( peut-être les plus humbles) iraient loin, et ici, à l'Ecole, allaient se forger les amitiés durables qui nous permettraient de traverser les épreuves de la vie. Mais non, il n'en fut rien. Il n'y eut pas de règles. Beaucoup parmi les humbles en restèrent là, beaucoup allèrent plus loin que ce que nous avions pu pronostiquer dans ces fougueuses et aimables causeries. D'autres, nous, qui semblions tout promettre, en restâmes à la moitié du parcours, recalés lors d'un examen hors-cursus, isolés par une faille invisible de ceux qui triomphèrent et de ceux qui n'arrivèrent à rien. Enfin, aujourd'hui, j'ai retrouvé les chaises plus modernes elles aussi, et aussi, semblable à une barricade lors d'une invasion, la fontaine à sodas- et j'essayai de lire des dossiers. J'en ai vu plusieurs, amnésiques, maquillés de lumières au néon, prospères. Comme le Café, que je ne reconnaissais presque pas, comme la ville elle- même, ils s'étaient modelés peu à peu, à un rythme différent du mien. Non, ils ne me reconnaissaient plus, ou ne voulaient pas me reconnaître. Tout au plus, -un ou deux-, une grosse main, rapide sur l'épaule. Salut vieux, comment ça va. Les dix-huit trous du golf du Country Club nous séparaient. Je me plongeais dans les dossiers. Les années des grandes illusions défilèrent, tout comme les pronostics heureux et aussi tous les manquements qui empêchèrent leur réalisation. Je ressentis de l'angoisse à ne pouvoir retoucher le passé pour rassembler les pièces d'un puzzle abandonné; mais le coffre à jouets s'oublie peu à peu, et finalement, qui sait où ont échoués les soldats de plomb, les casques, les épées de bois. Les déguisements tant aimés ne furent rien d'autre. Et pourtant il y avait eu de la constance, de la discipline, de l'effort au travail. C'était insuffisant ou c'était trop? Parfois, le souvenir de Rilke m'assaillait. La grande récompense de l'aventure de la jeunesse doit être la mort; jeunes, nous devrions partir avec tous nos secrets. Aujourd'hui, ne devrais-je pas plutôt regarder vers les villes de malheur? Cinq pesos? Deux de pourboire.