samedi 16 janvier 2010

Exercice de version, 57

Con ésta van tres veces que le escribo. Por si no me dejan con­cluir, puse la primera esquelita en un sitio que yo sé. El día de mañana, si quiero, puedo recogerla. Es tan corta y la escribí con tanto apuro que ni yo mismo la entiendo. La segunda, que no es mucho me­jor, se la mandé con una mensajera, de nombre Paula. Como usted no dio señales de vida, no voy a insistir con más cartas inútiles, que a lo mejor lo ponen en contra. Voy a contarle mi historia desde el princi­pio y trataré de ser claro, porque necesito que usted me entienda y me crea. La falta de tranquilidad es la causa de las tachaduras. A cada rato me levanto y arrimo la oreja a la puerta.
A lo mejor usted se pregunta: "¿Por qué Bordenave no manda su cartapacio a un abogado?". Al doctor Rivaroli yo lo traté una sola vez, pero al gordo Picardo (¡a quién se lo digo!) lo conozco de siempre. No me parece de fiar un abogado que para levantar quinielas y redoblonas tiene de personero al Gordo. O a lo mejor usted se pregunta: "¿Por qué me manda a mí el cartapacio?" Si alega que no somos amigos le doy la razón, pero también le ruego que se ponga en mi lugar, por favor, y que me diga a quién podría mandarlo. Después de repasar mentalmente a los amigos, descartado Aldini, porque el reumatismo lo entumece ­elegí al que nunca lo fue. La vieja Ceferina pontifica: "Los que vivimos en un pasaje tenemos la casa en una casa más grande". Con eso quiero decir que todos nos conocemos. A lo mejor ni se acuerda de cómo empezó el altercado.
El pavimento, que llegó en el 51 o en el 52, haga de cuenta que volteó un cerco y que abrió nuestro pasaje a la gente de afuera. Es notable cómo tardamos en convencernos del cambio. Usted mismo, un domingo a la oración, con la mayor tranquilidad festejaba las monerías que hacía en bicicleta, como si estuviera en el patio de su casa, la hija del almacenero, y se enojó conmigo porque le grité a la criatura. No lo culpo si fue más rápido en enojarse y en insultar que en ver el automóvil que por poco la atropella. Yo me quedé mirándolo como un sonso, a la espera de una explicación. Quizás a usted le faltó ánimo para atajarme y explicar o quizá pensó que lo más razonable para nosotros fuera resig­narnos a una desavenencia tantas veces renovada que ya se confundía con el destino. Porque en realidad la cuestión por la hija del almacenero no fue la primera. Llovió sobre mojado.

Adolfo Bioy Casares, Dormir al sol

***

Morgane nous propose sa traduction :

En comptant cette fois-ci, cela fait trois fois que je vous écris. Dans le cas où on ne me laisse pas terminer, j’ai mis la première note dans un endroit que je connais. Demain, si je le souhaite, je peux la récupérer. Elle est si courte et je l’ai écrit avec un tel empressement que même moi je ne la comprends pas. La seconde, qui n’est pas beaucoup mieux, je l’ai envoyé via une messagère du nom de Paula. Comme vous n’avez pas donné signe de vie, je ne vais point insister avec davantage de lettres inutiles, qui peut-être vous opposent à moi . Je vais vous raconter mon histoire depuis le début et j’essaierai d’être clair, car j’ai besoin que vous me compreniez et me croyiez. Le manque de tranquillité est la cause des ratures. A chaque instant je me lève et j’approche l’oreille de la porte. Peut-être vous demandez-vous : « Pourquoi Bordenave n’envoie t-il pas son cahier de notes à un avocat ? ». Je n’ai rencontré le docteur Rivaroli qu’une seule fois, en revanche, le gros Picardo (à qui le dites-vous !) je le connais depuis toujours. Un avocat ne me semble pas fiable, pour recueillir des billets et des tickets clandestins le Gros fait office de procureur. Ou peut-être vous demandez-vous : « Pourquoi m’envoie t-il le cahier de notes ? ». Si vous invoquez le fait que nous ne sommes pas amis je vous donne raison, mais je vous prie également de vous mettre à ma place, s’il-vous-plait, et que vous me disiez à qui je peux l’envoyer. Après avoir repassé mentalement tous mes amis, excepté Aldini, que les rhumatismes engourdissent, j’ai choisi celui qui ne l’a jamais été. La vieille Ceferina déclame : « ceux qui vivent dans un passage ont leur maison dans une maison plus grande ». Par là, je veux dire que nous nous connaissons tous. Peut-être ne vous souvenez-vous même pas de la manière dont commença la dispute. Le pavage, qui arriva jusqu’au 51 ou 52, rendez-vous compte qu’il retourna tout un pâté de maison et qu’il ouvrit notre passage aux personnes de l’extérieur. La manière dont nous tardons à nous rendre compte du changement est significative. Vous-même, un dimanche à l’aube, avec la plus grande tranquillité, vous vous réjouissiez des âneries que je faisais en bicyclette, comme si je m’étais trouvé dans la cour de votre maison, quand la fille de l’épicier, se fâcha contre moi car je criais sur le nouveau-né. Je ne vous tiens pas rancœur d’avoir été plus rapide à vous énerver et à m’insulter que d’avoir vu la voiture qui pour peu l’a renversa. Je suis resté à vous regarder comme un idiot, dans l’attente d’une explication. Peut-être avez-vous manqué de courage pour m’interpeler et expliquer ou peut-être avez-vous pensé que le plus raisonnable pour nous aurait été de nous résigner à un désaccord tant de fois réitéré qu’il présageait déjà le destin. Car en réalité l’affaire de la fille de l’épicier ne fut pas la première. Les catastrophes se succédèrent.

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