vendredi 20 novembre 2009

Exercice de version, 3

Nunca se había demorado en los goces de la memoria. Las impresiones resbalaban sobre él, momentáneas y vívidas; el bermellón de un alfarero, la bóveda cargada de estrellas que también eran dioses, la luna, de la que había caído un león, la lisura del mármol bajo las lentas yemas sensibles, el sabor de la carne de jabalí, que le gustaba desgarrar con dentelladas blancas y bruscas, una palabra fenicia, la sombra negra que una lanza proyecta en la arena amarilla, la cercanía del mar o de las mujeres, el pesado vino cuya aspereza mitigaba la miel, podían abarcar por entero el ámbito de su alma. Conocía el terror pero también la cólera y el coraje, y una vez fue el primero en escalar un muro enemigo. Ávido, curioso, casual, sin otra ley que la fruición y la indiferencia inmediata, anduvo por la variada tierra y miró, en una u otra margen del mar, las ciudades de los hombres y sus palacios.

Jorge Luis Borges, « El hacedor »

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La traduction que je vous propose :

Il ne s'était jamais attardé aux délices de la mémoire. Les impressions glissaient sur lui, momentanées et pleinement vécues ; le vermillon utilisé par un potier, la voûte couverte d'étoiles qui étaient également des dieux, la lune, d'où avait chu un lion, le poli du marbre sous la lenteur des doigts sensibles, la saveur de la viande du sanglier, qu'il aimait déchirer à grands coups de dents blanches et brutales, un palais phénicien, l'ombre noire projetée par une lance sur le sable jaune, la proximité de la mer ou des femmes, le vin lourd dont l'âpreté équilibrait le sucré du miel, tout cela pouvait embrasser complètement l'espace de son âme. Il connaissait la terreur, ainsi que la colère et le courage, et il lui était arrivé d'être le premier à escalader un mur ennemi. Avide, curieux, imprévisible, sans autre loi que celle de la délectation et l'indifférence immédiate, il marcha sur la terre, variée, et regarda, dans une image ou une autre de la mer, les villes des hommes et leurs palais.

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Amélie nous propose sa traduction :

Il ne s’était jamais attardé aux plaisirs de la mémoire. Les impressions glissaient sur lui, momentanées et vécues ; le vermillon utilisé par un potier, la voûte chargée d’étoiles qui étaient aussi des dieux, la lune, d’où avait chu un lion, le poli du marbre sous la pulpe de ses doigts lents et sensibles, la saveur de la viande de sanglier, qu’il aimait déchirer à grands coups de dents blanches et énergiques, un mot phénicien, l’ombre noire projetée par une lance sur le sable jaune, la proximité de la mer ou des femmes, le vin lourd dont l’âpreté équilibre le goût du miel : tout cela pouvait embrasser complètement la sphère de son âme. Il connaissait la terreur, ainsi que la colère et le courage, et un jour, il fut le premier à franchir un mur ennemi. Avide, curieux, imprévisible, sans autre loi que celles de la délectation et de l’indifférence immédiate, il foula des territoires variés et regarda, de l’une ou l’autre des rives de la mer, les villes des hommes et leurs palais.

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Sonita nous propose sa traduction :

Il ne s’était jamais arrêté aux plaisirs de la mémoire. Les impressions glissaient sur lui, momentanées et vivides ; le vermillon d’un potier, la voûte chargée d’étoiles qui étaient aussi des dieux, la lune, de laquelle était tombé un lion, la douceur du marbre sous le bout des doigts sensibles, le goût de la viande de sanglier, qu’il aimait croquer à coups de dents blanches et énergiques, un mot phénicien, l’ombre noire qu’une lance projette dans le sable jaune, la proximité de la mer ou des femmes, le vin lourd dont la rugosité mitigeait le miel, pouvaient renfermer entièrement l’essence de son âme. Il connaissait la terreur, mais aussi la colère et le courage, et une fois il a été le premier à escaler un mur ennemi. Avide, curieux, inopiné, sans d’autre loi que la délectation et l’indifférence immédiate, il a vu du pays, et il a vu aux bords d’une ou autre mer, les villes des hommes et leurs palais.

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Céline nous propose sa traduction :

Il ne s’était jamais attardé sur les plaisirs de la mémoire. Les impressions glissaient sur lui, momentanées et vécues : le vermillon d’un céramiste, la voûte chargée d’étoiles qui étaient aussi des dieux, la lune, de laquelle était tombé un lion, le poli du marbre sous la lente caresse des bouts de doigts sensibles, la saveur de la viande de sanglier qu’il aimait déchirer à coups de dents blanches et brusques, un mot phénicien, l’ombre noire qu’une lance projette sur le sable jaune, la proximité de la mer ou des femmes, le lourd vin dont l’âpreté en atténuait le miel, toutes pouvaient embrasser son âme dans sa totalité. Il connaissait la terreur mais aussi la colère et le courage, et une fois il fut le premier à escalader un mur ennemi. Avide, curieux, imprévu, sans autre loi que la délectation et l’indifférence immédiate, il marcha de par le monde et regarda, d’un bord à l’autre de la mer, les villes des hommes et leurs palais.

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Odile nous propose sa traduction :

Il ne s’était jamais attardé sur les plaisirs de la mémoire. Les impressions glissaient sur lui, éphémères et vives : le vermillon d’un potier, la voûte chargée d’étoiles qui étaient aussi des dieux, la lune, de laquelle était tombé un lion, le poli du marbre sous la lente caresse du bout des doigts sensibles, la saveur de la viande de sanglier qu’il aimait déchirer à coups de dents blanches et brusques, un mot phénicien, l’ombre noire qu’une lance projette sur le sable jaune, la proximité de la mer ou des femmes, le vin lourd dont le miel atténuait l’âpreté, toutes pouvaient embrasser entièrement l'espace de son âme. Il connaissait la terreur mais aussi la colère et le courage, et une fois il fut le premier à escalader un mur ennemi. Avide, curieux, imprévisible, sans autre loi que la délectation et l’indifférence immédiate, il marcha de par le monde et regarda, d'un rivage ou l'autre de la mer, les villes des hommes et leurs palais.

4 commentaires:

Sonita a dit…

Bonjour Céline:
C'est génial que tu aies fait ta traduction, comme ça je peux comparer mon travail, et voir où sont mes erreurs..
J'aurais une petite question pour toi :
Pourquoi tu as choisi de traduire "vívidas" par vécues et non pas par vivides ?

celinecayrel a dit…

Salut,
Merci à toi aussi comme ça on peut échanger nos points de vue. Pour répondre à ta question j'ai traduit par "vécues" car pour moi cela exprimait ce qu'il avait expérimenté. De plus, je n'ai pas trouvé "vivide" dans le dictionnaire.

Anonyme a dit…

Bonjour Céline, merci pour ta réponse !
Et moi qui commençais déjà à me taper sur les doigts car je tombe très souvent dans les hispanismes, j’ai été soulagée de trouver la définition de « vivide »… En lisant ton commentaire j’ai tout naturellement eu un doute, et je me suis même dit que je ne pouvais pas faire confiance à mon Word puisqu’il ne m’a pas marqué de faute au moment où je l’ai écrit… ! J’ai alors cherché « vivide »… et je ne trouvais rien de concluant, mais voilà que ma recherche a finalement porté ses fruits et j’ai trouvé sur http://dictionnaire.reverso.net/francais-definition/vivide cette définition :
vivide : adjectif singulier invariant en genre doué de vividité, force avec laquelle les images mentales s'imposent à l’esprit.
En outre, et sur cela je n’ai pas de doute, les mots « vividas » et « vívidas » ont une signification complètement différente à cause de l’accent. Dans le premier, il s’agit bien de « vécues », mais dans le deuxième, à cause de l’accent justement, le sens change. Quand je cherche « vívidas » sur le RAE il me renvoie à « vivaz », à la traduction ça me donne « vif ou vigoureux ». Personnellement, le mot « vivides » m’est venu tout naturellement en français et comme je te disais mon Word ne m’a pas marqué d’erreur donc j’ai simplement continué ma petite besogne en gardant « vivides »… !

Sonita a dit…

euh... pourquoi Anonyme? j'ai pourtant envoyé mon message depuis mon compte Google...! ou pas...?
hihihi, je m'y perds!